HENRI BOURASSA
Directeur du Devoir
Que devons-nous
à l'Angleterre ?
La défense nationale — La révolution
impérialiste—- Le tribut à l'Empire
PRIX
MONTREAL
1915
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Cv*RA*X
TABLE DES MATIÈRES
PAGE
AVERTISSEMENT V
I
LA DÉFENSE NATIONALE
Introduction du régime britannique au Canada 1
Révolution américaine 2
Séparation du Bas-Canada et du Haut-Canada 4
Régime de l'Union 5
Lord Grey et Lord Elgin — Bases de l'organisation militaire de l'Empire . 6
Guerre de Crimée 8
Obligations respectives de la métropole et des colonies 9
Loi de la Milice, 1855 10
Opposition des Canadiens-français 12
Première entente entre l'Angleterre et le Canada — Transfert des Ordnance
Lands .... 14
Révolte des Cipayes — Réorganisation de l'armée impériale 16
Guerre de Sécession — Menaces de rupture avec les Etats-Unis 20
Commission parlementaire canadienne — Projet de loi de 1862 20
Défaite du ministère Cartier-Macdonald 22
Ministère McDonald-Sicotte 24
La neutralité du Canada . 27
Correspondance de 1862 — Fière attitude des ministres canadiens .... 28
Autonomie des parlements coloniaux 31
Les autorités impériales baissent pavillon 34
Hommes d'Etat d'autrefois et politiciens d'aujourd'hui . 35
Loi de la Milice, 1863 37
Préliminaires de la Confédération 38
Déclarations de Cartier à Londres 40
Impuissance de l'Angleterre à protéger le Canada 41
Le Traité de 1865 42
Incursions des Féniens — Application de l'Entente de 1865 45
Réclamations du Canada — Mission et rapport de Sir Alexander Campbell . 48
Sacrifice des droits du Canada — Traité de Washington 51
La Confédération — Principes constitutionnels 54
Loi de la Milice, 1868 57
Application de la loi — Cartier et la défense navale 60
Cartier refuse d'organiser des troupes pour le service de l'Empire .... 62
Loi de 1883 — Sir Adolphe Caron et la défense navale 64
Maintien de l'Entente de 1865 67
Guerre du Soudan — Le gouvernement refuse d'y coopérer 69
Conférence coloniale de 1887 — Précieux témoignage de Sir Alexander Campbell 71
Le Canada a rempli ses obligations 74
Un "cadeau" de la mère patrie 75
Les colonies australiennes et la défense navale 77
Colonial Defence Committee — Mémoire de 1896 78
L'opinion du War Office en 1902 81
La preuve est-elle faite? 82
Guerre d'Afrique — "Pas de précédent" . 83
Loi de la Milice, 1901 85
Loi Navale, 1910 89
— II —
II
LA REVOLUTION IMPERIALISTE
PAGE
Cartier, Macdonald et l'indépendance du Canada 93
Exploitation des Colonies 94
Prodromes de la Révolution impérialiste 96
Ligue de la Fédération Impériale — Sir Charles Tupper et M. Tarte .... 97
Colonial Defence Committee — Premiers indices de l'évolution impérialiste 99
Première Conférence Coloniale, 1887 100
Impérialisme allemand et Impérialisme anglais 101
L'impérialisme militaire au premier plan 104
Joseph Chamberlain 106
Jubilé de la Reine — Conférence de 1897 108
Défense navale — Impérialisme agressif 110
Attitude des Coloniaux 111
Déclarations compromettantes de sir Wilfrid Laurier 112
^f" Impérialisme en action — Conquête de l'Afrique-Sud 114
Cecil Rhodes — Raid de Jameson 116
Chamberlain, Rhodes et Cie 118
La conspiration aux colonies 119
Premières résistances de M. Laurier — Campagne nationaliste de M. Tarte . 122
Volte face de M. Laurier — Ma démission 123
Retour à la Chambre — Naissance du mouvement nationaliste 126
Lord Minto et la Constitution 128
^—Dangers de l'Impérialisme 130
4t Attitude louvoyante de M. Laurier — Elections de 1900 133
y —Réaction nationaliste 135
^t-^-Le véritable impérialisme anglais 136
M. Laurier se préparc à la résistance 138
Conférence de 1902 — Chamberlain pousse sa pointe 141
Défense navale — Politique agressive 144
Concentration des armées de l'Empire — French et Hutton 146
Ferme résistance des ministres canadiens 151
"Commerce préférentiel" — Embargo sur les bestiaux canadiens 152
M. Laurier justifie sa résistance à l'impérialisme militaire 152
Reprise de la propagande impérialiste — Congrès des Chambres de Commerce de
l'Empire 155
M. Rodolphe Lemieux, nationaliste 156
Révision de la loi de la Milice — Destitution de lord Dundonald 158
Chamberlain et la réforme du tarif — Sa défaite, prélude du triomphe de l'impé-
rialisme militaire 159
Conférence de 1907 161
Réticence des Canadiens 162
Campbell-Bannerman, dernier tenant du libéralisme gladstonien 164
Réorganisation de la Conférence — Nouveau mécanisme de gouvernement impérial 165
M. Haldane poursuit l'oeuvre de Chamberlain 166
Impérial Defence Committee — Représentation illusoire des colonies .... 167
Bases de l'impérialisme militaire 169
Mécanisme impérial de guerre 171
Escrime de politiciens: M. Haldane, M. Smartt et sir Frederick Borden ... 172
"Etat-major pour le service de l'Empire" 174
Défense navale — Saine politique de lord Tweedmouth 174
M. Laurier et M. Brodeur refusent toute aide à l'Empire 176
Les ministres anglais et le "commerce préférentiel" 179
Avènement de M. Asquith — Active propagande de lord Grcy 180
Préparatifs de la guerre "impériale" 182
Le gouvernement canadien lâche pied 185
Le "péril allemand", son origine, sa nature 186
Vœu du 29 mars 1909 — Accord des deux partis 188
III —
PAGE
La panique en Australie 191
Les lanceurs du "péril allemand" 192
Conférence militaire de 1909 — Les impérialistes anglais démasquent leurs batteries 193
Capitulation des Coloniaux — Triomphe des Impérialises 196
III
LE TRIBUT À L'EMPIRE 19»
Pèlerinage de M. Borden à Londres — Son discours à Halifax 200
Banquet de Lachine — Retentissant discours de M. Monk ....... 202
-Pas de marine de guerre 203
Pas d'obligation coloniale 205
M. Laurier et la loi navale — "Quand l'Angleterre est en guerre, le Canada e«t en
guerre" 207
M. Borden, ultra-impérialiste 210
Première dissidence de M. Monk — Assemblée du Monument National . . 211
M. Laurier et le "péril allemand" 213
M. Borden veut donner deux dreadnoughts à l'Angleterre 214
M. Monk combat les deux politiques — Le Canada ne "doit" rien à l'Angleterre 216
M. Fielding interprète la Loi: "La flotte, canadienne en temps de paix, impériale en
temps de guerre" 219
Agitation contre la Loi navale 220
Résolutions de Saint-Eustache 221
Election de Drummond-Arthabaska 223
M. Borden emboîte le pas à M. Monk 224
Conférence Impériale de 1911 226
Conseil de l'Empire — M. Laurier, mi-nationaliste, mi-impérialiste . . 228
Domination impériale: — "That authority cannot be shared" 229
Déclaration de Londres — Triomphe de sir Edward Grey 230
Impérialisme militaire — Portes closes 231
M. Laurier se dérobe à la d'scussion — Dissolution du parlement 232
Zones navales — "Bloated Coloniale" 233
Etats-majors et armées de l'Empire 236
Elections de 1911 — Marine et Réciprocité — Victoire "autonomiste" .... 237
Attitude du nouveau ministère — Le "péril allemand" ajourné 239
M. Borden à Londres 240
Le "péril allemand" ressuscite — L'Amirauté demande des dreadnoughts . . 241
Le trust des dreadnoughts 243
Contribution et Représentation des Colonies 241
Plaidoyer d'urgence 246
M. Laurier approuve la contribution d'urgence et veut construire deux escadres 247
.-Commune inspiration des deux politiques 249
Fausseté du prétexte d'urgence — Démission de M. Monk 249
Dure rebuffade de M. Harcourt à M. Borden 251
Le Canada et la Guerre 253
^L'impérialisme anglais à son apogée 255
La conscr'ption au Canada 256
Sacrifices sans compensations 257
PIÈCES JUSTIFICATIVES 261
INDEX DES NOMS PROPRES 411
AVERTISSEMENT
Ce volume n'est pas une œuvre de polémique. Il ne traite pas des-
causes de la guerre européenne. Il ne prétend pas à déterminer le degré
de responsabilité de ses fauteurs et de ses acteurs. Il ne vise pas davan-
tage à raviver le feu des querelles et des passions de parti, au Canada ou
en Angleterre.
C'est un simple exposé historique des origines et des péripéties de
la révolution profonde, radicale, qui s'est opérée depuis quinze ans dans
la constitution et le gouvernement de l'Empire britannique. Cette révo-
lution a entraîné le Canada dans le " gouffre du militarisme euro-
péen" (1).
Par quelle voie, sous quelle impulsion, les colonies autonomes de la
Grande-Bretagne en sont-elles arrivées à prendre une si lourde part du
fardeau impérial, exclusivement attribué au Royaume-Uni, jusqu'aux
jours de la guerre d'Afrique? C'est la réponse à cette question que j'ai
voulu donner.
Comment finira cette révolution? Quel ordre nouveau se substituera
à celui que le triomphe de l'impérialisme a détruit? C'est ce que les gou-
vernants et les peuples des pays britanniques seront appelés à décider
au lendemain de la guerre. La solution sera ce que dictera l'opinion pré-
pondérante, dans chacun de ces pays. Qu'on aime ou qu'on abhorre le
régime démocratique et représentatif que l'Angleterre a donné à toutes
ses possessions autonomes, ou qu'on en prenne tout simplement son
parti — c'est mon cas — rien, ni personne, n'empêchera que la révolution
britannique se résoudra dans le sens des vœux de la majorité, apparente
ou réelle, des peuples britanniques.
Le régime, forcément transitoire, qui domine aujourd'hui est l'impé-
rialisme absolu, l'impérialisme intégral. L'impérialisme anglais, dans sa
forme concrète et pratique, peut se définir en dix mots : la participation
active des colonies aux guerres de l'Angleterre. C'est à peu près la défi-
nition que j'en donnais dès l'époque de la guerre d'Afrique (2). Elle
reste juste. Envisagé sous un angle plus vaste, dans ses causes profondes
et ses conséquences lointaines, l'impérialisme anglais appelle une défi-
nition plus ample: c'est l'organisation et la concentration de toutes les
forces militaires de l'Empire — forces de terre et forces de mer — dans
te but d'aider la Grande Bretagne à dominer le monde; c'est la suppres-
sion graduelle ou tout au moins l'asservissement de toutes les nationa-
lités (3) distinctes qui composent l'Empire britannique, afin d'assurer
(1) Paroles de sir Wilfrid Laurier, en 1902. On les retrouvera à la page 141 et à
la pièce justificative 63.
(2) "Grande Bretagne et Canada" — 1901. On trouvera cette définition avec com-
mentaires à la page 135 et suiv.
(3) Qu'on ne confonde pas ici "nationalités" avec "races". L'Angleterre a, depuis
un siècle, tantôt forcément tantôt volontairement, respecté les libertés des races qu'elle
a conquises. Mais, par la force même des choses, la concentration militaire de l'Empire
tend à la suppression des nationalités d'abord, puis à l'unification des races.
— Vi-
tal suprématie mondiale de la race anglo-saxonne, de sa pensée, de sa
langue, de ses conceptions politiques, de son commerce et de ses riches-
ses. C'est l'écrasement de toutes les concurrences, de toutes les rivalités,
intérieures et extérieures. C'est l'idéal allemand, c'était l'idéal romain.
C'est l'impérialisme de tous les pays, à toutes les époques, agrandi à la
mesure des monstrueuses prétentions du pan-anglo-saxonisme.
Ce régime aboutirait fatalement à la conscription militaire, aux im-
pôts forcés, à la restriction d'abord, puis à l'anéantissement des libertés
coloniales. (1)
Les peuples britanniques, ceux des colonies surtout, qui ont tout à
y perdre et rien à y gagner, se soumettront-ils docilement à la perpétua-
tion de l'état de choses créé par la révolution impérialiste ? C'est dou-
teux. Les prodromes de la contre-révolution se manifestent déjà en
Australie, à la Nouvelle-Zélande et même au Canada, — sans parler des
Indes, ce perpétuel et troublant inconnu de l'Empire britannique. Quel
remède, quel correctif apporteront-ils au régime désastreux qui menace
d'atteindre dans leurs sources vitales les jeunes nationalités issues de
l'expansion britannique?
Il n'en existe que deux, l'un radical, l'autre partiel et temporaire.
4* La cure radicale, c'est le retour au nationalisme sain et bien ordon-
né, qui a fait, un siècle durant, la base des libertés coloniales. Chaque
pays d'Empire pourvoit aux besoins de sa défense nationale. La Grande
Bretagne reste seule chargée de la défense générale de l'Empire; elle
porte seule le poids de l'autorité impériale qu'elle garde et exerce jalou-
sement; elle subit seule les conséquences de sa politique impériale, et
étrangère. Et ceci dure jusqu'au jour où chaque colonie peut et vent
s'affranchir du joug et devenir une nation au sens véritable du mot.
Le palliatif temporaire, c'est la participation des colonies au gou-
vernement de l'Empire; c'est leur représentation effective dans les con-
seils qui décident la paix ou la guerre, déterminent les alliances étran-
gères et pourvoient à l'administration des immenses domaines de la Cou-
ronne britannique.
Quelques-uns des apologistes les plus ardents de la révolution impé-
rialiste affectent de croire que c'est cette association même qui consti-
tuerait le véritable impérialisme. Empoisonnés justiu'à la moelle,
ils repoussent avec un égal aveuglement le remède et le palliatif; ils
tiennent pour des fauteurs de désordre ceux qui combattent la révolu-
tion et demandent qu'on la muselle ou tout au moins qu'on la bride. Ils
raisonnent, ou plutôt, ils déraisonnent comme le malade affolé qui traite
de bourreau le médecin qui veut cautériser ou panser sa plaie putride.
Inutile de dire ici à quelle enseigne je loge. [Comme Cartier et Mac-
donald, je vois dans la pratique intégrale du nationalisme la seule ga-
rantie de la grandeur, de la prospérité, de l'existence même de la natio-
nalité canadienne^ Comme Laurier, avant la guerre d'Afrique, je crois
que l'indépendance absolue est la fin naturelle et légitime de l'oeuvre
féconde poursuivie par les Pères de la Confédération. Je regrette SeU-
Vl) Ia* général Homcr LEA a fort l>!cn développé cet aspect de la question, dans
son remarquable ouvrage, tout sympathique à r'mpérialismc anglais: "The Day of th«
Saxon" — Ni v. York and Ix>ndon, Harper and Brothers, 1912.
— vu —
lement que la révolution impérialiste force les Canadiens à faire trop
brusquement le choix de leur destinée. Jusqu'au jour où ce choix sera
fait je lutterai pour l'application du remède radical, pour le retour vers
le nationalisme intégral.
D'autre part, si la majorité du peuple canadien, si la plupart des
colonies autonomes, écartent pour l'instant la solution nationaliste — et
tout indique qu'elles y sont décidées — il me paraît opportun de recher-
cher loyalement les avantages du palliatif, de réclamer la représentation
effective du Canada dans le gouvernement de cet Empire qu'on nous
force aujourd'hui à défendre aux frontières des Flandres, aux Darda- j
nellcs, en Egypte, — qu'on nous obligera peut-être demain à défendre I
aux Indes ou en Chine.
L'impérialisme actuel, sous sa forme la plus brutale qui est le mili-
tarisme anglo-saxon, entraînera fatalement l'amoindrissement puis l'ex-
clusion des libertés coloniales, dans l'ordre extérieur et dans l'ordre inté- v^
rieur. Par le jeu renversé des mêmes causes, la représentation des colonies
tendrait à réprimer la soif de conquêtes, d'accaparement, de domination,
qui fait le fond de l'impérialisme anglais. Cet orgueil insupportable
s'est développé chez les impérialistes d'Angleterre en raison directe de
la complaisance qu'ils ont trouvée aux colonies, de la disposition crois-
sante des coloniaux à servir leurs desseins, à remplir leurs légions, sans
réclamer le partage des responsabilités suprêmes. Le jour où les repré-
sentants des colonies siégeront dans les Conseils de l'Empire, — pourvu
bien entendu qu'ils exercent véritablement leurs fonctions, qu'ils récla-
ment tous leurs droits et accomplissent tous leurs devoirs — Britanniques
et Coloniaux y regarderont à deux fois avant de précipiter les pays
d'Empire dans de sanglants et interminables conflits. Ils réfléchiront
davantage aux conséquences de leurs actes intérieurs et de leurs allian-
ces étrangères.
C'est ce qui explique que la plupart des impérialistes anglais ne
veulent pas de l'association impériale. Ils préfèrent laisser aux colo-
niaux le rang inférieur d'esclaves volontaires, de légionnaires dociles,
prêts à verser leur sang, à prodiguer leur or, pour soutenir l'Angleterre
dans toute guerre où ses gouvernants jugeront à propos de la précipiter
pour le seul avantage de sa gloire, de sa puissance, de ses capitaux et de
son commerce. C'est pour le même motif qu'à défaut de la solution na-
tionaliste, les Coloniaux doivent, à mon avis, réclamer le droit de repré-
sentation. Si les Canadiens-français n'en veulent pas, les Anglo-Cana-
diens le réclameront tout de même. Si la majorité des Canadiens de
toutes races préfèrent rester dans la situation "intolérable" (1) où l'im-
périalisme les a conduits, les Australiens l'exigeront impérieusement.
Le changement s'opérera au bénéfice de ceux qui en arrêteront les con-
ditions.
Ce volume n'a pas pour objet d'établir les avantages et les incon-
vénients de ces deux solutions. Il n'a d'autre but que de mettre les
Canadiens qui me feront l'honneur de me lire en état d'éclairer et de
(1) Le mot est de M. BORDEN, dans son discours sur l'amendement à l'Adresse, pro-
posé par M. Monk, le 24 novembre 1910.
— VIII —
fortifier leur opinion pour le jour très prochain où ils seront appelés à
décider du sort de la nation.
J Un peu partout, mais principalement dans les pays affligés ou avan-
tagés du régime démocratique, la solution des problèmes vitaux de la
nation est bonne, médiocre ou mauvaise, dans la mesure où l'opinion pu-
blique agit sur les gouvernants avec plus ou moins d'intelligence et de
patriotique énergie. Et, pour se guider sur la route de l'avenir, l'opinion
publique doit jeter un regard vers le passé. Toutes les évolutions d'un
peuple sont la résultante, harmonieuse ou incohérente, de ses mouve-
ments antérieurs, de ses instincts ataviques. Toute institution nouvelle
qui ne s'appuie pas sur une base traditionnelle est vouée à la ruine.
Si le peuple canadien veut tirer quelque chose de durable du chaos
actuel, s'il veut reconstruire solidement ses assises nationales sur les
ruines amoncelées par le délire impérialiste, il doit se rendre un compte
exact des causes qui ont amené, en si peu d'années, le renversement com-
plet de l'ordre établi en un siècle de laborieux efforts. Il doit se retrem-
per dans le souvenir et les enseignements des hommes d'Etal qui avaient
édifié l'ordre national aujourd'hui démoli.
Dès l'époque de la guerre d'Afrique, j'avais été frappé de cet oubli
des leçons du passé, de cette singulière ignorance des principes fonda-
mentaux de la constitution canadienne et des institutions britanniques.
Sous la poussée de l'impérialisme, cette ignorance et cet oubli ont atteint
un degré incroyable. A entendre la plupart de nos hommes publics, à
lire la quasi totalité de nos journaux, de ceux même qui se sont donné
pour mission d'éclairer le peuple et d'enseigner la vérité intégrale, on
croirait que l'histoire du Canada britannique et celle de la Grande-Bre-
tagne ont cessé d'être apprises depuis vingt ans.
C'est pour suppléer à cette lacune — oh! bien imparfaitement, je le
confesse — que j'ai entrepris ce travail. Au risque de rebuter le lecteur
pressé ou superficiel, j'ai multiplié les preuves, les citations, les pièces
justificatives. J'ai voulu faire revivre abondamment la pensée et les
actes des hommes du passé et ceux des contemporains, et jalonner de
très près les étapes de la route que le Canada a parcourue depuis la Con-
quête jusqu'à nos jours, dans l'ordre de ses obligations coloniales. La
plupart des textes traduits ou analysés se justifient des pièces originales,
reproduites à la fin du volume. Les autres portent l'indication précise
de la source où ils ont été puisés. J'ai donc le droit de dire que c'est
une œuvre consciencieuse, qui invite une discussion loyale. Les re^
cherches considérables qu'il m'a fallu faire, le soin méticuleux apporté
à la compilation des matériaux, à la vérification des textes, à l'indica-
tion des sources, m'ont fait négliger la tenue littéraire de l'œuvre. Ce que
j'ai pu consacrer de temps et d'efforts à la composition de l'ouvrage, je
l'ai employé à rendre ma thèse aussi claire que possible, à serrer la trame
et l'agencement des preuves, à faire ressortir nettement les leçons qui
se dégagent des paroles, des attitudes et des actes des constructeurs ou
des démolisseurs de l'ordre national. Le lecteur pardonnera, j'espère,
les négligences de style et la lourdeur presque inévitable du récit. Du
reste, je n'ai nulle prétention à la facture littéraire.
— IX —
Telle quelle, cette œuvre modeste apportera, je pense, quelque récon-
fort à ceux de mes compatriotes qui m'ont fait l'honneur de me conser-
ver leur confiance à travers toutes les péripéties d'une lutte déjà vieille
de quinze ans contre l'impérialisme envahisseur. C'est le second objet
de ce travail.
Depuis le jour où le Canada a, pour la première fois, prêté main-
forte à l'Angleterre dans une guerre étrangère à la défense du Canada,
nous avons soutenu, en face des impérialistes de toute nuance, les pro-
positions suivantes :
1° Les obligations coloniales du Canada, en matière de guerre et de
défense, ont été rigoureusement définies par des traités, après de lon-
gues et consciencieuses délibérations entre les autorités impériales et
les gouvernants de la colonie.
2° Ces obligations se réduisent à la défense du territoire canadien.
Elles excluent la participation à toute guerre de l'Angleterre qui ne me-
nace pas immédiatement et directement le territoire canadien.
3° Le Royaume-Uni, seul maître des relations étrangères de l'Em-
pire, doit porter seul le poids de la défense navale de l'Empire et le far-
deau de toutes les guerres extérieures où il s'engage de son seul chef.
4° Ces accords s'inspirent des principes fondamentaux de la cons-
titution anglaise et des traditions britanniques les mieux établies. Ils
ont été mis à la base de la Constitution canadienne, qui en est à la fois
la résultante et la sanction. Ils ont inspiré toutes nos lois de la milice,
depuis les premiers jours de la Conquête jusqu'à l'heure actuelle. Ils
ont guidé l'action de nos gouvernants, depuis l'établissement du gouver-
nement responsable jusqu'à la guerre d'Afrique. Ils ont été acceptés,
pendant plus d'un demi-siècle, par tous les chefs de la nation — chefs
laïques et chefs religieux — comme l'entière expression et la pleine me-
sure des devoirs respectifs de la métropole et de la colonie.
5° Tant que ces accords n'auront pas été rompus de consentement
mutuel, tant que la Constitution canadienne et la Loi de la milice n'au-
ront pas été modifiées, l'Angleterre n'a pas le droit d'imposer au Canada
des obligations additionnelles, contraires à l'ordre établi et aux princi-
pes d'équité qui lui servent de base.
6° L'expédition d'Afrique, la Loi navale votée en 1910, la contri-
bution d'urgence proposée en 1912, la participation du Canada à la
guerre actuelle, comme dépendance de l'Angleterre, sont autant de brè-
ches faites dans l'ordre établi, autant de coups de canif dans les "chif-
fons de papier" sur lesquels sont inscrits les principes de la Constitution
canadienne et les traités conclus entre la Grande-Bretagne et le Canada.
De la rigoureuse vérité de ces propositions, on trouvera dans ces
pages des preuves multiples et incontestables. Les plus fortes sont four-
nies par les textes d'abord, et par les hommes d'Etat les plus autorisés
de la Grande-Bretagne et du Canada.
Sans doute, le Canada a la faculté de renoncer à ses libertés, d'assu-
mer de nouvelles obligations. Le parlement de Dublin avait plein pou-
voir, en 1798, de vendre à Castlereagh les libertés de l'Irlande. Mais
tant que la trahison n'est pas consommée, tant qu'il n'existe aucune
preuve que le peuple du Canada acquiesce au sacrifice de sa paix et de
— X —
sa liberté, il reste permis de combattre la révolution par tous les moyens
légitimes.
L'exacte vérité, c'est que les "rebelles", les "déloyaux", les "traîtres",
ce sont les Canadiens qui ont commis cette série d'attentats contre la
Constitution et les traités. Les théoriciens "pervers" et "dangereux", ce
sont les publicistes qui se constituent les panégyristes et les complices
des perturbateurs de l'ordre établi.
Ceux au contraire qui persistent à dire que le Canada, comme dé-
pendance de la Grande-Bretagne, n'a nulle obligation légale ou morale
de participer à la guerre actuelle ou à toute autre guerre entreprise par
l'Angleterre sans le consentement préalable du Canada, — sauf quand
le territoire canadien est attaqué — ceux-là sont dans la véritable tra-
dition britannique et canadienne, ils respectent la "sainteté des traités",
ils défendent la Constitution contre les entreprises destructrices des
révolutionnaires de l'Empire.
A ceux-là qui ont eu le courage et la clairvoyance de tenir ferme
sous l'opprobre des injures et de résister à la débandade des intelligen-
ces et des volontés, ces pages sont cordialement dédiées.
A tous les hommes de bonne foi, elles sont loyalement ouvertes.
HENRI BOURASSA.
Octobre, 1915.
N. B. — La plupart des citations ont été traduites à nouveau, même
lorsqu'une version officielle existe au Canada. Les traductions officielles,
les anciennes surtout, sont souvent défectueuses ; parfois même, elles
faussent le sens du discours ou de la pièce originale. Dans chacun des
rares cas où l'auteur a utilisé la version officielle — comme dans les ex-
traits des débats parlementaires, — une note de référence l'indique. Les
passages de ces citations qui appellent l'attention particulière du lecteur
sont imprimés en italiques, en majuscules ou en caractères gras. Dans le
texte original, ils sont généralement en caractères ordinaires.
QUE DEVONS-NOUS A L'ANGLETERRE?
i
LA DÉFENSE NATIONALE
Introduction du régime britannique au Canada
La conquête du Canada par l'Angleterre changea la base du droit
public de la colonie et de ses habitants. Les principes de la constitution
anglaise remplacèrent le régime paternel français. Lors de la capitula-
tion de Montréal, le marquis de Vaudreuil avait stipulé que les habitants
de la colonie "ne pourront être assujettis à d'autres impôts qu'à ceux
qui étoient établis sous la domination françoise". Le général Amherst
se borna à répondre: "Ils deviennent les sujets du Roy." Quelques
années plus tard, en 1774, la Cour d'appel du Royaume-Uni, dans un
arrêt célèbre qui forma la base de la jurisprudence applicable aux pos-
sessions acquises à l'Angleterre par le traité de Paris, décida que les
nouveaux sujets de la Couronne jouissaient de tous les privilèges des
sujets britanniques de naissance et qu'ils étaient soumis aux mêmes obli-
gations. (1)
L'un des principes fondamentaux de la constitution anglaise, l'un
des privilèges essentiels de tout sujet britannique, était alors comme
aujourd'hui: no taxation without représentation. C'est pour la reven-
dication de ce privilège que les treize colonies américaines se révoltè-
rent et conquirent leur indépendance. Et pourtant, même au temps
de lord North, jamais le gouvernement et le parlement britanniques
n'avaient songé à taxer les colonies, encore moins à y recruter des régi-
ments, pour la défense du Royaume-Uni ou des autres possessions de
l'Empire. Ils s'étaient bornés à les assujettir à quelques impôts destinés
à défrayer une partie des frais de leur propre défense. Ce que les
Anglo-Américains n'admettaient pas, c'est que ces impôts fussent votés
par le parlement impérial avant d'avoir été consentis par leurs propres
législatures coloniales. Les hommes d'Etat britanniques reconnurent le
bien-fondé de cette opposition; et avant même que ]a guerre de l'Indé-
pendance ne se fut terminée par la victoire définitive des Américains,
le parlement impérial abrogea ses lois décrétant l'impôt sur le thé et la
taxe du timbre. Jamais, depuis cette époque, les autorités impériales
n'ont tenté de prélever des taxes aux colonies. Inutile d'ajouter qu'elles
n'ont jamais songé à leur réclamer l'impôt du sang.
(1) Sur tous ces points, on trouvera une mine d'indications et de renseignements pré-
cieux dans le volume des Archives Canadiennes publié par MM. SHORTT et DOUGHTY :
"Documents concernant l'histoire constitutionnelle du Canada. 1759-1791."
— 2 —
Un autre principe aussi solidement établi, corollaire du premier,
c'est que le Royaume-Uni, seul détenteur de la souveraineté impé-
riale, maître absolu des relations extérieures de l'Empire et des causes
de guerre entre cet Empire et les puissances étrangères,, doit porter tout
le poids de la défense générale des possessions britanniques.
L'unique point débattu, la seule cause de discussion qui se soit élevée
durant un siècle et demi entre les autorités de l'Empire et les gouverne-
ments des diverses colonies, c'est celle qui a entraîné la révolte des colo-
nies américaines, c'est la définition des charges et des responsabilités
que les colonies dites 'autonomes' doivent assumer dans la défense de
leurs territoires respectifs.
Durant la longue période des guerres américaines, l'Angleterre
n'avait eu aucune peine à obtenir le concours des législatures et du
peuple des colonies anglaises pour disputer à la France la possession
définitive de l'Amérique du Nord. Les rivalités de commerce, autant
que les haines de race et de religion, suffisaient à entretenir l'ardeur bel-
liqueuse des colons de la Nouvelle-Angleterre. La conquête de la Nou-
velle-France était leur guerre plus encore que celle de l'Angleterre.
Mais après la déclaration de leur indépendance, définitivement
reconnue par l'Angleterre en 1783, les rôles se trouvèrent renversés.
Pour contenir ses anciens sujets devenus ses ennemis, l'Angleterre se vit
forcée de s'appuyer sur la fidélité des habitants de la Nouvelle-France,
qui avaient subi pendant un demi-siècle le choc des armes anglaises et
dont la mémoire n'avait pas encore perdu le souvenir des ravages exer-
cés par les armées de Wolfe et d'Amherst dans toutes les paroisses éche-
lonnées le long du Saint-Laurent.
Révolution américaine
Le respect de leur serment d'allégeance et l'influence du clergé et
des seigneurs empêchèrent les Canadiens-français de céder aux invites
pressantes des révoltés, même après que la France eut épousé la cause
américaine. Plusieurs répondirent à l'appel de sir Guy CARLETON et pri-
rent les armes pour défendre le drapeau britannique contre l'assaut des
Anglo-Américains. Ce fut l'origine de la milice canadienne sous la domi-
nation anglaise. Carleton, avec la clairvoyance qui a marqué toute son
administration, vit là le germe d'une force nouvelle pour l'Angleterre.
Il songea dès lors à l'établissement d'une milice régulière recrutée parmi
les habitants de la colonie. Il eut sans doute à vaincre, sur ce point com-
me sur tant d'autres, la méfiance des autorités impériales et les préjugés
des nouveaux colons venus d'Angleterre — ces "fanatiques déréglés"
dont le général Murray se plaignait avec si peu de ménagements. Quoi
qu'il en soit, son opinion triompha. Dès k 29 mars 1777, il signait une
ordonnance enjoignant à tous les Canadiens, âgés de 16 à 60 ans,
de s'enrôler dans la milice, à l'appel des officiers désignés par le gou-
verneur. Le refus de répondre à l'appel entraînait une simple pénalité.
L'objet de cette milice, déclare l'ordonnance, est de " résister et s'oppo-
" ser à tous enemis, pirates et rebels tant par terre que par eau ", et de
" préserver et sauver la Province de tous enemis usurpateurs." (1)
Cette ordonnance émanait des pouvoirs spéciaux du gouverneur,
tels que définis par la Commission royale qui avait appelé Carleton à
son poste. Elle, n'était que temporaire : elle fut renouvelée, de deux ans
en deux ans, jusqu'en 1787.
Le 23 avril 1787, le gouverneur sanctionnait une ordonnance régu-
lière de son Conseil " qui règle plus solidement les milices de cette Pro-
" vince et qui les rend d'une plus grande utilité pour la conservation et
" sûreté d'icelle." (2)
L'article I décrète que tous les habitants de la colonie, "depuis l'âge
" de seize ans jusqu'à soixante, sont déclarés miliciens, et obligés de
** servir en cette qualité dans la milice de la paroisse, village ou seigneu-
" rie, dans lesquels ils sont domiciliés." Le même article impose une
amende de cinq livres à quiconque refuse d'obéir à l'appel du capitaine
de milice de son arrondissement.
L'article V décrète que lorsque " la sûreté des frontières " exige
"un corps des milices prêt et suffisamment exercé",.... "son excel-
" lence le capitaine général, ou en son absence, le commandant en chef
"pourra ...lever et assembler des détachemens, tirés dans [de] telles
" cccnpagnies des milices, à sa discrétion, dans une juste proportion,
"pour faire marcher et être emploies... pendant un tems qui n'excè-
" dera point deux années."
La base de l'organisation militaire de la colonie est d'ores et déjà
bien établie: tous les habitants de la colonie sont sujets au service mili-
taire ; mais ils ne peuvent être appelés sous les armes que pour
"la sûreté des frontières", c'est-à-dire la défense du territoire.
Ce double principe est resté en vigueur jusqu'à nos jours. Ce n'est
qu'à l'époque de la guerre d'Afrique que les impérialistes ont commencé
à le battre en brèche en lui substituant peu à peu le faux principe de la
contribution des colonies aux guerres de l'Angleterre. L'idée, du reste,
n'était pas nouvelle. Dès le début des guerres napoléoniennes, 'le gou-
vernement britannique, qui a toujours répugné à l'idée d'imposer au
peuple anglais le fardeau du service militaire, tenta d'induire les Cana-
diens à prendre du service dans les armées impériales. Quelques jeunes
officiers canadiens-français se laissèrent entraîner; maïs le peuple et
la masse des miliciens résistèrent. Les soldats du Royal Canadien, en-
régimentés sous l'autorité de l'ordonnance de 1787, refusèrent en 1799
de traverser les mers (3). Personne ne songea à leur faire violence ni
à les accuser d'insubordination ou d'incivisme. Personne, au cours des
vingt années de guerre que l'Angleterre eut à soutenir contre les armées
de la République et la puissance menaçante de Napoléon, ne songea à
soutenir la thèse absurde de "Cobligation morale" du Canada de venir
en aide à la mère-patrie. Et pourtant, la Grande-Bretagne courut alors,
à plusieurs reprises, un péril pour le moins aussi grave que celui qui la
menace aujourd'hui. Mais la casuistique impérialiste n'était pas née.
(1) Pièce justificative 1.
(2) Pièce justificative 2.
(3) Benjamin Suite : "Histoire de la Milice Canadienne", page 20.
— 4 —
Les Canadiens avaient prouvé en 1774 qu'ils étaient prêts à défendre
leurs foyers et les droits de la Couronne britannique au Canada. De leur
fidélité et de leur courage ils donnèrent de nouvelles preuves en repous-
sant les attaques des Américains, en 1812. Mais alors comme aujour-
d'hui, ils considéraient qu'ils avaient accompli tout leur devoir en dé-
fendant la colonie contre ses agresseurs; et ni les gouvernants civils,
ni les autorités religieuses ne leur demandaient davantage.
Séparation du Bas-Canada et du Haut-Canada
En 1791, la province avait été divisée en deux gouvernements: le
Bas-Canada et le Haut-Canada. Dans la province française, l'ordon-
nance de 1787 resta en vigueur. En 1808, la Législature du Haut-Canada
adopta une nouvelle loi de Milice (1).
Comme l'ordonnance de 1787, cette loi décrète en principe le ser-
vice obligatoire de tous les habitants. Sur l'emploi que le gouverneur
peut faire de cette armée nationale, elle est encore plus explicite que
l'ordonnance. Elle stipule ** qu'il ne sera pas légal d'ordonner à la Mi-
" lice, ou à aucun de ses corps (any part thereof), de marcher en dehors
"de cette province, excepté pour porter secours à la province du Bas-
" Canada, lorsque celle-ci sera envahie ou en état d'insurrection, ou
" excepté pour poursuivre un ennemi qui aurait envahi la province ;
" excepté aussi pour la destruction de tout vaisseau ou de tout dépôt ou
" magasin d'armes, ou pour attaquer un ennemi qui se prépare à envahir
" la province, ou pour attaquer toute fortification servant de couverture
" à cette invasion."
Même aux jours sombres qui suivirent les soulèvements de 1837-38,
les autorités impériales ne songèrent pas à imposer aux habitants de la
colonie d'autres obligations que celle de défendre leur territoire. Elles
se bornèrent à étendre ce devoir à la répression des désordres inté-
rieurs.
Une ordonnance du Conseil spécial du Bas-Canada, édictée en 1838
(2), décrète "que tout habitant mâle valide de cette province, âgé de
"plus de 18 ans et au-dessous de l'âge de 60 ans, étant sujet britannique
"et ayant résidé plus de six mois dans la province, et n'étant pas au
" service naval ou militaire de Sa Majesté, ni actuellement en service ou
" enrôlé pour servir dans les troupes volontaires de cette province, sera
"sujet à servir comme milicien pour la défense de la province et de
" l'ordre et de la tranquillité publique en icelle, à moins qu'il n'en soit
" spécialement exempté par la loi." L'article IX stipule " que dans le
" cas de guerre avec les Etats-Unis d'Amérique, d'invasion, d'insurrec-
" tion, ou de danger imminent d'icelles, il sera loisible au gouverneur
" ou à la personne administrant le gouvernement d'appeler sous les
" armes, d'entre les officiers des différentes compagnies de milice de la
"piovince et d'entre les miliciens non mariés au-dessous de l'âge de 30
" ans, un nombre qui n'excédera pas un cinquième du total, lesquels
"seront tirés au sort ou commandés à la discrétion de l'officier com-
(1) Pièce justificative S.
(2) Pièce justificative 4.
" mandant le bataillon, pour être exercés, et serviront pendant un temps
" qui n'excédera pas six mois de calendrier, pour la défense de la pro-
" vince et pour le maintien du bon ordre et de la sûreté publique en
" icelle."
L'ordonnance prévoit l'éventualité d'un conflit avec les Etats-Unis.
N'est-ce pas la preuve que Colborne et ses conseillers n'envisageaient,
pour le Canada, d'autres guerres que celles d'Amérique et ne songeaient
nullement à utiliser la milice canadienne en dehors du continent?
Le 11 mai 1839, la Législature du Haut-Canada codifiait de nouveau
ses lois de milice. L'article définissant l'emploi que le lieutenant-gou-
verneur pouvait faire de la milice resta identique au dispositif corres-
pondant de la loi de 1808 (1).
Régime de l'Union
En 1846, la Législature des Canadas-Unis abrogea toutes les ancien-
nes lois et ordonnances antérieures à l'union des deux provinces et les
remplaça par une nouvelle loi de la Milice (9 Vict., chap. 28) applicable
à toute la colonie. Cette loi décrétait que la milice se composerait de
tous les habitants mâles de la province, de 18 à 60 ans, divisés en deux
classes: la première comprenant les miliciens de 18 à 40 ans et la se-
conde, ceux de 40 à 60 ans. Sur l'emploi des forces coloniales, la Légis-
lature s'inspira des lois antérieures du Haut-Canada et prit les mêmes
précautions pour limiter l'usage de ces forces à la défense exclusive de
la province (2).
C'est au cours du débat sur l'adoption de cette loi que M. Etienne-
Pascal TACHE prononça la parole qu'on a si souvent citée. Il est bon
d'en rétablir le texte précis et les conditions que M. Taché posait pour
justifier la fidélité de ses compatriotes à la Couronne britannique:
" Bornez-vous à rendre justice aux Canadiens-français ; et vous
" verrez que leurs valeureux bataillons seront les premiers à courir à la
" frontière et à faire de leurs corps un rempart contre toute agression
" (applaudissements). On a trop l'habitude de calomnier ces braves
"gens; on les peint trop souvent comme des mécontents ingouverna-
bles; les journaux les accusent trop souvent d'infidélité et de sédition,
" tout en réclamant pour l'autre race la pratique exclusive des vertus
"contraires. A ces accusateurs, je réplique: Vous vous trompez; nous
" nous réclamons de la même mère-patrie ; traitez-nous comme des
"frères et non comme des bâtards (vifs applaudissements) ; et soyez
" convaincus que nous n'oublierons jamais notre serment d'allégeance
" jusqu'au jour où un Canadien-français allumera le dernier canon qui
" sera tiré sur ce continent pour la défense de la Grande-Bretagne (ap-
plaudissements et acclamations)." (3)
L'orateur, on le voit, met deux conditions à la fidélité des Canadiens-
français: la première, c'est que l'on n'attende d'eux que la protection
des frontières et la défense de la colonie; la deuxième, c'est que leurs
(1) Pièce justificative S,
(2) Pièce justificative 7.
(3) Pièce justificative 8.
— 6 —
concitoyens anglais les traitent "comme des frères et non comme des
bâtards." Il serait temps de inéditer et de faire revivre cet enseigne-
ment énergique et équitable.
La loi de 1846 resta en vigueur jusqu'en 1855. Dans ce court espace
de dix années, des modifications profondes s'étaient produites dans le
mécanisme intérieur de l'Empire britannique et dans ses relations in-
ternationales.
Après une lutte opiniâtre qui avait duré plus d'un demi-siècle et
dont les échauffouréés sanglantes de 1837 marquèrent le seul écart grave
de jugement et de conduite, les Canadiens des deux races avaient enfin
obtenu des autorités impériales l'application loyale du principe qui fait
la base du régime britannique: le droit de tout groupe de sujets britan-
niques de n'être soumis qu'aux lois votées par ses représentants élus et
à l'autorité d'un pouvoir responsable à ses mandataires.
Cette conquête, les Canadiens ne furent pas les seuls à en bénéfi-
cier. Elle devint la règle politique de toutes les possessions anglaises
peuplées d'Européens. Du reste, ce n'était pas une révolution ni même
une évolution de principes. C'était la simple extension aux colonies du
régime dont le parlement britannique avait fait la règle fondamentale
du royaume après la chute des Stuarts et l'avènement de Guillaume et
de Marie.
En bonne justice sociale, cet accroissement de privilèges compor-
tait, pour les Canadiens comme pour les habitants de toutes les autres
colonies anglaises, une augmentation correspondante de charges et de
responsabilités.
Lord Grey et Lord Elgin — Bases de l'organisation
militaire de l'Empire
La Couronne britannique eut à ce moment l'immense et rare avan-
tage d'être représentée au ministère des Colonies et à la tête du gouver-
nement canadien par deux hommes d'une égale valeur et bien faits pour
se comprendre et se compléter. Lord Grey est peut-être le meilleur mi-
nistre des Colonies que l'Angleterre ait connu. Lord Elgin est sans con-
tredit le meilleur gouverneur que le Canada ait possédé sous la domina-
tion anglaise.
Dans ses instructions au successeur de lord Metcalfe, de
ti-acassière et tyrannique mémoire (1), lord GREY disait : "Il ne
|| saurait être trop nettement reconnu qu'il n'est ni possible ni désirable
de gouverner aucune des provinces britanniques de l'Amérique du
Nord contrairement aux opinions de ses habitants."
Cette attitude généreuse et sincère donnait à l'homme d'Etat anglais
le droit de rappeler aux Canadiens les obligations nouvelles que com-
portait pour eux l'exercice de leurs nouvelles libertés. C'est ce qu'il fit
suivant16 PCChe CD dale du 14 mars 1851' dont ie détache le passage
^^^ilbnlMik^b^llM^^^^f^ ,0rd Cathc«rt' ?ui administra la co-
intérimaire et n'exerç. «uSÎ,e actl™ positive. pr°prement parTer «u'un «««verneur
— 7 —
" Le Canada possède maintenant, en commun avec les autres pro-
" vinces britanniques de l'Amérique du Nord et de la manière la plus
" ample et la plus complète possible, les avantages du self-government
" en tout ce qui touche à son administration interne.
" Il semble au gouvernement de Sa Majesté que cet avantage doit
" entraîner des responsabilités correspondantes; et que le temps est
" venu où le peuple du Canada doit être appelé à assumer une part plus
" large qu'il n'a prise jusqu'ici des dépenses qui résultent, à son béné-
" fice, de cette situation.
"De ces dépenses, la charge de beaucoup la plus lourde qui pèse
" sur ce pays [le Royaume-Uni] est celle encourue pour la défense mili-
" taire de la province.
" Considérant le Canada comme une partie très importante et très
" appréciable de l'Empire, et croyant que le maintien du lien qui unit
" la mère-patrie et la colonie est éminemment avantageux aux deux pays,
" le gouvernement de Sa Majesté est loin de penser que l'ensemble des
" forces militaires de l'Empire ne doit pas servir à la protection de cette
" partie des domaines de Sa Majesté.
"Mais, tenant compte des progrès rapides que le Canada fait aujour-
" d'hui en richesses et en population et de la prospérité dont il jouit en
" ce moment, le gouvernement de Sa Majesté est convaincu qu'en toute
"justice le peuple du Royaume devrait être déchargé d'une forte pro-
" portion des charges qui lui ont été imposées jusqu'ici pour la protec-
" tion d'une colonie qui est maintenant en état de faire beaucoup pour
" assurer sa propre protection.
" Il n'est guère nécessaire de vous rappeler qu'en adoptant ce prin-
" cipe, le gouvernement de Sa Majesté ne ferait que revenir à l'ancienne
"politique coloniale de ce pays." (1)/
Comme sanction pratique de cette doctrine, le gouvernement bri-
tannique commença à dégarnir les postes militaires de la colonie et à
rappeler en Angleterre les garnisons impériales qui les occupaient. Il
prit les mêmes mesures dans les Provinces Maritimes. La chute du
cabinet Russell, dont lord Grey faisait partie, n'entraîna aucune modi-
fication de cette politique nouvelle.
Le 22 avril 1853, le duc de NEWCASTLE, ministre des Colonies dans
le cabinet Aberdeen, écrivait dans ces termes au lieutenant-gouverneur
de l'Ile du Prince-Edouard, sir A. Bannerman, qui lui avait communiqué
les objections des habitants de la colonie au retrait des troupes impé-
riales:
"Veuillez faire savoir au Conseil et à la Chambre d'assemblée que
" j'ai déposé leur adresse aux pieds de la reine et qu'il a plu à Sa Ma-
"jesté de l'accueillir très gracieusement; mais je ne me crois pas libre
" de recommander à Sa Majesté de se rendre aux prières qui lui sont
" adressées.
" Si la colonie était menacée d'une attaque, le gouvernement de Sa
" Majesté ne serait pas lent à lui accorder les secours nécessaires à sa
"protection; mais aucun danger de ce genre ne se présente; et nous
(1) Pièce justificative 9.
— 8 —
" considérons qu'il n'est pas juste de décharger la Législature de l'Ile
" du Prince-Edouard du devoir et de la responsabilité de maintenir une
" force — police, milice ou corps de soldats en retraite — en nombre
"suffisant pour maintenir la paix intérieure de la colonie (1)."
Et il presse le gouvernement de la province d'organiser une milice
locale. Il lui offre même les services de soldats anglais en retraite, à
condition que la colonie pourvoie à leur solde et à leur entretien.
Le 19 avril 1854, le même ministre accuse réception des adresses
du Conseil législatif et de l'Assemblée de la Nouvelle-Ecosse. La Légis-
lature se déclare prête "à faire des efforts (exertions) pour la défense
" de la province au cas où il serait jugé nécessaire de retirer les troupes
" régulières dont se compose maintenant la garnison " (2). Cet acquiesce-
ment à la nouvelle politique impériale est d'autant mieux accueilli à
Londres que l'Angleterre est à la veille du conflit sanglant qui lui coûtera
de si lourdes pertes en Crimée.
Guerre de Crimée
Les exigences de cette guerre si follement entreprise pour maintenir
en Asie Mineure la domination abrutissante et parfois cruelle de la Tur-
quie hâtèrent l'exécution de la politique coloniale inaugurée par lord
John Russell et lord Grey.
La situation offrait des analogies singulières avec celle que nous tra-
versons aujourd'hui. Pour la première fois dans l'histoire des colonies
d'Amérique, les deux nations qui s'en étaient disputé la possession pen-
dant deux siècles étaient alliées sur les champs de bataille. Pour la pre-
mière fois dans l'histoire du Canada, Canadiens-français et Anglo-Cana-
diens pouvaient fraterniser dans leur attachement à leurs patries d'ori-
gine. Comme aujourd'hui, les foules acclamaient les efforts des alliés
et saluaient dans leurs victoires le triomphe de la barbarie sur la civili-
sation, de la liberté sur la tyrannie, et la garantie de la protection des
nations faibles contre la domination des forts. Dans les nombreuses
adresses des corps publics canadiens, on retrouve des expressions abso-
lument identiques à celles qui remplissent aujourd'hui les colonnes des
journaux et les discours des orateurs. La seule différence, c'est qu'en
1854, les "tyrans" et les "barbares", c'étaient les Russes, nos alliés d'au-
jourd'hui; la "civilisation" et la "faiblesse opprimée", c'était la Turquie!
Mais ce à quoi personne ne songea, ni en Angleterre ni au Canada,
ce fut d'induire les Canadiens à prêter l'appui de leurs armes à leurs
"deux mères-patries". Tout ce que le gouvernement britannique désirait,
c'était de hâter le retrait des troupes impériales de la colonie et leur
remplacement par les milices coloniales.
Le 11 août 1854, sir George GREY, qui avait remplacé le duc de
Newcastle au ministère des Colonies, écrivait à lord Elgin que le gou-
vernement de Sa Majesté avait décidé de rapatrier " quelques-uns des
" régiments qui font du service dans les colonies de l'Amérique du Nord
" et les autres possessions de la Couronne. Heureusement, ajoute-t-il, le
(1) Pièce Justificative 10.
(2) Pièce justificative 11.
" caractère de la guerre nous permet d'utiliser ces ressources sans laisser
" les colonies courir le risque d'une attaque extérieure. Le gouverne-
" ment de Sa Majesté reconnaît pleinement le devoir et la responsabilité
" qui lui incombent de protéger les colonies contre toute agression.
" Toutes les forces de l'Empire seraient employées à la défense de celles
"d'entre elles qui pourraient être mises en danger par suite de la situa-
tion actuelle." D'autre part, "Sa Majesté croit que la paix
" intérieure de la province peut être en toute sûreté confiée à ses sujets
"du Canada" (1).
Obligations respectives de la métropole et des colonies
Ce ne fut pas sans quelque difficulté que le gouvernement canadien
consentit à entrer dans les vues du gouvernement impérial et à assumer
une part plus considérable des charges nécessitées par les besoins de la
défense de la colonie. Lord ELGIN lui-même ne méconnaissait pas la
valeur de certaines objections formulées par ses aviseurs, les ministres
canadiens. Il entrait pleinement dans les vues exprimées par lord Grey
en 1851 et entretenues par ses successeurs, mais il avait un sens trop
juste des principes de gouvernement et une notion trop exacte des réa-
lités pour ne pas envisager tous les aspects de la situation. Dans une
dépêche qu'il adressait, le 18 décembre 1854, à sir George Grey, on
trouve ce passage remarquable qui contient en germe la justification de
la résistance à toute tentative d'entraîner le Canada à contribuer aux
guerres de l'Angleterre en dehors du territoire de la colonie:
"Je maintiens qu'aussi longtemps que les habitants de la colonie
" n'auront pas voix délibérative dans les Conseils de l'Empire, ils ont le
" droit d'attendre des autorités impériales la protection contre les hos-
" tilités qu'ils ne contribuent nullement à provoquer. Il est donc à
" propos de maintenir des garnisons impériales dans certaines stations
" militaires importantes telles que Québec, comme garantie que cette
" protection, si jamais la nécessité s'en présente, ne sera pas invoquée
" en vain. Néanmoins, j'ai confiance que si les habitants de la colonie
" assument une part de responsabilité dans la défense de leur pays et
'' la préservation de l'ordre intérieur — responsabilité qui a, jusqu'ici,
" pesé tout entière sur la mère-patrie — rien ne tendra plus effica-
" cément à assurer la sécurité de l'Empire et à établir dans la colonie un
" haut idéal national et des moeurs viriles." (2)
En rappelant au gouvernement impérial ses obligations particuliè-
res qui résultent de l'exercice de l'autorité absolue en matière de politi-
que étrangère, lord Elgin ne contredit en rien les propositions de lord
Grey. Au contraire, il les confirme, il les définit plus clairement, il
dégage avec plus de netteté les conséquences qui en découlent pour l'An-
gleterre et pour le Canada.
On peut dire, en toute certitude, que les principes posés en 1851
par lord Grey et en 1854 par lord Elgin sont restés, jusqu'aux jours de
Chamberlain, l'inspiration directrice et permanente de la politique im-
(1) Pièce justificative 12. Il ne faut pas confondre sir George Grey avec lord
Grey, prédécesseur du duc de Newcastle et auteur de la dépêche du 14 mars 1851.
(2) Pièce justificative 13.
— 10 —
pénale. Dans la discussion des obligations réciproques de la métro-
pole et de la colonie, les hommes d'Etat anglais et canadiens de tous les
partis ont invoqué ces principes et s'y sont rattachés, même quand ils
ont été en désaccord sur leur application.
Pour donner toute la pensée de lord Blgin, il n'est que juste de citer
un autre passage de sa dépêche du 18 décembre 1854. Avec une clair-
voyance qui touche au génie, cet homme d'Etat remarquable prévoyait
que le loyalisme des Canadiens se développerait en raison directe de la
confiance que leur témoigneraient les autorités impériales.
" Le parlement du Canada, disait-il, vient de donner la preuve de
"l'intérêt qu'il prend au conflit dans lequel l'Empire est engagé et à
" l'alliance heureuse qui unit aujourd'hui les deux nations dont les des-
" cendants forment le peuple de cette province. Il a voté à l'unanimité
" une somme de 20,000 livres pour secourir les veuves et les orphelins
" des soldats et des marins des deux armées alliées qui tomberont au
" service de leur pays durant la guerre actuelle. Les chances de l'avenir
" feront peut-être surgir une autre occasion où Sa Majesté sera de nou-
" veau engagée, comme aujourd'hui, dans un conflit qui méritera les
" sympathies de toute la population du Canada et éveillera les mêmes
"sentiments qui lui ont inspiré cette contribution libérale à la charité
"publique. Est-il excessif d'espérer qu'en cette occurrence, alors que la
" puissance matérielle de ces provinces florissantes se sera encore
"accrue, les Canadiens désireront partager avec leurs frères de la mère-
" patrie les gloires et les sacrifices d'une guerre honorable?"
Ces paroles presque prophétiques de lord Elgin ne s'appliquent-elles
pas d'une manière saisissante à la guerre actuelle? Si les hommes d'Etat
anglais et canadiens étaient restés fidèles aux traditions de lord Grey
et de lord Elgin; s'ils n'avaient pas entrepris de rompre l'équilibre des
charges et des responsabilités respectives des deux peuples; s'ils avaient
limité l'aide du Canada à la mesure de ses ressources; et surtout s'ils
avaient conservé à cette coopération tout son caractère de liberté, les
espérances de lord Elgin ne se seraient-elles pas pleinement réalisées?
L'accord moral des deux races canadiennes et l'entente entre la Grande-
Bretagne et le Canada ne seraient-ils pas beaucoup mieux assurés que par
les efforts des impérialistes des deux pays, qui veulent à tout prix im-
poser au Canada des charges et des obligations contraires à tous les
principes et à toutes les traditions de l'Empire britannique?
Lord Elgin quitta le Canada quelques jours après l'expédition de
cette dépêche. Il fut remplacé par sir Edmund Head.
Loi de la Milice, 1855
Afin de répondre au désir des autorités .impériales, le gouvernement
de la colonie proposa des modifications à la loi de la milice et demanda
à la Législature une augmentation du budget de la défense.
Le parti conservateur, né l'année précédente de la coalition des
torys du Haut-Canada et d'une fraction du parti bas-canadien, était alors
au pouvoir. Sir Allan MacNab et sir Etienne-Pascal Taché en étaient
les chefs. Cartier faisait partie pour la première fois du ministère. On
ne saurait assurément soupçonner ces hommes d'Etat de desseins sédi-
— 11 —
tieux ou même de tiédeur à l'endroit de la métropole. C'est cependant
leur opinion qu'exprimait lord Elgin dans sa dépêche du 18 décembre
1854 (1), lorsqu'il apportait un tempérament à la nouvelle politique
formulée par lord Grey et poursuivie par ses successeurs.
La deuxième lecture du projet de loi de la milice fut proposée à
l'Assemblée législative, le 20 mars 1855, par sir Allan MacNAB lui-même.
C'était aux jours les plus difficiles de la campagne de Crimée. Butées
au pied de la forteresse de Sébastopol, les armées alliées de la France,
de l'Angleterre, de la Turquie et du Piémont devaient lutter six mois
encore avant de vaincre la courageuse ténacité des Russes. Le chef du
gouvernement canadien ne manqua pas de tirer parti de cette situation
et d'invoquer les besoins urgents de la mère-patrie pour vaincre les
répugnances de la Législature. Cependant, il prit soin de marquer que
la coopération du Canada devait se borner à prendre des mesures pour
assurer sa propre défense et sa paix intérieure. Le débat fut long et
intéressant (2).
Les objections les plus fortes furent formulées par des Anglo-Cana-
diens éminents: Holton, Galt, futur ministre des Finances dans le cabinet
Taché^Macdonald, et John Sandfield McDonald, chef du parti libéral du
Haut-Canada et futur premier ministre.
M. HOLTON va tout de suite au coeur de la question. Cette mesure,
dit-il, " impose à la province toutes les charges d'une souveraineté indé-
" pendante sans lui en conférer les droits et les privilèges. Le ministère
** propose de taxer le peuple afin d'entretenir une force militaire sur
" laquelle il n'exercera aucune autorité et de poursuivre des opérations
" de guerre décidées sans sa participation délibérative."
M. GALT déclare que le résultat principal de la mesure sera la
" création d'une force volontaire qui pourra être utilisée à des objets
" étrangers aux intérêts de la province." "En cas de guerre
" avec les Etats-Unis — conflit qui pourrait surgir d'une querelle où
" nous n'aurions aucun intérêt et qui n'en inonderait pas moins le pays
" de sang — cette mesure nous obligerait à maintenir à uos dépens la
" milice sous les armes."
L'honorable Sandfield McDONALD y voit un danger pour le main-
tien de l'autorité britannique. La nouvelle politique va ébranler la foi
de la colonie dans la puissance protectrice de la Grande-Bretagne. En
cas de guerre avec les Etats-Unis, la flotte anglaise balaiera les mers,
mais le territoire du Canada, livré aux seules ressources de la colonie,
sera envahi par les armées américaines. Cette éventualité possible né-
cessite l'organisation de la défense des frontières; " mais c'est à la mère-
•' patrie de pourvoir à cette défense. Les habitants de ce pays ne doi-
" vent pas être abandonnés. Ils ont besoin de troupes anglaises et d'of-
(1) Le cabinet MacNab-Taché, qui présenta la loi de la milice, n'entra en fonctions
que le 27 janvier 1855 ; mais il se composait virtuellement des mêmes ministres que le
cabinet MacXab-Morin, qui gouverna du 11 septembre 1854 au 26 janvier 1855. Cartier
ne faisait pas partie du ministère MacNab-Morin ; mais il était l'un de ses partisans
les plus actifs et les plus influents ; et toutes ses déclarations et ses attitudes subsé-
quentes prouvent qu'il partageait l'opinion émise par lord Elgin. Il contribua plus que
tout autre à faire reconnaître le principe constitutionnel posé dans la dépêche du 18
décembre 1854.
(2) Pièce justificative 15.
— 12 —
" ficiers d'expérience autour desquels ils se rallieront pour se défendre
" dans une guerre dont les causes ne leur seront peut-être pas sympathi-
" ques."
" Un conflit peut s'élever entre la France et les Etats-Unis. L'An-
" gleterre, liée à la France par son alliance offensive et défensive, s'y
" trouverait entraînée. Le Canada devra-t-il alors porter le poids de
"cette guerre?"
Cette loi, déclare M. CHRISTIE, " affirme le principe de l'impôt
"sans la représentation (taxation without représentation), de la taxe
" imposée pour soutenir des guerres sur lesquelles nous n'exerçons au-
" cune autorité délibérative. Elle assujettit le peuple du Canada à l'obli-
" gation de soutenir la Grande-Bretagne dans toutes ses disputes avec les
"Etats-Unis, sans qu'il ait voix délibérative dans leur règlement ou le
" drpit d'être consulté."
M. RHODES approuve le projet, pourvu qu'il se limite à la protec-
tion de la province. "Il combattra en comité l'article qui donne au gou-
" vernement le droit d'expédier la milice en dehors de la province."
Opposition des Canadiens-français
Les premières et les principales objections furent exprimées par des
Anglo-Canadiens. Il ne faudrait pas croire toutefois que les députés
canadiens-français restèrent silencieux. On ne pensait pas encore, en
ce temps-là, que les Canadiens-français n'ont pas le droit de s'exprimer
en toute liberté sur toute question et particulièrement sur celles qui tou-
chent aux relations du Canada et de l'Angleterre.
Le leader du parti libéral bas-canadien, M. DORION, affirme hardi-
ment qu'il est temps, pour les Canadiens, d'avoir une opinion nationale,
" une opinion qui place les intérêts du Canada avant ceux de l'Angle-
" terre lorsqu'il y a conflit " entre ces deux catégories d'intérêts. " Envi-
" sageant la question de ce point de vue, il ne voit aucune nécessité à la
" dépense de deniers " qu'entraînera l'adoption du projet de loi.
M. PAPIN " ne désire pas que les Canadiens prennent les armes
" pour rompre le lien qui les unit à la mère-patrie; mais il n'est pas dis-
" posé à combattre pour maintenir ce lien ni à se battre contre les Amé-
" ricains, si l'Angleterre entraîne les Canadiens dans une guerre où ils
" n'auraient aucun intérêt immédiat."
M. LORANGER, conservateur qui se séparera de son parti en 1862
sur la même question, appuie le projet de loi parce qu'il y voit " l'inté-
" rêt de la colonie et non celui de la Grande-Bretagne Le régime
" colonial — régime d'infériorité pour le Canada — ne peut durer long-
" temps. La destinée manifeste du pays, c'est l'indépendance."
M. LABERGE, libéral, riposte que " si le pays doit être un jour indé-
" pendant de la domination anglaise, quel crime y a-t-il à voir dans
" l'annexion aux Etats-Unis plus d'éléments de grandeur, de liberté et de
" puissance que dans un état de complet isolement? Que le .pays
" devienne indépendant, et aucun autre député ne sera plus empressé
" que lui à appuyer le projet de loi ou même une mesure d'une portée
" beaucoup plus étendue pour assurer la défense du pays. Le point
" principal qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est de décider si une na-
— 13 —
" tion assujettie doit maintenir une armée pour prendre part à des guer-
" res qu'il n'est pas en son pouvoir de provoquer ou d'éviter. L'histoire
" prouve que le Canada n'a jusqu'ici combattu que pour l'Angleterre. Son
"territoire a été le champ de bataille de l'Angleterre; mais c'est l'Angle-
**• terre qui a recueilli tous les profits."
M. TURCOTTE relance tous ses collègues. Comme M. Laberge, il
trouve " absurde que le Canada soit appelé à supporter les frais d'une
" guerre dans laquelle il n'aura aucun intérêt." Mais il appuie la mesure
parce qu'il y voit un moyen pour la colonie de tenir tête à la métropole.
" Croit-on que l'Angleterre osera dicter ses conditions aux Canadiens
" quand ils auront les armes à la main? Non! L'Angleterre devra alors
" leur dire en toute sincérité : Gouvernez-vous vous-mêmes."
Le ministère et ses partisans les plus fidèles s'empressent de ras-
surer les adversaires de la mesure. Ils leur donnent l'assurance que le
gouvernement canadien, d'accord avec les autorités impériales, n'a
d'autre objet que d'assurer la protection de la colonie.
Le solliciteur général SMITH déclare que le pouvoir d'envoyer des
régiments de milice en dehors de la province existait dans la loi précé-
dente et que c'est par un pur accident qu'on a omis d'insérer dans le
projet de loi les restrictions antérieures. Elles seront réintroduites
avant son adoption définitive.
M. HINCKS, futur ministre des Finances dans le gouvernement de
la Confédération, affirme que le gouvernement impérial n'a nullement
l'intention de s'affranchir des obligations qui découlent de son autorité
suprême. Il indique .que la mesure n'a d'autre objet que de permettre
au peuple canadien de défendre ses propres intérêts.
Sir Allan MacNAB déclare qu'il serait " honteux pour les Canadiens
" de laisser à la mère-patrie tout le fardeau de la défense de la province,
" au cas où la guerre éclaterait entre la Grande-Bretagne et les Etats-
" Unis."
Le colonel RANKIN, qui, comme M. Loranger, votera contre la loi
de 1862, accorde son appui à la mesure parce qu'il y voit la promesse
de la séparation du Canada et de l'Angleterre.
M. John A. MACDONALD, procureur général du Haut-Canada, ré-
sume la question avec le bon sens et la clarté dont il donnera, par la
suite, tant de preuves dans la conduite des affaires publiques. Le Ca-
nada, dit-il, " peut se reposer sur l'engagement pris par la Grande-Bre-
" tagne d'employer toutes les forces de l'Empire britannique à la défense
" de la province, au cas où celle-ci serait attaquée par une puissance
" étrangère. Mais afin de permettre à la Grande-Bretagne de tenir cet
" engagement, il est nécessaire de créer dans la colonie un organisme
" qui permette au gouvernement impérial d'armer la milice du Canada.
" Tout ce que ce projet de loi autorise, c'est qu'en prévision
" du cas où la province, dépendance de l'Empire britannique, serait
" engagée dans une guerre, elle doit avoir des régiments prêts à recevoir
" des armes de la Grande-Bretagne et à combattre pour la défense de la
" province. Cette force volontaire est également nécessaire pour répri-
" mer toute insurrection intérieure ou repousser des incursions de ma-
" raudeurs étrangers."
— 14 —
Qu'on retienne bien ces paroles. Elles définissent l'interprétation
donnée par le futur premier ndnistre de la Confédération canadienne
au contrat solennel conclu entre les autorités impériales et le gouverne-
ment canadien. Ce contrat, nous entendrons bientôt le même homme
d'Etat l'invoquer et le définir de nouveau, en termes équivalents, en
1862, au cours des débats sur un nouveau projet de loi de milice, et
vingt-et-un ans plus tard, en 1883, lorsque le parlement fédéral opérera
la refonte de ces lois.
Le bill de 1855 fut enfin voté. Conformément à l'engagement pris
par le solliciteur général, l'article 66 décrétait que —
" La milice ainsi appelée pourra être dirigée vers toute partie de la
" province ou toute place hors de la province mais contiguë à icelle, où
" l'ennemi pourra se trouver et d'où l'on pourra craindre une attaque
"contre cette province." (1)
Première entente entre l'Angleterre et le Canada —
Transfert des Ordnance Lands
Le gouvernement et la Législature du Canada avaient à peine exé-
cuté leur part du traité proposé par les autorités impériales que celles-
ci s'appliquèrent à en presser l'exécution et à en resserrer les termes.
Le 13 avril 1855, sir George GREY envoie à sir Edmund Head, suc-
cesseur d£ lord Elgin, une importante dépêche dans laquelle il reprend
à nouveau toute la question. (2)
" Le gouvernement de Sa Majesté, écrit-il, a étudié longuement la
" nécessité d'établir une entente bien définie avec le gouvernement du
" Canada au sujet des mesures réciproques à prendre pour la défense
" militaire de la province et des arrangements subsidiaires que nécessite
" cette défense
" Le gouvernement de Sa Majesté ne se propose d'apporter aucun
" changement au principe des relations maintenant établies entre ce
" pays [la Grande-Bretagne] et la province, en ce qui concerne sa dé-
"fense militaire. Le gouvernement impérial demeure obligé comme
" auparavant de fournir et d'entretenir les forces militaires nécessaires
" à la défense du Canada, comme à celle de toutes les autres possessions
u de Sa Majesté, au cas où la colonie serait menacée par une armée
" étrangère. Il se propose également de maintenir les forces stationnées
" aujourd'hui en Canada, ou toutes celles qui pourront être strictement
" requises pour l'occupation militaire des quelques postes de première
" importance, afin d'en faire le noyau des forces de défense de la pro-
" vince.
" Mais au-delà, le gouvernement s'en rapporte au loyalisme et à
" l'esprit militaire du peuple de la province. Il sait parfaitement que
" dans l'éventualité, heureusement lointaine aujourd'hui, d'une invasion
" du Canada par une armée étrangère, l'appui le plus précieux que pour-
" raient recevoir les troupes envoyées d'ici pour renforcer la colonie,
" serart celui que leur assureraient le courage et les cadres d'une milice
" que la province, grâce à sa nombreuse population, peut maintenant
(1) Pièce justificative 14.
(1) Pièce justificative 16.
— la —
" organiser. Le gouvernement est également persuadé que si la
" tranquillité intérieure de la colonie était menacée, la province elle-
" même pourrait le plus avantageusement fournir les forces nécessaires
"pour le maintien de l'ordre — forces civiles et, au besoin, forces mi-
" Maires."
C'est l'application exacte des principes posés par lord Grey en 1851
et par lord Elgin en 1854.
Le ministre aborde ensuite la question des terrains possédés au
Canada par le gouvernement impérial pour les besoins de la défense, les
Ordnance Lands. Il propose de céder ces domaines au gouvernement
canadien à certaines conditions. Ces conditions avaient déjà fait l'objet
de discussions et de correspondances entre les deux gouvernements.
Parmi ces terres, il s'en trouvait un certain nombre jugées inutiles aux
besoins de la défense. Le ministre suggère de les vendre.
" Si votre gouvernement, ajoute-t-il, juge à propos d'employer les
" fonds provenant de cette vente aux besoins de la défense intérieure,
" ainsi qu'il a déjà été suggéré, le gouvernement de Sa Majesté verrait
" cet emploi de fonds avec beaucoup de satisfaction. Il ne désire pas
" toutefois l'imposer comme une condition de l'abandon de ces terres."
Le transfert des Ordnance Lands s'opéra à peu près dans les con-
ditions suggérées par le gouvernement britannique.
La fin de la guerre de Crimée et le rapatriement des troupes anglai-
ses au Royaume-Uni n'apportèrent aucune modification à la politique
impériale ni au traité conclu entre la métropole et la colonie. Le 5
février 1855, le ministère Palmerston avait remplacé le cabinet Aber-
deen. Lord Palmerston, rompant avec la tradition libérale, inau-
gurait, dans ses relations avec les puissances étrangères, la politi-
que agressive à laquelle on peut faire remonter l'origine du nou-
vel impérialisme britannique qui triomphe aujourd'hui. Néanmoins, le
père du jingoïsme libéral anglais ne songeait nullement à faire partager
aux colonies la responsabilité de ses poussées provocatrices.
Après une série de brefs intermèdes, M. Henry LABOUGHERE était
devenu secrétaire d'Etat pour les Colonies. Le 2 mai 1856, il envoie à sir
Edmund Head une longue dépêche dans laquelle il reprend à son tour «
tout le problème de la défense coloniale et des charges respectives de
ia métropole et de la colonie.
Après avoir fait part au gouverneur de l'intention des autorités im-
périales de renvoyer au Canada quelques-uns des régiments qui ont fait
la campagne de Crimée, il s'empresse d'expliquer que cette démarche
ne doit pas être interprétée comme un abandon partiel de la politique
inaugurée en 1851, ni comme une modification de l'entente conclue
entre les deux gouvernements.
"La dépêche de lord Grey à lord Elgin, en date du 14 mars 1851,
" écrit-il, a défini les principes que le gouvernement de Sa Majesté a
" alors adoptés comme base de sa politique coloniale envisagée du point
" de vue militaire. Tout en réservant à la mère-patrie le devoir de main-
" tenir des garnisons dans les forteresses de première importance, telles
" que Québec, le gouvernement a sollicité la coopération de la province
" dans l'adoption des mesures auxiliaires de défense. L'énergie avec
— 16 —
" laquelle la milice de la province s'organise en ce moment nous justifie
" de maintenir cette politique en toute confiance; et c'est ce que nous
" faisons.
"La politique du gouvernement de Sa Majesté reste la même: nous
" désirons nous appuyer principalement sur le courage loyal et éprouvé
"des sujets canadiens de Sa Majesté pour repousser toute attaque hos-
" tile, si malheureusement cette éventualité devait se produire; mais en
" ce cas, le gouvernement de Sa Majesté ne manquerait pas de donner à
"la province l'entier secours de toutes les forces de l'Empire britan-
" nique." (1)
La situation est, on le voit, parfaitement définie, les obligations
réciproques nettement établies sur des bases équitables, conformes aux
principes de la constitution britannique et aux simples règles de justice.
La métropole conserve les obligations qui résultent de sa souveraineté
impériale; la colonie assume celles qui correspondent à son autonomie
interne et à la mesure de ses intérêts.
Révolte des Cipaycs — Réorganisation de l'armée impériale
A quelques mois de là éclatait aux Indes la révolte des Cipayes. Ce
fut le plus grand péril de l'Angleterre impériale au XIXe siècle. Il me-
naça la puissance anglaise au coeur même de son véritable empire, d'où
elle a tiré le plus de puissance, de richesse et de prestige, et pour la con-
servation duquel elle sacrifierait encore aujourd'hui toutes ses colonies
dites ' autonomes '.
Les autorités britanniques, trop longtemps sourdes aux avertisse-
ments des hommes clairvoyants qui avaient vu venir la tempête, firent
face au péril avec hésitation d'abord, puis avec cette patiente ténacité
qui a toujours marqué l'action des gouvernants et du peuple de la
Grande-Bretagne. Pas un instant, au cours de cette crise formidable,
les gouvernants du Canada et des autres colonies autonomes ne songè-
rent à modifier la base de la politique inaugurée en 1851 et à offrir le
secours des colonies à la métropole.
La guerre de Crimée avait révélé aux experts les faiblesses de
l'armée anglaise, couvertes aux yeux de la masse par la valeur stratégi-
que de l'armée française. La lenteur de la répression de la Grande
Mutinerie, la peine incroyable que l'armée anglaise, livrée à ses seules
ressources, eut à vaincre les bandes indisciplinées des Indous en révolte,
déchirèrent le voile des illusions. Le parlement mit à l'étude la réforme
de l'armée. Une commission impériale, composée de MM. Godley, Ha-
milton et Elliott, fut chargée d'étudier la question particulière de la
défense des colonies et de rechercher par quel mode l'efficacité de cette
défense pourrait être maintenue et même accrue tout en soulageant le
budget de la métropole.
Deux des commissaires, GODLEY et HAMILTON, font rapport le 24
janvier 1860 (2). Ils acceptent les principes posés par le général PEEL,
ministre de la Guerre dans le cabinet Derby;
(1) Pièc; justificative 17.
(2) Pièce justificative 1«.
— 17 —
" 1. — L'Angleterre doit aider ses colonies contre toute agression de
" la part des nations étrangères; mais en aucun cas, sauf pour celles de
" ses colonies qui sont de simples postes de garnison qu'il faut garder
"pour les besoins de l'Empire, la mère-patrie ne doit assumer l'entière
" responsabilité de cette défense. Au contraire, elle doit poser comme
" condition de son aide que la colonie fournisse sa quote part en main-
" tenant à ses frais une force locale *ou, si les circonstances s'y opposent,
"en payant une partie des dépenses de la garnison impériale;
" 2. — iLe budget militaire nécessaire à la police interne doit être
" défrayé à l'aide de fonds locaux. Il n'y a aucune raison d'établir à
"cet égard aucune distinction entre une colonie et une nation indépen-
" dante. iLe maintien de la paix et de l'ordre intérieurs relève à juste
"titre des autorités locales; d'abord parce qu'il dépend de leur propre
" législation et de leur manière de gouverner; et ensuite parce que la
" population locale y est principalement, sinon exclusivement, intéres-
" sée."
Partant de ce double principe, les deux commissaires font observer
que, jusqu'à une époque récente, aucune des colonies, sauf le Canada,
n'a organisé de milice ni contribué aux frais de sa propre défense. " En
" octroyant à nos colonies ", ajoutent-ils, " le don du self-government
" politique, nous leur avons apporté l'un des éléments les plus impor-
tants de l'éducation nationale; mais l'habitude de la défense du terri-
" toire {self^defence) constitue une partie non moins knportante de la
"formation d'un peuple libre; et les habitants des colonies ne l'acquer-
" ront jamais si nous assumons la tâche exclusive de les défendre."
Plus loin, ils reconnaissent " l'entière obligation qui incombe à la
" Grande-Bretagne d'aider ses colonies à se défendre contre l'étranger";
mais ils maintiennent en même temps que l'Angleterre " accomplit ce
"devoir lorsqu'elle donne ou offre ce concours à des conditions équita-
" blés et libérales, et qu'elle n'est nullement tenue de décharger les colo-
" nies de l'entière responsabilité de leur propre défense."
Ils posent également en principe que la flotte anglaise est l'arme
principale que la Grande-Bretagne doit tenir à la disposition de toutes
les colonies pour assurer leur protection; mais que la défense intérieure
de chacune des possessions britanniques doit être organisée selon sa
situation particulière. "L'invasion du Canada par toute autre puissance
que par les Américains n'est pas même concevable." En conséquence, la
défense du Canada doit être préparée en vue de cette seule éventua-
lité. (1)
Ils abordent ensuite la solution pratique du problème, c'est-à-dire
les mesures de défense que les colonies doivent adopter et la part de
sacrifices qu'il leur faut encourir. Ils écartent sans hésitation l'argu-
ment de "l'intérêt commun" de la métropole et des colonies:
" Si l'Angleterre devait se considérer tenue de contribuer à la dé-
" fense de ses colonies pour le seul intérêt qu'elle y trouve, on pourrait
" répondre avec autant d'équité que l'obligation est réciproque et que
" les colonies, ayant un intérêt considérable à maintenir la sécurité de
(1) Nous retrouverons la même doctrine à trente-six ans de distance, dans un mé-
moire du Colonial Defence Committee : pièce justificative 57.
— 18 —
"l'Angleterre, devraient contribuer automatiquement et habituellement
" à la défense de Londres et de Portsmouth. Mais le terrain sur lequel
" nous nous plaçons pour soutenir que l'Angleterre est tenue de contri-
" buer à la défense de ses colonies, c'est que le gouvernement impérial
" a le contrôle de la paix et de la guerre et qu'il est conséquemment tenu
" en honneur et en devoir de protéger ses colonies contre les conséqucn-
" ces de sa propre politique."
En conclusion, ils proposent de classer les colonies en deux catégo-
ries distinctes: celles dont la /défense intéresse plus particulièrement
l'Angleterre, qui les garde comme postes militaires ou stations navales;
et celles dont les habitants ont un intérêt primordial à protéger leurs
biens et leurs territoires. Ils suggèrent d'exempter les premières de
toute contribution et d'abandonner aux autres la responsabilité et le
fardeau de leur propre défense — sous réserve de l'obligation de la métro-
pole de leur venir en aide lorsqu'elles seront attaquées par une puissance
étrangère. Cette obligation, répètent-ils, comme s'ils craignaient que les
autorités impériales n'en soient pas suffisamment convaincues, "résulte
" à nos yeux des relations particulières qui existent entre la mère-patrie
"et les colonies et qui attribuent à celle-là l'autorité exclusive sur les
" causes de paix et de guerre."
C'est, on le constate sans peine, la doctrine posée par lord Elgin en
1854. C'est aussi celle que les nationalistes canadiens ont opposée sans
relâche aux entreprises des impérialistes, depuis la guerre d'Afrique jus-
qu'à la guerre actuelle; c'est le principe essentiellement britannique
qu'ils ont invoqué contre la construction d'une flotte "canadienne en
temps de paix, impériale en temps de guerre", et contre le vote d'une
contribution à la marine impériale. C'est le même principe qu'ils
opposent à la doctrine révolutionnaire, anti-britannique, de l'obligation
morale ou légale du Canada de contribuer à la guerre que l'Angleterre
a déclarée de son seul chef à l'Allemagne.
Le troisième commissaire, M. ELLIOTT, d'accord avec ses collègues
sur tous les principes de gouvernement constitutionnel et de défense
militaire, s'en sépare sur les conclusions (1). Il juge que ses collègues
ne tiennent pas assez compte de l'intérêt primordial de la métropole à
la conservation de ses possessions; il trouve injuste d'attribuer à toutes
les colonies ■ autonomes ' une égale responsabilité et des charges uni-
formes, même pour leur propre défense.
En quelques paragraphes admirablement condensés, il peint la situa-
tion particulière de chacune des grandes dépendances autonomes. Il
groupe les diverses colonies de la couronne selon leur position straté-
gique. Comme à ses collègues, le problème de la défense du Canada et
des autres provinces anglaises de l'Amérique du Nord lui semble domi-
né tout entier par le voisinage des Etats-Unis. Cette situation impose
à ces colonies des charges hors de toute proportion avec leurs ressour-
ces en hommes et en argent. Il rappelle les principes posés par lord
Grey en 1851, par le duc de Newcastle et par sir George Grey en 1854,
et rend témoignage au zèle que le gouvernement du Canada a déployé
(1) Pièce justificative 19.
— 19 —
pour répondre au désir des autorités impériales et accomplir sa part
du traité.
Il en conclut qu'on ne saurait établir de règle uniforme pour toutes
les colonies et que les provinces de l'Amérique du Nord en particulier
méritent de recevoir une aide plus considérable de la métropole.
Aucun des trois commissaires ne songe à suggérer qu'une seule des
colonies doit fournir un seul fantassin ni payer un seul denier pour la
défense générale de l'Empire et la protection particulière du Royaume-
Uni.
Ces deux rapports furent soumis à une commission parlementaire
qui en délibéra longtemps (1).
L'un des membres les plus importants de la commission, lord
STANLEY, tenta de faire prévaloir les vues exprimées par M. Elliott et
d'établir une distinction entre les diverses colonies, selon les exigences
de leur situation particulière. M. ADDERLEY se rallia aux conclusions
de la majorité des commissaires. Il posa en principe:
" Que toute partie de l'Empire qui possède un gouvernement repré-
'' sentatif doit pourvoir aux besoins de sa propre défense;
" Que la mère-patrie est tenue de soutenir ses colonies dans toutes
" les guerres, et particulièrement dans celles qui sont les conséquences
"de sa propre politique;
" Et qu'elle peut espérer en retour la coopération de ses colonies,
" particulièrement dans les guerres qui les concernent."
Le président, M. Arthur MILLS, tenta de réconcilier les deux opi-
nions tout en inclinant plutôt vers celles du commissaire Elliott et de lord
Stanley. Il proposa de partager les colonies en deux groupes; de
laisser à la Grande-Bretagne la charge exclusive de la défense des postes
militaires, et d'abandonner aux autres colonies la plus large part de la
responsabilité et du coût de leur défense contre les dangers " qui ne
résultent pas de la politique impériale."
La majorité du comité repoussa cette distinction. Elle maintint ce-
pendant la classification en deux groupes. Elle recommanda que la
charge de la défense des colonies militaires fût laissée à la mère-patrie.
" Quant aux dépendances proprement appelées colonies, auxquelles
" se rattachent exclusivement les recommandations qui suivent sur l'orga-
" nisation et le coût de la défense coloniale, l'application pratique de
" ces recommandations, quant au temps et au lieu, doit nécessairement être
" laissée à la discrétion du gouvernement de Sa Majesté, qui devra tenir
" compte des ressources locales de chaque dépendance, des dangers
" d'attaque extérieure auxquels elle est exposée, et aussi des exigences
" générales de l'Empire. Cette réserve formulée, il semble à cette com-
" mission que la responsabilité et le coût de la défense militaire de ces
" dépendances doivent retomber principalement sur elles-mêmes."
La commission juge inopportun d'entrer en négociations avec cha-
cune des colonies en particulier. Elle recommande l'application géné-
rale des principes posés en 1851 par lord Grey. Enfin, elle conclut à la
nécessité de la concentration des troupes impériales dans le Royaume-
(1) Sessional Papers, 1862, No 17, 2ième partie. On trouvera des extraits du Rap-
port de la Commission à la pièce justificative 20.
— 20 —
Uni, la suprématie navale de l'Angleterre restant le moyen suprême de
défense pour toutes les possessions de l'Empire. Ce rapport fut adopte
le 11 juillet 1861.
Guerre de Sécession -Menaces de rupture avec les Etats-Unis
La révolte des Cipayes était à peine réprimée que la guerre de Sé-
cession éclatait aux Etats-Unis. Les sympathies non déguisées de l'aris-
tocratie anglaise pour les Sudistes, les nombreuses pirateries exercées
par le corsaire anglais Alabama sur le commerce américain, et surtout
la saisie des délégués des Etats Confédérés, Mason et Sewell, opérée
violemment par le commandant d'un vaisseau de guerre américain à
bord du paquebot anglais le Trent, faillirent à plusieurs reprises mettre
l'Angleterre en conflit avec les Etats-Unis. Si la guerre avait éclaté,
c'est le Canada qui aurait subi le choc des armées américaines. Comme
en 1774 et en 1812, il aurait payé chèrement l'honneur d'appartenir à
l'Empire britannique: il aurait versé son sang et subi de lourdes pertes
matérielles pour soutenir un conflit qu'il n'avait "nullement provoqué"
(1) puisqu'il résultait exclusivement de l'attitude et de la politique de
l'Angleterre. C'était donc le temps ou jamais pour les autorités impé-
riales de remplir l'engagement qu'elles avaient pris en 1851 et renou-
velé à maintes reprises, "d'employer toutes les forces de l'Empire bri-
tannique à la défense de la province" (2). C'était bien l'occasion d'ap-
pliquer le principe posé, en 1860, par les commissaires impériaux :
— " le gouvernement impérial a le contrôle de la paix et de la
" guerre, et il est conséquemment tenu en honneur et en devoir de pro-
" léger ses colonies contre les conséquences de sa propre politique."
Les ministres britanniques se préoccupèrent davantage de tirer
parti du danger qui menaçait le Canada pour accélérer l'organisation
de la milice et alourdir le poids des responsabilités et des charges de la
colonie. A la demande d'armes et de munitions formulée par le gou-
vernement canadien, le duc de NEWCASTLE, rentré au ministère des
Colonies, acquiesça avec peu d'empressement. Il prit soin de spécifier
que ces armes n'étaient que prêtées et que les Canadiens devraient les
rendre en bonne condition. Les ministres canadiens ayant fait obser-
ver qu'ils étaient dans une ignorance totale des intentions du gouverne-
ment impérial à l'endroit des Etats-Unis, Sn Grâce ne daigna pas les
éclairer (3).
Commission parlementaire canadienne
Projet de loi de 1862
Le gouvernement canadien n'en resta pas moins fidèle à l'engage-
ment pris en 1854. Au témoignage des commissaires britanniques, on
Ta vu, le Canada était la seule colonie qui eut jusque-là fait des efforts
sérieux et efficaces pour organiser sa milice et la défense de son terri-
(1) Lord Elgin, dans sa dépêche du 18 décembre 1854.
(2) Sir John Macdonald, dans son discours sur la loi de la Milice de 1855.
(3) On trouvera la plupart drs dépêches échangées à ce sujet dans les archives du
parlement canadien : "Sessional Paper»", 18fi2, No 17, et 1863, No 15. Les plus impor-
tantes sont reproduites à la suite de cette étude, comme pièces justificatives.
— 21 —
loire. Le ministère Cartier-Macdonald, qui avait pris les rênes du pou-
voir en 1858, répondit loyalement aux voeux exprimés par le parlement
impérial en 1861 et aux exigences de la situation créée par la tension
des rapports entre l'Angleterre et les Etats-Unis. Sur l'avis de lord
HERBERT, ministre de la guerre, communiqué à Sir Edmund Head le 4
juillet 1801 (1), une commission spéciale fut chargée de —
" 1. — préparer un projet de réorganisation du département de
" l'adjudant général de milice;
" 2. — rechercher le meilleur moyen de réorganiser la milice et de
"mettre la défense de la province sur une base efficace et économique;
" 3. — préparer un ou plusieurs projets de loi sur ces divers sujets,
" lesquels projets devront être soumis à la prochaine session du parle-
" ment."
tLes membres de cette commission étaient MM. CARTIER, MAC-
DONALD, GALT, MacNAB et TACHE, représentant le ministère, et les
colonels LYSONS, T.-E. CAMPBELL et CAMERON. Ils présentèrent leur
rapport au gouverneur, le 15 mars 1862. (2)
Dès le début, ils prennent soin d'indiquer les conditions particu-
lières de la province et d'ouvrir Tes yeux des autorités impériales sur
les dangers qui en résultent pour ses habitants:
" En formulant nos recommandations sur le meilleur moyen de
" réorganiser la milice du Canada, nous avons pris pour base de nos
" études les faits suivants dont l'évidence s'impose d'elle-même à tous
" ceux qui connaissent la situation et les conditions particulières de la
M province.
" 1. — Le Canada présente une frontière de plus de mille milles
" d'étendue, ouverte à toute attaque par terre ou par eau;
" 2. — Il possède une population qui dépasse à peine 2,500,000
" âmes — moins que la population de Londres — éparpillée en petits
"groupes d'inégale importance sur toute l'étendue du territoire;
" 3. — Le pays voisin est puissant; il contient une population énor-
" méraent supérieure en nombre à celle du Canada; il possède des res-
" sources immenses et de multiples voies de communication de premier
" ordre, tant par terre que par eau, lesquelles partent du centre de la
" république et rayonnent sur la plupart des points les plus vulnérables
"de la frontière de la province;
" 4. — Le revenu d'un pays dépendant dans une large mesure du
" chiffre de sa population, l'étendue de frontières que cette province est
" appelée à défendre est nécessairement hors de proportion avec son
" revenu."
Cette description ne s'applique-t-elle pas exactement à la situation
actuelle du Canada? Nos jingos et nos parvenus parlent avec beaucoup
de fracas et d'emphase de la croissance inouïe du Canada, en population
et en richesses. Ils le représentent comme une nation puissante et redou-
table, tenue en honneur de voler au secours de la "pauvre" Angleterre
chancelante. Sans contester les progrès accomplis depuis un demi-
siècle, n'est-il pas rigoureusement exact d'affirmer que l'infériorité re-
(1) "Sesgional Papers", 1862, No 17, 4ème partie.
(2) Pièce justificative 21.
— 22 —
lative du Canada vis-à-vis de la Grande-Bretagne, en population, en
richesses et en moyens d'action militaire, est plus grande encore en
1915 qu'en 1862? A l'un de nos politiciens vantards, qui parlait avec
force hyperboles de la croissance mirobolante du Canada, M. SAMUEL,
alors membre du cabinet britannique, faisait observer tranquillement
que, depuis cinquante ans, la population du Royaume-Uni s'est accrue
d'un chiffre supérieur à la population totale actuelle du Canada. La
disproportion relative de la richesse des deux pays — trésor public et
fortunes privées — est encore plus considérable aujourd'hui qu'elle ne
l'était alors.
Quant à l'écrasante supériorité des Etats-Unis, à l'impossibilité
pour le Canada actuel de défendre, non seulement contre les Américains,
mais peut-être à brève échéance contre le Japon ou l'Allemagne, une
frontière quatre fois plus étendue que celle de 1862 et aussi totalement
dépourvue de moyens de défense, nul homme doué de raison n'osera
contester que la situation est plus désavantageuse encore qu'en 1862.
Tout ce qui est changé, c'est la base de la politique adoptée par les
gouvernants canadiens pour résoudre le problème de la défense natio-
nale. On juge aujourd'hui que la meilleure manière de défendre le Ca-
nada, c'est de l'affaiblir davantage et de sacrifier le plus d'hommes et
d'argent possible pour soutenir, à mille lieues de distance, une guerre que
le Canada n'a "nullement provoquée", dans laquelle il n'a aucun intérêt
immédiat et dont les causes et le règlement futur échappent totalement
à l'action de son gouvernement. Les hommes de 1862 jugeaient et agis-
saient autrement. Fidèles au principe posé dès 1851, ils basèrent toute
leur politique sur les besoins de la "défense de la province", ils déci-
dèrent de recommander au parlement de porter le chiffre de la milice
active à 50,000 hommes et celui de la réserve à un chiffre égal. Ceci
entraînait l'achat de 100,000 fusils. Sur l'emploi de la milice en temps
de guerre, ils suggérèrent, il est vrai, un texte beaucoup plus élastique
que celui de 1855 (1); mais l'objet restait le même: la défense de la
province.
Défaite du ministère Cartier Macdonald
On pourrait croire que les menaces de guerre avec les Etats-Unis
auraient dû faciliter l'adoption du projet de loi et du budget de la dé-
fense. Ce fut le contraire qui arriva. Les Canadiens de cette époque,
anglais comme français, n'avaient pas été empoisonnés par le virus
impérialiste. Ils envisageaient tout autrement que les politiciens d'au-
jourd'hui le principe des relations entre la métropole et la colonie. Outrés
de l'indifférence que l'Angleterre manifestait pour le sort du Canada,
ils rejetèrent le projet et renversèrent le cabinet Cartier-Macdonald. On
trouvera à la suite de cette étude de copieux extraits des débats parle-
mentaires (2). J'ose en recommander la lecture attentive. On y pui-
sera de lumineux enseignements singulièrement applicables à la situa-
tion actuelle. Je me borne ici à en signaler les traits les plus saillants.
(1) Pièce justificative 22.
(2) Pièce justificative 23.
— 23 —
Le projet fut déposé par l'honorable J.-A. MACDONALD, procureur
général du Haut-Canada. En proposant la deuxième lecture du bill, il
rappelle le contrat intervenu en 1854 entre le gouvernement du Royau-
me-Uni et celui de la province. Par ce traité, " le gouvernement impé-
" rial s'est solennellement engagé à employer toutes les forces de J'Em-
" pire à protéger le Canada contre toute agression de l'extérieur." Il a
abandonné les Ordnance Lands à la province " à condition que nous
" pourvoyions dans une certaine mesure à la défense de la province."
Il rappelle ensuite la correspondance échangée en 1854 entre les deux
gouvernements à l'occasion de la retraite des troupes impériales sta-
tionnées au Canada. " Le gouvernement impérial, dit-il, informa la Lé-
" gislature et le peuple du Canada qu'à l'avenir le Canada
"devra attendre de sa seule énergie le maintien de l'ordre intérieur et
" la résistance aux attaques soudaines ou inattendues de bandes de ma-
" raudeurs ou de flibustiers; et en retour de l'accomplissement de ce
" devoir par la province, le gouvernement impérial a fort libéralement
" abandonné au gouvernement provincial les terres mises en réserve
" pour les fins de la défense militaire."
Le projet de loi actuel, comme la loi de 1855, " pourvoit à l'exécu-
" tion de l'engagement pris envers le gouvernement impérial." Cet en-
gagement se borne " à la défense de notre pays Nous devons
" autant que possible éviter de compliquer l'étude de cette mesure par
" des considérations sur ce que l'Angleterre fera pour nous En cas
" de guerre avec les Etats-Unis, l'Angleterre consentira sans aucun
" doute à dépenser son dernier denier et son dernier homme pour notre
" défense. C'est son devoir d'en agir ainsi; nous recevrons l'appui de
" toutes ses forces; cependant nous avons le devoir évident d'organiser
" une armée considérable et effective, dont l'objet sera de combattre
" sur notre propre territoire, pour nos propres possessions, nos propres
" privilèges et nos propres libertés."
C'est la déclaration la plus nettement nationaliste qui ait été faite,
avant ou depuis l'établissement de la Confédération.
L'honorable Thomas LORANGER, ancien secrétaire provincial dans
le ministère Macdonald-Cartier, fut l'un des premiers conservateurs qui
se prononcèrent contre le projet de loi. Le principal motif de son oppo-
sition, c'est que le Canada ne possède aucune responsabilité souveraine.
" Il est parfaitement compris, dit-il, que le Canada laissé à lui-même ne
" ferait pas la guerre ou ne serait pas entraîné dans la guerre. Si le pays
" entre en conflit avec une puissance étrangère, ce sera la conséquence
" des querelles de l'Angleterre avec cette Puissance."
M. GALT appuie la mesure. Il n'y met pas d'enthousiasme. Il s'op-
pose à ce que le gouvernement paye le coût des armes à feu : " la dé-
" pense qu'entraînera l'achat de 100,000 fusils est trop forte pour la
" province et doit retomber à la charge du gouvernement impérial.
" Ceci n'est que raisonnable. Si la sécurité du Canada est mise en dan-
" ger à cause d'un conflit avec les Etats-Unis, ce sera la conséquence de
" la politique impériale et non celle de la politique coloniale Si le
" territoire canadien est transformé en champ de bataille, ce sera la
" conséquence de la politique impériale; Formant partie de l'Em-
— 24 —
" pire, nous devons être prêts à partager ses dangers autant que sa pros-
" périté. Si la mère-patrie était attaquée, ce serait notre devoir et notre
" volonté de ne pas rester les bras croisés. D'autre part, nous avons Je
" droit d'attendre de Ja mère-patrie, à l'heure du danger, l'appui et le
" secours qui nous sont dûs et ne nous ont jamais fait défaut."
iM. ROSE, tout en appuyant la mesure, considère que la politique mi-
nistérieLle pose tout le problème des relations de la métropole et de la
colonie. Il fait un bref historique des dépêches échangées entre les
deux gouvernements. 11 signale le mouvement d'opinion favorable, en
Angleterre, à l'abandon des colonies. Il ne croit pas au succès définitif
de cette opinion. Il indique les dangers qui résultent de la situation
particulière du Canada et les sacrifices considérables que Ja province
a déjà faits pour aider la mère-patrie à le défendre. "Le Canada, dit-il,
" a protégé ses pêcheries; et en pourvoyant aux moyens d'assurer sa paix
" intérieure et la sécurité de ses propres frontières, il a fidèlement ac-
' compli sa part du traité conclu avec la mère-patrie."
M. LANGEVIN, futur successeur de Cartier, vient à Ja rescousse du
ministère. " Si le Canada, dit-il, devient un pays indépendant — et
" tout indique que telle est sa destinée — il est nécessaire que, même
" sans tenir compte des menaces de l'heure actuelle, nous nous prépa-
•' rions graduellement à faire face aux exigences qui se présenteront
" alors."
C'est la répétition de l'argument qu'invoquaient, en 1855, M. Ran-
kin et 'M. Loranger.
Rien n'y fit. Le ministère fut défait et le parti libéral appelé au
pouvoir sous Ja direction de MM. John SandfieJd McDonald et Victor
Sicotte.
Les ultraJoyalistes poussèrent des hurlements de dépit. Ils voyaient
dans l'échec du projet de loi et du budget de la défense le prodrome
de la chute de J'Empire. Telles de leurs lamentations rappellent à s'y
méprendre les pronostics lugubres qui ont suivi le rejet par le Sénat de
ia contribution de $35,000,000 à la flotte impériale, proposée par le mi-
nistère Borden en 1912. Alors comme aujourd'hui, les autorités impé-
riales prirent les choses plus froidement que les jingos de la colonie.
Le gouverneur, lord MONCK, communiqua aux autorités impériales le
résultat des délibérations de Ja Chambre. Sa dépêche, en date du 10
juin 1862, contient ce passage intéressant:
"Je ne discute pas le droit du parlement provincial d'agir comme
" il l'a fait et de pourvoir, à mon avis, avec trop de parcimonie à la dé-
*' fense de son territoire. Je suis même prêt à reconnaître que les évé-
" nements prouveront peut-être qu'en adoptant cette attitude, les repré-
u sentants du peuple de cette province ont fait preuve d'un jugement
" plu» sûr que s'ils avaient adopté une autre ligne de conduite." (1)
Ministère McDonald-Sicotte
Le cabinet McDonald-Sicotte prit le pouvoir le 24 mai 1862. Le
surlendemain, M. J.-A. MACDONALD pressa les représentants du minis-
(1) Pièce Justificative 24.
— 25 —
tère de donner à la Chambre un aperçu du programme des nouveaux
ministres. Il en profita pour définir de nouveau l'attitude de son parti
et la base des mesures de défense que le ministère défait avait propo-
sées:
"Nous voulions que le Canada aide à l'accomplissement de l'enga-
" gement pris par la nation britannique de mettre la totalité des forces
" de l'Empire à notre disposition en cas d'invasion étrangère; mais que
" devons-nous penser d'hommes qui ne veulent pas même étudier le
" principe d'une loi dont l'objet est de les mettre en mesure de combat-
" tre pour leur propre liberté, leur propre territoire, leur propre patrie?
" C'est maintenant l'heure de l'organisation [de la défense de la
"piovince] et celui-là sera traître au meilleur intérêt du pays qui refu-
" serait de démontrer par ses arguments et par son vote, et par tous les
" moyens à sa disposition, la nécessité de nous armer sans délai pour
"défendre notre pays et nos personnes."
En l'absence des ministres, tenus par les usages britanniques à la
réélection, c'est M. Loranger et le colonel Rankin, dont l'opposition au
projet de loi a contribué à la défaite du ministère conservateur, qui
communiquent à la Chambre les intentions des nouveaux ministres:.
M. LORANGER est bref: "Le gouvernement, déclare-t-il, va pren-
" dre, sous l'autorité des lois existantes, des mesures propres à assurer
"Ja défense militaire du pays Je ne puis concevoir qu'aucun
" désappointement puisse se manifester en Angleterre, puisque cette
"mesure n'était pas exigée par l'Angleterre Ceux qui ont voté
" contre le bill ne sont pas déloyaux; ils sont aussi Joyaux que leurs
" ancêtres; mais ils veulent une loi de la milice en harmonie avec la vo-
" lonté et les ressources du pays."
Le colonel RANKIN, vieil officier loyaliste — il a pris une part
active à la répression de l'insurrection de 1837, — fait précéder sa dé-
claration ministérielle d'une charge à fond de train contre la politique
du gouvernement impérial:
" Nous ne pouvons être en guerre qu'à cause de la politique impé-
" riale. Nous n'avons pas le pouvoir de déclarer la guerre. Aucun co"-
" flit armé ne peut surgir d'aucune dispute entre Je gouvernement des
" Etats-Unis et le gouvernement de la province. Par contre, nous som-
" mes exposés, à toute heure, à voir notre pays envahi et dévasté d'une
" extrémité à l'autre par les armées de nos puissants voisins, en consé-
" quence de quelque cause analogue à l'attaque outrageante contre le
" Trent. Si la guerre avait surgi de ce malheureux incident, nous, les
" Canadiens, mettant de côté toute considération égoïste, poussés par
" notre attachement généreux à ce drapeau, emblème de tant de souve-
" nirs glorieux, nous aurions pris les armes, comme un seul homme,
" pour soutenir la cause et l'honneur de l'Angleterre. Mais après la
" guerre, quand chaque ville et chaque vilJage de notre pays auraient
" été réduits en cendres et rasés jusqu'au sol, on nous aurait remerciés
"de notre loyauté; puis l'on nous aurait permis de reconstruire nos
" foyers et de réparer de notre mieux les brèches faites à nos fortunes
" dilapidées. On nous aurait laissé Ja consolation de penser qu'après
* avoir porté tout le poids d'une guerre qui n'aurait eu rien de commun
rr-26 —
" avec nos intérêts, après avoir largement versé notre sang et sacrifié
" nos vies, nous aurions gagné le droit de continuer à nous appeler bri-
" tanniques. J'ai la prétention de ne le céder à personne dans mon atta-
" chement aux institutions britanniques et ma réelle loyauté à la Cou-
" ronne; mais la loyauté est une chose et la servilité une autre. Malheu-
" reusement, dans ce pays, on confond souvent la seconde qualité avec
" la première."
Que dirait-il du dévergondage de servilisme qui inonde le pays de-
puis quinze ans, depuis un an surtout?
Cet homme de bon sens rappelle les jours sombres de 1837. Il a
lui-même reçu des autorités britanniques l'ordre de dévaster les cam-
pagnes canadiennes et de châtier sans distinction innocents et coupa-
bles. A quelques années de là, il a vu avec stupeur les mêmes autorités
approuver et sanctionner une loi qui indemnisait les coupables comme
les innocents des pertes qu'ils avaient subies. " L'expérience du passé,
** ajoute-t-il, devrait nous servir de leçon pour l'avenir. Nous ne de-
" vrions jamais oublier que comme Canadiens et comme colo-
" niaux, nous ne pouvons être entraînés dans aucune guerre
" avec aucune puissance étrangère. Ce ne peut être que comme sujets
" britanniques et pour la défense des droits britanniques. Et si ja-
" mais une nation ennemie envahit notre territoire pour des causes
" qui échappent aux autorités de la province, nous avons le droit d'être
M protégés comme toute partie de l'Angleterre elle-même. Si là n'est pas
** la condition du lien qui nous unit à la mère-patrie, je déclare que le
" plus tôt ce lien sera rompu, le mieux ce sera pour tout le monde."
Il lit ensuite à la Chambre et fait consigner dans le compte rendu
des débats une dépêche, en date du 3 mai 1841, de lord John RUSSELL,
alors ministre des Colonies dans le cabinet Melbourne, adressée à lord
Sydenham, premier gouverneur des Canadas-Unis.
Cette dépêche indique que la politique formulée dix ans plus tard
par lord Grey sous la direction de lord John Russell, devenu premier
ministre, avait déjà commencé à prendre corps (1).
Le colonel RANKIN ajoute: "Parler de mettre le Canada en état
" de défense contre la puissance américaine est aussi absurde que de
"demander à la souris de défier l'éléphant Les Etats-Unis
"n'entretiennent aucune animosité contre nous comme Canadiens; s'ils
" éprouvent quelque sentiment de cette nature, ce n'est pas contre nous-
" mêmes, mais contre le lien qui nous unit à la Grande-Bretagne
" Néanmoins, nous avons des devoirs et des responsabilités et nous de-
" vons y faire face dans un esprit de véritable loyauté et patriotis-
" me Je suis autorisé par le ministère à déclarer qu'une légis-
" lation sera présentée afin de réorganiser là milice d'une manière plus
"efficace et plus pratique que la loi actuelle ne le permet Tout
" en soutenant que nous n'avons rien à craindre du gouvernement des
" Etats-Unis, je reconnais, néanmoins, que nous pouvons être exposés,
" dans un avenir prochain, à l'attaque de bandes de maraudeurs en ré-
" volte contre les lois de leur pays et contre celles de toutes les nations."
(1) Pièce justificative 6.
— 27 —
— C'était la prévision des incursions féniennes. — " C'est notre devoir
" manifeste, comme Canadiens, de nous prémunir contre ce danger.
"' C'est notre devoir indiscutable de maintenir une force armée dont
" l'objet sera non seulement de maintenir l'autorité civile sur notre
" propre territoire mais de résister à tonte attaque injuste, d'où qu'elle
" vienne."
La neutralité du Canada
L'un des nouveaux ministres était Thomas d'Arcy McGEE. Comme
tous ses collègues, il dut faire renouveler son mandat parlementaire.
Dans son manifeste, il traita, avec l'ampleur de vues qui le caracté-
risait, le problème des relations impériales. Il proclama hardiment la
doctrine de la neutralité du Canada.
" Je suis fermement convaincu, disait-il, que le lien qui nous rat-
" tache à la mère-patrie doit nous rester cher et que ce sentiment ne
" doit céder le pas qu'à l'amour de nos propres institutions. Après
* notre devoir envers l'Angleterre vient celui de cultiver notre entente
" cordiale avec les Etats-Unis." — Ces paroles étaient prononcées au
moment où l'Angleterre et les Etats-Unis étaient encore sur le point d'en
venir aux prises. — " M'inspirant de ces maximes comme de celles qui
" doivent nous guider d'un côté comme de l'autre, je persiste à croire
"qu'il faut faire attribuer au Canada un status international qui le pré-
" serve mieux que toute force armée et qui mette son territoire à l'abri
" de guerres sanglantes, résultant de querelles qu'elle ne peut ni provo-
" quer ni éviter un arrangement analogue à celui qui a établi la
" neutralité de la Grèce en 1831 et la neutralité de la Belgique en 1839
" (acclamations). Avec un arrangement de cette nature, notre milice
" suffirait amplement à la défense intérieure, et la Grande-Bretagne se-
" rait honorablement déchargée des ennuis et de la dépense que lui
" cause l'entretien de ses garnisons au Canada."
Cette audacieuse déclaration de neutralité ne scandalisa personne.
Les électeurs de Montréal-Ouest l'acclamèrent; le gouverneur-général
accepta comme l'un de ses conseillers le rebelle qui l'avait prononcée (1) ;
et quatre ans plus tard, Macdonald et Cartier tendaient la main à d'Arcy
McGee qui devenait comme eux l'un des pères de la Confédération ca-
nadienne.
Les Canadiens de cette époque, on le voit, avaient une conception
nette et fière de leurs droits et de leurs devoirs nationaux. Ils
exerçaient sans contrainte et sans hypocrisie toutes leurs libertés de
sujets britanniques et de citoyens du Canada. Us n'hésitaient nullement
à parler de neutralité, d'indépendance ou d'annexion. Et personne, en
Angleterre, ne songeait à les taxer de trahison ou d'incivisme. Seule,
une petite bande d'ultra-loyalistes coloniaux tenait le langage insensé
et servile qui est devenu de nos jours le leit-motiv de tous nos politi-
ciens et de la plupart de nos journalistes.
Sur l'obligation de la Grande-Bretagne de soutenir seule le fardeau
de la défense générale de l'Empire, tous — John-A. Macdonald et Do-
(1) Ce discours parut si important qu'on jugea à propos d'en reproduire le compte-
rendu à la suite du procès verbal des débats parlementaires de 1862. Pièce justifi-
cative 23.
— 28 —
rion, Sandfield McDonald et Cartier, Galt et Langevin — étaient d'ac-
cord. Ils ne différaient que sur le degré de responsabilité que la colo-
nie devait prendre dans l'organisation de sa propre défense. Celui qui
Oût alors prétendu que le Canada, privé de toute autorité sur la politique
impériale, doit participer activement aux guerres de l'Angleterre en
dehors du territoire canadien, eût été à juste titre tenu pour mauvais
patriote et conspué comme ennemi de son pays.
Correspondance de 1862 — Fière attitude des
ministres canadiens
Avant de faire proroger la session qui avait vu la chute du cabinet
conservateur, le nouveau ministère fit voter quelques amendements à
la loi -de la Milice.
Durant les vacances parlementaires, il s'échangea entre les auto-
rités impériales et le gouvernement canadien une correspondance qu'on
trouvera tout entière reproduite à la suite de cette étude (1). Ces pièces
méritent une étude attentive. Elles offrent un intérêt tout actuel. Elles
jettent un jour lumineux et décisif sur la nature et la portée des droits
et des obligations réciproques de la métropole et de la colonie.
Le 21 août 1862, le duc de NEWCASTLE communique à lord Monck
l'impression produite en Angleterre par le rejet du projet de loi de la
milice; et il suggère les mesures à prendre pour tirer le meilleur parti
de Ja situation et assurer la défense de la province.
Il ne cache pas son désappointement de l'échec subi par le cabinet
Cartier-Macdonald. "Il est indéniable que le rejet du bill a produit
une impression désavantageuse sur l'esprit du peuple anglais."
" J'ai confiance, ajoute-t-il, que l'esprit général de ces délibéra-
" tions" — au parlement britannique sur le rejet du projet de loi de la
milice canadienne — " ne donnera pas lieu à une fausse interprétation.
"Je pense avec une égale confiance que l'on ne commettra pas l'erreur
" de voir dans la présente dépêche la moindre trace de méfiance à l'en-
" droit des Canadiens ni une modification des vues Que le gouvernement
" de Sa Majesté a fréquemment exprimées sur les relations qui doivent
"exister entre l'Angleterre et la colonie Le gouvernement de Sa
" Majesté ne conclut pas du rejet de cette mesure que le gouvernement
" ou le peuple du Canada répugnent à faire le nécessaire pour assurer
" leur propre défense; mais il regrette qu'en ce moment ils se soient
" exposés à une fausse interprétation de leurs motifs et de leurs inten-
" tions, non seulement en Angleterre, mais aux Etats-Unis.
" Le gouvernement de Sa Majesté n'a ni le droit ni Je désir d'inter-
" venir dans la politique des partis au Canada; et il n'exprimerait au-
" cun souci du récent changement de ministère, si ce changement n'était
" pas lié à un événement qui semble suggérer des doutes sur le patrio-
" tisme du peuple canadien."
Il signale le danger toujours possible, quoique improbable, d'une
attaque des Etats-Unis; et il ajoute:
(1) Pièces justificatives 24 à 28.
— 29 —
"De plus, l'importance croissante de la colonie et son attachement
" à ses libres institutions augmentent chaque jour pour elle la nécessité
"de posséder Jes moyens efficaces de défense sans lesquels la liberté
"d'aucune institution n'est assurée.... C'est l'opinion des meilleures
" autorités militaires qu'aucun corps de troupes que l'Angleterre pour-
" rait envoyer ne serait en état, sans l'aide efficace des Canadiens, d'as-
" surer la sécurité du Canada. Non seulement est-il impossible d'en-
voyer un nombre suffisant de troupes; mais fût-il possible de quadru-
" pler le nombre de celles qui se trouvent aujourd'hui dans les posses-
" sions britanniques de l'Amérique du Nord, elles ne suffiraient pas à
" couvrir toute la frontière. Un pays de cette nature doit trouver son
"principal appui dans sa propre population. . .
" Ce n'est donc pas la mauvaise vo'lonté du gouvernement de Sa
" Majesté ni son impuissance à fournir un nombre suffisant de troupes,
"dont je veux vous persuader; mais l'inutilité de ces troupes, si elles
" ne sont pas appuyées par une force adéquate de milice."
Nous retrouverons cette note dans le rapport du colonel Jervois, en
1865 (1).
Ces déclarations remarquables par leur nette franchise s'imposent
à la réflexion de ceux qui prétendent sans cesse que la protection de
l'Angleterre a toujours assuré et assure encore la sécurité du Canada.
La situation n'a pas changé depuis un demi-siècle; ou plutôt tout indi-
que que l'Angleterre serait plus impuissante aujourd'hui qu'en 1862 à
protéger le Canada contre les Etats-Unis.
Le ministre entre ensuite dans le détail des mesures qu'il soumet à
l'étude du gouvernement canadien pour renforcer les forces de défense
de la colonie. Il suggère la coopération des diverses provinces — Ca-
nada, Nouveau-Brunswick et Nouvelle-Ecosse — afin de donner à ces
mesures une cohésion efficace. Retenons cette pensée: ce fut l'un des
motifs principaux qui poussèrent les hommes d'Etat anglais à favoriser
la fédération des provinces. Nous en retrouverons la preuve plus loin.
Mais dans l'ordre des principes constitutionnels, le passage le plus
original de cette dépêche est celui où le ministre des Colonies sug-
gère au gouvernement canadien de soustraire le budget de la défense
aux fluctuations des majorités parlementaires:
" Quelles que soient les autres mesures qui pourront être prises
"pour améliorer l'organisation de la milice, il paraît d'importance
" essentielle au gouvernement de Sa Majesté que la direction de cette
" milice et l'appropriation des deniers destinés à son entretien soient
" soustraites à l'action perturbatrice des luttes politiques ordinaires. A
" moins que cela ne soit fait, il ne peut y avoir aucune assurance que,
"dans le choix des officiers et dans d'autres matières d'un caractère
" purement militaire, l'on n'ait d'autre objet que l'efficacité de la milice.
" Si ma démarche ne devait pas être considérée comme une ingérence
" abusive dans les privilèges des représentants du peuple, j'inclinerais
" à suggérer que le budget de la milice, ou du moins une proportion dé-
" terminée de ce budget, fût défrayée à même les fonds consolidés du
" Canada ou votés pour une période de trois ou cinq années."
(1) Pièce justificative 31.
— 30 —
En dépit do la formule courtoise et prudente, cette suggestion fit
bondir les ministres canadiens. Néanmoins ils prirent tout Je temps
nécessaire pour répondre au ministre des Colonies. Us ne le firent que
deux mois plus tard, le 28 octobre 1862. Afin de donner un caractère
plus solennel à leur protestation, ils en firent l'objet d'un RAPPORT
officiel du CONSEIL EXECUTIF. Dans ce document d'une haute im-
portance, ils discutent point par point chacune des mesures suggérées
par le duc de Newcastle. Us expliquent d'abord les causes et des motifs
qui ont entraîné le rejet du projet de loi proposé par leurs prédéces-
seurs:
** Le rejet de cette mesure par la majorité de l'Assemblée législative
" n'a pas été la résultante de combinaisons de partis, mais de la con-
" viction bien arrêtée que le principe de la loi ne répondait pas aux be-
" soins du moment, que ses dispositifs principaux étaient nuisibles à la
? province et que Jes ressources financières applicables aux fins mili-
** taires ne suffiraient pas à couvrir la dépense qu'aurait entraînée l'ap-
"plication de la loi."
Us donnent ensuite de longues et précises explications sur les me-
sures qu'ils ont adoptées pour renforcer la milice et organiser Ja dé-
fense du territoire; et ils ajoutent:
" Les conseillers de Votre Excellence " — ils s'adressent naturelle-
ment au gouverneur, leur intermédiaire constitutionnel auprès du gou-
vernement impérial — " se sont donc efforcés d'adopter la politique
" qu'ils jugent la plus conforme aux conditions de la province et aux
" moeurs de ses habitants. C'est en toute confiance qu'ils présentent le
" résultat de leurs efforts et les mesures qu'ils sont prêts à mettre à exé-
" cution afin de prouver leur détermination de remplir leur devoir en
" tout ce qui concerne la défense de la province."
Le duc avait suggéré d'enrôler et d'entraîner une force de 50,000
hommes. Cette proposition, répondent les ministres canadiens, n'est
pas nouvelle. C'est précisément le projet que leurs prédécesseurs
avaient formé et que la Législature a rejeté. " Les conseillers de Votre
" Excellence ne peuvent lui cacher que dans leur opinion la province
" est opposée au maintien d'une force armée qui perturberait gravement
" l'industrie et entamerait les ressources de la province dans une mesure
" qui ne serait justifiable qu'en temps de danger imminent ou de guerre
" déclarée.
" Le peuple canadien ne faisant rien pour amener une rupture avec
" les Etats-Unis et n'ayant aucune connaissance de l'intention que le
" gouvernement de Sa Majesté peut avoir de poursuivre une politique
" d'où résulterait une calamité si effroyable, refuse de s'imposer des far-
" deaux extraordinaires. Les Canadiens considèrent que si la guerre
" éclate, aucune de leurs actions n'en sera la cause; ils n'inclinent nul-
" lement à faire aucune démarche qui semblerait prévoir et peut-être
" provoquer un état de choses qui serait désastreux pour chacun des in-
" térêts de la province. C'est en se plaçant sur ce terrain que les repré-
'' sentants du peuple canadien, réunis en parlement, ont rejeté la propo-
" sition d'organiser une force de 50,000 hommes ou même d'engager la
"province à fournir une force beaucoup moins considérable "
— 31 —
" Les conseillers de Votre Excellence croient qu'aucun ministère
* qui tenterait de mettre à exécution le projet suggéré par Sa Grâce [le
*duc de Newcastle] ne pourrait continuer d'exister."
Ils ne se bornent pas à invoquer le principe constitutionnel posé par
les autorités impériales elles-mêmes — l'irresponsabilité de la colonie
dans les questions de paix et de guerre, — ni à se dérober derrière les
répugnances du peuple; ils objectent avec une égale force les nombreu-
ses et lourdes exigences économiques de la province et la nécessité d'y
pourvoir à J'aide de capitaux étrangers.
" Ils maintiennent qu'ils conserveront la confiance des capitalistes
" européens en proportionnant avec prudence les dépenses de la pro-
" vince à ses revenus, plutôt qu'en se lançant dans des entreprises ha-
" sardeuses (schemes), quelque louables qu'elles soient en elles-mêmes,
"qui dépassent les ressources possibles du peuple canadien Us
" persistent à croire qu'ils sont et doivent rester les meilleurs juges de
" l'effort possible du crédit de la province. Ils sont prêts, à certaines
" conditions, à charger ce crédit des dettes qu'entraînera la construc-
" tion du chemin de fer Intercolonial " — entreprise alors jugée en An-
gleterre comme au Canada d'intérêt impérial; — "mais ils ne sont pas
" prêts à se lancer dans des dépenses extravagantes pour établir un
" régime militaire qui répugne au peuple canadien, qui dépasse, hors de
" toute proportion, les ressources du Canada et que n'exige aucune des
" circonstances jusqu'ici connues au Canada."
Autonomie des Parlements coloniaux
Mais celle des suggestions du duc de Newcastle qui suscite la pro-
testation la plus énergique des ministres canadiens et leur affirmation
péremptoire des droits et des privilèges constitutionnels de la Législa-
ture, c'est celle qui a trait au budget de la défense.
" Sa Grâce est évidemment persuadée que cette proposition revêt
" l'aspect d'une ingérence dans les privilèges des représentants du peu-
" pie; et il est certain que toute mesure susceptible d'une telle interpré-
" tation ne sera jamais et ne devrait jamais être même examinée (enter-
" tained) par un peuple qui a hérité des libertés garanties par la cons-
" titution britannique. Le parlement impérial se réserve avec un soin
" jaloux le choix des moyens propres à maintenir les forces militaires
"et navales de l'Empire. Il vote son budget chaque année; et le plus
" puissant des ministres n'a encore osé suggérer à la Chambre des
"Communes d'abandonner pour cinq ans son autorité et son contrôle.
"Si 'l'action perturbatrice des luttes politiques ordinaires' est une rai-
" son suffisante pour enlever au parlement la direction ultime des pré-
" paratifs militaires, cette raison est, à tous les points de vue, aussi vala-
" ble en Angleterre qu'au Canada. Ce que la Chambre des Communes
" refuserait de considérer en toute circonstance même périlleuse, il
" n'est pas probable que la Législature du Canada s'y prête davantage.
"Quels que soient les maux inhérents aux institutions représentatives,
"le peuple d'une province britannique ne peut oublier qu'ils sont insi-
" gnifiants si on les compare à ceux qui sont inséparables du pouvoir
" arbitraire. Les libertés populaires ne sont en sûreté que lorsque J'ac-
— 32 —
" tion du peuple contient et guide la politique de ceux qui sont investis
" du pouvoir de gouverner le pays. Le peuple n'est à l'abri du despo-
" tisme militaire, exercé par un gouvernement corrompu, que lorsqu'il
" porte en ses mains le pouvoir de contrôler te budget nécessaire au
" maintien de l'organisme militaire."
Ils abordent ensuite la seconde proposition du ministre des Colo-
nies: une entente commune des diverses provinces britanniques de
l'Amérique du Nord dont l'objet serait de fortifier et de coordonner
leurs ressources militaires et leurs moyens de défense.
" Les détails de cette union, objectent-ils, 'émaneraient du secré-
taire d'Etat': son fonctionnement échapperait entièrement à Pauto-
" rite des diverses législatures locales. Les conseillers de Votre Excel-
" lence n'hésitent nullement à exprimer l'opinion qu'une alliance de
"cette nature ne saurait être même considérée à l'heure actuelle
" Il ne peut y avoir d'union intercoloniale d'aucune nature tant qu'il
" n'existera pas de meilleures voies de communication entre les pro-
" vinces. En supposant que cette union se consomme plus tard, il est
" également certain que les provinces ne contribueront jamais à un sys-
" tème coûteux de défense à moins qu'il ne soit sujet à leur propre auto-
" rite. Parlant pour le Canada, les conseillers de Votre Excellence sont
" convaincus que cette province persistera à réclamer le droit exclusif
" de déterminer la dépense des deniers publics.
" Les conseillers de Votre Excellence abordent maintenant le prin-
cipe général qui sert de base à l'argumentation de Sa Grâce: le droit
" au self-government -emtraîne l'obligation corrélative de pourvoir à la
"défense du territoire. Dans l'abstrait, cette proposition est indiscu-
table; mais elle n'est indiscutable que pour les gouvernements des
" Etats souverains. On ne saurait dire qu'elle s'applique an même degré
" entre une colonie et sa métropole. Les colonies britanniques sont for-
" cées de subir toutes les conséquences des conflits qui résultent de la
" politique poursuivie par le gouvernement de Sa Majesté dans l'intérêt
" général de l'Empire. Il ne suffit pas qu'une colonie, pourvue du
" self-government, veille à la préservation de la paix et de l'ordre inté-
" rieurs. Il ne suffit pas qu'une colonie soit forcée de subir toutes les
" conséquences d'une ligne d'action dont le point de départ échappe
" aux délibérations de ses propres législateurs et dont ils sont totale-
" ment impuissants à déterminer la direction et la fin. On prétend que
' le lien colonial entraîne une responsabilité additionnelle. La colonie
" sera non seulement le théâtre d'hostilités désastreuses : elle devra
" fournir sa quotc part des forces impériales et sa contribution des dé-
" penses nécessaires à leur entretien."
Cette prétention nouvelle, les ministres canadiens la combattent
avec énergie. Des archives du gouvernement impérial, ils tirent la
preuve que la situation du Canada est unique dans l'Empire. Aucun
effort, aucun sacrifice, que les Canadiens pourraient faire ne suffiraient
à les protéger contre une agression de leurs puissants voisins. " Jus-
" qu'ici, ils ont, dans une certaine mesure, trouvé leur sécurité dans le
"fait qu'ils ne peuvent concevoir aucune circonstance où ils seront eux-
" mêmes les provocateurs d'une guerre avec les Etats-Unis. Si le Ca-
— 33 —
" nada devenait cependant le théâtre d'une guerre résultant de la poli-
44 tique impériale, les Canadiens, tout en unissant leurs efforts pour dé-
" fendre leur territoire, n'en seraient pas moins obligés de compter
"principalement sur les ressources de l'Empire pour assurer leur pro-
** tection; et c'est leur opinion qu'en ce cas, ils auraient le droit de comp-
" ter sur toutes les forces de l'Empire pour les aider dans leur résis-
44 tance.''
Us rappellent les sacrifices que les Canadiens ont faits dans le passé,
comme 'sujets de Sa Majesté'. Us insistent de nouveau sur le fait qu'au-
cune autre partie de l'Empire n'est aussi exposée que le Canada à l'in-
vasion étrangère:
" En cas de guerre avec les Etats-Unis, aucune combinaison proba-
" ble des troupes régulières et de la milice ne sauverait notre territoire
"de l'invasion; aucune victoire, telle que la confiance la plus optimiste
"puisse l'espérer, n'empêcherait les régions les plus florissantes de la
" province d'être transformées en champs de bataille. Notre commerce
" et notre industrie seraient paralysés. Nos plus riches régions agri-
" coles seraient dévastées; nos villes et nos villages détruits; nos foyers,
" heureux en temps de paix, verraient la guerre leur apporter la misère;
" — et tout ceci serait le résultat d'événements dont la cause initiale ne
" pourrait en aucune manière être attribuée au Canada.
" Les conseillers de Votre Excellence rappellent ces conditions
"particulières de la colonie afin de démontrer l'injustice des exigences
" basées sur ce que l'on prétend être l'égoïsme et la négligence du Cana-
" da. Us se bornent à signaler des conséquences qu'il serait criminel
" de cacher et des dangers dont il serait insensé de contester l'exis-
" tence."
Us réitèrent leur détermination de poursuivre la ligne de conduite
qu'ils ont adoptée; et ils concluent avec la même franchise et la même
fermeté :
" Leur souci est de faire tout ce qui doit être fait, et de le faire de
" manière à mériter l'approbation de la province. Us ont le droit d'exi-
" ger que leurs efforts soient jugés selon le tempérament du pays et à la
"lumière des faits qui les ont inspirés. Us ont confiance que le temps
" justifiera victorieusement la sagacité de leurs mesures et le loyalisme
" du peuple canadien; et ils seront heureux d'apprendre que ses efforts
" reçoivent l'approbation du gouvernement de Sa Majesté. Mais que cet
" espoir se réalise ou non, il leur suffit de savoir que leurs actes sont
" conformes aux désirs et aux intérêts du peuple canadien. C'est le peu-
" pie du Canada qui leur a confié la responsabilité du pouvoir qu'ils
" détiennent actuellement; ils sont tenus en toute circonstance de res-
" pecter sa volonté."
Tel est le langage fier et digne que les hommes d'Etat canadiens
savaient alors faire entendre aux maîtres de l'Empire. Nous verrons
dans un instant que les chefs du parti conservateui , Macdonald, Car-
tier, Campbell, ne parlaient pas autrement et comprenaient de la même
manière que leurs adversaires leurs responsabilités de chefs d'Etat. Les
uns et les autres avaient une conception nette et juste des droits et des
obligations réciproques de la métropole et de la colonie.
— 34 —
Le gouverneur général, lord MONCK, n'éprouva aucun scrupule à
transmettre ce langage énergique au ministre des Colonies. Tout en re-
grettant, du point de vue des intérêts impériaux, le ralentissement des
préparatifs de guerre, il ne pouvait s'empêcher, — nous l'avons vu par
sa dépêche du 10 juin 1862, — de juger que ses nouveaux ministres
n'avaient pas tout à fait tort. Il accompagne leur mémoire du 28 octo-
bre d'une dépêche, en date du 30, dans laquelle, loin de blâmer l'atti-
tude et le langage de ses ministres, il semble plutôt incliner dans leur
sens:
" Je n'entrerai pas ", écrit-il au duc de Newcastle, " dans la discus-
" sion de théories abstraites sur les relations qui doivent exister entre
" l'Angleterre et ses colonies au sujet de la défense coloniale. Les termes
"mêmes de la dépêche de Votre Grâce [du 21 août 1862] Indiquent
" qu'elle est purement suggestive et ne prétend nullement faire acte
" d'autorité en déterminant la proportion des contributions respectives
" que la mère-patrie et la colonie doivent faire pour cet objet. L'admis-
" sion faite par le gouvernement de la colonie que tout ce qu'il entre-
" prendra dans ce sens sera d'une nature défensive prouve que s'il existe
" une divergence de vues entre Votre Grâce et le Conseil Exécutif du
" Canada, ce n'est qu'une question de degré et non de principe."
" Mon devoir, ajoute-t-il, est de m' appliquer plutôt à tirer parti des
" propositions pratiques suggérées par mes aviseurs." Il approuve les
unes et condamne les autres comme inefficaces, mais sans songer aucu-
nement à faire prévaloir ses avis.
Il informe le ministre qu'il a consulté le lieutenant-gouverneur du
Nouveau-Brunswick et celui de la Nouvelle-Ecosse sur le projet d'une
entente commune entre les trois provinces et que leurs réponses corro-
borent l'opinion des ministres canadiens. " Je ne crois pas moi-même,
" conclut-il, que le projet agréerait soit aux Canadiens, soit aux habi-
" tants des provinces inférieures."
Les autorités impériales baissent pavillon
Cette dure rebuffade ne semble pas avoir indigné ni scandalisé les
autorités impériales. Dans sa réponse, en date du 20 décembre 1862,
le duc de NEWCASTLE exprime son regret de l'opposition faite par le
gouvernement canadien aux diverses mesures qu'il a suggérées. Il at-
teste que ses conseils étaient inspirés par le seul désir d'aider la colonie
à protéger ses propres libertés; et il termine par ces considérations
intéressantes:
" Loin de moi le désir (qui semble impliqué dans le rapport de vos
" ministres) de restreindre l'autorité du parlement canadien sur ses
"propres affaires. D'autre part, la somme des efforts que l'Angleterre
"pourrait faire avec quelque avantage dépend forcément, dans une
"large mesure, de la manière dont cette autorité s'exerce, c'est-à-dire
"de la disposition du gouvernement et du peuple de la province à pro-
" téger la colonie. Ma dépêche [du 21 août] suggère que les Canadiens
"eux-mêmes, et non le parlement impérial, légifèrent sur la milice: il
" est donc difficile de comprendre que le Conseil Exécutif [du Canada]
" puisse justifier une telle crainte de voir entraver ses libertés.
— 35 —
" Ces considérations démontrent que les doctrines générales énon-
" cées dans le rapport s'appliquent peu aux conditions particulières et
" actuelles du Canada et qu'elles n'opposent qu'une faible argumentation
" aux démarches que j'ai suggérées. Néanmoins, je n'ai nul désir de
"presser l'adoption de ces mesures; car c'est sur vos ministres et sur
" le parlement du Canada que doit retomber la responsabilité de l'adop-
"tion de mesures efficaces pour coopérer avec la mère-patrie dans ses
" efforts pour assurer la protection de la province.
" Le rapport insiste longuement sur le fait que le gouvernement et
* le parlement de l'Empire déterminent la politique étrangère dont dé-
" pendent la paix 2t la guerre, et que le Canada n'exerce aucune auto-
** rite sur les relations de l'Empire avec les puissances étrangères.
" D'accord avec votre Conseil Exécutif, je vois en cela une condition
"d'importance capitale: elle touche à la base même des relations [ac-
" tuelles ou possibles] entre la mère-patrie et ses colonies au sujet de la
" défense militaire et navale. Le Canada peut assurément se voir entraîné
" dans des guerres impériales où il n'aura aucun intérêt immédiat. Vos
" ministres reviennent à plusieurs reprises sur ce point. Néanmoins,
" ils ne peuvent manquer de considérer que le Canada a tout de même
" un intérêt manifeste, en toute circonstance, à contribuer au main-
" tien de la puissance de l'Empire dont il forme une partie si impor-
" tante et qui se rattache si essentiellement au maintien de sa propre
" indépendance et de sa situation importante dans le monde.
" La guerre avec le Canada veut dire la guerre avec l'Angleterre, —
" non seulement en Canada mais sur toute mer et sur toute terre, où
" qu'elle soit située, où se trouve la nation qui l'attaque. La sécurité du
" Canada dépend principalement de la connaissance qu'a le monde en-
" tier du fait que le Canada fait partie de l'Empire britannique. Il ne
"résulte pas de ce fait que le Royaume-Uni peut consentir ou suffire à
" maintenir à ses frais au Canada un nombre illimité de troupes, même
" en temps de guerre, et encore moins en temps de paix; et il reste in-
" dubitable que la défense du territoire canadien doit dépendre princi-
" paiement du peuple canadien lui-même."
Hommes d'Etat d'autrefois et politiciens d'aujourd'hui
Cette correspondance est, je le répète, d'une importance capitale.
Elle détermine et circonscrit l'application des principes énoncés depuis
la dépêche initiale de lord Grey, écrite en 1851. Durant cette courte pé-
riode de douze années, la Grande-Bretagne et le Canada se sont trouvés en
présence de toutes les éventualités qui peuvent entraîner l'exécution de
cette politque et la contribution respective de la métropole et de la colo-
nie à la défense générale de l'Empire et à la protection particulière du
Canada: guerre de l'Angleterre totalement étrangère au Canada — celle
de Crimée; crise intérieure formidable aux Indes; danger imminent
d'une guerre avec les Etats-Unis — la seule qui puisse menacer sérieu-
sement le Canada. Toutes ces péripéties diverses, loin d'altérer les
principes et l'application de la politique formulée par lord Grey et ac-
ceptée par le cabinet MacNab-Taché, les affermissent davantage. Anglais,
— torys ou whigs, — et Canadiens, — conservateurs ou libéraux, —
— 36 —
sont tous d'accord pour reconnaître et affirmer que l'Angleterre, seule
responsable de la politique étrangère d'où découlent la paix et la guerre,
doit seule pourvoir à la défense générale de l'Empire, et que le Canada,
autonome chez lui mais inexistant comme nation souveraine et respon-
sable, n'a d'autre obligation que celle d'aider la métropole à défendre
son territoire colonial. Selon la juste parole de lord Monck, ils ne dif-
fèrent "que sur le degré et non sur le principe."
Que l'on rapproche ces déclarations remarquables des paroles pro-
noncées depuis quelques années par nos hommes publics, et l'on consta-
tera sans peine la révolution profonde et radicale que le mouvement
impérialiste a opérée dans nos relations avec la métropole. "La guerre
avec le Canada, c'est la guerre avec l'Angleterre", dit le duc de New-
castle; et il en conclut qu'en fait comme en droit, la Grande-dBretagne doit
protéger le Canada contre toute attaque extérieure, nécessairement sus-
citée par la politique étrangère du gouvernement impérial. Tout ce
qu'il attend des colonies, c'est qu'elles prennent les mesures nécessaires
pour aider la métropole à protéger leurs territoires respectifs, seules
parties de l'Empire où les gouvernements coloniaux exercent leur auto-
rité, où le peuple des colonies jouit de ses privilèges et de son autono-
mie.
A un demi-siècle de là, le premier ministre du Canada, sir Wilfrid
LAURIER, retourne Ja proposition: "Quand l'Angleterre est en guerre,
s'écrie-t-il, le Canada est en guerre". Il en déduit que le Canada doit
assumer toutes "les responsabilités d'une nation", et, d'accord avec son
collègue, M. FIBLDING, il impose au parlement de la colonie la créa-
tion d'une flotte, " canadienne en temps de paix mais impériale en
temps de guerre ", destinée à soutenir l'Angleterre dans tous ses con-
flits "justes ou injustes" (1). Les ministres canadiens concluent avec
les autorités impériales une entente qui met, en temps de guerre, les
forces navales du Canada à la disposition d'un exécutif dont la politi-
que et les actes échappent totalement au contrôle et au vote du peuple
canadien. Leurs successeurs, les ministres conservateurs, portent aux
principes posés il y a un demi-siècle un coup plus direct et plus décisif
encore: ils font voter une contribution à la flotte impériale sur laquelle
le gouvernement du Canada n'exerce aucune autorité quelconque. Puis,
la guerre européenne survenant, les deux partis se donnent la main pour
saper à la base les principes unanimement reconnus en 1851, en 1854
et en 1862 comme les seuls conformes à la constitution britannique et
à la nature des relations établies entre la métropole et les colonies. Ils
proclament l'obligation du Canada de participer à une guerre qui lui
est totalement étrangère; ils lèvent une armée plus nombreuse que celle
de Wellington à Waterloo; ils en font porter toute la charge par le Ca-
nada et ils en abandonnent le commandement et l'usage absolus aux
autorités impériales!
Il n'y a qu'une chose qui ne soit pas changée, qui reste absolument
en 1915 ce qu'elle était en 1862 : c'est l'impuissance «totale, c'est l'en-
tière irresponsabilité des colonies en matière de politique étrangère;
c'est la raison même qui faisait reconnaître, il y a cinquante ans, aux
(1) Débats sur la Loi navale, 1909-10 — pièce justificative 70.
— 37 —
hommes d'Etat anglais et canadiens de tous les partis, qu'il est contraire
aux traditions et aux principes essentiels de la constitution britannique
d'appeler les colonies à toute autre contribution militaire qu'à celles
qui ont pour objet immédiat et exclusif de pourvoir à la protection de
leur territoire.
Loi de la Milice, 1863
Après avoir nettement défini la situation et fait reconnaître à Lon-
dres la légitimité de leur vigoureuse défense des droits de la colonie,
M. Sandfield McDonald et ses collègues s'appliquèrent loyalement à la
réorganisation des forces de défense de la province. A la session de
1863, ils opérèrent la refonte complète de la loi de la milice (1). Les mo-
difications principales touchaient à l'organisation et à la classification
des forces. Comme dans toutes les lois précédentes, il était statué que
la milice se composerait de tous les habitants mâles de la province de
18 à 60 ans (Art. 2) ; mais on établissait la distinction entre les hommes
non mariés, appelés les premiers, et les chefs de familles appelés en
second lieu (Art. 3).
L'article 33, qui définissait les limites territoriales dans les-
quelles la milice pouvait être appelée en service actif "dans la province
ou en dehors de la province", n'était que la reproduction de l'Article
LXVI de la loi de 1855, avec une légère modification qui en précisait da-
vantage le sens. La loi précédente disait: "La milice ainsi appelée
" pourra être dirigée vers toute partie de la province ou toute place
" hors de la province mais contiguë à icelle, où l'ennemi pourra (may
" be) se trouver et d'où l'on pourra craindre une attaque contre cette
" province (may be apprehended) ." Le nouveau texte disait : " where
" the enemy is, and from which an attack on this province is appre-
" hended ", — " où l'ennemi se trouve et d'où l'on appréhende une atta-
que contre cette province." On ne voulait pas laisser place à des sup-
positions arbitraires.
Les débats ne suscitèrent aucune expression d'opinion nouvelle ou
particulièrment remarquable (2). Les conservateurs, amortis par leur
insuccès de l'année précédente, n'attaquèrent pas à fond le projet de
loi ni la politique du nouveau ministère. Toute la Chambre acquiesça,
expressément ou tacitement, au principe de la défense exclusive de la
province. Notons en passant cette parole de M. J.-H. POPE, Anglais
conservateur, père du bouillant Rufus Pope qui faisait, l'an dernier, au
Sénat, un tel étalage de loyalisme:
"Notre devoir est par-dessus tout de consulter nos propres intérêts
" (écoutez, écoutez). Nous ne pouvons attendre de qui que ce soit
" d'autre appui qu'un appui intéressé (écoutez, écoutez)" — c'est de
l'Angleterre qu'il parle. — " S'il est de notre intérêt d'aller aussi loin
"que l'Angleterre le désire, allons-y; mais surtout, n'allons pas au-delà
" de ce que nous considérons que nos propres besoins exigent."
(1) Pièce justificative 29.
(2) Pièce justificative 30.
— 38 —
A ceux qui pressent le gouvernement de hâter et d'accroître les
préparatifs de guerre, M. McDONALD, député de Toronto, réplique qu'à
son avis, " en cas de nécessité, les Canadiens se lèveraient en force con-
" sidérable et que, pour défendre leurs foyers, ils se battraient comme
" des héros. Mais l'on ne saurait trouver de meilleur moyen de provo-
" quer une guerre que d'en parler tant et de faire connaître notre fai-
" blesse. Du reste, aucune guerre ne pourrait éclater à cause du Canada;
"et si un conflit surgissait des difficultés de la mère-patrie avec les
" Etats-Unis, ce serait l'affaire et le devoir de l'Angleterre de nous dè-
" fendre. Oui, et elle y emploierait toutes ses ressources en hommes et
* en argent."
Aucun cri de protestation, aucune accusation de déloyauté ou de
trahison ne s'éleva contre cette déclaration, toute nationaliste, du repré-
sentant de la cité sainte du loyalisme.
Préliminaires de la Confédération
Le Canada traversait alors la période de crise politique d'où émer-
gea la Confédération. Les Haut-Canadiens, qui avaient trouvé très juste
l'égalité de représentation des deux provinces tant que le chiffre de leur
population était resté inférieur à celui du Bas-Canada, réclamaient avec
une fureur croissante la représentation basée sur le chiffre de la popu-
lation. Les ministères tombaient les uns après les autres. Le cabinet
McDonald-Dorion, qui avait remplacé, avec une nuance plus accentuée
de libéralisme, la combinaison McDonald-Sicotte, fut forcé de résigner
en mars 1864. Les conservateurs reprirent le pouvoir sous la direction
de MM. Taché et John-A. Macdonald. Défaits presque dès l'ouverture
de la session, ils firent alliance avec George Brown et les clear grits du
Haut-Canada. C'est ce ministère de coalition qui fit aboutir le projet
de fédération de toutes les provinces britanniques de l'Amérique du
Nord.
Il n'entre pas dans le cadre de cette étude de discuter les principes
et la portée générale de cette évolution constitutionnelle et politique,
sauf pour ce qui a trait à la défense militaire du pays.
A la faveur des démêlés du Haut et du Bas-Canada, le projet sug-
géré par le duc de Newcastle en 1862 — l'union des provinces pour
leur défense commune — se réalisa beaucoup plus tôt peut-être que ne
l'avaient espéré les hommes d'Etat anglais. Cependant, — et c'est ce
qu'il importe de signaler, — les Pères de la Confédération n'apportè-
rent aucun changement à la base des relations établies à ce sujet entre
la métropole et la colonie. Ils maintinrent intacts les principes posés
en 1854 et les déclarations subséquentes qui en avaient précisé la défini-
tion et la portée. La fédération des provinces augmenta assurément
leurs responsabilités et leurs charges en tout ce qui touche à l'organisa-
tion militaire; et elle diminua d'autant le fardeau de la Grande-Bretagne.
Mais ces responsabilités et ces charges nouvelles n'avaient d'autre objet
que la défense du territoire de la Confédération. Elles n'impliquaient,
ni directement ni indirectement, la moindre obligation, la plus loin-
taine promesse de participer à la défense générale de l'Empire et d'ap-
porter à la Grande-Bretagne d'autre coopération que la jonction des
— 39 —
milices canadiennes aux troupes impériales pour défendre le territoire
du Canada. Les débats qui précédèrent au parlement canadien, en 1865,
la ratification du pacte constitutionnel signé à Québec, en 1864, ne lais-
sent aucun doute à cet égard (1).
Macdonald, Cartier, Brown, Campbell, Langevin, tous membres du
gouvernement canadien et délégués à la Conférence de Québec, insistè-
rent sur l'importance, sur la nécessité même, d'unir toutes les posses-
sions anglaises du continent afin d'accroître leurs forces de défense
contre les Etats-Unis. Ils représentèrent qu'en se fédérant, les provinces
seraient en meilleure posture pour exiger du gouvernement impérial
l'exécution de l'engagement qu'il avait pris de consacrer "toutes les res-
sources de l'Empire à défendre les colonies contre toute agression
extérieure."
C'est sur ce terrain que CARTIER se place tout d'abord : " Nous
" avons des devoirs à remplir envers l'Angleterre. Afin de nous assurer
" l'exercice de sa puissance pour notre protection, nous devons nous
" aider nous-mêmes. Sans la confédération, nous ne pourrions accom-
" plir ce devoir d'une manière satisfaisante et efficace.... Lorsque
" nous aurons organisé une bonne force de défense et que nous nous
" serons unis pour notre protection mutuelle, l'Angleterre nous enverra
" généreusement des hommes et de l'argent pour notre défense."
Le principal motif que les ministres opposent aux libéraux qui
demandent de soumettre la mesure à l'approbation du peuple, c'est qu'il
n'y a pas une minute à perdre pour conclure avec l'Angleterre les arran-
gements nécessaires à la défense du pays. A quatre reprises, au cours
des débats, sir John MACDONALD revient sur cet aspect de la question.
Il annonce que le gouvernement va envoyer en Angleterre des délégués
chargés de traiter avec les autorités impériales. Il se porte garant " que
** l'Angleterre, en justice pour le Canada, va s'engager à consacrer à
" notre défense ses dernières ressources en hommes et en argent." —
"Les deux questions, la fédération et la défense, doivent être discutées
" simultanément. Nous devons saisir l'occasion de faire définir exacte-
" ment la situation des possessions anglaises de l'Amérique du Nord et
" de connaître à quel degré elles peuvent compter sur le gouvernement
" impérial, soit dans l'ordre politique, ou sur la question de la défense."
La défaite du ministère Tilley, au Nouveau-Brunswick, vint jeter
un froid sur l'ardeur des partisans canadiens de l'union des provinces.
Les adversaires de la mesure sommèrent les ministres d'ajourner le
projet. C'est peut-être à ce moment de leur carrière que Cartier et Mac-
donald déployèrent le plus d'énergie et donnèrent les preuves les plus
éclatantes de leur habileté comme tacticiens parlementaires. Us refusè-
rent péremptoirement d'ajourner la discussion. Ils réitérèrent leur dé-
termination d'aller conférer avec les autorités impériales, dès la session
terminée. Et la raison principale qu'ils donnèrent de leur persistance
fut précisément la nécessité urgente d'organiser la défense nationale.
Les principaux adversaires de la fédération, Dorion, Sandfield Mc-
Donald, Holton, Huntington, prirent à peu près la même attitude qu'en
(1) "Debates on Confédération of B. N. A. Provinces". Les citations qui suivent sont
traduites de la version anglaise, pages 55, 665 et 703.
— 40 —
1862. Ils s'opposaient à ce que le Canada assumât des responsabilités
trop considérables, même pour sa propre défense.
Aucun des protagonistes de la Confédération, aucun de ses adver-
saires, ne suggéra, même de la façon la plus lointaine ou la plus indi-
recte, que le Canada pût être appelé à faire la moindre contribution, en
hommes ou en argent, à la défense de l'Empire en dehors du territoire
canadien. Tous professaient le nationalisme intégral. Us étaient d'ac-
cord sur le principe des relations qui doivent exister entre la métropole
ft la colonie; ils ne différaient, selon le mot de lord Monck, que "sur
le degré" d'application.
Déclarations de Cartier à Londres
Dès que la session fut prorogée, le gouvernement délégua en Angle-
terre MM. John-A. MACDONALD, CARTIER, BROWN et GALT —
c'étaient les chefs virtuels du cabinet de coalition — afin d'arrêter avec
Jes autorités impériales les bases de la future confédération et les don-
nées des principaux problèmes qu'elle aurait à résoudre dès sa nais-
sance: l'organisation de sa défense militaire, ses relations commerciales
avec les Etats-Unis et l'acquisition des Territoires du Nord-Ouest. Le
champ d'action des délégués fut défini par un arrêté ministériel (1). Le
paragraphe qui touchait à la défense était rédigé en ces termes:
" L'entente nécessaire pour assurer la défense du Canada en cas de
" guerre avec les Etats-Unis et la proportion des contributions respec-
" tives de la Grande-Bretagne et du Canada à cet égard."
A Londres, CARTIER saisit la première occasion favorable de dé-
finir l'attitude du gouvernement canadien sur cette question vitale.
Cette occasion se présenta le 2G avril 1865, à un banquet des Fishmongers
dont il fut l'hôte d'honneur.
Ce projet de fédération, dit-il, "nous en désirons l'adoption, non seule-
" ment pour accroître notre prospérité et notre force, mais encore pour
"être mieux en état de participer à la défense de l'Empire britannique.
" Nous concevons très bien qu'en cas d'invasion, nous ne pouvons résister
"à l'ennemi sans le secours des armées de l'Angleterre; mais avec l'union
" de toutes les provinces, nous promettons de prendre part à la défense
" de notre pays dans toute la mesure de nos forces. . . Nous avons J'in-
" tention de déclarer au gouvernement impérial que nous sommes prêts
" à faire notre devoir, même seuls, pour la défense du pays; mais nous
"lui représenterons, en même temps, que si la confédération se réali-
" sait, nous serions dans une meilleure situation pour aider la Grande-
" Bretagne, dans le cas — j'espère qu'il n'arrivera jamais — d'une guerre
" entre l'Angleterre et les Etats-Unis.
" Je saisis cette occasion de faire remarquer qu'en nous engageant
" à fournir notre part pour la défense, nous nous chargerons d'une dé-
" pense considérable Nous savons en Canada que nous ne pou-
" vons pas être cause d'une guerre. La guerre ne pourra jamais prove-
" nir que de la volonté des autorités impériales. Nous savons aussi que
" notre pays est vulnérable; mais nous souffrirons cependant, s'il le
(1) P1è« justificative 33.
— 41 —
" fallait, qu'il serve de champ de bataille pour venger l'honneur de
"l'Angleterre." (1)
«Cette déclaration donne la mesure et la portée exactes de l'arrange-
ment conclu entre la Grande-Bretagne et la Confédération canadienne
sur ce point vital qui avait fait, depuis quinze ans surtout, l'objet de si
nombreuses discussions. C'était le couronnement de l'oeuvre poursui-
vie par les autorités de la métropole et de la colonie; c'était le triomphe
de l'accord loyalement recherché par lord Grey et le duc de Newcastle
d'une part, et par John~A. Macdonald, Cartier et Sandfield McDonald
de l'autre.
Cette déclaration, aucun homme d'Etat canadien n'était plus auto-
risé que Cartier à la faire. Il était non seulement l'un des membres de
la délégation chargée d'arrêter les termes de l'entente entre la métro-
pole et la colonie; il était surtout le principal auteur du pacte
fédéral. Au témoignage de sir John-A. Macdonald corroboré par sir
Charles Tupper, sans Cartier la Confédération n'aurait pu se faire.
Il avait été l'intermédiaire entre Macdonald et Brown. Il avait amené
Macdonald à renoncer à son projet d'union législative des provinces et
à accepter le principe fédératif. Il parlait donc à la fois comme man-
dataire de l'une des parties contractantes et avec l'autorité du gouver-
nement appelé à représenter l'ensemble des pays fédérés.
Impuissance de l'Angleterre à protéger le Canada
Durant l'année qui avait précédé la venue des délégués canadiens à
Londres, le War Office avait chargé un officier anglais, le lieutenant-
colonel JERVOIS, d'aller étudier sur place l'état des défenses des colonies
d'Amérique et la valeur effective de la milice canadienne. Poursuivant leur
objet constant, les autorités impériales voulaient, avant de retirer leurs
dernières troupes stationnées aux colonies, décider ce qui devait être
fait des postes militaires et des fortifications qu'elles se proposaient
d'abandonner aux soins et à la charge des provinces. Le colonel Jer-
vois présenta son rapport en janvier 1865 (2). Il note le mauvais effet
moral produit au Canada par le retrait des troupes impériales; puis il
ajoute:
" Quels que soient les arrangements qu'il serait possible de faire
" pour organiser la milice du Canada, il n'y a guère lieu d'espérer que
" les forces qui pourraient être mises sur pied au début des hostilités
"fussent en état de faire face à l'ennemi en rase campagne. Des tra-
" vaux de défense sont donc nécessaires pour permettre à des forces
" relativement restreintes de tenir les points sur lesquels les attaques
" principales seraient dirigées. Le danger le plus grave se pré-
" senterait au début de la guerre ; et ce n'est, à mon avis,
" qu'en profitant de l'avantage des fortifications que nous pouvons em-
" pêcher nos troupes d'être écrasées dès la première attaque et gagner 1»
" temps nécessaire pour tirer parti de la milice comme force de dé-
" fense. Il semble que la question qui se présente est celle-ci : faut-il
(1) Cette citation a été empruntée au recueil des "Discours de Sir Georges Cartier",.
publié par Joseph Tassé, en 1893, pages 450-1.
(2) Pièce justificative 31. Le colonel Jervois devint plus tard gouverneur de la
Nouvelle-Zélande. Il occupait ce poste en 1887.
— 42 —
" dès maintenant retirer les troupes anglaises du Canada, afin de leur
" éviter le risque d'une défaite, ou adopter les mesures nécessaires pour
"les rendre utiles à la défense de la province? C'est une illusion
" de supposer que ces forces peuvent être de la moindre utilité à la
'* défense du pays si leur faiblesse relative en nombre n'est pas com-
" pensée par des fortifications. Même aidées par toute la milice qu'il
" serait possible aujourd'hui d'enrôler, elles seraient obligées, en cas de
" guerre, de retraiter devant les forces supérieures qui les attaque-
'* raient; et ce serait une heureuse chance si elles réussissaient à s'em-
" barquer à Québec et à gagner l'océan avant d'avoir subi une sérieuse
"défaite. Si, d'autre part, les travaux présentement recommandés
"étaient construits, les points vitaux du pays pourraient être défendus
"et l'armée régulière deviendrait le noyau et le point d'appui autour
" duquel les Canadiens pourraient se rallier afin de repousser l'agres-
sion et conserver le lien qui les unit à la mère-patrie et que leur
" loyauté, leur propre intérêt et leur amour de la vraie liberté leur font
" désirer de maintenir."
Je livre cette opinion d'expert à la réflexion de ceux qui prétendent
que la puissance anglaise assure au Canada une protection invincible.
L'avis du colonel Jervois ne détourna pas les ministres britanniques
de leur dessein bien arrêté de retirer les troupes impériales de la colo-
nie et d'abandonner au gouvernement canadien les fortifications et les
travaux de défense. C'est dans cet esprit qu'ils accueillirent les propo-
sitions des délégués canadiens réunis à Londres, au printemps de 1865.
Le Traité de 1865
Les négociations durèrent plusieurs semaines. Elles prirent la forme
d'un véritable congrès dans lequel la Grande-Bretagne était représentée
par le duc de Somerset, premier lord de l'Amirauté, le comte de Grey et
de Ripon, ministre de la Guerre, M. Gladstone, chancelier de l'Echiquier,
et M. Cardwell, ministre des Colonies. A leur retour au Canada, MAC-
DONALD, CARTIER, BROWN et GALT, rendirent compte de leur mission
au gouverneur-général, lord Monck. Leur rapport est daté de Québec,
le 12 juillet 1865 (1).
La première et la principale question traitée a été celle de la défense.
Les représentants du Canada ont interprété les récentes démarches du
gouvernement britannique comme l'expression du désir que "le Canada
assume des obligations militaires plus onéreuses qu'il ne l'a fait jusqu'ici."
Il n'a été question, du reste, que de mesures de défense. Les représen-
tants du Canada ont déclaré qu'ils étaient prêts "à soumettre à l'approba-
" tion du parlement [canadien] toute mesure juste et raisonnable". Mais
pour "obtenir le cordial assentiment du parlement et du peuple à toute
" modification importante des relations militaires entre la mère-patrie et
" la colonie, une explication mutuelle et complète s'impose afin d'arriver
" à une entente claire entre les deux pays sur la contribution que chacun
" doit faire à la défense [de la province] ". Un règlement définitif de cette
importante question doit être réservé à la décision du gouvernement et
(1) Pièce justificative 36.
— 43 —
de la législature de la future confédération. "Le gouvernement de Sa
Majesté est tombé d'accord avec nous sur ces points."
Les ministres anglais "ont pressé la construction immédiate de tra-
" vaux permanents de défense à Québec et à Montréal — le coût des pre-
" miers devant être défrayé par le trésor impérial et celui des seconds par
"le Canada." C'étaient les travaux recommandés par le colonel Jervois
pour assurer la retraite des troupes anglaises, en cas de guerre avec les
Etats-Unis. Les ministres canadiens, préoccupés devantage de protéger
la colonie, ont déclaré qu'ils "ne croient pas de leur devoir de proposer
" au parlement de voter la construction de travaux de défense à Montréal,
" tant que la défense du Haut-Canada, sur terre et sur les Grands Lacs,
"restera dépourvue." Il ne pourrait être question d'un plan général de
travaux de défense tant que la fédération des provinces ne sera pas accom-
plie. Ils ont donc pressé les autorités impériales de mettre toute leur
influence à vaincre l'opposition des Provinces Maritimes au projet d'union.
Du reste, ils ont discuté à fond le problème de la défense et la solu-
tion que la confédération canadienne est appelée à lui donner. Bs n'ont
pas caché la mauvaise impression produite au Canada par les déclara-
tions réitérées des partisans de l'abandon des colonies, en Angleterre.
Afin de détruire cette impression, les autorités impériales leur ont com-
muniqué un plan général et confidentiel de défense qui indique claire-
ment la détermination du gouvernement britannique d'assurer " la sécu-
" rite de notre pays, aussi longtemps que le coeur des Canadiens restera
" fermement attaché au drapeau britannique et que l'Angleterre exercera
" sa puissance pour nous défendre."
" Au nom du Canada, nous avons exprimé le désir que ce projet
"de défense... serve de base à l'arrangement; et qu'une discussion
" franche et complète établisse la part respective de dépenses qui devra
" être attribuée à l'Echiquier impérial et au trésor provincial. Nous
" avons exprimé le désir ardent des Canadiens de perpétuer les heureu-
** ses relations qui les unissent à la Grande-Bretagne, et leur entier con-
" sentement à apporter à la défense de l'Empire, selon leurs moyens
■' d'action, leur pleine contribution en hommes et en argent. Mais nous
" avons démontré que si par malheur une guerre éclatait entre l'Angle-
'* terre et les Etats-Unîs, ce ne pourrait être qu'une guerre impériale,
"suscitée par des causes affectant l'Empire; que notre pays seul serait
"exposé aux horreurs d'une invasion; et qu'en conséquence, notre si-
" tuation précaire, loin de nous imposer des fardeaux extraordinaires,
" devrait au contraire nous valoir, de la part du gouvernement impérial,
" un traitement particulièrement généreux." En dépit de ses progrès
constants, le Canada possède un immense territoire, très peu peuplé ;
les difficultés d'établissement de ses colons sont nombreuses et considé-
rables; sa situation économique est encore précaire; les déclarations
faites en Angleterre sur l'impossibilité de défendre le pays ont créé une
impression déprimante. " Tout en reconnaissant la nécessité et en
" affirmant notre détermination de préparer un plan de défense propre
"à rétablir chez nous et à l'étranger la confiance dans notre avenir,
" nous avons démontré que c'est dans l'accroissement aussi rapide que
" possible de notre population et dans la mise en valeur de nos propres
— 44 —
" ressources que l'on trouvera à la longue la meilleure base de défense
" pour les possessions britanniques en Amérique."
Macdonald, Cartier et leurs collègues sont tellement pénétres de
cette vérité élémentaire qu'ils ont tenté d'induire les autorités impéria-
les à aider le Canada à compléter ses voies de communication et à co-
loniser les Territoires du Nord-Ouest. Ces mesures, disent-ils, "assure-
raient la sécurité permanente [du pays], avec plus de rapidité, de
"certitude et d'économie, que tout autre moyen... Elles allégeraient
"le fardeau additionnel que le peuple du Canada s'apprête à assumer
" dans un moment de dépression."
Ne croirait-on pas entendre, quarante ans d'avance, l'argument
principal et constant des nationalistes contre les entreprises impéria-
listes des libéraux et des conservateurs canadiens, lesquelles n'ont
abouti qu'à diminuer les forces de défense du Canada, sans augmenter
notablement la puissance militaire de la Grande-Bretagne?
" Tous ces points ont donné lieu à une discussion prolongée. Il en
" est résulté que si le Canada entreprend les travaux de défense de
"Montréal et de l'Ouest et consent à consacrer à l'entraînement de la
" milice, jusqu'à ce que l'Union des provinces soit conclue, une somme
"au moins égale à celle dépensée jusqu'ici chaque année, le gouverne-
" ment de Sa Majesté complétera les fortifications de Québec, armera
" tous les travaux de défense, garantira l'emprunt de la somme néces-
" saire à la construction des travaux laissés à la charge du Canada, et
"en cas de guerre, consacrera toutes les ressources de l'Empire à la
" défense de chacune des parties du Canada."
Il a été convenu que les travaux de fortification ne seront entrepris
que par le gouvernement de la Confédération. Le reste de l'arrangement
est valable pour la seule province du Canada.
" M. Cardwell, disent en concluant les ministres canadiens, a consi-
" gné les résultats de nos délibérations avec le comité du gouvernement
" de Sa Majesté dans une dépêche adressée à Votre Excellence. Ce docu-
" ment, en date du 17 juin 1865, est déjà entre les mains de Votre Excel-
" lence. Il renferme un exact énoncé du résultat de la conférence."
La dépêche de M. CARDWELL (1), beaucoup moins étendue que le
rapport des ministres canadiens, est plus précise sur certains points du
traité conclu au sujet de la défense. Elle établit aussi clairement qu'il n'a
été question que de l'éventualité d'une guerre avec les Etats-Unis et de la
défense de la province. Le gouvernement impérial s'est engagé à réparer
les fortifications de Québec à condition que le gouvernement canadien
se charge des fortifications de Montréal.
" De leur côté, les ministres canadiens ont exprimé sans réserve le
" désir du Canada de consacrer toutes ses ressources, en hommes et en
" argent, au maintien du lien qui l'unit à la mère-patrie, et leur entière
" conviction que le parlement canadien est tout disposé à manifester
" cette détermination sous la forme la plus tangible. Ils ont déclaré
" qu'ils avaient porté le budget de la milice de $300,000 à $1,000,000 et
(1) Pièce justificative 34.
— 45 —
" qu'ils s'engageraient à entraîner cette milice à la satisfaction du secré-
" taire d'Etat pour la Guerre, pourvu que la dépense ne dépasse pas,
" chaque année, tant que la question de la Confédération restera pen-
" dante, la somme mentionnée en dernier lieu....
Sur ce point, " le gouvernement de Sa Majesté a considéré qu'il
"devait accepter l'assurance donnée par les ministres canadiens, au
" nom du Canada, que cette province est prête à employer toutes ses
" ressources, en hommes et en argent, pour maintenir le lien qui l'unit
" à la mère-patrie; et en retour nous leur avons assuré que le gouverne-
" ment impérial reconnaît sans réserve son obligation réciproque de
" consacrer à la défense de chacun des pays de l'Empire toutes les res-
" sources dont il peut disposer."
Le 24 juin, Cardwell transmet aux lieutenants-gouverneurs du Nou-
veau-Brunswick, de la Nouvelle-Ecosse et de l'Ile du Prince-Edouard, et
au gouverneur de Terreneuve, la correspondance qu'il a échangée avec
le gouverneur du Canada (1). Cette correspondance renferme la dépêche
du 17 juin que je viens d'analyser. Fidèle à l'engagement qu'il a pris
avec les délégués du Canada, le ministre des Colonies presse vivement
les gouvernants des Provinces Maritimes d'acquiescer au projet de fédéra-
tion afin d'assurer à l'ensemble des possessions anglaises de l'Amérique
du Nord les avantages du traité qui vient d'être conclu au sujet de leur
défense commune. Cette démarche contribua puissamment à vaincre, au
Nouveau-Brunswick surtout, les répugnances très accentuées qui s'étaient
manifestées contre le projet d'union.
Qui donc a osé prétendre qu'il n'existait aucune preuve d'une en-
tente quelconque entre le Canada et .la Grande-Bretagne sur leurs obli-
gations réciproques au sujet de la défense de l'Empire?
Non seulement un traité formel et précis a-t-il été conclu; mais ce
traité a servi de base au pacte fédéral et à la constitution qui en a résulté.
Nous allons voir maintenant que le gouvernement canadien, après
comme avant la mise en vigueur de la nouvelle constitution, n'a pas cessé
un instant, jusqu'aux jours de la guerre sud-africaine, d'interpréter et
d'appliquer ce traité selon les termes dont Cartier s'était servi à Londres
pour définir l'objet et la portée du pacte fédéral et de l'entente conclue
entre la Grande-Bretagne et le Canada. Cette entente, du reste, n'était
que le prolongement et l'ampliation des arrangements conclus en 1854 et
en 1862.
Incursions des Féniens — Application de l'Entente de 1865
L'occasion se présenta bientôt d'en faire l'épreuve et l'application.
Dès l'année suivante, les Féniens réfugiés aux Etats-Unis commencèrent
leurs campagnes de guérillas. Durant cinq années, ils firent plusieurs
incursions de maraude sur divers points de la frontière canadienne.
C'était bien l'un des cas prévus, en 1862, par sir John-A. Macdonald et
le colonel Rankin. Bien que Je gouvernement américain fermât com-
plaisamment les yeux sur les agissements, des maraudeurs, il n'y avait
pas guerre déclarée entre les Etats-Unis et l'Angleterre. Le Canada seul
(1) Pièce justificative 35.
— 46 —
était attaqué et ses forces de milice suffisaient amplement à repousser
les agresseurs. Cependant, le gouvernement canadien, invoquant le fait
que ces attaques étaient la conséquence de la politique poursuivie par
l'Angleterre en Irlande, fit appel au secours de la Grande-Bretagne: il
réclama des troupes anglaises et des armes pour la milice canadienne.
Le gouvernement britannique n'accorda qu'une partie de cette demande,
et il y mit beaucoup de lenteur et d'hésitation. Il consentit à prêter des
armes au gouvernement canadien et à prolonger le séjour au Canada
des garnisons anglaises dont il avait décrété le rappel. Dès que le dan-
ger sembla éloigné, les ministres britanniques, avec cette ténacité et
cet esprit de suite qui caractérisent la politique anglaise, revinrent à
leur point de départ. Ils décidèrent de rapatrier la plupart des régi-
ments anglais et de ne laisser en garnison au Canada que 5,000 hommes
dans le Québec et l'Ontario, 2,000 à la Nouvelle-Ecosse et 1,650 au Nou-
veau-Brunswick.
Le 25 janvier 1869, CARDWELL devenu ministre de la Guerre dans le
premier cabinet Gladstone, communique à son collègue, lord Granville,
ministre des Colonies, la décision du War Office (1). Il réitère l'enga-
gement pris par le cabinet Palmerston, en 1865, de garantir l'emprunt
que le Canada devra faire pour réparer les fortifications. " Ce projet
"de loi est encore à l'étude; mais cette promesse a été donnée avec la
" la présomption que le gouvernement de la colonie ferait de plus grands
" efforts pour la défense militaire du Dominion et pour alléger davan-
" tage les obligations pécuniaires du gouvernement impérial."
Il rappelle la dépêche de lord Grey, de 1851; il en cite même la
partie essentielle. Il fait aussi mention des dépêches du duc de New-
castle; et il ajoute:
" Des circonstances tout à fait exceptionnelles ont empêché, ces
" années dernières, l'application de ces principes aux provinces an-
glaises de l'Amérique du Nord; mais, à mon avis, ces circonstances
" n'existent plus et je ne connais aucun motif qui suffise à nous empê-
" cher de revenir à la politique énoncée dans les dépêches que je viens
" de mentionner.
"Le gouvernement de la nouvelle Confédération a fait preuve de
" son ardent désir d'activer l'organisation de ses forces de défense.
"Ceci mérite notre encouragement; et conséquemment [le gouverne-
" ment canadien] a profité de l'aide de quelques-uns des régiments de
" Sa Majesté pour entraîner les officiers et les soldats de sa milice volon-
" taire. Les réductions que je propose maintenant n'interrompront
" point cette coopération."
Le gouvernement britannique réclamait aussi la remise des armes
qu'il avait prêtées aux Canadiens. Toujours pratique, il stipulait même
aue celles de ces armes qui avaient été perdues ou endommagées se-
raient remplacées aux frais de la colonie. Il présenta son compte pour
£847, 13s., 3%d. Ces trois-quarts de denier (un sou et demi) en disent
long!
(1) Pièce justificative 40. La principale partie de ce document fut transmise par
lord Granville à sir John Young, le 14 avril 1869.
— 47 —
A quelque temps de là, sir Georges CARTIER et l'un de ses collè-
gues, M. Wm McDOUGALL, étaient de nouveau délégués à Londres pour
discuter ces questions avec les autorités impériales.
Dans une lettre, en date du 23 mars 1869 (1), adressée à sir Frede-
rick Rogers, sous-secrétaire d'Etat pour les Colonies, ils insistent sur
ïa nécessité de ne pas dégarnir les postes militaires de la colonie. Ils
ont raison, disent-ils, de redouter de nouvelles attaques des Féniens. Ils
protestent contre la réclamation de £847, 13s., 3%d. Les pertes et les
dommages subis sont la conséquence de l'usage que les troupes cana-
diennes ont fait de ces armes pour repousser les Féniens.
A leur retour au Canada, ils font rapport de leur mission à sir John
Young, successeur de lord Monck. (2)
Dans l'intervalle, Jord GRANVILLE a écrit au gouverneur une lon-
gue dépêche en date du 14 avril 1869 (3). Il se réfère à la dépêche de M.
Cardwell, du 17 juin 1865, et à d'autres pièces échangées entre les deux
gouvernements.
Il ne croit pas au renouvellement des attaques des Féniens. Du
reste, "si les Canadiens souffrent de cet état de choses, ce n'est pas,
"dit-il, autant à cause du lien qui les unit à la Grande-Bretagne que
" d'un accident malheureux mais, espère-t-il, passager de leur situation
" géographique."
Je me demande comment lord Granville aurait pu changer la "situa-
tion géographique" du Canada. Les diplomates les plus habiles ont
parfois de singulières idées.
Il annonce que Je gouvernement impérial a décidé de laisser 2,000
hommes à Halifax, forteresse impériale, et de réduire à 4,000 hommes
le nombre total des troupes anglaises dans l'Ontario, le Québec et
le Nouveau-Brunswick. "Mais ceci doit être considéré comme un ar-
rangement temporaire. J'incline à concourir dans les vues de M.
"Cardwell et à juger qu'il sera bientôt inutile de maintenir dans ces
" provinces d'autres forces britanniques que celles qui sont nécessaires
" pour l'entraînement de la milice et le maintien des écoles militaires."
Après avoir pris connaissance de ces pièces, le Conseil Exécutif
du Canada, dans un Rapport Officiel en date du 11 juin 1869, approuve
sans réserve les conclusions de ses délégués, MM. Cartier et McDougall,
et blâme la décision du gouvernement impérial (4).
Les prévisions des ministres canadiens au sujet des attaques de
frontières se réalisèrent. Les Féniens renouvelèrent leurs agressions
durant l'été de 1869, et encore en 1870. Sir Georges CARTIER ne man-
qua pas de faire sentir au gouverneur et, par son entremise, aux auto-
rités impériales que les ministres canadiens avaient jugé la situation
mieux que les Anglais. Dans un mémoire présenté au gouverneur, le 4
novembre 1869, il proteste de nouveau contre le retrait des troupes et
des armes impériales et réclame encore plus de fusils et de munitions
(5).
(1) "Sesaional Papers", 1869, No 60, page 8.
(2) id. id. page 2.
(3) Pièce justificative 41.
(4) "Seuional Papers", 1869, No 60, page 1.
(5) - 1871, No 46, page 13.
— 48 —
Lord GRANVILLE répond, le 12 février 1870 (1), que le gouverne-
ment britannique consent en partie à la demande de M. Cartier, pourvu
que le Canada s'engage à rendre les armes ou à les payer. Il maintient
la détermination prise à l'égard des troupes.
Cartier réplique à lord Granville par un nouveau mémoire en date
du 19 mai 1870 (2). Il réitère les objections du gouvernement au re-
trait des troupes impériales.
"Aussi longtemps que l'agitation fénicnne subsistera, le gouverne-
" ment canadien considère que cette association étant organisée non
" contre le Canada mais contre le gouvernement impérial, il doit rester
" au Canada un nombre suffisant des troupes de Sa Majesté pour l'aider
"à repousser toute invasion de ces bandes de pirates (laivless body)."
Le 23 juin, lord GRANVILLE exprime son regret du renouvelle-
ment des attaques "inexcusables" des Féniens. Il transmet aux Cana-
diens "les sympathies de la reine et du peuple" du Royaume-Uni; mais
il annonce que " le gouvernement de Sa Majesté ne peut accepter la pro-
position de laisser une garnison impériale en permanence à Québec;
" néanmoins il consent à en différer le retrait jusqu'au retour des trou-
" pes envoyées au Nord-Ouest" pour pacifier les Métis en révolte (3).
Ceci nous rappelle que le gouvernement canadien avait alors deux pro-
blèmes de défense et de pacification à résoudre.
Réclamations du Canada — Mission et rapport de
Sir Alexander Campbell
Les attaques des Féniens prirent fin en 1870. Macdonald et Car-
tier ne se tenaient pas pour satisfaits des maigres secours qu'ils avaient
obtenus, avec tant de peine, du gouvernement impérial. Ils trouvaient
juste que le Canada fût indemnisé des pertes matérielles que son gou-
vernement et un grand nombre de ses habitants avaient subies. Cette
compensation, ils voulaient que le gouvernement britannique la récla-
mât des Etats-Unis où qu'il la payât lui-même au Canada. Ils chargè-
rent l'un de leurs collègues, sir Alexander Campbell, d'aller faire
valoir ces réclamations auprès des autorités impériales.
Le séjour du délégué du gouvernement canadien à Londres se
prolongea par suite de la mort de lord Clarendon, ministre des Affaires
étrangères. Lord Granville lui ayant succédé, le ministère des Colonies
échut A lord Kimberley qui en prit charge le 1er juillet 1870. C'est
à cet homme d'Etat, moins remarquable que Grey ou Granville, mais
plus au diapason, peut-être, de l'opinion des classes dirigeantes de son
époque, en Angleterre, que le ministre canadien présenta les vues de
son gouvernement. Il s'acquitta fort bien de sa tâche. Dans une dé-
pêche en date du 27 juillet 1870, lord KIMBERLEY rend témoignage
à l'habileté et à la modération dont il a fait preuve au cours de sa mis-
sion et de ses entrevues (4).
(1) Pièce justificative 42.
(2) Pièce justificative 43.
(3) Pièce justificative 46.
(4) Pièce justificative 49.
— 49 —
A son retour au Canada, M. CAMPBELL rend compte de sa mission
à ses collègues. Son rapport, en date du 10 septembre 1870, est adressé
au gouverneur-général, sir John Young (1).
Il a rappelé les attaques répétées des Féniens depuis 1866 et les
réclamations déjà présentées au gouvernement impérial par MM. Cartier
et McDougall. Pour la seule année 1866, les pertes subies s'élevaient à
plusieurs millions. Ceci ne comprend pas les dépenses faites par l'Etat
pour équiper et tenir en campagne une troupe de milice dont le nombre
a varié de 6,000 à 12,000 hommes, " ce qui équivaudrait pour l'Angle-
" terre à 60,000 et 120,000 hommes." Les Féniens, dit-il, " étaient des
" citoyens américains; et un grand nombre n'étaient pas même d'ori-
" gine irlandaise. Ils ont été enrôlés, armés et disciplinés dans les gran-
" des villes de la République américaine, sous les ordres d'un Exécutif
" et d'un Congrès féniens qui assumaient les prétentions d'un gouverne-
" ment. Parfois même, ils manoeuvraient avec des corps de milice, sous
"le commandement d'officiers qui, selon la croyance commune, rele-
" vaient du gouvernement des Etats-Unis."
Il a déclaré que le gouvernement canadien croit " pouvoir appuyer
" d'une preuve très forte une réclamation d'indemnité adressée aux
M Etats-Unis. MM. Cartier et McDougall ont déjà demandé que cette ré-
" clamation fût présentée pour les pertes subies en 1866; et nous con-
" sidérons que nous avons droit à une indemnité supplémentaire pour
"couvrir toutes les dépenses encourues depuis. S'il est impossible
" d'obtenir cette indemnité des Etats-Unis, nous pensons que l'Empire
" doit supporter ces pertes en commun avec le Canada. Nous n'avons
"pas créé les difficultés qui ont donné naissance au mouvement fénien.
" Elles proviennent des torts réels ou imaginaires que l'Empire a infli-
" gés dans le passé à l'Irlande. Ce ne sont donc pas nos propres batailles
" que nous avons livrées, mais celles de l'Empire. Comme pays d'Em-
" pire, nous sommes tout disposés à supporter notre part de ces diffi-
cultés et de toutes celles où le pays peut se trouver engagé; mais il
" n'est pas juste qu'on nous laisse subir seuls les pertes et les conséquen-
" ces qui résultent de l'action politique du gouvernement impérial. J'ai
" insisté fortement sur l'obligation qu'a l'Empire tout entier de porter,
" pour le passé et pour l'avenir, au cas où les attaques des Féniens se
" renouvelleraient, le fardeau de la résistance, — le Canada ne devant
" en assumer que sa part proportionnelle comme pays d'Empire. Lord
" Kimberley a émis l'avis que les Canadiens de la génération actuelle
" sont aussi responsables des prétendus griefs de l'Irlande que leurs
" co-sujets de la même génération qui habitent la Grande-Bretagne.
" Même si l'on admet cette prétention, ai-je répondu en y insistant, tous
" [les sujets britanniques] et non les seuls Canadiens devraient subir les
"pertes et toutes les conséquences qui résultent de la politique suivie
" dans le passé à l'égard de l'Irlande."
Lord Kimberley a répondu par la promesse usuelle: il s'est engagé
à soumettre cette réclamation à la "prompte considération de ses collè-
gues".
(1) Pièce justificative 50.
— 50 —
M. Campbell aborde ensuite la question toujours débattue du retrait
des troupes impériales de la colonie. Il a rappelé à lord Kimberley
qu'au cours des négociations qui ont précédé la fédération des provin-
ces, cette matière a fait l'objet d'une entente particulière entre les auto-
rités de la métropole et celles des colonies. "Il a été convenu de toutes
" parts que cette question relève à la fois de la politique de l'Empire et
" de celle des colonies. Le Canada s'est cru assuré que s'il mettait le
"projet à exécution, il bénéficierait de l'appui moral et matériel de
"l'Empire. Nous avons assumé notre tâche; et, jusqu'ici, nous l'avons
" exécutée avec succès; mais elle nous a coûté des sacrifices considé-
" râbles et, selon toute probabilité, ces sacrifices seront ininterrompus.
" Il existe au Canada un sentiment croissant de méfiance à l'endroit du
" gouvernement impérial et de sa disposition à nous donner l'appui
" auquel nous croyons avoir droit." Les Canadiens croient que les
gouvernants et les hommes publics du Royaume-Uni " méconnaissent les
" efforts qu'ils ont faits pour maintenir le lien qui les unit à la mère-
" patrie. ..."
Lord Kimberley a protesté contre ces soupçons et cette méfiance,
nullement justifiés, à son avis. "Le gouvernement [britannique], a-t-il
" dit, ne veut entraver en rien la liberté et l'avenir du Canada; mais
" aussi longtemps que la colonie voudra rester unie à l'Empire, FEm-
" pire sera tenu de maintenir cette union contre toute attaque de l'exté-
" rieur; et il le fera; mais c'est le devoir du Canada de se protéger
" lui-même en tout ce qui concerne ses affaires intérieures."
La base de l'entente est, on le voit, définie de nouveau selon les
principes posés dès 1851.
" Je répliquai, ajoute M. Campbell, que depuis nombre d'années
" nous avons maintenu la paix intérieure du pays; mais, à nos yeux,
"les invasions féniennes ne constituent pas une perturbation interne:
" elles procèdent de causes impériales; le gouvernement impérial doit
" nous protéger contre leurs conséquences et nous indemniser des dé-
" penses qu'elles entraînent. Je représentai avec insistance que le main-
" tien d'une garnison à Québec dissiperait les appréhensions générales
" au Canada. L'importance de cette demande ne tient pas au nombre
" de soldats qui pourraient être gardés là, mais à leur présence même
" qui serait un symbole de la souveraineté de l'Empire. ..."
Lord Kimberley a répondu " que cette question avait été étudiée à
"fond et à maintes reprises; que la décision arrêtée ne serait proba-
blement pas modifiée; mais que mes représentations seraient prises
" en considération."
Sir Alexander Campbell a traité ensuite la question des pêcheries
maritimes. Depuis l'expiration, en 1866, du traité de réciprocité de
1854, les autorités canadiennes, sur les instances du gouvernement im-
périal avaient continué à laisser les pêcheurs américains s'approvi-
sionner largement dans les eaux territoriales du Canada. Le gouverne-
ment de la Confédération avait décidé de mettre fin à ce régime de
tolérance et de reprendre ses droits de possession exclusive. C'est cette
détermination que M. Campbell était chargé de communiquer à lord
Kimberley. Il lui a représenté que "par déférence pour l'opinion des
— 51 —
" autorités impériales, nous [les ministres coloniaux] avions proposé
"en 1865 le système des licences; et nous en avons favorisé l'applica-
** tion par tous les moyens possibles, — sacrifiant ainsi nos intérêts im-
" médiats afin de ne faire courir aucun risque à la paix de l'Empire.
" Nous avons jusqu'ici maintenu ce régime en vigueur. Mais nous som-
" mes convaincus qu'il ne peut produire de résultats avantageux...."
" La politique de conciliation a subi un plein essai, et nous avons
" cessé d'espérer des Américains la moindre concession en retour.
" Nous pensons que la seule conduite à suivre maintenant est de de-
" mander au gouvernement impérial de nous remettre dans l'exercice
"des droits dont nous avons joui sans interruption avant le traité de
" réciprocité. Je lui dis que j'avais instruction de présenter cette de-
" mande au gouvernement."
Lord Kimberley a reconnu la légitimité intrinsèque de cette
demande et promis de la soumettre à ses collègues "à une date pro-
chaine". Il a laissé entendre cependant qu'il serait peut-être possible
de conclure un autre arrangement avec les Américains.
Sacrifice des droits du Canada — Traité de Washington
Quel fut le résultat des délibérations du cabinet britannique? La
seule concession faite au Canada fut de laisser une garnison à Québec
durant l'hiver suivant. Mais le ministre des Colonies prit soin de spéci-
fier que cette concession temporaire ne modifiait en rien la politique
définitivement adoptée au sujet de la défense des colonies, c'est-à-dire
la détermination du gouvernement impérial d'abandonner aux colonies
les responsabilités et le fardeau de leur propre défense. Sur les deux
autres points, de beaucoup les plus importants — la compensation des
dommages causés par les Féniens et le droit exclusif des Canadiens de
faire la pêche dans leurs eaux territoriales — le Canada n'obtint aucune
satisfaction. Le gouvernement britannique ne présenta aucune récla-
mation à Washington; il n'accorda lui-même aucune compensation aux
Canadiens. Ceux-ci durent se contenter des "sympathies de la reine et
du peuple anglais", si généreusement offertes par lord Granville.
Les maîtres de l'Empire firent mieux. L'année suivante, donnant
suite aux intentions esquissées par lord Kimberley, ils négocièrent un
traité avec le gouvernement américain. Afin d'apaiser l'ire de leurs
cousins d'Amérique, sortis victorieux de leur longue et effroyable guerre
civile, et de leur faire oublier les déprédations de YAlabama et l'appui
moral accordé aux Sudistes par l'opinion anglaise, ils leur abandonnè-
rent pour dix ans, moyennant une compensation pécuniaire déterminée
par arbitrage, le droit de pénétrer dans les eaux canadiennes et d'y
faire concurrence aux pêcheurs du Canada, sujets bien-aimés de Sa
Majesté britannique.
Sir John-A. MACDONALD, premier ministre du Canada, était l'un des
plénipotentiaires désignés par le gouvernement britannique pour négo-
cier le traité. Le cabinet de Londres avait pris soin de spécifier que
les représentants de la Grande-Bretagne et du Canada devaient discuter
concurremment la question des pêcheries canadiennes, la réclamation
des Etats-Unis pour compensation des dommages et des déprédations
— 52 —
commises par VAlabama, et la frontière maritime du détroit de San
Juan, depuis longtemps en dispute entre l'Angleterre et les Etats-Unis.
L'objet de cette stipulation était manifeste: c'était de faire payer par
le Canada le prix du marché imposé par les Etats-Unis à la Grande-Bre-
tagne. D'indemnité au Canada pour les déprédations des Féniens, il
ne fut nullement question.
Sir John fut tellement indigné de cette ruse et de l'égoïsme des
représentants de l'Angleterre et des ministres britanniques qu'il faillit
faire échouer les négociations en refusant de signer le traité. Cartier
et ses autres collègues l'y poussaient ouvertement. Il ne se décida à
passer sous les fourches caudines que sur la menace à peine déguisée de
l'abandon total de la colonie par les autorités impériales (1).
Ainsi se termina ce premier épisode de l'existence semi-nationale
de la Confédération canadienne. Entraînés dans des combats de fron-
tière et des préparatifs de guerre pour résister à des attaques qui résul-
taient de la politique impériale, menacés d'un conflit sanglant avec une
nation puissante qui aurait ravagé leur pays pour venger ses griefs con-
tre l'Angleterre, les Canadiens se saignèrent à blanc et payèrent de leurs
deniers et d'une partie de leurs droits nationaux le prix que l'Angle-
terre jugea à propos de mettre au rétablissement de ses bonnes relations
avec la puissante République américaine. Les prévisions du colonel
Rankin étaient dépassées.
Ce sacrifice des droits du Canada au profit de l'Angleterre souleva
une vive indignation dans la colonie. L'un des collègues les plus in-
fluents de sir John et l'orateur le plus puissant peut-être que Je Canada
anglais ait produit, Joseph HOWE, exprima le mécontentement général
dans un discours qu'il prononça à Ottawa, le 27 février 1872. Ce fut
le dernier de sa carrière.
"Je ne désire pas anticiper, dit-il, la discussion ample et complète
* que susciteront au parlement les efforts diplomatiques que l'Angle-
" terre a faits pour acheter sa propre paix en sacrifiant nos intérêts, et
"la comédie d'erreurs où elle s'est aventurée (blundered). Le moment
" approche rapidement où Canadiens et Anglais devront régler leurs
" espoirs et leurs obligations futures par une entente claire et distincte.
" Si la politique impériale doit couvrir tout le terrain de cette entente
" sur la foi de laquelle nos pères ont colonisé et développé ce pays, que
"ce soit affaire réglée; et nous saurons ce que nous devons faire. Mais
" si les ombres, les nuages et les ténèbres doivent continuer à couvrir
" notre avenir, si trente millions de sujets britanniques se proposent de
" charger leurs comptoirs rapaces (hoard their rascal counters) dans
"leurs deux petites îles, — de ramasser autour d'eux les troupes et les
" vaisseaux de guerre de l'Empire, et de laisser quatre millions d'autres
" sujets britanniques faire face à une nation de quarante millions et
" défendre une frontière de trois mille milles, — alors sachons comprendre
"leurs desseins et orienter en conséquence la politique de l'avenir.
" Aucun cabinet britannique n'a encore osé formuler cette pensée. Des
" journaux importants nous ont déclaré que notre présence dans l'Em-
(1) Sur cet épisode, on consultera avec fruit la correspondance de sir John Mac-
donald: "Memoirs of the Rt. Honourable Sir John-Alexander MACDONALD", by Jo-
seph POPE, — Ottawa, 1894 — tome II.
— 53 —
'* pire est une source de dangers et que le moment de la séparation appro-
" che, s'il n'est pas déjà arrivé. De nobles pairs et de savants députés
" anglais nous ont dit en ricanant que nous pouvons nous en aller dès
"que nous y serons disposés. Jusqu'ici, ni la Couronne ni le parle-
* ment, ni le peuple anglais, n'ont délibérément avoué cette politique
" de démembrement. Mais la tendance de la pensée et de la législa-
" tion de l'Angleterre fortifie chaque jour la conviction que telle est
" la pente générale. Nous devons attendre de nouveaux développe-
" ments, non sans anxiété pour l'avenir, mais avec une ferme confiance
" dans la bonté de la Providence et dans notre propre aptitude à diri-
" ger la politique du Canada de manière à assurer par nos propres res-
" sources sa sécurité, au cas où les Anglais, oublieux du passé, répudie-
raient leurs obligations nationales." (1)
Cette sortie vigoureuse eut un profond retentissement. Les ultra-
loyalistes, et au moins l'un de ses collègues, sir Francis Hincks, deman-
dèrent la tête de M. Howe. Le premier ministre résista. Il se borna
à faire donner au grand orateur quelques explications qui dégageaient
la responsabilité du cabinet. Il y a tout lieu de croire qu'au fond sir
John ne fut pas fâché de cette dure rebuffade et de cette demi-menace
aux hommes d'Etat britanniques, qui l'avaient tourné et retourné sur la
claie à Washington.
On voit comment les Pères de la Confédération, les hommes d'Etat
les plus conservateurs de l'époque, savaient parler aux maîtres de l'Em-
pire et revendiquer les droits de leur pays, même quand ils étaient im-
puissants à les protéger totalement.
Du reste, cette tendance de la politique impériale, qui indignait
Cartier, Macdonald et Howe, n'était pas nouvelle. Déjà, en diverses
circonstances, l'Angleterre avait abandonné aux Etats-Unis une portion
notable du territoire canadien. Par le même traité de 1871, elle leur
livra en outre la libre navigation du Saint-Laurent. Cette politique s'est
prolongée jusqu'à nos jours. En 1899, sir Charles TUPPER pouvait
dire en toute vérité, à la Chambre des Communes du Canada: "Depuis
"1868,... jusqu'à l'heure actuelle, j'ai été frappé très fortement du re-
" fus (unwillingness) du gouvernement de Sa Majesté de permettre à
" quelque circonstance que ce soit de menacer l'Angleterre d'un conflit
" avec les Etats-Unis." (2) Cette préoccupation s'est manifestée à nos
dépens dans l'abrogation du traité de Nicaragua et l'abandon des pré-
tentions du Canada aux frontières de l'Alaska (3). Elle s'affirme au-
jourd'hui sous une forme intense par la maîtrise virtuelle que le gou-
vernement britannique abandonne à la haute banque et à l'industrie
américaines sur les contrats de fournitures militaires de la Grande-Bre-
tagne.
(1) "Speeches and Public Lettcrs ot JOSEPH HOWE", edited by J. A. Chisholm,
Halifax, 1909, tome II, page 640.
(2) "Debates House of Commons" — 22 juillet 1899 — col. 8158-9.
(3) Le lecteur qui voudra se renseigner davantage sur cette question lira avec in-
térêt les déclarations de sir Wilfrid LAURIER à la Chambre des Communes, le 23 oc-
tobre 1903; aussi les articles de M. MILLS, ministre de la Justice, dans l'Empire Re-
view de novembre et décembre 1891 ; et l'intéresant ouvrage de M. HODGINS : "British
and American Diplomacy affecting Canada" — Toronto, 1900.
— 54 —
Si jamais le Canada est absorbé par les Etats-Unis, l'Angleterre
pourra en remercier d'abord ses diplomates et ses gouvernants, puis les
anglicisateurs canadiens, et enfin les impérialistes qui nous ont jetés
violemment en dehors de la voie traditionnelle et sûre que Cartier et
Macdonald avaient tracée à la Confédération.
La Confédération — Principes constitutionnels
Je n'ai pas voulu interrompre l'analyse des faits et des pièces qui
se rattachent aux incursions féniennes. Revenons un peu en arrière.
Quelle forme l'entente conclue en 1865 entre le gouvernement impérial
et les futurs chefs de la Confédération prit-elle dans la Constitution et
dans la loi de la Milice? Quelle interprétation les gouvernants et les légis-
lateurs de la Confédération ont-ils donnée au traité et à la loi? Quelle
application en ont-ils faite durant les trente premières années du nou-
veau régime?
Pour bien comprendre cette phase décisive de l'histoire du Canada,
il ne faut pas perdre de vue que les constitutions coloniales écrites ne
renferment qu'une partie du droit public des habitants des colonies.
•Les principes fondamentaux de la constitution britannique, non écrits,
s'appliquent aux colonies avec la même ampleur, la même autorité
qu'au Royaume-Uni.
Or, le premier et le plus essentiel de ces principes, c'est le droit au
gouvernement représentatif. Depuis les temps obscurs des Witanage-
niois, le droit aux institutions représentatives, au self-government, est
inhérent à la qualité de sujet britannique. Il appartient en puissance
à tout sujet, né, conquis ou naturalisé, du Roi d'Angleterre, — qu'il ha-
bite le Royaume-Uni ou le Canada, l'Australie, l'Inde ou l'Afrique-Sud.
Dès qu'un groupe de sujets britanniques, habitant un pays quelconque
de l'Empire britannique, est en état de faire fonctionner des institutions
analogues à celles du Royaume-Uni, il y a droit; et le parlement impé-
rial est tenu de voter la formule légale, le statut, qui concrétise ce droit
et en permet l'exercice. Une fois cette constitution votéet le parlement
impérial, tout en conservant le pouvoir de l'abroger ou de la modifier,
n'a pas le droit de le faire sans le consentement de la colonie intéressée
— pas plus que le parlement du Canada ou celui de l'Australie n'ont le
droit d'imposer leur volonté et leurs lois aux habitants du Royaume-
Uni (1).
(1) L'une des théories les plus absurdes qui ont vu le jour à la faveur de la dé-
mence causée par la guerre, c'est que les constitutions coloniales sont octroyées par le
Roi en personne et qu'il peut à son gré les modifier ou les abroger. Jamais le roi d'An-
gleterre, même au temps des Stuarts, n'a tenté d'exercer cette prérogative absolue. De-
puis deux siècles, les constitutions coloniales sont votées par le parlement impérial, se-
lon la teneur des voeux formulés par les habitants des colonies. C'est de cette manière
que la Constitution canadienne a été votée.
En 1900, lorsque le parlement britannique vota la Constitution de l'Australie, Cham-
berlain voulut faire modifier certains dispositifs du projet préparé par les délégués des
colonies fédérées. Les Australiens déclarèrent tranquillement que si le parlement impé-
rial refusait la charte du Commonwealth d'Australie, telle que les Australiens l'avaient
formulée, le parlement australien proclamerait la République d'Australie. Chamber-
lain baissa pavillon prestement.
En 1902, lord HALDANE, futur Haut Chancelier, écrivait : — "The trnth ia, that
"more and more, we are nearing the stage at which it will be realized that the Impérial
"Parliament in its relations to the self-governing Dominions of the Crown can be, and
"ought to be, ONLY A TRUSTEE of ita powers. It is legally omnipotent, but in the
"reality of practice IT IS BUT AN INSTRUMENT FOR GIVING EFFECT TO THE
"SENSE OF THE PART OF THE EMPIRE WHICH CALLS FOR ITS INTERFERENCE."
"THE CONSTITUTION OF THE EMPIRE", — reproduit dans la Canadian Law
Review, novembre 1902.
Nos journalistes à grandes doctrines auraient décidément besoin d'un cours élémen-
taire d'histoire d'Angleterre et de droit constitutionnel.
— 55 —
Le second principe fondamental du droit public anglais, corollaire
du premier, c'est celui que j'ai rappelé au début de cette étude : no
taxation without représentation. Aucun groupe de sujets du roi ne peut
être assujetti au paiement d'impôts — impôt du sang ou impôt d'argent
— à moins que ces impôts n'aient été votés par un corps délibérant où
siègent ses représentants élus. C'était même là l'unique privilège des
Witans, des anciens du peuple, dans les antiques assemblées qui sont
devenues peu à peu le parlement souverain de la Grande-Bretagne.
Que l'on juge ces principes "dangereux", subversifs de l'autorité
royale et propres à conduire les peuples à la démagogie, fort bien. Mais
enfin, ce ne sont pas les Canadiens, encore moins les nationalistes, qui
les ont inventés. C'est le souverain et le parlement d'Angleterre qui en
ont fait la base du droit public de l'Empire. Ce sont les fondateurs de la
constitution canadienne qui en ont réclamé la pleine reconnaissance et
l'entière exécution. Ceux qui, sous prétexte de préserver l'autorité
royale des empiétements de la démocratie et du parlementarisme, atta-
quent aujourd'hui ces assises fondamentales des institutions britanni-
ques et canadiennes sont véritablement des révolutionnaires, contemp-
teurs de l'autorité royale, laquelle repose, en terre britannique, sur les
principes mêmes qu'ils s'efforcent de détruire ou d'amoindrir (1).
A l'époque où la Confédération prit naissance, l'inviolabilité de ces
principes était universellement admise en Angleterre et au Canada.
C'est ce qui explique pourquoi les auteurs de la Constitution canadienne
ne songèrent pas à les transcrire dans le texte de la loi : cela aurait sem-
blé aussi absurde que de mettre dans la constitution que les Canadiens
auraient droit aux privilèges de la Grande Charte. Ils ne prévoyaient
pas qu'en moins d'un demi-siècle, le délire impérialiste aurait obscurci
les intelligences au point de leur faire perdre la notion des vérités les
plus élémentaires de l'histoire et de la constitution britannique. C'est
ce qui explique également pourquoi le texte de la Constitution canadien-
ne renferme si peu d'articles qui déterminent les obligations militaires
du Canada. En réalité, il n'y en a que deux: l'article 15 et le septième
alinéa de l'article 91 (2). L'article 15 stipule que —
" A la Reine continuera d'être et est par le présent attribué le com-
" mandement en chef des milices de terre et de mer et de toutes les
"forces militaires et navales en Canada."
C'est la reconnaissance de l'autorité souveraine de la Couronne.
Ici, comme en Angleterre, cette autorité ne s'exerce que par l'entremise
du cabinet canadien, responsable au parlement du Canada. Les minis-
tres canadiens sont les conseillers du roi au même titre que les membres
fl) Cette thèse des casuistes, ennemis de la démocratie et du parlementarisme, est
d'autant plus grotesque qu'ils la prêchent à l'appui de l'obligation "morale" des Cana-
diens de prendre part à la guerre européenne, comme sujets du Roi d'Angleterre, tandis
que leurs copains, les politiciens impérialisants, clament sans relâche, d'un bout à l'autre
du pays, que les Canadiens ont l'impérieux devoir de verser leur sang pour l'Angleterre
afin de faire triompher "les principes de la démocratie et du parlementarisme". Cette
cynique inconséquence démontre à quel point la frénésie impérialiste a troublé les cer-
veaux et fait table rase des lois les plus élémentaires de la logique et de la probité.
(2) Pièce justificative 37.
— 56 —
du cabinet britannique. Dans leur sphère d'action, ils exercent les
mêmes privilèges, ils sont soumis aux mêmes règles constitutionnelles (1).
(L'article 15 veut donc dire que le gouvernement canadien, respon-
sable au parlement du Canada, commande, au nom du roi et sous son
autorité, les «troupes de terre et de mer du Canada.
L'article 91 énumère les pouvoirs exclusifs de législation attribués
au parlement fédéral. Cette juridiction comprend (paragraphe 7) "la
milice, le service militaire et le service naval, et la défense du pays."
Sous l'empire de la nouvelle constitution, la Joi de la milice s'intitule:
"Loi de la Milice et de la Défense"; le ministère de la Milice s'appelle
"le ministère de la Milice et de la Défense." Cette mention par-
ticulière de '7a défense" n'indique-t-elle pas que, dans l'esprit des légis-
lateurs, le service militaire et naval n'a d'autre objet que la défense du
pays? C'est ce qui ressort clairement des paroles et des actes des hom-
mes d'Etat canadiens qui avaient rédigé la constitution et qui l'ont
appliquée les premiers.
Nous avons vu comment Cartier, Macdonald, Brown, Galt et Campbell
interprétèrent la portée du traité de 1865 lorsqu'il fallut repousser les atta-
ques des Féniens. Nous allons retrouver la même pensée dans l'exécu-
tion des mesures générales qu'ils adoptèrent pour assurer la sécurité du
territoire.
(1) Sir John MACDONALD a exprimé cette pensée très nettement lors des débats
sur les Résolutions de la Conférence de Québec :
"With us the Sovereign, or in this conntry, the représentative of the Sovereign,
"CAN ACT ONLY ON THE ADVICE OF HIS MINISTERS, those ministers being reapon-
"sible to the people throngh Parliament." — (Uebates on Confédération, 1865, page 33).
Sur l'autonomie du parlement canadien, il a été non moins catégorique :
"We Btand. with regard to the people of Canada, PRECISELY IN THE SAME POSI-
TION AS THE HOUSE OF COMMUNS IN ENGLAND stands with regard to the people
"of England." — (Id.. page 1007).
Sur l'autorité du Roi et du gouverneur, voir aussi l'opinion de sir S. HUGHES, au-
jourd'hui ministre de la Milice, et celle de sir Charles FITZPATRICK, alors ministre
de la Justice, aujourd'hui Juge en Chef du Canada: pièce justificative 67.
La nouvelle école tbéologico-impérialistc qui a entrepris, au nom du "droit na-
turel", de ressusciter la doctrine du bon plaisir royal, a eu la naïve audace de soutenir
que le roi a toujours le droit et le pouvoir d'appeler les Canadiens à combattre dans
toute partie de l'Empire ou du monde. Ils ont poussé leur théorie jusqu'au point d'af-
firmer sans rire que le roi peut exercer ce pouvoir par l'entremise du gouverneur géné-
ral. Or, le premier étudiant en droit constitutionnel sait que le gouverneur général
n'est pas nommé par le roi et qu'il ne reçoit du roi aucune autorité, aucune direction.
11 est nommé par le cabinet britannique. Il exerce ses fonctions impériales sous l'auto-
rité exclusive du ministère des Colonies. Il reçoit toutes ses instructions du secrétaire
d'Etat pour les Colonies. Quant à ses prérogatives de chef de l'exécutif canadien, elles
sont limitées de la même manière et par les mêmes principes constitutionnels que ceux
auxquels le roi d'Angleterre est soumis par la constitution, la coutume et son serment
royal, et dont il ne songerait pas un instant à s'écarter. Reconnaître au gouverneur gé-
néral le droit de commander fa milice canadienne, indépendamment des ministres et du
parlement canadiens, équivaudrait donc, d'une part, à faire le gouverneur plus puis-
sant que le roi lui-même et, de l'autre, à mettre la vie et les biens des Canadiens à la
discrétion du ministre des Colonies, c'est-à-dire d'un simple politicien anglais, respon-
sable non au roi, mais au parlement britannique. Ainsi, sous prétexte de préserver la
souveraineté royale des empiétements de la démocratie et du parlementarisme, les ca-
suistes impérialistes aboutissent, sur ce point comme sur le précédent, à saper la base
même du pouvoir royal et à tomber dans la pire des inconséquences démocratiques et
parlementaires : tout ce qu'ils enlèveraient à l'autorité du parlement et du peuple ca-
nadiens, ils en feraient profiter non le roi, mais le parlement et le peuple d'Angleterre.
On voit que ces doctrinaires sont aussi illogiques que tous les autres révolutionnaires.
Le résultat de cette doctrine insensée serait de ramener le Canada à des jours pires
que ceux de Craig, de Colborne et de Sydenham. Ces tyranneaux du régime oligarchique
n'ont jamais songé à forcer ou même à induire les Canadiens à fournir un seul régi-
ment, à dépenser un seul denier, même pour les besoins de la défense du pays, sans le
consentement des représentants du peuple.
Par bonheur pour le Canada et pour l'Empire, le roi d'Angleterre et les hommes
d'Etat britanniques, même les plus impérialistes, n'ont pas encore atteint le degré d'in-
sanité des jingos du Canada.
— 57 —
Loi de la Milice, 1868
Dès la première année de la Confédération, le gouvernement cana-
dien se mit en mesure d'exécuter sa part des arrangements conclus
avec les autorités impériales au sujet de la défense du pays. Avec l'é-
nergie qui le caractérisait, Cartier avait choisi dans le nouveau minis-
tère le portefeuille de la Milice. Il se croyait, avec raison, seul capable
de vaincre les répugnances des Canadiens-français contre toute aug-
mentation des charges militaires.
A la session de 1868, le ministère présente à la Chambre une nou-
velle loi de la milice (1), dont l'objet principal est de permettre au gou-
vernement d'organiser une force disciplinée de 40,000 hommes et une
réserve active de 100,000 hommes. Comme dans toutes les lois anté-
rieures à la Confédération, il est décrété que la milice se compose "de
tous les habitants mâles du Canada, âgés de 18 ans et plus et de moins
de 60 ans", divisés en quatre classes, selon leur âge et leur état de fa-
mille.
L'article 6 établit la distinction entre la milice active et la milice
de réserve. "La milice active comprend la milice volontaire, la milice
régulière et la milice navale." Il est expressément stipulé que "la
" milice navale se composera des marins, matelots et personnes ordinai-
" rement employés sur les embarcations à voile ou à vapeur, naviguant
" dans les eaux de la Puissance."
On voit que Macdonald et Cartier ne songeaient nullement à une
flotte de guerre "canadienne en temps de paix mais impériale en temps
de guerre".
Les dispositifs qui permettent au gouvernement de remplir les ca-
dres de la milice par le tirage au sort, au cas où l'enrôlement volon-
taire ne serait pas suffisant, sont analogues à ceux des lois précédentes.
La modification la plus radicale dans les termes est celle qui tou-
che à l'emploi de la milice. C'est l'article 61 :
"Sa Majesté pourra appeler, en tout ou en partie, la milice au ser-
" vice actif, dans ou hors la Puissance, lorsque la chose sera en aucun
" temps jugée à propos, en conséquence de guerre, invasion ou insur-
" rection, ou d'appréhension d'aucun de ces dangers; et les miliciens
" ainsi appelés au service actif, continueront de servir pendant au
" moins une année à compter de la date à laquelle ils auront été appe-
" lés au service actif s'ils y sont tenus, ou pour toute période plus con-
" sidérable que Sa Majesté pourra fixer."
La restriction des lois de 1855 et de 1863 — qui limitait les expédi-
tions de la milice aux territoires "contigus à la province" — est sup-
primée. C'était une imprudence. Nous verrons les impérialistes en
tirer parti en 1899, lors de l'expédition d'Afrique, et en 1904, alors que
le parlement entreprendra la réfection de la loi de la milice.
Mais si la forme était changée, le fond restait le même. Cartier et
ses co-législateurs de 1868 ne songèrent, pas un instant qu'il pût être
question, pour le Canada, de participer à toute autre guerre qu'à celles
qui menaceraient directement la sécurité de son territoire. Le compte
(1) Pièce justificative 38.
— 58 —
rendu des délibérations parlementaires le démontre à l'évidence. (1)
La seule éventualité prévue, c'est celle d'une guerre avec les Etats-Unis.
Comme en 1862, les seules divergences d'opinion portent sur le degré
de la participation du Canada à sa propre défense. D'ailleurs, les dé-
bats furent beaucoup moins vifs qu'en 1862, les déclarations moins
solennelles et moins retentissantes. Durant ce court espace de temps,
les principes et les termes de l'entente entre la métropole et la colonie
s'étaient affermis et précisés. Les attaques des Féniens avaient donné
l'occasion aux autorités des deux pays d'en faire l'application.
En présentant le projet de loi, CARTIER déclare que si cette mesure
avait été en vigueur depuis trois ans, "les forces de défense nécessaires
" à la protection du pays auraient coûté moins cher. Tout en espérant
" que ces incursions ne se répéteront pas, il juge nécessaire de se pré-
" parer à y résister, le pays étant fermement déterminé à rester britan-
" nique."
M. DORION blâme, modérément du reste, les dispositfs qui autori-
sent le gouvernement à s'arroger le pouvoir d'enrôler les miliciens de
force. Cette critique sonne étrangement sur les lèvres de l'un des mi-
nistres qui avaient fait voter la loi de 1863, absolument analogue à cet
égard au bill présenté par Cartier. Il juge que le danger réel ou fictif
d'une guerre avec les Etats-Unis ne justifie pas le gouvernement d'impo-
ser une charge aussi lourde au Canada: "le conflit, s'il doit jamais se
" produire, sera décidé sur les mers et non derrière aucun rempart
"canadien."
Cette opinion peut paraître singulière, mais elle est juste. M. Do-
rion veut dire évidemment que l'occupation du territoire canadien par
les armées américaines ne suffirait pas à déterminer l'issue ultime d'une
guerre entre l'Angleterre et les Etats-Unis, et que seule la puissance de
sa flotte pourrait permettre à l'Angleterre de dicter ses conditions aux
Américains.
M. MACKENZIE, futur premier-ministre libéral, fait observer avec
raison qu'il est "impossible d'envisager le problème de la défense du
" pays sans tenir compte de la proximité des Etats-Unis et de la pro-
" habilité d'une action agressive de leur part." Il déplore le langage et
l'attitude des politiciens américains [ou canadiens] " qui n'hésiteraient
"pas à précipiter un conflit entre les deux pays s'ils pouvaient par là
" servir leurs intérêts personnels. La politique de la Grande-Bretagne,
"à son avis, a été parfois trop conciliante à l'endroit des Etats-Unis;
" mais l'Angleterre est une grande puissance, elle peut se permettre d'aller
"très loin dans la voie de la conciliation... et, somme toute, cette
" politique assure la paix. II ne s'objecte pas à ce que le gouverne-
" ment impose au Canada une dépense équitable (fair) pour les besoins
" de la défense. Mais il n'y a pas de comparaison possible entre la
" capacité de la Grande-Bretagne et celle du Canada de payer un impôt
" de guerre."
Il rappelle les sacrifices que le Canada s'est imposés pour la cons-
truction de ses canaux et de ses chemins de fer, "qui ont fourni au gou-
(1) Pièce justificative 39.
— 59 —
** vernement impérial des facilités de transport pour leurs troupes et
" leurs munitions de guerre. Le Rapport du colonel Jervois et tous les
" documents de cette nature n'ont qu'un objet : celui de faciliter la fuite
" des troupes anglaises en cas de désastre."
Et dire que le parlement canadien a érigé un monument à ce "traî-
tre" qui osait mettre en doute, dans un langage si brutal, la résolution
de la mère-patrie de protéger ses colons canadiens!
Cartier avait annoncé la détermination du gouvernement d'em-
ployer à la réparation des forteresses et des travaux de défense la som-
me dont le gouvernement impérial avait promis de cautionner l'em-
prunt.
M. Mackenzie "ne peut accorder son consentement à un tel détour-
" nement de fonds (mis-appropriation of funds) . Si des fortifications
" sont d'une utilité quelconque, elles doivent être érigées pour la pro-
" tection des habitants du pays."
Sur ce point, la pensée de M. MacKenzie l'emporta. Le gouverne-
ment abandonna son projet et ne réclama jamais le cautionnement du
gouvernement impérial.
Le leader de l'opposition libérale condamne, comme M. Dorion, le
principe de la conscription. "Il croit que l'enrôlement volontaire doit
" être favorisé au lieu d'être entravé comme le bill le propose. Il est
" pi et à appuyer le gouvernement dans la préparation d'un projet de
" loi qui pourvoirait aux besoins de la défense du pays par l'applica-
" tion du volontariat qui a donné satisfaction jusqu'ici."
Cartier avait également annoncé l'organisation d'écoles militaires
destinées à former un état-major et des officiers compétents. Ces offi-
ciers pourraient compléter leur formation en prenant du service tem-
poraire dans les armées étrangères. Il avait rappelé les exploits des
zouaves pontificaux canadiens.
L'un des députés libéraux les plus en vue, M. JONES, s'éleva vigou-
reusement contre cette idée: "Nous n'avons, dit-il, ni hommes ni argent
"à perdre pour fournir des soldats à aucune puissance quelconque. On
"doit encourager les Canadiens à demeurer dans leur propre pays afin
" d'aider à défendre le territoire canadien en cas de danger et à main-
tenir la puissance britannique sur ce continent (applaudissements)."
M. PARKER croit que "le problème de la défense doit être réglé par
"traité entre le Canada et la mère-patrie;" — c'était fait; mais les ter-
mes de l'arrangement conclu en 1865 n'étaient pas encore publics, et
ce député ignorait évidemment la correspondance échangée depuis 1851
— "et s'il était connu que l'Angleterre nous défendrait, comme elle est
" tenue de le faire, cette seule connaissance ferait plus pour repousser
" toute agression que l'entraînement d'une milice de 100,000 hommes.
" Si les forces qu'on se propose d'organiser sont destinées à venir en
" aide à l'autorité civile et à repousser des incursions comme celle de
" 1866, ces préparatifs sont beaucoup trop considérables et coûteux.
"Si l'on se propose de défendre le pays contre la puissance américaine,
" ils sont tout à fait insuffisants et ne peuvent être regardés que comme
" une folie monstrueuse."
— 60 —
Plus heureux qu'en 1862, le gouvernement fit voter sa mesure. Pas
•in des ministres, du reste, n'apporta la moindre contradiction aux prin-
cipes posés par M. MacKenzie.
Au Sénat, l'un des chefs libéraux, M. SANBORN, fit cette déclara-
tion intéressante. "Nous devons envisager cette question comme Cana-
" diens; car nous ne pouvons ignorer le fait que nous serons, un jour
" ou l'autre, abandonnés à nos seules ressources. Durant la période
" qui a précédé la Confédération, plusieurs membres du parlement du
" Canada nous ont fréquemment assurés que nous nous préparions une
" nationalité et que la fédération des provinces était le premier pas dans
" la voie qui nous mènerait à l'état de nation. La tendance entière des
" hommes d'Etat britanniques nous impose la conviction que la respon-
sabilité de notre croissance ou de notre décroissance — selon l'intel-
" ligence que nous déploierons — dépend de nous-mêmes. C'est donc
" notre devoir de ne regarder que le Canada, et le Canada seul. Nous
" avons ici une patrie, une nationalité, deux choses dont nous avons
" raison d'être fiers. Nous avons également raison d'être fiers du pays
" auquel nous sommes attachés et du gouvernement qui étend sa pro-
" tection sur nous; mais nous devons aussi avoir l'orgueil du Canada.
"En envisageant cette question [de la défense], nous ne devons pas
" seulement nous placer au point de vue de l'Empire et tenir compte
" des intérêts de l'Empire: nous devons l'envisager à la lumière de nos
" propres intérêts."
Ce n'est pas pour l'avantage du Canada que l'Angleterre y garde
une armée, fort réduite du reste : " c'est pour le maintien de la puis-
" sanec anglaise sur ce continent et en vue des intérêts de l'Empire et
" non de ceux du Canada. Supposons qu'une guerre éclate entre les
"Etats-Unis et la Grande-Bretagne: ce ne sera pas pour venger un grief
"quelconque du Canada; et cependant la conséquence sera la dévasta-
" tion des régions les plus belles et les plus productives de notre pays.
" Ne devons-nous donc pas définir résolument notre situation toute par-
" ticulière et démontrer [aux hommes d'Etat britanniques] les condi-
" tions qui nous seraient faites en cas de guerre?"
Au Sénat comme à la Chambre des Communes, les ministres affir-
ment que le projet de loi n'a d'autre objet que de mettre le Canada en
état de pourvoir à .sa propre défense (1).
Application de la Loi — Cartier et la défense navale
iLa loi votée, Cartier s'applique sans délai à en assurer l'exécution.
Mais il ne s'écarte pas un seul instant des bases de l'entente conclue avec
le gouvernement britannique. Il ne cesse de protester contre le retrait
des troupes impériales. Il refuse de rembourser le prix des armes
prêtées par l'Angleterre et endommagées ou perdues au cours des cam-
pagnes contre les Fénicns.
En analysant les rapports et les pièces officielles de cette période,
j'ai noté l'approbation donnée, le 11 juin 1869, par le Conseil Exécutif
du Canada aux démarches de MM. Cartier et McDougall à Londres.
(1) Le biographe Je. plus récent de Cartier, M. John BOYD, a pu écrire, en toute
vérité: " Cartier'a policy on defence wu in its essence a troJy national policy " (p. 290).
— 61 —
Dans une délibération antérieure, en date du 13 mars 1868, le gouverne-
ment canadien avait également protesté contre la diminution des forces
de défense navale sur le Saint-Laurent et les Grands Lacs (1).
Dans sa dépêche du 14 avril 1869, lord GRANV1LLE fait observer au
gouverneur que les traités avec les Etats-Unis déterminent Je nombre des
vaisseaux de guerre que l'Angleterre peut placer dans les eaux intérieu-
res du Canada. Il ajoute que, tout en observant ces restrictions conven-
tionnelles, le gouvernement canadien peut toujours se prévaloir des
dispositifs du Colonial Naval Defence Act, voté en 1865, pour autoriser
les colonies à organiser une réserve navale et même à équiper des vais-
seaux de guerre qui feraient partie de la flotte impériale (2).
Mais comme cette loi ne laissait aux gouvernements des colonies
aucune autorité sur ces forces de défense navale, le gouvernement cana-
dien ne s'en prévalut jamais. Macdonald et Cartier étaient aussi con-
vaincus que leurs prédécesseurs de 1862 que les Canadiens ne contri-
bueraient à aucun système de défense, militaire ou navale, "à moins
qu'il ne soit sujet à leur propre autorité ".
On en trouve la preuve patente dans une lettre officielle de M.
FUTVOYE, sous-ministre de la Milice et de la Défense, au secrétaire
militaire du gouverneur sir John Young. Cette lettre, en date du 3 juin
1870, a été manifestement écrite sous la diotée de Cartier (3).
Au nom du ministre, M. Futvoye réitère la demande précise et for-
melle du maintien en permanence d'une garnison impériale à Québec
et d'une partie des troupes impériales que le gouvernement britannique
a décidé de retirer des diverses provinces de la Confédération. Il
ajoute:
"Le général Lindsay [commandant des forces impériales au Cana-
" da] fait allusion, dans sa lettre du 27 mai, à l'organisation d'une force
" navale pour la défense navale du pays (4). A ce sujet, le ministre de
" la Milice et de la Défense [sir Georges CARTIER] réfère le général
"Lindsay à la dépêche du 17 juin 1865 [de M. Cardwell] mentionnée
" dans le rapport ci-joint et dans laquelle il est déclaré, entre autres
" choses, qu'il va de soi (as a mat ter of course) qu'en cas de guerre, ce
" sera le devoir du gouvernement imDérial d'entreprendre la défense
" navale du pays."
Cette lettre fut transmise aux autorités impériales. Elles y répon-
dirent par l'entremise de sir Edward LUGARD, sous-ministre de la
Guerre, dans une lettre, en date du 24 septembre 1870, adressée au gé-
néral Lindsay (5) :
"M. Cardwell fait observer que le major Futvoye.... interprète la
" dépêche du secrétaire d'Etat pour les Colonies, en date du 17 juin 1865
" (6), comme si elle comportait l'assurance qu'en cas de guerre le gou-
* vernement impérial entreprendrait la défense navale du Dominion.
(1) "Seasional Paper»", 1868, No 63, p. 20-21.
(2) Pièce justificaUve 41. •
(3) Pièce justificaUve 45.
(4) Pièce justificative 44.
(5) Pièce justificative 47.
(6) Pièce justificaUve 34. Cette dépêche était de Cardwell lui-même, alors minis-
tre des Colonies, permuté à la Guerre en 1869.
— 62 —
" Quelles que soient les obligations auxquelles le gouvernement impérial
"a souscrites dans cette dépêche, ce n'était pas son intention d'exoné-
" rer le gouvernement du Dominion de toute responsabilité partielle
"qu'il pourrait exercer pour sa propre défense navale, soit par l'appli-
" cation des dispositifs du Colonial Defence Act ou par tout autre mode.
" Au contraire, toutes les assurances que le gouvernement impérial a
" données dans cette dépêche, ont été données, comme sir George Car-
" tier le fait observer dans son mémoire du 19 mai (1), "sur l'assurance
" réciproque donnée par les ministres canadiens alors à Londres que le
" Canada est prêt à consacrer toutes ses ressources, en hommes et en
" argent, au maintien du lien qui l'unit à la mère-patrie."
La divergence de vues est, sur ce point, manifeste. Cartier consi-
dère avec raison que la défense navale, en cas de guerre, ne peut être,
comme les opérations d'une armée de terre, restreinte au territoire du
Canada, mais qu'elle participe de sa nature à la défense générale de
l'Empire. C'était encore, en 1910, l'avis de l'honorable M. DOHERTY, au-
jourd'hui ministre de la Justice, lorsqu'il combattait la loi navale pré-
parée par le ministère Laurier (2).
Cartier et ses collègues ne daignèrent pas même répondre à la
nouvelle interprétation donnée par M. Cardwell à l'entente conclue en
1865. Du reste, Cardwell n'a nullement parlé de la participation du Ca-
nada à la défense navale de l'Empire. Il n'attend de la colonie qu'une
contribution "partielle à sa propre défense navale". Et à cela même
Cartier se refuse. On voit à quel point M. Laurier et ses partisans faus-
saient l'histoire lorsqu'ils affirmaient, en 1910 et en 1911, que leur loi
navale n'est que la continuation, le complément naturel de la Loi Cartier.
Nous verrons plus loin que les hommes d'Etat canadiens n'avaient
pas changé d'avis en 1883 et que jamais, avant 1909, ils ne songèrent
à la création d'une flotte "canadienne en temps de paix et impériale en
temps de guerre".
Cartier refuse d'organiser des troupes pour le service
de l'Empire
Dans une dépêche en date du 12 février 1870 (3) adressée à sir
John Young, lord GRANVILLE avait suggéré la formation d'un régiment
canadien recruté au début parmi les officiers et les soldats anglais sta-
tionnés au Canada, mais dont le temps de service serait expiré ou qui
obtiendraient du War Office la permission de permuter. Ce régknent
aurait eu ses quartiers généraux en Angleterre où les nouvelles recrues
seraient allées compléter leur entraînement militaire.
Ce projet avait la haute approbation du général LINDSAY, com-
mandant des troupes anglaises au Canada. D s'en explique longuement
dans une lettre qu'il écrit au gouverneur général Je 27 mai 1870. Il y
voit pour le Canada l'embryon "d'un régime militaire affilié à celui de
la mère-patrie" et d'un "lien militaire qui serait mutuellement avanta-
geux" (4).
(1) Pièce justificative 43.
(2) Pièce Justificative 70.
(3) Pièce justificative 42.
(4) Pièce JustificaUve 44.
— 63 —
Dans un mémoire subséquent, en date du 26 juillet de la même
année, il y revient mais pour constater que ses desseins ne rencontrent
pas l'approbation de Cartier et de ses collègues (1).
Ce projet marque l'origine de Ja politique qui finira par triompher
en 1909, quand, à la faveur de la propagande impérialiste, les hommes
d'Etat anglais auront usé la résistance des coloniaux.
Cartier répond au ministre des Colonies par le mémoire du 19 mai
1870, dont j'ai déjà cité un extrait (2).
Il rejette péremptoirement le projet suggéré par lord Granville pour
la formation d'un régiment mi-impérial, mi-canadien : " Le soussigné
n'est pas prêt à recommander l'adoption de ce projet." Et il termine en
rappelant les autorités impériales au respect de leurs engagements:
" Le gouvernement canadien note avec une grande satisfaction la
"déclaration contenue dans la dépêche du 12 février, affirmant que les
" arrangements proposés ne s'appliqueraient qu'en temps de paix et
" n'indiquent nullement l'intention de modifier ou de restreindre nos
" obligations mutuelles en cas de guerre étrangère. Le gouvernement ac-
" cueille avec joie la réitération de l'assurance donnée dans la dépêche
"du 17 juin 1865 [de Cardwell] par laquelle le gouvernement impérial
" a reconnu sans réserve l'obligation qui lui incombe de défendre cha-
" cun des pays de l'Empire, avec toutes les ressources dont il peut dis-
" poser, en considération de l'assurance réciproque donnée par les mi-
" nistres canadiens, alors à Londres, que le Canada est prêt à consacrer
" toutes ses ressources en hommes et en argent au maintien du lien qui
" l'unit à la mère-patrie."
C'est cette déclaration que le ministre de la Guerre, Cardwell, a
cherché à retourner contre Cartier au sujet de la défense navale. Quoi
qu'il en soit de cette divergence sur un point particulier de l'applica-
tion, le principe du contrat n'a pas varié: il reste entendu que chaque
colonie pourvoit de son mieux à la défense de son propre territoire et
que Je gouvernement impérial conserve seul la responsabilité et Ja charge
totales de la défense généraJe de l'Empire.
Mentionnons pour mémoire un autre rapport de Cartier, en date
du 27 octobre 1870 (3). On y trouve la preuve additionnelle que, dans
leur forme concrète, toutes les obligations du Canada se résumaient à
dépenser chaque année un million de dollars pour l'entretien de Ja
milice. " Ceci, ajoute-t-il, doit être, dans l'opinion du soussigné, consi-
" déré comme une garantie suffisante pour l'avenir."
Un témoin de l'époque, encore vivant, attaché depuis cinquante
ans à tout ce qui touche à l'organisation de Ja milice et de la défense
du pays, m'assurait récemment que jamais Cartier et ses collègues ne
voulurent consentir à prendre d'autre engagement que celui-là, et qu'à
maintes reprises, dans leurs conversations avec les représentants du
gouvernement impérial, ils exprimèrent très nettement leur détermina-
tion irrévocable de n'obliger le Canada qu'à la défense de son propre
territoire, tout en tenant le gouvernement britannique lié à son engage-
(1) "Sesaional Papers", 1871, No 46, page 52.
(2) Page 50. Pièce justificative 43.
(3) "Session*! Papers", 1871, No 46, page 110.
— 64 —
ment d'aider la colonie à repousser toute attaque résultant de la politi-
que impériale et des relations de la Grande-Bretagne avec les puissances
étrangères.
Loi de 1883 — Sir Adolphe Car on et la défense navale
Franchissons maintenant *:ïc période de quinze ans. Les années
qui suivirent la fédération des provinces furent consacrées aux oeuvres
nationales. L'ère des grandes luttes constitutionnelles était close.
Les Canadiens avaient fait reconnaître leur droit d'administrer <à
leur guise leur patrimoine national. Absorbés par l'énorme effort
qu'exigeaient l'organisation et le développement matériels du pays, les
Anglo-Canadiens semblaient avoir renoncé à leurs séculaires tentatives
d'assimiler ou de dominer les Canadiens-français. La suppression
brutale des écoles catholiques du Nouveau-Brunswick fut, durant cette
période, le seul sursaut du vieux sectarisme anti-catholique et anti-fran-
çais. La patiente ténacité des Acadiens ne tarda pas à déjouer les cal-
culs de leurs persécuteurs. Cette tentative n'était du reste que le pro-
drome de la prochaine croisade de Panglo-saxonisme intransigeant,
inaugurée par Dalton McCarthy, en 1886, et triomphante aujourd'hui
dans l'Ontario, après avoir réussi à démolir l'oeuvre féconde de Car-
tier, de Macdonald et de Blake dans le Manitoba et les Territoires du
Nord-Ouest. Mais ces questions n'entrent pas dans le cadre de cette
étude; — bien qu'il serait facile de retracer le lien qui rattache le mou-
vement anglicisateur et anti-catholique à la propagande impérialiste et
anti-nationale qui a déterminé une révolution complète dans la base des
relations entre la Grande-Bretagne et le Canada en matière d'organi-
sation et de défense militaires.
A l'époque où nous reprenons le cours de cette analyse, cette base
était encore intacte. Cartier était disparu; mais son frère d'armes,
Macdonald, gouvernait encore le pays. Il était resté loyalement fidèle
aux doctrines qu'il avait préconisées ou acceptées et dans lesquelles le
pays tout entier avait trouvé l'expression la plus complète des aspira-
tions nationales. Les libéraux, ses adversaires, sous la direction de M.
Blake et l'influence croissante de M. Laurier, se bornaient à lui repro-
cher, de temps à autre, ce qu'ils appelaient son excès de loyalisme.
En 1883, le ministère conservateur proposa une nouvelle refonte de
la loi de la milice (1). Le ministre de la Milice et de la Défense était
alors M. CARON. En présentant son projet de loi, qui ne différait sur
aucun point essentiel de la loi de 1868, il fit un exposé minutieux et inté-
ressant des besoins de la défense nationale, ainsi qu'un résumé histo-
rique de l'application des lois de la milice depuis la naissance de la Con-
fédération.
"Au temps de Sir Georges Cartier, dit-il, comme aujourd'hui, nous
" n'avions heureusement besoin d'aucune force militaire dans un but
" d'agression, ni pour aucun autre objet que ceux d'assurer la sécurité
" des personnes, de protéger la propriété et de nous défendre contre
" toute attaque qui pût, comme dans le passé, nous donner l'occasion de
" combattre et de repousser les bandes désorganisées ou mal organisées
(1) Pièces jusUficativos 51 et 52.
— 65 —
" qui franchiraient la frontière, comme celles qui tentèrent de le faire
" sans succès en 1865. En dehors de là, il est indispensable à toute
" nation, ainsi que sir Georges Cartier l'affirmait, d'avoir une base quel-
" conque d'organisation qui permette en tout temps au gouvernement
" de faire respecter les lois et de réprimer les désordres intérieurs."
C'était bien l'esprit et l'intention des Pères de la Confédération. De
contribution aux guerres de l'Empire, de coopération quelconque entre
la milice canadienne et l'armée impériale en dehors du Canada et pour
toute autre fin que la défense immédiate du Canada, il ne fut nullement
question au cours des débats.
M. Caron insiste fortement sur le caractère national de la milice
et de son organisation. Il se glorifie devoir peu à peu remplacé la
plupart des officiers anglais par des officiers canadiens; et personne
ne se scandalise. Il dit que la politique du ministère l'a conduit à
acheter la plupart des fournitures de la milice au Canada plutôt qu'en
Angleterre. Ceci non plus ne scandalise personne. Même, M. VAIL,
ancien ministre de la Milice dans le cabinet MacKenzie, reproche à son
successeur d'avoir acheté en Angleterre, récemment encore, pour
$53,000 valant d'uniformes: "Est-ce là, s'écrie-t-il, le Canada aux Ca-
nadiens?"
De nos jours, les libéraux reprochent à leurs adversaires de n'en
pas faire assez pour l'Angleterre. Si l'on mesure le chemin parcouru
par les successeurs de Cartier et de Macdonald dans la voie qui a abouti
à l'assujettissement des intérêts du Canada à ceux de l'Angleterre, ce
reproche marque suffisamment l'emprise du colonialisme abject sur les
deux partis, depuis 1883.
M. IVES, député conservateur de Sherbrooke, tout en appuyant la
mesure, exprime des vues identiques à celles de M. Parker en 1868. Le
but que le ministère se propose, dit-il, "peut être de créer, d'entraîner
" et de commander une force qui suffirait à protéger notre territoire
"contre l'envahisseur étranger; ou peut-être a-t-il un double objet:
" réprimer les insurrections intérieures et, en cas de besoin, repousser
" l'invasion étrangère. Le temps est arrivé, à mon avis, où le ministre
" de la Guerre devrait être en état de déclarer à la Chambre si son
" seul objet est d'avoir une force armée pour faire respecter les lois
'du Canada et nous protéger contre les insurrections ou les émeutes
" à l'intérieur ; ou s'il se propose davantage, c'est-à-dire de créer, d'en-
" traîner et de commander une armée territoriale qui suffise à repous-
" ser l'envahisseur, ou du moins à tenter tout ce qu'il nous est possible
" de faire dans cette direction."
Plusieurs députés critiquent assez âprement le projet de loi et,
d'une façon générale, les dépenses consacrées à la milice. A la fin du
débat, M. CARON répond à toutes ces critiques : " Nous devons avoir
" un organisme militaire quelconque, — pas dans un but d'agression,
" loin de là ; mais un organisme qui permette à tout gouverne-
"ment à qui seront confiées les destinées du pays de faire respecter
" les lois, de protéger la propriété et de repousser toute attaque qui
u peut être dirigée contre nous... Ce n'est pas une armée permanen-
ce dont nous avons besoin; et les honorables députés qui parlent
— 66 —
" d'organiser une armée permanente se méprennent entièrement sur la
" portée du projet de loi. Par bonheur, sur ce continent, nous n'avons
" pas besoin d'armée permanente, mais d'un simple organisme — appe-
" lez-le militaire ou donnez-lui tout autre qualificatif que vous voulez —
" dont l'objet est de fortifier l'autorité civile, de faire exécuter les lois,
" de prévenir les troubles intérieurs et de repousser, comme nous l'a-
" vons fait dans le passé, toute attaque qui puisse être dirigée contre
" nous par des maraudeurs mal intentionnés. ... La prudence la plus
" élémentaire nous commande d'organiser une force qui non-seulement
" fera honneur au pays, mais qui puisse être utilisée . . . pour nous
" protéger nous-mêmes contre les désordres intérieurs ou pour résis-
" ter à toute attaque de l'extérieur."
A quelques jours de là, lorsque le projet de loi fut soumis à l'é-
preuve du comité, M. Caron eut l'occasion de dire un mot de la défense
navale. Un article du bill autorisait le gouvernement à organiser une
force de torpilleurs (torpédo corps). Il proposa de remplacer ces
mots par "corps of submarine miners". Un député libéral, M. ROSS, de
Middlesex, demanda au ministre de justifier l'utilité de la création de
cette nouvelle force.
"M. CARON: — L'honorable député sait trop bien quand et pour-
" quoi les torpilleurs sont nécessaires pour qu'aucune explication de
" ma part puisse l'éclairer davantage.
"M. ROSS: — Rien moins que la menace d'une invasion, je présu-
"meî
" M. CARON : — Evidemment. L'honorable député connaît les con-
** ditions géographiques particulières de notre pays, l'immense étendue
"de nos frontières maritimes et le nombre de ports que nous devons
"protéger. Le mode de défense le moins coûteux pour protéger les cô-
" tes est l'organisation d'un corps de torpilleurs destinés à cette fin
" (for that purpose)."
Voilà qui suffit à prouver que, pour la défense navale comme pour
l'organisation de la milice de terre, les auteurs de la loi de 1868 et de
celle de 1883 ne songeaient nullement à organiser une flotte destinée
à coopérer avec la flotte impériale dans les guerres de l'Empire. On
sait quel abus les auteurs de la loi de 1910 ont fait des termes de la
loi de la milice préparée par Cartier afin de justifier l'abandon des
principes posés en 1851, en 1854 et en 1865, et la rupture de l'enten-
te conclue avec les autorités impériales.
Le leader de l'Opposition, M. MACKENZIE, ancien premier minis-
tre, donna un loyal appui au ministère.
" Je n'ignore nullement, dit-il, que c'est le devoir de tout député
" d'appuyer le ministère dans tout effort qu'il peut faire pour amélio-
" ier les forces de défense du pays. Ce n'est qu'à regret, en vérité, que
"je combattrais les propositions du ministère à ce sujet ; et je ne le
"ferais que si j'étais parfaitement convaincu que ces propositions
" sont condamnables. Il est généralement admis, depuis des années, que
" tout ce qu'il nous faut comme force de milice, c'est la base d'organi-
" sation (nucleous) dont nous aurions besoin au cas où des troubles se
" produiraient à la frontière, comme autrefois, ou encore si la mère-
— 67 —
" patrie se trouvait par malheur plongée dans une guerre à laquelle
" nous serions forcés de prendre part."
Le vieux leader libéral, dont personne n'a jamais attaqué ni soup-
çonné le loyalisme, n'était pas arrivé au degré d'exaltation et d'immo-
ralité impérialistes qu'avaient atteint les libéraux, en 1910, lorsqu'ils
applaudissaient à outrance ces paroles de M. FIELDING, premier lieu-
tenant de sir Wilfrid Laurier: C'est le devoir du Canada de prendre
part "à toutes les guerres, justes ou injustes, de l'Angleterre."
Maintien de l'Entente de 1865
Sir John MACDONALD accepta généreusement la main loyale que
lui tendait son vieil adversaire. Il en profita pour définir de nouveau,
en quelques mots, les obligations du Canada:
" J'ai toujours trouvé chez l'honorable député (M. MaoKenzie) la
" même fidélité au principe que tout pays digne de ce nom doit avoir
" une force suffisante pour se protéger lui-même, pour maintenir l'or-
" dre et pour affirmer sa position comme nation (as a country)."
Le colonel O'BRIEN ayant rappelé assez vaguement les engagements
pris en 1865, sir John précisa:
" J'étais l'un de ceux que le gouvernement délégua alors en Angle-
terre. Son ancien leader et ami intime [de M. MacKenzie], M. Brown,
"mon collègue, nous accompagnait. Il fut alors entendu que les quatre
" provinces [les deux Canadas, le 'Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-
" Ecosse] ne dépenseraient pas moins d'un million de dollars par an-
14 née pour maintenir la milice comme force auxiliaire, dans ces quatre
"provinces. Eh bien! nous n'avons pas dépensé cette somme chaque
" année. Certaines années, nous avons dépensé $800,000, d'autres années
"moins, d'autres années un peu plus; mais en réalité, nous n'avons ja-
" mais rempli complètement l'engagement pris envers le gouvernement
" de Sa Majesté en Angleterre, lorsqu'il nous abandonna toutes ses forti-
" fications et tous ses domaines militaires (Ordnance Lands) en Cana-
" da."
C'est, à treize ans de distance, la confirmation exacte des déclara-
tions de Cartier consignées dans son mémoire du 27 octobre 1870.
On objectera peut-être que le témoignage de sir John établit surtout
que le Canada n'a pas rempli son engagement. Il faut d'abord tenir
compte des exigences de la situation parlementaire. Sir John s'efforçait
de désarmer ceux qui reprochaient au gouvernement de surcharger le
budget de la imilice. Il est permis de ■croire que si les autorités impéria-
les avaient invoqué ses paroles pour en faire la base d'une réclamation
contre le Canada ou le prétexte d'une modification de l'entente, sir
John n'eut pas hésité, comme Cartier et lui-même l'avaient fait en 1870,
à plaider compensation et à leur opposer les dépenses faites et les pertes
subies par le Canada durant les incursions des Féniens et la première
insurrection des Métis. Ce plaidoyer, il enverra sir Alexander Camp-
bell le faire à Londres, en 1887. Et puis, ce n'était là, si l'on peut dire,
qu'une question de comptabilité qui n'affectait en rien le principe de
l'entente.
Au Sénat, c'est précisément sir Alexander CAMPBELL, minis-
— 68 —
tre de la Justice, qui présente et explique le projet de loi.
Comme son collègue, le ministre de la Milice, il se place au seul point
de vue des besoins de la défense du territoire. Il fait allusion aux me-
naces de guerre qui ont failli mettre l'Angleterre et la Russie en conflit
l'année précédente. Il indique qu'en pareille occurrence, le Canada
pourrait être appelé à défendre les côtes de la Colombie britannique.
Le leader libéral à la Chambre Haute, M. SCOTT, ancien secrétaire
d'Etat dans le cabinet MacKenzie et futur collègue de sir Wilfrid Laurier,
combat nettement la mesure.
"La meilleure protection de notre pays, dit-il, c'est la reconaissance
" des droits des autres nations. Il n'y a qu'une nation qui puisse jamais
"perturber la paix de ce continent Notre intérêt, notre politique,
" nos inclinations naturelles nous commandent d'entretenir les meilleu-
"•res relations possibles avec la seule puissance susceptible de devenir
" le moindrement agressive. Aucune puissance ne peut nous causer d'en-
" nui à l'est; aucune à l'ouest ; — si ce n'est la force navale de quelque
"pays momentanément en guerre avec l'Angleterre; et en ce cas, la ré-
" sistance devra venir de la flotte britannique, la seule force qui puisse
" nous protéger avec succès contre les attaques de cette nature. Par
" bonheur pour noas, nous faisons encore partie de la nation qui main-
tient sa suprématie sur l'océan. La Grande Bretagne domine les mers au-
"jourd'hui aussi effectivement qu'il y a cinquante ans. Ce sont donc
"les vaisseaux britanniques qui repousseront les agressions étrangères,
" et non les bras ou les canons des Canadiens.
" Sir Alex. CAMPBELL : — Nous devons néanmoins faire notre part.
"M. SCOTT: — Notre part consistera de matières bien différentes de
" celles qui servent à la composition de ces corps de milice. L'Angleterre
" s'est déjà trouvée dans l'embarras au cours des années dernières. Nous
"lui avons offert de l'aide à maintes reprises (1), mais cette aide n'a été
" acceptée qu'en une seule occasion. Elle a été acceptée sous la forme d'or
" canadien, que nous avons envoyé pour aider au soin des blessés de la
"guerre de Crimée. Quant à notre armée joujou (toy army), je pense
"qu'il est absolument illusoire d'en attendre le moindre secours au cas
" d'une invasion par une puissance étrangère."
Ces déclarations fort peu loyalistes suscitèrent de multiples protes-
tations. Cependant, pas un seul des contradicteurs de M. Scott n'alla au
delà des termes de l'entente de 1865. L'un d'eux, M. BOTSFORD, donna
l'occasion à sir Alex. Campbell de réitérer l'opinion du ministère sur la
base et la portée de cette entente:
"M. BOTSFORD: — Quel a été le langage du gouvernement bri-
" tannique lors de l'union des provinces? N'a-t-il pas déclaré en termes
*' précis : Vous devez dépenser tant pour votre milice et vous préparer à
" vous défendre vous-mêmes, avant que nous ne soyons disposés à dépen-
" ser les revenus de la Grande-Bretagne pour secourir un peuple trop lâ-
" che pour se défendre lui-même. Si j'ai bonne mémoire, notre gouverne-
" ment s'est engagé à dépenser une somme déterminée pour la milice.
(1) M. Scott voulait sans doute parler d'offres individuelles et non d'offres du gou-
vernement.
— 69 —
Sir Alex. CAMPBELL :— Oui.
"M. READ: — Si je comprends bien la situation, la Grande-
" Bretagne s'attend à ce que nous l'aidions dans notre propre défense,
" et, en retour, nous avons l'appui de toutes les forces de terre et de
" mer de la Grande-Bretagne, et de ses ressources financières égale-,
"ment. . . Tout ce que l'on attend de nous, c'est ce que tout peuple doit
" être préparé à faire : défendre notre propre patrie et nos foyers."
Le ministère n'apporta pas l'ombre d'une contradiction ou d'un
correctif à cette définition claire et péremptoire de l'entente de 1865.
Guerre du Soudan — Le gouvernement refuse d'y coopérer
L'occasion fut bientôt donnée à sir John Macdonald et à ses collè-
gues de prouver qu'ils restaient fidèles au principe de cette entente et
qu'en dépit de la modification apportée en 1868 aux termes de la loi de
la Milice, ils n'avaient jamais cessé de considérer que la milice cana-
dienne ne devait servir qu'à la défense du Canada et que la constitution
ne leur permettait pas d'engager la responsabilité et le crédit du Canada
dans les guerres de l'Angleterre étrangères aux intérêts immédiats du
pays.
Après une courte période de paix et de réformes intérieures, l'An-
gleterre avait repris sa politique traditionnelle d'expansion et de con-
quêtes. La guerre de l'Afghanistan et la résistance des Zoulous lui
avaient fourni un prétexte commode pour reculer les frontières des
Indes et agrandir démesurément ses possessions d'Afrique.
Le raid du général Gordon au Soudan, plus ou moins avoué par le
cabinet britannique, anéantit en quelques semaines les efforts éphémè-
res de Gladstone et des libéraux anglais pour assurer la paix de l'Angle-
terre dans le respect des droits des autres nations. La résistance un
moment triomphante du Mahdi et le massacre de Gordon et de ses trou-
pes à Khartoum fouettèrent l'orgueil britannique et ravivèrent le vieil
instinct de conquête jusqu'aux confins les plus éloignés de l'Empire.
Pour la première fois dans l'histoire de l'Empire colonial de la Grande-.
Bretagne, des offres de secours armé vinrent de la plupart des colonies,
dites 'autonomes'. C'était le présage de l'évolution dont la guerre sud-
africaine devait marquer la phase décisive et la guerre actuelle le cou-
ronnement. Nous verrons, par la suite, quel parti les impérialistes an-,
glais ont tiré de cette première effervescence des colonies. Pour l'ins-
tant, je me borne à rappeler l'accueil que le gouvernement canadien fit
à ce mouvement et l'attitude particulière de sir John Macdonald. On
en trouve la trace dans les archives impériales. (1)
Dès te mois de novembre 1884, le marquis de LANSDOWNE, alors
gouverneur-général du Canada, avait transmis à lord Derby, successeur
de lord Kimberley au ministère des Colonies, une proposition du
général LAURIE. Cet officier, tantôt député au parlement du Canada
et tantôt membre de la Chambre des communes d'Angleterre, offrait de
lever un régiment canadien pour l'expédition du Soudan. Le ministère
(1) Pièce justificative 53.
— 70 —
libéra], qui avait longtemps hésité à prendre à son compte l'acte de bri-
gandage du général Gordon, déclina la proposition.
Le 7 février 1885, — lendemain du jour où le désastre de Khartoum
est connu, — le général Laurie renouvelle son offre. Le 9, sir Charles
TUPPER, Haut Commissaire du Canada à Londres, transmet au Colonial
Office une proposition analogue du colonel WILLIAMS, député canadien,
qui offre ses services et ceux de son régiment, le 46e East Durham.
Le 10, lord LANSDOWNE, télégraphie à lord DERBY que les offres
de service affluent à Rideau Hall. Le ministre des Colonies demande
immédiatement si "le gouvernement du Canada approuve et recom-
mande ces propositions" — "whether they are sanctioned and recom-
mended by Dominion Government".
Le gouverneur répond, le 12 février, que "le gouvernement est prêt
" à approuver le recrutement au Canada pour service en Egypte ou ail-
" leurs. Ces forces devront être enrôlées spécialement sous l'autorité de
"l'Impérial Army Discipline Act et tirées de divers bataillons locaux
" . . .la dépense devant être tout entière supportée par l'Echiquier Jmpé-
" rial."
Le même jour, le gouvernement de la Nouvelle Galles du Sud — c'était
avant la fédération des colonies australiennes — offre au gouvernement
britannique les services de deux batteries de campagne et d'un bataillon
d'infanterie. Il s'engage à défrayer toutes les dépenses de cette expédi-
tion, y compris la solde et l'entretien des troupes, jusqu'à la fin de l'ex-
pédition.
La différence des deux propositions sautait aux yeux. Elle n'é-
chappa point à l'attention des ministres britanniques. Ils saisirent
immédiatement tout le parti que l'Angleterre pourrait tirer de la politi-
que inaugurée par la colonie australienne.
Dès le 14 février, le War Office accepte les propositions de la Nou-
velle Galles, en spécifiant que "les forces devront être placées sous l'au-
torité absolue de l'officier commandant" les troupes anglaises. Le 16, le
War Office explique au ministère des Colonies pourquoi le ministre de
la Guerre, le marquis de HARTINGTON, futur duc de Devonshire, a
décidé d'accepter la proposition de la Nouvelle Galles et de repousser
celle du Canada. Il faudra beaucoup de temps, dit-il, pour enrôler et
organiser les troupes volontaires offertes par le général Laurie et le
colonel Williams; tandis que les troupes expédiées par "le gouverne-
ment de la Nouvelle Galles du Sud" constituent "une force organisée,
complètement équipée et prête pour le service immédiat." Le minis-
tre espère que "le gouvernement du Dominion appréciera entièrement
la différence des deux propositions." Au cas où les autorités impériales
se décideraient plus tard à accepter les propositions venues du Canada,
lord Hartington désirerait avoir des renseignements précis sur les con-
ditions dans lesquelles les troupes canadiennes seraient engagées et
mises à la disposition de l'Angleterre.
Le 19, lord DERBY transmet à lord Lansdowne un résumé télégra-
phique de la décision du War Office. Le lendemain, il décline péremp-
toirement les offres du général Laurie et du colonel Williams. Il rejette
également les propositions venues de l'Australie méridionale et des colo-
— 71 —
nies de Victoria et de Queensland, toutes identiques à celles du Canada.
Le 14 avril, il repousse les offres de service des Straits Settlements.
Dans l'intervalle, le ministre des Colonies a cherché à entraîner le
Canada dans la voie ouverte par la Nouvelle Galles du Sud. Le 24
février, il écrit à lord Lansdowne: "Le Canada, grâce aux sentiments
" amicaux de son puissant voisin et à son propre éloignement des com-
"plications du vieux monde, n'a pas eu jusqu'ici, et n'aura probable-
"ment jamais, l'occasion d'utiliser ses ressources militaires; néanmoins,
"je sais fort bien que les diverses provinces de la Confédération pour-
" raient lever rapidement des forces considérables et les mettre joyeu-
sement à la disposition de la reine, en toutes circonstances, pour le
" service d'outre-mer. Plusieurs mille hommes ont reçu un bon entraî-
" nement. D'excellentes mesures ont été prises pour la préparation de
"leurs officiers; et le gouvernement de Sa Majesté est convaincu que les
" offres courageuses qu'il a reçues [du Canada] et qui ont causé tant de
"satisfaction ici ne représentent qu'une faible proportion des secours
"que le peuple du Canada offrirait avec empressement si la nécessité
"s'en présentait." Il sera peut-être possible d'accepter dans quelques
mois les services d'une brigade canadienne.
Sir John MACDONALD fit la sourde oreille et n'envoya même pas
les renseignements demandés par lord Hartington, le 16 février. Il s'en
tînt aux conditions qu'il avait lui-même posées le 10 février. Il était
prêt à laisser les Canadiens, sujets britanniques, s'enrôler volontaire-
ment, comme soldats de l'Angleterre, sous l'opération d'une loi impé-
riale, pourvu que l'Angleterre portât seule la responsabilité et le coût
total de cette expédition. Quant à mettre la milice canadienne au ser-
vice de l'Angleterre et à utiliser la loi de la milice du Canada pour
enrôler des troupes impériales, aux frais du Canada, il s'y refusa abso-
lument. N'est-ce pas la preuve la plus éclatante que le changement
apporté, en 1868, dans les termes de la loi de la Milice, relativement au
service des troupes canadiennes en dehors du territoire canadien, n'avait
nullement modifié l'esprit et la portée de la loi, et que l'entente conclue
en 1865 restait intacte?
Conférence coloniale de 1887 — Précieux témoignage
de Sir Alexander Campbell
A deux ans de là, la première conférence coloniale, tenue à Londres,
en avril 1887, fournissait à l'un des témoins de l'époque l'occasion de
définir de nouveau les termes de l'entente de 1865. Sur l'inspiration et
les résultats de ce premier Congrès de l'Empire, nous reviendrons dans
la seconde partie. Pour l'instant, je me borne à signaler les déclarations
très importantes de sir Alexander CAMPBELL, l'ancien ministre de
1870, devenu lieutenant-gouverneur de l'Ontario. Il représentait lé Ca-
nada à la Conférence.
A la séance du 22 avril, M. Campbell fit un excellent exposé de la
situation du Canada, de son organisation militaire et des arrangements
conclus, en 1865, avec l'Angleterre, pour assurer la protection de son
— 72 —
territoire. On me pardonnera, j'espère, de citer de longs extraits de
ce discours (1).
"Jusqu'en 1867, le Canada, chacun le sait, se composait de colonies
" distinctes. Le Canada proprement dit, l'ancien Canada, qui compre-
nait les provinces actuelles de Québec et d'Ontario, était de beaucoup
" la plus importante de ces colonies. Sa population était plus considé-
" rable que celle de toutes les autres prises ensemble. En conséquence,
"les responsabilités de la nouvelle situation qui se préparait retom-
" baient sur le gouvernement canadien (dont je faisais alors partie)
" plutôt que sur les gouvernements des petites provinces : Nouveau-
" Brunswick, Nouvelle-Ecosse, Ile du Prince-Edouard. Il nous parut
" donc très désirable d'envoyer en Angleterre une députation chargée
" de conférer avec les autorités britanniques afin de déterminer exacte-
" ment ce que l'on attendait de nous pour la défense, et ce que nous de-
" vrions soumettre aux autres colonies avec lesquelles nous étions en
"pourparlers au sujet de la fédération. Une entrevue eut lieu ici" entre
" les membres délégués du gouvernement canadien, — dont sir John
"Macdonald, actuellement premier ministre, — et, je crois, les chefs
" du War Office, le premier ministre [britannique] et le secrétaire d'Etat
" pour les Colonies. Voici le résultat de cette entrevue : — le gouverne-
" ment impérial, qui nous avait déjà notifié son intention de retirer de
" la colonie les troupes de Sa Majesté, affirma sa détermination de
" poursuivre cet objet jusqu'à son exécution finale. Le gouvernement
" britannique convint alors de se charger de la défense navale du Cana-
" da, et les autorités canadiennes se chargèrent de la défense territoriale
" de la colonie. C'EST SUR CETTE BASE QUE LA CONFEDERATION
"DE TOUTES LES PROVINCES FUT COMPLETEE: les troupes de Sa
" Majesté devaient être retirées (le retrait était déjà commencé) ; et le
" gouvernement local ne se chargeait que de la défense du territoire.
"iLe gouvernement de Sa Majesté eut l'obligeance de procéder gra-
• duellement, de manière à nous créer le moins d'embarras possible dans
"la colonie. La garnison d'Halifax est aujourd'hui, au Canada, le seul
" corps de troupes à la solde de Sa Majesté. Cette garnison est mainte-
" nue dans l'intérêt de l'Empire, plutôt pour assurer la sécurité de
"l'escadre nord-américaine et de ses dépôts de ravitaillement que pour
"toute autre raison; — en tout cas, elle n'a rien à faire avec la défense
"du Canada; et en dehors de là, la Couronne ne dépense absolument
" rien au Canada. Ainsi, depuis longtemps déjà, le Canada a déchargé
" la Grande-Bretagne et son peuple de tout fardeau.
" Ce n'est pas seulement avec bonne volonté, c'est même avec bon-
heur, puis-je dire, que nous nous sommes efforcés de porter fidèlement
"les responsabilités que nous avions assumées au sujet de la défense
" territoriale. Malheureusement, nos ressources n'ont pas toujours été
" à la mesure de nos bonnes dispositions. Néanmoins, nous n'avons pas
"trop mal fait. Nous avons maintenu un nombre convenable de forces
"de milice passablement entraînées, — pas assez entraînées, sans doute:
" nous avons encore beaucoup de difficultés à vaincre à ce sujet, —
(1) Pièce justificative 54.
— 73 —
" mais enfin, des milices entraînées et prêtes à servir. Nous avons dé-
" pensé beaucoup d'argent pour la défense militaire du pays.
"A l'époque dont j'ai parlé [1865] ou peu de temps après, les auto-
rités britanniques pensèrent très sagement qu'il était désirable de
" déterminer la somme que nous dépenserions chaque année pour la
" défense territoriale du Canada. Cette somme fut fixée à un million
* de dollars, soit £200,000." — C'est la confirmation exacte des déclara-
tions de Cartier, en 1870, et de celles de Macdonald et de Campbell lui-
même, en 1883.
"Nous nous sommes engagés à dépenser ce montant chaque année
" pour la défense territoriale du pays; et je désire démontrer à mes com-
" patriotes des autres colonies, et aussi au gouvernement impérial, que
" nous avons dépensé ce montant, et davantage, pour la défense terri-
toriale du pays.
" Avant de quitter le Canada, je me suis procuré le dernier rapport
" du ministère de la Milice et de la Défense, — ministère établi à la suite
" de la conférence dont je viens de parler et après que nous eussions
"entrepris d'établir la Confédération sur l'engagement que nous avions
" pris de maintenir la défense du territoire. Le premier pas dans cette
* voie fut rétablissement du ministère de la Milice et de la Défense. Les
" autres colonies en ont fait autant, je crois. Nous pensions que la pre-
" mière mesure à prendre était de préparer l'organisation [de la défen-
" se] : nous avons donc établi ce ministère et entrepris de consacrer au
" moins $1,000,000 [par année] à la défense militaire du pays.
" Le PRESIDENT [sir Henry HOLLAND, ministre des Colonies] :—
"Ceci comprend la milice?
"Sir AJexander CAMPBELL: — Oui, ceci comprend la milice; prin-
cipalement la milice. J'ai ici un état de compte officiel du ministère
" qui démontre que céda a été fait; et je le répète à mes collègues des
" diverses colonies, et à vous, sir Henry : nous l'avons fait non seule-
" ment volontiers mais avec joie; nous étions très heureux de le faire.
" Nous avions arrêté cette stipulation avec les autorités [britanniques] ;
" et nous voulions l'exécuter.
" La Confédération fut complétée en 1867. Il y eut ensuite pas mal
" de correspondance, de difficultés et de retards ; en sorte que nous
" n'avons commencé qu'en 1872 à dépenser la somme fixée par le contrat.
"Je devrais rappeler aussi que le gouvernement de Sa Majesté nous
"avait offert fort généreusement ses Ordnance Lands du Canada. Ces
"terrains étaient d'une étendue et d'une valeur 'considérables. Je n'ai
" aucun doute qu'ils avaient coûté à la Couronne beaucoup plus que le
" prix qu'on aurait pu en obtenir " au moment de l'arrangement de 1865.
Il explique alors que le gouvernement canadien disposa de plusieurs de
ces terrains pour un prix — $100,000 au maximum — très inférieur à
leur valeur originelle et insignifiant en comparaison des charges assu-
mées par la colonie; et il reprend:
"Avec ces terrains, nous entreprimes de pourvoir à la défense du
"pays, avec l'entente que nous dépenserions au moins un million de
"dollars par année."
— 74 —
Le Canada a rempli ses obligations
Il donne ensuite les chiffres suivants, représentant le budget annuel
de la milice et de la défense:
1872 $ 1,670,000
1873 1,406,000
1874 1,121,000
1875 1,194,000
1876 1,136,000
1877 625,000
1878 717,000
1879 890,000
1880 782,000
1881 738,000
1882 846,000
1883 824,000
1884 1,189,000
1885 2,826,000
1886 4,182,000
,$20,146,000
La somme totale, répartie sur les vingt années écoulées depuis 1865,
dépasse le montant convenu et détruit l'impression erronée qu'auraient
pu causer les déclarations faites par sir John MAGDONALD, en 1883, au
cours du débat sur la loi de la Milice. Le premier ministre n'avait évi-
demment pas réuni tous les chiffres du budget; et surtout, la dépense
additionnelle occasionnée, en 1885 et en 1886, par l'insurrection du
Nord-Ouest, n'était pas encore venue combler le déficit des premières
années. A l'heure où il parlait, sir Alexander Campbell pouvait dire
en toute vérité: "NOUS AVONS DONC PLEINEMENT REMPLI LES
OBLIGATIONS AUXQUELLES NOUS NOUS ETIONS ENGAGES."
A ces chiffrés, qui représentent le budget proprement dit de la
milice et de la défense, il ajoute le coût de l'entretien de la police à che-
val du Nord-Ouest. Pour les dix années terminées le 1er juillet 1886,
ce budget additionnel s'est élevé à $4,906,231.08.
11 fait aussi mention de l'établissement du Collège Militaire Royal
de Kingston et de la fondation de neuf autres écoles militaires. Il rap-
pelle les efforts et les sacrifices énormes accomplis par le Canada pour
repousser les attaques des Féniens; puis il aborde l'aspect impérial du
problème de la défense du Canada.
" J'avais à coeur, dit-il, de faire connaître à la Conférence les pré-
" paratifs faits au Canada pour assurer la protection du territoire. J'ai
" exposé les préparatifs militaires. Nous avons également fait, vous le
" savez tous, ce que nous pourrions appeler les autres préparatifs. Nous
"avons construit le. chemin de fer du Pacifique Canadien; ce qui re-
" présente une dépense énorme. Grâce à cette voie ferrée et au chemin
"de fer Intercolonial, nous avons établi des communications pos-
" sibles de Londres à l'extrémité nord-ouest du pays, sur l'Océan Pacifi-
" que. Nous avons réduit à deux semaines la durée de ce trajet. Le
— 75 —
" gouvernement de Sa Majesté pourrait aujourd'hui expédier, en douze
" ou quatorze jours, de Londres à Esquimau, des renforts de troupes et
" de munitions. La construction d'une voie ferrée qui renforce à ce
"point la puissance effective du gouvernement de Sa Majesté, constitue
" assurément une contribution considérable à la défense du pays. (Ecou-
tez! écoutez!). Peu de choses profitent davantage à la défense d'un
"pays que la facilité des voies de communication. (Ecoutez! écoutez!).
"Tout cela nous l'avons fait sans réclamer le moindre secours pécu-
" niaire de la Couronne. Elle n'a rien donné au Canada pour la cons-
" traction du chemin de fer du Pacifique Canadien. Nous aurions pu, en
" toute équité, dire au gouvernement de Sa Majesté : ' Voici une entre-
" prise considérable, d'une grande utilité pour l'Empire : vous devriez
" y contribuer '. Mais nous n'en avons rien dit. La compagnie du che-
" min de fer du Pacifique Canadien a construit la voie avec un subside
" du gouvernement canadien: $25,000,000 en argent et vingt-cinq mil-
" lions d'acres de terre. De plus, le gouvernement a construit ou doit
" construire 627 milles de voie ferrée. Ceci coûtera encore de nombreux
"millions de dollars Ces contributions accroissent la richesse
" du pays, ses ressources agricoles et industrielles de toutes sortes, et
" augmentent de toute manière sa force de résistance. Ce sont aussi des
" contributions à la richesse et à la force de résistance de l'Empire; et
" le Canada les a faites sans aucune mesquinerie. Tous ces efforts, îles
"Canadiens les ont faits volontiers, sans tirer en arrière: ils démontrent
"la volonté du Canada de prendre et de maintenir avec joie l'attitude
" qui s'impose au sujet de la défense territoriale."
C'est exactement l'argumentation que sir Charles TUPPER repren-
dra, en 1891, en 1892 et en 1893, contre les tentatives faites par les im-
périalistes pour induire le Canada à contribuer au soutien de la flotte
et de l'armée impériales.
Il est intéressant de noter ici que M. STANHOPE, ministre de la
Guerre, présent à la séance, ratifia entièrement l'opinion de M. Camp-
bell sur la valeur inappréciable, pour la défense de l'Empire, de la cons-
truction du Pacifique Canadien.
Un " cadeau " de la mère-patrie
M. CAMPBELL n'oublie pas la question navale:
"Le problème de la défense navale intéresse particulièrement les
" délégués des autres colonies. Pour nous, nous avions établi dès le
"début une entente avec le gouvernement [britannique], qui s'était
" chargé de la défense navale. Ce n'était pas alors une obligation très
" onéreuse pour lui : je ne crois pas qu'elle le soit davantage aujourd'hui.
" Pour les besoins de l'Empire, autant que pour les autres exigences, les
" autorités britanniques maintiennent l'escadre nord-américaine ; et
" tant que cette escadre reste à nos portes, le Canada n'a besoin d'aucune
"autre défense navale. Depuis que le gouvernement de Sa Majesté
" a souscrit à cet arrangement, la colonie de la Colombie Britannique est
"entrée dans la Confédération. Il y a donc aujourd'hui une côte cana-
" dienne sur l'océan Pacifique. Cette côte est protégée actuellement par
" l'escadre du Pacifique Nord, qui fait escale une fois par année à Es-
— 76 —
" quimau, où elle stationne plus ou moins en permanence, comme l'esca-
" dre nord-américaine est presque toujours en mouillage à Halifax.
" Bien qu'il n'existât aucune entente à ce sujet, ou plutôt qu'il y eût
" entente contraire, nous étions disposés, il y a quelques années, à ouvrir
" une école navale à Halifax. Nous en avons fait l'essai. Lord Lorne,
" alors gouverneur-général, demanda une frégate à l'Amirauté. Les
" autorités de l'Amirauté nous envoyèrent une vieille frégate. Je ne dis
" pas ' vieille ' par mépris, mais en toute vérité. Cette frégate s'appelait
"le Charybde Nous envoyâmes en Angleterre le capitaine Scott,
"officier de la Marine Royale, en service au Canada, avec instruction
"d'examiner ce vaisseau et de d'amener chez nous. C'était en septem-
" bre ou en octobre. Arrivé en Angleterre, cet officier nous fit rapport
" que le vaisseau était en fort mauvais état et qu'il ne serait pas prudent
" de lui faire traverser la mer. Il nous conseilla de ne pas le faire venir
" à l'automne, ajoutant qu'il pourrait le ramener en juillet on en août de
" l'année suivante, mais qu'il faudrait un équipage de cent 'trente-six
" hommes, ce qui nous coûterait très cher. Néanmoins, comme nous
" avions demandé ce navire, un refus nous aurait paru entaché d'ingra-
" titude ou de manque de courtoisie. Nous le fîmes donc venir et mouil-
" 1er à Saint-Jean du Nouveau^Brunswick. Nous envoyâmes à bord des
" officiers et des marins, et ids constatèrent qu'il était impossible d'en
"faire quoi que ce soit. C'était une grande et vieille frégate, d'ancien
" modèle; ses chaudières étaient ravagées; elle ne pouvait tenir la mer;
" en un mot, elle ne pouvait marcher ni à la vapeur ni à la voile. Il
" était donc inutile d'en tirer le moindre parti. Cette expérience dé-
" couragea complètement nos efforts."
Cette description pittoresque, faite en présence des plus hautes au-
torités de tous les pays britanniques, coupa court à toute suggestion de
faire contribuer de Canada à la défense navale de l'Empire. M. Laurier
et les protagonistes de la loi navale, M. Borden et les partisans de la
contribution d'urgence auraient dû relire cette page savoureuse avant
de nous entraîner dans les aventures impérialistes, au nom de la recon-
naissance que le Canada doit à l'Angleterre pour les immenses services
qu'elle lui a rendus.
On ne me reprochera pas, j'espère, d'avoir cité trop longuement ce
discours de sir Alexander Campbedl. Il est d'une importance capitale.
Celui qui l'a prononcé était, je le répète, l'un des témoins vivants, et
l'un des mieux renseignés, du traité de 1865. Ce traité, il en relate l'ori-
gine et les données avec une remarquable précision. A quinze ans de
distance, il réitère et confirme l'affirmation formelle de CARTIER,
" qu'en cas de guerre, ce sera le devoir du gouvernement impérial d'en-
treprendre la défense navale du pays" (1). Cette affirmation, on s'en
souvient, Cardwell l'avait contredite. Cartier et ses collègues avaient
rejeté l'interprétation du ministre anglais. Campbell revient à la charge:
à trois reprises, en présence des ministres britanniques, il affirme caté-
goriquement que, par le traité de 1865, le gouvernement britannique
s'est " chargé de la défense navale du Canada " et que " le gouvernement
tive
(1) Dans la lettre du major FUTVOYE, en date du 3 juin 1870. — Pièce Justifica-
— 77 —
local ne se chargeait que de la défense du territoire" canadien. IL af-
firme avec une égale assurance que ce contrat fut la base même de la
Confédération. Et personne ne contredit cette double assertion.
Les colonies australasiennes et la défense navale
Ce n'est pas seulement au Canada que le droit public des colonies
'autonomes' de la Grande-Bretagne, en matière de guerre et de défense
nationale, s'était affermi avec le développement et l'application des prin-
cipes du gouvernement responsable. La démarche de la Nouvelle Galles
du Sud, lors de l'expédition du Soudan, était une innovation. En Aus-
tralasie, comme au Canada, les obligations réciproques de la métropole
et des colonies avaient fait l'objet de maintes discussions entre les auto-
rités impériales et coloniales; elles s'étaient enfin fixées sur les mêmes
bases qu'au Canada. On a vu, du reste, que les principes posés par lord
Grey, par le duc de Newcastle, par la commission parlementaire de
1860-61, s'appliquaient à toutes les colonies jouissant du self-govemment.
En Australie et à la Nouvelle Zélande, la défense nationale posait avant
tout un problème de défense navale ; ce qui explique, peut-être, pour-
quoi les gouvernants de la Nouvelle Galles ne se rendirent pas compte
de la grave portée de leur démarche de 1885, L'organisation d'une
armée de terre n'avait jamais été pour eux le problème essentiel qu'il
était et qu'il est resté pour le Canada.
Les théoriciens de l'impérialisme, qui dédaignent les faits, et nos
politiciens opportunistes, aussi dénués de doctrine que de connaissance
précise des réalités de l'Empire, ne tiennent nul compte des différences
essentielles qui résultent des conditions géographiques des diverses
colonies. Ils l'ont prouvé lorsqu'ils ont si absurdement invoqué l'exem-
ple de l'Australie et celui de la Nouvelle Zélande à l'appui de leurs pro-
jets insensés de flotte "canadienne en temps de paix, impériale en temps
de guerre", et de contribution du Canada au budget de la marine
anglaise.
Les hommes d'Etat du siècle dernier étaient à la fois plus éclairés
et plus pratiques. Ils organisèrent la défense navale des colonies aus-
tralasiennes selon les mêmes principes qui les avaient guidés dans l'éta-
blissement de la milice et de la défense territoriale du Canada. Après
maints pourparlers, ils établirent une entente basée sur l'obligation réci-
proque de la Grande Bretagne de pourvoir seule à la défense navale de
tous les pays d'empire et des colonies d'aider l'Angleterre à protéger
leur côtes et leurs ports de mer. C'est, on s'en souvient, le principe
posé par Cardwell, dans la dépêche de sir Edward Lugard au général
Lindsay, en date du 24 septembre 1870. L'équité de cette politique, jus-
tement contestée par Cartier lorsque l'Angleterre voulait l'appliquer à
un pays continental comme le Canada, était indéniable pour des pays
maritimes comme l'Australie, la Nouvelle Zélande et la Tasmanie, expo-
sés aux attaques de toutes les flottes de l'univers. Contrairement à ce
que prétendent nos navalo-maniaques, les colonies australasiennes n'ont
jamais payé tribut à l'Angleterre pour l'entretien de la flotte impériale:
elles ne défrayaient même qu'une partie du coût de la défense de leurs
— 78 —
ports et de leurs côtes; et le traité interdisait à l'Angleterre de faire
sortir des eaux territoriales de ces colonies les vaisseaux et les équipages
destinés à cette défense. C'était exactement l'application du principe
qu'invoquaient Cartier, Macdonald et Campbell, lorsqu'ils exigeaient que
l'Angleterre laissât des troupes impériales au Canada pour aider les
Canadiens à protéger leur territoire contre les attaques possibles des
ennemis de l'Angleterre.
Une étude approfondie de la situation des colonies australiennes,
de leurs démêlés avec la métropole et des modifications successives
apportées à leurs arrangements relatifs à la défense navale, nous entraî-
nerait trop loin (1). Je me borne à signaler ce fait caractéristique
qu'on retrouve à chaque étape de l'Empire britannique: à compter du
jour où la première entente fut conclue, les hommes d'Etat anglais
mirent toute leur patiente ténacité à diminuer graduellement la part de
responsabilité assumée par l'Angleterre et à alourdir d'autant le far-
deau des colonies.
"Colonial Defence Committee" Mémoire de 1896
Pour mieux atteindre ce but, le parlement britannique a cons-
titué une commission permanente, mi-parlementaire mi-technique, char-
gée d'étudier les problèmes divers qui se rattachent à la défense navale
et militaire des possessions de la Grande-Bretagne. Comme toutes les
institutions britanniques, cette commission, établie sans cadres précis,
sans constitution ni règles définies, a pris graduellement une importance
considérable. Désignée d'abord sous le titre de Colonial Defence Com-
mittee, elle est devenue l'Impérial Defence Committee, instrument fort
précieux entre les mains du cabinet britannique, pour l'exécution de sa
politique et l'exercice indirect de sa domination sur les colonies. On y
laisse, à l'occasion, pénétrer les politiciens des "nations d'outre-mer",
sous prétexte de les consulter: en réalité, c'est là que les maîtres de
l'Empire imposent leurs volontés, sous une forme toute courtoise, à leurs
domestiques coloniaux auxquels ils ont soin de laisser la douce illusion
de penser qu'ils avisent les ministres de Sa Majesté.
L'un des premiers soins de cette commission fut de préparer, au
profit de l'Angleterre, la révision de l'arrangement conclu entre la mé-
tropole et ses colonies australasiennes, au sujet de leur défense navale.
Après vingt ans d'efforts, elle obtint un plein succès et réussit à mettre
sur le dos des Australasiens les obligations que l'Angleterre avait
assumées.
Comme bien l'on pense, la commission ne borna pas son travail à
ce seul objet. Avec la même inlassable ténacité, elle s'appliqua à opé-
rer une transformation identique dans les obligations réciproques de
l'Angleterre et de toutes ses autres possessions 'autonomes'. Dans la
seconde partie de cette étude, nous retracerons sa marche progressive
et le succès définitif et général de ses efforts. Pour l'instant, bornons-
(1) Le lecteur qui désirerait approfondir le sujet trouverait une foule de renseigne-
ments intéressants dans les Account» and Paper* du parlement impérial, et particuliè-
rement dans les comptes-rendus des diverses Conférences Coloniales ou Impériales, de
1RH7 * 1911.
— 79 —
nous à recueillir les témoignages que ce corps, essentiellement impé-
rialiste, a été forcé d'apporter à la nature réelle des ententes pré-existan-
tes entre l'Angleterre et ses colonies. Ces témoignages ont été donnés
avec la loyale franchise qui caractérise les Anglais, lorsqu'ils sont sûrs
du résultat et qu'ils ne sont pas forcés, pour la protection de leurs inté-
rêts, de déguiser la vérité.
En 1896, le Colonial Defence Commïttee fit préparer par son secré-
taire, le colonel NATHAN, un mémoire sur les principes généraux et les
faits concrets qui doivent gouverner toute l'organisation de la défense
de l'Empire britannique. Ce mémoire fut transmis à tous les gouver-
nements coloniaux en août 1897. A Ottawa, il est resté enfoui dans les
paperasses du secrétariat d'Etat jusqu'en janvier 1912, alors que M.
MONK, ministre des Travaux Publics dans le cabinet Borden, le fit com-
muniquer à la chambre des Communes et consigner dans les archives
publiques du parlement canadien, qui a du reste négligé de le faire im-
primer et publier.
Ce document, d'une importance capitale, se recommande à l'étude
attentive de tous ceux qui veulent s'éclairer sur la nature et la portée
des problèmes si complexes qui se rattachent à la défense de l'Empire.
Si nos politiciens des deux partis et la multitude de leurs suiveurs
l'avaient lu et médité, ils auraient épargné au pays la plupart des insa-
nités qu'ils ont débitées depuis cinq ans et surtout les graves erreurs
qu'ils ont commises et dont les conséquences pèsent si lourdement au-
jourd'hui sur le peuple du Canada.
On trouvera, à la suite de cette étude, le texte intégral de toute la
partie substantielle de ce mémoire (1). Je me borne ici à en résumer
les données principales qui sont d'application tout actuelle.
La commission commence par énoncer "les principes qui l'ont
" guidée et la guident encore dans les recommandations qu'elle fait aux
" divers ministères d'Etat relativement à la défense des colonies." Voici
le premier de ces principes:
" Nous assumons que le maintien de la suprématie maritime cons-
" titue la base de la défense de l'Empire contre toute attaque par mer.
" C'est là le facteur essentiel qui doit déterminer toute la politique dé-
" fensive de l'Empire : l'Amirauté le reconnaît pleinement, elle qui a
" accepté la responsabilité de protéger toutes les terres britanniques en
" dehors du Royaume contre les invasions d'outremer."
N'est-ce pas la répétition presque exacte de l'interprétation donnée
par Cartier, le 3 juin 1870, à l'entente de 1865?
" Afin d'accomplir cette lourde tâche, l'Amirauté réclame le pou-
" voir absolu de disposer de ses forces de la manière qu'elle juge la plus
" propre à assurer la victoire. Elle s'objecte à ce qu'on limite l'action
" possible d'une partie quelconque de ces forces à la défense immédiate
" d'endroits qu'elle considère plus faciles à protéger efficacement par
" des opérations à distance."
(1) Pièce justificative 57.
— 80 —
Cette observation visait principalement les restrictions alors impo-
sées par les colonies australiennes à l'emploi des forces navales desti-
nées à leur défense.
La commission explique ensuite que l'Amirauté doit se charger de
l'entretien des stations navales dont elle a besoin pour ravitailler sa
flotte ou qui constituent les points stratégiques de la défense navale de
l'Empire. Quant aux autres ports coloniaux qui peuvent être exposés
aux attaques de l'ennemi, mais dont l'importance commerciale profite
surtout aux colonies, "il a été décidé que c'est le devoir des colonies de
pourvoir à leur protection adéquate." N'est-ce pas l'application rigou-
reuse des principes posés dès 1851 par lord Grey, relativement au main-
tien des places fortes de l'Amérique du Nord, et réitérés par tous ses
successeurs, jusqu'au jour où ils réussirent à faire assumer par le Canada
l'entière responsabilité de la défense de son territoire? (1)
•Le comité est d'avis que la protection de ces ports doit être géné-
ralement assurée par des travaux d'art permanents, capables de résis-
ter à l'attaque de croiseurs ennemis, et surtout par l'entraînement de
forces de milice suffisantes pour repousser les troupes d'invasion que
l'ennemi pourrait chercher à débarquer. C'est la politique que les
nationalistes ont toujours favorisée à rencontre du projet de flottes ima-
gine par les libéraux et de l'abjecte contribution de $35,000,000 suggérée
par les conservateurs.
Comme la commission parlementaire de 1860-61, le Colonial
Defence Committee accepte comme une vérité incontestable "qu'un sys-
" tème de défense pour tout l'empire colonial doit tenir un compte entier
"des conditions spéciales des diverses colonies... La défense du
"Canada, avec sa longue frontière continentale, exige manifestement
" d'être traitée sur une base différente de celle qui s'applique à la petite
" île de Sainte-Hélène." De là l'absurdité et le danger d'un système
uniforme de défense ou d'efforts spasmodiques ou locaux qui "entra-
" vent l'exécution d'un plan d'ensemble de défense." Les bruyants pro-
tagonistes de la Loi Laurier et ceux de la contribution Borden ne réflé-
chissaient guère à l'évidente vérité de cette proposition, lorsqu'ils
allaient partout criant, les uns: "Adoptons la politique de l'Australie!"
et les autres : 'ILe riche Canada ne peut-il faire ce qu'a fait la petite
Nouvelle-Zélande?"
En conclusion, tout en ouvrant la porte aux contributions volon-
taires des colonies à la défense générale de l'Empire, les membres du
Defence Committee décident à l'unanimité que "le développement de
" leurs vastes territoires en temps de paix et la protection efficace de
" ces territoires en temps de guerre, constituent indubitablement la meil-
" leure contribution que les colonies puissent offrir à la défense de
" l'Empire."
(1) (La version secrète de ce mémoire renferme un paragraphe intéressant. Les au-
torités impériales y expriment l'opinion que l'objet principal de la flotte anglaise n'est
Pas de protéger les ports et le commerce des colonies, mais les ports et le commerce de
Angleterre. Un autre passage également supprimé établit une comparaison entre le
Canada et l'Inde et suggère que l'attention du gouvernement canadien doit surtout se
porter sur le problème de la défense territoriale du pnvs.
— 81 —
On comprend facilement que les politiciens qui décidèrent l'expé-
dition d'Afrique, l'adoption de la loi navale et le vote de la contribution
de $35,000,000, n'aient pas été pressés de faire connaître aux Canadiens
cette expression d'opinion des autorités impériales: elle condamne trop
manifestement toutes les entreprises impérialistes de nos gouvernants,
depuis 1890.
L'opinion du War Office en 1902
A la conférence Impériale de 1902, le War Office, à la demande du
Comité de la Défense, soumit un rapport également préparé par l'un de
ses meilleurs techniciens, le colonel ALTHAM, aujourd'hui major-géné-
ral. Ce document porte la date du 25 novembre 1901. (1)
Dès le préambule, M. Altham reconnaît "qu'avant la guerre sud afri-
" caine, dans l'élaboration de tout plan d'ensemble pour la défense de
" l'Empire, il était admis que les responsabilités militaires des grandes
" colonies autonomes se limitaient à la défense locale et que le fardeau
14 de la protection de tous les pays d'Empire par des renforts de troupes
" destinées à repousser les attaques de l'ennemi, devait retomber tout
" entier sur l'armée régulière [britannique] . On « pu exprimer à l'oc-
casion quelque pieux espoir qu'en cas de danger les colonies pour-
" raient se rallier autour de la mère-patrie; mais aucun arrangement
" définitif n'avait été fait; on n'avait même commencé aucune démarche
" pour s'enquérir de la possibilité de ces secours ni de leur force éven-
" tuelle. On ne se rendait même pas compte de la nécessité [de cette
" coopération] et l'on doutait de sa possibilité.
"L'expérience de la guerre sud-africaine a néanmoins démontré deux
"faits importants : — (a) que l'armée régulière telle qu'organisée avant
" la guerre constituait par elle-même une force insuffisante pour les be-
" soins militaires de l'Empire; (b) que les colonies autonomes sont con-
" sentantes et aptes à nous aider à combler quelques-unes des lacunes de
" notre puissance militaire, telles que la guerre les a révélées."
Ce loyal aveu mérite d'être souligné. Il démontre, premièrement,
que l'Angleterre, en étendant démesurément les limites de son empire
colonial, n'a pas tenu compte des charges et des responsabilités nou-
velles que cette expansion lui imposait. C'est l'avertissement solennel
que lord Rosebery donnait à ses compatriotes lorsqu'il abandonnait, en
1893, la direction des affaires publiques. Durant cet intervalle de dix
ans, le mouvement impérialiste, stimulé par la guerre d'Afrique, a fait
concevoir aux Anglais, toujours pratiques, l'espoir que leurs cousins
d'outre-mer, ces coloniaux naguère si méprisés, pourraient leur devenir
fort utiles en payant les frais considérablement accrus de l'expansion
impériale. C'est ce sentiment que le colonel Altham, interprète du War
Office, du ministre de la Guerre et du cabinet britannique tout entier
exprime avec la franche simplicité du soldat.
Mais le témoignage le plus précieux de l'officier britannique, c'est
celui qu'il apporte à la thèse que je fais en ce moment : c'est que jusqu'à
l'époque de la guerre d'Afrique, "il était admis que les responsabilités
(1) "Colonial Conférence. 1W2". Cd. 1299 (parlement Impérial) — page 47.
— 82 —
militaires des grandes colonies autonomes se limitaient à la défense
locale," et que le fardeau de la défense générale de l'Empire retombait
tout entier sur la Grande-Bretagne. Avons-nous jamais prétendu autre
chose quand nous avons accusé libéraux et conservateurs, à tour de rôle,
de violer l'esprit de la constitution et les traditions établies, lorsqu'ils
entraînaient le Canada à participer, sous une forme ou sous une autre, à
la défense générale de l'Empire et aux guerres de l'Angleterre étrangères
au Canada?
Le colonel Altham étudie ensuite les conditions particulières des
forces de défense de chaque colonie. Il a fait cette étude en vue de fa-
ciliter la coopération des forces coloniales avec l'armée impériale. La
politique de l'Angleterre ne se borne plus, comme aux jours de lord Grey
et de sir Allan MacNab, de Kimberley et de Cartier, à induire les colonies
à pourvoir aux exigences de leur défense. La guerre impériale du Sud
africain a éveillé de nouveaux espoirs: il faut stimuler et systématiser
la participation des colonies aux guerres de l'Empire. C'est dans cet
esprit que le délégué du War Office présente ses conclusions à la Con-
férence impériale; et cependant la force des réalités est telle qu'il ne
peut s'empêcher de fournir lui-même la réfutation de la thèse impé-
rialiste.
"En cas de guerre avec les Etats-Unis, dit-il, le salut du Canada dé-
" pendrait tout entier de la milice canadienne jusqu'au moment où des
" renforts arriveraient d'Angleterre. On peut donc conclure que la con-
" tribution la plus efficace que le Canada puisse apporter à la défense de
" l'Empire, c'est de faire de sa propre milice une force efficace". — N'ou-
blions pas qu'à cette date, l'on est encore persuadé, en Angleterre comme
au Canada, que la milice canadienne n'existe que pour la défense du
territoire canadien. — "Il est plus important de presser fortement les
" ministres canadiens de prendre cette précaution rationnelle que de leur
"demander de maintenir des régiments pour le service général de l'Em-
" pire."
Il rend témoignage à la valeur des soldats canadiens qui ont com-
battu en Afrique; il admet que pour des "raisons politiques" il peut être
à propos d'encourager le mouvement de coopération; mais cette conces-
sion faite aux desseins des politiciens impérialistes, il ajoute avec sa com-
pétence et sa probité de soldat:
" La position stratégique du Canada est telle qu'il serait injudicieux
" (unwise) d'enlever un contingent considérable de ses forces de défen-
" se, à moins que ces forces ne soient augmentées à l'avenir. Je suggère
" donc que si un régiment canadien est organisé pour le service impé-
" rial, on s'en tienne, pour l'instant, à une brigade de division d'artille-
" rie de campagne et à une brigade d'infanterie."
La preuve est-elle faite ?
Est-il nécessaire d'ajouter de nouveaux témoignages à ceux que j'ai
accumulés pour démontrer que la participation des colonies aux guer-
res de l'Angleterre est contraire aux traditions britanniques les mieux
établies? que la seule obligation des colonies autonomes est d'aider l'An-
— 83 —
gleterre, dans la mesure de leurs forces, à défendre leurs territoires res-
pectifs, seules parties de l'Empire sur lesquelles leurs gouvernements
exercent leur autorité politique? que la situation géographique du Ca-
nada lui impose un fardeau beaucoup plus lourd que celui des autres
colonies et des risques particuliers qui tiennent au voisinage immédiat
des Etats-Unis? et que, par conséquent, le Canada doit hésiter plus que
toute autre possession britannique à assumer des responsabilités addi-
tionnelles auxquelles ne l'obligent ni sa constitution ni ses intérêts im-
médiats?
Ainje apporté une preuve suffisante à l'appui de l'affirmation que
j'ai faite dès le début de la guerre actuelle: que la participation du
Canada aux guerres de l'Empire est contraire à l'esprit de la constitu-
tion britannique, de la constitution canadienne et des lois de la milice
issues de ces deux sources de législation? Ai-je assez clairement démon-
tré que la Grande-Bretagne et le Canada ont déterminé par traité, — par
un "contrat solennel", disait le principal stipulateur canadien, sir John
Macdonald, — la nature et l'étendue de leurs obligations réciproques? que
par ce traité, la Grande-Bretagne a reconnu qu'elle est seule tenue de
pourvoir à la défense de l'Empire et de protéger ses colonies contre les
conséquences de sa politique étrangère; et que le Canada n'est tenu qu'à
pourvoir aux besoins de sa propre défense? que ce traité n'a jamais été
abrogé ni modifié, eut que les principes constitutionnels et les faits con-
crets qui en avaient déterminé les conditions subsistent aujourd'hui dans
toute leur intégrité?
Si, aux textes et aux déclarations des hommes d'Etat du passé, il
faut ajouter le témoignage des politiciens contemporains, oracles de la
plupart des Canadiens, qui n'obéissent qu'à la voix des chefs de parti,
la preuve est non moins facile à faire.
Guerre d'Afrique — *'Pas de précédent**
La guerre sud-africaine, nous l'établirons dans la seconde partie de
cette étude, fournit aux impérialistes la première occasion de rompre
l'entente et de violer la tradition constitutionnelle. Mais l'on trouve dans
cette violation même et sur les lèvres de ceux qui l'ont commise, l'aveu
de leur culpabilité et la preuve de la thèse que je soutiens.
Dès que la guerre, ourdie de longue main par Cecil Rhodes et sir
Alfred Milner, parut inévitable, CHAMBERLAIN, alors ministre des Colo-
nies et complice des conspirateurs, suscita savamment les offres de
contribution des colonies autonomes: c'était reconnaître implicitement
que les colonies n'étaient pas obligées de venir en aide à la métropole (1).
Le gouvernement canadien fit d'abord mine de résister. Sir Wil-
frid LAURIER fit paraître, dans le Globe du 4 octobre 1899, une décla-
ration qu'il avait lui-même dictée dans son cabinet, à Ottawa (2). En
voici les passages décisifs:
" Suivant mon interprétation de la loi de la milice, — et je puis dire
" que j'ai quelque peu étudié ce point récemment — nos volontaires sont
" enrôlés pour servir à ta défense du Dominion. Us forment des trou-
(1) Pièce justificative 58.
(2) Pièce justificative 59.
— 84 —
" pes canadiennes destinées à combattre pour la défense du Canada. . . .
"Le Canada n'est pas menacé; et bien que nous puissions désirer en-
u voyer des troupes, je ne vois pas comment nous pouvons le faire. Et
" d'ailleurs, comment pourrions-nous le faire sans que le parlement
" vôtat les deniers nécessaires? Nous ne pourrions rien faire. En d'au-
" très termes, il nous faudrait convoquer le parlement . . . Noos n'avons
"pas offert de régiments canadiens aux autorités impériales. Le mi-
" nistère de la Milice a transmis au gouvernement impérial des offres par-
" Meulières de services; et la réponse du War Office, que le Globe a pu-
" bliée samedi, établit l'attitude des autorités à ce sujet." — Le War Office
avait décliné ces "offres particulières": ce qu'on voulait, c'était la par-
ticipation officielle du Canada — "Quant à la question d'offrir un.régi-
" ment au nom du Canada, le cabinet ne l'a pas discutée, à cause des rai-
" sons que je vous ai indiquées et que comprendront, je crois, tous ceux
"qui comprennent les lois constitutionnelles qui déterminent cette que*-
" tion."
L'attitude de sir Wilfrid Laurier est, on le voit, absolument identi-
que à celle de sir John Macdonald au moment de la guerre du Soudan.
Mais cette fois, le premier ministre motive nettement l'abstention du
Canada: les "lois constitutionnelles" n'autorisent pas le Canada à parti-
ciper à une guerre qui ne menace pas le territoire canadien; et les trou-
pes enrôlées sous l'autorité de la loi de la Milice, même après la modi-
fication subie en 1868, sont exclusivement "destinées à combattre pour
la défense du Canada."
Ce témoignage est-il assez concluant?
Les jingos renouvelèrent leur assaut. Le leader de l'Opposition, sir
Charles TUPPER, donnant le démenti aux traditions de son parti et à
ses propres déclarations passées — nous les retrouverons plus loin —
somma le ministère de céder à la clameur des impérialistes. Sir Wil-
frid Laurier et ses collègues prirent peur et lâchèrent pied. Le 13 octo-
bre, ils décrétèrent l'enrôlement d'un contingent spécial et son expédi-
tion en Afrique. Sans même convoquer les Chambres, ils violaient
sciemment les principes et les "lois constitutionnelles" que le premier
ministre avait déclarés intangibles dix jours auparavant. C'était un
véritable coup d'Etat, le plus grave et le plus violent depuis l'établisse-
ment du gouvernement responsable au Canada. Cette prodigieuse volte
face, exécutée sous l'empire de la peur et d'un cupide attachement aux
jouissances du pouvoir, ne se fit pas sans quelque résistance de la part
de plusieurs des ministres. Le chef de cette résistance était M. TARTE,
ministre des Travaux Publics. Dans les colonnes du journal de ses fils,
la Patrie, il couvrait de sarcasmes les impérialistes, les torys et les jin-
gos qui poussaient à l'intervention. (1) Dans le ministère, il luttait vail-
lamment contre la panique qui s'était emparé du premier ministre et
d'une partie de ses collègues. Cette lutte, interne et externe, il la pour-
suivit même après que le ministère eut obéi à la pression de ses adver-
saires. Du reste, tous les membres du cabinet étaient d'accord pour
reconnaître que cette intervention s'écartait violemment des traditions
(1) Pièce justificative 60.
— 85 —
et de la pratique établies depuis l'origine de la Confédération. Dans
l'arrêté ministériel qui décrète l'enrôlement et l'expédition des troupes,
ils prennent soin de marquer leur détermination, fort puérile d'ail-
leurs, de réserver les principes qu'ils violent.
"En présence, disent-ils, du désir manifeste d'un grand nombre de
" Canadiens qui sont prêts à s'enrôler à ces conditions, le premier mi-
" nistre est d'opinion que le gouvernement du Canada peut entreprendre,
"sans hésiter et sans convoquer le parlement, de dépenser les deniers
"nécessaires à l'équipement et au transport de ces volontaires, attendu
" surtout que cette dépense, dans les circonstances actuelles, ne peut être
" considérée comme un abandon des principes bien connus du gouverne-
" ment constitutionnel et des coutumes coloniales, ni être interprétée
" comme un précédent pour l'avenir."
Ainsi, au témoignage officiel du Conseil Exécutif du Canada, sanc-
tionné par le gouverneur général, représentant du roi, les "principes
bien connus du gouvernement constitutionnel" et les "coutumes colo-
niales" excluent l'obligation du Canada de participer à une guerre de
l'Angleterre, représentée par les impérialistes et par le ministre des Co-
lonies comme intimement liée au salut de l'Empire. Cédant à la cla-
meur populaire, ou à ce qui en a l'apparence, le ministère n'utilise pas
le mécanisme des lois existantes: il a recours à des mesures extraordi-
naires; et afin d'en préciser davantage le caractère exceptionnel, il prend
soin d'ajouter que ces mesures ne doivent pas "être interprétées comme
un précédent pour l'avenir." Pour qui connaît, même superficielle-
ment, la terminologie technique et les traditions des gouvernements, en
pays britanniques, ces affirmations et ce langage indiquent péremptoi-
rement que le représentant du roi et ses ministres n'entretenaient aucun
doute sur la nature des lois constitutionnelles et des traditions colonia-
les, et que, dans leur esprit, elles excluaient totalement l'obligation du
Canada de participer aux guerres de l'Angleterre.
Ce décret fut communiqué officiellement aux autorités impériales,
qui en accusèrent réception avec reconnaissance, sans opposer la plus
légère contradition à la réserve de principes formulée par le gouverne-
ment canadien (1). C'était l'acquiescement tacite à ces principes. Du
reste, Chamberlain lui-même n'a jamais déguisé son opinion que les
colonies autonomes sont entièrement libres d'accorder ou de refuser
leur concours à l'Angleterre. Sur ce point, tous les hommes d'Etat bri-
tanniques, tous les auteurs de droit constitutionnel, tous les gens un tant
soit peu renseignés, sont d'accord.
Loi de la Milice, 1904
Même après la guerre d'Afrique, les ministres et le parlement cana-
diens ont réitéré, à plusieurs reprises, l'affirmation des "principes de
gouvernement constitutionnel" et des "coutumes coloniales" réservés en
1899.
(1) On trouvera le texte du décret et la réponse du ministre des Colonies à la fin
de là correspondance transcrite comme pièce justificative 58.
— 86 —
La première fois, ce fut à la Conférence de 1902. Nous le ver-
rons dans la deuxième partie de cette étude. La seconde, ce fut
à l'occasion de la refonte de la loi de la (Milice, en 1904. Le mou-
vement impérialiste, refroidi par les échecs et les humiliations de
la guerre d'Afrique et par la retraite de M. Chamberlain, subissait
un temps d'arrêt. Les ministres canadiens, fidèles à leur opportu-
nisme, se prêtaient volontiers à la réation. Ils venaient de démet-
tre lord Dundonald de son commandement de la milice canadienne.
Le ministre de la Milice, sir Frederick BORDEN, qui n'avait obéi qu'à
contrecoeur à la pression des impérialistes, en profita pour apporter
quelques modifications à la loi de la Milice. Les deux principales tou-
chaient au commandement des troupes et à l'emploi de la milice. Il fit
abroger le dispositif qui obligeait le gouvernement à confier le comman-
dement de la milice à un officier britannique; et il rétablit partiellement
la restriction contenue dans les lois antérieures à la Confédération rela-
tivement à l'usage de l'armée canadienne en temps de guerre (1).
Cette restriction est contenue dans l'article 69 de la loi actuelle:
"Le gouverneur en conseil peut mettre la milice, ou toute partie de
"la milice, en service actif partout dans le Canada et en dehors du Ca-
" nada, pour la défense de ce dernier, en quelque temps que ce soit où
" il paraît à propos de le faire à raison de circonstances critiques."
Il fit aussi introduire dans la loi l'article 71:
"Lorsque le gouverneur en conseil met la milice, ou quelque partie
" de la milice, en activité de service, si le parlement n'est pas alors en
" session par suite d'un ajournement ou d'une prorogation à une date qui
" ne doit pas arriver avant dix jours, il est lancé une proclamation con-
voquant les chambres dans le délai de quinze jours; et le parlement, en
"conséquence, se réunit et siège le jour fixé par cette proclamation, et
" continue à siéger et à agir comme s'il avait été ajourné ou prorogé au
" jour en dernier lieu mentionné."
En dépit des lourdeurs et des incorrections de la traduction officielle,
ces dispositifs sont clairs. Ils marquent l'intention du gouvernement
de se prémunir contre les tentations et les assauts auxquels il avait cédé
en 1899.
Le rétablissement du texte qui restreint l'emploi de la milice aux
opérations nécessaires à la défense du territoire canadien souleva de
vives protestations de la part des impérialistes. La conspiration qui
avait déterminé l'expédition d'Afrique avait porté ses fruits. Plusieurs
députés torys attaquèrent violemment le ministre et s'efforcèrent de lui
faire supprimer les mots "pour la défense du Canada." Sir Frederick
Borden tint bon. Il eut même le courage et la loyauté de reconnaître
que le changement apporté en 1868, dans la forme de la loi, n'en avait
pas modifié l'esprit et la portée. Il poussa la franchise jusqu'au point
d'admettre qu'en 1899, le ministère s'était mis hors la loi.
Relisons quelques-unes de ces déclarations (2) :
"M. MACLEAN : Je demande au ministre s'il n'est pas exact que
" sous l'autorité de l'article antérieur de la loi, la milice du Canada pou-
(1) Pièce jusUficative 66.
(8) Pièce Justi/icaUve 67.
— 87 —
" vait servir à la défense de l'Empire et être expédiée en dehors du pays
" pour cet objet : le texte nouveau l'interdit strictement.
"Sir Frederick BORDEN : Non. Je suis avisé, et je l'ai été de même
" au temps de la crise sud-africaine, que la loi actuelle ne nous permet
" pas de le faire.
"M. Sam HUGHES : De faire quoi?
"Sir Frederick BORDEN : Nous ne pouvions pas envoyer la milice
" servir en Afrique : la loi ne nous le permettait pas. Nous changeons la
" loi afin de nous conformer à l'opinion — et nous partageons cette opi-
" nion — qui détermine l'emploi de la milice de la mère-patrie et de cha-
" cune des colonies de l'Empire, où vous constaterez que le même dispo-
" sitif est en vigueur."
Ces déclarations sont faites le 12 juillet, au cours de l'étude du pro-
jet de loi en comité général de la Chambre. La discussion est reprise
le premier août. Les attaques se renouvellent plus nombreuses et plus
violentes. Le ministre ne cède point. En réponse aux ultra-loyalistes,
—Sam HUGHES, Billy MACLEAN, l'inimitable GOURLEY, le Dr SPROU-
LE, pontife de l'orangisme, — qui invoquent, avec force tirades enflam-
mées, le précédent de l'expédition d'Afrique, sir Frederick réplique:
" Les troupes que nous avons envoyées en Afrique n'ont pas été ex-
" pédiées sous l'autorité de la loi de la Milice. Ces troupes étaient volon-
" taires, elles ont été expédiées en vertu d'un arrangement spécial. La
" même chose pourrait se répéter en toute occasion. Ce ne serait certaine-
" ment pas en vertu de la loi de la Milice, soit telle qu'elle existait ou telle
" que nous proposons de la modifier, car il n'y a pas de différence essen-
" tielle [entre les deux] La loi que nous proposons est essentieUe-
" ment la même à cet égard que la loi précédente; l'objet [du change-
" ment] étant de traduire fidèlement la véritable intention [du législa-
" teur] L'idée fondamentale d'une force de milice a toujours été
"la défense du territoire (home defence), et telle elle subsiste aujour-
" d'hui. Dans chacun des pays de l'Empire britannique, sans exception,
" on trouvera le même principe que celui qui est contenu dans le projet
" de loi soumis à la Chambre : l'emploi de la milice de chaque pays par-
ticulier de l'Empire britannique, y compris les Iles Britanniques elles-
" mêmes, se limite au pays particulier de l'Empire où elle se recrute."
Le leader de l'Opposition, M. R. L. BORDEN, demande au ministre
pourquoi il tient à faire modifier le texte de la loi. Voici la réponse:
" Ces mots 'pour la défense du Canada' sont introduits afin d'établir
" sans ambiguïté que la milice ne peut être appelée à servir en dehors du
" territoire pour d'autre objet que celui de la défense du Canada." U est
impossible d'être plus catégorique.
Les jingos ne désarment pas.
"M. GOURLEY: Pourquoi ne pas laisser subsister l'ancien texte?
"Sir Frederick BORDEN: L'honorable député ne prétendra pas
" assurément que sous la loi actuelle le gouvernement pourrait envoyer
" un corps de milice à l'étranger.
"M. GOURLEY : Je n'en ai pas le moindre doute: vous pourriez
" l'envoyer n'importe où.
— 88 —
" Sir Frederick BORDEN: Je suis prêt à tenir tête à tous {corne to
" close quarters) sur ce point; je suis prêt à affirmer qu'à mon avis il
" n'est pas -dans l'intérêt de la milice qu'un dispositif de cette nature
" soit adopté.
" M. GOURLEY : Mais tout Canadien veut y aller.
" Sir Frederick BORDEN : Je ne pense pas que l'honorable député
" lui-même songerait sérieusement à proposer que le gouvernement ait
"le pouvoir d'ordonner à la milice d'aller en service à mille milles du
" Canada.
** M. GOURLEY : Pourquoi pas? Pourquoi sommes-nous ici?
" Sir Frederick BORDEN : C'est à l'honorable député à s'expliquer
" là-dessus. Je ne crois pas qu'aucun homme réfléchi, tenant compte
" des conditions de notre jeune pays, proposerait sérieusement de
" voter une loi qui donnerait au gouvernement le pouvoir de comman-
" der à la milice d'aller servir dans des pays lointains.
" M. BARKER : C'est l'ancienne loi.
"Sir Frederick BORDEN : Ce n'est pas l'ancienne loi. J'ai pris la
"peine d'étudier les statuts de l'ancienne province du Canada et des
"autres provinces de la Confédération; et j'ai constaté que pas une seule
"de ces lois ne contient un article qui autorise l'emploi de la milice en
" dehors de la province."
Le leader conservateur, M. R. L. BORDEN, vient à la rescousse de
ses amis et réclame à son tour le maintien de l'ancien texte. Il invoque
l'exemple des autres colonies de l'Empire.
Le ministre le suit sur ce terrain et lui prouve, texte en mains, que
les lois de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie sont encore plus restric-
tives que celle qu'il propose lui-même. A l'un des principaux députés
conservateurs, M. Barker, impérialiste ardent, sir Frederick riposte par
cette déclaration toute nationaliste:
"L'honorable député désire-t-il que le Canada entre dans la voie
"dangereuse qui le conduira à prendre part aux guerres étrangères ?
" Est-ce là la politique de l'honorable député? Je crois qu'i7 est suffisant
" pour nous de nous occuper de nos propres affaires; à mon humble avis,
" nous servirons d'autant mieux l'Empire que nous nous fortifierons chez
" nous en nous préparant à défendre notre propre territoire."
La victoire resta au ministre: le texte fut adopté sans même que
l'Opposition osât provoquer un vote. Et la loi de la Milice est encore au-
jourd'hui ce qu'elle était en 1904.
J'étais député à cette époque: j'assistai à toutes ces délibérations ;
et je puis attester que les fermes déclarations du ministre de la Milice
obtinrent l'approbation unanime du parti libéral et de la très grande ma-
jorité du parti conservateur. En faut-il davantage pour expliquer pour-
quoi je me sens si peu ému quand tous les politiciens qui ont applaudi
ces paroles, et toute leur valetaille de presse et de tribune, me couvrent
aujourd'hui d'opprobres, et d'injures parce que je persiste à croire et à
dire que le Canada doit "s'occuper d'abord de ses propres affaires",
qu'il aurait dû éviter "la voie dangereuse qui l'a conduit à prendre part
aux guerres étrangères", et que la meilleure manière d'aider l'Empire,
— 89 —
" c'est de nous fortifier chez nous en nous préparant à défendre notre
"propre territoire?'*
Loi Navale, 1910
Voyons maintenant les déclarations de principes que les chefs des
deux partis ont faites au cours des débats qui ont précédé l'adoption de
la loi navale (1).
Dans le débat sur l'adresse, à l'ouverture de la session où la loi fut
votée, le premier ministre, sir Wilfrid LAURIER, déclare: "Ai-je be-
" soin de dire à mon honorable collègue " — il s'adresse à M. Monk —
" que, soit que nous ayons une flotte ou non, nous ne perdrons pas notre
" droit au self-government ? Si nous avons la flotte, cette flotte n'ira en
" guerre que si le parlement du Canada, où siège l'honorable député, dé-
cide de l'y envoyer... S'il nous faut maintenant organiser une force
"navale, c'est à cause de notre croissance comme nation: il nous faut
" porter le fardeau qui est le prix de notre existence comme nation (of
" being a nation)."
Plus loin, il parle avec grandiloquence des devoirs des Canadiens
comme sujets britanniques; mais toujours sous réserve de leur liberté
d'action législative (2).
Le leader de l'Opposition, M. BORDEN, commença par soutenir la
thèse de la solidarité impériale; mais éclairé par le résultat de l'élection
de Drummond-Arthabaska, il eut un moment de lucidité et se ressouvint
des principes constitutionnels que son parti avait soutenus pendant un
demi-siècle. A la session qui suivit l'adoption de la loi navale, dans le
débat sur l'adresse, il prononça les paroles suivantes qui condamnaient
d'avance toutes les entreprises impérialistes des deux partis, toute con-
tribution du Canada à la défense générale de l'Empire, tant que le gou-
vernement britannique restera seul maître de la politique étrangère de
l'Empire :
"Si le Canada et les autres colonies autonomes [Dominions] de
"l'Empire doivent prendre part, comme nations de cet Empire, à la
"défense générale de l'Empire, n'aurons-nous, comme citoyens de ce
"pays, aucune voix délibérative quelconque dans les conseils de l'Em-
" pire suit les problèmes de paix ou de guerre qui affectent tout l'Em-
" pire? A mon avis, cette situation ne serait pas tolérable. Je ne crois pas
'"que le peuple du Canada s'y soumettrait un seul instant."
M. Borden a constaté, depuis, que le peuple du Canada et lui-même
ont l'échiné infiniment plus souple qu'il ne le pensait en 1910. Il n'est
que juste d'ajouter que, depuis son accession au pouvoir, M. Borden n'a
perdu aucune occasion, en Angleterre surtout, d'affirmer que sur ce point
son opinion n'a pas varié, en théorie. Cette doctrine, on ne l'a pas
oublié, c'est celle que lord Elgin énonçait dès 1851. Nous en avons
retracé l'expression dans la plupart des dépêches et des pièces officielles
(1) Pièce justificative 70.
(2) C'est à peu près la thèse de "l'obligation morale" que soutiendra plus tard, au
bénéfice du parti tory, l'Action Sociale, de Québec Ce Journal en est rendu a affirmer
l'obligation "légale" des Canadiens de se battre pour l'Angleterre. Cela dépasse Sam
Hughes et l'Orange SentineJ.
— 90 —
échangées entre les autorités des deux pays au cours de la période où
le droit public des colonies, en tout ce qui touche à leur organisation
militaire et à la défense de l'Empire, a trouvé son plein développement.
Cette même doctrine, M. DOHERTY, aujourd'hui ministre de la Jus-
tice, l'avait affirmée et précisée, <à la session précédente, dans le discours
qu'il avait prononcé contre la deuxième lecture du projet de loi navale:
"L'aspect dominant de cette mesure. . . ., c'est qu'elle nous entraîne
" nécessairement dans l'inévitable participation à des guerres qui peu-
" vent résulter de la politique étrangère de la métropole; et cette politi-
" que nous la subissons d'une manière absolue; car la mère-patrie gou-
" verne exclusivement — et dans les conditions actuelles, cela est abso-
" lument équitable — les relations étrangères qui affectent non seulement
" ses intérêts mais ceux de toutes ses colonies. . . La direction d'une force
" navale est l'une des fonctions du pouvoir qui dirige la politique
" étrangère. . . qu'une flotte est appelée à appuyer. De là il s'ensuit, à
" mon avis, qu'en toute justice, avant d'entreprendre de participer à la
" défense navale de l'Empire, la condition préalable serait que nous de-
" vrions obtenir une réelle voix délibérative dans la détermination et la
" gouverne des relations étrangères de l'Empire. . . Je veux m'expliquer
"clairement: la découverte d'un moyen par lequel nous pourrons avoir
"une voix délibérative, une réelle voix délibérative, dans la direction
" de la politique étrangère de l'Empire, est une condition essentielle qui
"doit précéder tout ce qui peut nous entraîner dans {précèdent to our
" cmbarking upon) toute politique permanente de participation au main-
" tien des forces navales de l'Empire. Cette condition est essentielle et
"doit précéder toute politique de participation si notre autonomie....
" doit être conservée."
M. Doherty n'envisageait alors que la participation des flottes du
Canada aux guerres de l'Empire: — il n'était nullement question, à cette
heure, de la coopération des armées; — mais la doctrine qu'il a posée s'ap-
plique avec une égale force à toute forme de contribution du Canada et
des autres colonies autonomes aux guerres de la métropole; et M. Do-
herty serait le dernier à prétendre le contraire.
Tant que les autorités impériales n'auront pas concédé au Canada
la "condition préalable et essentielle" que stipulait le jurisconsulte le
plus éminent du parti conservateur et du parlement actuel, il doit être
légitime de soutenir, en 1914 et en 1915, ce que M. Doherty pensait appa-
remment et affirmait sans ambages en 1910: que le Canada n'a nulle
obligation morale de participer aux guerres de l'Angleterre; et même,
que pour rester fidèle aux principes de la constitution britannique et à
ses propres traditions, le Canada devrait refuser sa participation à toute
guerre qui ne menace pas directement son territoire.
Qu'on ne vienne pas prétendre que la soudaineté et la grandeur du
cataclysme déchaîné en Europe, que les horreurs de la conquête alle-
mande et le salut de "la démocratie mise en péril", ont modifié ou abrogé
cette doctrine. Quels que soient les motifs que l'on puisse invoquer au-
près des nations, grandes ou petites, mais souveraines maîtresses de
leurs destinées et de leur action politique, pour les entraîner dans la
— 91 —
lutte contre la domination allemande et au secours de la "civilisation"
moscovite, aucun de ces arguments ne justifie la participation du Canada,
comme possession de la Grande-Bretagne, à une guerre où l'Angleterre
est entrée de son seul chef et de son plein gré, sans songer un seul ins-
tant à demander l'avis des "nations soeurs."
La guerre, loin de détruire la force de la doctrine invariablement
soutenue par tous les hommes d'Etat canadiens, depuis Cartier et les
deux Macdonald jusqu'à Laurier, Borden et Doherty, n'a fait qu'en dé-
montrer la valeur et la logique; tout comme la participation du Canada
à cette guerre, avant l'exécution de la condition "préalable et essentielle"
posée par M. Doherty, a plongé le Canada au plus profond de cette
situation "intolérable" que M. Borden prévoyait et dénonçait en 1910.
Retraçons maintenant les circonstances et les manoeuvres qui ont
permis aux impérialistes d'opérer cette révolution et d'emtraîner le Ca-
nada dans une voie si radicalement contraire à ses traditions nationales
et aux principes reconnus de la constitution britannique.
II
LA RÉVOLUTION IMPÉRIALISTE
Cartier, Macdonald et V indépendance du Canada
Dans les pages qui précèdent, nous avons retracé pas à pas la mar-
che ascendante des colonies dans la voie qui devait les conduire à la
pleine jouissance de leur autonomie. Que l'objet ultime des Pères de
la Confédération ait été de faire du Canada une nation, dans toute la
force du mot, il n'est guère possible d'en douter. On a vu la trace de
cette pensée dans plusieurs de leurs déclarations que j'ai citées. Si
j'avais voulu sortir du cadre de cette étude, exclusivement consacrée à
l'autonomie militaire du Canada, il m'aurait été facile d'en multiplier les
preuve*.
Le plus britannique des Canadiens de cette époque, sir John
MACDONALD, — celui-là même qui disait: ''Sujet britannique je suis
né, sujet britannique je mourrai", — voulait faire de la Confédération
le "Royaume du Canada". Cartier obéissait à la même pensée quand il
faisait traduire, fort inexactement du reste, "Dominion of Canada" par
"Puissance du Canada". Ces hommes d'Etat avaient une haute conception
des éléments nécessaires à la formation morale d'un peuple qui a le res-
pect de soi-même. Ils voulaient assurer à la Confédération canadienne,
dans l'Empire britannique, une situation en tout égale à celle du Royau-
me-Uni. Dans leur pensée, le gouvernement et le parlement canadiens
étaient appelés à exercer, au Canada, sous la souveraineté nominale
de la couronne d'Angleterre, les mêmes droits, la même juridiction, la
même autorité que le gouvernement et le parlement britanniques exer-
cent dans le Royaume-Uni. Macdonald voyait dans le lien colonial une
"alliance permanente" entre deux nations égales. Il prévoyait même le
jour prochain où le Canada contracterait librement des alliances avec
les nations étrangères (1). C'est absolument la conception que M. EWART
a reprise de nos jours dans son remarquable ouvrage The Kingdom of
Canada et dans ses Kingdom Papers. Le scandale que ces publications
ont causé au Canada démontre à quel point nous avons perdu le senti-
ment de la dignité nationale et rétrogradé dans la voie féconde que Mac-
donald, Cartier, Howe et McGee avaient tracée.
Les hommes d'Etat et les chefs d'opinion les plus éclairés de la Gran-
de-Bretagne, contemporains des Pères de la Confédération, favorisaient
les nobles aspirations des Canadiens. Quelques-uns appelaient même le
jour où les colonies se sépareraient définitivement de la métropole.
(1) "And when... we become a nation of eight or nine millions of inhabitants, onr
" alliance will be worthy of being sougrht by the créât nations of the earth. (Hear, hear.)
" I am proud to believe that onr désire for a permanent alliance will be reciprocated in
" Enrfand." ("Dèbates on Confédération, 1865" — page 43, deuxième colonne).
— 94 —
C'était là l'opinion courante dans les sphères moins élevées et dans la
masse du peuple des Iles Britanniques. Cette opinion se manifestait
souvent dans des termes peu flatteurs pour les Colonials; ceux-ci ripos-
taient par des diatribes n m ères contre l'arrogance et le mépris des Im-
périaux: on en a vu un exemple dans la philippique de Joseph Howe
sur l'égoïsme des Anglais et leurs "comptoirs rapaces". De l'aveu des
esprits les plus avertis, la rupture définitive était imminente: le moin-
dre incident, la plus légère bévue des autorités impériales, auraient suffi
à la déterminer (1).
Pour le plus grand bien ou le plus grand mal du Canada, ses gou-
vernants, Macdonald surtout, s'appliquèrent en toute occasion à pré-
venir la rupture et à réagir contre les courants d'opinion qui y condui-
saient, en Angleterre et au Canada. Ce travail de réaction fut par-
ticulièrement marqué et fructueux au moment des négociations qui
aboutirent au traité de Washington, en 1871. On peut dire en toute cer-
titude qu'en cette occurrence sir John Macdonald conserva le Canada
i» l'Angleterre, en dépit de la politique du gouvernement britannique et
des voeux à peine déguisés de quelques-uns de ses membres et de ses
fonctionnaires supérieurs.
Exploitation des Colonies
Dès que les hommes d'Etat anglais eurent constaté qu'ils ne pou-
vaient se débarrasser des colonies autonomes, et particulièrement de
celle de ces colonies, le Canada, dont la présence dans l'Empire leur
causait le plus de soucis, ils s'appliquèrent à trouver la solution du pro-
blème nouveau qui se posait devant eux. Dans l'esprit positif de ces
Anglo-Saxons, ce problème prenait cette forme toute simple: Quel avan-
tage pouvons-nous tirer des colonies autonomes? Quelles charges nouvel-
les pouvons-nous leur imposer? (2).
Cette pensée se retrouve à la base de la politique coloniale de toutes
les nations. L'établissement et l'exploitation des colonies au profit de
la métropole, c'est et ce fut à toute époque la politique de l'Angleterre,
tout autant que celle de l'Espagne ou de la France. Ce qui différencie
radicalement la politique coloniale de la Grande-Bretagne de celle des
autres nations, c'est qu'elle s'appuie sur le concours libre et volontaire
des colons eux-mêmes.
La marque la plus frappante de l'aptitude — et, pour les plus émi-
nents d'entre eux, j'oserais dire le génie — des hommes d'Etat britan-
(1) Lord BLACHFORD. sous secrétaire d'Etat aux Colonies, de 1860 à 1871, écrivait
on 1885: "I had always believed — and the belief ha» ao confirmée and Consolidated itself,
" that I can hardly réalise the possibility of anyone seriously thinkintr the contrary —
" that the deatiny of our colonie* ia independence; and that in thia point of view the
" fonction of the Colonial Office ia to secure that our connection, while it laata, «hall be an
" profitable to both parties, and our séparation when it cornes, as amicable as possible."
Ces paroles sont reproduites à la page 302 du troisième tome de l'Histoire Constitu-
tionnelle de l'Angleterre, de MAY, édition de 1912. L'auteur de ce volume, Francis HOL-
LAND, digne continuateur de l'oeuvre de May, fait observer que lord Blachford "a exercé
une influence prépondérante (paramonnt) sur la politique coloniale" de l'Angleterre. Ces
paroles, n joute- 1- il, "doivent être prises comme l'expression de l'opinion générale de»
hommes de son temps".
(2) M. HOLLAND signale cette évolution. A son avis, le gouvernement britannique
fit bon accueil au projet de fédération des provinces de l'Amérique du Nord, parce qu'il
y voyait le moyen d'accroître les forces de résistance de l'Angleterre contre une attaque
possible des Etats-Unis (p. 298 de l'ouvrage précité).
— 95 —
niques à gouverner un empire aussi incohérent que celui de la Grande-
Bretagne, c'est la patiente ténacité qu'ils ont mise à faire accepter par
les habitants des colonies anglaises des responsabilités et des chargea
plus onéreuses que celles que la France ou l'Espagne ont réussi à im-
poser à leurs colons par l'exercice du pouvoir arbitraire et la domina-
tion des armes. Pour y arriver, ils se sont servis de celle même des
institutions britanniques qui semblait devoir produire un résultat tout
opposé : le self-government.
A partir du jour où les autorités impériales se furent enfin déci-
dées à reconnaître aux colonies, en fait comme en théorie, le droit de
se gouverner elles-mêmes sans autre obligation militaire que celle de
pourvoir à l'ordre intérieur de leurs territoires respectifs et à la sécurité
de leurs frontières, elles ne songèrent plus à revenir sur leurs pas et à
mettre des entraves directes à la liberté d'action des colonies, non plus
qu'à leur imposer des charges impériales par l'action immédiate du par-
lement ou du pouvoir exécutif du Royaume-Uni. La perte des colo-
nies américaines leur avait donné une leçon toujours présente à leur
esprit. Du reste, la politique qui avait provoqué le démembrement de
l'Empire était trop contraire à toute la tradition britannique, trop oppo-
sée aux principes reconnus de la constitution anglaise, même aux jours
du pouvoir arbitraire des Tudors et des Stuarts, pour avoir jamais
chance d'être reprise.
Dans un moment d'épanchement, DISRAELI exprima un jour le re-
gret que l'Angleterre eût concédé tant de libertés à ses colonies (1). Dans
un mouvement d'impatience en face des lenteurs de la réalisation de son
rêve impérialiste, CHAMBERLAIN a manifesté la même pensée. Mais
Disraeli était un sémite et Chamberlain le moins traditionnel des hommes
d'Etat anglais, "the first British politician of the Yankee type", a dit de
lui, avec tant de justesse, GLADSTONE, qui avait eu toute occasion de
l'étudier à fond, comme ami et comme adversaire; et cependant, Disraeli
et Chamberlain eux-mêmes n'auraient jamais songé à reprendre, par l'ac-
tion arbitraire de la force impériale, la moindre parcelle des droits et
des privilèges reconnus aux colonies.
Le but vers lequel s'orienta graduellement toute la politique colo-
niale des hommes d'Etat anglais de la seconde moitié du dernier siècle, '
ce fut d'amener le gouvernement et le peuple des colonies à assumer
d'eux-mêmes une part croissante des charges impériales dont ils
s'étaient affranchis. Dans cette fameuse dépêche du 14 mars 1851, où
Cardwell et Granville voyaient à bon droit la définition la plus exacte
des principes qui doivent déterminer les relations de la métropole et
des colonies, lord GREY disait: "En adoptant ce principe", — l'aban-
don aux colonies du soin de leur défense territoriale, — "le gouverne-
ment de Sa Majesté ne ferait que revenir à l'ancienne politique colo-
niale de la Grande-Bretagne"; et afin de préciser sa pensée, il rappe-
lait qu'avant la révolution, les colonies anglo-américaines portaient le
poids principal de leur défense et des guerres coloniales (2).
(1) Discours au CrysUl Palace. 24 juin 1872, cité par Holland, pages 293-4.
(2) Pièce justificative 9.
96
Prodromes de la Révolution impérialiste
Si l'Angleterre s'en était tenue là, si elle avait loyalement accepté
les conséquences du "contrat solennel" qu'elle avait conclu en 1854 avec
Pancienne province du Canada et renouvelé en 1865 avec les fondateurs
de la Confédération, l'accord se serait facilement maintenu et l'unité
morale de l'Empire britannique serait infiniment mieux assurée qu'elle
ne l'est aujourd'hui.
Le gouvernement britannique, je l'ai rappelé dans la première
partie de cette étude, avait conclu une entente similaire avec les colo-
nies australasiennes.
Pour atteindre leur but et amener toutes les colonies à prendre une
part des charges Impériales, les hommes d'Etat anglais avaient donc de
sérieux obstacles à réduire. Il leur fallait non seulement renverser un
principe bien établi et conforme aux traditions les plus anciennes de
!a race, mais de plus rompre toute une série d'accords conclus à la suite
de longs et multiples pourparlers.
C'est à cette tâche immense et difficile que s'attachèrent les précur-
seurs et les protagonistes du nouvel impérialisme britannique. Fidèles
à la coutume séculaire qui fait la force et l'élasticité de la politique an-
glaise, les gouvernants laissèrent le mouvement naître et grandir en
dehors de l'action parlementaire. Du reste, la majorité des hommes
publics, dans le parti libéral surtout, répugnaient trop à la nouvelle doc-
trine pour qu'il fût possible d'en faire au début l'un des articles du pro-
gramme d'un parti. Le néo-impérialisme anglais a suivi la même route
que le Cobdenisme et la doctrine manchestérienne, dont il est la contre-
partie. Promulgué par quelques personnalités isolées, repoussé ou
dédaigné au début par les deux partis, il a réussi à s'introduire dans une
faction du parti tory-unioniste, puis il a envahi peu à peu toute la politi-
que anglaise et finalement conquis les colonies. Il règne aujourd'hui en
maître, dans tout l'Empire, sous sa forme la plus brutale et la plus oppo-
sée à la liberté d'action des colonies comme à leurs véritables intérêts.
Il n'a fallu qu'une vingtaine d'années pour détruire l'oeuvre d'un siècle et
amener les possessions autonomes, les "nations soeurs" de la Grande-
Bretagne, k prendre sur leurs épaules un fardeau infiniment plus oné-
reux que celui que Georges III, North et Grenville avaient tenté d'impo-
ser aux treize colonies anglo-américaines.
Par une singulière ironie des choses, c'est un homme d'Etat libéral,
radical même, sir Charles DILKE, qui peut être regardé comme l'initia-
teur du mouvement impérialiste contemporain. Ses ouvrages, "Greater
Britain, publié en 1867, et "Problems of Greater Britain", en 1890,
révélèrent à ses contemporains les possibilités de l'Empire britan-
nique. La consolidation difficile de la domination anglaise aux
Indes ; l'extension des frontières de cet immense empire, capable
à lui seul d'absorber le génie et l'effort d'une nation puissante ;
la pénétration insidieuse en Egypte; la conquête de vastes régions afri-
caines: — toutes ces entreprises avaient accru formidablement, en quel-
ques années, le poids des responsabilités impériales de l'Angleterre.
Ces conquêtes, ces annexions, l'Angleterre les avait faites sans consul-
— 97 —
ter la volonté ou les intérêts du Canada et des autres colonies autonomes.
Cet accroissement de puissance impériale et de richesses, ces nouveaux
domaines, ces nouvelles sphères d'influence, l'Angleterre les avait
achetés ou conquis pour le seul avantage de ses capitalistes, de
ses industriels et de ses négociants. C'était donc besogne difficile
que d'arriver à faire croire aux Canadiens et aux Australiens qu'ils
ont la moindre obligation morale ou l'intérêt le plus lointain à
aider l'Angleterre à porter le fardeau de cette expansion et à en
subir les conséquences, dont la principale est de soutenir le choc
des armées et des flottes du reste de l'univers. Car c'est, nul
n'en peut douter, l'expansion monstrueuse de l'Empire britan-
nique et la prétention de la Grande-Bretagne de dominer les mers afin
de conserver ses multiples possessions, qui constituent le principal
obstacle à la paix du monde et l'une des causes profondes du conflit
qui ravage l'Europe en ce moment.
Ligue de la Fédération Impériale — Sir Charles Tupper
et M. Tarte
Comment amener les colonies autonomes à se prendre les doigts
dans ce formidable et mortel engrenage? Les premiers apôtres du
nouvel évangile impérialiste se rendaient bien compte de la grandeur
et des difficultés de leur tâche. Afin d'amener les barbares des colo-
nies à verser leur sang et leur or pour assurer à l'Angleterre la posses-
sion de son empire, ils résolurent de séduire leurs chefs par l'appât des
honneurs impériaux et le partage de la souveraineté impériale.
Ils fondèrent, en 1884, VImperial Fédération Lcague, dont le pro-
gramme comportait toute la réorganisation politique, militaire et éco-
nomique de l'Empire. Afin d'assurer à l'Angleterre le concours des
colonies dans les guerres qu'elle serait forcée de subir ou qu'elle vou-
drait provoquer, ils suggérèrent de faire place aux coloniaux dans les
conseils de l'Empire et de les appeler à prendre leur part de la direc-
tion des intérêts généraux de l'Empire, sources et conséquences à la fois
de sa politique étrangère et de ses préparatifs de guerre sur terre et sur
mer. Afin de donner à l'association une base et un intérêt pécuniaires,
— condition essentielle de toute entreprise anglaise, — ils proposèrent
d'unir tous les pays d'Empire par une union douanière, un zollverein,
dont le double objet serait d'assurer à l'Empire reconstitué des revenus
impériaux, destinés au soutien de la diplomatie, de la flotte et de l'ar-
mée impériales, et de stimuler la production et l'échange inter-impérial
des produits des divers pays de l'Empire par l'exclusion proportion-
nelle et grandissante des produits étrangers.
Les esprits dirigeants de la Ligue commencèrent par mettre en
relief la partie de leur programme qui devait séduire davantage les ha-
bitants des colonies: la fédération politique, qui les appelait au partage
de la souveraineté impériale, et, surtout, l'union douanière qui aurait
répondu — du moins les impérialistes le croyaient — à leurs besoins
économiques et au régime protecteur que la plupart des colonies auto-
nomes avaient adopté.
— 98 —
Cette partie du programme lui valut tout d'abord des adhésions
retentissantes aux colonies. L'une des plus enthousiastes fut celle de
sir Charles Tupper, haut-commissaire du Canada à Londres. C'est
dans le même esprit que M. Tarte, futur lieutenant de M. Laurier et mi-
nistre des Travaux Publics dans le cabinet libéral de 1896, entra dans
les rangs de la Ligue (1).
Mais dès que les chefs du mouvement commencèrent à dévoiler
toute leur pensée et à parler de la fédération militaire, complément de
la fédération politique et économique, dès qu'ils abordèrent le chapitre
des contributions des colonies autonomes à la défense générale «de l'Em-
pire, le désaccord éclata.
Dans un article remarquable, publié par le Nineteenth Century, en
octobre 1891, sir Charles TUPPER attaqua avec sa vigueur coutumière
l'idée de faire contribuer les colonies à la défense générale de l'Em-
pire. En avril 1892, il revint à la charge dans la même revue,
l'une des plus répandues dans l'Empire. L'année suivante, il pro-
fita de son passage au Canada pour traiter cette question de
nouveau. Dans un discours qu'il prononça à Winnipeg, le 21
septembre 1893, il s'appliqua à détruire de fond en comble l'argumenta-
tion des protagonistes de l'impérialisme militaire. Toute sa thèse peut
se résumer en quelques propositions: Le Canada n'est pas un fardeau
pour la métropole; par la construction et l'établissement de ses voies de
communication intérieures, par le peuplement de son territoire et l'ac-
croissement de sa production agricole, il apporte à la défense militaire
de l'Empire et de l'Angleterre elle-même une contribution beaucoup plus
efficace que ne pourraient l'être une flotte et une armée coloniales
mises au service de la mère-patrie. Ces projets de contribution, il les
qualifie de "politique fallacieuse et erronée, propre à détruire l'unité
de l'Empire et non à la consolider" (2).
Cette résistance énergique força les chefs de la Ligue à modifier
leurs tactiques. Ils se remirent à faire miroiter aux yeux des coloniaux
les honneurs du partage de la souveraineté impériale et les avantages
de l'union économique. Ce fut alors d'Angleterre même que les objec-
tions s'élevèrent. Les Anglais voulaient bien accepter les secours mili-
taires des colonies; ils consentaient volontiers à se décharger, aux dé-
pens des bloated colonials, d'une partie de leur budget de la flotte et de
l'armée; mais ils n'entendaient pas se départir de leur autorité impé-
riale, ni même la partager, ni renoncer à leur régime fiscal qui leur
permet de trafiquer avec toutes les nations du monde, dont ils sont de-
venus les convoyeurs, les agents de commerce et, dans une large mesure,
les banquiers et les agents de change.
Les pontifes de l'impérialisme s'aperçurent de l'erreur qu'ils avaient
commise en exposant leur doctrine dans son entier et en posant toutes
les données d'un problème dont la solution proposée violentait trop
(1) Je tiens de M. Tarte lui-môme que lorsqu'il se fit inscrire comme membre de la
Ligue de la Fédération Impériale, il ne visait qu'à l'union douanière des pays d'empire.
II repoussait avec autant de force que les nationalistes d'aujourd'hui tout projet de con-
tribution des colonies à la défense générale de l'Empire et aux guerres impériales de
l'Angleterre. Son attitude au moment de la guerre d'Afrique l'a prouvé.
(2) Pièce justificative 55.
— 99 —
profondement les traditions communes et les intérêts contraires des
divers pays de l'Empire. Loin de se décourager, ils résolurent de pour-
suivre leur objet par des méthodes plus conformes aux habitudes et au
tempérament des peuples anglo-saxons. Ils abandonnèrent le titre de
Impérial Fédération League — trop suggestif d'une révolution politique
et d'une formule concrète de gouvernement — et prirent, en 1894, celui
plus ample et plus commode de British Empire League. Us bornèrent mo-
mentanément leur action à la propagande lente mais insidieuse des
idées, des arguments et des constatations de faits les plus propres à
faire naître, dans l'esprit des Britanniques et des Coloniaux, les notions
et les désirs qui les conduiraient invinciblement au but suprême : la
contribution des colonies aux guerres de l'Angleterre.
Colonial Defence Committee- Premiers indices
de révolution impérialiste
Tout en poursuivant, en dehors des sphères officielles, leur propa-
gande et leurs évolutions savantes, les impérialistes ne négligeaient au-
cune occasion de faire pénétrer leurs idées au Parlement.
Le précédent créé par la Nouvelle Galles du Sud avait, je l'ai noté,
éveillé l'attention des autorités impériales. C'est à la suite immédiate
de l'expédition du Soudan qu'elles constituèrent définitivement le Co-
lonial Defence Committee. Ce bureau reprit et coordonna les travaux
des diverses commissions parlementaires qui avaient eu charge d'étudier
le problème de la défense impériale, à la suite de la Commission de
1861, dont j'ai analysé le rapport.
Dès 1881 et 1882, l'une de ces commissions, présidée par le comte
de CARNARVON (1), avait présenté à la Reine trois rapports dont ia
conclusion renfermait ces paroles suggestives:
" Il n'est pas encore possible de définir avec précision les condi-
" tions qui permettraient de déterminer le partage porportionnel du far-
" deau [de la défense] entre la mère-patrie et ses colonies; et bien que
"le principe [de ce partage] puisse- être fixé dans un avenir prochain,
" la proportion relative des sommes versées devra nécessairement varier
" de temps à autre. L'entretien de la Marine Royale est jusqu'ici resté
"à la charge du trésor impérial; et, quelles que soient les espérances
" de l'avenir, i7 doit en être ainsi pour le présent. Il en est de même,
" dans une large mesure, de la charge des postes qu'il est essentiel de
" maintenir, de fortifier et de garnir de troupes afin de permettre aux
" vaisseaux de Votre Majesté de tenir les mers. D'autre part, nous
" croyons qu'en général, les colonies devraient se charger de la défense
" locale de leurs ports de commerce et contribuer à la protection des
" stations navales dont dépend si largement la sécurité de leurs territoi-
" res et de leur commerce. Les colonies australiennes ont déjà accepté
"ce principe et , prennent en ce moment des mesures efficaces pour
" assurer la défense de leurs principaux ports de mer.
(1) Ancien ministre des Colonies. C'est lui qui avait fait voter, à la Chambre des
Lords, l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord. De copieux extraits des trois rapports
de cette Commission sont contenus dans le volume des documents soumis à la Conférence
coloniale de 1887: C 5091-1, section VII-D, (p. 295-338 du volume). Le passage cité se
trouve à la fin du troisième rapport, p. 338.
— 100 —
" Les relations de la Grande-Bretagne et de ses colonies, en ce qui
" concerne la défense générale de l'Empire, doivent se modifier avec le
" temps. Selon toute probabilité humaine, la richesse et la population
" des colonies vont croître plus rapidement, toute proportion gardée,
"que celles de !a Grande-Bretagne; et leur capacité d'assumer une part
"équitable de la défense de l'Empire va aller en augmentant constam-
" ment. Nous apprécions pleinement l'immense et croissante valeur des
" colonies pour l'Empire; et nous prisons leur loyalisme et leur patrio-
" tisme autant que nous les respectons. Rien n'indique qu'elles se refu-
" seront à assumer une part aussi considérable du fardeau de l'Empire
" que leurs forces leur permettront de porter. Les communications
"libres et constantes qui sont entretenues avec les gouvernements res-
" ponsables des colonies sur toutes les matières d'intérêt commun con-
" tribueront puissamment à maintenir une notion d'association et de
"dépendance mutuelle, et à renforcer tes liens d'amitié qui unissent la
" mère-patrie et son empire colonial."
On voit déjà l'évolution qui se dessine. Ces rapports dormirent
assez longtemps sous la poussière des archives du parlement. La parti-
cipation des colonies à l'expédition du Soudan fit entrevoir aux minis-
tres britanniques la possibilité de hâter la réalisation des espérances de
lord Carnarvon et de ses collègues. En 1887, l'Empire célébrait le cin-
quantième anniversaire du couronnement de la Reine Victoria. Les
torys étaient alors au pouvoir, sous la direction de lord Salisbury. Ils
décidèrent de profiter de cette occasion unique pour réunir en Congrès
de l'Empire les représentants des grandes possessions autonomes, de
quelques principautés de l'Inde et même de plusieurs colonies de la
Couronne. Ce fut la première Conférence coloniale.
Première Conférence Coloniale, 1887
L'invitation aux gouvernements des colonies autonomes est conte-
nue dans une dépêche, en date du 25 novembre 1886, de M. Edward
STANHOPE, alors ministre des Colonies. J'en extrais les passages sui-
vants qui indiquent nettement le but que se proposaient les autorités
impériales (1).
" 3. — De l'avis du gouvernement de Sa Majesté, la question qui est à
" la fois urgente et susceptible d'une étude fructueuse, à l'heure actuelle,
"est celle de l'organisation de la défense militaire. L'action patrioti-
" que des colonies qui ont offert des régiments pour prendre part à la
" campagne d'Egypte a fait une impression profonde et durable sur
"l'opinion publique: c'est le premier résultat pratique d'un travail très
" consciencieux poursuivi ces années dernières. Mais en conséquence
"d'une situation inévitable (a necessitg cf the case), les mesures prises
"dans chaque colonie, tant pour l'organisation des forces locales que
" pour la construction de travaux locaux de défense, ne sont pas encore
"comprises ni appréciées dans leur pleine mesure, dans les autres pays
"de l'Empire. La Commission Royale, présidée par le comte de Car-
(1) "Proceedlnr» of the Colonial Conférence"— 1887, Vol. I :— C. 5091. Les citation»
qui suivent portent l'indication des pages de ce volume. Les documents soumis aux déli-
bérations de cette Conférence forment un volume à part: C. 5091-1.
— 101 —
'* narvon, a fait une étude attentive et complète de tout le problème de
" la défense de l'Empire. Ce travail a conduit à l'exécution, dans diver-
" ses parties de l'Empire, de travaux de défense étendus et importants;
" et la cordiale coopération que les colonies ont offerte au gouvernement
" de Sa Majesté pour l'exécution de cette politique marque leur désir
" d'arrêter, autant qu'il est possible de le faire maintenant, une base d'ac-
" tion commune. Cette oeuvre se poursuit activement avec l'aide d'une
" commission permanente qui s'occupe sans relâche des questions rela-
" tives à la défense des colonies.
" 5. — Une autre question, qui ne le cède en importance qu'à ce
"grand problème [de la défense], se rattache tout particulièrement aux
" intérêts de l'Empire en temps de paix. 'Le développement des rela-
" tions commerciales et sociales [des pays de l'Empire] par le dévelop-
" pement de nos communications postales et télégraphiques pourrait,
" avec beaucoup d'avantages, faire l'objet des délibérations de la confé-
" renée projetée
"6. — Deux sujets principaux d'étude ont été suggérés. Il n'est
fc pas impossible toutefois .que, de l'avis général des gouvernements des
" colonies, d'autres questions importantes pourraient être, en toute con-
" venance et utilité, mises à l'étude. Mais je déplorerais, à l'heure ac-
" tuelle, la discussion de tout sujet se rattachant à ce qui est générale-
" ment désigné sous la rubrique ' Fédération politique '. Aucune expres-
M sion favorable à une orientation de cette nature ne s'est encore ma-
" nifestée aux colonies; et le gouvernement de Sa Majesté est d'avis
" qu'il n'y aurait aucun avantage à recueillir d'une discussion irrégulière
'" (informai) de ce problème très complexe, avant que les gouverne-
" ments intéressés n'en aient accepté la base. Si l'on soumettait à
" l'épreuve d'un examen complet (formai) une question qui n'est pas
" encore assez mûre pour appeler une décision pratique, on pourrait
" même nuire au succès uitime d'un système plus élaboré d'action com-
"mune." — (p. VII- VIII).
C'est le premier symptôme de la tendance qui aboutira au triom-
phe du véritable impérialisme anglais: faire partager aux colonies les
fardeaux de l'Empire, garder à la Grande-Bretagne l'autorité exclusive
et la direction suprême.
La Conférence s'ouvrit le 4 avril 1887 sous la présidence de sir
Henry HQLLAND, secrétaire d'Etat pour les colonies (1).
Impérialisme allemand et Impérialisme anglais
Le premier ministre, îe marquis de SALISBUB.Y, vint souhaiter la
bienvenue aux délégués des marches de l'Empire. Son discours con-
tient quelques passages intéressants:
"Les décisions de cette Conférence ne seront peut-être pas, pour
"l'instant, d'une importance vitale.... Mais nous comprenons tous
"que cette réunion est le commencement d'un état de choses dont les
"résultats à venir seront considérables. (Ecoutez! écoutez!) Elle sera
(1) Il avait remplacé, en janvier 1897, M. Stanhope, permuté au ministère de la
Guerre.
— 102 —
" la mère de nombreuses générations; et, à une époque lointaine, quelque
" Conseil de l'Empire se remémorera l'assemblée réunie dans cette
" Chambre et y verra la source de toute sa grandeur et de toute son
"action bienfaisante (Applaudissements).
" J'ai iu dans les journaux — je ne sais si c'est exact — que
"quelques-unes des colonies les plus importantes avaient télégraphié à
" leurs représentants [pour leur enjoindre] de ne prendre aucune part à
" l'élaboration d'aucun projet de fédération impériale. S'il en est ainsi,
" ces colonies, à mon avis, ne sont que sages. Cette question dépend de
"l'avenir, plutôt que du présent Nous ne pouvons imiter l'empire
" d'Allemagne et gouverner toutes nos affaires impériales d'un seul point
"central; et j'ignore si nous pourrons jamais le faire; mais il
" y a d'autres questions qui sont moins lontaines. Avant que l'Empire
" Germanique soit constitué comme il l'est aujourd'hui, il avait deux
"formes d'union; et toutes deux pourraient, je pense, s'appliquer à un
" empire comme le nôtre, bien qu'elles ne soient pas toutes deux, peut-
" être, susceptibles d'une application immédiate. Il y avait ie zollverein,
"l'union douanière; et le kriegsuerein, l'union pour la guerre (for mi-
" litary purposes). Nous devons pour l'instant, je le crains, reléguer
"dans le domaine lointain et nuageux de notre tâche et hors de sa
"sphère pratique, tout espoir d'établir une union douanière entre les
" diverses parties de l'Empire. Je ne pense pas que cette union soit, de
"sa nature, impossible; je ne pense pas que le seul fait de notre sépara-
" tion par l'océan la rende impossible. L'Irlande est réunie à l'Angle-
terre par une union douanière: ceci démontre qu'il n'y a pas d'im-
" possibilité [absolue à cette union] ; mais la détermination prise ici, il
" y a quarante ans, au sujet de notre politique fiscale, écarte entièrement
" toute possibilité [d'accord immédiat] ; et l'on ne saurait y songer avant
" le jour où, d'une part ou de l'autre, prévaudront des notions très diffé-
" rentes de celles qui prévalent aujourd'hui relativement à la politique
" douanière. J'écarte donc ce sujet et je me borne à appeler votre atten-
" tion sur le kriegsuerein, c'est-à-dire sur l'union pour la défense mutu-
" elle : c'est, je crois, la véritable question et la plus importante que vous
"serez appelés à étudier (Applaudissements), c'est la question qui se
" pose maintenant devant vous. Evidemment, il est inutile de faire ob-
" server que la défense de l'Empire exige l'effort de quelqu'un — effort de
" la mère patrie, effort des colonies. Nos intérêts sont communs; et c'est
" principalement dans le but de nous concerter sur la direction qu'il faut
" donner à nos communs efforts afin d'en obtenir les résultats les plus
" salutaires et les plus efficaces, pour les besoins de la défense, qu'il est
" si nécessaire d'entretenir des communications et des consultations
"constantes entre les divers pays de l'Empire Je crois avoir
" observé l'impression tendancieuse que la défense des colonies
" devrait relever exclusivement du gouvernement impérial, parce
" que tout péril que les coloniaux peuvent courir serait le résultat
" exclusif de l'action et de la politique impériales. Je ne songe
" pas à contester qu'en fait l'expansion de l'Empire peut, de temps
" à autre, mettre en péril certains des pays qui le composent, en
" raison d'intérêts qui ne sont pas les leurs, en d'autres termes,
— 103 —
"en raison des intérêts d'autres pays de l'Empire Je ne erois pas
" qu'aussi longtemps que l'Empire se tiendra uni, les colonies courent le
" moindre risque d'être entraînées dans une guerre quelconque. La po-
" litique de l'Empire est essentiellement pacifique; elle l'a été depuis
"un grand nombre d'années; et le danger d'une guerre résultant de la
" politique de la mère-patrie n'est pas, à mes yeux, le motif qui devrait
" induire les colonies à mettre leur défense sur un pied d'efficacité."
— (p. 5 et 6).
Il s'efforce ensuite de démontrer que les colonies ont un intérêt
croissant à organiser leurs moyens de défense et à compter sur leur
appui mutuel et sur ceiui de l'Angleterre. iLeur développement matériel
éveille la cupidité des nations étrangères. La rapidité des communica-
tions les met à la portée des flottes et des armées de l'Europe.
" Réunissez tous ces faits, et vous constaterez que les colonies ont
" un intérêt immédiat et très réel à conserver la protection que le lien
" impérial leur apporte, et qu'elles y trouvent le motif de s'unir à nous
" pour assurer l'efficacité de la défense de l'Empire. Ce motif n'est pas
" purement idéal (sentimental) ; il ne s'inspire pas seulement de l'atta-
" chement des colonies à la enère-patrie : il repose sur les bases les plus
" solides et les plus raisonnables de l'intérêt et de la sécurité [de cha-
" cune des colonies]. (Ecoutez! écoutezl)
" Ne croyez pas que ce projet de défense impériale est un
" simple prétexte que nous invoquons pour alléger notre fardeau, ou
" qu'il résulte d'un sentiment d'indolence ou d'égoïsme. Ce que nous
" désirons, c'est que tous les pays de l'Empire jouissent d'une égale sécu-
" rite, qu'ils soient également prospères, également glorieux; et pour
" atteindre cet objet, nous désirons que tous assument une part équitable
"et légitime de ia tâche dont tous devraient s'enorgueillir. (Applaudis-
" sements). [Cette tâche] ne consiste pas seulement à fournir de l'argent
M mais aussi à fournir des hommes. J'espère que l'expérience du passé
" nous permet de prévoir qu'avec le progrès dés temps, un nombre
"croissant de ceux qui ont vu le jour aux colonies prendront une part
" personnelle à la défense de l'Empire dans chacune de ses parties et
" s'enrôleront en nombre plus considérable que par le passé sous l'éten-
" dard de la Reine" (Applaudissements) — (p. 6 et 7).
Ce discours, excellent par la forme, est remarquable à plus d'un
titre. Il démontre la communauté d'inspiration de l'impérialisme an-
glais et de l'impérialisme allemand. Avec la franchise qui fait la no-
blesse des hommes d'Etat britanniques de la grande tradition, lord Salis-
bury exprime nettement la pensée de ses compatriotes: prêts à accepter
l'appui des colonies, et même à le solliciter, ils n'entendent nullement
compenser les sacrifices des "nations-soeurs" par la concession d'avan-
tages commerciaux ou le partage de la souveraineté impériale.
Lord Salisbury et ses contemporains savaient au moins corriger ce
monstrueux égoïsme en restreignant les exigences de l'Angleterre et les
contributions des colonies aux stricts besoins de la défense. Lord Sa-
lisbury était sincère lorsqu'il affirmait que la politique de l'Angleterre
était "pacifique": toute sa carrière l'a prouvé. Nous verrons bientôt
que les vrais impérialistes ont professé et pratiqué le même égoïsme
— 104 —
anglais' sous une forme plus brutale et plus contraire encore aux intérêts
des colonies. Ils ont révolutionné la politique extérieure de l'Empire:
de "pacifique" qu'elle était, ils l'ont faite essentiellement agressive et
spoliatrice; et ils ont exploité la jobarderie des coloniaux, non plus
pour assurer la défense de l'Empire, mais à l'appui de leurs provoca-
tions et au profit de leurs conquêtes. Pas plus que lord Salisbury, sauf
Chamberlain, ils n'ont offert aux colonies de compensations dans l'ordre
politique ou commercial.
L'impérialisme militaire au premier plan
Le président de la Conférence, sir Henry HOLLAND, ministre des
Colonies, fait ensuite un long exposé, très précis, de toutes les questions
que les délégués peuvent être appelés à discuter. A ceux qui veulent
étudier à fond les conditions générales de l'Empire britannique et la
nature particulière de chacun des principaux éléments qui le compo-
sent, ce discours offre plus d'un point intéressant. Mais il n'ajoute rien
aux principes généraux posés par lord Salisbury. Sur le problème de
la Défense, le ministre fait observer que son prédécesseur, M. Stanhope,
" était justifiable de dire que cette question est à la fois urgente et digne
"d'une étude fructueuse. Pour ma part, ajoute-t-il, je considère que
" cette conférence n'aura pas failli à son objet si elle ne fait rien autre
" chose que de placer la défense militaire et navale sur une base solide "
— (P. 9).
Il relate succinctement les travaux poursuivis par les diverses com-
missions parlementaires qui se sont occupées de ce problème depuis
une dizaine d'années, et particulièrement celle présidée par lord Car-
narvon, dont les trois rapports sont annexés au dossier de la Confé-
rence (Vol. II, p. 299-338). "En se basant sur ces données, ajoute-t-il,
" le gouvernement impérial a invité certaines colonies où les intérêts
" impériaux et les intérêts coloniaux se confondent, à partager le coût
" des mesures nécessaires de défense " (p. 11). Plusieurs de ces colonies,
Hong-Kong, Singapour, Maurice et Ceylan ont répondu à l'appel. Il indi-
que ensuite l'objet du Colonial Defence Commitlee, définitivement cons-
titué en permanence, deux ans auparavant. Ses attributions sont encore
modestes: il se borne à recueillir des renseignements et à les communi-
quer aux divers départements de l'administration britannique, qui ont
charge, directement ou indirectement, de la défense de l'Empire (1).
La plupart des séances de la Conférence furent consacrées à la dé-
fense navale des colonies australasiennes et aux communications télé-
graphiques entre toutes les possessions britanniques. Il en résulta, entre
le gouvernement britannique et les représentants des diverses colonies
australiennes, non encore fédérées, l'accord dont j'ai indiqué la subs-
tance précédemment.
C'est à l'une de ces séances, le 22 avril, que sir Alexander CAMP-
BELL relata les conditions de l'accord conclu, en 1865, entre la Grande-
Bretagne et le Canada (p. 271-276) — (2).
(Il I.o discours de sir Henry Holland est reproduit en entier au volume II du rap-
port de la Conférence, C 5001-1, avec une série de tableaux comparatifs des travaux de
dtTi'ii.so exécutés dans chacune des colonies (p. 7 à 22).
(2) Voir pages 71 à 78, et pièce Justificative 54.
— 105 —
Le Congrès se termina le 9 mai. Au moment de la clôture, le doyen
des coloniaux, sir Samuel GRIFFITH, délégué du Queensland, fit quel-
ques observations intéressantes sur les suites probables de cette réunion:
"Je considère que cette Conférence comprend ce que l'on pourrait
" appeler les éléments rudimentaires d'un parlement. L'une des carac-
" téristiques de nos institutions britanniques, c'est que celles de ces ins-
" titutions qui ont le mieux démontré leur durabilité sont celles qui sont
" sorties d'autres institutions d'un caractère rudimentaire à leur début.
** (Ecoutez! écoutez!) Il est impossible de prédire aujourd'hui quelle for-
" me les futures conférences devront prendre ou par quel mode leurs con-
" clusions pourront recevoir un jour une sanction ultérieure; mais nous
" pouvons prévoir, je pense, que cette sorte de conseil indéterminé
" (informai) de l'Empire se développera jusqu'au point où il deviendra
" un corps législatif, ou du moins un corps consultatif et peut-être, un
"ijour, un corps législatif dont nous ne pouvons préciser dès maintenant
" les conditions; et que des réunions comme celle-ci seront avant long-
" temps reconnues comme une partie du mécanisme général du gouver-
" nement de l'Empire (Ecoutez! écoutez!) " (p. 561).
Le président ratifia cette espérance (p. 562).
Il est à noter qu'à cette première conférence, aucun voeu, aucune
résolution concrète ne furent votés.
Dans une dépêche en date du 23 juillet 1887, sir Henry HOLLAND
communique aux gouverneurs des diverses colonies les résultats de la
Conférence:
" Le sujet de l'organisation de la défense coloniale vient le premier
" par ordre d'importance : c'est la position que lui avait assignée mon
" prédécesseur, M. Stanhope, aujourd'hui secrétaire d'Etat pour la guerre.
" Il ne peut y avoir de doute que le moment était arrivé où une déii-
" bération mutuelle sur ce sujet important s'imposait. On n'avait peut-
-être pas assez compris, dans ce pays-ci [la Grande-Bretagne], les
"efforts considérables qu'un grand nombre des colonies ont faits pour
" assurer la défense locale; et de toute façon, il était opportun d'étudier
" à fond cette question vitale. Je crois que la Conférence, en permettant
"un échange de renseignements, a produit le plus grand bien; et j'ai
" confiance qu'elle déterminera la consolidation des abondantes ressour-
" ces militaires de l'Empire pour les besoins de la défense " (p. IX) .
Il relate ensuite les diverses mesures projetées pour la défense mu-
tuelle de plusieurs colonies et les termes de l'arrangement conclu avec
les possessions australiennes:
" D'autres matières d'un caractère général, se rattachant à ce sujet
" de la défense coloniale, ont été mises sur le tapis ; par exem-
" pie, l'engagement, dans les armées coloniales, à des conditions plus
" favorables, d'officiers impériaux en retraite ou en activité de service,
" et l'emploi des forces coloniales en dehors des limites de la colonie
"particulière à laquelle elles appartiennent" (p. X).
Ce dernier projet n'avait été qu'effleuré. L'idée de centralisation
impérialiste n'était pas encore mûre.
Le reste de la dépêche est consacré principalement aux questions
de commerce et de communications télégraphiques et postales.
— 106 —
La seconde Conférence coloniale se tint à Ottawa, en 1894. Elle
avait été convoquée par le gouvernement canadien, sur les instances de
sir Sandford Fleming, pour délibérer sur la question particulière du
câble trans-Pacifique. Elle se consacra tout entière à cette question, qui
ne se rattache qu'indirectement au sujet de cette étude (1).
Dans l'intervalle, l'école impérialiste avait continué sa propagande,
avec des alternatives de succès et de contradictions.
Joseph Chamberlain
Il avait jusque-là manqué au mouvement un véritable chef, un hom-
me de pensée et d'action, capable à la fois d'embrasser les conceptions
hardies des rénovateurs de l'Empire et de les transporter dans le do-
maine de l'action politique et des faits accomplis. Ce chef nécessaire
se révéla dans Joseph CHAMBERLAIN.. C'est une personnalité et une
carrière remarquables que celles de cet homme, modeste industriel, dont
les aspirations et la politique triomphent aujourd'hui dans tout l'Em'
pire britannique. Entré dans la vie publique comme partisan et ou-
vrier actif des réformes sociales et économiques les plus radicales,
les plus exclusives de toute forme d'impérialisme politique, économique
ou militaire, il devait aboutir à donner à l'impérialisme britannique
l'orientation et la poussée qui ont assuré son triomphe — triomphe pro-
bablement éphémère, mais écrasant à l'heure actuelle.
Séparé de Gladstone par la question du Home Unie, auquel il avait
commencé par adhérer sans réserve, il ne se borna pas à faire bande à
part, comme John Bright ou sir Léonard Courtney (aujourd'hui lord
Courtney of Penwith) ; il se joignit à lord Hartington, futur duc
de Devonshire, et aux derniers tenants de l'arislocratie whig, qui ne
pouvaient plus faire cause commune avec le libéralisme généreux de
Gladstone. Ce groupe disparate, formé des deux factions les plus op-
posées du parti libéral, fit avec les torys une alliance d'où sortit le parti
conservateur-unioniste. Que cette fusion ait pu s'opérer, et surtout
qu'elle ait duré, on ne le comprend que si l'on a une connaissance ap-
profondie de la politique anglaise, où la logique et la fidélité aux doc-
trines et aux principes fixes jouent un rôle tout à fait secondaire. Ce
qui est plus étonnant encore, c'est que le principal facteur de cette
combinaison fut l'homme même qui, par son caractère et ses antécé-
dents, semblait le plus éloigné des deux groupes qu'avait rapprochés la
haine commune des libertés de l'Irlande. Sans doute, Chamberlain
sacrifia au succès de l'alliance unioniste et à son propre avancement la
plupart de ses idées sociales et de ses principes économiques. Mais ce
qui démontre la force de l'homme, c'est d'abord qu'il fit accepter son
apostasie à ses farouches adhérents, les socialistes de Birmingham ;
c'est surtout qu'il réussit à imposer à ses collègues torys et whigs, et
finalement à tout l'Empire, le principal article de son nouveau credo
impérialiste — la participation des colonies aux guerres de l'Empire, —
même après que le parti unioniste l'eut virtuellement rejeté de ses rangs
(1) \jc compte-rendu des délibérations de cette Conférence et le rapport de son pré-
sident, le comte de JERSEY, sont contenus dans un livre bleu impérial: C. 7553. Deux
dépêchai additionnelles du mnrquis de R1PON, alors ministre des Colonies, ont été pu-
bliées à part: C. 7824.
— 107 —
et qu'il eut repoussé les autres articles de son programme : la réorganisa-
tion politique et l'union économique de l'Empire. L'idée maîtresse de
Chamberlain triomphe aujourd'hui, après la défaite de l'homme qui l'a
lancée, défaite bientôt suivie de sa retraite et de sa mort; et elle triomphe
surtout par le concours aveugle et enthousiaste des coloniaux, qui avaient
été les premiers et les plus violents à la combattre.
Retraçons à grands traits la voie que cet homme remarquable, hors
cadre dans l'histoire d'Angleterre, a suivie pour atteindre son but, et les
jalons principaux dont il a marqué la route où il a réussi à entraîner le
Canada et les autres possessions autonomes de la Grande-Bretagne.
L'alliance tory-unioniste fut définitivement scellée en 1895. Le
marquis de Salisbury appela dans son ministère les chefs de la faction
détachée du parti libéral; le duc de Devonshire fut nommé président
du conseil (1), et M. Chamberlain, secrétaire d'Etat pour les Colonies.
L'ancien champion du radicalisme avancé n'était pas homme à suivre
docilement les traditions établies depuis un demi-siècle dans le minis-
tère des Colonies. Il commença par tenter une incursion dans le do-
maine de la politique étrangère. Il essaya de faire revivre les formules
provocatrices de lord Palmerston; il lança un jour contre la Russie un
défi retentissant, bientôt suivi d'injures et de diatribes contre la France.
Il suggéra un rapprochement entre la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et
l'Allemagne, afin d'assurer, sur les influences latines et slaves, le triom-
phe des idéaux communs du teutonisme anglais, américain et allemand.
Cette idée a laissé en Angleterre des traces plus profondes qu'on
ne le croit. En dépit des apparences de l'heure actuelle, on peut être
assuré qu'elle renaîtra et prendra corps. Rien ne se perd en Angle-
terre; rien surtout de ce qui répond au tempérament et aux instincts
de la race. Mais pour l'heure, la prudente résistance de lord Salisbury
et des conservateurs traditionnels mit un frein au bernhardisme d'avant
la lettre, dont un très grand nombre d'Anglais et de coloniaux sont les
disciples de fait, en dépit des injures qu'ils prodiguent, de ce temps-ci,
au prophète allemand du dieu de la force (2).
Forcé de se cantonner dans les attributions de son ministère, esti-
mé jusque-là d'importance secondaire, M. Chamberlain s'appliqua
immédiatement à en faire l'un des plus importants du pouvoir exé-
cutif de la Grande-Bretagne. Il conçut dès lors la pensée d'utiliser les
colonies dans la poursuite des projets de conquête et d'expansion bru-
tale qu'il rêvait pour l'Angleterre. Il résolut de créer aux pays d'outre-
mer un jingoïsme impérial qui lui servirait de stimulant et de levier
pour vaincre les résistances des Anglais plus soucieux que lui des dan-
gers de cette politique agressive et des exigences de la justice et de la
morale internationales. Il pensait avec raison que s'il réussissait à
faire entrevoir à ses compatriotes la perspective de renforts considéra-
bles de troupes de terre et de mer, recrutées aux colonies sans qu'il en
coûtât à la Grande-Bretagne, il viendrait plus facilement à bout des
(1) En Angleterre comme au Canada, la présidence du Conseil n'est pas nécessaire-
ment occupée par le premier ministre.
(2) Dans son Message à la Nation, lord ROBERTS enjoignait à ses compatriotes de
n'accueillir les enseignements de Bernhardi "qu'avec nn sentiment de respect."
— 108 —
calculs de la prudence et des scrupules de la morale. Pour atteindre
ce but, il lui fallait d'abord conquérir la confiance des coloniaux. Il
s'y mit résolument; et le succès ne tarda pas à couronner ses efforts.
Il devint bientôt l'oracle des gouvernants des colonies, même quand il
suscitait leur contradiction. Déjà, en 1888, il avait, comme plénipoten-
tiaire du gouvernement britannique, négocié, avec sir Charles Tupper,
un traité de réciprocité entre le Canada et les Etats-Unis. Ce traité
échoua au Sénat américain. Mais M. Chamberlain en avait profité pour
venir au Canada et manifester aux Canadiens un intérêt auquel ne les
avaient pas habitués les hommes d'Etat britanniques, tous plus ou moins
dédaigneux des Colonials.
Jubilé de la Reine Conférence de 1897
Placé à la tête de l'adminislration coloniale, Chamberlain ne négli-
gea aucune occasion de prendre contact avec des hommes publics et les
chefs d'opinion des "nations soeurs" — c'est lui qui a inventé cette amu-
sante appellation, destinée à entretenir les illusions vaniteuses des colo-
niaux. Les fêtes grandioses qui marquèrent le soixantième anniversaire
du couronnement de la reine Victoria lui donnèrent l'avantage excep-
tionnel de réunir sous sa main les premiers ministres et les nombreux
délégués des colonies autonomes. Il les entoura de prévenances. Il les
combla d'honneurs. Il fit même semblant de les consulter. De son rêve de
grandeur impériale, il leur dévoila tout ce qui était propre à séduire
leur vanité et même les aspirations les plus nobles et les plus légitimes
des habitants des colonies.
Il ne borna pas ses efforts à une action personnelle sur chacun des
délégués coloniaux. Lorsqu'il les jugea suffisamment éblouis par le
spectacle des pompes impériales et préparés à accepter les principes
de sa doctrine et les actes de ' dévotion impériale ' qu'elle suggère, il
les réunit en Congrès de l'Empire (1). Une fois qu'il les eut bien assou-
plis, il leur révéla la pensée directrice et les tendances générales du
nouvel évangile.
..."Quelque forte que soit l'union des sentiments, et tout impos-
" sible qu'il serait d'établir des relations quelconques sans l'existence
" de cette union, nous sentons tous, je crois, qu'il serait désirable d'en
"tirer profit et de resserrer davantage les liens qui nous rattachent les
" uns aux autres. Je puis affirmer qu'ici, au moins, l'idée d'une fédé-
" ration flotte dans l'atmosphère... Il est très vrai que notre constitu-
" tion et les vôtres ont toutes passé par une croissance très lente et
" qu'elles sont d'autant plus fortes qu'elles se sont affermies par degrés.
"Peut-être en doit-il être ainsi de la Fédération Impériale: si elle doit
u s'accomplir un jour ce ne sera mie par une marche graduelle et après
"l'écoulement d'une longue période...
" Il semble que des procédés plus efficaces de consultation mu-
" tuelle entre les colonies autonomes et la mère-patrie sont devenues
(1) "Proceeding;* of a Conférence between the Sécréta ry of State for the Colonie* and
the Premier* of the Self Governinit Colonies at the Colonial Office, Ix>ndon, .lune and
July 1897" — (',. 8596. Ce rapport ne contient que les discours des ministres britanniques
et un résumé très sommaire des décisions arrêtées. Les chiffres qui suivent chacune des
citations se réfèrent aux pages de ce document.
— 109 —
"nécessaires; et il me vient souvent à l'esprit — j'en fais aujourd'hui
•' une simple suggestion personnelle — qu'il serait possible de créer un
" grand Conseil de l'Empire où les colonies délégueraient des représen-
" tants plénipotentiaires — non pas de simples délégués, incapables
" de parler au nom des colonies sans soumettre leur attitude à leurs gou-
" vernements respectifs, — mais des représentants qui, par leur position
** dans les colonies mêmes, par leur caractère officiel et leur connais-
" sance intime de l'opinion coloniale, pussent donner des conseils pré-
" cieux et vraiment efficaces sur tous les sujets qu'on leur soumet-
" trait. . . Il en pourrait surgir peu à peu ce Conseil Fédéral que nous de-
" vons toujours considérer comme l'idéal ultime. . . . Mais évidemment,
" avec le privilège d'administration et de direction, viendront aussi
" les obligations et les responsabilités. // s'ensuivra lui mode quelcon-
" que de contribution pour couvrir les dépenses nécessaires aux inté-
rêts communs que nous posséderons. Ceci, dis-je, se prouve par soi-
-même; mais c'est un point qu'il ne faut pas perdre de vue, même dès
M le début de la considération du sujet" (p. 5 et 6).
Le ministre des Colonies traite ensuite très longuement du problè-
me de la défense de l'Empire. Il fait une comparaison, fallacieuse du
reste, entre les dépenses respectives encourues par la métropole et les
colonies pour le soutien des forces de terre et de mer ; puis il aborde
la question épineuse des contributions coloniales à la défense générale
de l'Empire.
" Nous considérons encore les colonies comme des enfants,
"mais des enfants qui vont atteindre rapidement la maturité; et
" poser dès le début ce principe de l'appui mutuel et d'un patriotisme
" vraiment impérial, est une grande oeuvre dont nos hommes d'Etat
" coloniaux ont raison d'être fiers.
" Je serais très heureux d'entendre l'opinion des Premiers Ministres
" au sujet de la contribution, quelle qu'elle soit, que les colonies seraient
"disposées à offrir pour sanctionner ce principe au point de vue de la
" défense navale de l'Empire. Quant à la défense territoriale de l'Em-
" pire, je suis forcé d'avouer que nous sommes encore en arrière, bien
"qu'un grand progrès se soit accompli ces années dernières.... Je
" rappellerai aux Premiers^Ministres réunis que si la guerre éclate, elle
"sera soudaine: ce ne sera pas le temps des préparatifs. Par consé-
" quent, il est de la plus haute importance qu'ayant tous un intérêt com-
" mun, nous préparions d'avance un projet de défense commune contre
"tout ennemi possible ou au moins probable; et ces projets de défense
"devraient nous être soumis
"L'échange mutuel de troupes entre les groupes divers est une
"question très importante; mais cette importance serait grandement
" accrue si cet échange mutuel s'opérait entre toutes les forces de l'Em-
" pire, — entre les forces que vous possédez dans les diverses colonies
" et les armées dont vous avez vu quelque chose ici depuis que vous
" avez abordé les rives de la mère-patrie. . . '. . Si vous possédez, comme
" le Canada, à Kingston, une école militaire importante, nous pourrons
" offrir, à l'occasion, aux cadets de cette école, des brevets dans l'armée
" britannique.
— 110 —
" Tout d'abord, l'idée de faire venir ici un régiment de ce genre
"serait seulement d'atteindre ce but [instruction et manoeuvres], sans
" l'engager dans des opérations militaires. Néanmoins, il me semble
" possible que si le désir de ces volontaires les portait à partager les
" dangers et les gloires de l'armée britannique et à prendre leur part
" des expéditions où l'armée anglaise pourrait s'engager, je ne vois pas
" pourquoi ces troupes coloniales n'iraient pas, de temps à autre, com-
" battre côte à côte avec leurs compagnons anglais " (p. 8 et 9).
C'est la reprise du projet suggéré en 1870 par Cardwell et Gran ville
et rejeté péremptoirement par Macdonald et Cartier.
Défense navale— Impérialisme agressif
Sur la question de la défense navale, les représentants des colonies
furent gratifiés d'une conférence de M. GOSCHEN, Premier Lord de
l'Amirauté. Son plaidoyer s'adressait surtout aux colonies australien-
nes, dont la sécurité territoriale, je l'ai indiqué précédemment, dépend
dans une large mesure des forces de défense navale.
M. Chamberlain s'était appliqué à dénaturer fort habilement le ca-
ractère réel de l'entente conclue précédemment entre la Grande-Breta-
gne et les colonies des antipodes. A ce qui était en réalité la coopéra-
tion de l'Angleterre et des pays australasiens à la défense immédiate du
territoire de ces colonies, il avait donné figure de contribution des
colonies à la défense navale de l'Empire. C'est l'origine de la légende
qui servira plus tard d'argument et d'exemple aux partisans de la con-
tribution du Canada à Ja flotte britannique. M. Goschen eut garde de
détruire cette trame savante.
" Je reconnais, dit-il, la valeur du principe qui sert de base à la
" contribution navale que les colonies se sont imposée il y a quelques
'* années, et je considère que ce serait une démarche rétrograde et vrai-
" ment malheureuse si l'on tranchait les liens qui furent alors établis.
" Sir Gordon SPRIGG [premier ministre du Cap] nous a communiqué
" une proposition très, gracieuse du Cap indiquant le développement de
" ce système."
'La Colonie du Cap, en effet, fit peu après cadeau d'un vaisseau de
guerre à l'Amirauté britannique. Elle en fut récompensée, en 1899 et
en 1900, en voyant sa constitution violée, ses campagnes ravagées
et plusieurs de ses habitants pendus, parce qu'elle se refusait à voir
d'un bon oeil l'Angleterre s'emparer par la ruse et par la violence des
républiques du Transvaal et de l'Orange.
" Nous serions très heureux, ajoutait M. Goschen, d'entrer en négo-
ciations avec le Canada, sinon sur la même base, à cause de la diffé-
" rence des situations, mais sur une base différente."
Il en profitait, du reste, pour ouvrir la voie qui devait conduire les
colonies australiennes au point où elles refusaient alors de se rendre.
" Notre politique, disait-il en terminant son discours, doit être
" agressive ; elle vise à courir sus à l'ennemi. En ce qui concerne
" l'Australie, cette politique pourrait avoir pour objet d'attaquer celles
" des possessions des pays en guerre avec nous qui peuvent se trouver
" dans la zone australienne, ou de rechercher leurs vaisseaux partout
— 111 —
" où ils pourraient se trouver dans la sphère d'opération de l'escadre
" australienne."
N'est-ce pas l'esquisse du programme qui sera exécuté, dix-sept ans
plus tard, contre les colonies et les navires de commerce de l'Allemagne?
" De là notre demande pour une marine libre. De là le devoir des
" colonies autant que celui de la mère-patrie de pourvoir à la défense
" de leurs côtes. Je ne dis pas que nous ne préférerions pas des con-
" tributions libres de toute restriction; mais je ne les exige pas; et,
" d'accord avec la politique actuelle du bureau de l'Amirauté, je suis
"prêt à m'en tenir à l'accord existant" (p. 16 et 17).
On voit que les choses avaient marché, depuis 1887.
Attitude des Coloniaux
Les gouvernants des colonies ne répondirent pas à ces invites déjà
pressantes par un acquiescement positif ni même par une expression
d'opinion oficielle. L'arrangement conclu en 1887 entre la Grande-Breta-
gne et les colonies australasiennes, dont j'ai relaté l'origine dans la pre-
mière partie de cette étude, resta intact. Personne ne se risqua à mor-
dre à l'amorce jetée par M. Chamberlain pour faire reconnaître le prin-
cipe de l'échange des troupes impériales et coloniales, en vue de leur
coopération en temps de guerre. Liés par la tradition et par l'opinion
encore courante aux colonies, les membres du congrès ne consentirent
à se prononcer que sur les seuls problèmes de réorganisation constitu-
tionnelle et économique, que M. Chamberlain, interprète et écho des
chefs du mouvement impérialiste, avait posés comme corollaires de l'im-
périalisme militaire. Ils adoptèrent à l'unanimité les voeux suivants:
Sur les relations commerciales:
1. — "Les premiers-ministres des colonies autonomes recomman-
" dent fortement, et à l'unanimité, la dénonciation, à la plus brève
" échéance possible, de tout traité existant qui entrave les relations de
" la Grande-Bretagne et de ses colonies.
2. — " Dans l'espoir d'activer les relations commerciales entre
" la mère-patrie et les colonies, les Premiers-Ministres se chargent de
" conférer avec leurs collègues afin de s'assurer si l'on pourrait attein-
" dre le but proposé en établissant aux colonies un tarif différentiel en
"faveur des produits du Royaume-Uni."
Sur les relations politiques:
1. — " Les Premiers-Ministres ici réunis sont d'opinion que les rela-
" tions politiques qui existent entre le Royaume-Uni et les colonies
" autonomes sont généralement satisfaisantes dans leurs conditions
" actuelles.
2. — " Ils sont aussi d'opinion qu'il est désirable, dès qu'il sera pos-
" sible d'y arriver et partout où la question s'impose, de grouper dans
" une union fédérale les colonies possédant l'unité géographique.
3. — " Sous le régime actuel, les Premiers-Ministres sont d'opinion
" qu'il est désirable que les représentants des colonies et de la Grande-
" Bretagne se réunissent en conférences périodiques pour discuter les
"questions d'intérêt commun" (p. 14 .et 15).
— 112 —
Il n'entre pas dans le corps de cette étude de faire l'historique des
modifications apportées depuis vingt-cinq ans à la base constitution-
nelle et économique de l'Empire. Mais il me semble nécessaire à la
pleine intelligence du sujet que je traite de marquer ici ce trait carac-
téristique, qui met si bien en relief la force irrésistible de la politique
anglaise, toute faite de constance et de ténacité, de patients efforts et
d'actes posés, et la puérile vanité des politiciens des colonies, qui
croient avoir tout gagné quand ils ont consigné dans une formule leurs
désirs ou leurs vaines protestations de parvenus gonflés d'orgueil. Le
chef de l'impérialisme présente loyalement aux colonies les trois axiomes
fondamentaux de sa doctrine: la fédération politique, l'union commer-
ciale et la coopération militaire. Ils acceptent en principe les deux
premiers et rejettent le troisième. Au bout d'un quart de siècle, la
réorganisation économique qu'ils ont appelée de leurs voeux est encore
lettre morte; l'évolution constitutionnelle, qui devait leur donner voix
au chapitre dans le gouvernement de l'Empire, n'a fait qu'accroître la
prépondérance politique du gouvernement impérial; et la coopération
militaire, qu'ils avaient repoussée, s'affirme par des actes plus graves
de la part des colonies, par des sacrifices infiniment plus étendus que
ceux qu'espérait Chamberlain lui-même. Ces sacrifices, jugés autrefois
contraires aux principes de la constitution britannique et aux intérêts
vitaux des colonies, les coloniaux les consentent, au seul profit de
la Grande-Bretagne, avant même d'avoir reçu la moindre parcelle
de cette autorité souveraine et de cette association économique que le
père de l'impérialisme jugeait nécessaires pour justifier les colonies de
consentir au principe de la contribution militaire. Je disais, il y a un
instant, que la mort et la défaite de Chamberlain n'ont pas arrêté la
marche triomphante de son idée. En vérité, le triomphe dépasse tout
ce qu'il avait conçu.
Déclarations compromettantes de sir Wiifrid Laurier
Il ne faudrait pas croire, d'ailleurs, que les tentatives insidieuses
du pontife de l'Impérialisme furent absolument stériles dans cette pre-
mière rencontre avec ses néophytes coloniaux. Si les premiers-minis-
tres des "nations soeurs" ne se commirent point par une déclaration
officielle et positive, favorable à l'impérialisme militaire, leurs discours
et leurs déclarations extérieures portent la trace de l'impression pro-
duite dans leur esprit par les arguments de M. Chamberlain et surtout
peut-être par les flatteries et les faveurs dont il les combla. De ces
expressions d'opinions, je me borne à citer quelques-unes de celles du
plus éminent, par sa personne et par l'importance de la colonie qu'il
représentait, de ces délégués coloniaux, M. LAURIER, devenu à cette
occasion Sir Wiifrid Laurier.
"Le temps viendra", disait-il à Edimbourg, le 14 juin 1897, "où
" les relations actuelles des colonies et de la mère-patrie ne seront plus
" satisfaisantes et devront alors se briser ou devenir plus intimes. La
" réponse est à l'Angleterre, à l'Ecosse et à l'Irlande — car les colonies
" sont prêtes à soutenir la mère-patrie tant que la mère-patrie restera
" attachée aux colonies."
— 113 —
. "L'intention des colonies à l'heure actuelle", déclare-t-il le lende-
main, à Glasgow, " n'est pas de marcher à reculons, mais d'aller de
"l'avant jusqu'à ce qu'elles obtiennent leur part entière de l'Empire-
" Uni — de l'Empire britannique."
Trois jours plus tard, au banquet de YImperial Institute, il s'écrie
dans un élan de délire impérial: "Vienne le jour où l'Angleterre sera
"en danger: Que les trompettes sonnent! Que les feux s'allument sur
"les collines! et dans toutes les parties des colonies, bien que nous ne
" puissions pas faire beaucoup peut-être, ce que nous pourrons faire,
" nous le ferons pour aider l'Angleterre."
Toute la presse anglaise interpréta ces paroles comme une pro-
messe du Premier-Ministre du Canada de venir en aide à la Grande-
Bretagne dans tout conflit où elle serait engagée; et M. Laurier ne don-
na aucun démenti à cette interprétation.
Au banquet du National Libéral Club, le 3 juillet, sir Wilfrid Lau-
rier, levant le voile de l'avenir, offre cette vision aux générations nou-
velles:
"Je ne crois pas au Parlement de l'Humanité, mais je crois au par-
lement de la Plus-Grande-Bretagne; et le jour le plus glorieux de ma
" vie — je ne puis espérer de vivre assez longtemps pour voir ce jour,
"mais quelques-uns de ceux qui vivent aujourd'hui au Canada pourront
" le contempler — serait celui où je verrais un Canadien d'origine fran-
" çaise appuyant le principe de la liberté dans ce Parlement de la Plus-
" Grande-Bretagne."
Le 5 juillet, dans une conférence faite en présence des membres du
"Parti colonial", sorte de club parlementaire: "Sir Wilfrid Laurier...
" exprima l'opinion que le temps viendrait où les grandes colonies au-
" tonomes devraient être représentées directement, soit au Parlement
" Impérial, soit dans un grand Conseil national ou un corps législatif
" fédéral, représentant efficacement l'Empire envisagé comme un tout
" organisé."
Le 8 juillet, au banquet de la Compagnie des Cordeliers, il reprend
son idée: "Lorsque nous aurons [au Canada] atteint le point culmi-
" nant de notre maturité, rien moins que la représentation impériale ne
" pourra nous satisfaire."
Le 18 juillet, au banquet de la Chambre de commerce anglaise, à
Paris, il revient sur ce sujet : " Il est permis d'espérer que la solution
" du problème se trouvera dans un rapprochement vers la mère-patrie;
" et si ce rapprochement implique la représentation impériale, ce sera
" un jour glorieux que celui qui verra te Canada représenté au Parlement
"fédéral [de l'Empire] par un fils de la race française."
Les gazettiers libéraux qui me traitent parfois d'impérialiste parce
que je réclame la représentation au parlement impérial comme consé-
quence et correctif de la participation du Canada aux guerres de l'An-
gleterre, feraient bien de relire et de méditer ces paroles. Elles prouvent
que leur pontife et leur oracle demandait la représentation impériale,
la rêvait même comme l'idéal de sa vie, et promettait en même temps
le concours des colonies dans tous les dangers de l'Angleterre.
— 114 —
Mais la déclaration la plus formelle que le chef du parti libéral et
du gouvernement canadien ait faite, à cette heure de griserie impériale,
sur la contribution du Canada aux guerres de l'Empire, c'est celle du 4
juillet, au banquet du Canada Club à Londres:
" On a parlé en termes très bienveillants des soldats canadiens qui
" viennent de faire un court séjour en Angleterre. Puisse se réaliser
"notre espoir que le fléau de la guerre disparaisse de ce monde! Mais
" si jamais J'Empire britannique est frappé du malheur de la guerre,
" contre n'importe quelle nation, je suis convaincu que les soldats cana-
diens sauront se faire valoir" (1).
On est déjà loin, n'est-ce pas? des déclarations de Cartier, à Lon-
dres, en 1865. Il n'est plus question d'organiser la défense du Canada
contre les Etats-Unis seulement, ou contre ceux des ennemis de l'Angle-
terre qui pourront attaquer le Canada; c'est déjà la quasi promesse du
concours des soldats canadiens dans toutes les guerres, agressives ou
défensives, "justes ou injustes", de l'Empire britannique.
M. Chamberlain, n'en doutons pas, prit bonne note de ces paroles
engageantes. Elles prouvaient qu'il n'avait perdu ni son temps ni ses
faveurs. Les honneurs, les flatteries, les médailles qu'il avait semés sur
la route des chefs de tribus coloniales portaient déjà leurs fruits. Il n'y
avait qu'à attendre l'occasion propice 'de faire traduire en actes tangi-
bles les nouveaux "sentiments impériaux" que ses habiles manoeuvres
avaient fait naître.
Cette occasion se présenta deux ans plus tard avec la guerre sud-
africaine. Tout indique que le puissant et peu scrupuleux ministre des
Colonies provoqua ce conflit afin de forcer la main des gouvernants des
"nations soeurs" et hâter l'éclosion de son rêve: la coopération des co-
lonies dans les conquêtes spoliatrices de l'Angleterre.
Impérialisme en action — Conquête de V Afrique-Sud
Ce n'est pas ici l'occasion de refaire l'histoire des conquêtes anglai-
ses en Afrique et des causes lointaines et multiples qui aboutirent à
l'annexion violente et injustifiable des petites républiques hollandaises.
Je me borne à retracer les jalons de la route poursuivie par les impé-
rialistes anglais pour dépouiller les Boers de leur indépendance et
entraîner les colonies dans cette oeuvre de spoliation. Cette revue ré-
trospective est nécessaire: les manoeuvres qui ont précédé la guerre
d'Afrique illustrent parfaitement les procédés de l'école impérialiste;
et la guerre elle-même a fourni à la propagande poursuivie depuis vingt
ans par les chefs de l'école l'appoint énorme des faits accomplis.
En 1852, l'Angleterre avait reconnu aux Hollandais émigrés de la
Colonie du Cap au nord de la rivière Vaal le "droit d'administrer leurs
♦propres affaires et de se gouverner sans aucune intervention de la part
du gouvernement de Sa Majesté." C'est l'origine du Transvaal, devenu,
en 1858, la République Sud-Africaine. En 1854, sir George Clerk
reconnaissait, au nom de Sa Majesté Britannique, l'Etat Libre d'Orange.
Au cours des vingt années qui suivirent, l'Angleterre conclut avec
(1) Toutes ces citations sont extraites et traduites du Times et consignées dans les
pièces justificatives de ma brochure: "Grande-Bretagne et Canada", Montréal, 1902.
— 115 —
les Boers plusieurs conventions et traités, dont la plupart avaient
pour objet de déterminer les frontières communes des Républiques
hollandaises et des possessions anglaises. En 1877, à la suite d'une
querelle survenue entre les Boers et les indigènes, le gouverneur
du Cap, sir Theophilus Shepstone, fit main-basse sur le Trans-
vaal, sans plus de façon, et l'annexa à la Colonie du Cap (1). Les Boers,
vaincus mais non soumis, s'apprêtèrent à reconquérir leur indépen-
dance. En 1881, après une longue et patiente préparation, ils prirent
Jes armes et battirent les troupes anglaises dans deux rencontres succes-
sives, à Laing's Nek et à Majuba. Les impérialistes et les jingos récla-
mèrent à grands cris la revanche de l'Angleterre et le châtiment rigou-
reux de ces paysans qui avaient l'audace de ne pas vouloir devenir bri-
tanniques. Gladstone avait repris le pouvoir, l'année précédente. Il
eut le rare courage et la loyauté de réparer l'iniquité commise par ses
prédécesseurs: il rendit au Transvaal son autonomie intérieure, tout en
réservant à l'Angleterre une certaine suzeraineté, assez mal définie du
reste. Trois ans plus tard, en 1884, il compléta son oeuvre de justice.
Il libéra la République sud-africaine de toutes ses entraves, sauf
une, qui interdisait aux Boers de conclure des alliances étrangères sans
Je consentement de la Grande-Bretagne.
Naturellement, les patriotes anglais rugirent. Pour la première
fois dans l'histoire de l'Empire britannique, un ministre anglais osait
faire mentir l'axiome national: "What we hâve we hold", auquel les
expansionnistes commençaient à ajouter cette rallonge ultra-prussienne:
"and what we don't hâve we take". Gladstone tint fermement tête à
l'orage. Il répliqua noblement que l'Angleterre était assez puissante
pour être juste; Shepstone avait affirmé à tort, en 1877, que les Boers
désiraient l'annexion de leur pays à l'Empire; la suite des événements
avait démontré la fausseté de cette prétention; c'était le devoir du gou-
vernement britannique de réparer son erreur et de rendre aux Boers
l'indépendance dont ils avaient été injustement dépouillés.
C'est une noble page dans l'histoire de la Grande-Bretagne; mais il
faut bien avouer qu'elle valut à celui qui l'a écrite l'opprobre et la ma-
lédiction d'un grand nombre de ses compatriotes. Les deux actes qui
ont le plus nui à Gladstone et aux vrais libéraux dans l'esprit des An-
glais, ce sont deux mesures de justice et de liberté: le rétablissement des
droits violés de la République Sud-Africaine et la tentative de mettre
fin à l'odieuse tyrannie qui pesait sur l'Irlande depuis plus de trois siè-
cles. Ceci suffit à indiquer les tendances véritables de l'impérialisme
britannique et sa parfaite similitude de fond avec l'impérialisme alle-
mand ou russe.
L'homme qui avait organisé la révolte des classes populaires an-
glaises contre le Home Rule était tout désigné pour ameuter les préju-
gés, l'orgueil et la cupidité de la race contre la "honteuse capitulation"
(1) L'un des prétextes invoqués par Shepstone pour justifier cette spoliation, c'est
que la toute-puissance anglaise devait protéger les chefs de tribus contre les exactions des
Boers. Quant il eut accompli son dessein et dépouillé les Boers de leur souveraineté, il
exigea des chefs zoulous, pour le compte de Sa Majesté Britannique, le paiement du tribut
qu'avait réclamé le gouvernement du Transvaal. Ce seul trait suffit à marquer le carac-
tère hypocrite de l'impérialisme anglais.
— 116 —
de Gladstone au Transvaal: c'est ainsi que les impérialistes et les jingos
désignaient l'acte de justice du m grand homme d'Etat chrétien ", qui
eut plus d'une fois l'honneur d'être en butte aux sarcasmes et à la colère
des adorateurs de la force brutale (1).
La volte-face de Chamberlain sur la question sud-africaine
fut aussi complète que son évolution sur le Home finie. Minisire libéral
dans le cabinet qui avait consenti la Convention de 1881, il avait posé
résolument cette question aux adversaires de Gladstone: "Pouvons-nous,
je vous le demande, persister dans l'annexion de ce pays ipar la
force, sans nous entendre accuser, je ne dirai pas de démence nationale,
mais de crime national?" (2) Ce crime, c'est lui qui devait en assurer
la perpétration, vingt ans plus tard ; il s'y prépara par une longue
trame, savamment ourdie. Il fut puissamment secondé dans ses desseins
par Cecil RHODES. Il est même difficile de dire lequel des deux ins-
pira et dirigea l'autre.
Cecil Rhodes — Le raid de Jameson
C'est encore une figure étonnante que celle de ce forban de génie,
digne émule de Warren Hastings et de Bob Clive. Parti tout jeune au
Sud-tAfricain pour refaire une santé débile, il entra au service d'une
compagnie minière. De simple commis, il monta rapidement l'échelle
du succès et devint bientôt l'homme le plus puissant de l'Afrique Aus-
trale. Unissant la politique aux affaires, il utilisa merveilleusement ces
deux moyens d'action pour agrandir et consolider la puissance anglaise
autant que sa fortune et sa situation personnelles. La découverte des
mines d'or du Rand et des diamants de Kimberley favorisa singulière-
ment ses desseins. Une foule de chercheurs d'or et de pierres précieu-
ses, d'agioteurs et d'aventuriers de toutes sortes s'abattit sur les pays
boers comme une nuée de corbeaux. Le Transvaal fut envahi par
une population hétérogène et nomade dont le nombre total dépassa
bientôt celui des Roers, fondateurs du pays. Cette situation impo-
sa au gouvernement de la République la nécessité de prendre des
mesures énergiques pour préserver l'ordre, mettre un frein aux cupidi-
tés trop voraces et assurer la liberté du travail. Obligé d'augmenter
considérablement son budget, il frappa d'impôts, fort modérés du reste,
les riches produits des mines.
Naturellement, ces mesures déplurent aux forbans étrangers, qui
auraient voulu accaparer sans bourse déliée les richesses du pays et
s'enrichir sans frein ni loi.
Cecil Rhodes était alors au faîte des honneurs politiques. Pre-
mier ministre de la Colonie du Cap, il avait eu le talent, tout
comme Clive aux Indes, de conquérir la confiance et l'affection des
(1) C'est lord SALISBURY qui a fait de Gladstone, nu moment de sa mort, ce magni-
fique éloge, si rarement mérité par les hommes d'Etat du XIXe siècle. Par contre, les
impérialistes anglais de la nouvelle école partagent entièrement l'avis de BISMARCK, qui
se moquait du sentimentalisme du grand orateur: "Le professeur Gladstone", disait-il, —
professeur de morale et d'idéalisme à une époque où la force prime le droit, où le succès
légitime tout.
(2)) Cité par Goldwin SMITH dans sa brochure : "Devant le Tribunal de l'Histoire",
traduite par Henri Bourassa, Montréal, 1903 (p. 19).
— 117 —
habitants du pays. Cette situation exceptionnelle lui permit, en 1895,
sans éveiller les soupçons, de fomenter sous main et même de sub-
ventionner le raid du Dr Jameson, dont l'objet était de joindre les mé-
contents du Rand, de renverser le gouvernement de la République et
d'annexer son territoire aux possessions anglaises, pour la plus grande
gloire de l'Empire et le profit des actionnaires des mines d'or et de
diamant. Les conspirateurs avaient compté sans la vigilante énergie
du vieux Kruger et des vétérans de Laing's Nek et de Majuba. Jameson
et ses brigands furent faits prisonniers et la révolte réprimée en quel-
ques jours. Kruger se montra magnanime. Aucune peine de mort ne
fut prononcée ou exécutée. Le gouvernement du Transvaal poussa même
la mansuétude jusqu'à remettre aux autorités britanniques Jameson et
ses complices, qui s'en tirèrent avec une punition insignifiante. Quel
contraste avec le supplice de Riel, infiniment moins coupable que Jame-
son, et les répressions cruelles que les représentants de l'Angleterre ont
infligées, à tant de reprises, aux chefs boers du Cap, du Transvaal et de
l'Orange! La justice britannique établit parfois de singulières distinc-
tions entre les châtiments qu'elle inflige, selon que les coupables ont
violé à l'avantage ou au détriment de l'Empire les lois et l'ordre public.
Détail important à rappeler : le tribunal qui condamna Jameson
Jui appliqua les lois anglaises destinées à réprimer les entreprises à main
armée contre les pays étrangers. C'était la reconnaissance juridique de
la souveraineté et de l'indépendance de la République Sud-Africaine.
Le parlement britannique ordonna une enquête, afin d'établir les
causes lointaines de cet audacieux coup de main et les menées sourdes
qui l'avaient préparé. Le ministre des Colonies — c'était Chamberlain
— employa toutes ses ressources à faire échouer l'enquête; il y réussit.
Il dut cependant laisser jeter Rhodes à la mer: la colère était trop vive
au Caip; mais il eut l'audace de déclarer en plein parlement que M.
Rhodes n'avait nullement failli à l'honneur (1). Ce certificat d'honneur,
il le décernait à l'homme que la commission d'enquête venait de décla-
rer coupable "d'avoir subventionné, organisé et encouragé une insur-
rection armée contre le gouvernement de la République Sud-Africaine",
— "d'avoir manqué gravement aux devoirs de ses fonctions officielles",
— "d'avoir trompé le Haut Commissaire représentant le gouvernement
impérial." (2)
Quel fut le châtiment de ces crimes dont l'un au moins est punis-
sable de mort dans le code de la plupart des nations? Celui de nos
boodlers parlementaires ou municipaux: Rhodes perdit son portefeuille.
Ce châtiment platonique, ce ne fut pas, du reste, la justice anglaise qui
le lui infligea, mais la colère des habitants du Cap. Des tribunaux an-
glais, il ne reçut pas même un mandat d'amener; et la reine d'Angle-
tererre lui conserva son titre de Conseiller privé. Quelques années plus
tard, le pirate Jameson était décoré par le Roi et devenait le chef du
parti loyaliste du Cap. C'était logique.
(1) A la Chambre des Communes britanniques, le 26 juillet 1897.
(2) Cité par Goldwin SMITH dans la même brochure, pages 28 et 29.
— 118 —
Chamberlain, Rhodes et Cie
Chamberlain et Rhodes restèrent amis et alliés. Ils se remirent
aussitôt et sans relâche à la poursuite, un instant interrompue par la
mésaventure de Jameson, de leur objet suprême: "peindre l'Afrique en
rouge du Cap au Caire" et associer à cette vaste entreprise les "nations
d'outremer" afin de les faire entrer dans la voie des contributions im-
périales.
Au partage de la domination universelle, ils conviaient la grande
république américaine, fille de l'Angleterre, et l'Allemagne impé-
riale, digne à leurs yeux de se joindre à la noble famille anglo-saxonne
pour faire régner par toute la terre le culte de Thor, le dieu robuste des
Teutons, si longtemps gêné dans son règne de force brutale par la miè-
vrerie gallo-latine.
Et comme ils étaient tous deux "hommes d'affaires" et politiciens
fort pratiques, ils prirent des moyens très humains pour faire aboutir
leur rêve.
L'indulgence et la faveur scandaleuses dont Rhodes et son docile
instrument Jameson avaient été l'objet de la part des autorités et du
peuple de la Grande-Rretagne, avaient excité les méfiances des Roers
de l'Orange et du Transvaal.
Rs avaient compris avec raison que, derrière les émeutiers et les
chercheurs d'or, se dressaient la cupidité et la soif de conquête de l'An-
gleterre impérialiste. Ils se préparèrent froidement à ce combat du
nain et du géant : Naboth prétendait garder sa vigne. Les deux
républiques se lièrent par un traité d'alliance défensive. Naturellement,
ces préparatifs entraînaient un accroissement de budget et d'impôts que
le gouvernement du Transvaal préleva sur les revenus grandissants des
mines. C'était juste, puisque les propriétaires et les profiteurs de ces
mines étaient virtuellement responsables de la situation qui imposait à
l'Etat ces mesures de précaution. Soufflés par les agents secrets de
Chamberlain et de Rhodes, les Uitlanders élevèrent alors une prétention
exorbitante: celle d'obtenir à leur convenance des lettres de naturali-
sation et le droit de vote, afin de s'emparer du gouvernement et du pays
lui-même. Ils rédigèrent et firent circuler maintes pétitions exposant
leurs griefs réels ou imaginaires. Un puissant mouvement de presse,
préparé par Cecil Rhodes et stimulé par Chamberlain, porta l'écho de
ces plaintes hypocrites et intéressées aux quatre coins de l'Empire bri-
tannique; puis, quand les conspirateurs crurent l'opinion anglaise suf-
fisamment empoisonnée, ils lancèrent un appel éperdu à la justice et à
la protection de l'Angleterre, protectrice des opprimés... qui servent
ses desseins.
Un seul trait suffit à faire apprécier à leur juste valeur les mobiles,
les tendances et les procédés de cette vaste conspiration. Tous ces ap-
pels, toutes ces pétitions étaient censément faits au nom et dans l'intérêt
des masses laborieuses, qui réclamaient, disait-on, le droit de vote el
une législation plus conforme aux principes de la civilisation et de la
liberté britanniques. Or, le groupe le plus nombreux de sujets britan-
niques était celui des mineurs venus de la Cornouailles. Au nombre de
plusieurs milliers, ils signèrent une contre-pétition adressée aux auto-
— 119 —
rites britanniques. Dans ce document, ils représentaient que les lois
du Transvaal étaient plus favorables aux ouvriers que celles de l'Angle-
terre; que la plupart des Uitlanders, ne songeant nullement à prendre
racine au pays, ne pouvaient prétendre à la naturalisation et au droit
de suffrage; qu'ils réclamaient le droit de vote dans des conditions où
l'Angleterre elle-même le refusait au prolétariat des Iles Britanniques ;
et que leur objet ultime était de renverser le gouvernement boer afin
d'administrer le pays, non pas dans l'intérêt des ouvriers et du peuple,
mais des propriétaires de mines et des agioteurs.
L'armée des journaux à la solde de Rhodes et de ses complices fit,
sur cette démarche significative, le silence le plus complet. Il n'en fut
rien communiqué à la presse d'Angleterre et des colonies. Je doute
même que cette pétition ait été produite au parlement britannique.
Lorsqu'il crut la situation suffisamment préparée, Chamberlain prit
ouvertement en mains la cause des Uitlanders. Il chargea le gouver-
neur du Cap, sir Alfred MILNER, de signifier à Kruger les exigences
de l'Angleterre. Kruger, tout en protestant de son droit de gouverner
le pays selon sa constitution et le voeu de ses habitants, consentit à
entrer en pourparlers avec le représentant de la Grande-Bretagne. Ce
fut la conférence de Bloemifontein, au cours de laquelle le vieux Boer
fit preuve d'un grand esprit de conciliation: il alla jusqu'à offrir de
constituer une chambre spéciale dans laquelle les Uitlanders seraient
représentés avant même d'avoir obtenu leurs lettres de naturalisation.
A mesure qu'il cédait, le délégué britannique ajoutait "de nouvelles exi-
gences et des prétentions plus exorbitantes. Il eut même l'audace de
vouloir dicter la nature et la quotité des impôts au chef d'un pays dont
la Grande-Bretagne, par son gouvernement, son parlement et ses tribu-
naux, avait reconnu et proclamé l'indépendance absolue, du moins en
tout ce qui touchait à son gouvernement intérieur. C'est à cette pres-
sion tyrannique, à cette audacieuse tentative d'usurpation, que Cham-
berlain osa plus tard donner figure de démarche conciliatrice.
La conspiration aux colonies
Tout en poursuivant ces manoeuvres qui ne pouvaient qu'aboutir à
la guerre, la junte des forbans impérialistes mettait tout en oeuvre pour
s'assurer la coopération des "nations-soeurs". Dans chacune des colo-
nies autonomes, Cecil Rhodes envoya un délégué, accrédité par Cham-
berlain et chargé d'éveiller les sympathies des coloniaux pour les "souf-
frances" et les "griefs intolérables" des pauvres Uitlanders.
Le missionnaire envoyé au Canada fut un nommé ALLEN, person-
nage interlope aux gages de la puissante Compagnie à Charte dont
Rhodes était le maître. Le Star, de Montréal, qui était entré dans le
mouvement, fit son assiette dans l'opinion publique. Accueilli à bras
ouverts à Rideau Hall, il eut ses grandes et ses petites entrées dans les
coulisses du parlement. Il eut bientôt décidé le premier ministre, sir
Wilfrid LAURIER, et le leader de l'opposition, sir Charles TUPPER, à
se mettre d'accord et à soumettre à la Chambre le voeu que voici:
" Cette Chambre a vu avec peine les complications qui ont surgi
" dans la république du Transvaal, dont Sa Majesté est la suzeraine, par
— 120 —
"suite du refus d'aeeorder aux sujets de Sa Majesté, actuellement établis
" dans ce pays, une participation égale dans son gouvernement.
" Cette Chambre a vu avec une plus grande peine encore que l'état
" de choses qui y existe a dégénéré en une oppression intolérable et a
" produit une excitation considérable et dangereuse parmi diverses
" classes des sujets de Sa Majesté dans ses possessions sud-africaines.
" Cette Chambre, représentant un pays qui a pleinement réussi, en
'" concédant des droits politiques égaux aux divers éléments de sa popu-
" lation, à faire disparaître les causes -d'antagonisme et à faire accepter
" avec satisfaction par tous son système actuel de gouvernement, désire
" exprimer sa sympathie pour les efforts tentés par les autorités impé-
" riales en vue d'obtenir en faveur des sujets de Sa Majesté établis dans
" le Transvaal la même mesure de justice et de reconnaissance politique
u qui sera nécessaire pour assurer la pleine jouissance de libertés et
"de droits égaux" (1).
Cette proposition, inscrite subrepticement au feuilleton, fut votée à
l'unanimité, un lundi matin, quelques jours avant la prorogation des
Chambres et en l'absence des trois-quarts des députés. Pas un seul de
ceux qui la votèrent ne l'avait lue. 'Le Premier Ministre lui-même l'avait
acceptée toute cuite des mains de l'agent de Rhodes et de Chamberlain,
sans se rendre compte de la gravité de l'acte qu'il posait. En un tour de
main, il faisait décréter par la Chambre des Communes l'existence de la
suzeraineté de l'Angleterre au Transvaal, — c'était une violation fla-
grante de la vérité des faits, — et il liait le parlement canadien aux ma-
noeuvres tortueuses poursuivies par Chamberlain sous le faux prétexte
de faire rendre "justice" aux forbans du Rand et d'assurer à une bande
d'agioteurs cosmopolites, en pays étranger, des "droits" politiques que
le gouvernement canadien n'aurait jamais consenti, dans des circons-
tances analogues, à reconnaître aux mineurs du Yukon.
Des expressions d'opinion identiques furent obtenues des autres
colonies par des moyens semblables. Inutile de dire que ces voeux ne
furent jamais transmis à Pretoria. Ils furent interceptés au Colonial
Office. Une fois muni de ces bons à payer des gogos des "nations-
soeurs", Chamberlain poussa vivement sa pointe. Se souvenant sans
doute des procédés de Bismarck, son idole et son modèle, il joua habile-
ment sur les mots. Il entremêla les réponses à demi conciliantes et les
provocations irritantes, de manière à pousser Kruger à la guerre, tout
en se ménageant à lui-même une façade pacifique. Les Boers ne pou-
vaient plus hésiter: le temps et la distance étaient leurs seuls alliés con-
tre les forces et les ressources immenses de l'Empire britannique. Ils
prirent les devants; ce qui permit à Chamberlain, quelques jours plus
tard, d'affirmer au parlement et au peuple de la Grande-Bretagne que le
Transvaal était le provocateur et que lui, Chamberlain, avait cherché
jusqu'au bout à éviter le conflit et à régler la difficulté par la concilia-
tion (2).
(1) "Débats de la Chambre des Communes". 1899, (version française) col. 9002.
Comme la plupart des députés du Québec, j'étais absent le jour où cette mot;on fut votée.
(2) I.es mémoires du général BUTLER, malheureusement écourtés, ont révélé une
parUc des intrigues nouées par Chamberlain et Milner pour provoquer Kruger à la guerre.
Ce loyal soldat, alors commandant de la milice de la Colonie du Cap, fut rappelé en Angle-
terre parce qu'il refusail de se prêter à ces manigances criminelles, et qu'il avait prévu
trop clairement les désa: très humiliants de la guerre d'Afrique.
- 121 -
Il mit la même astuce, la même audace d'exécution à susciter et
à utiliser les offres de secours des colonies autonomes, dans cette guerre
où le Royaume-Uni, avec ses 40,000,000 d'habitants, ses richesses colos-
sales, sa flotte, la plus puissante du monde, et ses armées, mal organi-
sées il est vrai, entreprenait de vaincre la résistance de deux petits peu-
ples dont la population totale, depuis le vieillard centenaire jusqu'à
l'enfant à la mamelle, n'égalait pas la moitié de la population actuelle de
la ville de Montréal.
Dès que la guerre parut inévitable, des offres individuelles de se-
cours armé surgirent du Canada et de quelques-unes des colonies
australiennes; mais céda ne faisait pas l'affaire de Chamberlain: ce
qu'il voulait, c'étaient des offres officielles de contribution par les gou-
vernements. Il n'avait pas oublié le précédent établi, en 1885, par da
Nouvelle Galles du Suid. Il s'agissait maintenant d'en faire la règle de
toutes les colonies autonomes. Il avait fait la langue aux gouverneurs-
généraux, aux commandants de milices et à leurs affidés de la presse
impérialiste. Au Canada, la campagne fut menée par le Star, sous 'la
direction occulte de lord Minto et du général Hutton. Le Star lança sa
fameuse consultation des maires de toutes les municipalités canadiennes.
Il publia à grand fracas les réponses favorables à l'intervention du Ca-
nada et jeta au panier les réponses défavorables ou douteuses (1).
Par le jeu facile des fausses nouvelles et des dépêches truquées, on
affirmait au Canada que les colonies austrailasiennes, qui n'étaient pas
encore fédérées, étaient unanimes à intervenir; et en Australie, on for-
çait la main des gouvernements en disant que le Canada prenait le
devant dans cette croisade impérialiste.
La résistance des colonies fut d'abord assez vive.
Au parlement de la Nouvelle-Galles, un député, anglais de naissance,
eut la crânerie de s'écrier : "Lorsque mon pays combattra pour une cause
juste, je l'applaudirai; mais cette guerre est la plus inique que la
Grande-Bretagne ait jamais entreprise, et j'espère que l'Angleterre sera
vaincue."
Au parlement de Victoria, un député, anglais lui aussi, accusa l'An-
gleterre d'entreprendre la guerre "pour faire donner aux Uitlanders des
droits politiques qu'elle refuse à ses propres sujets." C'était rigoureuse-
ment exact.
Dans l'Australie Méridionale, l'un des députés déclara "qu'il pren-
drait plus volontiers les armes pour soutenir les Boers que pour aider
aux rapaces Uitlanders." Le projet de loi autorisant le gouvernement
à aider l'Angleterre ne passa qu'à une faible majorité de six voix à
l'Assemblée législative; au Conseil législatif, ce fut le vote prépondérant
du président qui sauva le ministère et la contribution.
Au Queensland, la situation était plus intéressante pour nous, parce
qu'elle se rapprochait davantage de celle du Canada. Le gouvernement de
cette petite colonie avait été le premier à offrir; dès le 11 juillet, des trou-
pes aux autorités impériales. Mais lorsque le parlement se réunit, au
commencement d'octobre, pour délibérer sur la situation, l'opposition
proposa un vote de censure contre le ministère et reçut l'appui de plu-
(1) Je tiens ce détail topique de l'un des employés de la rédaction du Star.
— 122 —
sieurs des membres de la majorité. Le gouvernement se réchappa à
grand'peinc (1).
Premières résistances de M. Laurier - Campagne
nationaliste de M. Tarte
Naturellement, les agents de Rhodes et de Chamberlain eurent
bon soin de ne rien laisser transpirer par le télégraphe de ces diver-
gences d'opinion. Ils transmettaient chaque jour, en Angleterre et au
Canada, des récits mirobolants de l'enthousiasme et de l'unanimité du
peuple des antipodes en faveur de l'intervention des colonies. Au Ca-
nada le gouvernement commença aussi par résister. J'ai rappelé, dans
3a première partie de ce travail, l'opinion de sir Wilfrid Laurier, publiée
dans le Globe, de Toronto, le 4 octobre 1899 (2). Cette opinion n'avait
pas été donnée au hasard: le premier ministre en avait dicté lui-même,
dans son cabinet, les termes précis, et ce, après mûre délibération avec
ses collègues.
Cette déclaration renfermait du reste un passage fort compromet-
tant pour l'avenir.
"A mon avis, disait le premier ministre, il est clair qu'il peut se
" présenter des cas où [les troupes canadiennes] pourraient être en-
" voyées pour combattre à l'étranger. Supposons, par exemple, que
" l'Espagne déclare la guerre à la Grande-Bretagne. L'Espagne possède
" ou possédait une flotte. Cette flotte pourrait appareiller pour venir
" attaquer le Canada, comme partie de l'Empire. L'attaque est parfois
<; le meilleur mode de défense. En ce cas, les troupes canadiennes pour-
" raient être expédiées en Espagne. Il est tout-à-fait certain qu'elles
" pourraient légalement être envoyées dans la Péninsule Ibérique. Le
"cas de la République sud-africaine n'est pas analogue. ..."
C'était ouvrir la porte aux pires aventures impérialistes. M. Lau-
rier a toujours eu le talent de se garder des issues dans toutes les direc-
tions. Mais, pour l'heure, il s'en tenait à la non-intervention.
A tous ceux, partisans ou adversaires de l'intervention, qui lui
signalaient les dangers de la campagne menée par le Star sous la direc-
tion du gouverneur, — les uns pour l'engager à y céder et les autres à y
résister par une contrencampagne, — il répondait invariablement: "E
ne peut être question d'envoyer des soldats canadiens en Afrique: ce
serait une folie criminelle." Ces paroles, M. Laurier les a dites en ma
présence, le 2 octobre; et pour me convaincre de sa détermination, il
me renvoya à l'interview que le Globe devait publier, et publia, en effet,
le 4 octobre. Il venait de la dicter au correspondant de ce journal à
Ottawa. C'est même Tunique fois où j'ai vu M. Laurier céder à un mou-
vement d'impatience et laisser échapper une parole vive. J'insistais sur
la nécessité de mener dans la presse ministérielle anglaise une campa-
gne parallèle à celle que M. Tarte conduisait vigoureusement dans la
Patrie, qui était à cette heure l'organe des nationalistes, avant même
(1) Ces détails et plusieurs autres ont été recueillis dans les journaux d'Australie
arrivés ù Ottawa longtemps après le dénouement de la comédie. Je les ai communiqués à
la Chambre des Communes le 13 mars 1900.
(2) Pièce justificative 59.
— 123 —
que la doctrine nationaliste n'eût pris corps (1). "Si vous ne créez un
contre-courant dans la presse anglaise, lui disais-je, vous serez forcé-
ment entraîné." — "Mais vous perdez la tête, mon cher Henri! Comment
pouvez-vous croire que je commettrais la folie de me laisser entraîner au
point d'envoyer des soldats en Afrique?"
Le lendemain, le premier ministre partait pour Chicago où il était
inivité à prendre part à une cérémonie quelconque, l'inauguration d'un
bureau de poste, si je ne me trompe. Durant son ahsence, les choses
marchèrent dru. Entre deux verres de scotch, le général Hutton se
vantait de pulvériser le ministère. Sur les entrefaites, arriva une dépê-
che de Chamberlain, acceptant les offres généreuses et spontanées
que le Canada n'avait pas faites (2).
Cette dépêche n'était du reste que la copie exacte de celles que le
ministère des Colonies avait adressées à tous les gouverneurs des "na-
tions soeurs", — à celles qui n'avaient rien offert comme aux autres.
Cette manoeuvre audacieuse marquait à merveille la connaissance pro-
fonde qu'avait Chamberlain des politiciens coloniaux de la nouvelle
génération. A Macdonald ou à Cartier, à Howe ou à McGee, il n'aurait
jamais osé lancé un tel défi : s'il eût risqué, la riposte ne se serait
pas fait attendre. Mais la propagande impérialiste avait déjà porté ses
fruits dans l'opinion. Les chefs des tribus d'outremer n'avaient pas
perdu le souvenir des bonnes grâces et des honneurs dont M. Chamber-
lain les avait comblés deux ans auparavant. Pour ceux des ministres
coloniaux qui n'avaient pas encore fait d'offres, relever l'insolence du
procédé, c'était dire qu'ils n'offriraient aucune contribution; c'était
s'exposer aux injures des jingos et de la presse soudoyée par Rhodes ;
c'était courir au-devant des accusations de "déloyauté" envers l'Empire.
Pour M. Laurier, en particulier, c'était le démenti à ses belles envolées
oratoires de 1897. Chamberlain, Rhodes et Milner avaient "allumé les
feux sur les collines" d'Afrique, toute la presse jingoe "sonnait la trom-
pette" et appelait les fils de l'Empire à la croisade contre l'Infidèle.
Comment M. Laurier pouvait-il refuser d'honorer sa promesse et de
"faire ce qu'il pouvait pour aider l'Angleterre?"
Volte face de M. Laurier — Ma démission
A son retour de Chicago, le premier ministre trouva son cabinet en
plein désarroi. La majorité de ses collègues, pris de panique, tout en
condamnant l'intervention, trouvaient qu'il n'était plus possible de ré-
sister à la clameur populaire. Seul, M. Tarte, — et peut-être, mais à un
moindre degré, MM. Fisher, Paterson, Blair et Sifton, — opinaient pour
ia résistance. Tous les ministres tombèrent finalement d'accord pour
consentir à l'intervention dans les termes indiqués au décret du 13 oc-
tobre que j'ai cité précédemment (3).
(1) Pièce justificative 60. Il est assez amusant de rappeler que les jingos forcenés
allèrent briser les carreaux de la Patrie et lui faire un chahut en tout semblable à celui
dont ils ont gratifié le Devoir cette année. Les fils Tarte sont plus soigneux de leur mo-
bilier que ne l'était leur père.
(2) Pièce justificative 58— dépêche No 18.
(3) Pièce justificative 58 — dépêche No 93. Le décret porte la date du 14 octobre,
jour où il fut contresigné par le gouverneur; mais c'est bien le 13 qu'il fut rédigé et
adopté par le Conseil des ministres.
— 124 —
Une copie de ce décret fut envoyée au ministre des Colonies.
CHAMBERLAIN, à qui sa magnifique impertinence avait déjà si bien réus-
si, riposta par une dépêche où il remercie particulièrement les Canadiens
et les autres coloniaux de cette manifestation de "leur désir de partager
les risques et les fardeaux de l'Empire." Il y voit " non seulement la
"(preuve de l'inaltérable fidélité du Dominion et de son adhésion à la
"politique poursuivie dans l'Afrique-Sud par le gouvernement de Sa
" Majesté, mais aussi l'expression de ce sentiment croissant d'unité et
" de solidarité des pays d'Empire, qui a caractérisé, depuis quelques an-
" nées, les relations de la mère patrie et des colonies" (1). Il était im-
possible de mieux marquer la signification véritable et le caractère
permanent de la politique inaugurée par le Canada. Le puissant ministre
des Colonies, comme un simple kaiser, déchirait le "chiffon de papier"
sur lequel les ministres canadiens avaient inscrit si soigneusement leur
puérile réserve des "principes bien connus du gouvernement constitu-
tionnel et des pratiques coloniales." La "no précèdent clause" était
remplacée par l'affirmation du nouvel impérialisme, et la contribution
des colonies aux guerres de l'Empire devenait la coutume qui serait
dorénavant suivie.
Lord Minto et le général Hutton célébrèrent leur triomphe par des
expressions d'opinion identiques à celles de leur chef. Le ministre de
la Milice, M. Frederick Borden, — un anti-impérialiste pourtant, mais
sujet aux emballetments oratoires, — déclara, quelques jours après la
volte-face du cabinet, que cet envoi de troupes inaugurait une politique
nouvelle.
Malgré mon désir de tenir ma personne, mes paroles et mes actes
aussi complètement que possible en dehors de cette revue rétrospective
d'un chapitre intéressant de notre histoire, il me faut bien rappeler ici
mon attitude et mes déclarations, puisqu'elles marquèrent le point de
départ du mouvement nationaliste.
Durant la courte période où le ministère subissait l'assaut des par-
tisans de l'intervention, M. Laurier et M. Tarte m'avaient fait l'honneur
■de m'appeler à Ottawa à plusieurs reprises. De ces entrevues, de
ces conversations, je n'ai rappelé ici que celle du 2 octobre. Un de ces
jours, je ferai peut-être le récit complet des péripéties, grandes et
petites, de cette crise qui marque l'un des points tournants de notre his-
toire.
L'acte du gouvernement me paraissait d'une extrême gravité.
Depuis l'adoption du voeu du 31 juillet, j'avais réfléchi aux conséquen-
ces d'une capitulation devant les exigences et les intrigues de Chamber-
lain. J'avais résolu de m'opposer de toutes mes forces à l'intervention
du Canada dans la guerre; et j'en avais loyalement prévenu le premier
ministre, dès le 2 août. Cette intervention ne pouvait être, à mes
yeux, que le prélude et le signal d'une politique nouvelle, extrêmement
dangereuse pour le pays et contraire aux principes les mieux établis
de la constitution et aux traditions constantes de notre histoire. Dans
la "no précèdent clause", je ne pouvais voir qu'une barrière illusoire
(1) Pièce justificative 58 — dépêche No 95.
— 125 —
opposée à la pression impérialiste, et plus exactement encore un faux-
fuyant du ministère pour excuser sa volte-face.
Après plusieurs jours de réflexion et de consultation avec M. Tarte,
je résoilus de donner ma démission et de me présenter de nouveau dans
le comté de Labelle, afin de donner à mes électeurs l'occasion de se pro-
noncer sur le principe de la contribution, en dehors de toute autre dis-
cussion politique. Je motivai ma démission dans une lettre publique
adressée au premier ministre et publiée dans la Patrie du 20 octo-
bre (1). Le texte du décret du cabinet n'était pas encore connu au mo-
ment où j'écrivais cette lettre; mais M. Tarte m'en avait indiqué la
teneur.
Après avoir cité le passage de l'interview du 3 octobre dans lequel
M. Laurier affirmait que le gouvernement n'avait pas le droit d'envoyer
des troupes en Afrique sans le consentement du parlement, j'ajoutais:
"L'arrêté ministériel qui décrète l'enrôlement et l'expédition de
" nos troupes réserve, paraît-il, l'avenir et empêche cette action d'être
" considérée comme un précédent.
" Le précédent, Monsieur le ministre, c'est le fait accompli.
" Le principe en jeu est l'axiome par excellence du libéralisme an-
" glais, c'est la base même du régime parlementaire : No taxation with-
" ont représentation. Et l'impôt du sang constitue la forme la plus lourde
" des contributions publiques.
" Il s'agit de savoir si le Canada est prêt à renoncer à ses préroga-
tives de colonie constitutionnelle, à sa liberté parlementaire, au pacte
" conclu avec la métropole après soixante-quinze ans de luttes — et à
" retourner à l'état primitif de colonie de la Couronne.
" Il s'agit de décider si le peuple canadien sera appelé à prendre
"part à toutes les guerres de l'Empire sans que les portes du cabinet et
" du parlement impériaux lui soient ouvertes, sans même que ses repré-
" sentants et son gouvernement soient consultés sur l'opportunité de ces
"luttes sanglantes.
" Je ne consentirai jamais à appuyer cette politique rétrograde."
La Patrie fit bon accueil à mon attitude. Dans un article publié le
21 octobre, M. Tarte approuva sans réserve ma définition de principe.
Afin de sauver la face du ministère, il insistait sur le " non précédent":
" Nous disons hautement et fermement que le départ des volontaires,
" dans les circonstances et dans les conditions où il se fait, n'est point
"et ne sera point un précédent" (2).
Je convoquai une série de réunions publiques dans ma circonscrip-
tion électorale. Dès la première de ces réunions, tenue à Papineauville,
le 22 octobre, je posai la question sur le terrain constitutionnel et je fis
entrevoir les conséquences de la politique dangereuse inaugurée par le
gouvernement:
" Si aujourd'hui, disais-je, Ton demande 500 soldats au Canada pour
" aller combattre contre une nation de 300,000 âmes, que sera-ce quand
" l'Angleterre aura à lutter contre un peuplé puissant?
(1) Pièce justificative 61. Cette lettre a été écrite et envoyée au premier ministre
entre le 15 et le 20 octobre.
(2) Pièce justificative 60.
— 126 —
" La voyez-vous aux prises avec la Russie? Alors l'on fera lever
" des milliers de Canadiens qu'on arrachera à nos paisibles campagnes
" et aux douceurs de la vie domestique pour les envoyer dans les steppes
" glaciales de la Sibérie.
" Que serait-ce encore si la mère-patrie allait porter la guerre en
* Allemagne?
" A ce compte, nos fils devront s'attendre à partir au premier signal
" pour les quatre coins du globe sans profit pour eux-mêmes ni pour la
" patrie qui a tant besoin de leurs bras et de leur intelligence pour pros-
"pérer et grandir" (1).
Retour à la Chambre — Naissance du mouvement nationaliste
Réélu sans opposition, en janvier 1900, je rentrai à la Chambre aux
bras de M. Tarte et de M. Monet, député de Laprairie-Napierville. Le
ministre des Travaux Publics m'avait lui-même fort obligeamment offert
d'être mon parrain. Il tenait à faire savoir à ses collègues et à tout le
monde que s'il avait cédé devant l'orage il était tout disposé à favoriser
l'opposition au courant impérialiste. Cet incident fit scandale. Les
torys crurent y voir la preuve que ma démission avait été concertée avec
le ministère. Il n'en était rien; mais l'attitude du ministre des Travaux
Publics favorisait ces soupçons. Nul doute que cette attitude s'écartait
singulièrement des règles de l'étiquette parlementaire; mais comme je
ne demandais pas mieux que de compromettre le ministère et de lui
donner toutes les occasions de réagir contre le courant qui l'avait en-
traîné, j'encourageais très volontiers les ministres dans toutes les mani-
festations qu'ils étaient disposés à faire pour exprimer leur adhésion à
mes idées.
Au risque de fortifier la légende d'une conspiration avec les minis-
tres, je repris mon siège à droite du président et je m'abstins de toute
attaque inutile contre le ministère. Du reste, je n'avais pas d'autre
alternative. Je reprochais à M. Laurier et à ses collègues d'avoir cédé
à la pression de Chamberlain et des impérialistes. Sir Charles Tupper
et les torys leur faisaient un crime de n'avoir pas fait davantage pour
l'Empire. Il n'y avait donc rien à attendre de l'opposition conservatrice.
Ma principale préoccupation était d'obtenir de la Chambre une
ratification de la no précèdent clause et de faire donner un démenti aux
déductions compromettantes que Chamberlain avait tirées de la décision
du gouvernement de participer à la guerre. Je rédigeai la proposition
suivante:
" Cette Chambre insiste sur le principe de la souveraineté et
" de l'indépendance du parlement comme étant la base des institutions
"britanniques et la sauvegarde des libertés civiles et politiques des ci-
" toyens britanniques, et refuse, en conséquence, de considérer l'action
" du gouvernement au sujet de la guerre de l'Afrique du Sud comme un
" précédent qui doive engager ce pays dans toute action à venir.
"Cette Chambre déclare, de plus, qu'elle s'oppose à tout chan-
" gement dans les relations politiques et militaires qui existent actuelle-
(1) Ce texte est emprunte au compte rendu de la Patrie du 23 octobre.
— 127 —
" ment entre Je Canada et la Grande-Bretagne à moins que tel change-
" ment ne soit décrété par la volonté souveraine du parlement et
"sanctionné par le peuple du Canada" (1).
Je commençai par soumettre ce voeu au premier ministre, en lui
suggérant de le faire proposer par un député moins compromis et moins
compromettant que moi, un Anglo-Canadien de préférence. Je lui dé-
clarai même que je ne tenais nullement au texte précis, pourvu que le
. principe fut clairement exprimé.
iM. Laurier fut vivement tenté d'accepter cette proposition. Il en
délibéra longuement avec ses collègues. Au bout de huit jours, il me
rendit mon texte en me disant que le cabinet se considérait suffisamment
couvert par la réserve contenue dans l'arrêté ministériel du 14 octobre.
Du reste, il ne chercha nullement à combattre ma détermination de
saisir la Chambre de la question (2).
C'est ce que je fis, le 13 mars 1900. J'appuyai ma proposition d'un
discours dont certains passages ne manquent pas d'intérêt aujourd'hui.
Après avoir disposé de quelques-uns des motifs d'ordre secondaire invo-
qués par la presse et les députés ministériels pour justifier l'expédition
des troupes canadiennes en Afrique, j'abordai le principal et le plus
constant de leurs arguments : ' La participation des colonies à la guerre
est une manifestation précieuse de l'unité de l'Empire et un avertisse-
ment aux ennemis possible de l'Angleterre.'
" Cette leçon, disais-je, est susceptible d'un double résultat. Elle a
" donné à cette guerre une portée qui n'est point dépourvue de dangers
■ pour le prestige de l'empire futur. Vous pouvez donner à cette leçon
" la signification qui vous plaît; mais Je monde à qui vous la donnez
" peut l'interpréter à sa guise. Le résultat final de cette guerre n'est
•'point douteux; mais ses débuts ont été lents et pénibles; et ce monde
" que vous défiez se réjouit à la pensée que les deux petites républiques
" boers ont tenu en échec pendant quatre mois ' le plus vaste empire
" qui ait été '.
"Mais quelles que soient les conséquences de cette leçon pour l'An-
" gleterre dans ses relations avec les autres puissances, sa portée actuelle
" au Canada est une accusation directe contre notre gouvernement qui
" n'a point convoqué les Chambres. Si nos ministres voulaient réelle-
" ment donner une leçon et un avertissement, ils désiraient sans doute
" que la leçon fût fructueuse et l'avertissement sérieux. Quelle est la
" conséquence? Si nous envoyons deux mille hommes et si nous dépen-
" sons deux millions pour combattre deux peuples dont la population
" totale s'élève à deux cent cinquante mille âmes, combien d'hommes
" armerons-nous et combien de millions dépenserons-nous pour com-
" battre une puissance de premier ordre ou une coalition internationale?
(1) "Débats de la Chambre des Communes", 1900 (version française) col. 1829. Les
extraits qui suivent sont également empruntés à cette version, col. 1791-1812. Le discours
avait été prononcé en anglais; mais la traduction officielle est assez fidèle.
(2) Il poussa même l'obligeance Jusqu'à me suggérer de proposer ce voeu comme
amendement à la motion du ministre des Finances, "que la Chambre se forme en comité
des subsides". Cela excluait tout sous-amendement. Je suivis ce conseil, ce qui permit
au premier ministre de prétexter, pour demander à la majorité ministérielle de repous-
ser ma proposition, la procédure même qu'il m'avait suggérée. C'était un habile coup de
Jarnac. J'aime mieux l'avoir subi que porté.
— 128 —
" Et c'est, n'en doutons pas, aux grandes puissances et aux coalitions
" éventuelles qu'on adresse cette leçon et cet avertissement. Si nous
" avons jugé à propos de prendre part à l'enseignement, il doit s'en-
" suivre que nous sommes prêts à participer à l'action lorsque le temps
" sera venu d'appliquer la leçon. Alors, c'est le point de départ d'une
" politique nouvelle qui nous donne de sérieux aperçus sur l'avenir de
" notre pays. Ces aperçus peuvent être glorieux pour ceux qui ont soif
" des honneurs militaires. Ils peuvent inspirer aux rhéteurs de belles
" périodes sonores et des stances lyriques aux rimailleurs. Mais on pré-
" pare par là une sombre destinée aux classes agricoles et travaillantes
" de notre pays. On les menace du fardeau insupportable qui écrase
" les paysans et les ouvriers d'Europe. C'est ce fardeau que les " Little
" Englanders " et les " Petits Canadiens " avaient épargné jusqu'ici à
" l'Angleterre et au Canada.
" On ne saurait s'étonner que le gouvernement ait hésité à nous
" ouvrir les portes de ce noir inconnu. Mais n'aurait-il pas été à propos
"d'hésiter davantage et de faire connaître au peuple le résultat possible
" de cet avenir incertain avant de nous y pousser par un simple décret
" de cabinet?
" On m'opposera, sans doute, la clause du décret déclarant que cette
,; action n'est pas un précédent. J'avoue volontiers que cette clause est
" tout ce que je puis approuver dans la conduite du gouvernement. Mais
" je crains que ce soit un obstacle bien fragile à mettre en travers du
" courant de militarisme tapageur qui entraîne en ce moment toutes les
" possessions britanniques. C'est cette crainte que j'exprimais dans ma
"lettre au premier ministre, lorsque je disais: "Le précédent, mon-
" sieur, c'est le fait accompli "."
Lord Minto et la Constitution
Je notais ensuite l'interprétation donnée par M. Chamberlain et par
la presse anglaise à la décision du gouvernement. Puis je citais les dé-
clarations du gouverneur général, lord MINTO, rapportées par les jour-
naux dans ces termes:
"Le peuple du Canada ne désire point s'attacher à des arguties sur
la responsabilité coloniale. Tout ce qu'il a fait, c'est d'insister pour
que ces offres loyales soient manifestes et il se réjouit au fond du
coeur que ces offres aient été acceptées de bonne grâce."
"Ce régiment est la première offrande que le Canada fait à la
grande cause impériale. C'est une nouvelle orientation et l'avenir
est possible de grandes choses. La manifestation actuelle d'une union
impériale est plus expressive qu'une constitution écrite ne saurait l'être.
L'envoi de ces troupes peut faire surgir la question de la Fédération
impériale; il n'y a pas lieu pour lui de discuter cette question. Il
s'est toujours opposé aux constitutions écrites. Il préfère s'appuyer
sur les sentiments du coeur."
Et j'ajoutais:
"Si le Gouverneur a voulu dire, en déclarant qu'il s'opposait aux
" constitutions écrites, que la Grande-Bretagne se passait facilement de
" constitution écrite, je suis d'accord avec lui. Mais dans notre pays,
— 129 —
" nous avons une constitution écrite. Et cette constitution n'est pas
" seulement la forme légale de notre gouvernement; c'est [aussi] un
" contrat solennel et sacré, conclu entre les diverses provinces de l'Amé-
" rique Britannique du Nord. Ce contrat fut préparé avec grand soin
" et beaucoup de sollicitude par les meilleurs hommes de ces provinces.
" Ces hommes ne partageaient pas les mêmes croyances religieuses; ils
" étaient nés de races différentes; ils appartenaient à des groupes poli-
" tiques divisés entre eux. Ils unirent leurs efforts et leur bonne volon-
" té, pour rédiger ce traité afin de mettre un frein à des rivalités dange-
" reuses et d'offrir à l'univers le spectacle glorieux et réconfortant d'une
" grande nation, libre et une, fidèle à la Couronne d'Angleterre. Les
" corps représentatifs de chacune des parties contractantes acceptèrent
"cette charte; le parlement de la Grande-Bretagne la ratifia; le sceau
" royal y fut apposé.
" Comme toutes les oeuvres humaines, celle-ci n'est point parfaite.
** Elle peut subir des réformes et de nouvelles dispositions. Mais tant
" qu'elle reste, elle reste ce qu'elle est, ayant droit au respect de tous les
" citoyens,* grands et petits, riches et pauvres — de ceux qui ont mission
" de la faire exécuter comme de ceux qui doivent s'y soumettre. L'in-
" terpréter à la lettre peut être de "l'argutie coloniale"; la manipuler
" sans respect peut devenir un crime contre la nation. Et lorsqu'il fau-
" dra la modifier, ce ne sera point par correspondance entre Downing
"Street et Bideau Hall — cette époque est finie dès longtemps — mais
"par l'action libre et indépendante du parlement canadien et du parle-
" ment anglais, soumise à l'approbation du peuple du Canada."
A l'excuse que le ministère avait cédé aux voeux du peuple, j'oppo-
sais cette réserve:
" Il est vrai que, sous un régime démocratique, nous sommes les
"serviteurs du peuple; mais le devoir nous incombe aussi de rensei-
" gner et d'instruire le peuple; et c'est là ce qui fait la différence entre
" une saine démocratie et une démagogie sans principes. Et si j'accuse
"le gouvernement, ce n'est pas tant d'avoir cédé de guerre lasse devant
" ce qu'il appelle l'opinion publique, mais parce qu'il a négligé d'éclai-
" rer cette opinion par ses organes et ses partisans."
Je m'attaquais ensuite à la fausseté de l'affirmation, maintes fois
faite dans la presse impérialiste, que les offres de secours de toutes les
colonies avaient été spontanées. A l'aide de renseignements précis venus
d'Angleterre et d'Australie, je retraçais la trame des intrigues de Cham-
berlain; et je poursuivais:
" Je crois avoir démontré sans conteste combien fausse est la lé-
" gende de cet enthousiasme délirant qu'on attribue à toutes les autres
" colonies
" Je crois avoir réussi également à faire voir de quelle façon extra-
" ordinaire le secrétaire colonial a mené toute cette affaire, et avec quel
" zèle l'ont appuyé les représentants du gouvernement anglais dans cha-
" cune des colonies. Si nous connaissions la correspondance secrète
" échangée entre Downing Street et les gouverneurs de toutes les colo-
" nies, nous y verrions d'étranges choses. Mais nous en connaissons
" assez pour nous permettre de dire que M. Chamberlain a profité de
— 130 —
" l'explosion de patriotisme qui s'est produite dans toutes les parties de
" l'Empire, pour activer la réussite d'un projet depuis longtemps cares-
"sé: la participation du Canada aux guerres de l'Empire; ou, en d'au-
" très termes, la fédération militaire de la Grande-Bretagne et de ses
"colonies Sans égard à cet article de l'arrêté ministériel, qui
" veut que leur action ne soit pas considérée comme un précédent, le
" premier ministre a avoué que cette voie venait d'être ouverte et que
" l'air ambiant nous forçait, en quelque sorte, à y entrer. Il a, d'ailleurs,
" ajouté que le Canada doit garder son indépendance d'action et le droit
" d'apprécier chacun des conflits qui pourront surgir.
" J'applaudis ces paroles, et je sais qu'en les prononçant, l'honorable
" ministre est sincère. Du reste, elles sont conformes aux doctrines
" qu'il a prêchées toute sa vie.
" Mais comment va-t-il résister à l'influence de Downing Street? Il
" était aussi sincère lorsque, le 3 octobre, il déclarait qu'il ne prendrait
"aucune part à cette guerre; et dix jours après, son gouvernement dé-
" cidait d'y participer. Et puis, les gouvernements changent; si celui-
" ci n'a pas été capable de résistance, un autre le sera-t-il davantage?"
Dangers de l'Impérialisme
J'abordais ensuite le problème général des relations de la "Grande-
Bretagne avec ses colonies autonomes. Au plaidoyer des impérialistes,
j'opposais les arguments si vigoureusement énoncés, en 1893, par sir
Charles Tupper, dans son discours de Winnipeg. Et j'ajoutais:
"Je reconnais volontiers les différences d'époque et de circonstances.
" En 1893, sir Charles Tupper cherchait à sauvegarder les intérêts du
" Canada à Londres; en 1900, il est le chef d'un parti désemparé, il
" mendie des votes au Canada.
" Il doit m'être permis, cependant, de partager l'avis du Haut-Com-
" missaire sans que le leader conservateur me dénonce comme rebelle
" français.
"Aux arguments convaincants de l'honorable baronet, j'en ajoute
"un qui n'est, en somme, que le développement de sa théorie. Que le
" nouveau mouvement réussisse; que l'action actuelle constitue un pré-
" cèdent — nous nous trouverons peut-être un jour en face d'une situa-
" tion singulière. Supposons la Grande-Bretagne en guerre avec une
"puissance de premier ordre: la France, l'Allemagne ou la Bussie; nous
" expédions dix mille, vingt mille, cinquante mille hommes, équipés et
" armés; pendant que ces soldats marchent sur Paris, Berlin ou Saint-
"Pétersbourg — route peut-être aussi longue que celle qui conduit à
"Pretoria — un conflit s'élève entre les Etats-Unis et l'Angleterre; la
guerre est déclarée: Je le demande aux impérialistes les plus féroces.
-^rop
" qn^TrijMPTI rirait il du (Trop^nn infflflis flans l'Amérigiip (\n Nord?
' Je ne le nie point, le nouveau mouvement me semble une attaque
" aiguë de mégalomanie complètement étrangère à toutes les traditions
" britanniques. Qu'est-ce qui a fait l'Angleterre ce qu'elle est? Qu'est-ce
" qui lui a attaché toutes ses grandes colonies, sinon une politique de
"paix, d'industrie, de commerce, de décentralisation complète, mili-
" taire et civile, une politique où elle laissait à chaque colonie le droit
— 131 —
* et le pouvoir de développer ses propres ressources suivant sa situation
"particulière?
"Oh! mais les temps changent! Oui, les temps changent et les hom-
"mes aussi, d'après ce que je puis voir. Mais les transformations, na-
" tionales ou individuelles, doivent s'opérer lentement, par degrés, et
" surtout d'une façon rigoureusement conforme au tempérament de l'in-
" dividu ou de la nation.
" Pour ma part, j'ai encore foi dans les hommes et dans la politique
" qui ont fait de l'Angleterre la terre classique de la paix et de la liberté.
"Ces hommes occuperont un rang plus élevé dans les annales de l'his-
" toire que les dominateurs bruyants et ambitieux qui veulent faire par-
" ticiper l'Angleterre aux rapines territoriales auxquelles se livrent les
1* autres nations!
"Au Canada, j'ai encore foi dans les hommes et dans la politique
" qui en ont fait un pays uni sous un régime fédératif.
"Je ne demande pas l'indépendance maintenant, ni d'ici longtemps.
" Non pas que l'indépendance ne soit, à mes yeux, la fin la plus légitime
" et la plus naturelle qui puisse attirer une colonie. Mais nous ne som-
" mes pas encore assez pénétrés du véritable esprit libéral anglais qui
" doit inspirer le gouvernement responsable. Et les développements de
" la question actuelle me confirment fortement dans cette opinion. Si
"je voyais la constitution de mon pays livrée aux mains des éléments
" qui composent, aujourd'hui, nos partis politiques, je craindrais qu'ils
" n'en fissent " le plus monstrueux jeu de balle qui ait été ".
" On m'a demandé ce que je voulais. La réponse est courte et di-
" recte. Je veux qu'on respecte la constitution de mon pays telle qu'elle
"est, et je dis à ceux qui n'en sont point satisfaits: Si vous voulez la
"modifier, dites franchement ce que vous voulez. Ne venez pas au mi-
"lieu d'une tempête populaire chercher à mettre le feu au temple.
"M. Chamberlain et ses disciples fanatiques et ses apôtres incons-
" cients nous conduisent à une révolution constitutionnelle dont per-
sonne ne peut prévoir les conséquences.
"Je l'ai déclaré ailleurs et je le répète ici: mes objections à tout
"changement dans nos relations avec la Grande-Bretagne ne sont ni
" aveugles ni déraisonnables. Je ne demande qu'à me laisser convain-
" cre. Mais [j'insiste] sur un point : nous devons savoir exactement où
" nous sommes et où l'on nous conduit. Avant qu'une évolution ne
" s'opère, on doit établir nettement ce qu'on veut nous faire abandonner
"et ce qu'on nous offre en retour. Et le parlement lui-même — et, à
"plus forte raison, son comité exécutif — n'a pas le droit d'engager
"l'avenir de ce pays sans connaître à fond le sentiment véritable du
" peuple.
" Je veux être bien compris sur cette question de la sanction popu-
" laire. Je ne veux pas dire par là qu'il suffirait à un parti politique
" d'émettre certaines idées vagues sur l'impérialisme et, reprenant le
" pouvoir après une discussion générale de notre politique, de préten-
" dre que le peuple l'a autorisé à modifier dans ses parties vitales notre
" régime constitutionnel et notre état colonial. Qu'on soumette au par-
lement des propositions claires et nettes; qu'elles soient discutées à
— 132 —
M fond et qu'un plébiscite, dégageant la question de tous les autres débats
"politiques, la règle définitivement" (1).
On me pardonnera, j'espère, ces copieuses citations. En reprodui-
sant mes propres déclarations, je n'ai pas cédé au désir, légitime du
reste, de prouver que j'avais prévu assez clairement les conséquences
ultimes de cette première capitulation du Canada devant les exigences
de l'impérialisme anglais. J'ai voulu démontrer surtout que, dès le
début, le mouvement de résistance à l'impérialisme s'est inspiré des
(1) On a prétendu que ce mode de consultation populaire est incompatible avec les
principes et les traditions du gouvernement britannique. On a ajouté que le peuple est
incapable de porter un jugement sûr et équitable sur des mat'ères aussi graves.
Il y aurait beaucoup à dire sur tout cela. Lo'n de moi la pensée que le peuple est
infaillible. Une longue pratique du régime parlementaire et électoral m'a éclairé sur la
duperie des formules creuses du libéralisme doctrinaire et de la religion démocrat:que.
Mais il en est de ceci comme du rég'me parlementaire lui-même. C'est la conquête bri-
tannique qui en a doté ou affligé le Canada. Tant que notre const'tution restera ce qu'elle
est et qu'on n'aura trouvé rien de mieux à substituer au régime démocratique et repré-
sentatif, force nous est de le subir et d'en tirer le meilleur parti possible. On aurait de
la peine à prouver que le régime plébiscitaire est moins logique et plus subversif de l'or-
dre des sociétés que le régime parlementaire. Du moment que l'on admet et que l'on
pratique la théorie du gouvernement représentatif, on attribue au peuple le droit de
faire et de défaire à sa guise les ministères et les majorités parlementaires, et, par con-
séquent, le pouvoir facultatif de ratifier ou de désavouer les lois et les mesures adminis-
tratives. Mais alors, quelle objection sérieuse peut-on opposer au droit du peuple de se
prononcer d:rectement sur l'une quelconque de ces mesures?
Tel que pratiqué aujourd'hui, le régime électoral présuppose l'aptitude de la masse
populaire, ou du moins de la majorité des électeurs de chaque c'rconscription, à choisir
des mandataires consciencieux, intelligents, dévoués à la chose publique et compétents à
résoudre tous les problèmes de gouvernement et de législation. Les partisans les plus
aveugles du régime parlementaire admettront que les résultats ne répondent pas toujours
à cet idéal. Prétendra-t-on que le même corps électoral, pris dans son ensemble, est
moins apte à juger l'un quelconque de ces problèmes, dégagé des multiples entraves et des
pires inconvénients du régime électoral: l'esprit de parti, la popularité ou l'impopularité
personnelle des candidats, les abominables manoeuvres électorales, le conflit constant
entre les intérêts généraux de la nation et le souci des intérêts locaux ou secondaires?
A chaque élection, le peuple est appelé à porter un jugement sur l'ensemble de la
politique générale et locale, sur chacune des mesures votées au parlement et sur le mé-
rite respectif des candidats et des partis. Qui osera souten'r que le verdict populaire
rendu dans de telles conditions est plus équitable et plus intelligent que ne le serait la
décision du peuple sur un sujet particul'er?
Affirmer que le régime plébiscitaire est incompatible avec l'esprit des institutions
britanniques n'est pas mieux fondé, ni en droit, ni en fa' t. Quel est le principe fonda-
mental du gouvernement britannique? C'est le droit du peuple d'approuver ou de con-
damner, dans la personne de ses mandataires élus, tout ce qui touche au gouvernement
et aux lois de la nat'on. Tout le reste: — universalité ou restriction du suffrage, condi-
tions d'élig'bilité, pouvoirs respectifs de la Chambre haute et de la Chambre basse, res-
ponsabilité du gouvernement, partage des pouvoirs entre la Couronne, le ministère et le
parlement, ne sont qu'autant de formes partielles de l'application du principe. Ces ins-
tituions ou ces usages se sont modifiés maintes fois au cours de Phisto're des peuples
britanniques. Ils sont encore aujourd'hui en pleine et constante évolution. Le régime
plébiscitaire n'est pas plus nouveau ni plus contraire à l'esprit des institutions britanni-
ques que la responsabilité ministér'elle, systématisée par Robert WALPOLE, ne l'était il y
a un siècle et demi. I-e plus traditionnel des hommes d'Etat britann!ques contemporains,
M. BALEOUR, ancien premier ministre, héritier d'une véritable dynastie parlementaire
fsciitif-llcmcnt anglaise et conservatrice, a proposé la solution, par plébiscite, de la ques-
tion de la réforme du tarif. Lui ou un autre a suggéré le même moyen d'en finir avec
le problème irritant du Home Rule.
La pratique du plébiscite occupe une place de plus en plus grande dans notre admi-
nistration municipale, qui n'est que l'une des formes concrètes de l'application du principe
des institutions britanniques. Pourquoi cette pratique serait-elle plus incompatible avec
nos autres institutions représentâmes: assemblées législatives des provinces ou parle, nent
fédéral? L'on pourrait même établir que, loin d'aggraver les inconvénients du régime
électoral, elle tendrait à en atténuer quelques-uns, et des pires.
Le parlement fédéral a décrété, en 1898, un plébiscite sur la proh'bition de l'alcool
Pourquoi serait-il plus contraire à Pcspr't des Institutions britanniques do consulter le
peuple sur un changement radical apporté à son état constitutionnel et aux relations de
la colonie et de la métropole?
Le projet de constitution de l'Australie fut soumis à un plébiscite, en 1398, dans cha-
cune des colonies Intéressées. I,a Nouvelle Galles n'ayant pas donné le nombre de suf-
frages approbatifs fixé par la loi qui avait décrété ce plébiscite, une nouvelle consultation
fut ordonnée. Ce n'est qu'après ce second plébiscite que le parlement impérial vota la
constitution.
— 133 —
principes fondamentaux de la constitution britannique et des traditions
canadiennes les plus solidement établies; et que la propagande nationa-
liste, née de mon opposition à cette première emprise de l'impérialisme,
loin d'être une innovation dangereuse et l'expression de théories sub-
versives, n'est que le prolongement de la lutte poursuivie pendant un
demi-siècle par Lafontaine, Cartier, Macdonald et tous les Pères de la
Confédération. A la lumière des preuves accumulées dans la première
partie de cette étude, on ne contestera pas, je pense, que la participation
du Canada à la guerre d'Afrique, tout comme sa coopération à la guerre
actuelle, s'écartait violemment de l'entente conclue en 1865 et de la base
des relations établies entre la Grande-Bretagne et le Canada en matière
de guerre et de défense.
Attitude louvoyante de M. Laurier — Élections de 1900
M. Laurier esquiva fort habilement la question de principe. Sa ré-
ponse constitue l'un de ses chefs-d'oeuvre oratoires — dans le genre où
il excelle: celui d'éluder les difficultés en prenant la tangente et en dé-
robant sa retraite par une série de feintes habiles. C'est dans ce discours
qu'il osa bénir la guerre d'Afrique, fomentée par l'ambition de
Chamberlain et de Rhodes et par l'insatiable cupidité des chercheurs
d'or du Rand, comme la plus juste des guerres de l'Angleterre (1). Sans
répudier la réserve de principe contenue dans l'arrêté ministériel du 14
octobre, il prit un égal soin de n'apporter aucun tempérament aux dé-
clarations subséquentes du gouverneur et du ministre de la Milice, ni le
moindre correctif aux déductions de M. Chamberlain.
M. Laurier remporta un succès éclatant. Son discours fut applaudi
à outrance par les torys plus encore que par ses propres partisans; et
la Chambre tout entière, à l'exception de dix voix, repoussa ma propo-
sition. C'était l'inauguration de la politique louvoyante qui devait abou-
tir à la Loi navale, à la contribution de $35,000,000 et à la complicité
des deux partis dans la renonciation des principes posés par les Pères
de la Confédération (2).
La session terminée, j'entamai une campagne de propagande dans
la province de Québec. Ces débuts furent modestes. M. Monet, député
de Laprairie-Napierville, et M. Angers, député de Charlevoix, qui m'a-
vaient courageusement appuyé de leurs discours et de leurs votes à la
Chambre, m'accompagnèrent dans deux ou trois réunions publiques.
Ailleurs, j'allai seul. La presse des deux partis faisait systématiquement
silence sur le mouvement. La Patrie elle-même, tout en restant sympa-
thique, devenait réticente. Les gros clients d'annonces et les patrons
politiques — la Patrie était alors, à Montréal, l'organe français du parti
(1) "Je suis... profondément convaincu, dans ma conscience et dans mon coeur, que
jamais guerre plus juste ne fut entreprise par la Grande-Bretagne". Débats de la Cham-
bre des Communes, 1900, (version française) col. 1834.
(2) Le plus averti peut-être des journalistes anglo-canadiens libéraux m'écrivait,
l'an dernier, que la participation du Canada à la guerre d'Afrique avait été l'erreur fatale
du ministère et des libéraux canadiens. Cette erreur, il l'avait excusée et palliée au mo-
ment où elle fut comm'se. Eclairé par les événements ultérieurs, il y voya't maintenant la
première brèche à l'autonomie du Canada et la première conquête réelle de l'impérialisme.
Il voulait bien ajouter que j'avais vu clair dans la situation. Cette opinion, il me l'ai
répétée verbalement.
— 134 —
libéral — avaient forcé M. Tarte à mettre une sourdine à ses sympathies
et à ses convictions. La dissolution du parlement vint interrompre cette
campagne.
Dans les provinces anglaises, les torys se ruèrent sur M. Laurier et
M. Tarte, les accusant de déloyauté et de tiédeur envers l'Empire. Dans
la province de Québec, les conservateurs français leur reprochèrent
d'avoir sacrifié la paix et les libertés du Canada aux exigences de l'An-
gleterre. Ce double jeu servit admirablement les desseins et les intérêts
du parti libéral et permit à M. Laurier d'accentuer sa pose favorite de
l'homme du " juste milieu ", prêt à incliner vers le nationalisme ou à
verser dans l'impérialisme, selon les exigences du moment et la direc-
tion des courants populaires.
La victoire remportée, les partisans du ministère s'empressèrent
d'affirmer que le peuple canadien, les Canadiens-français en particu-
lier, avait approuvé la participation du Canada à la guerre. Je saisis
Ja première occasion favorable pour démontrer la fausseté de cette allé-
gation. A l'aide de copieux extraits des discours des ministres et de
leurs candidats et des articles de la presse libérale, je prouvai que le
ministère avait tout fait pour dérober aux yeux du peuple les consé-
quences ultimes de son action et désavouer ses tendances impérialistes;
et je proposai, appuyé par M. Angers, député de Charlevoix, le voeu sui-
vant:
" Tout en affirmant sans réserve le principe fondamental de
''l'autonomie canadienne et en refusant de reconnaître que l'interven-
" tion du Canada dans l'Afrique australe ait pu lier ce pays à une parti-
" cipation future dans les guerres et la politique de la Grande-Breta-
" gne, —
" Cette Chambre croit que la contribution du Canada, en secours
" effectifs et en deniers publics, à la guerre Sud-Africaine, donne au peu-
" pie canadien le droit d'exprimer une opinion sur la question en con-
" flit.
" Cette Chambre rappelle donc humblement à Sa Majesté le Roi
" Edouard VII, que le règne glorieux de son auguste mère, la Reine Vic-
" toria, dont la mémoire restera à jamais chère aux Canadiens de toute
" origine et de toute croyance religieuse, s'ouvrit au sein de la révolte
"et de l'effusion du sang dans cette partie de ses possessions; que la
" paix et la prospérité furent rétablies et pour toujours, lorsque les con-
"seillers de Sa Majesté comprirent, ainsi que le disait lord Grey dans
" ses instructions à lord Elgin, gouverneur du Canada, qu'il n'était " ni
" possible ni désirable d'exercer le gouvernement d'aucune des provin-
" ces britanniques de l'Amérique du Nord contrairement à l'opinion des
"habitants"; que, depuis cette époque, Sa Majesté n'a trouvé dans au-
" cune partie de son empire une population plus fidèle, plus dévouée et
"plus heureuse que ses sujets canadiens-français.
" Cette Chambre exprime donc l'espoir et le désir que le gouverne-
" ment de Sa Majesté s'efforcera de conclure dans l'Afrique du Sud une
" paix honorable, assise sur la loi des nations qui garantit l'indépendance
" à tous les peuples civilisés et sur les vraies traditions britanniques qui
— 135 —
" respectent toutes les convictions nationales et religieuses et le prin-
" cipe de l'autonomie coloniale.
" Cette Chambre déclare de plus qu'il n'est pas nécesaire d'envoyer
** de nouvelles troupes canadiennes dans l'Afrique australe et que l'en-
" rôlement de recrues pour le corps de gendarmerie sud-africaine ne
" devrait pas être permis au Canada."
Naturellement, la proposition fut rejetée par les deux partis. 11 ne
resta même, pour l'appuyer, que MM. Angers et Monet (1).
Réaction nationaliste
Cette première victoire de l'impérialisme fut suivie d'un mou-
vement de réaction, même dans les provinces anglaises. Aux élec-
tions de novembre 1900, les très rares députés anglais, de l'un ou de
l'autre parti, accusés de sympathie pour les Boers et d'opposition à la
participation du Canada à la guerre, avaient été réélus par des majorités
considérablement accrues. Dans la province de Québec, le mot d'ordre
était: ^'impérialisme est un mythe, le gouvernement a été forcé de céder
à_iine explosion de sentiment; mais il asauvé là situation en déclarant
que ^expédition des troù"pè"S en~~"A7rique ne constitue pas an précédent'.
Conservateurs et libéraux me taxaient volontiers de monomanie parce
que je persistais à affirmer qu'à la prochaine occasion favorable, Cham-
berlain et les chefs de l'impérialisme renouvelleraient leurs efforts, avec
des chances de succès considérablement accrues par l'acte posé. On me
trouvait non moins excessif quand j'insistais sur la nécessité de faire re-
vivre, par une campagne active et persistante d'éducation publique, le
nationalisme intégral qui avait préservé les libertés du Canada avant la
Confédération. Afin de me documenter sur les tendances et les méthodes
des chefs de l'école impérialiste, je fis, durant l'été de 1901, un séjour
assez prolongé en Angleterre. A mon retour au Canada, je résumai mes
constatations dans un discours prononcé au Théâtre National Français,
le 20 octobre 1901.
" En somme, disais-je, sous des dehors différents et avec d'autres
** moyens d'action, le mouvement impérialiste part du même fond et
" tend au même résultat que la lutte entreprise au XVIIIe siècle par le
"gouvernement autocratique de Georges III: TAXER LES COLONIES
" POUR LA DEFENSE DE L'EMPIRE. Avec cette franchise qui carac-
" térise les hommes publics d'Angleterre et qui rend la discussion de la
" politique anglaise toujours intéressante et fructueuse, lord Selborne,
" sous-secrétaire d'Etat pour les colonies, l'a reconnu publiquement l'an
" dernier. La seule différence qu'il y voit, c'est que les ministres de
" Georges III eurent la maladresse de vouloir prélever eux-mêmes des
" impôts sur les colonies, tandis que les ministres actuels s'efforcent
" d'amener les colons à se taxer eux-mêmes au bénéfice de la métro-
pole " (2).
(1) "Débats de la Chambre des Communes", 1901 (version française) col. 1358.
(2) "Grande-Bretagne et Canada", Montréal, 1902 — p. 29. Ces discours de lord Sel-
borne avait été prononcé en juin 1900, au quatrième congrès des Chambres de Commerce
de l'Empire. Lord Selborne devint par la suite premier lord de l'Amirauté; nous le
retrouverons poursuivant sa propagande impérialiste à la Conférence coloniale de 1902.
— 136 —
Sur l'évolution politique du gouvernement de l'Empire, je disais:
" On parle d'un conseil consultatif, où chaque colonie enverrait un
" nombre restreint de représentants. Ces délégués, qu'on pourrait ap-
" peler ministres extra-cabinétaires (pardon du néologisme), transmet-
" traient les décisions du conseil à leurs gouvernements qui les soumet-
" traient à la ratification des parlements coloniaux. Inutile d'insister
* sur le danger d'un tel système. En voyant l'influence que les autorités
" impériales exercent à distance sur les ministres des colonies, on peut
" affirmer que le gouvernement britannique saura maintenir sous le
" joug les hommes qu'il aura à sa portée immédiate et sur qui il pourra
" faire peser le poids de ses faveurs et de ses séductions. Dans toutes
" les questions où les intérêts de la métropole et d'une des colonies seront
"en jeu, le cabinet anglais ne manquera jamais de s'assurer une majo-
" rite dans le conseil où, d'ailleurs, le Royaume-Uni sera longtemps
" représenté par un nombre de délégués supérieur à celui des délégués
" coloniaux réunis.
" Il restera bien aux parlements des colonies le pouvoir de refuser
" leur sanction. Mais ces décisions devenant des mesures ministérielles,
" il faudra que les moeurs politiques changent notablement au Canada
" pour que cette garantie soit efficace.
" Ne croyez pas d'ailleurs que ce conseil surgisse tout à coup, cons-
" titué par un acte du parlement impérial. Ce n'est pas la méthode an-
" glaise. On connaît mieux là-bas l'art de préparer les évolutions cons-
" ti tution nelles.
" On va commencer par consulter les premiers ministres coloniaux
" qui iront à Londres, l'an prochain, assister au Couronnement du Roi
"et assurer Sa Majesté de la fidélité inviolable et de la naïveté robuste
" de ses sujets des colonies. Ce ne sera du reste qu'une répétition du
" Jubilé.
" Puis, une nouvelle occasion, qu'on fera surgir au besoin, appellera
" de nouveau nos représentants au pied du trône. Ces visites ctd limina
"finiront par devenir régulières — et dans les intervalles, les agents
" coloniaux sont toujours là, trop heureux de jouer le rôle des duègnes
" de comédie qui portent les billets doux des amoureux illicites. Enfin
" on donnera la sanction constitutionnelle aux faits accomplis.
" C'est de cette manière que toutes les institutions britanniques se
"sont établies" (1).
Cette conférence fut publiée en brochure, accompagnée d'une masse
de citations et de textes, dont l'ensemble démontrait l'ampleur et la
persistance du mouvement impérialiste.
Le véritable impérialisme anglais
Dans Y Avertissement qui précédait cette brochure, je donnais cette
définition de l'impérialisme britannique:
" L'impérialisme anglais est un régime d'accaparement et de domi-
" nation militaire, né de l'expansion exagérée de la puissance anglaise
" et nourri de cet orgueil stupide, brutal et vantard qu'on nomme jin-
(1) "Grande-Bretagne et Canada", p. 35-36.
— 137 —
" goïsme. Il s'exprime volontiers par des formules ronflantes : "Bri-
" tannia rule the waves",... "Britons never shall be slaves",... "Trade
" folloivs the flag",... "What we hâve we hold",... etc.; à ce dernier
" axiome, le Premier-Ministre d'Ontario (1) a ajouté: "and what we don't
"hâve, we take", et le bon sens public commence à surajouter: ". . .when
" we can".
" Ayant embrassé plus qu'elle ne peut étreindre, entourée d'enne-
" mis ou d'indifférents, l'Angleterre de M. Chamberlain a besoin de sol-
" dats et de marins pour maintenir les oeuvres de son délire. N'en
"tiauvant plus chez elle, elle s'adresse à ses colonies. Sachant qu'elle
" ne peut atteindre son but sans détours, elle trompe, endort ou cor-
" rompt les gouvernants des colonies et grise de chauvinisme leurs po-
" pulations naïves. Elle nous arrache, sous des noms et des uniformes
" variés — Carabiniers Royaux, Infanterie à cheval, Strathcona Horse,
" Yeomanry — tout ce qu'elle peut de chair à canon; quitte à nous lais-
" ser entrevoir quelques bribes de faveurs pour le moment où nous
" serons fatigués de jouer ce rôle de dupes.
" En un mot, le véritable impérialisme anglais, c'est la GONTRIBU-
"TION DES COLONIES AUX GUERRES DE L'ANGLETERRE — en
" hommes et en deniers, en hommes surtout."
Aux sceptiques et aux incrédules, ignorants ou volontaires, qui
niaient l'existence de l'impérialisme et ses dangers pour le Canada,
je répondais:
" Les gens qui trouvent plus commode d'engraisser que de se pré-
" occuper de l'avenir de leur pays, affirment que personne ne songe à
" l'impérialisme.
"Que les repus ferment les yeux et les oreilles et refusent de croire
"à tout ce qui peut déranger leur digestion, je le conçois. Mais que tant
" de braves gens qui n'ont pas d'affaires politiques à soigner se bercent
" des mêmes illusions, c'est ce que je comprends moins.
"Deux causes peuvent expliquer cet étrange aveuglement: la pa-
" resse intellectuelle qui nous envahit et nous paralyse; puis la force
" de l'atavisme latin qui nous domine encore, nous, aux trois-quarts
"Normands! Tandis que l'Anglo-Saxon fait, transforme et défait, sans
" un bout de parchemin, lois, constitutions, royaumes, empires, — le
"latin, logique et légiste, attend des programmes, des pronunciamentos,
" des articles, des décrets, des textes numérotés, classés et étiquetés,
" avant de croire que son état social subit une évolution.
" Il n'est pas étonnant, d'ailleurs, qu'avec une presse comme la
"nôtre, la vérité ait peine à se faire jour. En Angleterre même, où les
" grands organes de l'opinion publique constituent en somme la presse
"la plus sérieuse et la plus loyale qui soit au monde, on ne fait que
" commencer à se rendre compte de l'évolution impérialiste. " Cette
" étrange croissance d'un empire nous a pris par surprise ", disait, l'an
" dernier, lord Salisbury, impérialiste lui-même, comme Sganarelle était
" médecin, malgré lui. Mais ce qu'on sait aujourd'hui, partout ailleurs
" que dans la province de Québec, " c'est que cette vague énorme ", sui-
(1) Sir George ROSS, plus tard sénateur.
— 138 —
" vant l'expression du duc de Devonshire, soulève et emporte la Grande-
-Bretagne, — à sa perte, murmurent les uns, à sa gloire, clament les
" autres."
En dépit de la pénurie de nos ressources et du silence dédaigneux
de la grande presse des deux partis, notre modeste propagande commen-
çait à éveiller l'attention publique. M. Laurier, dont le flair politique
était rarement en défaut, commençait à croire qu'il y aurait avantage à
diriger la politique ministérielle dans la voie du nationalisme renais-
sant. Les fêtes impériales qui accompagnèrent le couronnement d'E-
douard VII, en 1902, lui donnèrent l'occasion d'opérer cette nouvelle
courbe.
Comme bien l'on pense, Chamberlain avait résolu de profiter de
cette circonstance exceptionnelle pour fortifier la trame impérialiste
et amener les gouvernements des colonies à se lier davantage à sa poli-
tique de centralisation. Ses complices, en provoquant l'inique guerre
d'Afrique et en y entraînant les colonies, avaient créé le fait accompli:
il ne restait plus qu'à donner à l'acte posé une formule constitutionnelle
et une sanction permanente, et à faire de la participation des colonies
aux guerres de l'Angleterre la base du nouveau régime impérial.
Le couronnement aurait dû avoir lieu en 1901. Mais l'heure n'était
pas propice aux desseins du puissant ministre des Colonies. Après deux
ans d'une lutte opiniâtre, la Grande-Bretagne et les " nations-soeurs "
n'étaient pas encore venues à bout de la résistance des paysans boers.
L'humiliation de l'Angleterre était complète, le prestige de son armée
anéanti, l'incapacité de ses chefs militaires démontrée aux yeux du
monde entier. Chamberlain comprit qu'il aurait peine à décider les
coloniaux, tout naïfs et vaniteux fussent-ils, à s'associer à la ' grandeur '
et à la ' puissance ' de la Grande-Bretagne. Le Boi se donna fort à propos
une entorse assez grave pour permettre d'ajourner les fêtes du couron-
nement à l'année suivante.
M. Laurier se prépare à la résistance
Le 27 décembre 1901, le ministre des Colonies transmettait aux gou-
verneurs généraux l'invitation du Boi conviant les premiers ministres
des «olonies autonomes à prendre part aux fêtes du couronnement. Le
23 janvier 1902, M. CHAMBEBLAIN télégraphiait à lord Minto que "le
" gouvernement de Sa Majesté se propose de profiter de la présence des
" premiers ministres au couronnement pour discuter avec eux les rela-
" tions politiques de la mère-patrie et des colonies, la défense impériale,
" les relations commerciales de l'Empire et d'autres matières d'un inté-
" rêt général.
" Si vos ministres désirent soumettre sur ces diverses questions des
" propositions concrètes ou des résolutions, ou suggérer tout autre sujet
" de discussion, je serais heureux d'en prévenir les autres gouverne-
ments " (1).
Cette fois, l'invite était formelle et directe. Sir Wilfrid LAUBIEB
(t) Le texte de cette dépêche et celui de la réponse sont reproduits à la pièce jus-
tificative 62.
— 139 —
riposta du tic au tac. Il dicta à lord Minto la réponse suivante, qui
porte la date du 3 février 1902:
" Des diverses questions mentionnées dans votre dépêche du 23
" janvier, la seule, de l'avis de mes ministres, qui laisse entrevoir (gives
" promise) d'une discussion utile, est celle des relations commerciales
" entre les divers pays de l'Empire. Mes ministres se déclarent entiè-
" rement satisfaits, sauf sur quelques points d'importance secondaire,
" des relations politiques qui existent aujourd'hui entre la mère patrie
" et les grandes colonies autonomes, et particulièrement le Canada. Etant
" données les conditions différentes des colonies, ils n'anticipent pas
" qu'aucun plan général de défense soit applicable à toutes."
•La riposte était rude. Afin de l'adoucir, on ajoutait que "le repré-
" sentant du Canada serait néanmoins prêt à accorder une attention
" respectueuse à toute proposition qui pourrait être soumise par le gou-
" vernement de Sa Majesté ou par les délégués des autres colonies."
Dix jours après l'envoi de cette dépêche, la session s'ouvrit. Je fis
produire la correspondance échangée entre les deux gouvernements.
Elle scandalisa fort les ultra impérialistes. Le 15 avril, M. MACLEAN,
député de York, interpella le ministère; il s'attacha particulièrement à
la question du ' commerce préférentiel '. Le parlement britannique
venait d'imposer un droit d'importation sur le blé. Le parti conserva-
teur canadien voulait que le gouvernement en profitât pour réclamer
une exemption en faveur des blés coloniaux, comme préliminaire de
l'adoption de tarifs de faveur réciproque dans tous les pays de l'Em-
pire
De la réponse de M. LAURIER, je ne détache que les déclarations
relatives à la défense impériale:
" Ce serait un véritable suicide pour le pays, dit-il, que de se lancer
"dans le gouffre des dépenses où les nations européennes, y compris
"l'Angleterre, ont été entraînées par les besoins d'armements formi-
" dables. Quelle est la situation respective de la Grande-Bretagne et du
" Canada? La Grande-Rretagne est l'une des premières nations de
"l'univers, la première peut-être sous plusieurs rapports, le centre du
" plus puissant empire de nos jours, du plus grand empire depuis la
" chute de l'empire romain. Par là même, elle est obligée de maintenir
"une nombreuse armée permanente. La Chambre sait combien la né-
" cessité d'entretenir une armée permanente a toujours répugné au peu-
"ple anglais, comment celui-ci s'est toujours révolté à cette idée; mais
"il a dû se plier aux exigences de la situation et entretenir constam-
" ment une armée sur pied. La plus grande partie du budget de l'An-
" gleterre est dévorée par les dépenses navales et militaires, et l'hono-
" rable député voudrait nous mettre dans une pareille position et nous
" faire partager ces dépenses 1 Toute autre est la situation du Canada.
" C'est un immense pays ayant une population de cinq millions et un
" tiers d'habitants disséminés sur une étendue de 3,000 milles de l'est à
"l'ouest. Quels sont les plus lourds articles de son budget? Les travaux
" publics, la colonisation, la construction de voies ferrées et le creuse-
" ment des ports et de voies de transport. Voilà le champ où doit
" s'exercer notre activité, et ce serait un crime de détourner une partie
— 140 —
des deniers nécessaires à l'accomplissement de ces travaux pour ache-
" ter des canons, des fusils et des munitions de guerre" (1).
Toute la députation ministérielle acclama cette profession de foi
nationaliste. Je puis même affirmer sans exagération que les trois-
quarts des députés conservateurs l'approuvèrent tacitement.
Le 12 mai, le leader de la gauche, M. BORDEN, ramena la question
sur le tapis. Il blâma fort discrètement le ministère d'avoir repoussé
l'invite des autorités impériales à discuter le problème de la défense :
" Comme je J'ai déjà dit en cette Chambre et ailleurs, je suis disposé
" à affirmer avec autant de vigueur que n'importe qui la nécessité qu'il
" y a pour le Canada de gouverner la dépense de ses deniers et de régler
" lui-même la question de la défense impériale en ce qui se rapporte au
" Canada"
C'est, a quarante ans de distance, la réitération du principe posé
par le ministère iMcDonald-Sicotte en réponse aux suggestions du duc
de Newcastle (2). M. Borden avait évidemment oublié ces paroles fort
sensées lorsqu'il fit voter par la Chambre, en 1912, une contribution de
$35,000,000 à la flotte impériale et qu'il décida d'en abandonner l'em-
ploi au gouvernement britannique.
" Mais je ne vois pas, poursuit-il, pourquoi nous ne serions pas dis-
" posés à discuter la question dont il s'agit avec les autorités impériales.
" Trois avenirs possibles se présentent à ce pays. L'un est l'existence
" comme nation indépendante; un autre est l'absorption par nos voi-
" sins, l'annexion aux Etats-Unis d'Amérique; le troisième est la conti-
" nuation des relations qui existent aujourd'hui entre le Canada et la
" mère- patrie. Le troisième est l'état de choses que je voudrais pour
" ma part voir devenir permanent; et tant qu'existera le lien qui nous
" unit à la mère-patrie, il me semble que nous devons nous occuper de
"la question de la défense de ce pays; et en rapport avec cette question,
" il n'est aucune raison pour laquelle nous ne discuterions pas, au moins,
" avec la mère-patrie, la question de la défense impériale, quand on nous
"y invite d'une façon courtoise" (4734-5).
Il ne suggère du reste aucun mode quelconque de contribution à la
défense impériale. Tout Je reste de son discours est consacré à Ja
question commerciale. Il presse le ministère de profiter de l'imposi-
tion, en Angleterre, du droit d'importation sur les blés pour réclamer
la " préférence coloniale ". Il reproche à M. Laurier et à ses collègues
le traitement de faveur sans réciproque qu'ils accordent aux articles
importés d'Angleterre.
On voit qu'à cette heure de réaction, Je " loyal " parti conservateur
cherchait à prendre la revanche de son servilisme passé et futur.
La réponse du premier ministre est brève. Il maintient carrément
l'attitude qu'il a prise dans la dépêche du 3 février. Il est prêt à dis-
cuter toutes les propositions qui seront soumises à la Conférence. Le
gouvernement de la Nouvelle-Zélande a donné avis d'une motion favo-
(1) "Débats de la Chambre des Communes", 1902 (version française) col. 2759. Les
citat'ons qui suivent sont également tirées de la version française. Le chiffre de la co-
lonne est indiqué après chaque citation. On trouvera le texte anglais à la pièce justifi-
cative 63.
(2) Pièce justificative 26.
— 141 —
rable à la réorganisation militaire de l'Empire. L'Australie semble se
préparer à prendre la même attitude que le Canada. Cette attitude,
M. LAURIER est déterminé à la maintenir jusqu'au bout:
" Cela ne sert absolument à rien, dit-il, au point où nous en sommes
"et dans ce parlement du Canada, de chercher à nous tromper nous-
** mêmes sur ce que l'on peut avoir en vue avec ce sujet de la défense
" de l'Empire. Si l'on projette tout simplement de discuter quelle part
" le Canada devra prendre pour sa propre défense, et dans quelle mesure
" nous devrons être prêts à sauvegarder l'intégrité du pays où nous
" sommes nés et qui a reçu notre foi, où sont toutes nos espérances et
" nos affections, nous serons certainement toujours disposés à discuter
" un semblable sujet. Même je ne crois pas qu'il soit le moindrement
" nécessaire de nous pousser à aborder une discussion de ce genre, car,
" durant cette même session où nous sommes, le gouvernement a donné
" sa parole, dans cette Chambre, qu'il serait prêt en tout temps à faire
'.' là-dessus son devoir jusqu'au bout, et il a reçu pour cela l'appui una-
" nime des deux partis. Mais la politique contemporaine comprend,
" tant à l'étranger et en Angleterre qu'au Canada, et même peut-être dans
" cette Chambre, une certaine école qui ne désirerait rien tant que de
" plonger le Canada dans le gouffre du militarisme qui est maintenant
"Je fléau de toute l'Europe. Je ne suis pas en faveur d'une semblable
"politique" (4752-3).
Conférence de 1902 — Chamberlain pousse sa pointe
C'est dans ces dispositions que MM. LAURIER, FIELDINC et PA-
TERSON partirent pour Londres après la session.
Les pompes du couronnement terminées, CHAMBERLAIN se mit à
la besogne. Il fut arrêté que la conférence siégerait à huis clos, " afin
" que la discussion soit aussi libre que possible et que les membres puis-
" sent exprimer entièrement et franchement les considérations et les
" difficultés spéciales qui les affectent." Faut-il supposer que certains
des délégués eussent éprouve quelque embarras à parler " franchement "
au grand jour? Quoi qu'il en soit, il ne fut publié qu'un rapport som-
maire des travaux de la Conférence (1).
Dans son discours d'ouverture (p. 1 à 9), CHAMBERLAIN, après les
compliments d'usage, entre résolument dans le vif de la question : " Je
" déclare que notre objet ultime est de renforcer les liens qui nous unis-
" sent. Cet objet, nous ne pouvons l'atteindre que par trois voies princi-
" pales : en premier lieu, par nos relations politiques ; deuxièmement,
"par un mode quelconque d'union commerciale; et en troisième lieu,
" par l'étude des questions qui se rattachent à la défense de l'Empire."
Sur le chapitre des relations politiques, il se réfère aux résolutions
de la Conférence de 1897. Il reconnaît les difficultés qui entourent la
solution du problème de la fédération des pays de l'Empire. Néanmoins,
la participation des colonies à la guerre sud-africaine a fait mûrir la
(1) "Papers relatinsr to a Conférence between the Secretary of State for the Colonies
and the Prime Ministers of self groverning Colonies", June to August 1902 — Cd 1299. La
citation ci-dessus se trouve à la page 1. Les citat'ons qui suivent sont également traduites
de ce livre bleu. Le chiffre de la page est indiqué après chaque citation.
— 142 —
question. Cette coopération est " la preuve la plus éclatante des résul-
" tats d'une union volontaire sans obligations formelles." Elle a créé
en Angleterre "un sentiment d'obligations réciproques" "Ce serait
" une erreur fatale de transformer l'enthousiasme spontané qui s'est
" manifesté si vivement dans tout l'Empire en quelque chose qui eût la
" nature d'une obligation, obligation qui ne serait peut-être aujourd'hui
" assumée qu'avec répugnance ou acceptée simplement pour la forme. . .
"Le gouvernement de Sa Majesté accueillerait avec faveur toute démar-
" chc qui pourrait être faite dans le but d'amener une union plus définie
"et plus intime; mais il croit que ce n'est pas à lui à faire cette démar-
" che auprès de vous. Si la demande est faite, et lorsqu'elle sera faite,
" elle devra venir des colonies. Si elle vient, elle sera accueillie ici
" avec enthousiasme."
M. Chamberlain rappelle cette parole de M. Laurier, prononcée en
1897 : " Si vous voulez notre aide, appelez-nous dans vos conseils." —
" Sir Wilfrid Laurier ", dit-il, non sans malice, " a expliqué dans des dis-
" cours subséquents qu'il n'avait pas été compris très clairement." La
parole était claire, mais elle avait été prononcée aux heures de griserie
du jubilé de la Reine. De retour au Canada, M. Laurier avait jugé à
propos de s'expliquer. Mais le pontife de l'impérialisme n'entend pas
laisser perdre une offre si engageante.
" Nous avons besoin de votre aide, s'écrie-t-il, nous avons besoin de
" votre assistance dans l'administration de ce vaste empire qui est le
" vôtre comme le nôtre " — avec cette légère différence que l'Angle-
terre en retire tous les profits et que les " nations soeurs " n'en subissent
à peu près que les inconvénients. — " Le Titan fatigué fléchit sous l'orbe
"trop vaste de ses responsabilités." (The weary Titan staggers under
the too vast orb of its fate).
C'est la phrase fameuse qui a fait le tour des colonies et suscité
tant d'absurdes expressions de pitié sur la détresse de la pauvre Angle-
terre, se sacrifiant au salut de l'Empire. La vérité, comme le faisait si
justement observer M. Ewart dans l'un des Kingdom Papers, c'est que
si le " Titan fatigué " ploie les genoux, c'est sous le poids de l'empire
qu'il a conquis à son bénéfice et des richesses immenses qu'il a amon-
celées (1).
" Nous avons porté le fardeau durant maintes années. Il est temps,
" croyons-nous, que nos enfants nous aident à le supporter; et dès que
" vous nous en ferez la demande soyez assurés que nous nous hâterons
" avec joie de vous appeler dans nos conseils. Si vous êtes prêts, à un
" moment quelconque, à assumer une part, une part proportionnelle des
" fardeaux de l'Empire, nous sommes prêts à nous entendre avec vous
" sur toute proposition qui aura pour objet de vous donner une voix
" correspondante dans la politique de l'Empire."
C'est, on s'en souvient, le principe d'équité posé par lord Elgin dès
1854.
Nous verrons, par les déclarations de M. Asquith et de M. Harcourt,
en 1911 et en 1912, quelle sorte de "voix correspondante" les autorités
(1) "Kinrdom Paper*" — No 11, novembre 1912, p. 13 à 22.
— 143 —
impériales sont prêtes à accorder aux "nations-soeurs" dans les conseils
de l'Empire.
M. Chamberlain n'a aucune objection de principe contre la repré-
sentation des colonies au parlement impérial; mais il croit plus pratique
de débuter par la " la création d'un véritable Conseil d'Empire, auquel
seraient soumises toutes les questions d'intérêt impérial." Ce Conseil
commencerait par être purement consultatif. " Nous sommes tous accou-
tumés à la lenteur des évolutions que nos diverses constitutions ont
subies." Peu à peu, ce Conseil exercerait " des fonctions executives et
peut-être aussi des pouvoirs législatifs." En attendant, la conférence
pourra se réunir périodiquement et traiter des deux sujets qui exigent
l'attention immédiate: la défense de l'Empire et les relations commer-
ciales des pays qui le composent.
C'est bien le programme que j'avais prévu l'année précédente.
Mais si la participation effective des représentants des colonies au
gouvernement de l'Empire ne presse pas, leur contribution à sa défense
est urgente. L'astucieux ministre dresse un tableau comparatif des dé-
penses faites par le Royaume-Uni et par chacune des colonies autonomes
pour l'entretien de leurs forces respectives de terre et de mer (p. 42).
Il passe soigneusement sous silence les sommes énormes que les colonies
sont forcées de dépenser chaque année pour peupler leurs territoires in-
cultes et les mettre en valeur, et pour construire leurs immenses voies de
transport. Il feint également d'ignorer les contributions indirectes que
ces jeunes pays, le Canada en particulier, ont versé à la défense de l'Em-
pire, ainsi que sir Alexander Campbell, en 1887, et sir Charles Tupper,
en 1893, l'avaient clairement démontré.
Il ose affirmer que, sans ses colonies, la Grande-Bretagne pourrait
réduire considérablement son budget de la guerre. " Tant que les colonies
" étaient jeunes et pauvres ", il était " juste et naturel que la mère patrie
" se chargeât de la protection de ses enfants. Mais maintenant que les
"colonies sont riches et puissantes, qu'elles croissent chaque jour par
" sauts et par bonds, leur prospérité matérielle promet de rivaliser avec
" celle du Royaume-Uni, et il me semble incompatible avec leur situa-
" tion, avec leur dignité nationale, qu'elles laissent la mère patrie porter
* la totalité de cette dépense."
Cet argument, absolument faux du reste, atteignait les coloniaux
au point le plus sensible de leur épiderme : la vanité du parvenu. Il est
devenu le leit motiv de tous nos impérialistes. Et pourtant, l'exacte vé-
rité, c'est que d'Angleterre est infiniment plus riche que toutes ses pos-
sessions d'outremer prises collectivement et que si elle perdait le Cana-
da et ses autres colonies, " elle ne pourrait réduire son armée d'un seul
soldat, ni sa flotte d'un seul navire. Il lui faudrait même plus de soldats,
de marins et de vaisseaux de guerre qu'elle n'en possède aujourd'hui."
Cette affirmation si juste de sir Charles Tupper, le témoignage unanime
des plus hautes autorités civiles et militaires de la Grande-Bretagne l'a
confirmée à maintes reprises. Il fallait toute l'audace du "politicien
yankee " qu'était Chamberlain et sa connaissance profonde de l'ignorante
crédulité des coloniaux pour baser son appel sur une donnée aussi falla-
cieuse.
— 144 —
Sur le problème des relations commerciales, il invite la libre et fran-
che expression de toutes les opinions. Le but suprême à atteindre, c'est
le commerce libre entre les pays d'empire. Il s'empresse d'admettre
qu'il est impossible d'y arriver dans un avenir prochain. Le régime pro-
tectionniste de la plupart des colonies s'y oppose. C'est à elles de tracer
la voie en accordant un traitement de faveur aux importations anglaises.
Le Canada est déjà entré dans cette voie; mais il devra faire beaucoup
plus avant d'espérer que le Royaume-Uni réponde à cette avance par
des faveurs réciproques: le tarif préférentiel adopté par le Canada en
1897 et considérablement accru en 1900 n'a pas donné les résultats qu'en
espéraient les Anglais.
Comme il n'entre pas dans le cadre de cette étude de faire l'histori-
que de cet aspect du problème impérialiste, je rappelle tout de suite que
cette méconnaissance de la générosité canadienne dépita singulièrement
nos représentants. Ils firent consigner dans le rapport de la Conférence
un énorme tableau analytique des importations du Canada, démontrant
l'influence du tarif de faveur sur le mouvement du commerce de la colo-
nie (p. 83) ; et ils ripostèrent au déchiquetage que le ministre avait fait
de leur oeuvre de prédilection par un mémoire dont la conclusion ren-
ferme une menace à peine déguisée :
"Les ministres canadiens désirent faire comprendre qu'ils ont
" adopté cette politique avec le ferme espoir et dans l'expectative que
"Je principe du commerce préférentiel serait adopté plus généralement
" par les colonies et que la mère patrie ferait bientôt l'application du
"même principe en exemptant les produits des colonies de tout droit
" de douanes. Si, après avoir tenté tous les efforts possibles pour ame-
" ner un rajustement de la politique douanière de l'Empire, le gouver-
nement canadien constate que le principe du commerce préférentiel
" n'est pas généralement acceptable aux colonies ou à la mère patrie,
" alors le Canada sera libre d'agir comme i! jugera nécessaire de le
"faire en présence de ces conditions" (p. 37-38).
Cette menace est restée vaine comme beaucoup d'autres professions
de foi. Treize ans plus tard, le parti libéral reprochera au gouverne-
ment conservateur de pécher contre la " dévotion " à l'Empire, parce
qu'il osera augmenter les droits de douanes perçus sur les marchandises
anglaises, même dans une proportion moindre que l'impôt prélevé sur
les importations étrangères, afin de couvrir une partie des frais encou-
rus par le Canada pour participer à la guerre d'Europe.
Défense navale Politique agressive
Naturellement, la première question débattue fut celle de la défense
navale. Elle intéressait particulièrement les colonies australiennes,
dont les ministres britanniques voulaient accroître les responsabilités
afin de décharger d'autant le budget de la métropole.
L'Amirauté avait préparé pour la Conférence un mémoire sur "la
"' puissance maritime et les principes qui s'y rattachent." La caracté-
ristique de ce document, c'est l'affirmation que l'Empire britannique
doit abandonner i'idée de défense et adopter une attitude hardiment
agressive.
— 145 —
" Dans les observations qui précèdent ", — observations générales
et nomenclature des éléments concrets de la puissance navale de l'Em-
pire britannique — " le mot défense n'apparaît pas. Il est omis à des-
sein; car l'objet principal de la flotte britannique n'est pas de défen-
" dre quoi que ce soit, mais d'attaquer les flottes de l'ennemi et d'assurer
" par leur défaite la protection des possessions britanniques, de la ma-
*' rine et du commerce [de l'Angleterre?]. Tel est l'objet ultime.
"L'usage du mot défense serait décevant (misleading) , car ce mot
" comporte l'idée d'une chose à défendre, ce qui détournerait l'attention
" vers la défense locale au lieu de la concentrer sur la puissance dont
"l'attaque est appréhendée" (p. 55).
Il est impossible de marquer plus nettement l'évolution de la politi-
que impériale. Sous l'empire du jingoïsme, l'antique notion que l'An-
gleterre ne doit songer qu'à Ja défense de ses possessions et de son com-
merce — notion souvent démentie d'ailleurs par les faits — a fait place
à la politique d'agression inaugurée par la spoliation brutale des répu-
bliques sud-africaines.
Appelé à développer devant les membres de la Conférence les nou-
velles doctrines de l'Amirauté, le ministre responsable, lord SELBORNE.
reprend la thèse que M. Goschen avait soutenue à la Conférence de 1897.
La tactique des forces navales de l'Empire doit être agressive. La vieiUe
notion que ses flottes ont pour objet principal la défense " est tout-è-fait
"hérétique" "Il s'ensuit que si une distribution locale des forces
" de mer est possible et peut-être recommandable en temps de paix, il
" doit exister, en temps de guerre, dans tout l'Empire, une autorité uni-
" que qui exerce le pouvoir absolu et la seule responsabilité de comman-
" der les vaisseaux et de les concentrer sur les points d'où ils peuvent
" porter les coups les plus effectifs aux forces de l'ennemi. Tout par-
" tage de cette responsabilité, tout amoindrissement de la puissance de
" cette autorité centrale, tout risque d'hésitation ou de retard à opérer
" la concentration des escadres à l'endroit où elles peuvent exercer
" l'action la plus efficace, pourrait entraîner des conséquences désas-
" treuses " (p. 15).
Jusqu'ici les colonies australasiennes ont seules contribué à la dé-
fense navale de l'Empire. (C'était juste; puisque, ainsi que je l'ai fait
observer, la sécurité de leurs territoires dépend nécessairement de leur
protection maritime). Mais — comme le Canada avec son tarif de
faveur — elles devraient faire davantage; et les autres colonies de-
vraient suivre leur exemple. " Je veux, dit-il, s'il m'est permis de me
"servir de cette expression, accroître l'esprit maritime de l'Empire...
" Je veux voir toutes les parties de l'Empire contribuer individuelle-
" ment à la flotte." Quant à l'escadre australasienne, " elle devra être
" disponible pour combattre les ennemis, les agresseurs de l'Empire,
" dans toute partie des mers orientales où leurs vaisseaux pourraient se
" trouver. Les mêmes principes pourraient s'appliquer à tout autre
"groupe de colonies" (p. 15-16).
Cet appel direct et pressant fut suivi d'une série de conversations
intimes entre le ministre et les représentants des diverses colonies.
— 146 —
Plus heureux que son prédécesseur, lord Selborne obtint des contribu-
tions annuelles de la plupart des colonies:
Terreneuve £ 3,000
Cap 50,000
Natal 35,000
Nouvelle-Zélande (au lieu de £20,000 précédemment) 40,000
Australie (au lieu de £126,000 précédemment) 200,000
£328,000
Des colonies australiennes, le premier lord de l'Amirauté obtint
une concession plus importante encore. Elles renoncèrent à la restric-
tion qui interdisait aux escadres affectées à leur protection de sortir de
leurs eaux territoriales. Il fut convenu que ces escadres évolueraient
librement dans les eaux de l'Australie, de la Chine et des Indes orien-
tales (p. 24). C'était déjà le principe des zones imposées au Canada en
1911.
Les ministres canadiens résistèrent crânement à la contagion de
l'exemple. Us n'offrirent rien, ne promirent rien. Nous verrons dans
un instant les motifs de leur refus.
Concentration des armées de VEmpire — French et Hutton
ILe problème de la défense territoriale occupa une place plus res-
treinte dans les délibérations de la Conférence. Les ministres anglais
comprenaient qu'il ne fallait pas serrer la vis trop rapidement. L'Ami-
rauté avait gagné un point important; ils savaient que tôt ou tard ils
gagneraient tous les autres. C'est cette assurance du succès final, cette
ténacité dans l'effort et cette continuité dans l'action qui font la force
des hommes d'Etat britanniques en présence des politiciens coloniaux,
pour qui les résultats immédiats et la possession actuelle et personnelle
du pouvoir constituent la principale sinon l'unique préoccupation.
Le premier ministre de la Nouvelle-Zélande, M. SEDDON, avait
consigné au programme une motion suggérant de constituer dans cha-
cun des pays autonomes de i'Empire une force de réserve impériale des-
tinée à servir à l'étranger (p. 27). Le ministre de la Guerre, M. St. John
BRODRICK, s'appuya sur cette motion pour esquisser un projet plus
avantageux pour l'Angleterre: l'uniformisation des milices coloniales,
d'après le modèle anglais, et l'établissement de réserves coloniales
pour le service de l'Empire. Comme son collègue de l'Amirauté, il
insiste sur la nécessité d'opérer la concentration des forces et l'unité de
commandement. Tout en complimentant les régiments coloniaux qui
ont servi en Afrique, il déclare assez brutalement " qu'aucun général
" habitué à commander des troupes régulières anglaises n'aurait voulu,
" dans les conditions où se trouvaient un grand nombre de ces troupes "
— volontaires anglais et coloniaux — " les lancer contre des armées
"européennes" (p. 29). Il faut parer à ce danger pour l'avenir.
" Nous irions trop loin si nous demandions [aux colonies] une pro-
" messe générale d'appui dans un danger qui ne s'est pas encore mani-
" festé; mais j'ai la très ferme conviction qu'en cas de danger, si les
— 147 —
" colonies consentaient à venir en aide à la mère patrie, elles seraient
" en condition de Je faire en envoyant des troupes, en nombre modéré
" peut-être, qui pourraient être mises en ligne avec nos troupes régu-
" lières contre une armée européenne." Il n'est pas question pour le
moment d'appeler les colonies à participer à une guerre européenne.
Mais elles pourraient avoir l'occasion de prêter main-forte à l'Angle-
terre pour appuyer l'alliance japonaise en Chine, ou pour réprimer une
insurrection aux Indes. Il est donc nécessaire de préparer les troupes
coloniales en prévision de ces éventualités — (p. 30).
N'est-ce pas déjà la base de l'organisation qui permettra à l'Angle-
terre d'arracher aux colonies 500,000 soldats pour sa guerre contre l'Al-
lemagne?
A l'appui de leurs demandes, les ministres britanniques soumettent
à la Conférence plusieurs mémoires et rapports préparés ou recueillis
par le Colonial Defence Committee.
De ces rapports, le premier en date — et peut-être le plus intéressant
par sa franchise et sa concision, — c'est celui du général FRENCH, com-
mandant des milices de la Nouvelle Galles du Sud, aujourd'hui généra-
lissime des forces britanniques en France.
" La guerre actuelle en Afrique méridionale ", écrit-il de Sydney,
le 8 mai 1900, " a démontré cette vérité de fait: la défense de l'Empire
"britannique n'est plus un problème dont la solution entière dépendra
" à l'avenir du peuple des Iles Britanniques. Les communautés de lan-
" gue anglaise dans tout l'Empire sont disposées à assumer leur part de
'' sa défense et à fournir les hommes et peut-être l'argent que réclame
" cette défense.
Les communautés de langue anglaise: n'est-ce pas la preuve que
l'impérialisme anglais est essentiellement une question de race? Alors,
pourquoi faire un crime aux Canadiens-français de leur peu d'enthou-
siasme pour cette concentration des forces morales et matérielles de
l'Empire britannique?
" J'ai douze années d'expérience au Canada et autant en Australie,
"presque exclusivement avec les milices coloniales; et je voudrais bien
"faire comprendre deux points: 1° il est inutile d'espérer ou de pré-
" voir qu'une force considérable de troupes impériales, payées d'après
" le tarif de la solde impériale, puisse être recrutée dans ces colonies
" pour faire ie service de garnison ou tout autre service en temps de
" paix; 2° il est également certain qu'en temps de guerre, on peut y en-
" rôler des milliers d'hommes qui s'engageront, pour la durée de la
" guerre, moyennant une solde convenable.
" A mon avis, le vrai moyen d'aider la vieille Angleterre à garder son
" drapeau flottant sur tous les pays de l'Empire est de former des réser-
" ves de guerre aux colonies. Pour cela, il faut tenir compte des condi-
" tions particulières de guerre. Ainsi, le Canada, avec ses 75,000 marins
" et pêcheurs du littoral de l'Atlantique, devrait fournir à la flotte une
" réserve considérable de guerre. Il le ferait probablement si l'Ami-
" rauté, au lieu de préparer des règlements rigides applicables à la
" Grande-Bretagne, savait comprendre que le temps le plus propice pour
— 148 —
" discipliner ces pêcheurs serait l'époque de l'année où ils ne peuvent
"pas exercer leur métier habituel "
Il mentionne ensuite les forces de combat qu'il serait facile d'orga-
niser en Australie; et il conclut:
" Mon expérience acquise par un contact d'un quart de siècle avec
" les forces coloniales m'amène à la conclusion irréductible que si un
* projet de cette nature est exécutable, il en résultera des avantages réci-
" proques pour les colonies et pour l'Angleterre, et le grand Empire où
" nous vivons et auquel nous devons tous nos efforts en profitera.
" C'est maintenant qu'il faut agir. Si nous attendons la vague froide
" (the cold fit), la progression [du projet] deviendra peut-être impossi-
" ble" (p. 62-63).
Un autre rapport non moins intéressant par le fond et par l'inspira-
tion, mais plus diffus, c'est celui du général HUTTON, ancien comman-
dant de la milice canadienne, placé à la tète des forces du nouveau
Commonwealth d'Australie. Ce rapport est daté de Melbourne, le 7 avril
1902. Il serait trop long à analyser. Je me borne à indiquer la trace de
la pensée qui, depuis la guerre d'Afrique, tend à remplacer, dans l'esprit
des autorités politiques et militaires de la Grande-Bretagne, l'ancienne
notion de la défense de l'Empire.
"Les principes qui gouvernent la défense ne se limitent pas à une
" simple passivité. L'histoire a démontré que la défense la plus sûre et
" la plus efficace est une vigoureuse offensive. Ce sont des opérations
" militaires poussées contre les armées ennemies et poursuivies en de-
" hors du territoire britannique qui ont assuré dans le passé la défense
"victorieuse d'une île comme la Grande-Bretagne.... Le même prin-
" cipe s'applique dans une large mesure à la défense de l'Australie "
(p. 65)
"On peut donc considérer que deux facteurs devront gouverner
" l'organisation et l'administration futures des forces militaires du Com-
"monwealth: — (a) la défense du territoire australien; (b) la défense
" des intérêts australiens partout où ils peuvent être menacés.
" (b) 'Pour la défense des intérêts de l'Australie, partout où ils
" peuvent être menacés ', il est évident que !e premier élément essentiel
" est la suprématie maritime garantie par la Marine Royale, et le second,
" la possession d'une armée de campagne capable d'entreprendre des
" opérations militaires dans toute partie du monde où l'Australie pour-
" rait désirer l'employer" — (p. 66).
" Qu'il s'agisse d'opérations de défense ou d'attaque, le succès, dans
" les guerres modernes, ne peut être assuré que par une organisation
"lente et méthodique en temps de paix. L'histoire et les événements
" contemporains prouvent également que des hommes simplement armés,
" queîque braves qu'ils soient, tout doués qu'ils puissent être des qualités
" du soldat, sont impuissants à vaincre et même à combattre longtemps
" une armée perfectionnée en temps de paix par une organisation mé-
" thodique, mûrie par une préparation scientifique et pourvue des armes
"et des munitions les plus modernes" — (p. 68).
— 149 —
iLes chefs de l'armée anglaise, qui préméditaient ou prévoyaient
déjà une guerre avec l'Allemagne, auraient pu faire leur profit de cette
observation judicieuse.
Parmi les documents soumis à ia Conférence se trouve le mémoire
que le War Office avait fait préparer, l'année précédente, par le
colonel ALTHAM, sur "l'organisation des troupes coloniales pour le
service impérial". De ce document, en date du 25 novembre 1901, j'ai
cité les parties qui confirment la doctrine de l'autonomie militaire des
colonies (1). Ainsi que je l'ai noté, cet officier distingué ne peut s'em-
pêcher de signaler le danger qu'il y aurait à méconnaître les exigences
de la situation particulière de chaque colonie, du Canada surtout, à cause
de son voisinage avec les Etats-Unis. Néanmoins, pour obéir aux ins-
tructions qu'il a reçues, il recherche loyalement les méthodes qui per-
mettraient d'utiliser les troupes coloniales dans toute guerre que l'An-
gleterre voudrait entreprendre.
Comme le général French et le générai Hutton, il juge que cette
coopération comporte "deux conditions essentielles": —
" 1. — L'autorité suprême, responsable de la défense de l'Empire,
" devrait pouvoir connaître avec certitude l'effectif déterminé des régi-
" ments coloniaux utilisables pour les opérations d'attaque ou de défense
" dans toute partie du monde, à compter du moment où les flottes de
" Sa Majesté seront suffisamment maîtresses des mers pour lui permettre
"de transporter ces troupes [d'un continent à l'autre].
" 2. — Ces régiments devront être entraînés et équipés de manière à
" être efficaces" — (p. 48).
Il suggère, comme début, l'organisation aux colonies d'un noyau
d'armée impériale de 16,500 hommes, ainsi répartis: Australie, 9,000;
Nouvelle-Zélande, 4,500; Canada, 3,000. Le nombre attribué à l'Afrique-
Sud n'est pas déterminé. Il faut attendre la pacification du pays et la
réorganisation de son gouvernement civil — (p. 51-52).
C'est chiffres paraîtront modestes comparés aux enrôlements de la
guerre actuelle. C'est le contraste prévu par le général French, entre
l'effort possible des colonies en temps de paix et ce que l'Angleterre
peut leur arracher sous le coup de l'émotion causée par une guerre sou-
daine. Quant à l'exiguité du chiffre attribué au Canada: — un tiers du
nombre suggéré pour l'Australie, dont la population est très inférieure
à celle de la Confédération canadienne, — le général French s'en est
expliqué dans la partie de son rapport cité précédemment. Il juge que
le voisinage immédiat des Etats-Unis interdit au Canada, dans l'intérêt
même de l'Empire, de faire des efforts trop considérables en dehors de
son territoire — (p. 51).
Après avoir réuni ces pièces, le Colonial Defence Committee les
transmet à la Conférence avec un mémoire qui n'est que le résumé de
îa thèse et des prétentions impérialistes. Ce mémoire, en date du 13
juin 1902, est rédigé par son secrétaire, le major CLAUSON. Le rédac-
teur de cette pièce se base sur le projet de résolution présenté à la Con-
férence par le premier ministre de la Nouvelle-Zélande. Naturellement,
ce projet rencontre toute l'approbation du comité:
(1) Voir pages 81 et 82.
— .150 —
" 2. — Aucune autre puissance européenne que la Grande-Bretagne
" n'est en mesure de tirer des secours armés de vastes communautés de
" sujets blancs en dehors de l'Europe. L'intervention de forces d'expé-
" dition dont les ports australasiens et canadiens constitueraient les
"bases [de recrutement et de ravitaillement], pourrait être d'une
" grande importance durant les phases initiales d'une guerre. Mais pour
"effectuer une combinaison efficace des opérations de ces diverses
" forces d'expédition, i7 est essentiel d'assurer la coopération de toutes
" ces forces et i'efficacité entière de chacune d'entre elles pour les ser-
vices qu'on attendrait d'elles — (p. 44).
"4. — Il est parfaitement compris que les arrangements qui auront
" pour objet de coaliser l'action militaire de tous les pays de l'Empire
" aux périodes de danger grave dépendent nécessairement de la coopè-
" ration volontaire des colonies autonomes. Dans une telle éventualité,
" il sera essentiel, pour assurer le succès, que les forces militaires de
" l'Empire, dirigées contre l'ennemi, soient organisées d'après un plan
" unique et général, et que le commandement suprême de ces forces re-
" pose sur une autorité unique et centrale" — (p. 45).
C'est, on le voit, la définition anticipée du principe qui s'applique
aujourd'hui dans toute son ampleur à l'organisation des forces coloniales
mises au service de la Grande-Bretagne dans la guerre actuelle.
"Pour ces motifs, le comité de la défense coloniale espère ferme-
" ment que les grandes colonies autonomes seront en mesure de donner
" quelque assurance précise sur la force des contingents qu'elles pour-
" raient mettre à la disposition du gouvernement de Sa Majesté pour le
" service extra colonial, en cas de guerre avec une puissance euro-
" péenne " — (. 45).
C'est armé de ces pièces que M. BRODRICK, soutenu par M. Cham-
berlain, pousse sa pointe.
Le résumé très succinct des délibérations accuse " une grande
" divergence de vues. Les représentants du Cap et de Natal étaient dis-
" posés à entrer dans les vues de M. Seddon et du ministre de la Guerre,
" et à constituer un corps spécial de troupes destinées au service impé-
" rial." — Littéralement, "marquées à l'oreille" (ear marked) comme
des moutons. — " Les représentants du Canada et de l'Australie exprimè-
rent l'opinion que la meilleure ligne de conduite à suivre est de s'effor-
" cer d'améliorer les méthodes d'entraînement de l'ensemble de leurs
" troupes, d'organiser les services auxiliaires et l'équipement nécessaire à
" la mobilisation d'une armée de campagne, laissant à chaque colonie,
" lorsque la nécessité s'imposera, de déterminer de quelle manière et à
"quel degré elle portera secours [à la mère-patrie]. Le sentiment im-
" périal croît constamment aux colonies, et leur attitude dans la der-
" nière guerre ne permet pas de douter qu'elles s'empresseront d'accor-
" der une aide efficace et de faire de leur mieux, selon leurs ressources,
" dans toute éventualité.
" L'établissement d'une force spéciale, organisée pour le service
" général de l'Empire et pratiquement sous l'autorité absolue du gou-
vernement impérial, suggère une objection de principe: il constitue-
— 151 —
" rait une dérogation aux pouvoirs autonomes dont jouissent les colo-
" nies ; il tendrait à entraver l'amélioration générale de l'entraînement
** et de l'organisation de leurs forces de défense et, conséquemment, leur
"aptitude à rendre des services efficaces en cas de besoin" — (p. 32).
Ferme résistance des ministres canadiens
Les MINISTRES CANADIENS ne se bornèrent pas à faire consigner
au procès-verbal cette trace de leur opposition. Ils rédigèrent un mémoire
particulier, dans lequel ils formulèrent leurs objections aux projets sug-
gérés par lord Selborne et M. Brodrick. De ce document, dont le texte
est reproduit tout entier à la fin de ce volume (1), je me borne à trans-
crire ici, en les traduisant, le premier paragraphe et les conclusions :
"Les ministres canadiens regrettent qu'il leur ait été impossible de
" donner ileur assentiment aux projets suggérés par lord Selborne con-
" cernant la flotte et par M. St. John Brodrick relativement à l'armée.
4,i^es ministres désirent signaler le fait que leurs objections ne tiennent
" pas tant à la dépense qui en résulterait qu'à leur conviction que
" l'acceptation de ces projets constituerait une atteinte grave au prin-
" cipe de l'autonomie coloniale. Le Canada apprécie hautement la
" mesure d'indépendance locale que les autorités impériales lui ont
" accordée graduellement. Cette indépendance a produit des résultats
"fort avantageux: elle a assuré le progrès matériel du pays; elle a for-
" tifié les liens qui l'unissent à la mère patrie. Pour ces motifs, les mi-
" nistres canadiens sont forcés de refuser leur assentiment aux propo-
" sitions de d'Amirauté et du War Office. Néanmoins, ils ont pleine-
" ment conscience du devoir qui s'impose au Canada, à mesure qu'il
" progresse en population et en richesses, de faire des sacrifices plus
"considérables afin d'organiser la défense nationale (self-defence) , de-
** voir qui incombe à tout pays.
"Jusqu'ici le Canada a restreint son budget aux exigences de la
" défense territoriale. Le gouvernement est prêt à s'occuper aussi de
"l'aspect naval de la défense. Il se trouve sur les côtes du Canada un
" grand nombre d'hommes admirablement aptes à former une réserve
"navale; c'est l'espoir des ministres qu'ils pourront élaborer, dans un
" avenir prochain, un plan qui permettra d'entraîner ces hommes et de
" les rendre capables de servir à la défense en cas de besoin."
C'est ia reprise du projet dont sir Alexander Campbell, à la Confé-
rence de 1887, avait raconté le lamentable échec.
" En conclusion, les ministres répètent que, bien que le gouverne-
" ment canadien soit forcé de repousser les mesures suggérées, ils recon-
" naissent entièrement le devoir du Canada de pourvoir aux besoins de
" la défense en proportion de la croissance, de la population et de la ri-
" chesse du pays. Us sont disposés à répartir le budget de la défense
" de manière à soulager les contribuables de la mère patrie de quelques-
-uns des fardeaux qu'ils portent aujourd'hui. Ils ont le plus vif désir
■ d'exécuter leur plan de défense avec la collaboration des autorités
(1) Pièce justificative 64.
— 1Ô2 —
•• impériales et selon les conseils d'officiers impériaux d'expérience,
" sans toutefois s'écarter du principe de l'autonomie locale qui a cons-
" litué dans le passé un facteur si considérable dans le développement
" de l'unité de l'Empire " — (p. 73 et 74).
Avant de clore ses délibérations, la Conférence décide à l'unanimité
qu'elle devrait se réunir, " autant que possible, i\ des intervalles ne dé-
" passant pas quatre ans, afin de permettre au secrétaire d'Etat pour les
" Colonies et aux premiers-ministres des colonies autonomes de discuter
"et d'étudier les questions d'intérêt commun à la mère patrie et aux
" possessions d'outremer de Sa Majesté " — (p. 34).
*' Commerce préférentiel" Embargo sur les bestiaux canadiens
A la même séance de clôture, la Conférence exprime officiellement
ses vues sur les relations commerciales. Elle approuve ** le principe du
commerce préférentiel entre le Royaume-Uni et les possessions d'outre-
mer"; elle reconnaît qu'à l'heure actuelle le commerce libre [free
trade] entre ces pays est "impraticable". Elle exprime le voeu que
toutes les colonies accordent " un traitement de faveur substantielle aux
produits naturels et industriels du Royaume-Uni." En retour, "les pre-
" miers ministres des colonies pressent respectueusement le gouverne-
" ment de Sa Majesté [de reconnaître] l'opportunité d'accorder un trai-
" tement de faveur, [à leur entrée] dans le Royaume-Uni, aux produits
" naturels et industriels des colonies, par l'exemption ou la réduction
" des droits qui sont aujourd'hui imposés ou qui le seront à l'avenir" —
(p. 36).
Les délégués du Canada avaient tenté de saisir la Conférence de la
question vexatoire de l'embargo sur les bestiaux canadiens importés en
Angleterre. Les ministres de l'Empire n'ont pas jugé que cette question
"offre un intérêt général suffisant pour être traitée par la Conférence;
" des arrangements ont été faits pour qu'elle soit discutée privément
"avec le président du bureau de l'Agriculture" — (p. 41).
Inutile d'ajouter que les autorités impériales n'ont absolument rien
fait, ni en 1902, ni depuis, pour donner satisfaction au Canada sur ce
point.
M. Laurier justifie sa résistance à V impérialisme militaire
A l'ouverture de la session qui suivit la Conférence, M. LAURIER
profita du débat sur l'Adresse pour rendre compte des résultats du Con-
grès de l'Empire. Il maintint et justifia hautement son attitude sur la
question militaire . Après une brève analyse de la thèse des impérialis-
tes anglais et des invites aux colonies formulées par lord Seiborne et M.
Rrodrick, il ajoutait:
" Dans notre pays même, je ne l'ignore pas, il y a des gens qui, sous
" prétexte que le Canada est une partie intégrante de l'Empire, préten-
" dent que nous devrions assumer notre part de la dépense colossale
" qu'entraîne l'entretien des forces militaires indispensables au main-
" tien de la suprématie de l'Angleterre. Ce raisonnement, dont je ne
" puis saisir la puissance, impliquerait que la Grande-Bretagne et le
" Canada se trouvent sur un pied d'égalité, quand on sait qu'il n'en est
— 153 —
"rien. L'Angleterre a des pouvoirs qui nous manquent; pour n'en
" mentionner qu'un seul, elle a celui de conclure des traités, et nous ne
"l'avons pas. Les pouvoirs n'étant pas également étendus, les obliga-
" fions ne sauraient l'être davantage. Ce raisonnement signifierait que
" les intérêts du Canada et de la mère patrie sont en tous points identi-
" ques; mais l'expérience est là pour démontrer qu'il n'en est pas ainsi.
" Il arrive souvent que ces intérêts sont diamétralement opposés; la
" preuve s'en trouve dans le fait que de toutes les nations autonomes qui
" composent l'Empire, il n'en est pas deux qui aient adopté la même
" politique fiscale. Ce raisonnement ferait encore supposer que la
"Grande-Bretagne et le Canada sont dans un même état de développe-
" ment; or, M. l'Orateur, nous savons trop bien que notre pays est soumis
" à des obligations qu'on ne connaît pas dans la mère patrie. Notre
" situation géographique, l'immense étendue de notre pays et le peu de
" densité de notre population nous imposent des devoirs, nous créent
" des difficultés, nous obligent à faire des travaux qui, en Angleterre,
"incombent à l'initiative privée (1)."
La fin de non-recevoir que le premier ministre el ses collègues
avaient opposée aux tentatives insidieuses des autorités impériales exas-
pérait les impérialistes canadiens. D'autre part, le leader de l'Oppo-
sition, M. BORDEN, et M. MONK, député de Jacques-Cartier, avaient
déploré la nullité des résultats obtenus sur la question du ' commerce
préférentiel '. Il n'est peut-être pas sans intérêt de rappeler que je pris
la défense du ministère et que j'approuvai entièrement l'attitude du pre-
mier ministre sur la question de la défense.
"Cette réunion, disais-je, a dissipé les nuages trompeurs que la
" conférence de 1897 et la guerre sud-africaine avaient amoncelés. Les
" représentants des colonies ont pu constater que, dans l'esprit de M.
" Chamberlain et de ses acolytes, le seul impérialisme réalisable consiste
" à mettre à la charge des colonies une partie du budget de l'armée et
" de la marine anglaises et à leur offrir en compensation quelques éloges
"stériles. De leur côté, les hommes d'Etat de la Grande-Bretagne ont
" dû forcément se rendre compte que le Canada et les autres colonies
"britanniques avaient traversé cette période, sur laquelle je ne veux
"pas revenir, où le sentiment public, soulevé par les discours échevelés
" des politiciens, atteignait son plus haut degré d'exaltation. A cette
" époque, !e peuple et le parlement d'Angleterre avaient pu croire que
" nous étions prêts à laisser amoindrir nos libertés et notre autonomie,
" et même le respect que nous devons à notre passé et à notre avenir ;
" mais ces illusions se sont évanouies, grâce à l'attitude ferme, discrète
"et digne des délégués des colonies et particulièrement des représen-
tants de l'Australie et du Canada" (77).
Cependant, d'accord avec M. Borden, je blâmais les délégués du
Canada d'avoir consenti, avec les autres membres de la Conférence, à
étendre le voile du secret sur leurs délibérations. Je marquais le con-
traste entre les lenteurs et les embarras que les autorités impériales met-
(1) "Débats de la Chambre de» Communes", 1903 (version française) col. 56. Le
texte anglais de cette déclaration est reproduit à la pièce justificative 65. Les autres ci-
tations qui suivent sont également empruntées à la version française. Le chiffre de la
colonne est indiqué après chaque citation.
— 154 —
taient en travers de l'union commerciale et politique des pays de l'Em-
pire et l'empressement qu'elles apportaient à suggérer les contributions
des colonies " à l'armée et à la marine de !a Grande-Bretagne ". Après
avoir cité la principale partie du mémoire du 11 août 1902, dans lequel
les délégués canadiens avaient motivé leur opposition aux projets de lord
Selborne et de M. Brodrick, j'ajoutais:
" A ceci, aucun Canadien ne saurait trouver à redire. Quant à moi,
" aussi longtemps que le ministère restera dans les bornes qu'il s'est
" ainsi tracées, je l'appuierai sans réserve."
Mais je ne pouvais me décider à partager l'aveugle confiance des
libéraux, des Canadiens-français surtout, qui clamaient plus haut que
jamais: 'L'impérialisme est mort; ;Laurier a vaincu Chamberlain.'
" Tout danger n'est pas écarté, disais-je; M. Chamberlain n'est pas
" homme à céder à cause d'un premier échec et à renoncer aux projets
* qui lui tiennent tant à coeur" (79).
Je signalais le voyage du ministre des Colonies en Afrique-Sud et
la persistance de ses appels aux ' nations-soeurs '. Je citais les passages
les plus décisifs des mémoires du colonel Altham et du général French.
Je dénonçais la propagande de la Ligue Navale Britannique, qui venait
de s'impdanter au Canada et d'enrôler plusieurs des ministres. Puis, je
résumais les motifs qui inspiraient les impérialistes anglais et leur inter-
diraient certainement de se laisser rebuter par l'attitude récalcitrante
des délégués canadiens à Londres.
" Je pourrais résumer toute cette politique de défense impériale en
" m'appuyant sur l'opinion que lord Bosebery exprimait, il y a environ
" neuf ans, au sujet du mouvement impérialiste, lorsqu'il abandonna la
" direction du parti libéra! et avant qu'il fût devenu lui-même l'un des
" prophètes de l'impérialisme. Le gouvernement britannique a triplé
" l'étendue de l'Empire et accru énormément le fardeau que la défense
" de cet immense territoire impose au peuple de la Grande-Bretagne.
" Les grands propriétaires anglais s'obstinent à conserver le régime
" agraire le plus arriéré, le plus stupide, de tous les pays civilisés. Les
"régions agricoles du royaume se sont dépeuplées, déversant aux colo-
" nies la partie la plus robuste et la plus intelligente de leur population;
" et le reste se partage entre les artisans de métier et les désoeuvrés qui
" remplissent les bouges des grandes cités. Les artisans et les fermiers
"ne veulent plus servir à l'armée ni s'engager dans la marine; c'est
" donc aux bouges que les autorités militaires doivent demander leurs
" recrues; et les politiciens sont effrayés à l'idée d'adopter le régime
" de la conscription, le seul possible pour un peuple saisi d'ambition
" impériale, assoiffé de conquêtes et d'expansion. Et alors, à cause de
" l'indifférence ou de l'incapacité du peuple anglais, à cause de la pusil-
" lanimité des politiciens anglais, nous, les pionniers des colonies, nous
" qui avons encore tant de sacrifices à accomplir pour faire fructifier
" le sol national et contribuer à la gloire véritable de l'Empire, il nous
" faudrait expier les fautes de l'Angleterre et nous saigner à blanc pour
" exécuter les devoirs que le peuple anglais ne veut pas ou ne peut pas
"accomplir" (82).
— 155 —
Je pressais ensuite les ministres canadiens de profiter de la réaction
contre l'impérialisme au Canada pour revenir aux saines traditions na-
tionalistes; et je concluais:
" En somme, le résultat de la conférence impériale et l'attitude de
"nos délégués me paraissent tout à fait satisfaisants. Cette attitude a
"pu déplaire en certains quartiers, mais la très grande majorité du
" peuple décidera que nos représentants ont accompli leur devoir d'hom-
" mes. d'Etat canadiens et de citoyens britanniques. Nous pouvons dif-
" férer d'opinion sur plusieurs aspects du problème impérialiste; la
" guerre sud-africaine a pu créer entre nous d'amers dissentiments ;
" mais ces jours de discorde sont passés. Ainsi que le disait l'honorable
"député de Haldimand (M. Thompson), la paix est faite en Afrique; et
" je suis heureux que cette paix se soit conclue sur des bases acceptables.
"S'il m'est permis d'exprimer un sentiment tout à fait personnel, je
" souhaite ardemment que ia paix règne également au Canada. Quelles
" que soient nos théories particulières sur l'impérialisme, nous devrions
" tous nous rencontrer sur un terrain commun et nous entendre pour
"adopter une seule politique, qui préfère nos intérêts à ceux de toute
" autre partie de l'Empire, et même aux intérêts de la Grande-Breta-
gne (89).
" J'espère que ce sentiment canadien va maintenant dominer les
" deux partis, et que le seul but de notre action politique, qu'il s'agisse
" de notre organisation constitutionnelle, de notre régime militaire ou
" de nos lois économiques, sera de veiller avant tout à !a sauvegarde des
"intérêts canadiens" (90).
Ces citations démontrent que mon opposition n'était ni aveugle ni
opiniâtre. Depuis la guerre d'Afrique jusqu'à la guerre actuelle, les
nationalistes, les vrais, ont soutenu ou combattu l'un et l'autre partis,
selon qu'ils sont restés fidèles aux principes du nationalisme ou qu'ils
les ont trahis.
Les événements ne tardèrent pas à démontrer que je n'avais pas
tort de redouter une nouvelle poussée de l'impérialisme, — ou plutôt,
de croire que le mouvement impérialiste tenait à des causes trop pro-
fondes et trop générales pour être longtemps ou sérieusement entravé
par la résistance, passagère du reste, de M. Laurier et des libéraux cana-
diens.
Reprise de la propagande impérialiste Congrès des Chambres
de Commerce de l'Empire
Dès le mois d'août 1903, les Chambres de Commerce de l'Empire
s'assemblaient en congrès à Montréal. C'était la cinquième réunion de
ce genre. Naturellement, les propagandistes de l'impérialisme n'avaient
eu garde de négliger cette occasion de pousser leurs affaires. Le Con-
grès n'était censé s'occuper que de questions de finances ou de com-
merce. Les impérialistes trouvèrent moyen de l'entraîner, dès sa
première séance, sur le terrain militaire. Ils eurent l'habileté de faire
donner tout d'abord les délégués du Canada et de les compromettre en
leur faisant proposer un voeu qui contredisait carrément l'attitude prise
par le premier ministre et ses collègues à la Conférence de Londres. Ce
— 156 —
voeu, présenté par M. Geo. E. DRUMMOND, premier vice-président du
Board of Trade de Montréal, était formulé dans les termes suivants:
" Ce Congrès pose en principe que c'est le devoir des colonies
" autonomes de participer au coût de la défense de l'Empire."
Les représentants de la Chambre de Commerce de Montréal, MM.
Damase MASSON et H.-A.-A. BRAULT proposèrent en amendement:
— " Que les «olonies ayant en toute occasion accompli volontaire-
" ment leur devoir envers l'Empire, ce Congrès est d'opinion qu'en em-
" ployant leurs revenus à développer leurs propres ressources, à accroî-
" tre leur population et à pourvoir à leur propre défense, [les colonies]
" contribuent librement et de la manière la plus efficace à la puissance
" et au prestige de l'Empire.
"Les colonies réclament donc le privilège de réserver leur propre
" initiative quant à la nature et au mode de secours qu'elles pourront
"consentir à offrir à l'avenir à l'Empire britannique."
La première partie de ce voeu était irréprochable: c'était l'affirma-
tion précise et complète des principes posés par Macdonald, Cartier et
Campbell, acceptés depuis quarante ans comme la base du droit public
des colonies en cette matière, et réitérés par M. Laurier à Londres, en
1902. Le second alinéa était de trop: il portait la marque du pied de
bouc impérialiste et invitait ouvertement à la compromission. Elle ne se
fit pas attendre. Le pius ardent et peut-être le plus sincère des impé-
rialistes canadiens, le coîonel DENISON, de Toronto, suggéra de com-
biner les deux propositions dans la motion suivante:
" Ce Congrès pose en principe" que c'est le devoir des colonies auto-
" nomes de participer au coût de la défense de l'Empire; — mais les
" colonies réclament le privilège de réserver leur propre initiative quant
"à la nature du secours qu'elles consentent à offrir" (1).
Ce texte, on le voit, excluait totalement la proposition principale
du voeu de la Chambre de Commerce de Montréal, — celle-là même qui
restreignait la responsabilité du Canada à la défense nationale. Il utili-
sait fort habilement ia proposition secondaire et la subordonnait au
principe de l'obligation du Canada " de participer au coût de la défense
de l'Empire ".
M. Masson eut la faiblesse d'appuyer la motion Denison, qui fut dé-
clarée adoptée unanimement.
M . Rodolphe Lemieux, nationaliste
La jeune Ligue Nationaliste venait de naître. Elle inaugura son
existence éphémère par la convocation d'une réunion publique, au
Théâtre National, afin de protester contre l'attitude du Congrès. Elle
invita à porter la parole, entre autres, M. Rodolphe Lemieux, député de
Gaspé, et M. Chauvin, député de Terrebonne.
M. LEMIEUX, empêché de venir, s'excusa dans une lettre longue-
ment motivée qu'il me remit à Ottawa, avec prière de la lire à la réu-
nion. En voici !e texte:
(1)) "The Fifth Congres* of the Chambers of Commerce of the Empire"— Officiai
Report— p. 14, 1!), 22.
— 157 —
"Chambre des Communes, Ottawa, ce 4 août 1903.
" Monsieur Henri Bourassa,
" Député de Labelle.
" Mon cher collègue : —
"J'aurais vivement désiré assister à l'assemblée de dimanche soir,
" afin de protester avec vous contre la résolution intempestive adoptée
" ces jours derniers par le Congrès des Chambres de Commerce. Des
14 raisons d'une nature toute personnelle m'empêchent d'être présent.
" Permettez-moi d'exprimer mon étonnement de ce que les délégués
" des Chambres de Commerce du Canada, et de la province de Québec
" en particulier, aient cru devoir appuyer une résolution qui affirme
"un principe absolument faux, à savoir: l'obligation pour les Colonies
" de participer à la défense de l'Empire.
" Inutile de vous dire que les Canadiens ne sauraient être liés par
" cette déclaration. — En vertu de quel traité voudrait-on ajouter aux
" droits et aux devoirs respectifs de l'Empire et des Colonies? Quel
" mandat les délégués de nos Chambres de Commerce ont-ils reçu pour
"engager de cette façon l'avenir du pays?
"Le Parlement Canadien a seul le droit d'assumer une tette respon-
' sabilité, et je n'hésite pas à dire que la résolution Drummond n'expri-
" me aucunement le voeu de l'opinion calme et réfléchie du peuple
u canadien.
" Au contraire, c'est l'attitude si virile prise l'an dernier lors de la
" conférence intercoloniale, par !e Premier Ministre du Canada, qui ré-
" pond au sentiment populaire.
" Vous vous rappelez avec quel enthousiasme fut accueilli le discours
" du Premier Ministre, prononcé le 12 mai 1902, à la Chambre des Com-
" munes. Certains esprits exagérés voulaient depuis longtemps que
" notre pays se lançât à l'aventure dans toutes les guerres de l'Empire.
" Sir Wilfrid Laurier fit une déclaration qui eut beaucoup de retentis-
" sèment et qui, à mes yeux, et en dépit de la résolution Drummond,
" doit, en autant que èe Canada est concerné, mettre fin pour toujours au
"militarisme. — Voici en quels termes s'exprimait le Premier Ministre:
Ici, M. Lemieux cite le passage le plus caractéristique des décla-
rations de M. Laurier, prononcées à la Chambre, le 12 mai 1902, —
celui où le premier ministre professe solennellement sa détermination
de ne pas "plonger îe Canada dans le gouffre du militarisme" (1). Cou-
vert par cette parole auguste, le député de Gaspé termine sa lettre par
cette adhésion sans réserve aux protestations de la Ligue Nationaliste:
" Voilà, mon cher collègue, les sentiments qui animent les vrais
"Canadiens, et il est regrettable que les délégués des Chambres de Com-
" merce se soient inspirés ailleurs.
"J'ai l'honneur d'être,
" Votre bien dévoué,
'^RODOLPHE LEMIEUX."
<1) Voir page 141.
— 158 —
Il m'a semblé utile de reproduire cette expression d'opinion de
J'un des futurs apôtres de la "dévotion à l'Empire" : elle marque la
température exacte, à cette heure, du parti libéral. M. Lemieux n'avait
pas encore atteint le degré de courtisanerie où il est arrivé depuis ;
mais il était déjà trop soigneux de sa popularité et de ses chances
d'avancement pour courir le risque de se mettre mal en point dans
l'esprit des chefs de son parti, de M. Laurier en particulier. On peut
être assuré qu'avant de me remettre cette lettre, il l'avait soumise à
Yapprobatur du premier ministre . Six mois plus tard, il devenait Sol-
liciteur-général. Au même moment, M. BRODEUR entrait dans le cabi-
net comme ministre du Revenu de l'Intérieur. Il avait été l'un des plus
ardents, en 1896, à mener une campagne furibonde contre les tendances
militaristes et impérialistes que les libéraux dénonçaient alors chez les
chefs du parti conservateur. Cette campagne, il l'avait poursuivie à la
tribune et dans les colonnes du Soir, organe éphémère du parti libéral
à Montréal, dont le futur collègue de M. Laurier était le directeur de
fait. C'est à la même époque que le Soleil, de Québec, dévoilait les pro-
jets ténébreux des torys qui, paraît-il, préméditaient déjà d'envoyer "nos
enfants en Afrique, d'où ils ne reviendront jamais." "Pourquoi se battre
pour l'Angleterre?" demandaient les chefs et les organes du parti libé-
ral (1). Ces prédictions s'étaient réalisées, en 1899, par le fait d'un gou-
vernement libéral. Mais M. Brodeur, vice-président de la Chambre lors
de l'expédition d'Afrique, n'avait joué qu'un rôle passif dans cette pre-
mière crise impérialiste de son parti. Il entrait donc dans le gouverne-
ment avec tout son bagage de déclarations nationalistes, antibritanni-
ques même, de 1896; et M. Laurier et ses collègues l'acceptaient ainsi —
tout comme, en 1914, les ministres conservateurs, piliers de l'Empire,
n'ont éprouvé aucun scrupule à recevoir dans leurs bras M. Blondin, qui
avait si bien déchiré le drapeau britannique à Drummond-Arthabaska.
Ces menus faits nous éclairent suffisamment sur le degré de sincé-
rité et de constance des politiciens de tout acabit.
Révision de la loi de la Milice — Destitution de lord Dundonald
Durant toute la session de 1904, le parti libéral vogua en pleines
eaux nationalistes. C'est à cette session que la loi de la Milice fut revi-
sée et que sir Frederick Borden, ministre de la Milice et de la Défense,
fit les déclarations que j'ai relatées dans la première partie de cette
étude (2).
C'est en juin de la même année que le ministère destitua lord DUN-
DONALD du commandement de la milice canadienne, "pour cause d'in-
subordination". Les torys firent grand tapage autour de cet incident.
Quelques-uns des ministres et des députés libéraux de l'Ontario eurent
un moment de frousse. Grâce à l'énergie de M. Fisher, le ministère tint
bon. Je me rappelle comme d'hier le ton passionné avec lequel M.
(1) On trouvera à la pièce justificative 56, le texte de ce manifeste anti-militariste
et presque antibritannique; aussi, les déclarations de quelques-uns des députés libéraux.
Celles de M. BRUNEAU, député de Richelieu, aujourd'hui juge à la Cour Supérieure, sont
particulièrement piquantes.
(2) Voir pages 86 à 89— aussi pièce justificative 67.
— 159 —
Fielding, ancien sécessionniste et futur impérialiste ardent, me disait, au
beau milieu de la crise provoquée par cet incident: "We must teach
those priggish Englishmen how to behave." Aux élections générales, en
novembre 1904, le parti conservateur exploita tant et plus, dans les pro-
vinces anglaises, la destitution de lord Dundona!d. L'écrasement de ses
candidats lui démontra que le sentiment populaire n'était pas au diapa-
son des impérialistes.
C'est à cette même session de 1904 que sir Wilfrid Laurier, profi-
tant de l'explosion de colère causée dans les provinces anglaises par la
décision de lord Alverstone en faveur des prétentions américaines aux
frontières de i'Alaska, déclara que le moment était venu pour le Canada
de réclamer le droit de faire lui-même ses traités internationaux (1).
Cette déclaration d'indépendance est restée vaine, comme la menace
d'abroger ou de modifier radicalement le tarif de faveur.
En vérité, toutes les apparences semblaient indiquer que l'impéria-
lisme était non seulement en baisse, au Canada, mais en pleine déroute.
Les naïfs Canadiens en étaient persuadés. Même des étrangers avertis,
comme M. André Siegfried par exemple, s'y laissaient prendre (2). Ils
ne tenaient pas compte des causes profondes d'où partait la poussée im-
périaliste et de la puissance d'action de Chamberlain et de ses princi-
paux acolytes.
Chamberlain et la réforme du tarif— Sa défaite, prélude
du triomphe de Vimpérialisme militaire
Rebuté pour l'instant par l'opposition du Canada et de l'Australie à
son rêve de coopération militaire des pays de l'Empire, Chamberlain
se décida à porter son effort sur l'aile gauche: il entreprit la tâche her-
culéenne de convertir l'Angleterre au protectionnisme. A rencontre de
Macdonaid, de Tupper, de Tilley et des autres créateurs du protection-
nisme canadien, en 1876, il n'offrit pas son programme économique
comme une mesure de "politique nationale" ', appelée à activer le com-
merce et l'industrie du Royaume Uni. Il savait trop bien que le com-
merce libre avait fait pour la Grande-Bretagne, dans les conditions
géographiques et économiques où elle se trouve, ce que le régime pro-
tecteur a fait pour !a France, l'Allemagne, les Etats-Unis ou le Canada.
Il plaça toute la question sur le terrain des intérêts impériaux. Tout en
utilisant l'appui des rares partisans du protectionnisme en soi, il pré-
senta l'imposition de droits de douanes sur les articles importés de
l'étranger, avec dégrèvement en faveur des possessions britanniques
d'outremer, comme une compensation minime à offrir aux colonies en
échange de leurs contributions permanentes à la flotte et à l'armée bri-
tanniques et de leur participation générale et constante à toutes les
les guerres de l'Angleterre.
Il s'efforça d'imposer son programme à ses collègues et au
parti unioniste tout entier. 11 se heurta à la résistance irréductible
de sir Michael Hicks-Reach, ancien chancelier de l'Echiquier, et des
(1) "Débats de la Chambre des Communes", 1904 (version française col. 74 à 76.
(2) "Le Canada et les deux Races", Paris, Armand Colin, 1906.
— 160 —
libre-échangistes du parti conservateur traditionnel. M. Balfour tenta
de sauver la situation en adoptant une attitude flottante entre les Tariff
lieformers et les Free Traders. Cette attitude de "juste milieu" lui joua
le même tour qu'à sir Wilfrid Laurier, en 1911, sur la loi navale. Les
fermes tenants des deux doctrines le lâchèrent. Comme- lord Morley et
M. John Burns, en septembre dernier, le duc de Devonshire et les free
traders rentrèrent sous leur tente. Chamberlain démissionna également;
mais il eut soin, en partant, de conserver un pied dans la place en ins-
tallant à l'Echiquier son fils, Austen Chamberlain. Puis il se jeta à corps
perdu dans la lutte pour la réforme du tarif. Cette lutte, il la poursui-
vit en flanc du parti unioniste, un peu comme M. Monk et les nationa-
listes sincères ou fictifs livrèrent bataille ici, aux élections générales do
1911, en marge du parti conservateur.
Cette lutte aboutit, en décembre 1905, à la défaite des deux groupes
du parti tory-unioniste. Le ministère Balfour fut renversé et les can-
didats de Chamberlain écrasés, sauf dans quelques rares régions
où la concurrence croissante de l'industrie allemande ou américaine
avait donné quelques points d'appui à la propagande protectionniste.
Ces victoires isolées du protectionnisme national ne diminuaient en rien
)a portée décisive de la déroute du protectionnisme impérial.
Pour le coup, croyait-on généralement, l'impérialisme était bien
mort: la doctrine était rejetée d'emblée par le peuple du pays prépon-
dérant de l'Empire, l'armée était anéantie, le chef décapité. Il ne res-
tait plus que quelques "cerveaux brûlés", "rêveurs" et "maniaques" du
nationalisme canadien, pour croire à un réveil possible de l'im-
périalisme. Les "sages" et les "pratiques" n'avaient cependant pas fait
attention à une chose: c'est que le peuple anglais, en rejetant de la doc-
trine impérialiste tout ce qui comportait un sacrifice quelconque de sa
part en faveur des colonies, n'avait pas laissé tomber dans l'ornière du
chemin ni sur les rochers stériles les arguments de Chamberlain qui
tendaient à démontrer l'importance croissante, la nécessité même, dans
l'intérêt de l'Angleterre, de la contribution des colonies à la défense
générale de l'Empire.
Les Anglais étaient bien décidés à ne rien faire pour les colonies,
mais ils n'avaient aucune objection à tout prendre de ce qu'ils pour-
raient arracher à la jobarderie et à la vanité des coloniaux.
Bien ne se perd en Angleterre — je l'ai déjà rappelé, — rien surtout
de ce qui profite à la puissance, à la richesse et à l'esprit de domination
du peuple britannique. Les libéraux impérialistes se voyaient débar-
rassés du bagage encombrant qui avait entraîné la chute de Chamber-
lain : la réforme du tarif et la reconstruction du gouvernement de l'Em-
pire, c'est-à-dire tout ce qui comportait des compensations et des sacri-
fices en faveur des colonies; mais ils avaient recueilli avec soin tous les
arguments favorables à l'impérialisme militaire et les compromissions,
en paroles ou en actes, que Chamberlain avait réussi, durant les dix
années de son règne, à arracher à la faiblesse, à la complaisance ou à la
vénalité des politiciens des colonies. C'est sur ce terrain rétréci mais
infiniment plus profitable pour l'Angleterre qu'ils placèrent désormais
la lutte contre les libertés coloniales.
— 161 —
Conférence de 1907
Ce programme s'esquissa dès la quatrième Conférence coloniale,
lenue à Londres en 1907.
Si l'on s'était conformé au voeu adopté en 1902, ce quatrième con-
grès de l'Empire aurait dû se réunir en 1906. Le 20 avril 1905, M. LYT-
TELTQN, successeur de M. Chamberlain au ministère des Colonies, écrit
une longue dépêche à ce sujet aux gouverneurs des colonies autono-
mes (1). Il relate succinctement les résultats des trois conférences pré-
cédentes: 1887 — 1897 — 1902.
" 11. — L'on observera, ajoute-t-il, que ces conférences ont pris, à
" chaque étape, une forme plus définie et un état plus marqué de conti-
" nuité. Leur constitution a perdu le caractère vague de la réunion de
" 1887. Les conférences se composent maintenant des premiers minis-
"tres des colonies autonomes et du secrétaire d'Etat pour les Colonies,
" avec l'assistance, lorsque l'objet de la délibération s'y prête avan-
" tageusement, d'autres hauts fonctionnaires du Royaume-Uni et des
" colonies.
" 12. — De plus, les trois premières conférences s'étaient réunies à
" l'occasion de la présence à Londres des représentants des colonies qui
" étaient venus prendre part à d'importantes célébrations impériales.
"Mais en conformité de la résolution adoptée à la dernière conféren-
" ce, les réunions futures se tiendront à des intervalles déterminés
" et dans le seul but d'adopter des décisions pratiques (for the trans-
" action of business). On peut donc dire qu'un Conseil Impérial, chargé
v< de délibérer des matières qui concernent également le Royaume-Uni
* et les colonies autonomes, a pris naissance par un procédé naturel.
" De l'avis du gouvernement de Sa Majesté, il serait peut-être opportun
" d'écarter le titre de "Conférences Coloniales", qui rend mal la vérité
" des faits, et de désigner ces réunions, à l'avenir, comme des réunions
" du "Conseil Impérial". Nous désirons, sans presser les choses, suggé-
■ rer cette modification à l'étude des gouvernants des colonies.
" 15. — Le gouvernement de Sa Majesté doute qu'il soit sage ou
" nécessaire de définir plus exactement par un texte quelconque (by
" any instrument) le caractère et la constitution de ce Conseil, ou de
"tenter de définir ses fonctions. L'histoire des institutions anglo-
" saxonnes, telles que !e régime du Parlement ou du Cabinet, semble dé-
" montrer qu'il est souvent sage de laisser une institution se développer
" selon les circonstances et, pour ainsi dire, de son propre mouvement,
" et qu'il est avantageux de ne pas sacrifier l'élasticité de ses forces
" d'adaptation à une précision prématurée de sa forme [constitution-
nelle] " (p. 3).
Il suggère aux premiers ministres des colonies de préparer d'avance
un énoncé succinct des sujets qu'ils se proposent de soumettre à la Con-
férence.
■
(1) "Correspondance relatingr to the future organisation of Colonial Conférences"
Cd 2785. La page est indiquée après chaque passage cité. Cette correspondance a égale-
ment été publiée au Canada: "Sessions 1 Paper" No 144, 1907.
— 162 —
"17. — Pour ce qui concerne la défense, ce travail est déjà
fait par VImperial Defence Committee " — c'est l'ancien Colonial Defence
Committee, rebaptisé sur les fonts impérialistes — " dans lequel le gou-
" vernement de Sa Majesté désire, de temps à autre, la présence des re-
" présentants des colonies. La proposition présentement suggérée ne
"s'applique donc pas aux questions relatives à la défense, mais à celles
"qui ont un caractère civil" — (p. 4).
Il est impossible d'indiquer plus clairement la détermination des
autorités impériales de garder la direction absolue de toutes les questions
militaires et de ne laisser aux gouvernants des " nations soeurs " que les
initiatives sans importance.
" 21. — Le gouvernement de Sa Majesté désire exprimer l'opinion
"que s'il avait alors existé [en 1902], une Commission permanente, re-
" présentant tous les Etats intéressés, à laquelle la Conférence aurait pu,
" dans chaque cas, confier la tâche d'étudier les faits et de faire rapport
" sur les méthodes les plus propres à l'application des principes recon-
" nus [parla Conférence], l'accélération et l'utilité du travail accompli
"parla Conférence en auraient profité considérablement" — (p. 4).
Réticence des Canadiens
La réponse du gouvernement canadien se fit attendre longtemps.
Ce n'est que le 17 novembre 1905 que lord GREY, gouverneur-général de-
puis l'année précédente, transmit au ministre des Colonies le texte de
J'arrête ministériel adopté le 13.
S'appuyant sur l'une des observations de M. Lyttelton, — " qu'il est
souvent sage de laisser les institutions politiques se développer selon
les circonstances et, pour ainsi dire, de leur propre mouvement ", —
les ministres canadiens rejettent sa suggestion de transformer la "Con-
férence Coloniale" en "Conseil Impérial". " Le mot ' Conseil ' dési-
" gne une assemblée plus officielle, possédant un caractère consul-
" tatif et délibératif. Joint au mot "Impérial", il suggère une inslitu-
" tion permanente, laquelle, jouissant d'une existence continue, pour-
" rait éventuellement venir à être considérée comme un empiétement
"sur la pleine mesure d'autonomie législative et administrative dont
"toutes les colonies autonomes jouissent aujourd'hui" — (p. 14). Quant
à la seconde suggestion du ministre des Colonies, — la constitution d'une
Commission permanente attachée à la Conférence, — ils la repoussent
également parce qu'elle pourrait " entraver l'action du gouvernement
responsable." Des sujets à traiter à la prochaine Conférence, ils ne
soufflent mot.
Il est manifeste qu'à cette date M. Laurier et ses collègues étaient
sous l'empire de la réaction nationaliste de 1902. Ils n'avaient pas en-
core cédé à l'influence du nouveau gouverneur, dont nous retracerons
bientôt les agissements.
Le cabinet Baîfour était alors au plus vif de la lutte, désastreuse
pour lui, engagée autour de la réforme du tarif. Le 29 novembre, M.
— 163 —
Lyttelton suggère d'ajourner la Conférence à 1907. Les ministres cana-
diens s'empressent d'accepter cet ajournement (1).
En décembre 1905, le ministère Balfour est renversé et les libéraux
prennent le pouvoir sous la direction de sir Henry Campbell Banner-
man. Le portefeuille des Colonies échoit à lord ELGIN, fils de Pancier*
gouverneur du Canada.
Le 22 février 1906, le nouveau ministre écrit aux gouverneurs des;
colonies autonomes et propose de réunir la Conférence en mars 1907,
Comme son prédécesseur, il demande au gouvernement de chaque colo-
nie d'indiquer d'avance les sujets à débattre. Le 12 mai, il précise la
date: 15 avril 1907 (2).
Le 25 septembre 1906, les ministres canadiens n'avaient pas encore
envoyé leur programme. A une dépêche pressante de lord Elgin, ils
répondent, le lendemain, par l'entremise de lord GREY, qu'ils "ne dési-
rent pas, à cette date, présenter aucun sujet nouveau aux délibérations
de la Conférence" (3). Cette réticence contraste notablement avec le
programme de l'Australie et celui de la Nouvelle-Zélande, fort chargés,
le second surtout, de propositions à tendances impérialistes (4).
Dans l'intervalle, une correspondance assez intéressante s'est échan-
gée entre le ministre des Colonies et le gouvernement canadien. M. Lau-
rier demande que les colonies ne soient pas représentées seulement
par leurs premiers ministres mais par ceux de leurs collègues qu'ils
jugeront à propos d'amener avec eux à Londres. Lord Elgin n'a
pas d'objection à ce que les autres ministres assistent aux délibé-
rations lorsque l'on y traitera de sujets relevant de leur compé-
tence ou de leur ministère particulier; mais il ne veut pas prendre
sur lui de modifier la composition de la Conférence. Cette discussion
se prolonge jusqu'à l'hiver de 1907. Elle sera définitivement réglée par
la Conférence elle-même (5).
D'autre part, les gouvernements des Etats confédérés de l'Australie
réclament le droit de se faire représenter au Congrès, indépendamment
du gouvernement du Commonwealth. Ils basent leur demande sur le
principe fondamental de la constitution australienne qui attribue aux
Etats une autonomie beaucoup plus étendue que celle des provinces de
la Confédération canadienne. Ils représentent non sans raison que plu-
sieurs des questions qui pourront être soumises à la Conférence relèvent
de la juridiction des législatures d'Etat, et qu'en conséquence les délé-
gués du Commonwealth n'ont pas autorité pour les discuter. Le minis-
tre des Colonies se refuse à assumer la responsabilité de cette innovation.
(1) La dépêche de M. Lyttelton est reproduite à la page 15 du document impérial
précité — Cd. 2785. La réponse des ministres canadiens, en date du 4 décembre et reçue à
Londres le lendemain, est reproduite dans un document subséquent: "Correspondence
relatinc to a proposed Colonial Conférence in 1907 — Cd 2975, p. 1. Elle est également
contenue dans le "Sessional Paper" canadien No 144, 1907.
(2) Cd. 2975, page 3 et 5; Sessional Paper 144, pages 15 et 17.
(3) Sessional Paper 144, p. 19. Il n'est pas sans intérêt de noter que cette dépêche
du Canada, peu encourageante pour les reconstructeurs de l'Empire, ne figure pas au
dossier britannique.
(4) "Despatch from the Secretary of State for the Colonies, with enclosores, respeet-
inr the Agenda of the Colonial Conférence", 1907 — Cd 3337. Cette dépêche est également
contenue dans le Sessional Paper, No 144.
(5) "Correspondence relatinr to the Colonial Conférence", 1907— Cd. 3340.
— 164 —
Campbell- Bannerman, dernier tenant du
libéralisme gladstonien
Les délégués se réunissent à Londres à la date fixée, le 15 avril 1907,
sous la présidence de lord Elgin, secrétaire d'Etat pour les Colonies (1).
Le premier ministre, sir Henry CAMPBELL-BANNERMANN, vient sou-
haiter la bienvenue aux délégués des "grandes communautés autonomes
d'outremer". C'est à cette occasion qu'il pose de nouveau, dans un lan-
gage clair et précis, le principe que les nationalistes canadiens n'ont
cessé d'opposer aux empiétements de l'impérialisme: "Nous ne venons
" pas aujourd'hui à votre rencontre en quémandeurs d'argent. Néan-
" moins, nous faisons un accueil cordial (cordially recognise) à l'esprit
" dans lequel ces contributions ont été versées dans le passé et seront
" sans doute consenties à l'avenir. Il est évidemment possible d'exagé-
" rer l'importance des besoins des possessions d'outremer comme fac-
" teur du budget de nos dépenses; mais quoi qu'il en soit à cet égard,
" le coût de la défense navale et la responsabilité de la direction de la
"politique étrangère sont liés indissolublement (hang together)." — p. 5.
C'est, l'on s'en souvient, le principe posé par lord Elgin dès 1854,
invoqué sans relâche par tous les hommes d'Etat canadiens jusqu'aux
jours de la guerre d'Afrique, et accepté sans réserve par les autorités
impériales comme la base essentielle du traité de 1865. Campbell-Ban-
nerman est le dernier homme d'Etat anglais qui aura la loyauté et la
franchise de reconnaître l'obligation qui résulte au Royaume-Uni de sa
souveraineté impériale. La même pensée traditionnelle se manifeste
dans son appréciation du rôle des Conférences Impériales et des projets
de réorganisation du gouvernement de l'Empire:
" Je n'entreprendrai pas d'énumérer, encore moins de discuter et
" de critiquer, les divers projets plus ou moins ambitieux qu'on a mis de
" l'avant. Je me borne à faire une observation applicable à toutes ces
" propositions. Nous nous appuyons, Messieurs, sur la liberté et Yindè-
" pendance: c'est là le facteur essentiel du lien qui unit [tous les pays
" de] l'Empire britannique. Liberté d'action pour chaque Etat indivi-
" duel, liberté dans les relations mutuelles [de ces pays] et [dans leurs
" relations] avec la mère-patrie . Tout ce qui milite contre ce principe
" serait entièrement contraire au génie de notre race et à nos idéaux
" politiques, et aboutirait tôt ou tard à un désastre " (p. 5 et 6).
Les sauveurs et les reconstructeurs de l'Empire feraient bien de
méditer ces sages paroles. Elles s'appliquent à la situation actuelle, et
surtout aux conséquences inévitables et prochaines de celte situation,
plus encore qu'à l'évolution encore vague qui se dessinait à l'heure où
elles ont été prononcées. Campbeîl-Bannerman n'était pas un génie
transcendant; mais c'était un homme d'un rare bon sens. On a pu dire
de lui qu'il n'a jamais fait un faux pas. C'était un Britannique de la
(1) "Minutes of Proceedings of the Colonial Conférence", 1907 — Cd 3523. Les cita-
tions qui suivent sont traduites de ce texte. Le chiffre de la page est indiqué après cha-
que citat'on. Ce document a été réimprimé à Ottawa : Sesaional Paper No 58, 1908. J'.ii
préféré traduire les citations du texte original.
— 165 —
vraie tradition, de celle qui a donné à l'Empire la seule cohésion, l'uni-
que terrain de ralliement et d'entente, qui soient compatibles avec les
incohérences naturelles de sa situation géographique, de l'éparpittement
des pays qui le composent et de la diversité des races qui l'habitent. Si
les sauveurs d'empire ne s'empressent pas de revenir à cette tradition»
le "désastre" se produira beaucoup plus tôt qu'on ne le pense.
Réorganisation de la Conférence - Nouveau mécanisme
de gouvernement impérial
Le premier soin de la Conférence est d'arrêter son programme
d'études et de refaire sa constitution pour l'avenir.
Sir Wilfrid LAURIER réussiit à faire accepter le changement qu'il
avait proposé: l'admission de plusieurs représentants de chaque colo-
nie (p. 15-17 et 53-56). Sir Frederick RORDEN, minisire de !a Milice,
et M. RRODEUR, ministre de la Marine, sont immédiatement admis à
prendre part aux délibérations. Il reste statué que le Royaume-Uni et
chacune des colonies n'ont droit qu'à une voix collective dans les déci-
sions prises.
Les représentants de l'Australie sont moins heureux dans leur dé-
marche pour faire admettre à la Conférence les délégués des gouverne-
ments d'Etat. Sir Wilfrid Laurier s'y oppose. Il craint que les provin-
ces canadiennes ne réclament le même privilège. Il peut, à son avis,
s'élever des conflits d'opinion entre le gouvernement fédéral et les gou-
vernements d'Etat. Il y a actuellement une dispute entre le gouverne-
ment de la Confédération et celui de la Colombie Rritanniquc. Il serait
dangereux d'ouvrir la porte de la Conférence à ces conflits. La majorité
des délégués se rallie à ses vues et rejette la proposition (p. 93-94).
Les représentants de l'Australie réclament également l'entière pu-
blicité des délibérations. Sur ce point, M. Laurier prend une attitude
équivoque. Il blâme discrètement le ministère des Colonies de n'avoir
pas fait publier le compte rendu intégral de la conférence de 1902. Il
oublie que le 5 août 1903, il a fait câbler par lord Minto à M. Chamber-
lain que le gouvernement canadien s'objecte à cette publicité déjà
demandée par l'Australie (1). C'est sans doute qu'en 1903, M. Laurier
n'est pas encore certain si son attitude nationaliste lui vaudra plus
d'applaudissements que d'imprécations au Canada. En 1907, le vent
n'est pas à l'impérialisme: M. Laurier suggère qu'un "précis" de chaque
séance soit livré quotidiennement à la presse et que le compte rendu
complet soit publié plus tard (p. 19-22). Il prononce en passant cette
parole significative: "Je ne suis pas si disposé que M. Deakin semble
l'être à fournir des renseignements à la presse" (p. 80).
Les Australiens ramènent sur le tapis la création d'un Conseil Im-
périal (p. 26-48). Cette proposition est écartée d'emblée. L'existence
officielle et permanente de la Conférence "Impériale" — et non plus
"Coloniale" — est décrétée "dans l'intérêt de VEmpire". Elle se réuni-
ra tous les quatre ans. Le premier ministre du Royaume-Uni en est le
(1) "Correspondence relating to the proposée! publication of the Report of the Pro-
ceedings of the Colonial Conférence in London, in 1902". — Cd. 1723.
— 166 —
président d'office. En son absence, le secrétaire d'Etat pour les Colo-
nies préside aux délibérations. Le premier ministre de l'Australie, M.
DEAKIN, voudrait qu'un représentant des colonies puisse à l'occasion
remplir ces fonctions. Lord ELGIN, avec l'appui de M. Laurier, fait
écarter cette suggestion dangereuse pour l'autorité impériale (p. 59-61).
Entre les sessions régulières du Congrès, des conférences subsidiaires
"pourront être convoquées pour délibérer sur des sujets particuliers."
Un "secrétariat permanent" de la Conférence est constitué. Les repré-
sentants de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Cap voudraient que
le personnel de ce bureau relève directement du premier ministre du
Royaume-Uni, comme président de la Conférence. Lord Elgin, toujours
aidé de M. Laurier, réussit encore à écarter cette proposition et à faire
décréter que le secrétariat dépendra directement du ministre des Colo-
nies (p. 62-76). Les ministres britanniques tiennent à garder la haute
main.
A noter en passant cette boutade du premier ministre de l'Australie:
" Le président (lord ELGIN) :— J'espère qu'il [M. DEAKIN]
" ne croira pas que nous avons le moindre désir de parler en dictateurs
" ou d'être incivils ou quoi que ce soit de ce genre dans la correspon-
" dance que nous entretenons avec les colonies.
"M. DEAKIN:— Trop civils parfois" — (p. 70).
M. Haîdane poursuit l'oeuvre de Chamberlain
Le 20 avril, la Conférence aborde le sujet le plus important, celui
de la réorganisation et de la concentration des armées des divers pays
de l'Empire. Contrairement à ce qui s'est passé en 1897 et en 1902, ce
problème prime la question navale. Le secrétaire d'Etat pour la Guerre,
M. HALDANE, futur haut chancelier de l'Empire, alors chéri des Anglais
à cause de ses amitiés allemandes, aujourd'hui écarté du ministère pour
le même motif, vient exposer les vues du gouvernement et des chefs de
l'armée. La guerre sud-africaine a démontré de nouveau la faiblesse
de l'armée britannique et son organisation défectueuse. Une commis-
sion d'enquête a été nommée en 1904; lord ESHER en était le président;
sir John FISHER (aujourd'hui lord Fisher) et sir George CLARKE, les
principaux aviseurs. Cette commission a préparé "un projet de réorga-
nisation complète du War Office et de l'armée." Ce projet a été accepté
par le ministère unioniste et mis à exécution par le cabinet actuel. Il
s'inspire des principes et de l'exemple de la Prusse et de l'Allemagne.
Son exécution est confiée à un état-major général. Il tend à l'unifor-
misation de toutes les forces de l'Empire (p. 94-95). M. HALDANE
ajoute :
" Les événements de ces dernières années " — la guerre d'Afrique
— " ont démontré que l'Empire pourrait agir comme un tout et que,
" dans un danger suprême, les forces locales de défense pourraient se
"porter en nombre (pour forth) pour défendre plus que leurs propres
"frontières. Mais ceci dépend de l'effort volontaire et non pas d'un
"programme rigide. En portant ce sujet à votre connaissance, aujour-
" d'hui, notre objet principal est de démontrer fortement l'opportunité
" d'organiser ces forces locales des diverses possessions autonomes de
— 167 —
" la Couronne, sinon d'après un programme commun — nous reconnais-
" sons que les conditions variables de ces divers pays interdisent un
" programme rigide — du moins, avec un objet commun en vue et selon
" une conception commune " (p. 96) .
L'Angleterre va transformer sa milice en armée territoriale. Le Ca-
nada a une milice qui se rapproche beaucoup de cette armée projetée.
Les gouvernants de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et de l'Afrique-
Sud se proposent d'organiser des forces identiques. Ii faut organiser
ces armées d'après une "conception commune" "C'est là que vient
l'utilité de l'état-major général" (p. 96).
Chaque colonie pourrait également organiser un état-major local.
Des échanges d'officiers pourraient utilement se faire en'«-e ces divers
états-majors et celui du Royaume-Uni. " Si cette organisation se com-
"plétait et si nous en venions à faire cet échange d'officiers, — ce
" qui tendrait à élargir la sphère d'action de l'état-major général selon
" les larges conceptions d'un esprit militaire saisi de toutes les données
" du problème de la défense de l'Empire dans son ensemble, — nous
" aurions fait beaucoup pour obtenir un programme uniforme dans l'or-
" ganisation, dans le choix des armes et dans les autres détails d'ordre
* militaire. Cette uniformité est presque essentielle s'il doit y avoir une
"coopération effective dans une grande guerre" (p. 97).
On voit que la défaite de Chamberlain et du ministère Balfour n'a
nullement modifié les visées des autorités impériales dans l'ordre de la
guerre. Le projet de M. Haldane, l'un des chefs de l'impérialisme libéral,
n'est que le développement de celui qu'esquissait M. BRODRICK, à la
Conférence de 1902. C'est la reprise, sur une plus vaste échelle, de l'an-
cien projet de Cardwell, repoussé par Cartier en 1870. Plus habile dans
l'art de ménager les transitions et de séduire les coloniaux, qu'il a bien
connus au cours de sa brillante carrière d'avocat, M. Haldane dévoile
moins brutalement que ses prédécesseurs l'objet poursuivi par les auto-
rités britanniques: renforcer l'armée anglaise en drainant les colonies,
afin de laisser le peuple anglais s'enrichir en paix. A l'appui de sa de-
mande, le ministre de la Guerre soumet aux membres de la Conférence
un mémoire de YImperial Defence Committee et quatre rapports distincts
préparés par le War Office (1).
Impérial Defence Committee — Représentation
illusoire des colonies
Le rapport du Comité, rédigé en mars 1907, est bref. Il se borne
à expliquer l'origine et les attributions de ce nouveau mécanisme de
l'Empire, qui a absorbé, sans le détruire, l'ancien Colonial Defence Com-
mittee créé en 1885.
"Le Comité. est un corps purement consultatif : i7 n'exerce aucun
"pouvoir exécutif, ni aucune fonction administrative." (p. 15).
Cette commission ne délibère que des matières qui lui sont sou-
mises par le premier ministre britannique ou l'un des secrétaires d'Etat.
(1) "Papers laid before the Colonial Conférence", 1907 — Cd 3524. Chacune des cita-
tions qui suivent sont traduites de ces documents. Le chiffre de la page est indiqué après
chaque citation.
— 168 —
Le premier ministre peut y appeler toute personne susceptible de four-
nir des renseignements utiles.
"Le premier ministre considère qu'il serait peut-être avantageux
" de faire comprendre aux représentants des colonies, à la prochaine
" Conférence, que le Comité de la Défense Impériale a pour objet de ren-
" dre possible la discussion des problèmes qui se rattachent à la dé-
" fense générale ou locale. Le gouvernement de toute colonie autonome
" devrait donc avoir pleine liberté de soumettre les questions de cette
" nature par l'entremise du bureau colonial et d'obtenir du Comité les
" conseils qu'il est en état de donner. Si le voeu en est exprimé, tout
" représentant d'une colonie qui désirerait un conseil serait officielle-
" ment invité (summoned) à siéger comme membre de ce comité durant
"la discussion de la question posée" (p. 16).
L'Australie avait préparé une résolution exprimant le désir des co-
lonies de se faire représenter dans cette commission. Aux termes de
cette proposition, ce droit de représentation aurait dû être permanent
et absolu. Les délégués des colonies auraient pu siéger dans le comité
en toute circonstance (Cd. 3523, p. 83). Mais les maîtres de l'Empire
veillaient au grain. Le ministre des Colonies fait décapiter la résolu-
tion du principe général posé par les Australiens; puis il fait limiter
le droit des coloniaux à solliciter les conseils de la commission, par
Ventremise du secrétaire d'Etat pour les Colonies, et à siéger "durant la
discussion des questions posées", (p. 120). Sir Frederick BORDEN fait
observer que cette motion est absolument inutile et que la question a
été réglée depuis longtemps, puisqu'il a lui-même assisté à une séance
du Comité en décembre 1903.
Avec cette loyauté que j'ai souvent signalée chez les hommes d'Etat
anglais de grande envergure, M. HALDANE ne veut pas laisser d'illu-
sion aux coloniaux sur l'importance de cette représentation.
" Je ne crois pas moi-même, dit-il, si je puis m'exprimer ainsi, que
* cette résolution soit nécessaire. Chacun est très familier avec la com-
" position du Comiité de îa Défense Impériale, qui est un squelette ou
"un embryon (skeleton or nucleous body). J'y assiste toujours, mais
" je ne suis pas l'un de ses membres réguliers. Ce corps n'a pas de com-
" position déterminée. Il consiste seulement dans la réunion des per-
" sonnes convoquées. Sans doute, s'il s'élevait une question qui affecte
" une colonie en particulier, le représentant de cette colonie y siégerait.
" Le premier ministre [britannique] est en réalité l'âme (mainspring)
** du Comité, et il y appelle qui il veut.
"Sir Frederick BORDEN: — Il appelle n'importe qui à sa conve-
nance (whomsoever he likes) ?
"M. HALDANE: — Qui il veut et qui lui convient {whoever he likes
and whoever is suitable) " (p. 121).
C'est là ce fameux " droit de représentation des colonies dans les
conseils de l'Empire", dont M. Borden, ses collègues et ses partisans fe-
ront si grand tapage, en 1912, pour justifier le vote de la contribution
à la flotte britannique. On voit que ce prétendu partage de la souverai-
neté impériale ne date pas d'hier et qu'il ressemble fort à celui dont Ju-
piter voulait faire apprécier les avantages exceptionnels à l'honnête
— 169 —
Amphytrion. Toute la " consultation " se borne à permettre aux en-
voyés des tribus coloniales de recevoir, à huis clos, du premier ministre
britannique tes renseignements qu'il lui convient de leur donner et les
décisions arrêtées à leur sujet par les autorités impériales. Une fois
muni de ces renseignements et de ces décisions, le chef sauvage est ex-
clu du Conseil, dûment couvert de louanges et parfois médaillé ; puis
les maîtres de l'Empire continuent à délibérer entre eux de la haute
politique et des intérêts généraux des " nations soeurs", dont le sort dé-
pend de leurs décisions. Ils ont ainsi toute liberté de subordonner les
intérêts de ces nations à ceux du Royaume-Uni.
Bases de l'Impérialisme militaire
Les quatre mémoires de l'Etat-major ne sont pas moins révélateurs
de la pensée impériale. Le premier, en date du 14 mars 1907, traite
des " conditions stratégiques de l'Empire". Il porte la signature de sir
Neville LYTTELTON, chef de l'Etat-major. Il commence par poser
"comme principe premier et fondamental" de toute organisation mili-
taire " que la conservation de l'Empire dépend tout d'abord de sa su-
" prématie maritime."
"2. — Le second grand principe qui doit gouverner l'organisation
" militaire de l'Empire, c'est que chacun des pays qui le composent,
" doit, autant que possible, maintenir un nombre suffisant de troupes
" pour assurer sa défense (self defence) Bien que la flotte impé-
" riale soit peut-être en état de protéger les divers pays de l'Empire
"contre toute attaque sérieuse par mer, les vaisseaux de Sa Majesté ne
" peuvent protéger toutes les possessions britanniques d'une manière
" absolue et en toute circonstance contre les attaques d'outremer. Dans
"le cas des ports de mer facilement accessibles à des entreprises hos-
" tiles et offrant à l'ennemi des points d'attaque suffisamment avanta-
" geux, ii faut pourvoir à leur protection par des travaux de défense et
" des garnisons locales."
Jusqu'ici c'est la répétition quasi textuelle des principes posés dans
le mémoire de 1896 (1). Voyons maintenant comment s'affirme l'idée de
coopération esquissée dès 1897 par Chamberlain et accentuée par lord
Selborne en 1902:
"3. — Le troisième principe à garder en mémoire.... est celui de
"l'appui mutuel à l'heure du danger. Il est évident que dans certaines
"circonstances les forces territoriales des divers pays de l'Empire
" pourraient être entraînées par des considérations de sécurité et de sen-
" timent à s'unir par une action commune dans quelque grand conflit
"qui pourrait mettre en danger notre existence nationale. Dans une
" telle éventualité, il serait impossible d'exagérer les avantages, en toute
" circonstance, d'un système d'organisation militaire qui permette l'assi-
" milation immédiate de tous les régiments qui composeront l'armée
"impériale" (Cd. 3524, p. 18).
" 5. — L'état-major se rend parfaitement compte des difficultés con-
" sidérables qui peuvent empêcher les colonies autonomes — ainsi que
(1) Pièce justificative 57.
— 170 —
"les colonies de la Couronne et les protectorats britanniques — de ga-
" rantir à l'Empire tout entier des contingents de troupes, d'un nombre
" et d'une composition déterminés, prêts à se porter sur les points vitaux
" en cas de danger. Les lois locales qui obligent les citoyens à servir pour
" la défense de leur pays limitent presque entièrement cette obligation à
" la défense du pays d'empire auquel ces citoyens appartiennent. C'est
" ce que l'état-major comprend parfaitement: il se rend très bien compte
H qu'en dépit des sentiments de loyalisme et d'affection pour la mère
" patrie qu'entretiennent les colonies et qui les rallieront rapidement, à
" l'heure du danger, autour du drapeau impérial, il est néanmoins im-
" possible, à l'heure actuelle du moins, de connaître d'avance le nombre
" exact de troupes [coloniales] qui pourront se joindre à l'armée an-
" glaise en temps de guerre. Cependant, l'état-major croit de son devoir
" de signaler le fait que l'absence de dispositifs précis pour l'action
"commune des diverses forces militaires de l'Empire prive ces armées
" de la majeure partie de la puissance d'action qu'elles pourraient exer-
" cer autrement à l'heure du péril national" (p. 19).
"7. — L'état-major récemment créé par le Conseil supérieur
" de l'armée est encore à ses débuts. Il comprendra avec le temps, espé-
" rons-le, des officiers de tous les pays de l'Empire et opérera l'union
" intime de tous ces pays dans l'ordre militaire.
" 8. — Plus il sera possible de rapprocher les diverses forces mili-
" taires de l'Empire par l'entraînement, l'éducation et la communauté
" de pensée, plus ces forces seront en état de surmonter les difficultés
" particulières du problème stratégique qui s'impose à une fédération
" de pays éloignés les uns des autres, mais préoccupés de s'aider mu-
" tuellement et de coopérer au bien commun à l'heure du danger " (p. 20).
Le général Lyttelton explique ensuite que des mesures ont été prises
pour permettre l'échange d'officiers entre l'armée impériale et les mi-
lices coloniales et pour ouvrir aux officiers des colonies un accès facile
à l'école de Camberley.
" Il serait peut-être à propos d'étudier la possibilité de l'échange
" entre les divers pays de l'Empire, de bataillons entiers, d'escadrons ou
"de batteries d'artillerie La progression dans ces matières
" est forcément lente. Il faut surmonter les obstacles qui résultent prin-
" cipalement de la diversité des administrations et des difficultés léga-
"les; mais chaque pas dans cette direction marque un progrès dans
"l'intérêt de la défense impériale" (p. 20).
" 9. — // n'est nullement à craindre qu'aucun pays de VEmpire
" manquera de répondre à l'appel de la mère patrie; mais en même
"temps nous voyons nettement les obstacles presque insurmontables —
" obstacles plutôt politiques que militaires peut-être — qui font qu'ac-
" tuellement nous n'avons aucune garantie que des contingents d'un
" nombre et d'une composition déterminés prendront part à une grande
" guerre impériale " (p. 21).
En résumé, "l'idéal" de l'état-major, c'est "la reconnaissance des
trois principes fondamentaux énumérés au début de ce mémoire."
" 1. — L'obligation qui s'impose à chaque communauté autonome de
" pourvoir autant que possible à sa propre protection locale.
— 171 —
" 2. — Le devoir d'arrêter un programme défini d'assistance mutuelle
" en cas de danger.
" 3. — La nécessité de maintenir la suprématie maritime qui seule
" peut assurer une coopération militaire quelconque."
" En conclusion, il ne paraît guère exagéré de dire que le meilleur
" espoir d'un allégement du lourd fardeau des armements tient à Porga-
" nisation parfaite des immenses ressources militaires de l'Empire et
" à la cordiale coopération des colonies, dont la croissance est cons-
" tante, avec la mère patrie. La plus sûre garantie de paix pour l'Em-
pire, c'est la solidarité des pays qui le composent et la ferme détermi-
" nation de chacun de ces pays de rester fidèles à l'association dans
"chaque crise qui pourra se présenter" (p. 21).
C'est bien là, dans toute son ampleur, l'illusion ou l'imposture impé-
rialiste, empruntée des Romains — si vis pacem para bellum — et de
l'Allemagne prussianisée.
A i'égard des colonies, ce programme de guerre marque nettement
la révolution que les impérialistes anglais ont décidé de faire subir au
droit public des "nations soeurs". En 1854, en 1865, et encore en 1896,
la Grande-Bretagne n'attendait des colonies que l'organisation de leur
défense nationale. On leur demande maintenant d'ajouter à cette
charge, nullement diminuée, une part proportionnelle de la défense gé-
nérale des immenses territoires conquis par l'Angleterre pour son seul
bénéfice et leur coopération dans les guerres impériales qui résultent
de la politique et des agissements des seules autorités britanniques.
Mécanisme impérial de guerre
Le second document, qui porte aussi la même date et la même signa-
ture, traite de "la possibilité d'uniformiser l'organisation de la guerre
dans tout l'Empire." Ce n'est en réalité que l'application, sous une forme
concrète et détaillée, des principes posés dans le rapport précédent. La
même inspiration se manifeste avec une égale franchise:
" 12. — Comme il est probable que les colonies prendront une part
" toujours croissante dans les guerres futures qui affecteront le bien-être
" de l'Empire, il nous a semblé opportun de soumettre à l'étude de la
" Conférence coloniale le problème de l'assimilation possible du méca-
" nisme de guerre des colonies à celui du Royaume-Uni " (Cd. 3524,
p. 24).
" 16. — On demandera peut-être pourquoi les méthodes d'organisa-
tion du Royaume-Uni doivent être adoptées comme le type du méca-
" nisme universel de guerre de l'Empire. C'est que, pour nombre d'an-
" nées à venir, l'armée expédiée par le Royaume-Uni formera probable-
" ment la portion la plus considérable de toutes les forces engagées dans
" une campagne impériale. Il est donc plus simple d'organiser d'après
"le modèle anglais les forces expédiées par les diverses colonies que
" d'organiser l'armée anglaise et les forces des autres colonies d'après
"le modèle adopté par l'une quelconque des colonies " (p. 26).
Il est impossible d'avouer plus franchement que l'objectif principal
de chaque colonie ne doit plus être la défense de son territoire et l'or-
— 172 —
ganLsation de cette défense selon les conditions particulières du pays,
mais la subordination des intérêts coloniaux aux exigences du Royaume-
Uni et de son empire. C'est la vieille conception romaine, qui utilisait
les barbares de la Gaule et de la Germanie pour la plus grande gloire
de l'Empire.
" 18. — Il est à espérer que les représentants des diverses colonies
" useront de leur influence, à leur retour chez eux, afin de convaincre
"leurs gouvernements respectifs de l'énorme puissance additionnelle
" que l'Empire trouverait dans cette uniformité des préparatifs de
" guerre. Les services considérables que les colonies ont rendus dans
"le passé [en Afrique] démontrent la valeur de l'aide qu'elles sont
" prêtes à donner en cas de danger, même sans les avantages d'une orga-
* nisation de cette nature. La valeur de ces secours serait considéra-
blement accrue à l'avenir s'ils pouvaient revêtir une forme qui per-
" mettrait de les utiliser instantanément, dans leur cadre normal,
"lorsqu'on mettrait l'armée en campagne. Toute colonie qui enverrait
" un contingent combattre avec les forces du Royaume-Uni et des autres
" colonies aurait alors la satisfaclion de savoir que sa coopération atteint
" le plus haut degré d'efficacité au point [stratégique] où son utilité
"s'imposerait" (p. 26-27).
Le troisième mémoire préparé par le générad NICHOLSON, Quar-
tier-Maître Général, et le général HADDEN, Maître Général de
l'Ordonnance, est purement technique. Il traite de l'uniformité des
modèles d'armes et de munitions qui devraient être utilisés généra-
lement dans toutes les armées de l'Empire. Naturellement, les colonies
devront accepter les modèles anglais (Cd. 3524, p. 28).
Le quatrième mémoire, signé par le général HADDEN seul,
est caractéristique. Il démontre l'éternelle vérité du mot de Napoléon:
"L'Angleterre est une nation de boutiquiers." Il n'a d'autre objet que
de persuader aux gouvernements des colonies qu'ils doivent faire tous
leurs achats d'anmes et de munitions par le seul intermédiaire du War
Office (p. 30). Pour qui connaît les opérations fructueuses et les opu-
lents pots-de-vin dont certains officiers anglais ont bénéficié en maintes
occasions, le motif de cette démarche est facile à comprendre.
Escrime de politiciens : M. Haldane, M. Smartt
et sir Frederick Borden
G'est à l'aide de cette documentation fort intéressante et nettement
tendancieuse que d'habile ministre de la Guerre, M. Haldane, tend ses
pièges aux coloniaux. Sir Frederick BORDEN, au nom du Canada,
commence par résister:
" Je dois faire remarquer immédiatement, dit-il, que dans les pos-
sessions d'outremer, en Canada au moins, la loi de la Milice ne nous
" permet de dépenser de l'argent et de faire des préparatifs que pour la
" seule défense du Canada. Le texte même de la Loi limite absolument
" notre autorité à cela. Nous ne pouvons mettre notre milice en service
"actif pour d'autre objet que la défense du Canada. ..." (Cd. 3523, p.
99).
— 173 —
On voitt combien j'avais raison d'affirmer qu'en faisant modifier,
en 1904, les termes de la loi de la Milice, le gouvernement canadien avait
voulu se prémunir contre de nouvelles tentatives d'intimidation de !a
part des impérialistes anglais et canadiens — précaution fort illusoire,
du reste.
Sir Frederick explique qu'il a constitué au Canada un état-major.
Il ne veutt pas qu'aucun officier de ce corps se sente partagé entre ses
devoirs envers son chef immédiat, le ministre de la Milice et de la Dé-
fense du Canada, et les responsabilités nouvelles que le projet de lord
Haldane pourrait lui imposer (p. 100). "Les Canadiens n'ont
"qu'un désir: celui de se préparer par tous les moyens possibles à pro-
téger entièrement leur propre territoire" (p. 101-102). Afin d'adoucir
le trait, il rappelle ce que le Canada a fait durant la guerre sud-africaine,
"lorsqu'il a paru pour un moment que l'Empire était en danger" (p.
102). Cette garantie morale doit suffire pour l'avenir. Entraîné par
cette admission compromettante, qui démontre clairement la consé-
quence inévitable et ultime du précédent de 1899, il accepte le principe
de l'uniformisation posé par M. Haldane. C'est tout ce que voulaient
pour l'instant les autorités impériales.
M. SMÀRTT, ministre des Travaux Publics de la Colonie du Cap,
veut brusquer les choses. Il demande à la Conférence de décréter l'ur-
gence de l'organisation de régiments impériaux aux colonies. Sir Fre-
derick BORDEN et sir Joseph WARD, premier ministre de la Nouvelle-
Zélande, s'y opposent (p. 111-115). M. HALDANE penche de leur côté,
tout en laissant entrevoir le succès ultérieur de l'idée du ministre sud-
africain : " C'est, dit-il, l'une de ces choses qui appartiennent à un ave-
" nir très prochain — pas très éloigné " (p. 116). Pour l'instant,
ii se borne à demander aux coloniaux d'accepter le principe de l'état-
major impérial et de l'échange des officiers supérieurs. Sir Frederick
BORDEN accepte cela pourvu qu'on reconnaisse en même temps l'utilité
des états-majors coloniaux. M. Haldane veut bien accorder cette ap-
probation verbalement; mais il ne démord pas du texte de son projet
de résolution. Lord ELGIN, toujours conciliant, suggère que la publi-
cation du discours du ministre de la Guerre suffira à marquer la con-
cordance de ses vues avec celles du gouvernement canadien. M. Haldane
saisit la balle au bond et se déclare très heureux de livrer ses observa-
tions au public de l'Empire. Vient alors le dialogue suivant qui jette
une lumière significative sur les procédés des politiciens de tous les
pays:
" Le PRESIDENT [lord ELGIN] :— Vous allez reviser [votre dis-
" cours] ?
"M. HALDANE: — Je vais le reviser et j'aurai le soin de ne laisser
" passer aucune expression qui puisse porter ombrage.
"Sir Frederick BORDEN: — Je prends pour acquis que le principe
"est l'établissement d'un état-major impérial?
"M. HALDANE:— C'est cela.
"Sir Frederick BORDEN: — Nous sommes, je pense, tous d'accord
" là-dessus; mais une partie de la population que nous représentons est
— 174 —
" très ombrageuse à cet égard. Elle pourrait penser que nous l'avons
" liée à quelque chose qui ressemble à une obligation.
"M. HALDANE: — Vous devez observer que l'état-major est un corps
" purement consultatif. Vous-même en avez fait autant au Canada: vous
" avez, dans la personne du général Lake, un officier très distingué de
" notre état-major. Il en serait de même de tout autre officier de l'état-
" major que nous vous enverrions si le projet suggéré était accepté. Il
" serait votre propre officier, sous votre propre commandement (at your
" own disposition).
"Sir Frederick BORDEN: — Précisément; mais nous n'en avons pas
" beaucoup parlé.
"M. HALDANE: — Non; vos actes ont été meilleurs que vos paroles.
" Vous avez eu le général Lake depuis quelque teirips et vous l'avez uti-
lisé" (p. 117).
L'avis de motion du ministre de la Guerre portait que l'état-
major doit être organisé "pour le service de l'Empire". Sir Frederick
Borden voudrait faire mettre à la place: "pour le service des divers
Dominions" (p. 118). M. Laurier, secourable, suggère d'ajourner la
discussion. Elle est reprise à trois jours de là. Dans l'intervalle, des
conversations intimes ont usé les résistances; et îa résolution préparée
par M. Haldane est adoptée unanienement dans ces termes:
"État-major pour le service de V Empire"
" Cette Conférence accueille avec faveur et approuve cordialement
' l'énoncé des principes généraux contenus dans les déclarations du
" secrétaire d'Etat pour la Guerre; et sans désirer compromettre aucun
"des gouvernements représentés [à la Conférence], elle reconnaît et
" affirme l'urgence de développer, pour le service de l'Empire, un état-
" major général, [dont des membres seront] choisis parmi les forces de
" l'Empire tout entier. [Cet état-major] étudiera la science militaire
" dans toutes ses branches, recueillera des renseignements et des con-
" naissances militaires et les transmettra aux divers gouvernements,
" entreprendra la préparation de plans de défense basés sur un principe
" commun, et, sans intervenir en quoi que ce soit dans les questions liées
" au commandement et à l'administration, donnera ses avis, à la deman-
" de des gouvernements respectifs, sur l'entraînement et l'éducation des
" forces militaires de la Couronne dans chacun des pays de l'Empire et
" leur organisation pour la guerre" (Cd. 3523, p. V et VI).
C'était un véritable triomphe pour le gouvernement britannique.
M. Haldane avait eu raison de dire à M. Smartt: "A mon avis les mots
" importent peu. Le point priniepai, c'est que nous sommes tombés oTac-
" cord sur un principe général. C'est là ce qui importe réellement.
"Nous ne pourrions lier aucun gouvernement ni forcer son action; et
"nous ne voudrions pas le faire" (127). Le force des Anglais, je
l'ai déjà dit, c'est de savoir attendre.
Défense navale—Saine politique de lord Tweedmouth
Une fois la question des armées de terre réglée, la Conférence
s'occupe de défense navale. La discussion est beaucoup pius brève, pour
— 175 —
deux raisons: la guerre d'Afrique a révélé les faiblesses de i'armée an-
glaise et l'urgence d'y remédier par l'apport des colonies; et puis, le
premier lord de l'Amirauté, lord TWEEDMOUTH, n'est pas, comme M.
Haldane, un impérialiste. Il appartient, comme le premier ministre, à
la vieille école libérale. Il est trop bon Anglais pour refuser ce que les
coloniaux auront la naïveté de lui offrir ; mais il est trop loyalement
traditionnel pour fausser la doctrine et les faits.
" Nous vous faisons bon accueil, dit-il aux délégués, nous vous de-
" mandons de prendre une part importante à la réorganisation plus
" complète de la défense navaie de l'Empire La seule réserve que
"l'Amirauté désire faire, c'est qu'elle réclame la responsabilité de régler
" les questions stratégiques nécessairement liées à la défense navale, de
" conserver le commandement des forces navales du pays et de
" faire la distribution des navires de manière à pouvoir résister
" aux attaques et défendre l'Empire tout entier, qu'il s'agisse de nos
"propres Iles ou des possessions d'outremer. Nous admettons sans ré-
" serve que nous sommes responsables de cette défense. Nous vous de-
" mandons de nous aider dans cette défense. Nous vous demandons
"toute l'aide que vous pouvez nous donner; mais nous ne venons pas à
" vous comme des mendiants. Nous acceptons avec bonheur tout ce que
" vous pouvez nous donner; mais, en même temps, si vous n'êtes pas
" disposés à nous donner i'aide que nous espérons, nous reconnaissons
"notre obligation absolue de défendre de notre mieux les possessions
" du Roi au delà des mers Il n'y a qu'une mer, un seul empire, une
" seule flotte; et si je demande tout d'abord votre secours, je réclame
" en second lieu, pour l'Amirauté, l'autorité nécessaire pour gouverner
"sans contrainte cette grande force navale (p. 129). 'Le gouver-
" nement de Sa Majesté reconnaît le désir naturel des colonies autono-
" mes de prendre une part plus personnelle dans les mesures nécessaires
"à ia défense navale de l'Empire; et pourvu que l'unité de commande-
" ment et de direction de la flotte soit maintenue comme condition
"essentielle, nous sommes prêts à étudier une modification des accords
"actuels afin de rencontrer les vues des diverses colonies" (p. 130).
Cette dernière observation s'adressait surtout aux Australiens, tou-
jours jaloux de leurs droits et réfractaires à l'idée de permettre aux
escadres affectées à leur protection de se déplacer au gré de l'Amirauté.
Du reste, lord Tweedmouth "reconnaît les différences profondes qui
existent entre les conditions" des diverses colonies (p. 131). Il indi-
que succinctement, avec beaucoup de bon sens et de clarté, ies mesures
de défense que les colonies pourraient adopter dans le double but de
pourvoir, à la protection de leurs propres territoires et d'aider aux mou-
vements de la flotte impériale sans rien sacrifier de leur autonomie
locale et de leur liberté d'action: la construction de docks spacieux et
de bassins de radoub; l'établissement de stations de charbonnage et
d'approvisionnement, protégées par des travaux de défense; et surtout
la création de flottilles de torpilleurs et de sous-marins. Il prédit l'im-
portance énorme du rôle que ce genre de vaisseaux jouera dans la pro-
chaine guerre. Il cite l'exemple de la France et déclare que l'Amirauté
anglaise s'apprête à le suivre (p. 130-131).
— 176 —
A l'une des dernières séances de la conférence, le 8 mai, cette ques-
tion de sous-marins revient sur le tapis:
"Dr. SMARTT [du Cap]: — Je comprends que la proposition
" de l'Amirauté consiste à encourager l'esprit de la défense locale et du
" secours local à la flotte (for naval purposes) ; et que la meilleure po-
" litique serait la construction de sous-marins; mais je suppose que
" l'Amirauté serait également prête à étudier la question des des-
" troyers?
" Lord TWEEDMOUTH :— Certainement.
"Dr. SMARTT: — Je présume que le sous-marin est un vaisseau qui
" n'emploie qu'un petit nombre d'experts de la plus haute compétence?
"Lord TWEEDMOUTH:— C'est cela.
"Dr. SMARTT: — Ce n'est pas un vaisseau qui va loin en mer, tandis
" que par l'établissement d'une flotle de destroyers, vous inculqueriez
" immédiatement au peuple l'esprit maritime et l'idée qu'il rend un plus
" grand service, parce que ces vaisseaux pourraient aller assez loin en
" mer. Ce serait un facteur puissant pour développer l'esprit maritime
" dans notre population.
" Lord TWEEDMOUTH : — Je crois que le développement des sous-
" marins va devenir tel à l'avenir qu'Us remplaceront presque totalement
"les destroyers; ils vont acquérir une portée maritime beaucoup plus
" étendue; ils ne seront pas seulement des vaisseaux de défense, mais
"essentiellement des vaisseaux d'attaque" — (p. 479).
On voit que l'Amirauté était pour le moins aussi bien inspirée sous
la sage direction de lord Tweedmouth qu'elle l'a été depuis, sous l'im-
pulsion de M. McKenna et de M. Winston Churchill. La politique navale
que lord Tweedmouth recotnmande aux colonies en 1907, c'est celle que
M. MONK s'efforcera en vain de faire accepter par son parti en 1912. Si
M. Borden et ses collègues avaient écouté ce sage avis, le problème de la
défense navale du Canada et de l'Empire serait plus avancé qu'il ne !'a
été par la folle proposition de faire à l'Angleterre multi-milliardaire un
cadeau de $35,000,000; et si l'Amirauté britannique avait suivi ses ins-
pirations de 1907, au lieu de tomber dans la folle politique des dread-
noughts, dénoncée par lord Charles BERESFORD comme une "trahison"
des intérêts britanniques (1), l'Allemagne n'aurait peut-être pas rem-
porté dans la guerre actuelle les seuls succès maritimes dont elie puisse
s'enorgueillir.
Revenons aux délibérations de la Conférence.
M. Laurier et M. Brodeur refusent toute aide à l'Empire
L'unique suggestion directe de lord Tweedmouth au Canada,
c'est de faire d'Esquimau et d'Halifax des stations navales de pre-
mier ordre. Sir Wilfrid Laurier et ses collègues ne répondent pas
à cette modeste invite, — eux qui, à quelques années de là, proposeront
au parlement canadien de construire deux escadres complètes, "cana-
diennes en temps de paix et impériales en temps de guerre", et de
(1) Dans son ouvrage "The Betrayal," publié à Londres, en 1912. On en trouvera
quelques citations plus loin.
— 177 —
lancer le pays à corps perdu dans une politique navale outrancière et
injustifiable. A cette heure d'extrême réaction, ils ne songent qu'a se
méfier du gouvernement britannique.
Comme en 1897 et en 1902, le Comité de la Défense avait préparé
un tableau comparatif du budget de guerre des diverses colonies de l'Em-
pire. A la colonne des "Dépenses Navales", le Canada figure pour zéro
— "Nil" (Cd. 3524, p. 74). M. BRODEUR, ministre de la Marine, croit
avec raison devoir signaler l'injustice de ces comparaisons.
" Notre situation, dit-il, est différente de celle des autres colonies et
" doit être envisagée telle qu'elle est." Il rappelle les conventions par
lesquelles l'Angleterre a cédé aux Etats-Unis le droit de pêche dans les
eaux du Canada. "La situation particulière faite au Canada par ce
" traité a induit l'Amirauté britannique à s'occuper de la défense et de
"la protection du Canada contre îes empiétements des pêcheurs améri-
" cains. Durant plusieurs années, l'Amirauté britannique s'est acquittée
" de ce devoir et a protégé notre peuple; mais depuis quelque temps,
" depuis 1885 surtout, les autorités britanniques n'ont rien fait à cet
" égard. C'est le gouvernement canadien qui a encouru et soldé toutes
" les dépenses qui se rattachent au service de protection des pêcheries
" A certains égards, ceci n'est pas une obligation locale mais impériale,
" puisque cette obligation résulte de traités conclus entre la Grande-
Bretagne et les Etals-Unis, sans le consentement du Canada" (Cd.
3523, p. 139).
Il relate aussi les dépenses faites par le Canada pour la protection
des Grands Lacs et de la côte du Pacifique, ainsi que pour le dressage
des cartes hydrographiques des vastes eaux territoriales du pays (p. 140-
141).
Comme pour les armées de terre, la question navale donne lieu à
plusieurs entrevues particulières entre ies autorités britanniques et les
délégués des diverses colonies. Il en résulte une modification sensible
de l'accord conclu avec l'Australie en 1887 et déjà modifié en 1902. Il
est décidé que l'Australie consacrera à l'établissement d'une flotte locale
le subside annuel de £200,000 qu'elle paie depuis 1902 à l'Amirauté. La
restriction relative à l'emploi de cette escadre subsiste. La Nouvelle-
Zélande préfère s'en tenir à la politique de contribution mutuelle. Les
délégués du Canada se dérobent à tout engagement. A la séance du 8
mai, lord TWEEDMOUTH fait part à la Conférence du résultat des en-
tievues particulières. Il en profile pour faire ses excuses au Canada
de la fausse impression créée par le tableau comparatif de l'Amirau-
té (p. 470).
Le bouillant Docteur SMARTT, du Cap, veut entraîner toutes les
colonies dans la voie des contributions à la flotte impériale. M. BRO-
DEUR se rebiffe et cite sir Charles TUPPER à l'appui de sa résistance.
Il annonce que le gouvernement canadien va acheter un autre croiseur
pour la protection des pêcheries du Pacifique. Il remercie lord Tweed-
mouth d'avoir rendu justice au Canada et il ajoute en conclusion :
"Nous serons très heureux de travailler d'accord avec les autorités im-
" périales et de prendre les conseils d'un officier impérial, autant que
"ceci sera d'accord avec notre autonomie" (p. 481).
— 178 —
Le lendemain, M. SMARTT revient à la charge et fait une proposi-
tion concrète:
" Cette Conférence, reconnaissant l'importance des services rendus
" par la flotte impériale à la défense de l'Empire et à la protection de
" son commerce, et l'importance suprême de continuer à maintenir cette
" flotte à son plus haut degré possible d'efficacité, considère qu'il est du
" devoir des possessions d'outremer d'apporter au maintien de la flotte
" telles contributions que leurs législatures locales pourront déterminer
" — ces contributions pouvant prendre la forme d'un subside en argent,
" l'établissement d'une force locale de défense navale, ou toute autre
"forme, ainsi qu'il pourra être arrêté après consultation avec l'Ami-
" rauté et selon les conditions variables de chaque colonie" (p. 541).
Le président, lord ELGIN, s'empresse de dire que son collègue de
l'Amirauté n'a pas d'objection à l'adoption de ce voeu, mais qu'il s'en
remet entièrement à la décision de la Conférence.
Sir Wilfrid LAURIER combat la proposition avec énergie:
" Je regrette de dire que, dans la mesure où le Canada est en cause,
" nous ne pouvons accepter cette proposition. L'attitude que nous avons
" prise depuis nombre d'années, c'est que nous avons assez à faire dans
" notre pays avant de nous engager par la reconnaissance d'une obligation
" générale. Le gouvernement du Canada a faiit beaucoup à cet égard.
" Notre action n'a pas été comprise. Mais j'ai été heureux de constater
" que le premier lord de l'Amirauté reconnaît que nous avons fait beau-
" coup plus qu'il ne le savait. A mon humble avis, il est impossible
" d'avoir, en cette matière, une politique uniforme. La disproportion
" est trop grande entre la mère-patrie et les colonies, nous avons trop à
" faire à d'autres égards. La mère-patrie, ne l'oubliez pas, n'a rien à
" dépenser pour ses travaux publics, tandis que dans la plupart des colo-
" nies, et certainement au Canada, nous devons nous taxer jusqu'à l'ex-
" trême limite pour développer notre pays. Nous ne pourrions donc
" accorder cette contribution, ni entreprendre de faire plus que nous ne
14 faisons, à cet égard. Si la proposition est mise aux voix, je serai forcé
" d'en voter le rejet.
M. Smartt insiste. M. Laurier réplique sèchement: "J'ai dit tout ce
" que j'avais à dire."
Lord Elgin s'empresse de suggérer le retrait de la proposition. M.
Smartt demande i'opinion des autres délégués. Le premier ministre de
l'Australie, M. DEAKIN, trouve que ce n'est pas la peine de discuter si
la proposition ne doit pas être adoptée.
"Sir Wilfrid LAURIER: — Elle peut être adoptée s'il y a une majo-
" rite [pour l'appuyer]. Pour ma part, je dois voter contre" (p. 542).
"M. Winston CHURCHILL: — Il n'y a guère avantage à faire voter
" la résolution si nous ne pouvons pas être unanimes."
"Sir Wilfrid LAURIER: — Nous, des diverses possessions d'outre-
" mer, nous nous sommes efforcés d'être unanimes. Je regrette que
" nous ne puissions pas être unanimes sur cette question. Le Dr Smartt
" peut faire sa proposition, s'il le juge à propos, ou la retirer. S'il ré-
" clame un vote, je devrai voter contre" (p. 543).
Et la proposition tombe à l'eau.
— 179 —
On voit qu'à cette heure, fugitive H est vrai, l'attitude de sir Wilfrid
Laurier ne présente aucune ambiguïté. Il rejette toute idée de contribu-
tion des colonies, sous une forme quelconque, à la défense navale de
l'Empire. Il est absolument opposé à une flotte locale, autant qu'à
une contribution en argent. Il déclare nettement que le Canada a fait
à cet égard tout ce qu'il doit faire et tout ce qu'il peut faire. Plus tard,
nous le verrons bientôt, il cherchera à épiloguer sur ses déclarations de
1902 et à prétendre qu'il avait dès lors laissé entrevoir l'inauguration
de sa politique navale de 1909. Pour étayer ce plaidoyer d'occasion, il
ira même jusqu'à altérer les textes officiels. Quoi qu'il en soit de ses va-
gues promesses de 1902, elles sont totalement effacées par son refus for-
mel de 1907; et les motifs de ce refus, ainsi que les conditions du Canada
teiles qu'il les résume, subsistent en entier et condamnent sans réserve
la construction d'une flotte canadienne, qu'il imposera au parlement en
1910, autant que la contribution à la flotte impériale, proposée par ses
adversaires en 1912, et dont il acceptera, du reste, le principe avant de
la faire rejeter par la majorité libérale du Sénat.
Les ministres anglais et le "commerce préférentiel"
Avant de clore le chapitre de 5a Conférence de 1907, il n'est pas sans
intérêt de noter l'accentuation de la divergence de vues entre les minis-
tres britanniques et les représentants des colonies au sujet des relations
commerciales des pays de l'Empire. A la séance du 30 avril, sir Wilfrid
LAURIER et M. DEAKIN proposent le renouvellement du voeu adopté
en 1902, approuvant " le principe du commerce préférentiel entre le
'" Royaume-Uni et des possessions d'outremer " et u pressant respectueu-
*' sèment le gouvernement de Sa Majesté [de reconnaître] l'opportunité
" d'accorder un traitement de faveur aux produits naturels et industriels
" des colonies." Les ministres britanniques, forts de leur victoire écra-
sante remportée sur Chamberlain et les tarîff reformers, combattent
la proposition. Ils déclarent nettement qu'ils ne consentiront jamais,
selon la parole brutale de M. ASQUITH, alors chancelier de l'Echiquier,
"à traiter différemment les étrangers et les coloniaux" (p. 439).
La discussion dure une semaine et se termine par le vote unanime
des coloniaux en faveur de la proposition, avec la seule dissidence des
représentants du gouvernement britannique (1).
Inutile d'ajouter que ce voeu des colonies est resté lettre morte.
L'opposition des seuls gouvernants anglais a suffi à faire échec aux vo-
lontés coalisées des "nations soeurs". Par contre, toutes les tentatives
des autorités britanniques pour amener les colonies à assumer de nou-
velles charges impériales ont réussi au delà des espérances anglaises et
en dépit de la résistance des coloniaux, des Canadiens surtout.
Cette indication est significative. Elle marque la caractéristique,
déjà signalée, de l'impérialisme britannique: les Anglais prennent tout
ce que les coloniaux leur donnent pour le soutien de leur flotte et de
(1) Le texte des résolutions, avec Indication de la dissidence des ministres anglais,
est consigné aux pages VII et VIIl du rapport de la Conférence — Cd 3523. Le compte
rendu dts délibérations couvre près de la moitié du volume : de la page 228 à la page
446 ; aussi, pages 509 à 529.
— 180 —
leur armée; ils leur refusent toutes les concessions qui pourraient activer
la production industrielle et agricole des colonies et compenser les nou-
velles charges impériales qu'elles assument.
Avènement de M. Asquith — Active propagande de lord Grey
Les délibérations de la Conférence de 1907 semblaient avoir porté
le coup de grâce aux calculs et aux entreprises des impérialistes. La
divergence accentuée des Anglais et des coloniaux sur les questions de
commerce, et surtout la résistance, si ferme en apparence, de M. Laurier
et de ses collègues aux suggestions de lord Haldane et de M. Smartt, con-
firmaient les optimistes aveugles dans la conviction que le rêve de Cham-
berlain était dissipé pour toujours. Et pourtant, il était plus près que
jamais de se réaliser.
La mort prématurée de sir Henry Campbe'11-Ban.nerman amena M.
ASQUITH à la tête du gouvernement du Royaume-Uni et de l'Empire.
En (reconstituant le cabinet, le nouveau leader appela lord Grewe aux
Colonies, à la place de lord Elgin permuté à l'administration des Indes,
et M. Reginald McKenna à l'Amirauté. M. Haldane resta à la guerre.
C'était le triomphe de l'impérialisme libéral. Dès l'époque de !a guerre
d'Afrique, l'illustre tacticien parlementaire qui a réussi à coaliser les
éléments les plus disparates et à garder le pouvoir plus longtemps que
tout autre homme d'Etat anglais depuis lord Liverpool, n'avait nullement
marchandé son appui à la politique de concentration des forces militai-
res de l'Empire. D'autre part, il avait été l'adversaire le plus redoutable
de M. Chamberlain sur le terrain de l'impérialisme commercial. Il était
tout désigné pour assurer la victoire de l'impérialisme militaire au pro-
fit de l'Angleterre et au détriment des colonies.
Au Canada, la nouvelle direction imprimée à la politique impériale
fut puissamment secondée par le prosélytisme ardent et habile de lord
GREY. Neveu et héritier de l'ancien ministre des Colonies, petit-fils
de l'ancien premier ministre réformiste de Guillaume IV, cet homme
remarquable avait traversé des circonstances toutes particulières qui
avaient greffé sur ses traditions héréditaires la foi la plus ardente dans
l'impérialisme de Chamberlain. Gouverneur de la Rhodésie, au lende-
main du raid de Jameson, en 1896 et 1897, il était devenu l'ami intime, le
disciple préféré de Cecil Rhodes, qui le fit entrer dans le conseil d'ad-
ministration de la fameuse Compagnie Sud-Africaine. Il occupa ce
poste jusqu'à son arrivée au Canada. Il s'était associé si intimement
aux vues et aux aspirations du conquérant de l'Afrique-Sud, que ce-
lui-ci le choisit comme l'un de ses héritiers et exécuteurs testamentaires.
On n'ignore pas que le grand brigand d'Afrique a légué toute sa fortune
à quelques amis intimes, en ne leur imposant d'autre condition que de
l'employer à leur gré pour la propagande et le triomphe de leurs idées
communes.
Le nouveau gouverneur arrivait donc au Canada tout rempli d'un
zèle d'apôtre, sans aucuns scrupules, du reste. C'est la caractéristique
des grands impérialistes anglais. Ceux qui veulent comprendre leur état
d'esprit n'ont qu'à relire le Maître de ta Mer de Melchior de Vogué.
— 181 —
A peine débarqué du navire qui l'avait amené d'Angleterre, le dis-
ciple de Gecil Rhodes se mit à l'oeuvre. Dès la première session du
parlement, en 1905, il entreprit le siège des chefs et des esprits diri-
geants des deux partis, — des Ganadiens-français surtout. Familier,
comme tous les grands proconsuls britanniques, avec les problèmes de
race, il avait tout de suite compris que les Canadiens-français, sépares
de l'Europe depuis iin siècle et demi, n'ayant d'autre patrie que la terre
canadienne, répugnaient instinctivement à l'évangile impérialiste, beau-
coup plus que les Anglo-Canadiens, dont les nouvelles recrues venant
des Iles Britanniques entretiennent ce que l'on pourrait appeler l'esprit
d'incertitude nationale: ce tiraillement perpétuel entre le souvenir de
la pairie britannique, récemment quittée, et l'acclimatation toute récente
eu terre canadienne.
Entamée avec quelque discrétion, restreinte au début aux cercles
parlementaires et politiques, cette propagande commençait à sp répan-
dre au dehors, lorsque la défaite du ministère Balfour et l'écrasement
de la faction Chamberlain n'interrompirent brutalement (1).
Tant que Gampbell-Bannerman, Morley et les derniers tenants du
libéralisme gladstonien gardèrent la haute main, lord Grey se tint coi.
Il se contenta de cultiver les influences qu'il avait acquises par ses rela-
tions personnelles, fort agréables et très flatteuses pour les sauvages de
la colonie. La mort de Campbell-Bannerman et l'accession au pouvoir
de M. Asquith et des libéraux impérialistes lui rendirent toute sa liberté
d'action. Si l'on publie un jour la correspondance secrète de lord Grey,
on trouvera facilement l'origine et la trace de la nouvelle direction qu'il
reçut, après la disparition de lord Tweedmouth de l'Amirauté et la per-
mutation de lord Elgin du ministère des Colonies à celui des Indes.
Pour Les très rares Canadiens qui ont étudié de près les dessous de la
politique impériale au Canada, le changement fut marqué et soudain.
Dès les premiers mois de 1908, le disciple de Cecil Rhodes se remit avec
une ardeur nouveXe à son travail de propagande. Sûr d'être appuyé à
Londres par les hommes en place et de n'être pas dénoncé par les oppo-
sitionnistes torys, il jeta hardiment le masque et dédaigna les précau-
tions de surface dont il s'était entouré au début de son séjour au Canada.
Sortant de la sphère des politiciens, il entreprit la conversion de tous les
hommes susceptibles d'exercer une action quelconque sur l'opinion pu-
blique: financiers, propriétaires et rédacteurs de journaux, chefs d'E-
glises, directeurs de maisons d'enseignement, cSubistes, etc., etc., — il
ne méprisait personne, il coudoyait tout le monde. Il fut le véritable
fondateur des Canadian Clubs. Il avait choisi ou favorisé cette appel-
lation afin de mieux déguiser son objet. De ces associations, apparem-
ment fondées pour développer et fortifier le sentiment national, il eut
bientôt fait autant de serres chaudes de l'impérialisme le plus exalté.
Le mot d'ordre qu'il donnait à tous, c'est que les Canadiens doivent
avoir assez de fierté pour ne pas accepter la protection de l'Angleterre à
moins qu'ils ne soient prêts à lui rendre la réciproque en cas de péril
(1) J'ai été personnellement témoin de la stupeur et de la désolation qui régnaient
à Rideau Hall, en novembre 1905, à la nouvelle de la déroute des candidats de M. Cham-
berlain.
— 182 —
impérial. C'est dans cet esprit qu'il encouragea fortement l'organisation
des corps de cadets dans tous les collèges et institutions d'enseignement
secondaire (1).
Cette propagande active et intelligente a contribué puissamment
à déterminer l'évolution profonde, radicale, qui s'est produite dans
l'esprit des classes dirigeantes en Canada au sujet des relations de
la métropole et de la colonie. A la notion traditionnelle, essentielle-
ment britannique, des droits et des devoirs respectifs de la métropole
et des colonies, lord Grey n'a cessé de substituer, dans l'esprit de ses
auditeurs éblouis et flattés, la perspective des gloires et des avantages
de l'association impériale. Ecartant de la discussion tout ce qui était
propre à éveiller les craintes et les susceptibilités des Canadiens, il ne
leur laissait apercevoir que les aspects séduisants de son rêve. Aux évê-
ques catholiques, aux directeurs de séminaires, i! allait même jusqu'à
peindre (le nouvel empire comme un vaste champ d'apostolat catholi-
que (2). A tous les Canadiens, il faisait entrevoir le jour où le Canada
serait le pays prépondérant de la confédération britannique. Je lui
ai entendu dire d'un grand sérieux, en présence de quelques coiu-
boys de l'Ouest, que Winnipeg serait un jour la capitale de l'Empire bri-
tannique unifié.
Qu'un tel travail, mené avec tant d'entrain, une conviction si pro-
fonde et nu! scrupule de correction constitutionnelle, ait produit des
résultats immédiats et considérables, nul ne saurait s'en étonner, de
ceux au moins qui ont quelque peu étudié l'histoire du monde et par-
ticulièrement celle des colonies britanniques. Le colonial d'origine
européenne est redevenu, au contact des rugosités des pays nouveaux,
une sorte de primitif. Du sauvage, il a toute la vanité puérile. A l'appât
des flatteries et des cadeaux — médailles, décorations ou autres formes
de verroteries, — sa méfiance excessive se transforme facilement en
une extrême créduBité. Son tempérament de parvenu et son instruction
de surface, tout inspirée de la cupidité du mercantilisme et des passions
de la petite politique, le rendent fort accessible aux sophismes et aux
entreprises des esprits fermes qui veulent l'exploiter. A ses dons natu-
rels de l'intelligence et du caractère, lord Grey joignait son expérience
des peuplades indigènes de l' Afrique-Sud. Il en tira un admirable parti
pour séduire les Canadiens, surtout les plus huppés, c'est-à-dire les
plus corruptibles.
Nul doute que les gouverneurs des autres "nations-soeurs" employè-
rent les mêmes procédés.
Préparatifs de la guerre "impériale"
Lorsque les ministres britanniques crurent le terrain suffisamment
préparé, ils reprirent le travail au point où l'avait laissé la Conférence
(1) Un Jour, lord Grey me pressait vivement d'apporter mon concours à cette
oeuvre, sous prétexte d'inculquer aux jeunes Canadiens l'amour de la patrie et la dé-
termination de la défendre ; je lui posai abruptement cette question : "Votre Excel-
lence est-elle prête à déclarer publiquement que le seul objet de cette entreprise est de
former des soldats canadiens qui ne se battront que pour la défense du Canada ?"
Lord Grey, comme tous les vrais Anglais, eut la loyauté de ne pas chercher à jouer au
plus fin.
(2) C'est à peu près la thèse dont Son Eminence le Cardinal Bourne, le duc de Nor-
folk et quelques catholiques anglais torys se sont faits les champions.
— 183 —
de 1907. Le 15 janvier 1909, le ministre des Colonies, lord GREWE,
transmet au gouverneur du Canada un nouveau mémoire du War Office,
en date du 7 décembre 1908 (1). Cette pièce porte la signature du gé-
néral NICHOLSON, qui a remplacé, à la tête de l'Etat-major, le général
Lyttelton, auteur du rapport du 14 mars 1907, soumis à la Conférence.
Ce mémoire, comme le précédent, a pour objet de compléter l'organisa-
tion de l'état-major impérial. La pensée impérialiste s'y manifeste avec
une franchise et une netteté croissantes.
" Quelles qu'en soient les causes ", écrit le chef de l'état-major, " il
" est certain qu'avec le développement des grandes possessions autono-
" mes, il se manifeste chez elles un désir croissant pour des institutions
" militaires complètes, efficaces et progressives; et cependant, avec la
" croissance de l'idéal impérial, le besoin se fait sentir d'unir davantage
"les forces militaires de l'Empire..."
"Dans l'Empire britannique, la défense nationale se divise natu-
" rellement en deux catégories: lo. — la défense locale; 2o. — la défense
" impériale ..."
" Pour la défense impériale, le premier point à noter c'est que,
" selon une maxime cardinale de l'art militaire, nul organisme de dé-
" fense ne peut être considéré comme efficace ou complet s'il n'a pas
" pour objet l'action offensive. La défense passive produit rarement,
" si jamais, des résultats décisifs."
C'est, on le voit, la même théorie que lord Goschen faisait valoir,
dès 1897, pour la direction de la flotte et l'action navale.
"La Conférence Impériale a reconnu la nécessité possible de la
"concentration des forces impériales pour la défense de l'Empire....
" Il a été démontré à quel degré il serait possible, en te«nps de guerre,
"d'associer les forces des divers pays de l'Empire. . . L'idéal à attein-
" dre, c'est que toutes les divisions de chaque armée soient en état d'agir
"en temps de guerre, comme partie d'un tout. Cet idéal ne peut être
" pleinement réalisé que si toutes ses parties sont organisées et entraî-
" nées par un seul cerveau; et dans les armées modernes, ce cerveau,
" c'est l'état-major général. L'état-major doit donc constituer une entité
"pour tout l'Empire; et pour en arriver là, tous ses membres doivent
" être uniformément entraînés dans une seule école dirigée par une seule
"tête, à l'étude et à la pratique des mêmes principes " (p. 8).
Dans la seconde partie de son étude, le général Nicholson définit
la base et les traits principaux qui doivent servir d'armature à l'état-
major de l'Empire.
" 1. — Le corps central doit avoir ses quartiers généraux à Londres
" et opérer directement sous l'autorité du chef de l'état-major im-
périal" (p. 9).
2. — Des états-majors locaux seront établis dans les diverses colo-
nies, comme " sections de l'état-major de l'Empire" (p. 9). La direction
devra toujours venir de l'état-major impérial. Des échanges d'officiers
(1) "Correspondence relatins to the proposed formation of an Impérial General
Staff" — Cd 4475. Les citations qui suivent sont extraites et traduites de ce document. Il
a été réimprimé au Canada avec la réponse du gouvernement canadien: Sessional Paper
No 99, 1909.
— 184 —
seront faits entre l'état-major impérial et les états-majors locaux. Ceux-
ci tiendront les chefs de l'armée impériale au courant de la situation
militaire des colonies, et surtout, ils étudieront " le rôle que devront
"jouer les forces locales dans la défense de l'Empire" (p. 10).
" Dans une grande guerre, les officiers d'état-major qui accompa-
" gneront les 'troupes seront choisis principalement parmi ceux qui
" serviront dans les états-majors locaux des pays d'où viendront les
"troupes; mais ceux qui seront attachés à l'état-major du généralissime
"seront choisis principalement parmi les officiers dont la compétence
"se sera affirmée dans la section centrale de l'état-major impérial"
(p. 10).
Si l'on veut connaître la pensée directrice qui a présidé à l'organisa-
tion des forces de tous les pays britanniques, utilisées dans la guerre
actuelle, l'on n'a qu'à relire attentivement ce court paragraphe. C'est
toute la pensée romaine — moins le génie militaire des Romains: — la
race impériale commande les légions, les barbares des provinces remplis-
sent les cadres.
La troisième partie du mémoire traite des principes qui doivent
présider "au choix et à l'entraînement des officiers de l'état-major im-
périal " (p. 10). Le général Nicholson reconnaît qu'avec le progrès des
temps chaque pays d'empire pourra avoir son école d'état-major; mais
en attendant, " il devra être 'accepté en principe que les officiers de
Tétât-major impérial devront normalement avoir fait leur stage dans
les écoles d'état-major"; c'est-à-dire à Camberley, en Angleterre, ou à
Quetta, aux Indes (p. 11).
La quatrième partie traite des moyens d'utiliser, en attendan-t la
formation d'un personnel nouveau et complet, les ressources actuelles
des armées de l'Empire, afin de créer un état-major impérial (p. 12).
L'officier anglais reconnaît que ces ressources sont aujourd'hui fort
limitées; qu'il faudra encore une longue période d'entraînement et de
préparation avant de pouvoir doter l'Empire d'un organisme militaire
(supérieur. Mais, ajoute-t-il, " il est tellement important de ne pas per-
" mettre aux forces militaires de l'Empire de se développer dans det>
" directions divergentes et indépendantes, et non selon des principes
" communs et approuvés, en tout ce qui regarde l'organisation et l'entraî-
" nement, qu'il faut faire dès maintenant une tentative pour organiser
" l'état-major général avec les moyens à notre disposition" (p. 13).
En conclusion, le chef d'état-major pose comme points principaux:
" lo — toutes les forces de l'Empire doivent être organisées pour la guerre
d'après les mêmes principes généraux"; 2o et 3o l'uniformité la plus
complète doit présider à l'entraînement des officiers dans tous les pays
de l'Empire, au choix des officiers qui passeront par le collège d'état-
major, aux examens d'entrée et de sortie et aux cours de ces collèges,
au choix des officiers qui seront échangés entre l'état-major impérial et
les états-majors des colonies (p. 13 et 14).
A ce document d'une haute importance, lord Crewe demande une
réponse télégraphique; et afin que les gouvernants des colonies n'aient
pas le temps de méditer trop longtemps, il espace savamment l'envoi de
sa dépêche et du mémoire du général Nicholson : il l'expédie à la Nou-
— 185 —
veUe-Zélande le 24 décembre 1908; à l'Australie, le 1er janvier 1909; et
au Canada le 15 janvier (p. 3).
Le gouvernement canadien lâche pied
Le conseil des ministres canadiens se réunit le 9 février et auto-
rise le gouverneur général à télégraphier au ministre des Colonies : " My
Ministers fallu accept the principles set forth in mémorandum by Ge-
neral Staff. Despatch will foUow explaining précise position of Domi-
nion Government" (1).
Les commentaires et les explications sont contenus dans un rapport
du ministre de la Milice et de la Défense. Sir Frederick BORDEN cher-
che à réchapper quelque chose de sa fière attitude d'antan. Il rappelle
le mémoire rédigé par les délégués canadiens, à la Conférence de 1902,
pour justifier leur opposition aux projets de lord Selborae et de M. Bro-
drick (2). Il s'efforce de se convaincre et de persuader ses collègues
que le War Office reconnaît "le grand principe du contrôle local com-
plet, par les ministres responsables, sur les officiers de chaque section
locale de l'état-major impérial." Il réclame pour le ministre de la Miîice
le droit de contrôler les communications qui s'échangeront entre le chef
de l'état-major canadien et le chef de l'état-major impérial. Mais, ces
concessions faites au nationalisme expirant, il exprime " l'avis qu'après
" une étude attentive et complète de l'importante question qui lui a été
" soumise, le gouvernement de Votre Excellence peut en toute sûreté ad-
" hérer aux principes généraux posés dans le mémoire de l'état-major; et
" il recommande qu'en conformité de la demande du ministre des Colo-
" nies, une dépêche soit envoyée par câble exprimant l'assentiment du
" cabinet."
Il suggère lui-même le texte de cette dépêche, que l'on vient de lire.
Il s'engage à envoyer quatre officiers canadiens à l'école de Camberley
et à faire porter par 3e Canada une part proportionnelle du coût de cet
enseignement. Il accepte également le projet d'échange d'officiers entre
l'état-major impérial et rétat-major canadien.
Le conseil des ministres approuve sans réserves le rapport du mi-
nistre.
C'est la répétition aggravée de la comédie de 1907. Les ministres
canadiens invoquent le principe de l'autonomie coloniale; ils en récla-
ment l'application sur un point de détail; puis ils acquiescent d'emblée
à tous les "principes généraux" posés par les autorités impériales.
Que l'on compare cette attitude fuyante à la résistance énergique
de Sandfield McDonald, en 1862, à l'affirmation rigide, en paroles et en
actes, du nationalisme de Macdonald et de Cartier; et l'on se rendra
compte de l'immense espace que le Canada a parcouru, en moins d'un
demi-siècle, dans la voie révolutionnaire ouverte aux colonies par Cham-
berlain et ses disciples — parmi lesquels il faut maintenant compter les
libéraux impérialistes autant que les torys.
Cette nouvelle poussée de l'impérialisme militaire passa inaperçue
au Canada. Lorsque cette correspondance décisive fut communiquée à
(1) Sessional Papers, No 99, 1909, p. 19.
(2) Pièce justificative 64.
— 186 —
la Chambre des Communes, l'attention publique était déjà concentrée
sur la question navale.
Le " 'péril allemand", son origine, sa nature
Dès l'ouverture de la session, en janvier 1909, M. FOSTER (1) avait
inscrit au feuilleton de la Chambre ce projet de résolution:
" Vu ses ressources abondantes et variées et sa situation géographi-
" que, le Canada, obéissant à ce sentiment de fierté nationale et de con-
fiance en soi qui doit animer un peuple fort et progressif, ne devrait
" pas tarder plus longtemps à prendre sa juste part des responsabilités
"et des dépenses qu'entraîne la protection convenable de ses côtes et de
"ses grands ports maritimes" (2).
Cette proposition n'avait rien d'insolite. Elle n'allait pas au-delà
des termes du traité de 1865, tel qu'interprété par Cartier et Campbell.
Elle n'impliquait aucune participation à la défense navale de l'Empire,
ni même à la protection du commerce maritime du Canada, dont l'An-
gleterre doit, en toute justice, rester responsable tant qu'elle refusera à
ses colonies autonomes le pouvoir de légiférer sur la navigation océani-
que et le commerce en haute mer. Tout au plus pouvait-on s'étonner
qu'un impérialiste ardent, comme M. Foster, se fût exclusivement ins-
piré de la doctrine nationaliste la plus pure. L'explication, c'est que
cet " avis de motion " n'était qu'une amorce à l'opinion publique. Ins-
crit à l'ordre du jour dès le 21 janvier, i! resta en suspens jusqu'au mo-
ment où des circonstances favorables permettraient à son auteur de
dévoiler toute sa pensée. Cette procédure savante avait évidemment
été préparée de concert avec lord Grey; et c'est de Londres que devait
partir le signal du déclanchement.
Le 12 mars, le premier Lord de l'Amirauté, M. McKENNA, rend pu-
blic le budget naval de 1909-10. Ce budget accuse une augmentation
considérable de la dépense affectée à la construction de nouveaux vais-
seaux de guerre. Le programme annoncé l'année précédente est sur-
chargé de quatre vaisseaux du type dreadnought. Grand émoi en An-
gleterre. Quatre jours plus tard, le ministre donne un nouveau coup
d'éperon à l'opinion publique: il explique à la Chambre que cette accé-
lération subite des préparatifs de guerre lui est imposée par l'attitude
de l'Allemagne. L'Amirauté allemande, affirme-t-il, a relancé son propre
programme et sera en mesure, dès mars 1912, d'opposer à l'Angleterre
un nombre de dreadnoughts et de superdreadnoughts qui suffira à rom-
pre la proportion que l'Amirauté anglaise a toujours jugée nécessaire
pour maintenir la suprématie de la flotte britannique. Le premier mi-
nistre, M. ASQUITH, confirme ces assertions. Le leader de l'Opposition,
M. BALFOUR, jette le cri d'alarme et reproche au ministère de ne pas
demander au parlement et aux contribuables du Royaume-Uni des sa-
crifices plus considérables encore pour parer à ce danger imminent.
C'est le signal de la panique, du "péril allemand".
(1) Ancien ministre des Finances, aujourd'hui ministre du Commerce dans le cabi-
net Borden.
(2) C'est la version française, légèrement modifiée, inscrite aux Procèa Verbaux de
In Chambre, le 21 janvier 1909, page 25. On trouvera le texte anglais à la Pièce justifi-
cative 69.
— 187 —
La guerre effroyable qui ravage l'Europe a tellement troublé les
intelligences et perverti les mémoires, au Canada, qu'il est bon de rap-
peler ici un fait essentiel: le seul "péril allemand" qu'ont invoqué les
protagonistes de la loi navale et de la contribution dite "d'urgence",
c'est celui de la supériorité prochaine et certaine de la flotte allemande
sur la flotte anglaise; c'est aussi le seul que les nationalistes ont con-
testé. Cette observation n'a pas pour objet d'établir que les nationalistes
voyaient plus clair que les impérialistes. Ces débats rétrospectifs sont
puérils. Personne ne peut prétendre au don de prophétie. Les prévi-
sions des plus habiles diplomates sont souvent déroutées. A cette
heure, du reste, il était permis de se tromper. Le premier Lord
de l'Amirauté, responsable de la sécurité maritime de l'Empire, était
censé posséder une connaissance parfaite de la situation et des
forces navales des deux pays. Les gouvernants et les hommes publics
du Canada, totalement exclus du gouvernement de l'Empire, n'avaient
aucun moyen de contrôler l'exactitude des affirmations de M. McKenna.
Leur premier mouvement d'alarme était donc tout naturel. Leur culpa-
bilité, c'est d'avoir persisté à affirmer l'existence du péril, quand il fut
démontré, nous le verrons dans un instant, qu'il n'existait pas. Leur
mauvaise foi, c'est de prétendre aujourd'hui que le "péril allemand"
dorot les nationalistes, sur la foi des autorités les plus compétentes d'An-
gleterre, ont niié l'existence, c'était la menace générale et constante d'une
guerre européenne, et non pas le danger particulier annoncé par les
impérialistes anglais: la menace à la suprématie maritime de l'Angle-
terre.
D'ailleurs, ce n'est pas sur ce terrain que la lutte s'est portée. C'est
aoi nom des libertés garanties par la Constitution, par la tradition na-
tionale et par les accords conclus avec la métropole, que les nationalistes
ont combattu la loi navale, la contribution d'urgence, et la participation
obligée du Canada à la guerre actuelle. Le "péril allemand" n'a été que
le prétexte invoqué par les politiciens des deux partis pour excuser leur
capitulation devant les exigences des impérialistes anglais. Il est resté
un simple incident du conflit; et il n'est jamais sorti des limites que
lui avaient tracées les lanceurs de la panique de 1909: la défaite possi-
ble, probable même, disaient-ils, de la flotte anglaise, si les "nations-
soeurs" ne viennent pas au secours de la mère patrie. Qui osera pré-
tendre que la guerre et ce qu'elle a révélé de l'étonnante puissance de
l'Allemagne dans tous les autres domaines justifient les pronostics des
politiciens qui ont voulu imposer au Canada la construction d'une flotte
ou la dépense inutile de $35,000,000 pour "accroître les forces navales
de l'Empire"?
Quoi qu'il en soit, les organisateurs de la panique de 1909 — nous
verrons plus loin à quel mobile secret ils obéissaient — obtinrent un
plein succès: le budget naval de M. McKenna fut voté d'emblée; et, ce
qui nous intéresse davantage, le gouvernement et le parlement du Ca-
nada se jetèrent tête baissée dans le piège qu'ils avaient évité en 1902
et en 1907.
— 188 —
Voeu du 29 mars 1909 — Accord des deux partis
M. POSTER, qui avait laissé dormir son "avis de motion." phis de
deux mois durant sous l'amoncellement des procédures et des paperasses
de la session, l'exhibe tout à coup, à la séance du 29 mars — juste assez
près et assez loin des déclarations sensationnelles de M. McKenna pour
avoir donné Je temps à 5a presse jingoe, pistonnée par lord Grey, de
fouetter l'opinion publique et d'apeurer les bons Canadiens avec la pers-
pective toute prochaine de l'apparition d'une flotte allemande dans le
golfe Saint-tLaurent. Avant de proposer son voeu, M. Foster prononce
un long discours, en partie double. La première partie correspond par-
faitement au texte et à l'esprit de sa proposition: elle se borne à démon-
trer brièvement la nécessité de protéger les ports et les frontières mari-
times du Canada. La seconde partie, qui est presque tout îe discours,
est tout entière consacrée au développement de l'idée impérialiste: le
devoir du Canada de soutenir la Grande-Bretagne; la valeur intrinsè-
que de la protection britannique; la disparité choquante entre le bud-
get naval du Royaume-Uni et celui du Canada; le désintéressement de
l'Angleterre et son amour pour les peuples multiples qu'edle a "adoptés".
(Les impérialistes anglais ont de ces trouvailles uniques pour déguiser
sous des mots doux les pires actes de spoliation, de conquête et de ty-
rannie). Tout ce que Macdonald, Cartier, Campbell, Tupper et tant
d'autres ont dépeint comme la contribution la plus utile que îe Canada
peut donner à l'Empire: — le développement rapide de son territoire et
de ses voies de communications, — l'orateur le représente comme une
addition nouvelle au fardeau de la mère patrie. En vérité, toute la subs-
tance de son discours est la contre-partie de celui que sir Charles Tupper
a prononcé à Winnipeg, en 1893. M. Foster va même jusqu'à dire que
l'Angleterre a protégé Se Canada contre les attaques des Féniens et les
deux rébellions des Métis du Nord-Ouest. Il suffit de comparer cet ex-
posé fantaisiste aux déclarations et aux dépêches des hommes d'Etat
contemporains et acteurs de ces événements pour juger à quel point les
apôtres de l'impérialisme font fi de la vérité et des faits. Il en conclut
que c'est le devoir du Canada — devoir de reconnaissance et devoir
d'intérêt — d'aider l'Angleterre à porter le poids de la défense navale
de l'Empire. Afin de rassurer les Canadiens peu enclins à la guerre, il
a l'audace d'affirmer à deux reprises que, depuis plus de cinquante ains,
l'Angleterre n'a pas fait une seule guerre d'agression et de "conquête
injuste" et qu'elle "n'en fera point non plus dans l'avenir". Du reste,
il le confesse avec une cynique franchise, elle "a plus de territoires
qu'il ne lui en faut, et son embarras aujourd'hui est d'administrer les
pays étendus qu'elle possède" (1).
Deux modes, à son avis, se présentent naturellement à l'attention du
gouvernement pour apporter à l'Angleterre l'aide qu'elle a le droit d'at-
tendre du Canada: la contribution au budget de la flotte britannique,
ou l'organisation d'une flotte canadienne. Il se prononce nettement
(1) Version française des Débat* de la Chambre des Communes. 29 mars 1909, cul.
3696. Tout le discours couvre les colonnes 3685 à 3707. Les chiffres indiqués par la suite
entre parenthèses sont ceux des colonnes du même volume. Le texte anglais des propo-
sitions est reproduit en appendice : pièce JusUficaUvc 69.
— 189 —
pour le second de ces modes. Si l'on se rappelle dès maintenant qu'il
votera l'année suivante contre le projet de Soi navale et pour le principe
de la contribution, on ne peut guère se défendre de conclure que les ini-
périalisites exaltés ne sont ni plus logiques ni plus constants que les faux
nationalistes. Du reste, il veut évidemment se garder une porte ouverte
sur toutes les issues: il termine son discours en déclarant que si le mi-
nistère décide d'offrir un drcadnought à la Grande-Bretagne, l'opposi-
tion conservatrice l'appuiera.
Cette conclusion était une invite directe au ministère de formuler
une proposition concrète. Sir Wilfrid LAURIER ne manque pas de
répondre à l'appel. Il y met toute l'habileté sinueuse qui lui est propre.
Il commence par nier que le Canada a failli jusqu'ici " à son devoir en-
vers l'Empire"; mais il tombe "d'accord avec" M. Foster pour affir-
mer " que cette question doit être abordée, non pas au seuil point de vue
" du Canada, mais iau point de vue de l'ensemble de l'Empire britanni-
" que " (3708). C'est Sa contre-partie exacte du sentiment qu'expri-
maient M. Pope en 1863 et M. Sanborn en 1868 (1). Il jette un doute sur
les causes premières de la panique: "elle peut avoir pour objectif de la
" pairt de quelques-uns de nous engager à renoncer à notre programme
"et à contribuer sur-le-champ aux frais du maintien de la marine an-
" glaise " (3709). Il s'empresse de démontrer qu'il a toujours été prêt à
se laisser entraîner dans cette voie. Il cite une partie du mémoire qu'il
a présenté à la Conférence de 1902, en opposition au projet de lord Sel-
borne: celle où les ministres canadiens se déclarent "prêts à étudier
l'aspeat naval de la défense " — " prepared to consider the naval side
of defence as well" (2).
Il cite également le plaidoyer que lord Tweedmouth a fait -à La Con-
férence de 1907, en faveur des sous-marins et des torpilleurs (3712-13).
Naturellement, il jette un voile opaque sur le refus péremptoire qu'il a
opposé aux suggestions de lord Tweedmouth, de M. Haldane et du Dr
Smartt. Après avoir ainsi nagé entre toutes les eaux, il " n'hésite pas à
"affirmer que si l'on venait à disputer un jour à l'Angleterre la supré-
" matie sur les mers, le devoir incomberait à toutes les colonies d'entou-
" rer la mère patrie et de constituer autour d'elle un rempart contre
"lequel toute attaque serait vaine" (3715). En conclusion, il suggère
de substituer au voeu nationaliste de M. Foster une proposition alambi-
quée et verbeuse. Les trois premiers paragraphes peuvent satisfaire
tout le monde. Il y ajoute cette rallonge tout impérialiste:
"La Chambre approuvera cordialement toute dépense nécessaire
" destinée à favoriser l'organisation d'un service naval canadien en co-
" opération et relation intimes avec la marine impériale, dans le sens
"indiqué par l'Amirauté lors de la dernière Conférence Impériale, et en
" complet accord avec l'aide [l'idée] que la suprématie navale de la
(1) Pièces jusUficatives 30 et 39.
(2) Le texte français de la citation porte: "le gouvernement canadien est disposé à
faire des frais également en vue de l'organisation d'une marine". C'était un faux patent.
M. Laurier ne dédaignera pas de l'utiliser, dans la province de Québec, au cours de la
campagne sur la loi navale, afin de prouver qu'il s'était engagé, dés 1902, A faire cons-
truire une flotte de guerre — ce qu'il avait refusé en 1902 et en 1907.
— 190 —
" Grande-Bretagne est essentielle à la protection effective du commerce,
" :m salut de l'Empire et au maintien de la paix universelle.
" La Chambre est fermement convaincue que chaque fois que le
" besoin s'en fera sentir, le peuple canadien se montrera prêt et disposé
"à faire tous les sacrifices nécessaires pour prêter aux autorités impé-
" riales son concours le plus loyal et le p5us cordial en toute mesure
"tendant au maintien de l'intégrité et de l'honneur de l'Empire" (3716)
(1).
C'est tout le programme impérialiste; c'est l'abandon complet des
résistances de 1902 et de 1907.
Cette proposition est déposée au moment de l'ajournement de la
Chambre, à six heures. Les augures se rencontrent dans les coulisses.
A la reprise de la séance, 5e leader de l'Opposition, M. BORDEN, prend
la parole. Il s'etmpresse de nouer l'accord déjà esquissé entre son col-
lègue et le premier ministre. Il est, comme eux, "fermement convaincu
que ce qu'il convient de faire, c'est de créer des forces navales cana-
diennes" (3720). Comme le premier ministre, il est d'avis "que le
" parlement canadien doit conserver la libre disposition des sommes
" d'argent destinées à des fins militaires, et qu'en nous chargeant de !a
" défense de nos côtes, de concert avec les forces impériales, nous nous
" rendrions vraiment utiles à la défense de l'Empire et nous accompli-
" rions notre devoir à son égard, ainsi qu'à l'égard du Canada" (3721).
Ces déclarations sont catégoriques ; mais M. Borden pense sans
doute, comme M. Poster, qu'il est utile d'avoir plus d'une corde à son
arc: il suggère au premier ministre d'éliminer de sa proposition la con-
damnation absolue du principe de la contribution (3722-23). Il con-
seille quelques autres modifications de détail, dont la principale est
d'indiquer la détermination du gouvernement d'agir sans délai (3724).
Le premier ministre fait bon accueil aux suggestions du leader de
la gauche. Il modifie sa proposition dans le sens indiqué (1) et il em-
porte le vote unanime de la Chambre, après quelques vaines et timides
réserves d'inspiration nationaliste, dont la plus intéressante est formu-
lée par M. CONGDON, député du Yukon, et la plus catégorique par M.
TURCOTTE, député de Nicolet.
La comédie a duré tout juste cinq heures. Mais elle a été préparée
de longue main, les rôles savamment distribués, soigneusement appris;
et le souffleur n'est pas loin. Le souffleur, c'est lord Grey. En moins de
deux années d'efforts patients, il a fait le siège et la conquête du 'cham-
pion de l'autonomie canadienne': c'est le titre que les partisans de M.
Laurier lui ont décerné à son retour de la Conférence de 1907; c'est le
' panache blanc ' qui a rallié ses troupes, aux élections de 1908. Il le
troque prestement contre le plumet impérialiste. Les bons gogos ne s'a-
perçoivent de rien et continuent de se battre à mort pour le ' défenseur
de nos droits et de nos libertés '. On ne saurait vraiment faire un repro-
che à M. Laurier de n'avoir jamais déguisé le mépris doux et bienveil-
lant que lui inspirent ses "chers compatriotes".
Dès le lendemain, lord GREY s'empresse de transmettre au ministre
des Colonies, lord Crewe, la première édition, non revisée, des débat*
(1) Pièce justificative 69.
— 191 —
de la séance (1). Il est tellement glorieux de son triomphe — et il y a
de quoi — qu'il n'attend pas une délibération officielle de son conseil,
ni même la revise des discours des marionnettes qu'il a si bien fait dan-
ser et parler à sa guise.
La panique en Australie
iLa panique n'a pas moins bien marché aux antipodes. Dès le 22
mars, le gouverneur de la Nouvelle-Zélande, lord PLUNKET, transmet
au ministère des Colonies la proposition de son premier ministre, sir
Joseph WARD: le gouvernement de la Nouvelle-Zélande offre de faire
construire et armer à ses frais un dreadnought qui restera la propriété
de l'Angleterre (2).
Les gouvernements de Victoria et de la Nouvelle Galles du Sud son*
également désireux de contribuer leur quote-part du coût d'un vaisseau
de guerre; mais ils considèrent que la contribution devrait être offerte
par le parlement du CommonweaSth (p. 3). Après quelques jours de
délibérations, le gouverneur général d'Australie, lord DUDLEY, trans-
met au ministre des Colonies l'énumération détaillée des mesures que
son gouvernement suggère pour attribuer à toutes les possessions auto-
nomes (Dominions) de l'Empire une part proportionnelle du " maintien
de la suprématie navale permanente de l'Empire" (p. 3, 4 et 5).
Ces Australiens n'y vont pas de main morte. Ils veulent, non seule-
ment assumer du coup un fardeau égal à eelui du Royaume-Uni; mais
ils décident que l'Empire britannique devra toujours dominer les mers,
c'est-à-dire le monde. Cette arrogante prétention des Anglo-Saxons
est la cause principale et permanente des armements formidables
qui ont écrasé l'Europe depuis un demi^siècle et l'ont conduite à l'abîme
effroyable où elle se débat aujourd'hui. En quoi cette prétention dif-
fère-t-elle des ambitions germaniques?
Fidèles à leur pratique séculaire, les ministres britanniques n'accep-
tent pas d'emblée les propositions du Canada, de la Nouvelle-Zélande et
de l'Australie. Ils se bornent à remercier avec effusion les généreux
coloniaux; puis il les convoquent en réunion plénière à Londres (p. 5,
6 et 7). Ils aiment mieux les avoir sous la main, afin de les assouplir à
leur guise et de coordonner leurs efforts en les dirigeant vers l'objet le
plus propre à répondre aux besoins et aux intérêts de l'Angleterre. L'ac-
ceptation des offres n'aurait abouti qu'à ajouter quelques unités à la
toute-puissante flotte britannique. Ce que les autorités impériales veu-
lent, c'est de profiter de la panique causée par les affirmations erronées
de M. McKenna pour compléter l'oeuvre entamée à la Conférence de
1907 et poursuivie durant toute l'année suivante: — la réorganisation
des troupes coloniales en vue d'une grande guerre impériale, et l'adhé-
sion formelle et définitive des gouvernements coloniaux au principe de
la concentration de toutes les forces de l'Empire dans toute guerre que
l'Angleterre décidera de soutenir ou de provoquer.
(1) Sessional Papers 1909, No 170 (not printed). Cette dépêche est reproduite à la
pièce justificative 69.
(2) Cette dépêche est la première des pièces qui précèdent le rapport de la Confé-
rence militaire de 1909 (Cd 4948). Toutes les citations qui suivent sont tirées de ce
rapport. La page est indiquée après chaque citation.
— 192 —
La fausseté du prétexte est démontrée avant même que la Confé-
rence ne se réunisse.
Les lanceurs du "péril allemand**
En avril, le Nineteenth Century publie une remarquable étude de
sir William WHITE, ancien directeur des constructions navales du gou-
vernement britannique, sur "la situation maritime" de la Grande-Bre-
tagne. En quelques pages, à l'aide de faits et de chiffres précis, il dé-
molit de fond en comble l'argumentation de M. McKenna, de M. Asquith
et de M. Balfour, qu'il n'hésite pas à traiter de "politiciens innocents de
toute connaissance technique". Il se moque de leurs prédictions sinis-
tres. Il démontre la supériorité écrasante de la flotte anglaise sur la
flotte allemande et l'impossibilité absolue pour l'Allemagne de s'écarter
de son programme naval, soit en augmentant le nombre des navires mis
en chantier, soit en avançant la date de leur lancement. Il formule de
graves doutes sur l'efficacité absolue des dreadnoughts et fait entendre
clairement que l'unique mobile des protagonistes de ce type de vaisseau
de guerre, c'est l'énorme profit qui en résulte pour les détenteurs des
brevets qui couvrent la fabrication des pièces de blindage et d'artillerie
dont les dreadnoughts exigent une porportion beaucoup plus considé-
rable que tous les autres vaisseaux. Le monopole de ces brevets appar-
tient à la puissante maison Krupp, d'Allemagne, qui en partage les pro-
fits avec les trois ou quatre principales compagnies anglaises de cons-
truction maritime. Nous verrons plus tard que les constructeurs fran-
çais et italiens sont également associés à ce trust monstrueux.
Ce plaidoyer de réfutation, froid comme l'acier des canons blindés,
produit une sensation profonde en Angleterre. Quelques politiciens
jingos, aussi " innocents de toute connaissance technique " que M. As-
quith et M. McKenna, tentent de le réfuter et d'entretenir la panique. Ils
obtiennent facilement la collaboration de certains officiers de marine et
fonctionnaires de l'Amirauté, moins "innocents", mais pécuniairement
intéressés dans la construction des navires de guerre et, par conséquent,
dans le maintien de la panique à l'état aigu.
La vérité ne tarde pas néanmoins à prendre le dessus. . . en Angle-
terre. M. McKenna doit confesser qu'il a trompé le parlement et l'Em-
pire tout entier.
Il est démontré que M. Balfour, pour relancer les ministres et ré-
clamer un plus grand nombre de dreadnoughts, s'est servi des rensei-
gnements et des chiffres qui lui ont été fournis par M. MULLINER, di-
recteur de la Coventry Ordnance Company, dont les sept-huitièmes du
capital-actions appartiennent à deux des plus grandes compagnies de
construction maritime: John Brown & Co. et Cammell Laird & Co. Le
même Mulliner a avisé le premier Lord de l'Amirauté. Il a conféré se-
crètement avec le Conseil des ministres — tout comme un premier mi-
nistre colonial. C'est lui qui a fourni les fausses données sur le program-
me allemand, cause première de la panique (1).
(1) L'amiral Von Tirpitz, ministre allemand de la Marine, avait immédiatement
donné le démenti aux statistiques fantaisistes présentées à la Chambre par M. McKenna
et M. Balfour. lorsque arriva la "période de danger", en 1912, il fut démontré que lt
— 193 —
Mais aux colonies, comme le faisait observer, un jour, un vieux
professeur d'Oxford, le télégraphe ne semble marcher qu'au gré des po-
liticiens et des financiers. Quand le parlement se prorogea, lé 19 mai,
la panique avait presque cessé en Angleterre; au Canada, eUe battait
encore son plein. Lord Grey remercia les honorables sénateurs et les
non moins honorables députés d'avoir consacré le principe de " la re-
connaissance des devoirs du Canada " envers l'Empire ; mais il se garda
bien de leur dire que le gouvernement impérial s'était payé leur tête. . . .
impérialement.
Conférence militaire de 1909 — Les Impérialistes anglais
démasquent leurs batteries
iLa Conférence se réunit à Londres le 28 juillet, sous !a présidence
alternative du premier ministre, M. Asquith, et du ministre des Colonies,
le comte de Grewe. Le Canada y est représenté par sir Frederick BOR-
DEN, ministre de la Milice et de la Défense, et M. BRODEUR, ministre
de la Marine et des Pêcheries. Le seul mandat qu'ils ont, c'est " de
discuter avec l'Amirauté le meilleur moyen de mettre à exécution la
résolution" du 29 mars (1). Ce qui ne îes empêche pas de conclure
avec le War Office des arrangements précis et définitifs au sujet de l'or-
ganisation de l'état-major impérial, en vue de la coopération des trour
pes canadiennes dans les guerres de l'Empire.
Cette fois, les délibérations restent secrètes. On ne rend publics
qu'un résumé succinct des décisions prises ainsi que les rapports et les
pièces techniques qui leur ont servi de base.
La Conférence, apparemment convoquée pour parer au péril naval
annoncé par M. McKenna, commence par s'occuper des armées de terre.
Ce seul fait suffit à dénoncer le mobile secret des ministres britanni-
ques. La première séance de travail se tient au War Office, le 29 juillet,
pour étudier un mémoire du ministre de la Guerre, intitulé: "Projet
d'organisation des forces militaires de l'Empire en vue d'assurer leur co-
opération en cas de guerre" (p. 28).
Ce projet, préparé et rédigé par le général Nicholson, chef de l'Etat-
major impérial, est précédé d'une note de M. HALDANE, ministre de
la Guerre. Celui-ci résume en quelques mots l'objet que poursuivent les
autorités militaires de 5a Grande-Bretagne: "Le fait d'organiser les
" forces locales de telle sorte qu'à l'heure du danger suprême, elles puis-
ministre allemand avait dit la vérité et que le constructeur anglais avait audacieuse-
raent trompé les ministres et le leader de l'Opposition. Il avait, du reste, gagné son
point : dix à douze millions de profits additionnels étaient tombés dans la caisse des
compagnies de construction maritime. C'est de la même manière que les fabricants de
canons allemands obtinrent un c mtrat plantureux quelques années plus tard : ils
ava'ent payé des journaux français pour lancer la fausse nouvelle d'un accroissement
subit des effectifs de l'artillerie française. Ces deux incidents, entre des centaines
d'autres, dépeignent à m rveille les méthodes des vampires qui s'engraissent de la subs-
tance des peuples. Inutile d'ajouter qu'à même leurs énormes profits, ils font la part
large aux politiciens et aux journalistes "patriotes".
(1) Dépêche du 5 mai 1909 de lord GREY à lord CREWE: "Correspondence and
Papers relating to a Conférence with Représentatives of the Self-Governing- Dominions on
the Naval and Military Defence of the Empire", 1909 — Cd 4948, p. 8. Les citations qui
suivent sont extraites et traduites de ce document. Le chiffre de la page est indiqué
après chaque citation. Le même document a été réimprimé au Canada : "Sesstonal Paper"
No 29a, 1910.
— 194 —
"sent se concentrer et agir ensemble comme une seule armée dans toute
" partie de l'Empire, me diminue pas mais au contraire tend à accroître
" l'efficacité de ces forces pour la défense locale de leurs patries res-
"pectives" (p. 32). C'est le renversement du principe et de la pratique
observés avant la guerre d'Afrique. Jusque4à, la défense de chaque
pays de l'Empire par les forces locales est l'objectif principal. La sécu-
rité du tout dépend de la protection efficace de chacune des parties.
L'Angleterre, unique maîtresse de la politique impériale, reste seule res-
ponsable de la défense de toutes ses possessions non autonomes. C'est
sur cette base que les ententes de 1854 et de 1865 se sont conclues et
que la Confédération canadienne s'est faite. La nouvelle tactique, c'est
d'assurer tout d'abord la protection de l'ensemble: la sécurité de cha-
cun des pays d'empire devient la considération secondaire. Le motif
de cette révolution saute aux yeux. En 1865, les colonies autonomes et
l'Empire des Indes forment la majeure partie de l'Empire britannique.
L'Angleterre a tout à gagner à induire chacun de ces pays à s'occu-
per tout d'abord de sa propre défense et à diminuer d'autant le fardeau
du Royaume-Uni. En 1909, l'Angleterre a triplé son empire propre,
celui qu'elle gouverne de Londres, pour son seul bénéfice. Elle a donc
tout intérêt à développer chez les "nations-soeurs" un sentiment de soli-
darité impériale qui leur fera assumer une part du fardeau qu'impose
la protection de cet empire — d'autant plus que tous les profits lui res-
tent et qu'elle n'assume aucune obligation nouveWe pour la défense des
colonies autonomes.
C'est sur ce terrain que le général NICHOLSON se place carrément
pour indiquer les mesures a prendre afin d'atteindre l'objet désiré.
" 1. — L'Empire britannique, dit-il, couvre plus d'un cinquième
" de la surface de la terre; le nombre total des sujets du Roi représente
■ plus d'un cinquième des habitants du globe.
" L'ensemble des forces militaires de l'Empire, comprenant l'armée
" des Indes, les troupes des Dominions d'outremer et des garnisons co-
" loniales dans le monde entier, s'élève à environ 1,200,000 soldats et
"officiers L'armée des Indes est dans une large mesure localisée
"par des considérations politiques et militaires; l'armée territoriale an-
" glaise et les forces des possessions d'outremer ne sont tenues de servir
" que dans leurs pays respectifs, bien que, si elles offrent volontairement
" de servir à l'étranger en temps de guerre, Sa Majesté peut accepter
" leur offre." Les forces militaires de l'Empire sont donc " presque in-
" signifiantes lorsqu'on les compare aux vastes armées des puissances
" continentales [d'Europe] et du Japon.
"2. — ....Pour produire une armée capable de concentrer promp-
" tement toutes ses forces sur le point décisif, il faut, autant que possi-
"ble, mettre chacun des corps qui la composent en état de servir, en
"temps de guerre, sur tous les terrains d'opération où leurs services
" pourraient être requis. Une portion minime des forces militaires de
"l'Empire répond aujourd'hui à ces conditions" (p. 32).
L'objet du War Office est précisément d'établir ces conditions.
'Le chef de l'état-major divise son mémoire en trois parties. La
première n'est que la répétition du mémoire présenté à la Conférence
— 195 —
ce 1907; elle définit les principes géniaux qui doivent présider à la
défense de l'Empire: le maintien de la suprématie maritime, la défense
de chaque pays d'empire par les forces locales, " la création d'une force
d'expédition prête à se porter sur tout point menacé de l'Empire "
(p. 33).
Que l'on compare cette rédaction à celé du général LYTTELTON,
du 14 mars 1907; que l'on rapproche ces deux textes des déclarations
de M. CHAMBERLAIN, en 1897 (1); et l'on constatera que c'est la même
pensée qui s'affirme et se précise.
Le chef de l'état-major reconnaît que, depuis la Conférence de 1907,
les colonies autonomes ont fait quelque progrès dans l'organisation de
"leurs forces militaires pour la défense locale"; mais elles n'ont en-
core rien tenté " pour porter assistance aux autres pays de l'Empire en
" cas de danger. Le temps est arrivé, semble-t-il, d'étudier cette impor-
tante question" (p. 34). Il n'est pas question d'imposer une "obliga-
tion définie" à aucune colonie; mais "Jes armées des Dominions pour-
" traient être organisées de telle manière que leurs gouvernements fus-
" sent prêts, en cas de nécessité, à coopérer entre eux et avec la mère
" patrie au degré qui leur paraîtrait utile, non pas en improvisant des
"secours hâtifs, mais avec rapidité et certitude" (p. 35).
" 9. — Sous l'autorité des lois actuelles de la Milice et de la Défense
" des divers Dominions, les gouvernements n'ont pas le pouvoir d'em-
" ployer de forces militaires en dehors de leurs territoires pour soutenir
" des intérêts impériaux."
Cette déclaration jette un jour décisif sur les prétentions des impé-
rialistes "Canadiens et des théologiens à leur service. N'est-ce pas la
justification éclatante de l'opposition des nationalistes a l'expédition
d'Afrique et à la fausse interprétation donuée à la participation du Ca-
nada, comme colonie britannique, à la guerre actuelle?
Les milices coloniales, ajoute le général, " sont organisées en vue de
" pourvoir avec économie à la défense locale de jeunes nations dont le
" développement serait entravé par la dépense plus considérable qu'exi-
" ge le maintien d'une armée régulière." Les vrais soldats ont de ces
éclairs de franchise qui font contraste avec les duperies des politiciens.
Mais le chef de l'état-major impérial pense tout d'abord, naturellement,
aux intérêts de l'Empire; aussi s'empresse-t-îl d'exprimer l'espoir "que
" les colonies autonomes pourront organiser leurs forces de manière, non
"seulement à pourvoir à la défense locale, mais aussi à prendre part,
" dans la mesure de leurs ressources et de leur volonté, à la défense de
"l'Empire tout entier" (p. 35).
Il indique les tâches particulières qui peuvent être assumées par
chaque colonie. L'Australie et la Nouvelle-Zélande pourraient envoyer
des troupes aux Indes et dans les diverses garnisons d'Asie. " Le Ca-
nada est mieux situé, peut-être, pour accorder un prompt secours en
" cas de guerre européenne (nearer home) ou pour prêter main forte à
"l'Australie" (p. 35).
En résumé, l'objet de la Conférence doit être de jeter la "base d'un
" système pratique qui nous permettra, en cas de nécessité, d'utiliser
(1) Voir pages 110 et 169-170.
— 196 —
" toute la puissance militaire potentielle de l'Empire pour un commun
"objet impérial" (p. 36).
La deuxième partie est consacrée aux détails de l'organisation qui
devrait être inaugurée par chacun des pays de l'Empire. Tout le plan
se rattache à une base commune et dépend de la réponse que les délé-
gués des colonies donneront à cette question que leur pose nettement le
chef de l'état- major: "Chacun des pays de l'Empire consent-il à faire
" ses préparatifs [militaires] d'après une méthode qui lui permettra, s'il
" le désire, de prendre sa part de la défense générale de l'Empire? "
(p. 38).
La troisième partie traite du développement de l'état-major impé-
rial. Le général Nirholson fait mention de la correspondance échangée
en décembre 1908 — et janvier 1909 — entre le gouvernement impérial
et les autorités des colonies. "Les propositions [du gouvernement bri-
" tannique] sont maintenant acceptées en principe" (p. 39). 11 ne tient
aucun compte des réserves fuyantes de sir Frederick Borden et du gou-
vernement canadien (1). Le reste de son travail est consacré à l'énu-
mération des mesures que les colonies doivent prendre pour compléter
l'organisation de l'état-major et rendre son travail efficace.
Capitulation des Coloniaux — Triomphe de» Impérialistes
A la séance plénière du 29 juillet, les délégués des colonies, y com-
pris ceux du Canada, s'empressent d'exprimer " leur acquiescement gé-
néral " à la question de fond posée par le chef de l'état-major: " Chacun
" des pays de l'Empire consentM à faire ses préparatifs [militaires]
" d'après une méthode qui lui permettra, s'il le désire, de prendre sa
"part de la défense générale de l'Empire? " (p. 28). Le point principal
gagné, l'étude immédiate et la préparation du rapport final sont confiées
à un comité composé d'officiers de chacun des pays représentés à la
Conférence. Ce comité tient trois séances secrètes sous La présidence
du général Nicholson qui en rédige le rapport, en date du 10 août. Tou-
tes ses conclusions sont mises à l'abri du consentement donné par les
représentants des colonies au principe général qu'il a posé précédem-
ment. De ces conclusions, il suffit de citer les suivantes:
" 1. — L'établissement de guerre (War establishment) de l'armée ré-
" gulière anglaise doit être accepté autant que possible comme la base
" de l'organisation des forces coloniales.
"5. — Les officiers qui feront partie des divers états-majors de l'Em-
" pire seront, quelle que soit l'armée à laquelle ils appartiennent, et tout
" en restant soumis à l'autorité de leurs gouvernements respectifs, mem-
" bres d'un seul corps: l'état-major impérial.
" 12. — De l'avis du comité, les recommandations ci-dessus, tout en
" permettant aux Dominions de participer à la défense de l'Empire, con-
" tribueront également à la sécurité territoriale des colonies et à l'effi-
"eacké de leurs forces pour la défense locale" (p. 29-30).
Les ministres anglais ne se contentent pas de " l'acquiescement gé-
néral " et collectif des délégués. Ils font rédiger par les représentants
de chacune des colonies un résumé de leurs opinions particulières et
(1) Dans l'arrêté ministériel du 9 février 1909, voir page 185.
— 197 —
des mesures qu'ils promettent ou se proposent d'adopter pour donner
suite aux délibérations de la Conférence.
Les représentants du Canada, coimtne ceux des autres colonies,
" acceptent les principes énoncés dans le mémoire de l'étot-major impé-
rial". Cette fois, il n'est plus question des réserves formulées dans le
rapport de sir Frederick Borden, du 9 février 1909. Les dernières
traces des résistances de 1902 et de 1907 sont disparues. Le reste du
document es* généralement conforme au rapport du 9 février. L'enga-
gement du gouvernement canadien de coopérer à l'oeuvre de l'état-major
impérial, d'envoyer ses candidats à cet état-major compléter leurs études
à Camberley, et de partager les dépenses de cet enseignement, est renou-
velé (p. 42).
La question navale est réglée non moins prestement. La discussion
s'est faite sur un mémoire de l'Amirauté en date du 20 juillet. M. Mc-
Kenna rappelle très brièvement les déclarations qu'il a faites à la Cham-
bre le 16 mars. Naturellement, il ne souffle pas mot des réfutations de
sir William White et des autres experts qui ont prouvé la fausseté de
ses affirmations. Il relate les offres des colonies. Il réitère Je principe
posé par lord Goschen dès 1897: la nécessité d'une seule flotte et d'un
commandement unique. Il tient encore compte des divergences de
situation et d'intérêt qui séparent les pays d'empire. "Le devoir prin-
" cipal de la Conférence, à l'égard de la défense navale, es* donc de dé-
" terminer le mode par lequel les gouvernements des Dominions pour-
" ront le mieux participer au soutien du fardeau qu'impose la défense
" de l'Empire, en tenant compte des diverses conditions politiques et
"géographiques" (p. 21).
C'est la reprise accentuée du projet de Cardwell, rejeté par Cartier
en 1870.
Il reprend le thème de lord Tweedmouth: l'établissement de flot-
tilles locales de torpilleurs et de sous-marins; mais au lieu de voir
dans ces flotilles des moyens de défense pour les colonies, il en fait le
noyau et le point de départ d'escadres coloniales complètes destinées à
faire partie intégrante de la flotte impériale, — comme le War Office veut
transformer les milices coloniales en autant de corps de l'armée impé-
riale. " Les gouvernements coloniaux ont reconnu ", dit-il en termi-
nant, " qu'en temps de guerre les forces navales locales devront être
" soumises à l'autorité générale de F Amirauté " (p. 23). Les délégués du
Canada acquiescent tacitement à cette proposition qu'ils avaient repous-
sée avec tant d'éclat en 1902 et en 1907.
Comme pour les armées de terre, la question navale fait l'objet de
trois délibérations secrètes et d'un rapport particulier des représentants
de chacune des colonies. Les Canadiens objectent que la double fron-
tière océanique du Canada interdit ou rend futile l'organisation d'une
escadre complète, telle que suggérée par M. McKenna. Ils proposent
de s'en tenir pour l'instant à l'achat ou à la construction de croiseurs
et de destroyers qui seront partagés entre les côtes de l'Atlantique et
celles du Pacifique (p. 23-24). C'est la base de la loi navale qui sera
présentée à la prochaine session. Nous verrons qu'en décembre 1912, sir
— 198 —
Wilfrid LAURIER relancera les suggestions de M. iMcKenna, infiniment
plus onéreuses pourtant que celles de lord Tweedmouth qu'il avait re-
jetées en 1907, et proposera l'organisation de deux escadres complètes.
Sur tout !e reste des délibérations, le voile du secret reste étendu»
H n'a jamais été levé. Ce qui a transpiré des décisions prises permet d'af-
firmer que la Conférence de 1909 marque une étape décisive dans l'évo-
lution rapide que l'Empire britannique a subie depuis la guerre d'Afrique.
Le principe de l'asservissement des colonies y est posé définitivement,
avec l'acquiescement sans réserve des représentants de toutes les colonies
autonomes. Dix années ont suffi aux maîtres de l'Empire pour user la
résistance des Canadiens et détruire l'oeuvre séculaire qui avait trouvé
son couronnement dans l'accord de 1865, base de la Confédération cana-
dienne. N'est-ce pas une sanglante ironie que l'anéantissement de l'oeu-
vre nationale de Cartier et de Macdonald soit consommée par les chefs
du parti libéral, héritiers politiques des hommes qui reprochaient à Car-
tier et à Macdonald de subordonner les intérêts du Canada à ceux de
l'Empire? Et l'oeuvre de destruction s'achève sous l'égide de celui-là
même qui s'écriait à Boston, en 1891: Jamais le Canada ne consentira
à faire partie d'une Fédération Impériale, même purement commerciale,
parce que ce régime nous entraînerait dans la participation aux guerres
de l'Angleterre; de l'homme qui clamait en 1902: " Ce serait un vérita-
" ble suicide pour le pays que de se lancer dans le gouffre des dépenses
" où les nations européennes, y compris l'Angleterre, ont été entraînées
"par les besoins d'armements formidables; ....ce serait un crime de
" détourner une partie des deniers nécessaires à l'accomplissement des
" travaux utiles au pays pour acheter des canons, des fusils et des rou-
" mitions de guerre."
L'importance de la Conférence de 1909 est non moins décisive si
l'on tient compte des événements qui se sont déroulés depuis le déchaî-
nement de la guerre européenne. C'est à ce congrès qu'ont été arrêtées
toutes les mesures préparatoires à la participation du Canada à cette
guerre. C'est à sa suite et en conformité de ses décisions que le général
FRENCH est venu faire l'inspection de la milice canadienne, en 1910, et
préparer les cadres des corps d'expédition du Canada dans la pro-
chaine guerre européenne.
La question navale a tellement passionné les esprits que l'on a perdu
de vue le travail qui s'était fait à Londres en vue de la coopération des
armées de terre de l'Empire. Pendant que partis et factions se dispu-
taient autour de la loi navale et de la contribution d'urgence, les auto-
rités impériales et leurs complices canadiens préparaient dans l'ombre
l'organisation d'où a résulté, pour le Canada, une dépense qui va dépas-
ser quinze ou vingt fois le chiffre de la " contribution d'urgence " et
retarder d'un quart de siècle le progrès du pays. Ces compromissions,
ces engagements, qui ont précipité le Canada dans " le gouffre des ar-
mements de l'Europe ", M. Laurier et ses collègues les ont consentis
sans même réclamer les avantages politiques ou économiques que
Chamberlain leur avait offerts dès 1897 et qu'il considérait comme la
seule compensation adéquate de la participation des colonies aux guerres
de l'Empire.
i
111
LE TRIBUT À L'EMPIRE
Lorsque j'ai entrepris ce travail, je voulais démontrer la vérité de
quelques propositions essentielles, trop oubliées de nos jours^ Ces pro-
positions, les voici en raccourci :
lo. — Depuis la conquête du Canada jusqu'à la guerre d'Afrique,
toute la pensée, tout l'effort de nos hommes d'Etat s'est porté vers un but
unique: assurer à la colonie, en matière de défense et d'organisation
militaire, la même mesure d'autonomie qu'elle avait conquise dans l'ordre
politique.
2o. — Les autorités impériales étaient pleinement entrées dans ces
vues et n'avaient jamais, jusqu'aux jours de Chamberlain, exigé ou at-
tendu des colonies autonomes d'autre contribution militaire que la dé-
fense de leurs territoires respectifs.
3o. — A partir de la guerre d'Afrique, les impérialistes anglais ont
poursuivi un objet constant: celui de substituer à l'ordre de choses
établi le principe nouveau et révolutionnaire de la participation des
colonies autonomes à toutes les guerres de l'Angleterre et à la défense
générale de l'Empire.
4o. — Après de brèves résistances rapidement défaillantes, les gou-
vernants des colonies, ceux du Canada surtout, ont lâché pied et livré
toutes leurs positions aux impérialistes anglais.
'Le lecteur intelligent, loyal et averti, à quelque école ou parti qu'il
appartienne, admettra, je pense, que cette démonstration est faite.
Dès 1909, la révolution impérialiste avait complété son cycle. Les
autorités impériales s'étaient assuré le concours actif des colonies dans
la prochaine guerre mondiale où l'Angleterre déciderait de s'engager.
Le principe de cette coopération était posé définitivement et accepté
par ceux des hommes d'Etat coloniaux qui l'avaient combattu le plus
longtemps et avec le plus d'énergie; toutes les mesures étaient prises
pour en assurer l'exécution dès que la guerre éclaterait. Tout ce qui est
survenu depuis : — la Loi navale, les arrangements conclus à Londres en
1911, la contribution "d'urgence", et surtout la participation des colo-
nies à la guerre actuelle, ne sont qu'autant de formes diverses de l'ap-
plication concrète des principes acceptés par les représentants des colo-
nies à la Conférence de 1909.
J'aurais donc pu, à la rigueur, terminer cette étude à la fin du cha-
pitre précédent ; mais les phases successives et rapides du dénoue-
ment impérialiste ont donné lieu à des interprétations si contra-
dictoires, à des disputes si aigres et si violentes, qu'il est utile d'en refaire
à grands traits l'analyse synthétique et de mettre à nu la trame serrée
— 300 —
qui les rattache à l'unique objet des maîtres de l'Empire : la participa-
tion des " nations-soeurs " aux guerres de la Grande-Bretagne.
Reprenons le récit à la clôture de la session de 1909.
Pèlerinage de M, Borden à Londres — Son discours à Halifax
Les ministres britanniques comprenaient que, pour atteindre leur
but, il ne leur suffisait pas de s'assurer le concours des politiciens et des
partis qui détenaient le pouvoir au moment du triomphe de l'idée impé-
rialiste. Pour que le plan impérialiste aboutît à un triomphe complet et
permanent, il fallait l'adhésion de tous les partis, de tous les chefs d'opi-
nion, de toutes les autorités sociales ou morales. C'est l'idée qu'expri-
mait le duc de Newcastle, en 1862, lorsqu'il voulait soustraire le budget
de la milice et l'organisation de la défense du Canada à "l'action per-
turbatrice des luttes politiques ordinaires" (1).
C'est à cette tâche que lord GREY a consacré sa dévorante activité
et ses remarquables moyens de séduction. Pour compléter son oeuvre,
il se fit accorder une prolongation de pouvoir. Où le duc de New-
castle avait échoué, il obtint un plein succès. Après avoir fait le siège
et la conquête de ses ministres et opéré l'accord des deux partis afin
d'assurer l'adoption du voeu fatal et décisif du 29 mars 1909, il ne né-
gligea aucune occasion de stimuler l'ardeur impérialiste du parti con-
servateur. C'était le moyen le plus sûr de tenir M. Laurier et ses collè-
gues fermes dans leurs étriers.
La session de 1909 terminée, le leader de l'opposition alla se faire
confirmer en grâce à Londres. Au retour de ce pèlerinage à la Mecque
de l'Empire, M. BORDEN prononça à Halifax un discours symptôma-
tique.
Avec une ampleur dont les politiciens canadiens, y compris M. Bor-
den lui-même, ont trop perdu l'habitude, il donne à la question navale
sa véritable signification et son entière portée:
"Quelle sera notre situation future dans l'Empire? Formerons-nous
* partie de la grande République américaine? C'est ce que M. Goldwin
"Smith désire et prédit.
" Répondrons-nous aux aspirations de sir Wilfrid Laurier, qui es-
"père et croit que le Canada se détachera de l'Empire britannique
" comme un fruit mûr qui tombe de l'arbre?" — Il y a beau temps que
le leader libéral a rentré en poche le drapeau de l'indépendance pour
arborer les couleurs de l'impérialisme louvoyant; mais cette évocation
du passé sert bien la thèse de M. Borden, néophyte de l'impérialisme
intégral. — "Ou répondrons-nous à l'idéal de sir John Macdonald, qui
" a entrevu et prédit une alliance cordiale et salutaire avec la mère
"patrie, — alliance qui ferait du Canada une nation puissante, sou-
" mise à l'autorité du souverain et du drapeau britanniques en conser-
" vant l'avantage d'être liée au plus grand Empire du monde?
(1) Voir page 29 et pièce justificative 25.
— 201 —
" C'est assurément cet idéal qui se réalise aujourd'hui. Puisse
u notre peuple priser de plus en plus les avantages de la nationalité bri-
" tannique! " (1)
M. Borden oublie ou feint d'oublier que, dans la pensée nettement
exprimée de Macdonald, cette alliance comportait pour le Canada une
situation politique en tout égale à celle de la Grande-Bretagne et jnême
le droit de contracter librement des alliances étrangères. Il oublie
également qu'en 1876, Macdonald, Tupper et tout le parti conservateur,
accusés de sacrifier les intérêts britanniques aux exigences de la Poli-
tique Nationale, se sont bornés à riposter: " Tant pis pour les intérêts
britanniques! "
Il rappelle le voeu acclamé à la Chambre des Communes, le 29
mars. Cette résolution " n'a peut-être pas répondu aux aspirations de
" tous les conservateurs ; mais nous avons, à mon avis, l'impérieux
" devoir de soustraire, si possible, aux querelles de parti une question
" si vitale et d'une portée si considérable, et d'adopter à cet égard la
"règle de conduite (standard), qui depuis nombre d'années, gouverne
" les deux partis en Angleterre, au sujet des relations étrangères."
M. Borden a bien appris sa leçon à Londres. Il méconnaît toutefois
deux faits primordiaux: la politique navale du Canada est avant tout
une question de régie interne ; de l'aveu de M. Borden lui-même,
elle pose à nouveau tout le problème de la constitution de l'Empire;
et puis, nombre d'Anglais très avertis considèrent que la virtuelle com-
plicité des chefs de parti, en Angleterre, dans tous les actes de
politique étrangère, offre de graves inconvénients et des dangers très
sérieux.
" Quelle sanction pratique le ministère va-t-il donner à la poli-
" tique énoncée dans la résolution dont je viens de parler? C'est ce qui
" nous reste à connaître. En tout cas, un principe directeur doit do-
" miner tout le problème de l'organisation de notre défense navale. Il
" faut, dans toute la mesure raisonnable du possible, utiliser nos pro-
" près ressources, notre propre travail et la compétence technique de
" notre population. Ne pouvons-nous pas espérer qu'il en résultera,
" pour l'industrie de la construction maritime, un stimulant et un en-
" couragement qui lui ont manqué depuis si longtemps? " C'est une
invite formelle et directe à l'organisation d'une flotte de guerre, cons-
truite et équipée au Canada.
Cette démarche décisive du leader de l'opposition ne laissa pas
que d'étonner ses collaborateurs les plus intimes. Au moment de la
prorogation de la session de 1909, il avait été convenu entre les chefs
du parti conservateur qu'aucun d'eux ne se commettrait sur cette ques-
tion avant que le ministère n'eût annoncé son programme. Une con-
férence préalable des chefs devait précéder et déterminer l'attitude
du parti. M. Monk, leader reconnu du groupe conservateur du Québec,
déjà fort ennuyé de l'adoption du voeu du 29 mars, avait exigé et ob-
tenu cette garantie.
(1) Traduit du compte rendu du Halifax Herald, 15 octobre 1909.
— 202 —
Banquet de Lachine Retentissant discours de M. Monk
M. Borden, par son discours de Halifax, avait rompu l'entente.
Délivré de ses liens, M. MONK répondit par son magistral discours de
Laehine, l'un des plus forts de sa carrière si honorable et si remplie.
Dégageant la question de toutes les mesquines entraves de parti, il la
traita à fond. Il en inarqua l'origine, la nature et les multiples consé-
quences. Il apporta à cette étude ses lumières de professeur de droit
constitutionnel, sa profonde connaissance de l'histoire et les fortes
convictions nées de sa double origine anglaise et française. Tout ce
discours est à relire. Il ne reste pas seulement comme le plaidoyer le
plus fort contre la politique navale du cabinet Laurier: il s'applique
avec une égale force à toute forme de participation des colonies auto-
nomes aux guerres de l'Empire. Il est nourri de doctrine, d'histoire
et de faits précis. Je me borne à en indiquer la substance et les gran-
des lignes (1).
Comme M. Borden, à Halifax, mais avec infiniment plus de force
et de précision, M. Monk démontre que le problème de la défense na-
vale et l'exécution du voeu du 29 mars posent toute la question des
relations constitutionnelles de l'Angleterre avec ses possessions auto-
nomes.
" Le projet du gouvernement pour la construction d'une marine
" de guerre et notre participation active à la défense de l'Empire consti-
" tuent, de l'avis de tous, une orientation toute nouvelle dans la politique
"du Canada;"... "J'estime, du reste, que cette question pour nous est
" une question canadienne; il nous faut d'abord l'envisager au point
"de vue canadien: changer ou modifier ce point de vue, c'est oublier
" le devoir qu'il faut rendre à sa patrie."
Il rappelle l'attitude du premier ministre et de ses collègues à la
Conférence de 1907. Ce que M. Laurier "veut aujourd'hui, c'est que
" le pays adopte intégralement ce qu'alors il trouvait, en tous points,
"inacceptable et contraire à nos intérêts..." Ceux "qui ont alors
"applaudi et porté aux nues l'attitude de nos représentants... se mor-
" fondent aujourd'hui pour étayer et soutenir de toutes leurs forces le
" projet qu'en ce temps-là ils chargeaient d'anathèmes.
"L'attitude prise... à la Conférence de 1907 n'a pas été critiquée
" ici depuis. Ni au parlement, pendant la longue session qui a suivi
" la Conférence, ni dans le pays que je sache, ni aux élections géné-
rales de 1908, ai-je entendu... de reproches ou de récriminations sur
" ce point. Le pays semblait donc acquiescer aux faits accomplis par
" ses délégués."
(1) Le texte de ce discours, prononcé le 8 novembre 1909, parut intégralement le
lendemain dans la Gazette et la Patrie, de Montréal, et dans l'Evénement, de Québec.
(Le Devoir n'existait pas encore.) Espérons qu'il sera bientôt reproduit en brochure,
avec le discours que M. Monk prononça à la Chambre, le 3 février 1910, avant la deu-
xième lecture du projet de Loi navale. La participation du Canada à la guerre euro-
péenne donne un regain d'actualité à ces deux manifestes nationalistes, également re-
marquables. Plusieurs des arguments qu'ils renferment ont pris une importance sin-
gulière depuis que les événements ont justifié les clairvoyantes appréhensions de l'an-
cien lieutenant de M. Borden.
. _ 203 —
C'était rappeler à M. Borden que tout le parti conservateur avait
tacitement approuvé la résistance de M. Laurier aux entreprises des
impérialistes anglais.
"L'impérialisme, ou la doctrine de ceux qui veulent, à tout prix,
"changer ou modifier la situation interne de l'Empire britannique,
" resserrer les liens qui en unissent les parties, rendre ces parties soli-
" daires du tout et tout subordonner à une direction unique, ne man-
" que pas de défenseurs actifs et puissants; ils sont sans cesse à l'oeuvre
"et disposent de moyens effectifs." L'allusion à lord Grey est trans-
parente. "Ses apôtres sont nombreux, beaucoup sont sincères,... un
" grand nombre en font à tort une question de loyalisme et ne veulent
" pas tolérer qu'on puisse différer d'opinion avec eux et rester sujet
"fidèle au Trône et à la Couronne; il y en a enfin qui ne poursuivent
" dans cette campagne que des avantages et surtout des honneurs per-
" sonnels."
Impossible de mieux faire le classement des chefs de l'impéria-
lisme et de leurs comparses.
D'un trait rapide, il marque la conséquence inévitable de la révo-
lution qui se poursuit:
" La gloire impérissable de l'Angleterre, c'est d'avoir fondé de
"jeunes et vigoureuses nations, et de les avoir dotées d'institutions dé-
" mocratiques. Le jour où ces peuples, nourris dans la liberté et l'idée
" de la représentation, devront assumer des responsabilités impériales,
" ils demanderont infailliblement leur part du contrôle; et la réparti-
" tion de ce contrôle semble une difficulté insoluble."
Il fait ensuite l'histoire de la question navale. Il rappelle que
l'avis de motion de M. Foster, déposé dès l'ouverture de la session, le
21 janvier 1909, est resté en suspens jusqu'au 29 .mars, alors que la pa-
nique, créée par les fallacieuses déclarations de M. McKenna, a fait
perdre la tête à la plupart des parlementaires et arraché à la Chambre
son adhésion unanime à la proposition considérablement élargie du
premier ministre. " On conviendra, je pense, que le moment eût été
" mal choisi pour discuter le mérite de l'impérialisme."
Il reproche au ministère de n'avoir pas fait connaître davantage
la nature et la portée des résolutions prises à la Conférence tenue à
Londres après la session. Puis il aborde et discute, point par point,
les divers aspects de la question concrète qui se pose.
Pas de marine de guerre
" 1. — Sommes-nous en état, à l'heure actuelle, de construire une
" marine de guerre? "
La dette nationale dépasse $472,000,000. "Il nous faut $200,000,-
" 000 pour terminer le Transcontinental, qui devait nous coûter $13,-
"000,000 ou $15,000,000." "Tout le monde admet la nécessité
"immédiate de la construction du canal de la Baie Géorgienne le
"coût estimatif est de $100,000,000." Si te Canada veut rester maître
de son commerce maritime, il doit améliorer et outiller ses grands
ports nationaux: Montréal, Québec, Halifax, Saint-Jean et deux ports
sur l'Océan Pacifique. Des travaux énormes s'imposent également
— 204 —
dans les ports des Grands Lacs, afin de mettre le commerce canadien en
état de résister à la concurrence envahissante des ports américains. Ces
entreprises urgentes exigeront un débours d'au moins §100,000,000.
" J'en conclus, déclare l'orateur, qu'au point de vue financier, sans
" en envisager d'autres, le Canada est dans l'impossibilité aujourd'hui
" d'entreprendre la construction d'une marine de guerre.
" 2. — Quel sera le coût de la marine?
" Il ne faudrait pas se faire d'illusion sur le coût d'une .marine de
"guerre ni croire qu'en cette matière,.... on peut commencer par la
" fin. Avant d'avoir des vaisseaux, le pays doit se pourvoir de bases
"navales,.... de cales-sèches et flottantes, d'un outillage moderne de
"toutes pièces... Sans ces bases, point de vaisseaux de guerre. Or,
"le Canada a deux océans. Il lui faudrait deux flottes et il aurait be-
" soin de deux bases... De plus, pas de marine de guerre sans marins.
" Le personnel d'une marine de guerre demande une longue et dispen-
" dieuse période de formation. Il faut des écoles et un enseignement
" technique des plus variés." Si l'on commence par acheter ou cons-
truire les vaisseaux , ils seront démodés et hors d'usage avant de
pouvoir servir.
" Je place sans crainte de me tromper au chiffre de $150,000,000
" le coût d'une marine de guerre de modestes dimensions, avec les ac-
" cessoires qui en sont le complément essentiel. Quant à l'entretien,. . .
" je crois que le chiffre de $20,000,000 par an n'est pas trop élevé."
En effet, ces chiffres, comparés au budget naval des autres pays,
en tenant compte de la différence des conditions économiques, étaient
extrêmement modérés.
" 3. — Le Canada a-t-il besoin d'une marine de guerre?"
Il répond hardiment: Non!
" Les Etats-Unis sont la seule puissance avec laquelle nous pour-
" rions avoir des démêlés, des difficultés." En ce cas, " c'est une
" armée, non une marine, qui pourrait nous être utile."
C'est la réitération de l'avis exprimé à maintes reprises par les
autorités les plus compétentes de la Grande-Bretagne.
" 4. — Le nouveau projet serait-il de quelque secours à la mère
jmtric pour le maintien de sa suprématie navale?
"Assurément non... On dit couramment qu'il faut vingt ans pour
" faire une armée et le double de ce temps pour une marine. Dans
" quarante ans, ou plutôt longtemps avant cette période, le conflit
" qu'on dit être imminent sera assurément vidé."
Cette note brève et juste, qui s'applique à la future politique de
M. IJorden autant qu'à celle du cabinet Laurier, donne la mesure exacte
de l'attitude invariable des nationalistes sur le " péril allemand ".
Prétendra-t-on que cette manière d'envisager la situation était moins
clairvoyante et moins sûre que celle des sauveurs d'Empire des deux
partis?
"La logique comme le bon sens nous disent que pour aider l'An-
" gleterre, ce projet est d'une faiblesse qui crève les yeux. Il n'a pu
" être accueilli, assurément, par les autorités si compétentes de l'Ami-
— 205 —
" rauté, qu'à titre de simple reconnaissance d'une obligation qui nous
" incombe."
" 5. — Cette obligation existe-t-elle?
Pas d'obligation coloniale
M. Monk aborde l'aspect historique et constitutionnel de la question.
Il s'étonne de l'ignorance singulière manifestée par les protagonistes
de l'impérialisme. Il rappelle à grands traits l'évolution opérée dans
le gouvernement des colonies autonomes : " C'est la progression cons-
" tante vers l'émancipation la plus entière possible des dépendances,
"jusqu'au point de ne laisser enfin que le Trône, la Couronne seule,
'• comme trait d'union avec l'Angleterre."
Il cite les paroles que CHAMBERLAIN prononçait à Birmingham,
le 21 juin 1897: " The throne is the only constitutional Connecting link
between the colonies and ourselves. In ail else thèse great self-gov-
erning communities are as independent as we are."
Il cite également plusieurs passages décisifs de VHistoire consti-
tutionnelle de l'Angleterre, d'Erskine MAY. Cet auteur, si justement
renommé, après avoir relaté l'établissement du gouvernement respon-
sable aux colonies, ajoute:
" The récognition of this doctrine in England has practically
" transferred the suprême authority of the state from the Crown to
" Parliament and the people; SO IX THE COLONIES HAS IT WREST-
"ED FEOM THE GOVERNOR AND FROM THE PARENT STATE THE
"DIRECTION OF COLONIAL AFFAIRS.
" Thus, by rapid strides, hâve the most considérable dependen-
" cies of the British Crown advanced through successive stages of poli-
" tical liberty, untii AN ANCIENT MONARCHY HAS BECOME THE
"PARENT OF DEMOCRATIC REPUBLICS IN ALL PARTS OF THE
"GLOBE....
" England ventured to tax her colonies and lost them ; she en-
" deavoured to rule them from Downing Street, and provoked disaf-
" fection and revolt. At last, she gave freedom, and found national
" sympathy and contentment. But in the meantime, her colonial de-
" pendencies hâve grown into AFFILIATED STATES. The tie which
" binds them to her is one of sentiment rather than authority In
"short, THEIR DEPENDENCE HAS BECOME LITTLE MORE THAN
" NOMINAL, except for purposes of military defence."
Que les impérialistes ne se réjouissent pas trop vite: ces paroles,
May les écrivait en 1861, au moment même où la Commission du par-
lement impérial, dont j'ai analysé le Rapport (1), jetait les bases de
l'autonomie militaire des colonies. Prévoyant le succès de cette poli-
tique, conséquence naturelle de l'établissement du self-government,
May ajoutait:
" Parliament has recently pronounced it to be just that the colonies
" which enjoy self-government, should undertake the responsibility and
" cost of their own military defence. To carry this policy into effect
(1) Pages 16 à 20 et pièces justificatives 18, 19 et 20.
— 206 —
" must be the ivork of time. But whenever it may be effected, the last
" material bond of connection with the colonies will hâve been severed;
"and COLONIAL STATES, ACKNOWLEDGING THE HONORARY
" SOVEREIGNTY OF ENGLAND, AND FULLY ARMED FOR SELF-
"DEFENCE, AS WELL AGAINST HERSELF AS OTHERS, WILL
"HAVE GROWN OUT OF THE DEPENDENCIES OF THE BRITISH
"EMPIRE" (1).
Les prévisions de May se sont réalisées à la lettre. Le traité de
1865 s'est conclu sur les bases qu'il entrevoyait. Les auteurs de la
Constitution de 1867 se sont inspirés des principes qu'il dégageait, dès
1861, de la nouvelle orientation donnée à la politique impériale. Il est
donc rigoureusement exact de dire, avec lui, que par ce traité et cette
constitution, le Canada " n'est plus une dépendance de l'Empire ". Et
M. Monk avait également raison d'ajouter que les colonies autonomes
sont, en droit sinon en fait, " des mitions distinctes sur lesquelles le Roi
exerce une souveraineté honoraire ".
Ces principes posés, M. Monk relate et analyse quelques-uns des
documents qui m'ont guidé dans cette étude. De cette revue rétros-
pective, il conclut en toute justesse:
"A venir jusqu'à la dernière décade du XIXe siècle, notre obliga-
" tion nationale résultant de notre autonomie ou self-government, de
" l'aveu commun et comme en vertu d'une entente réciproque, se rèdui-
" sait à notre propre défense. Le devoir de défendre les autres parties
" de l'Empire, sans aucun droit de participer à leurs actes, faits, traités,
" négociations, est donc nouveau. Sur quoi est-il fondé? "
Il écarte en quelques mots les divers arguments qu'on a fait valoir
et qu'on invoque encore aujourd'hui à l'appui du faux principe de la
participation des colonies autonomes à la défense générale de l'Em-
pire: protection de notre commerce, reconnaissance envers l'Angle-
terre, sécurité du Canada. Il démontre que tous ces arguments falla-
cieux ne tendent qu'à un but: entraîner le Canada "dans le congrès
(1)) M. MONK avait emprunté ces extraits et plusieurs autres à la dixième édition
de l'ouvrage classique de May. Je les ai vérifiés d'après la nouvelle édition, publiée en
1912, par M. Francis HOLLAND: Londres, Longmans, Green A Co., Vol. II, pages 373-4-5.
Le troisième volume, presque tout entier de la composition de M. Holland, renferme un
chapitre sur "Les Colonies autonomes après 1860". M. Holland résume en ces termes
l'état politique des colonies, après l'accomplissement de l'évolution entrevue par May:
"The colonies were no longer regarded as dependencies belonging to England, but as do-
minions"— dans le sens adopté par Cartier et MacDonald — "owning, in common with
England, allegiance to the queen" (p. 310).
L'un des plus savants jurisconsultes de l'Empire, sir Frederick POLLOCK, (cité par
M. Fwart, dans son Paper no 1, p. 13)), a écrit:
" Leave the conventions alone and look at the facts, and we find that THE SELF-
" GOVERNING COLONIES ARE, IN FACT, SEPARATE KINGDOMS .having the same King
" as the parent group, bat CHOOSING to abrogate that part of their fnll autonomy which
"relates to foreign afiTairs " I^es col on1 es ont donc le droit de régler elles-mêmes
leurs relations étrangères— "THE SOVEREIGNTY f britannique] IS A PIGMENT. THE
"STATE8 OF THE EMPIRE STAND ON AN EQUAL FOOTING "
In 1911, M. BALFOUR, ancien premier ministre et leader du parti unioniste, décla-
rait :
" I believe, from a légal point of view, the British Parliament is suprême over the
" Parlementa of Canada or Australia, or the Cape or South Africa. BUT, IN FACT, THET
"ARE INDEPENDENT PARLIAMENTS. ABSOLUTELY INDEPENDENT " (Times
1er février 1911— cité par J. S Ewart, Kingdom Papers, no 6, p. 161).
Les théoriciens ignares qui ont entrepris de forger pour les Canadiens de nouvelles
chaînes et des obligations imaginaires, auraient dû commencer par consulter les autorités
compétentes. Ils auraient peut-être a'nsi évité de fausser l'histoire, la tradition et le
droit naturel pour les adapter au gré des impérialistes et des politiciens du jour.
— 207 —
" des nations européennes qui succombent et s'étiolent sous le fardeau
" du militarisme."
"Au lieu de songer à nous unir plus étroitement à l'état troublé
"et troublant du vieux continent, il nous convient plutôt de nous asso-
" cier à la pensée qu'exprimait, l'autre jour, Gabriel Hanotaux." Et il
cite une parole de l'homme d'Etat français convoquant les peuples à
une action commune dont l'objet serait d'arrêter leur course effroyable
vers l'abîme de la guerre où ils sont plongés aujourd'hui.
Il termine par un bref appel au patriotisme et à l'opinion éclairée
de tous les Canadiens: "C'est une question nationale dans toute la
" force du mot. Elle vous regarde, cette question, dans une même me-
" sure, que vous habitiez la province de Québec ou les versants des
"Montagnes Rocheuses. Il me semble du devoir de tout citoyen, de
" tout homme public surtout, de l'étudier à fond et d'exprimer une
" opinion franche, sincère et patriotique, sans égard aux consjdéra-
"tions que la politique peut lui suggérer."
Ce manifeste retentissant reçut l'approbation chaleureuse et una-
nime des autres orateurs qui portèrent la parole en même temps que
M. Monk : M. LANDRY, aujourd'hui président du Sénat ; M. Bruno
NANTEL, futur collègue de M. Monk dans le cabinet Borden; M. Pbj-
lémon COUSINEAU, aujourd'hui leader de l'opposition conservatrice
à Québec; M. J.-A. DESCARRIES, qui a recueilli le mandat parlemen-
taire de M. Monk — tout en oubliant ses principes ; — et M. Charles-P.
BEAUBIEN, Tous les auditeurs acclamèrent cette profession de foi
nationaliste. Combien y sont restés fidèles?
M. Laurier et la Loi navale — "Quand l'Angleterre est en
guerre, le Canada est en guerre"
La session s'ouvrit le 11 novembre 1909. Le discours du Trône
contenait ce paragraphe:
"Deux membres de mon gouvernement ont pris part à la Confé-
" renée Impériale convoquée par le gouvernement de Sa Majesté pour
" s'occuper de la question de la défense. Après consultation avec
" l'Amirauté, un plan a été adopté relativement à l'organisation d'une
"marine canadienne, sur les bases de la résolution votée par la Cham-
" bre des Communes le 29 mars dernier. Les documents se rapportant
"à ce projet vous seront soumis immédiatement, et un projet de loi
"relatif à cette affaire sera présenté" (1).
Dans le débat sur l'Adresse, le leader de l'opposition, M. BORDEN,
fut très réticent à ce sujet. Il avait été convenu de nouveau entre M.
Monk et lui qu'aucun des chefs du parti conservateur n'exprimerait
d'opinion avant que le projet de loi n'eût été déposé. Par contre, le
premier ministre consacra à cette question la majeure partie de son
discours. Il s'appliqua principalement à répondre au manifeste de
Lachine. C'était s'écarter notablement des usages parlementaires ;
(1) Débats de la Chambre des Communes. 1909-10 (version française), col. 4. Tou-
tes les citations qui suivent sont également extraites de In version française de ces Dé-
bats. Le chiffre de la colonne est indiqué après chaque citation.
— 208 —
mais M. Laurier, avec son sens profond des situations politiques, avait
saisi toute la force de ce formidable réquisitoire. Il n'était pas homme
à laisser se répandre l'impression profonde créée par la solide argu-
mentation du député de Jacques-Cartier. Aussi s'efforça-t-il de pré-
senter le projet du ministère sous sa forme la plus anodine et de ca-
cher soigneusement le pied de bouc impérialiste.
M. LAURIER ,rappelle en peu de mots l'adoption du voeu du 29
mars et la mission de ses collègues, M. Brodeur et sir Frederick Bor-
den, à Londres. " Nous n'avons pas de secret, dit-il, aucune dé-
'" cision ne peut être prise avant que tous les documents se rapportant
"à la Conférence soient communiqués à la Chambre" (41-42). N'em-
pêche que le projet de loi sera déposé et voté sans qu'aucun autre do-
cument que le rapport, très incomplet, de la Conférence soit commu-
niqué à la Chambre. Les documents promis par M. Laurier n'ont ja-
mais été livrés au public.
Comme à la session précédente, le premier ministre cherche à
rattacher la mesure projetée à son attitude de 1902 (43-44) et passe
sons silence son éclatante protestation de 1907.
Puis, il fonce sur le député de Jacques-Cartier. Il lui reproche
d'avoir voulu "soulever les préjugés de ses auditeurs", en prétendant
que le cotkt de l'entretien dé la flotte s'élèverait à $20,000,000 par
année (47-48). L'exécution de ce projet n'entamera en rien l'autono-
mie du Canada: "Si nous avons une marine, elle ne prendra part à la
" guerre que si les membres du parlement canadien, y compris l'hono-
" rable député, le jugent à propos Si nous devons maintenant or-
" ganiser des moyens de défense sur mer, c'est parce que nous prenons
" rang parmi les nations, que c'est là un fardeau que nous devons assu-
" mer à notre titre de nation" (48). Aux arguments solides de M.
Monk, il se contente d'opposer quelques phrases grandiloquentes sur
la protection que la puissance de l'Angleterre offre à tous les sujets
britanniques.
Ce discours était manifestement destiné à la province de Québec,
d'où l'opposition, M. Laurier le savait et le sentait bien, devait venir.
Le 12 janvier 1910, M. Laurier dépose le projet de loi (bill No 95).
Cette fois, il donne un demi-tour à gauche: il s'agit d'amadouer l'opi-
nion impérialiste qui a commencé à s'alarmer des tendances "sépara-
tistes" de la législation ministérielle.
" Bien que la marine de guerre doive être soumise à la direction
" du gouvernement canadien et plus particulièrement à celle du mi-
" nistère de la Marine, cependant, dans une circonstance critique, le
" gouverneur en conseil peut mettre sous les ordres de Sa Majesté, pour
" servir de concert avec la Marine Royale, l'organisation navale (the
" naval service) du Canada ou une partie de celle-ci, et les bâtiments
" ou vaisseaux de notre marine de guerre, et tous les officiers ou mem-
" bres de l'équipage à bord de ces derniers, ainsi que les fonctionnai-
" res et commis de notre organisation navale" (1831) - (1).
(1) C'était l'article 18 du Bill devenu l'article 23 de la Loi:
"23. In case of an emergency the Governor in Conncil may place at the disposai of
" B-br Msjeety, for gênerai service in the Royal Navy, the Naval Service or any part
" thereof . any ships or vessels of the Naval Service, and the officers and seamen
— 209 —
Il lit ensuite l'article 19 (art. 24 de la Loi) qui prescrit la convo-
cation du parlement dans les dix jours qui suivront la décision du
ministère. Puis il ajoute:
" La marine de guerre sera soumise aux ordres de Sa Majesté en
" cas d'hostilité.
" L'honorable M. FOSTER : — A ce propos, le très honorable pre-
" mier ministre veut-il nous citer l'article qui définit l'expression
" "circonstance critique" ?
"Sir Wilfrid LAURIER -.—C'est l'article emprunté à la Loi de la
"Milice :
"L'expre«t3ion "circonstance critique" signifie guerre, invasion, émeute on insurrec-
" tion, réelles ou appréhendées."
" Je le répète, dans une circonstance critique, le gouverneur en
" conseil est autorisé à mettre nos forces navales sous les ordres de Sa
" Majesté, à la seule condition de convoquer immédiatement les Cham-
" bres.
"M. SPROULE: — Par "guerre", doit-on entendre une guerre dans
" une partie quelconque de l'Empire ou au Canada seulement?
"Sir Wilfrid LAURIER: — N'importe où. Lorsque la Grande-Bre-
" tagne est en état de guerre, le Canada l'est également; il n'y a pas de
" différence. Si un conflit éclate entre elle et une autre nation, le Ca-
" nada est exposé à une invasion et, par conséquent, en état de guerre "
(1831-2) - (1).
Il donne ensuite quelques détails sur l'organisation de la flotte
projetée. Il en porte le coût total à $11,000,000 (1834) et l'entretien
annuel à $3,000,000 (1833).
Au moment où le premier ministre reprend son siège, M. MONK
lui pose cette question:
" Ce Bill a-t-il pour objet de mettre à exécution une entente ou
" marché intervenu à la conférence des délégués de l'année dernière,
" ou y a-t-il quelque partie de ce projet de loi qui change ou tende à
"changer d'une façon quelconque les conditions arrêtées à la Confé-
" rence?
"Sir Wilfrid LAURIER:— Il n'y a pas eu d'entente définitive
" (agreement) à la Conférence, mais la politique proposée par la Con-
"férence est celle que nous entendons mettre à exécution" (1835).
Or, ne l'oublions pas, le premier lord de l'Amirauté, M. McKENNA,
a déclaré positivement, avec l'assentiment tacite de M. Brodeur et de
M. Frederick Borden : " Les gouvernements coloniaux ont reconnu
" serving in such ships or vessels, or any officers or seamen belonging to the Naval Ser-
" vice."
"23. En temps critique le Gouverneur en conseil peut mettre la Marne, ou en
"mettre toute partie que ce soit à la disposition de Sa Majesté, pour service général
" dans la Marine Royale, ainsi que tous vaisseaux ou .navires de la Marine et tous ma-
" rins servant sur ces vaisseaux ou navires ou tous officiers ou marins appartenant à
" la Marine."
(1) Voici le texte original, beaucoup plus fort : "Wir everywhere. When Britain
" is at war, Canada is at war; there is no distinction. If Great Britain, to which we are
" subject, is at war with any nation, Canada becomes liable to invasion, and ao Canada
" is at war. — "Debates House of Commons", 1909-10, col. 1735.
— 210 —
" qu'en temps de guerre les forces navales locales devront être soumises
"à l'autorité de l'Amirauté" (1).
M. Borden, ultra-impérialiste
Le leader de l'opposition, M. BORDEN, prend immédiatement la
parole. Rompant une seconde fois l'entente conclue avec M. Monk, il
traite la question à fond et détermine l'attitude de son parti avant d'en
avoir conféré avec ses collègues.
Il félicite le premier ministre d'avoir abandonné sa position du
15 novembre et de s'être décidé à reconnaître qu'en temps de guerre
la flotte canadienne sera à la disposition de la mère patrie (1836). Il
exalte l'importance des services que la flotte anglaise sera appelée à
rendre au Canada:
" Supposons qu'un navire d'une grande puissance navale com-
" mette un acte d'agression sur nos côtes ou attaque un seul de nos
" navires. . . . toute la puissance de la marine anglaise serait au service
"du Canada pour venger cette insulte ou redresser ce tort" (1837).
Evidemment, M. Borden n'avait pas lu ce passage secret du mé-
moire du Colonial Defence Committee, de 1896, où les autorités im-
périales déclarent positivement que l'objet de la flotte anglaise n'est
pas de protéger les côtes et les ports des colonies, mais ceux de la
mère patrie et le commerce britannique (2). Et pourtant, ce pro-
gramme de charité bien ordonnée, l'un des pontifes de l'impérialisme,
le duc de DEVONSHIRE, l'avait proclamé, le 3 décembre 1896, à une
réunion plénière de la British Empire League ; et il avait ajouté :
"Nous avons officiellement communiqué ce plan aux colonies afin
" qu'elles puissent agir en conséquence."
Les disciples de l'impérialisme n'ont pas la brutale franchise de
leurs maîtres. Cette puérile obstination des coloniaux à déguiser
l'objet et la portée véritables des plans impérialistes finira par entraî-
ner des mécomptes et des désaccords sérieux.
M. Borden se défend d'avance contre l'accusation de militarisme.
La participation directe du Canada à la défense de l'Empire n'entraî-
nera pas de charges exagérées (1837-38). Il esquisse déjà son attitude
au sujet de la représentation des colonies dans le gouvernement de
l'Empire:
" Tout d'abord, je ne crois pas qu'à l'avenir la Grande-Bretagne
" entreprenne une guerre importante, — à moins d'y être engagée de
" vive force par ses rivaux — sans consulter au préalable les grandes
"provinces de l'Empire... Ma conviction, c'est que, dorénavant, les
" nations autonomes auront leur mot à dire à l'occasion de toute
"guerre" (1840).
Il prévoit l'établissement d'un corps représentatif pour tout l'Em-
pire, lequel sera chargé des problèmes de la défense impériale. " Une
" fois cette commission ou cette conférence constituée, il n'est pas pro-
bable que la Grande-Bretagne voudrait dorénavant s'engager dans
(1) Voir page 197.
(2) Voir note au bas de la page 80.
— 211 —
" une guerre importante sans être assurée d'avance de l'appui et du con-
" cours de toutes les grandes nations autonomes constituant l'Empire.
"Celles-ci dès lors seraient consultées à l'égard de toute guerre, car je
" reconnais bien que si nous devons contribuer en permanence à la dé-
" fense de ce grand Empire, il n'est que juste que nous soyons consultés
"dans le règlement de ces questions" (1841).
Il reprend la fastidieuse discussion du "péril allemand" qui a motivé
l'adoption du voeu du 29 mars. Il refait toute la thèse des lanceurs de
panique. Il rappelle que le premier ministre a consenti, à sa demande,
à modifier le paragraphe de la résolution qui excluait toute possibilité
d'une contribution "d'urgence". Il affirme que " la plus haute autorité
" navale de l'Angleterre a déclaré que les navires du type dreadnought
" seront les seuls qui compteront dans un avenir très rapproché " (1855).
C'était bien là l'opinion de M. McKenna et des autres "politiciens
innocents de toute connaissance technique"; mais cette opinion, on l'a
vu, était contredite par les experts. J'en donnerai de nouvelles preuves
dans un instant.
Il taquine le premier ministre sur ses variations d'attitude depuis
1896 (1845). Il feint de s'effrayer du déloyalisme de certains Cana-
diens: "Le seul fait qu'il y a des Canadiens qui se croient tenus en
" conscience de s'opposer à la coopération du Canada à la défense de
" l'Empire, est alarmant "
" Je ne puis comprendre qu'un homme qui reçoit et accepte la pro-
" tection du drapeau anglais, les avantages attachés au titre de citoyen
" anglais, la défense de notre littoral, la sécurité de nos rives, les bien-
" faits et avantages du service diplomatique et consulaire anglais, dans
"le monde entier, puisse concilier tout cela avec le respect de notre
" propre dignité, s'il prétend laisser tout le fardeau peser sur les épaules
" déjà surchargées des contribuables d'Angleterre. Il est en notre pou-
" voir de prendre cette position, si nous le désirons, car les libertés que
" nous possédons, [de] droit ou à titre de faveur, sont absolues sous ce
" rapport; mais tout en respectant les opinions consciencieuses d'au-
" trui, je considère qu'une telle attitude ne serait ni digne ni honorable "
(1859).
Telle pourtant avait été l'attitude constante de Macdonald, de Car-
tier, de Tupper, de tous les conservateurs les plus éminents et même de
tous les Canadiens, jusqu'aux jours de Chamberlain. Les Pères de la
Confédération et leurs contemporains étaient-ils moins "dignes" ou
moins "honorables" que les politiciens d'aujourd'hui?
M. Borden termine son discours en suggérant au gouvernement de
".mettre à la disposition de l'Amirauté l'équivalent en deniers sonnants"
du coût d'un dreadnought (1860).
Première dissidence de M. Monk — Assemblée du
Monument National
iM. MONK, justement surpris de l'attitude du leader de l'opposition,
proteste, avec sa discrétion coutumière, contre la " tournure que le débat
a prise. . . J'avais raison, dit-il, de ne pas m'y attendre." C'est une allu-
sion à l'entente conclue précédemment, entre M. Borden et lui, pour ne
— 212 —
pas aborder le mérite de la question avant la deuxième lecture du bill. Il
relève avec une dignité un peu dédaigneuse l'accusation de manque
" d'honneur et d'amour-propre " portée contre ceux qui n'approuvent pas
le principe de la politique nouvelle (18G8-9). Il explique dans quelles
conditions le voeu du 29 mars a été voté. ** Viendra-t-on nous dire aujour-
" d'hui que, dans ces circonstances, après les discussions interminables
" qui eurent lieu lorsque cette panique — plus voulue qu'on ne le croit
" généralement — fut causée parmi nous,. . . il n'y a plus lieu de discuter,
" que l'incident du 29 mars dernier nous lie, et que nous n'avons pas à
" examiner la ligne de conduite que le bill nous trace, mais que nous
" devons l'approuver si nous sommes des hommes d'honneur? Je nie
" cette assertion et je déclare que le sujet sera discuté à fond, au moins
"par moi" (1871-72).
Pour l'instant, il se borne à faire pressentir l'attitude qu'il prendra
avant la deuxième lecture du projet de loi. A la prétention que cette
mesure " est absolument nécessaire et inévitable", il oppose une dénéga-
tion formelle (1873). "Si nous adoptons cette politique, nous devien-
" drons responsables conjointement et [solidairement] (1) avec les Iles
" Britanniques de toute la politique étrangère de l'Empire ; et, remar-
" quons-le bien, sans avoir aucune voix dêlibérative dans l'orientation
" de cette politique" (1873). C'est contraire à toute la tradition britan-
nique. On veut réduire les Canadiens au rôle des barbares " que l'on
" amenait de la Gaule, de la Germanie et de la Dacie pour les faire entrer
" dans les armées romaines et dans l'arène à Rome, mais qui n'étaient
"aucunement représentés dans les conseils de la République romaine"
(1875).
Malgré les efforts de la presse servile des deux partis, dans la pro-
vince de Québec surtout, pour aveugler l'opinion publique sur la portée
véritable de la mesure, le discours de M. Monk à Lachine et les prélimi-
naires de la discussion parlementaire avaient suffi à éveiller l'attention.
Le Devoir venait de commencer à paraître (2). Il donna une large pu-
blicité au discours du député de Jacques-Cartier et entama une lutte
vigoureuse et soutenue contre le projet de loi.
Un groupe de nationalistes convoqua une grande réunion populaire
au Monument National, le 20 janvier, et m'invita à traiter la question.
Je m'appliquai à développer et à compléter l'excellent plaidoyer de M.
Monk à Lachine (3).
Je me borne ici à reproduire le texte du voeu soumis à l'assemblée,
qui l'adopta à l'unanimité:
"Cette assemblée déclare que le parlement n'a pas le droit d'enga-
" ger le Canada dans une politique navale entièrement nouvelle sans
" avoir au préalable obtenu le consentement du peuple.
" En conséquence, cette assemblée demande à la Chambre des Com-
"jnunes et au Sénat de différer l'adoption du projet de loi déposé le 12
(1) Le texte anglais porte "jointly and severally" que le traducteur a faussement
rendu par "conjointement et iéparément."
(2) Le premier numéro est du 10 janvier 1910,
(3) Ce discours a été public en brochure sous le titre "Le Projet de Loi Navale".
Imprimerie du Devoir, Montréal, 1910.
— 213 —
"janvier 1910 jusqu'à ce que le peuple ait manifesté sa volonté par un
" plébiscite.
" Le président est prié de transmettre ce voeu à Son Excellence le
" Gouverneur-Général, au Premier Ministre, au leader de l'opposition et
" à M. Monk, député de Jacques-Cartier."
M. Laurier et le "péril allemand"
Le 3 février, le premier ministre propose la deuxième lecture du
projet de loi. Inquiet de la résistance qui se manifeste dans le Québec,
il pivote de nouveau dans le sens nationaliste. Fidèle à sa tactique ha-
bituelle, il se pose comme l'homme du juste milieu. Il partage les oppo-
sants en deux catégories: "Ceux qui ne veulent rien du tout" — tel
" l'honorable député de Jacques-Cartier " — et " ceux qui estiment que
la marine que nous créerons devrait, en cas de guerre, passer automa-
tiquement sous la direction de l'Amirauté" (3122-3). C'est bien là
l'>attitude que ses collègues, sir Frederick Borden et M. Brodeur, ont
prise à Londres lorsqu'ils ont " reconnu qu'en temps de guerre les forces
navales locales devront être soumises à l'autorité générale de l'Amirauté."
C'est également l'opinion que M. Fielding exprimera au moment du vote
final. M. Laurier, lui, nage entre deux eaux.
Il se lance dans une longue digression sur le développement du gou-
vernement responsable aux colonies. Il revient s>ur sa parole du 12 jan-
vier: "Lorsque l'Angleterre est en guerre, le Canada est en guerre." II
tente de s'expliquer:
"Je n'ai fait qu'énoncer un principe de droit international... Il
" ne s'ensuit pas cependant que lorsque l'Angleterre fera la guerre nous
"devrons la faire, nous aussi" (3128-29). Il aurait hésité "beaucoup
avant de consentir à prendre part à une guerre " du genre de celle
de Crimée (3130). Il fait revivre quelques faibles échos de ses protesta-
tions de 1902 contre la participation du Canada aux armements de l'Eu-
rope. Il ne croit plus «au "péril allemand":
" Quant à moi, je n'appréhende aucun péril pour la Grande-Bretagne
"à l'heure qu'il est.... Il est vrai que l'Allemagne est en train de se
"créer une marine, mais je ne vois pas la moindre raison de supposer
"qu'elle l'organise pour l'attaque..." Le leader de l'opposition "a dit
" que si la guerre se déclarait entre l'Angleterre et l'Allemagne, elle
" éclaterait d'ici à trois ou quatre ans. . . Quelle raison avons-nous de
" supposer que d'ici à trois ou quatre ans nous aurons la guerre avec
" l'Allemagne? . . . Nul ne sait exactement ce que pense le gouvernement
" allemand; mais tout le monde sait qu'entre l'Angleterre et l'Allemagne
" il n'y a pas de cause de guerre. Aussi loin que l'on peut remonter
" dans l'histoire moderne, ces deux nations ont toujours été liées d'ami-
"tié" (3137-38) - (1).
(1) Le leader lUiéral, on le voit, ne se bornait pas, comme nous, à contester l'existen-
ce du "péril allemand" sur mer. Il nia't jusqu'à la possbilité d'une guerre anglo-alle-
mande. Cette confiance optimiste n'avait nullement diminué, deux ans plus tard.
Le 27 août 1912, au déjeuner du Canadian Club, à Ottawa, quelqu'un parla de la
menace toujours présente d'un conflit entre l'Angleterre et l'Allemagne. Le leader libéral
fit entendre la note ultra-optimiste: "LE PERIL ALLEMAND N'EXISTE PAS!", s'écriait-H.
Le 31, je signalais, dans le Devoir, ce débat contrad'etoire :
" Sir Wilfrid Laurier a cru devoir prendre la contre-partie absolue et affirmer qu'il
— 214 —
" Pourquoi demandons-nous au parlement de créer cette marine?
" Tout simplement parce que cela est devenu une nécessité de notre con-
" dition et du rang que nous avons atteint comme nation."
Les raisons qu'il apporte à l'appui de cette affirmation sont d'une
faiblesse inconcevable: "Le revenu du Canada est aujourd'hui de $100,-
000,000 et sa population dépasse 7,000,000 d'habitants." Ses villes du lit-
toral grandissent et se multiplient. On a découvert " des mines d'or sous
le Cercle arctique" (3140). Rien de cela n'explique pourquoi M. Laurier
juge nécessaire en 1910 ce qu'il trouvait inutile et condamnable en 1907.
Aux arguments accumulés par M. Monk, dans son discours de Lachine, et
par moi au Monument National, il n'apporte pas l'ombre d'une réfuta-
tion.
Quant au coût d'entretien de la flotte, qu'il estimait, le 12 janvier,
à $3,000,000 par année, il le porte maintenant à $4,253,000 (3135). Il
s'aventure dans cette galère avec le même insouci des précisions qui a
marqué sa mésaventure du Transcontinental.
Rarement, si jamais, chef d'Etat s'est moins préoccupé de justifier,
par des arguments plausibles et des données précises, l'adoption d'une
mesure d'importance capitale.
M. Borden veut donner deux dreadnoughts à l'Angleterre
Le leader de l'opposition, M. RORDEN, incline à l'impérialisme dans
l'exacte mesure où le premier ministre a fléchi vers le nationalisme. H
rappelle à M. Laurier ses anciennes fugues en faveur de l'indépendance
du Canada. Il s'indigne à la pensée que le Canada puisse jamais rester
en paix pendant que le reste de l'Empire se battrait. " Une telle situa-
tion est absolument impossible." C'est pourtant la seule situation que
le Canada a occupée depuis la Conquête jusqu'à la guerre d'Afrique, sauf
pendant la Révolution américaine et la guerre de 1812, alors que le ter-
ritoire canadien était attaqué. "Tant que le Canada fera partie de
" n'existe aucune menace de guerre. Il a en tort, croyons-nous, de s'avancer ai loin.
" Le danger d'une guerre anglo-allemande noua semble indéniable. Sa principale tour-
" ce n'est pas, comme on le prétend, la rivalité économique de l'Allemagne et de la
" Grande-Bretagne. C'est la campagne systématique entreprise par les journaux Jaunes,
" comme le "Mail", de Londres, et le "Star", de Montréal, complices volontaires ou incons-
" cients des capitalistes anglais et allemands, dont la cupidité demande à grands cris de
" l'or et du sang.
" C'est de cette manière, — je le rappelais l'autre jour, — qu'une bande de cormorans
" américains provoqua la guerre contre l'Espagne, en dépit des résistances du président
" MacKinley.
" Si une vaste organisation financière, dont les tentacules s'étendent sur tous les ter-
" ritoires de l'Empire, peut provoquer une guerre. Anglais et Allemands seront aux prises
" avant longtemps. Des milliers d'êtres humains périront pour le profit et la gloire des
"êtres hideux dont le "Star", la "Patrie", le "News", et tous les journaux jingos du Ca-
" nada font ai bien l'affaire, en ce moment.
" Et tous les badauds, titrés ou non, qui reviennent chaque semaine tomber dans les
" filets que leur tendent les interviewistes du "Star" et des autres feuilles jaunes, jouent
" dans les mains des sinistres agioteurs qui poussent i la guerre.
" Mais ce que nous nions et ce que nous persistons à nier, c'est que l'Angleterre ne
" soit pas en état de faire face à la situation et de résister victorieusement à l'Allemagne.
" Et nous avons, pour nous justifier contre les cris hystériques du "Star" et les faibles
"hoquets mal traduits de la "Patrie", la parole des hommes d'Etat et des autorités nava-
" les les plus compétents de l'Empire.
" Ce que nous affirmons, ce que nous persistons à affirmer depuis 1899, c'est que le
" peuple anglais, seul maître de ses relations internationales, de sa flotte et de son armée,
" doit seul porter le poids des guerres qu'il subit comme de celles qu'il provoque on laisse
"provoquer par ses spéculateurs et ses jingos.
"Ce que nous prétendons, et ce que M. Laurier prétendait avec nous, avant 1909, c'est
" que le Canada doit éviter de te jeter dans le "GOUFFRE DU MILITARISME".
V
— 215—
l'Empire, il sera en guerre quand l'Empire le sera" (3148). Il oublie
le refus des Canadiens de prendre part aux multiples conflits de l'An-
gleterre, avant 1899, il oublie surtout la rebuffade de sir John Macdonald
au gouvernement impérial, lors de la guerre du Soudan.
Avec plus de vérité, il démontre que le principe appliqué jusqu'en
1899 aux opérations de guerre sur terre ne peut s'étendre aux opérations
sur mer :
" Il y a beaucoup de continents sur la terre, mais il n'y a qu'un seul
" océan. Cet océan forme une immense route. Cette route est celle du
"commerce britannique. C'est la route du commerce du Canada, parce
" que la plus grande partie de nos exportations sont destinées à la mer.
" C'est la route du monde et particulièrement de l'Empire britannique.
"La mer ne forme qu'un seul tout, et il serait absolument impossi-
" blé, en temps de guerre, pour les différentes unités de l'Empire, de
"coopérer efficacement, si elles ne sont pas sous un commandement et
"une direction uniques" (3150).
Il démontre sans peine qu'à la Conférence de 1909, l'Amirauté an-
glaise a réclamé cette unité de direction et que les délégués des colonies,
y compris ceux du Canada, ont acquiescé à ce désir.
Qu'on se rappelle le refus cassant que Cartier opposait à Cardwell,
en 1870, lorsque cet homme d'Etat tentait d'engager le gouvernement
canadien à assumer une responsabilité partielle dans la défense navale
du Canada; et l'on constatera sans peine à quel point nos politiciens
d'aujourd'hui se sont éloignés des principes et des traditions des fonda-
teurs de la Confédération (1).
Les circonstances mêmes que Cartier invoquait pour refuser toute
contribution du Canada à sa propre défense navale, M. Borden les allè-
gue pour entraîner le Canada dans toutes les guerres maritimes de l'An-
gleterre.
Du reste, pas plus que le premier ministre, le leader conservateur
ne tente de justifier cette politique nouvelle, sauf en se cramponnant au
"péril allemand" et à la panique déchaînée par les déclarations falla-
cieuses de M. McKenna. Il y revient pour la troisième fois et demande
à ses partisans de voter contre le projet de loi. Il motive son opposition
dans une motion prolixe dont voici la traduction officielle:
"(Les propositions du Gouvernement ne sont pas en harmonie avec les
" recommandations de l'Amirauté, et, en raison de ce qu'elles confèrent au
"Gouvernement le pouvoir d'empêcher les forces navales du Canada d'agir
" conjointement avec celles de l'empire en temps de guerre, elles ne sont
" pas judicieuses et présentent des dangers.
" Aucun projet de cette nature ne peut être accepté sûrement à moins
"qu'il n'assure l'unité d'organisation et d'action sans laquelle il ne peut
" exister de coopération effective dans les efforts communs pour la défense
"de l'empire.
" Tout en rendant nécessaire une dépense considérable pour frais
" de construction et de maintien, ledit projet n'apportera à l'empire aucune
(1) Voir pages 60-62 et pièce justificative 45, aussi le discours de sir Alevander
CAMPBELL à la Conférence de 1887: pages 71 à 77, pièce justificative 54. On trouvera
plus loin l'opinion de sir Charles TUPPER sur la nouvelle politique suggérée par son suc-
— 21G —
" aide immédiate ou efficace et ne produira aucuns résultats adéquats
" ou satisfaisants pour le Canada.
■ L'on ne devrait se lier à aucune entreprise d'un caractère per-
" manent et qui entraînerait des dépenses fuiures considérables, avant
"qu'elle ait été soumise au peuple et en ait reçu l'approbation.
" Entre temps, le meilleur moyen de satisfaire au devoir immédiat
" du Canada et de venir en aide aux nécessités imminentes de l'Empire, est
" de mettre sans délai à la disposition des autorités impériales, à titre de
■ contribution volontaire et loyale de la part du peuple canadien, une som-
" me suffisante pour acheler ou construire deux bâtiments de guerre ou
" cuirassés du type Dreadnought le plus moderne, laissant à l'Amirauté
" la latitude complète de dépenser cette somme à tels moments et pour
"telles fins de défense navale qui, à son avis, pourront le mieux contribuer
** à augmenter la force unie de l'Empire, et à en assurer ainsi la paix et
"la sécurité" (3156-7) (1).
M. Monk combat les deux politiques— Le Canada
ne "doit" rien à V Angleterre
Un seul homme pouvait aborder la question de haut et la traiter à
fond: c'était M. MONK. Il le fit avec une ampleur et une précision
dignes de son discours de Lachine.
Déchirant d'un geste la trame puérile des tactiques parlementaires et
des hypocrisies de parti, il établit sans peine que la politique du ministère
et celle de l'opposition émanent d'un principe unique et tendent au même
but : " La création d'une marine locale ou le don de navires et d'argent
"ont exactement les mêmes conséquences politiques" (3163).
Fort des révélations partielles du rapport de la Conférence, il démontre
que l'objet poursuivi par les autorités impériales — la concentration au
bénéfice de l'Angleterre de toutes les forces locales de l'Empire — ne se
borne pas aux forces de mer mais vise également les armées de terre. " Il
" en résulte clairement qu'avant longtemps, les forces militaires de notre
" pays seront absolument à la disposition des autorités impériales en cas
" de guerre " (3168).
On admettra, je pense, que le député de Jacques-Cartier avait prévu
assez clairement la situation actuelle.
" Quelles vont être les conséquences de l'adoption de cette mesure?
" Que va-t-il arriver si nous assumons comme notre part légitime du
"fardeau [de la défense impériale] de faire plus que défendre nos fron-
" tières, devoir auquel les Canadiens n'ont jamais un seul jour cherché à
" se soustraire, même lorsqu'ils avaient des griefs très sérieux contre la
"métropole?" (3171).
La réponse, il la formule par quelques affirmations précises, appuyées
de preuves décisives :
" 1. — 'Nous serons plus étroitement liés par la politique étrangère du
" gouvernement anglais, ses alliances offensives et défensives, pour cette
" raison que nous nous engageons à appuyer par la force l'action exté-
" rieure de l'Empire ".
(1) On trouvera le texte anglais de cette motion à la pièce justificative 70.
— 217 —
" 2. — Si le projet émis par le Congrès de la Défense Impériale est
" approuvé par nous, nous serons tenus de prendre part comme belligérants
"à tou:es les guerres de l'Empire.
" 3. — Nous devenons solidaires de la Grande-Bretagne à l'égard de ses
" engagements envers les nations étrangères " (3171-2).
Il énumère ici les principaux traités et conventions par lesquels la
Grande-Bretagne s'est liée envers les nations étrangères en garantissant la
neutralité de la Belgique, du Luxembourg et de la Suisse; l'indépendance
de la Norvège, de la Suède, de la Grèce, d'e l'Empire ottoman, du Portugal,
etc., etc.
J'assistais à la séance de la Chambre lorsque le député de Jacques-Car-
tier prononça son discours. Je me rappelle encore les commenta'ires de cer-
tains députés et journalistes : " Décidément, disaient-ils, Monk dépasse la
mesure. Il veut trop prouver. Qui croira que le Canada peut se lier à
garantir par une action militaire la neutralité de la Belgique ou de tout
autre pays étranger ? " Qu'auraient-ils pensé, si on leur eût alors prédit
qu'avant cinq ans, le Canada fournirait à l'Angleterre 250 000 soldats et
dépenserait un demi-milliard, non-seulement pour défendre la neutralité
de la Belgique, mais pour faire respecter, prétendent les gouvernants bri-
tanniques, les conditions du traité de Bucarest ?
•Que cette politique nouvelle constitue une révolution violente et radi-
cale dans la situation des colonies autonomes et le gouvernement de l'Em-
pire, M. Monk n'a pas de peine à le démontrer. Ces preuves il les trouve
dans les archives impériales et canadiennes. Il rappelle les déclarations
de Cartier et de Macdonald. Il cite la correspondance échangée entre le
duc de Newcastle et le ministère Sandfield McDonald. Il emprunte au duc
de Devonshire la définition des visées de l'école impérialiste. Il prouve
à l'évidence que la politique du ministère et celle de l'opposition ne sont
que deux formes différentes de la réalisation de ces projets. Il rappelle
le plan rationnel suggéré par lord Tweedmouth à la Conférence de 1907 :
la créa/ion de bases navales et de flottilles de torpilleurs et de sous-marins,
sous le contrôle et l'autorité absolue des gouvernements des colonies.
"C'était, dit-il, à mon avis, un projet raisonnable maïs aujourd'hui
" nous sommes en présence d'un projet tout à fait différent qui n'a jamais
" encore été discuté ni au sein de ce parlement ni devant le peuple. Je puis
" donc affirmer sans crainte que c'est là une innovation ; c'est toute une
" évolution qu'on a en vue. Et quels sont les initiateurs de ce changement ?
" A mon avis, c'est d abord en grande partie l'oeuvre de la soc'ié.é de la
" Fédération Impériale. . ."
"Ce projet, si on le présente bien au peuple, prouvera qu'il porte dans
" ses flancs la ruine de notre droit au gouvernement autonome. J'affirme
" en premier lieu, qu'il tend à nous priver de la direction de nos forces mi-
" l'italres et navales. Il nous lie aux conséquences de la politique extérieure
"du gouvernement de Downing S reet où nous n'avons pas voix au cha-
" pitre Il nous laisse pour ainsi dire avec de vastes pouvoirs d'ordre
" municipal. Si vous enlevez à un pays, à une nation quelconque, le droit
" de diriger, du moins comme le font d'ordinaire les nations libres, ses
— 218 —
"relations avec les autres pays, vous le privez d'un droit des plus pré-
cieux....»' (3181-2-3).
Cette coopération, le Canada la doit-il à l'Angleterre ? " On nous a
" taxés d'ingratitude, nous qui professons les opinions que j'aî exprimées
" ici; on nous a appelés des misérables n'obéissant à d'autre sentiment que
"celui de l'égoïsme . . . . Notre dette est-elle si grande" envers l'Angle-
terre ? (3183).
A grands traits, il fait le récît des larges entailles que les gouvernants
et les diplomates de la Grande-Bretagne ont pratiquées dans le territoire
canadien afin de s'assurer les faveurs des Américains ou de calmer leur
courroux. Il rappelle que, si le Canada jouit d'une somme considérable
de libertés intérieures, 11 le doit aux efforts persévérants de ses hommes
d'Etat bien plus qu'au bon vouloir de l'Angleterre. Il évoque les jours
sombres de 1837 et les actes de cruelle tyrannie des fonctionnaires britan-
niques (3186-7) — (1).
Il adjure les députés de la province de Québec de secouer leur apathie
et leur légèreté et, avant de voter le projet de loi, d'en peser sérieusement
les conséquences et la portée.
Enfin, il propose de substituer à la motion de M. Borden ce sous-
amendement :
" Tout en protestant de son inaltérable dévouement à la Couronne bri-
" tannique, cette Chambre est d'opinion que le projet de loi qui lui est pré-
" sente change les relations du Canada avec l'Empire et devrait en consé-
" quence, au préalable, être soumis au peuple canadien pour en obtenir im-
"médiatement son opinion par voix de plébiscite" (3189).
C'est la solution que j'avais proposée à l'assemblée du Monument
National. Je l'avais même suggérée dès 1900, lorsque j'esquissais les pre-
mières lignes du plan de résistance à l'impérialisme (2).
(1) Le 20 novembre 1909, sir Charles TUPPER avait écrit d'Angleterre à M. Borden
qu'il approuvait avec enthousiasme la politique préconisée par le voeu du 29 mars, c'est-
à-dire la construction d'une flotte canadienne. L'ancien collègue de Macdonald et de
Cartier avait profité de l'occasion pour d'sposer lestement du plaidoyer de "gratitude"
dont M. Borden et M. Foster devaient, à quelques semaines de là, faire le fond de leur
argumentation. Il rappelait son opposition constante au principe de la contribution des
colonies à la flotte britannique, et il ajoutait:
" It was adm'tted that Canada was not only no burden to the mother-country, but
" wlthout her harbors and coal mines on the Atlantic and Pacific coasts, Britaln would
" require a larger navy. Contrast the progress of Canada, Australia and New Zealand
" under impérial management, and since it was rclinquished, and it w'H be seen to whom
" their présent importance is due " (Cette lettre est reproduite toute entière à la fui
du Kingdom Paper no 11 : "Contribution to the BritUh Navy.")
Nous verrons plus loin ce que le vieux leader conservateur pensait du don de dread-
noughts à la flotte anglaise.
Les coloniaux à conscience timorée, qui auraient besoin d'être rassurés sur la nature
et l'étendue de la dette de "gratitude" du Canada envers l'Angleterre devraient lire les
Kinjjdom Papera de M. EWART, le numéro 10 en particulier: "Difficulties, Danger»,
Duty", p. 323-328. L'auteur énumère succinctement les vingt-cinq ou trente principaux
actes de tyrannie ou d'injustice commis par l'Angleterre au Canada, depuis la Conquête
jusqu'à l'abandon des frontières de l'Alaska. Avec sir Richard Cartwright il conclut que
les Canadiens ne doivent guère plus à la mère patrie que le pardon du mal qu'ils en ont
reçu. Dans la Paper no 12: "Britlsh Protection", M. Ewart compare la situation des colo-
nies à celle d'un troupeau d'autruches qu'un marchand prévoyant entourerait d'une haute
muraille, afin de les plumer tout à l'aise. M. Ewart ne juge pas que les autruches soient
tenues à une gratitude incommensurable envers celui qui les protégerait dans le seul but
de s'enrichir à leurs dépens. (On trouvera à la pièce justificative 73 des extraits du
Paper no 10).
(2) Voir page 132.
— 219 —
Le débat sur la deuxième lecture se prolongea jusqu'au 9 mars 1910.
La motion de M. Monk reçut l'appui de la plupart des députés conser-
vateurs du Québec et de quelques députés des provinces anglaises. Elle
fut rejetée par les votes coalisés des deux partis. M. Monk et les dé-
putés conservateurs français votèrent également contre la motion de M.
Borden et la deuxième lecture du bill (1).
M.Fielding interprète la Loi : — "La flotte, canadienne en temps
de paix, impériale en temps de guêtre"
Du débat sur la troisième lecture, il n'y a à relever que les déclara-
tions de M. FIELDING, ministre des Finances. Le premier ministre,
évidemment ennuyé des attaques de la presse jingoe et des accusations
constantes de "déloyalisme" et de "séparatisme", voulait, avant de clore
le débat, donner un nouveau coup de barre vers l'impérialisme. Le
principal lieutenant de M. Laurier s'en chargea. Ancien sécessionniste,
il mit toute l'ardeur d'un néophyte à faire profession de foi impéria-
liste.
Le 19 avril, en comité général de la Chambre, il s'écrie: "Je dé-
" clare que chaque fois que la nation anglaise sera en guerre avec une
" grande puissance, peu importe que cette guerre soit juste ou injuste,
" tant que nous ferons partie de l'Empire britannique, quel que soit le
" gouvernement (2) qui sera au pouvoir au Canada, i7 sera de notre de-
" voir de prêter main-forte à la mère patrie; et je déclare que le gou-
" vernement au pouvoir pendant une telle crise, qu'il soit libéral ou
" tory, s'il néglige d'obéir à ce sentiment, sera anéanti et méritera de
"l'être" (7862).
Le lendemain, avant la troisième lecture du bill, il prononce un
long discours — j'allais dire le dernier monologue de la comédie. — Il
s'applique tout d'abord à démontrer que le projet de loi et la politique
ministérielle répondent suffisamment aux vues ultimes des autorités
impériales. Il rétorque à M. Borden ses déclarations du 29 mars (à la
Chambre) et du 14 octobre 1909 (à Halifax), en faveur de la construc-
tion d'une flotte canadienne, et il ajoute:
" Nous voulons que chacun de nous et chacun de nos électeurs, lors-
" qu'il ira à bord de ces navires canadiens, — canadiens en temps de
" paix et impériaux en temps de guerre, — puisse sentir qu'il est un des
" propriétaires ..." (7947) .
" Par le Bill que nous proposons, nous aurons une marine cana-
" dienne, qui sera canadienne en temps de paix, mais qui, grâce au
" moyen que nous nous proposons de prendre, deviendra inévitablement
" impériale, lorsque l'Empire aura besoin de l'aide du Canada pour sa
" défense. J'accepte la maxime que lorsque l'Empire est en guerre, le
" Canada est en guerre. Le Canada n'aura jamais besoin de défense,
"excepté lorsque l'Empire lui-même devra en avoir besoin; c'est pbur-
" quoi je dis que la marine canadienne, tout en étant en premier lieu
(1) On trouvera à la pièce justificative 70 le texte anglais des propositions et d'assez
Intéressantes déclarations de M. DOHERTY et de M. NANTEL, futurs ministres dans le
cabinet Borden.
(2) "Gouvernement" doit être pris Ici dans le sens de "ministère."
— 220 —
" pour la défense de nos côtes, n'est après tout qu'une succursale de la
" marine impériale en temps de paix, et deviendra partie intégrante de
" la Marine Royale lorsque retentira le cri de guerre" (7950).
Il s'efforce de démontrer que le parti libéral peut à bon droit ré-
clamer le mérite de tous les actes positifs d'impérialisme, accomplis au
Canada. Il rappelle, pour le conspuer, le refus de sir John Macdonald
de faire participer le Canada à la guerre du Soudan. Il tire gloire, pour
le ministère et le parti libéral, de la contribution du Canada à l'infâme
guerre d'Afrique (7953-62).
Ce discours fut le dernier mot du ministère. C'était aussi le plus
sincère; il donnait la portée exacte de la loi; il dévoilait le fond de la
pensée de ceux qui l'avaient conçue et imposée à M. Laurier.
La session fut prorogée le 4 mai. Le discours du Trône contenait
ce paragraphe:
" La loi créant un service maritime " — définition prudemment
mitigée de la flotte de guerre — " qui s'est révélé une nécessité urgente
" en présence du développement extraordinaire du Canada, devenu du-
" rant ces dernières années une nation au sein de l'Empire britannique,
" est le couronnement d'une politique que l'on a toujours eue en vue
"depuis les premiers jours de la Confédération" (9299).
Il était impossible d'accumuler en si peu de mots plus de faussetés
historiques et constitutionnelles et de dénaturer plus audacieusement
l'origine et les motifs de cette mesure révolutionnaire. Il n'est guère
probable que lord Grey ait éprouvé le moindre scrupule à prendre la
responsabilité officielle de cette duperie: elle servait trop bien les
desseins des impérialistes.
Agitation contre la Loi navale
M. Monk, déjà profondément atteint par la crue'.Ie maladie qui devait
l'emporter, avait quitté le parlement presque au lendemain du vote sur la
deuxième lecture du projet de loi. D'un séjour assez prolongé aux Etats-
Unis, il rapporta, avec un regain passager de forces physiques, des rensei-
gnements précieux sur le coût d'une flotte de guerre et de l'établissement
de bases navales de ce côté-ci de l'océan. Les conservateurs du Québec le
pressaient vivement d'entamer une vigoureuse campagne de tribune contre
la politique navale du ministère. Quelques-uns étaient sincères; la plu-
part ne songeaient qu'à exploiter contre le parli libéral la répugnance ins-
tinctive des Canadiens-français pour le militarisme et surtout, pour toute
mesure tendant à accroître les charges du pays au bénéfice de l'Angleterre.
M. Monk dites ait d'instinct les luttes publiques et l'agitation populaire.
Profondément dégoûté de la politique, déjà frappé à mort, il hésitait à en-
treprendre cette lutte ingrate et ardue. D'autre part, ses profondes con-
victions nationalistes, mûries par l'étude de l'histoire et l'observation des
courants contemporains de l'Empire britannique et du monde, le pous-
saient à tenter cet effort suprême. Il me fit l'honneur de me communi-
quer ses pensées et ses désirs, et aussi ses hésitations, lesquelles ne te-
naient qu'à son défaut d'endurance physique. Il se sentait incapable de
poursuivre une campagne, si je n'en assumais la direction effective et la
plus large part. Il avait cependant décidé de porter la parole à une
— 221 —
grande assemblée publique, convoquée par ses amis conservateurs, à
Saint-Eustache, le dimanche 17 juillet. Il me supplia de l'accompagner
et d'y prendre la parole.
Ce fut à mon tour d'éprouver de vives et profondes hésitations — pour
d'autres motifs que ceux du dépuié de Jacques-Cartier. Désillusionné de-
puis plus longtemps que lui sur la valeur morale des politiciens de parti,
je n'accorda'is qu une médiocre confiance à la sincérité de >\a plupart des
conservateurs qui m'adjuraient de me joindre à M. Monk pour mener la
lutte contre l'impérialisme. Cependant, il me paraissait à la fois impoli-
tique et injuste de refuser mon concours à un homme public éminemment
honorable, au moment où il se préparait à adhérer publiquement et sans
réserve à une doctrine politique que j'avais posée dix ans auparavant et à
laquelle j'avais consacré tant d'efforts et de luttes. Ce. te pensée l'emporta
sur toute autre considération. Je consentis à accompagner M. iMonk à
Saint-Eustache et même à poursuivre avec lui une campagne d'éducation
populaire. J'y mis toutefois une condition absolue : combattre avec une
égale vigueur la politique impérialiste des deux partis. Ce n'était pas seu-
lement la loi navale, imposée par les 'impérialistes au ministère libéral et
par celui-ci au pays, ni le projet de contribution suggéré par M. Borden,
qu'il fallait détruire; c'était le principe commun de ces deux politiques:
l'impérialisme anglais, c'est-è-dire la participation du Canada, sous une for-
me quelconque, à la défense générale de l'Empire et aux guerres de la Gran-
de-Bretagne, étrangères au pays. Je représentai à M. Monk l'importance,
la nécessité même de définir nettement, dès le début, le caractère et le
terrain de la lutte. M. Monk tomba d'accord avec moi sur tous ces points.
A sa demande, je rédigeai, séance tenante, la déclaration de principes qui
devait être soumise à la réunion de Sainl-Eustache. Nous étions alors au
jeudi. M. Monk emporta ce projet de résolutions afin de l'étudier à loi-
sir. Il me le remit le lendemain, sans y avoir apporté aucune modifica-
tion de fond. Il me déclara qu'il y voyait l'expression exacte et entière
de ses propres opinions.
Résolutions de Saint-Eustache
Afin d'éviter toute dispute et toute équivoque, je fis publier cette pièce
intégralement, dès le samedi soir, dans le Nationaliste qui porte la date
du dimanche, 17 juillet 1910 (1). En voici le texte :
" Nous, citoyens du Canada, fidèles sujets de Sa Majesté le Roi Georges
" V, nous déclarons prêts à défendre, au prix de no!re sang, le sol de notre
" patrie et les droits de la Couronne britannique au Canada, ainsi que nos
"pères l'ont fait en 1776 contre les sujets Anglais de Sa Majesté, en 1812,
" contre les armées de la République américaine, et comme nous l'avons fait
"en 1885, contre nos propres concitoyens en révolte.
" Mais, confiants dans la grandeur et l'efficacité des principes de décen-
" tralisation et d'autonomie, solennellement proclamés et reconnus, depuis
"plus d'un demi-siècle, par les autorités de la' Grande-Bretagne et cel!es du
" Canada, nous sommes opposés à toute politique nouvelle qui nous entraî-
(1) Elle parut aussi dans le Devoir du lundi, 18 juillet. On voit que le public a été
loyalement averti des motifs et de l'objet de la campagne menée sous la direction de M.
Monk.
— 222 —
" nerait dans des guerres lointaines, étrangères au Canada, aussi longtemps
" surtout que les colonies autonomes de l'Empire ne partageront pas avec
" la mère patrie, et sur un pied d'égalité, l'autorité souveraine dont relèvent
" l'armée et la flotte impériales, les Iraités de paix et d'alliance, les relations
" étrangères, le gouvernement des Indes et des possessions de la Couronne.
"Nous croyons sincèrement que cette politique de concentration et
" d'apparente unité impériale, dont la nouvelle loi navale n'est qu'un pre-
" mier jalon, produira au sein même de l'Empire, des malentendus, des ri-
" valités et des conflits qui mettront en danger la paix et l'union des pays
" nombreux et des peuples de toutes races qui, aujourd'hui, sont fiers
" d'obéir à la Couronne anglaise.
" N'ayant jamais été pour la Grande-Bretagne et pour l'Empire la
" cause d'aucun conflit, nous croyons qu'une politique de paix et de dé-
" veloppement moral et matériel est nécessaire au Canada, à sa crois-
" sance et à sa cohésion, et, par suite, à la gloire et à la sécurité de l'Em-
" pire.
" Citoyens libres d'un pays démocratique, nous réclamons le droit d'ex-
" primer hautement notre opinion sur celte question comme sur toute autre
"qui affecte le sort et les intérêts du Canada. Nous reconnaissons à la
" majorité du peuple canadien le droit de déterminer une orientation nou-
" velle dans nos relations avec les autres parties de l'Empire, pourvu qu'elle
" le fasse en toute connaissance de cause.
"Mais nous protestons contre toute tentative de soustraire ce grave
" problème aux libres délibérations du peuple canadien tout entier et de
" chacun des groupes qui le composent.
" Nous désavouons les déclarations faites à Toronto, en décembre der-
" nier, par M. Alexandre Taschereau, ministre provincial des Travaux Pu-
" blics, qui a prétendu faussement que le peuple de Québec est prêt à accep-
" ter aveuglément toute politique de défense navale de l'Empire et nous
" blâmons les membres du gouvernement et de la législature de la province
" qui ont ratifié ces déclarations par leur vote, le 2 juin dernier.
"Nous blâmons le ministère fédéral et la majorité parlementaire qui
" ont imposé au Canada cette nouvelle loi navale, lancé le pays dans le gouf-
"fre du militarisme, dénoncé naguère avec tant d'énergie par sir Wilfrid
" Laurier, mis en danger la paix du Canada et détourné vers la construc-
" Lion d'engins meurtriers et la préparation de guerres sanglantes des mil-
" lions destinés au développement de notre agriculture et de nos voies de
" transport.
"Nous censurons également l'attitude de M. Borden et des députés de
" l'opposition qui, à sa suite, ont réclamé l'adoption d'une politique non
" moins néfaste.
" Nou affirmons que le parlement n'avait aucun droit d'engager ainsi
" l'avenir du Canada dans une politique qui n'a jamais été soumise au peu-
" pie appelé à payer l'impôt du sang et à porter le joug des dépenses militai-
" res.
"Nous approuvons sans réserve la conduite courageuse et loyale de
"M. Monk et des rares députés fidèles à leur mandat, qui ont démontré les
"dangers de cette politique et réclamé pour le peuple du Canada le droit
— 223 —
"d'exprimer sa volonté, avant que ses mandataires ne lui imposent ce
"lourd fardeau."
Dès le dimanche matin, la plupart des manifestants avaient lu cette
déclaration de principes. Quelques-uns se montrèrent assez ennuyés du
court paragraphe censurant "l'attitude de M. Borden et des députés de
l'opposition qui, à sa suite, ont réclamé l'adoption d'une politique non
moins néfaste " que celle du ministère. Ils firent part de leur mécon-
tentement au député de Jacques-Cartier. D'un mot, M. Monk mit fin à la
dispute : " Je considère, dit-il, qu'en tout ceci nous devons agir avec la
plus entière franchise." Cette parole est révélatrice : elle dévoile à la
fois le caractère de l'homme qui la prononçait et les calculs de ceux qui
l'avaient provoquée.
La manifestation obtint un succès considérable. Les résolutions
furent lues et acclamées par la foule, après une demande réitérée de
partage des voix.
L'assemblée de Saint-Eustache fut suivie d'une série de réunions
populaires dans toutes les parties de la province: Saint-Henri, Saint-
Hyacinthe, Vaudreuil, Longue-Pointe, Saint-Jean, Saint-Rémi, Farnham,
C-rand^ère, etc., etc.
A chacune de ces assemblées, les résolutions de Saint-Eustache fu-
rent lues et acclamées. Au nombre des orateurs qui nous accompagnè-
rent, M. Monk et moi, et qui dénoncèrent comme nous, souvent avec plus
de violence que nous, la loi navale, " la politique non moins néfaste de
M. Borden " et toute forme de participation à la défense navale de l'Em-
pire, se trouvaient MM. NANTEL, CODERRE, BLONDIN, PATENAUDE,
— futurs membres du ministère conservateur qui n'a pas fait abroger la
loi navale et qui a fait adopter la politique "non moins néfaste" dénon-
cée par ces messieurs ; — PAQUET, SEVIGNY, LESPERANCE, RAIN-
VILLE, MONDOU, — futurs députés conservateurs ; — COUSINEAU,
SAUVE, députés à l'Assemblée législative.
Élection de Drummond- Arthabaska
Cette campagne aboutit à l'élection de Drummond-Arthabaska, dont
M. Patenaude, aujourd'hui ministre du Revenu de l'Intérieur, fut le prin-
cipal organisateur. C'est au cours de cette lutte électorale que M. Blon-
din, futur vice-président de la Chambre, puis secrétaire d'Etat, arrangea
si bien — en plagiant Chapleau, du reste, — le drapeau britannique
"troué par les balles des insurgés de 1837 afin d'y laisser passer l'air de
la liberté."
M. Armand Lavergne fit la lutte avec la belle vaillance et la loyale
franchise qui ont marqué toutes ses attitudes.
L'élection se termina par le triomphe du candidat "autonomiste".
C'est la désignation que les conservateurs dissidents avaient adoptée,
afin de marquer leur séparation du parti tory, sans se compromettre
définitivement avec les nationalistes (1).
(1) Contrairement à ce que l'on a dit et parfois pensé, je n'avais nullement tenté
d'imposer l'étiquette nationaliste aux conservateurs dissidents. J'ai toujours cru et je
crois encore que le nationalisme est, comme l'impérialisme, une doctrine d'ordre général
qui ne doit pas être rétrécie à la mesure d'un parti ou d'une faction. Elle doit rester
— 224 —
Cette victoire, remportée dans une circonscription foncièrement
libérale, où le prestige et l'influence personnelle du premier ministre
étaient plus marqués que partout ailleurs, fut un coup de foudre révé-
lateur pour tout le monde. Elle démontrait que l'opinion publique était
nettement opposée aux tendances impérialistes des deux partis. Nous
jugeâmes oportun d'en marquer le caractère et la portée décisive. A
une réunion monstre convoquée à Montréal pour célébrer le triomphe
du nationalisme sur l'impérialisme, nous fîmes ratifier ce voeu:
" Cette assemblée acclame le résultat de l'élection de Drummond et
" Arthabaska comme le triomphe du principe de l'autonomie du Canada.
"Cette victoire justifie avec éclat l'attitude de M. Monk, député de Jac-
" ques-'Cartier, sur la loi de la marine et celle des députés qui l'ont
" appuyé.
" Elle indique que le peuple veut être consulté avant d'être entraîné
" dans une politique nouvelle de militarisme impérial.
"Cette assemblée approuve et ratifie le verdict rendu par la cir-
" conscription électorale de Drummond et Arthabaska, réitère la volonté
" du peuple canadien de défendre les droits de la Couronne britannique
" au Canada, se déclare prête à approuver toutes les mesures nécessaires
" et efficaces pour assurer la défense du territoire canadien, mais con-
" sidère comme contraire au principe de l'autonomie du Canada et à la
" réelle unité de l'Empire, toute politique tendant à imposer au Canada,
" qui n'a aucune voix dans le gouvernement de l'Empire, une part quel-
" conque de ses charges extérieures et de sa défense militaire en dehors
" du territoire canadien — la seule partie de l'Empire sur laquelle le
" peuple canadien puisse exercer une action politique et constitution-
"nelle" (Longs applaudissements) (1).
M. Borden emboîte le pas à M. Monk
A quelques jours de là, le parlement se réunissait de nouveau. M.
MONK eut toute occasion d'allonger la série de ses expériences sur la bas-
sesse et la versatilité des politiciens de parti. Six mois auparavant, les
pontifes du torysme l'avaient à peu près excommunié. Vainqueur du mi-
nistre, il fut accueilli à bras ouverts par les plus impérialistes d'entre les
torys. Au cours du débat sur l'Adresse, il proposa Y amendement sui-
vant :
" Cette Chambre regrette que le discours du Trône n'Indique en aucune
"manière que le gouvernement ait l'intention de consulter le peuple au
" sujet de sa politique navale et de la question générale de la contribution
" du Canada aux armements de l'empire "(2).
accessible aux honnêtes gens de tous les partis. Et puis, je n'avais pas une foi aveugle
dans la sincérité ou la constance de plusieurs "autonomistes" d'occasion: je ne tenais
nullement à les voir arborer notre drapeau jusqu'au jour où ils trouvera'ent commode
ou avantageux de le remettre en poche. La suite des événements a prouvé que cette mé-
fiance n'était pas exagérée.
(1) Devoir du 10 novembre 1910.
(2) Débat* de la Chambre des Communes. 1910-11 (version française) col. 141. On
trouvera le texte anglais de cette motion et de celle de M. Borden à la pièce justificative
70. Les deux citations qui suivent sont également empruntées à la version française.
— 225 —
Le leader de l'opposition, M. BORDEN, proposa en sous-amende-
ment:
"Nous prions Voire Excellence de croire à l'attachement inaltérable
"et au parfait dévouement du peuple du Canada pour la Couronne britan-
" nique comme aussi de [à] son désir et de [à] sa volonté de satisfaire
"à toutes les justes responsabilités qui incombent à ce pays comme na-
** tion entre celles qui composent l'Empire. Nous désirons cependant
M exprimer notre regret de ce que le gracieux discours de Votre Excel-
" lence ne donne aucune indication quelconque d'une intention de ses
" conseillers de consulter le peuple sur la politique navale du Cana-
"da" (238).
Lorsque cette motion eut été rejetée par la majorité libérale accrue des
votes de M. Monk et de ses partisans autonomistes, tous les députés con-
servateurs, à l'exceplion de MM. Fosler et Hughes, emboîtèrent le pas à M.
Monk et votèrent sa proposition. C'était prendre l'engagement implicite
de soumettre au peuple toute politique de contribution à la défense de
l'Empire. M. BORDEN, en motivant son adhésion conditionnelle à la mo-
tion de M. Monk, le 24 novembre 1910, s'y était formellement obligé :
" On pourra, avec raison, nous demander ce que nous ferions de cette
" grave question si nous étions au pouvoir aujourd'hui. Il me semble que
" notre devoir est tout tracé :. . . l'administration se rendra compte et saura
" si les circonstances dans lesquelles se trouve en ce moment l'empire sont
" graves ou non en ce qui a trait à la défense navale. Si nous étions
" au pouvoir, nous nous efforcerions d'obtenir sur cette question une ré-
ponse simple et claire, et si celte réponse, basée sur l'assurance du gou-
" vernement de la mère patrie et sur le rapport des experts de l'Amirauté,
" comportait, comme je le pense, la nécessité d'une action prompte et effec-
" tive de la part de ce pays, je demanderais au Parlement de voter l'aide
" que les circonstances commanderaient et, faute par le Parlement d'y
" consentir, j'en appellerais du Parlement au peuple. Quant à savoir si
" le peuple a le droit d'être consulté dès qu'il s'agit d'une politique en-
" gageant l'avenir, cela, pour moi, ne fait pas de doute.
" En supposant que le Canada décide de contribuer à la défense
" de l'empire dans son ensemble, doit-il le faire sans que nous ayons voix
"dans les conseils impériaux touchant les décisions à prendre pour la paix
"ou la guerre dans les diverses parties de l'Empire? Cela ne me paraî-
" trait guère juste et je ne pense pas que le peuple canadien y consentirait
"volontiers Voilà des questions qu'il serait bon d'étudier sérieuse-
" ment avant de formuler une politique permanente. Cette politique une
" fois bien conçue et clairement expliquée au peuple, le gouverne-
" ment (1), quel qu'il soit, devrait appeler la population à se prononcer
" pour approuver ou désapprouver le projet et obéir à ses volontés "
(237-8).
Comme l'année précédente, on le constate, M. Borden affirme de nou-
veau que les colonies ont le droit d'être représentées dans le gouverne-
ment de l'Empire avant de participer à sa défense générale. Il se rallie
(1) "Gouvernement" est évidemment employé ici dans le sens de "ministère." Le texte
anglais de cette citation est contenu à la pièce justificative 70. Il est plus précis et plus
formel que la version française
— 226 —
nettement à l'opinion de M. Monk que le peuple a le droit d'être consulté
avant d'être lié à un mode quelconque de contribution. Ses dernières
paroles indiquent même que cette consultation doit prendïe la forme plé-
biscitaire. En effet, comment un ministère pourrait-il " obéir aux
volontés " du peuple si sa politique était condamnée dans une élection
générale? Il ne lui resterait alors d'autre alternative que la démission,
qui exclue nécessairement l'exécution par le ministère défait du verdict
populaire.
Ces paroles et ce vote constituent la dernière attitude de M. Borden
au parlement, sur cette question, avant la dissolution des Chambres.
Le débat dura plus d'une semaine. Il ne contient aucune expression
d'opinion remarquable ou nouvelle sur les divers aspects du problème im-
périaliste. Il est surtout rempli de récriminations aigres ou violentes au
sujet de l'élection de Drummond-Arthabaska.
iL'atïention (fut bientôt détournée de la question navale par la divulga-
tion des termes du traité de réciprocité conclu avec les Etats-Unis. Tout
indique que le premier ministre s'était laissé entraîner dans ce guêpier
afin d'apporter un dérivatif à l'attention publique. Il espérait conserver
ses positions dans le Québec et gagner assez de sièges dans les provinces
de l'Est et de l'Ouest pour compenser ses pertes probables dans l'Ontario.
Mais cette question et les débats violents et prolongés qu'elle suscita au
parlement et dans tout le pays n'entrent pas dans le cadre de cette étude.
Conférence Impériale de 1911
Le 19 mai, la session fut ajournée au 1S juillet, afin de permettre au
premier ministre de prendre part aux délibérations de la Conférence Impé-
riale. Ce seul fait marque à quel point les préoccupations impérialistes ont
déplacé en peu d'années, dans l'esprit des politiciens du Canada, le souci
des intérêts nationaux. Le parlement canadien était alors saisi de deux
questions urgentes et d'importance capitale. Et cependant, il en suspend
l'étude et en ajourne la solution à deux mois afin de permettre au chef
de l'Elat d'aller à Londres traiter de questions dont la solution n'affecte
qu'indirectement les intérêts nationaux. Cartier et Macdonald n'auraient
jamais oublié à ce point leur rôle de chefs de la nation canadienne. M.
Laurier et M. Borden eux-mêmes n'y auraient pas songé dix ans plus tôt (1).
Le premier ministre était accompagné du ministre de la Milice, sir
Frederick BOBL>EN, et du ministre de la Marine, M. BBODEUB. C'était
la première réunion plénière.. depuis la réorganisation décrétée en 1907.
Le premier ministre du Canada en était le doyen : de tous les délégués
britanniques ou coloniaux, il était le seul qui eût pris part aux délibérations
(1) Dès la séance d'ouverture de la Conférence, sir Wilfrid Laurier souligne l'impor-
tance et la rapidité de cette évolution: "Le plus important des résultats obtenus a été de
" substituer au genre de Conférences coloniales éphémères qui s'étaient réunies précé-
" demmcnt, un véritable régime impérial de conférences périodiques entre le gouverne-
" ment de Sa Majesté dans le Royaume-Uni et les gouvernements de Sa Majesté dans les
" possessions d'outremer, pour la discussion des intérêts communs." Impérial Conférence
1911, Cd 5745, p. 24.
— 227 —
des trois Conférences précédentes : 1897, 1902 et 1907 (1). Comme en
1907, il avait refusé de se lier par un programme quelconque. II avait
même, cette fois, dans sa réponse à llnvifatlon du ministre des Colonies,
poussé la prudence jusqu'à n'exprimer aucune opinion sur le programme
des autres gouvernements. Il s'était borné à faire écrire par lord Grey à
M. Harcourt (2) que le gouvernement canadien " accueillerait avec plaisir
" toute propostion tendant à uniformiser, autant que possible, les lois de
" naturalisation des diverses possessions de Sa Majesté " (3).
Cette discrétion faisait contraste avec la longue liste des multiples
mesures suggérées par les gouvernements de l'Australie et de la Nouvelle
Zélande. Elle était du reste conforme au tempérament et à la tactique
usuelle de M. Laurier, qui a fait de l'opportunisme l'inspiration cons-
tante et le seul fond de toute sa carrière. Il voulait, comme toujours, rester
libre d'évoluer en tous sens, au gré des courants populaires et des exi-
gences du moment.
La Conférence s'ouvrit le 23 mai, sous la présidence de droit du pre-
mier ministre du Royaume Uni, M. ASQUITH. L'éminent homme d'Etat
accueillit les délégués des colonies par quelques paroles dans sa manière
habituelle. Sous l'imprécision voulue des termes et le voile modeste d'un
langage sans apprêts, il insinue habilement la pensée des maîtres de l'Em-
pire. L'union impériale doit reposer sur la reconnaissance entière de l'au-
tonomie de chacun des pays d'Empire. "This is, hère at home and
throughout the Dominions, the life-blood of our polity. It is the articu-
lus stantis aut cadentis Imperii " (4).
Il écarte d'avance, comme sans y prendre garde, les projets ambitieux
des coloniaux sur la réorganisation politique de l'Empire. Il concentre
l'attention sur le problème de la défense impériale. Afin de mettre les
représentants des Colonies à l'aise, il leur annonce que cette question sera
discutée en secret, derrière la porte soigneusement close de l'Impérial
Defence Committee. C'est là que les ministres de la Guerre, de la Ma-
rine et des Affaires Etrangères dévoileront tous leurs secrets aux délé-
gués des Colonies (p. 23).
Cette tactique était habile. Elle atteignait les coloniaux à deux
endroits fort sensibles. La condescendance des dieux de l'Empire flattait
leur vanité de parvenus. La promesse du secret apaisait leur crainte de
voir l'opinion nationale éveillée par la discussion publique des questions
de guerre et d'organisation militaire.
(1) La réunion de 1909 n'était qu'une conférence "subsidiaire": c'est l'expression
employée en 1907 pour désigner les réunions convoquées pour un objet particulier, d'exé-
cution immédiate. Comme dans tous les corps délibérants, ces conférences "subsidiai-
res," qu'on pourrait appeler les commissions executives de la Conférence Impériale, font
plus de besogne, quoique avec moins d'éclat, que les assemblées plénières.
(2) Successeur au ministère des Colonies de Lord Crewe, permuté au département
des Indes.
(3) Correspondence relatin? to the Impérial Conférence, 1911 — Cd 5513, p. 13 et 14.
(4) Minâtes of Proceedingrs of the Impérial Conférence, 1911 — Cd 5745 — p. 22. Toutes
les autres citations qui suivent sont extraites ou traduites de ce rapport. Le chiffre de
la page est indiqué après chaque citation. Les pièces soumises à la Conférence forment
un autre volume — Cd 5740-1. Le compte rendu des arrangements conclus avec l'Ami-
rauté et le War Office a été publié à part: — Cd 5746-2. Tous ces documents ont été réim-
primés au Canada: Sessional Papers 208c et 208d. 1911.
— 228 —
Au premier de ces mobiles, sir Wilfrtd LAURIER était probablement
moins accessible que tout autre ; mais le second le hanlait. Il se sentait
surveillé, au Canada, de plus près qu'il ne l'avait jamais été, et par les
nationalistes, et par les impérialistes. Aussi fut-il le premier à intervenir
pour faire écraser dans l'oeuf la proposition des délégués de la Nouvelle
Zélande d'ouvrir au public les portes de la salle des délibérations. Les
premiers ministres de l'Australie, de l'Afrique Sud et de Terreneuve s'uni-
rent à luî; et la proposition fut écartée d'emblée, au grand contentement
de M. Asquith (p. 29-32).
Conseil de l'Empire — M. Laurier, mi- nationaliste,
mi- impérialiste
La Conférence se met ensuite à l'étude dti programme suggéré par la
Nouvelle Zélande. Le premier article est le projet de constitution d'un
" Conseil d'Etat impérial ", chargé " d'aviser le gouvernement impérial
sur toutes les questions affectant les intérêts des possessions d'outre-
mer" (p. 46).
A l'appui de cette proposition, le premier ministre de la Nouvelle
Zélande, sir Joseph "WARD, prononce un interminable discours qui occu-
pe presque deux séances tout entières. D'un pot-pourri d'idées disparates,
de suggestions biscornues et de projets mal conçus, il surnage quelques ob-
servations justes :
" Si toutes les possessions d'outremer se mettent en situation de payer
" tribut au trésor impérial pour la création et l'entretien d'une flotte im-
" périale, elles ont assurément droit à une voix délibérative quelconque
" — proportionnée peut-être à leur importance et au chiffre de leur con-
" tribution — sur cette question vitale : la paix ou la guerre " (p. 47).
C'est exactement, l'on s'en souvient, l'attitude prise en 1910 par M.
Borden et M. Doherty.
" Le moment est arrivé de former une association (partnership)
" pour la gouverne des affaires véritablement impériales. La question
"qui se pose est celle-ci: sur quelle base placer cette association? Elle
" ne peut certainement pas demeurer sur la base des relations actuelles.
"Une association ne mériie pas ce nom si elle ne donne pas aux associés
" une voix délibérative quelconque sur l'objet le plus vital de l'associa-
tion" (p. 48).
M. Asquith, dans son discours d'ouverture, avait insisté sur les avan-
tages de l'élasticité imprécise qui caractérise les institutions britanniques.
"Je reconnais comme lui ", dit M. Ward, " la pleine justesse de cette obser-
" vation. Une constitution rigide ne répond pas au génie de notre peuple ;
"mais une constitution rigide est une chose et l'entière absence de tout
" régime impérial défini en est une autre " (p. 49).
" Ce que je veux faire comprendre, c'est que si les habitants de la
" Nouvelle Zélande doivent assumer une responsabilité dans les matières
" qui touchent à la défense navale de l'Empire tout entier ils ont le
" droit d'être représentés dans un corps quelconque qui aura le pouvoir
"de décider quand la Nouvelle Zélande fera la guerre..." (p.. 61).
— 229 —
La justesse de ces principes et de ces propositions est indéniable. M.
Ward se donne l'extrême tort de les appuyer d'un projet mal digéré et
fort maladroitement présenté. Le texte de sa motion suggère la création»
d'un Conseil d'Etat purement consultatif (advisory). Dans son plai-
doyer, il réclame et justifie l'établissement d'un véritable parlement de
l'Empire. Il en restreint la juridiction, il est vrai, aux seuls pouvoirs de
direction liés à la défense navale de l'Empire ; mais au cours de la discus-
sion, il est forcé d'admettre que, pour atteindre son objet, ce " parlement
de la défense navale " devra déterminer la politique étrangère et prélever
des impôts sur tous les pays autonomes de l'Empire (p. 61-62).
Il ne pouvait mieux prêter le flanc aux bottes redoutables des deux
plus habiles tacticiens de la Conférence. M. LAURIER saute sur la ques-
tion des impôts. En quelques paroles, il démontre que le corps délibérant
suggéré par M. Ward se substituerait aux parlements actuels, des colonies
dans l'exercice de la plus précieuse et de la plus antique prérogative des
communautés britanniques: celle de voter les impôts et d'en déterminer
l'emploi (p. 67-68). Cette attitude convenait à merveille à M. Laurier :
elle lui permettait de se placer sur le terrain de l'autonomie coloniale
pour mieux servir les desseins des impérialistes anglais. C'était faire
coup double.
Domination impériale :— "That authority cannot be shared"
M. ASQUITH s'attache, lui, à la question des affaires étrangères. L'or-
gueil britaninque lui fait même oublier sa prudence habituelle et les pré-
cautions sinueuses de sa dialectique d'avocat. D'un mot brutal et hautain,
il écrase toutes les prétentions coloniales passées, présentes et futures.
Cette parole a été maintes fois cilée ; elle vaut d'être rappelée et gardée
en mémoire, dans toute la force et la saveur du texte original :
" What does Sir Joseph Ward's proposai corne to? I might describe
" the effect of it without going into détails in a couple of sentences. It
" would impair if not altogether destrou the authority of the Govern-
" ment of the United Kingdom in such grave matters as the conduct of
" foreign policy, the conclusion of treaties, the déclaration and main-
" tenance of peace, or the déclaration of war and, indeed, ail those re-
" lotions with Foreign Powers, necessarily of the most délicate character,
" which are now in the hands of the Impérial Government, subject to its
" responsibility to the Impérial Parliament. THAT AUTHORITY CAN-
" NOT BE SHARED, and the co-existence side by side with the Cabinet
" of the United Kingdom of this proposed body — if does not matter by
" what name you call it for the moment — clothed with the functions
" and the jurisdiction which Sir Joseph Ward proposed to invest it with,
" would, in our judgment, be absolutely fatal to our présent system of
" responsible government" (p. 71).
Cette fois, il n'y a pas à s'y méprendre. C'est bien l'antique concep-
tion romaine : la race impériale gouverne l'Empire, les barbares des
provinces lui fournissent ses légions. Cetie parole décisive révèle toute
la pensée anglaise. C'est la vraie réponse, la seule sincère et complète,
aux aspirations des impérialistes coloniaux, telles que M. Borden les avait
— 230 —
exprimées l'année précédente. Nous verrons que cette équivoque se mani-
festera de nouveau en 1912 et qu'elle subsiste aujourd'hui.
Les prétentions coloniales écartées, il ne reste plus qu'à faire accep-
ter aux délégués des " nations soeurs " les mesures propres à accroître
les charges impériales qu'ils avaient assumées en 1909. On pourrait
croire que la dure rebuffade de M. Asquith a indisposé les premiers minis-
tres des colonies. Tout au contraire, ils n'ont jamais eu l'échiné aussi
souple. Chacune des délibérations marque un triomphe pour les ministres
britanniques. Ils font écarter toutes celles des propositions des colonies
qui pourraient les gêner. Ils font accepter toutes leurs suggestions. Je
n'en mentionne qu'une.
Déclaration de Londres — Triomphe de sir Edward Grey
En 1909, le gouvernement britannique a apposé sa signature à la
convention internationale désignée sous le nom de Déclaration de Londres.
Les Ausiraliens s'en montrent fort indignés. A tort ou à raison, ils
croient que les règles nouvelles de droit international, touchant la guerre
navale et le commerce maritime, menacent particulièrement leur situa-
tion et leurs intérêts. Ils ont fait inscrire au programme de la Conférence
un projet de résolution qui comporte une véritable censure du gouverne-
ment britannique. Au moment même où la Conférence se réunit, l'adhé-
sion de la Grande-Bretagne à la Déclaration de Londres fait l'objet d'une
dispule violente au parlement et dans tout le Royaume Uni. Plus de
deux cents officiers supérieurs de la flotte et la plupart des Chambres de
Commerce ont pétitionné au parlement contre la ratification du traité. A
quelques jours de là, Ils obtiendront gain de cause à la Chambre des Lords
qui déchirera, sans aucun scrupule, la signature du représentant du Roi (1).
Au moment où la Conférence Impériale est saisie de la question, le
parlement britannique n'a pas encore rendu sa décision. Il est donc de la
plus haute importance, pour les ministres anglais, d'empêcher les représen-
tants des colonies de joindre leurs attaques à celles des dénonciateurs de
la convention (2). C'est sir Edward GREY, ministre des Affaires Etran-
gères, qui se charge de parer le coup. Il le fait avec la merveilleuse habi-
leté qui a marqué toute sa carrière — habileté faite de franchise et de sang-
froid autant que de doigté et d'une profonde connaissance des hommes,
si rare chez les Anglo-Saxons. Il remporte un triomphe complet. Non-
seulement fait-il écarter la motion de censure des Australiens : il réussit
à faire voter à l'unanimité une proposition nettement approbative: " The
" Conférence, after full considération and debate, approues the rati-
" fication of the Déclaration of London" (p. 15 (3). Les délégués de
l'Australie se font inscrire comme " abstentionnistes ". Mais, auparavant.
(1) Depuis que hi guerre est commencée, le gouvernement britannique a tantôt invo-
qué, tantôt répudié, selon ses besoins, les articles de la Déclaration de Londres. La
"sainteté des traités", aux yeux des hommes d'Etat anglais, n'est pas un article de con-
sommation nationale. '
(2) Ce seul fait aide à comprendre l'insistance que les ministres britanniques ont
toujours mise à demander aux gouvernements des colonies de leur envoyer, longtemps
d'avance, le programme qu'!ls se proposent de soumettre à la Conférence Impériale. Ce»
maîtres politiques savent que "gouverner c'est prévoir."
(3) Le compte rendu de la discussion couvre les pages 97 à 134.
— 231 —
M. Asquith prend soin de faire déclarer au premier ministre du Common-
wealth, M. FISHER, qu'il n'est pas opposé à la motion de sir Edward
Grey (p. 134).
Sir Wilfrid LAURIER s'est employé avec un zèle inusité à assurer le
succès des voeux du gouvernement britannique. C'est pourlant au cours du
même débat qu'il se prononce nettement contre la consultation des colonies
en matière de politique étrangère, de crainte, dit-il, de les voir entraînées
dans toutes les guerres de l'Angleterre (p. 117). Du reste, après avoir
combattu l'idée, il en vote l'expression. Il appuie tacitement une motion
formulée par sir Edward Grey lui-même et comportant l'engagement du
gouvernement britannique de consulter les colonies avant de négocier les
"conventions iniernationales qui pourraient affecter les Dominions" (p. 15
et 132) — (1).
Impérialisme militaire — Portes closes
L'attitude de la Conférence de 1911 sur les problèmes de guerre et de
défense est significative. Elle marque nettement les tendances dangereuses
de ce nouvel organisme de gouvernement. Tout ce qui touche à la par-
ticipation des colonies à la défense de l'Empire, sur terre ou sur mer, est
totalement éliminé du compte rendu des délibérations. En conformité de
la décision prise par les ministres britanniques et acueillie avec tant d'em-
pressement par les délégués des colonies, ce grave problème, le plus im-
portant, de l'aveu même de M. Asquith, n'est étudié et discuté qu'à l'abri
des portes closes de YImperial Defence Committee. J'analyserai dans
un instant la nature et la portée des décisions de cette junte de l'Empire,
ou plutôt, de ce qu'elle en a laissé transpirer.
A la séance de clôture, le 20 juin, M. ASQUITH, président de la
Conférence et premier ministre de l'Empire — il a bien gagné ce titre
d'autorité suprême — résume ainsi les délibérations du comité :
" This is the first time — and this Conférence will be significant in
" memory in that respect — when, in Mr. Fisher's happy phrase, the
" représentatives of the Dominions hâve been admitted, as it were, into
" the interior, into the innermost parts of the Impérial household : what
" in the old classical phrase were called the arcana Imperii hâve been
" laid bare to you without any kind of réservation or qualification."
Quelle place les représentants des colonies occupent dans la " mai-
son impériale ", quel rôle passif et subordonné ils y jouent, nous le
verrons lorsque nous prendrons connaissance de la dépêche de M. Har-
court, expliquant la naiure et l'étendue des pouvoirs du Comité de la
Défense (2).
(1) Tout ce qui a été publié de ces intéressantes délibérations porte la trace des
services rendus par le premier ministre du Canada aux représentants du gouvernement
britannique. M. Laurier éprouvait manifestement le besoin de s'assurer le bon vouloir
des autorités impériales afin de combattre les attaques dont le traité de réciprocité et la
loi navale étaient l'objet de la part des impérialistes- canadiens.
Sur tous ces points, j'ai donné quelques indications précises dans ma brochure "La
Conférence Impériale et le rôle de M. Laurier", Montréal, 1911. J'ai également noté la
désinvolture avec laquelle M. BUXTON, secrétaire du Board of Trade (ministre du Com-
merce), se débarrassa des instances des coloniaux qui tentèrent en vain de faire recon-
naître leur droit de légiférer sur le commerce en haute mer des "nations soeurs".
(2) Pièce justificative 72.
— 232 —
" You will mil, I am sure, remember our meeting in the Committee
" of Defence, when Sir Edward Grey presented his survey of the foreign
" policy of the Empire. That is a thing ivhich will be stamped upon ail
'' our recollections, and I do not suppose there is one of us — / speak
" for myself, as I am sure you will speak for yourselves — who did not
" feel when that exposition of our foreign relations had been concluded
" that we realised in a much more intimate and comprehensive sensé
" than we had ever done before the international position and its bear.
" ings upon the problems of Governement in the différent parts of the
" Empire itself. So, again, our discussions conducted also and neces-
" sarily under the same veil of confidence in regard to co-operation for
" naval and military purposes hâve resulted, 1 think, in a most satisfac-
" tory agreement which, while it recognises our common obligations, at
" the same time aknowledges with equal clearness that those obligations
" must be performed in the différent parts of the Empire in accordance
" with the requirements of local opinion and local need and local cir-
" cumstances. Those, gentlemen, are matters as to which we cannot
" take the world into our confidence; we cannot even take our own fel-
" low subjects and our own fellow citizens into our confidence in the
" full sensé of the term, but we, who hâve gone into it with the frankness
" which such confidential discussions admit of, will agrée that, even if
" the Conférence had done no more than that, it would hâve been a land
" mark in the development of what I may call our Impérial constitu-
" tional history " (p. 440).
M. Laurier se dérobe à la discussion — Dissolution du parlement
M. Laurier et ses collègues reviennent immédiatement au Canada. Le
parlement reprend ses séances le 18 juillet. Dès le lendemain, M. MONK
interpelle le ministère et demande la production du Rapport de la Confé-
rence. Sir Wilfrid LAURIER réplique qu'il est sous presse (1). A quel-
ques minutes de là, M. RORDEN exhibe un exemplaire du "précis" des
délibérations de la Conférence et prouve au premier ministre que ce docu-
ment a été produit au parlement britannique entre le 20 et le 30 juin. M.
Laurier se tire d'affaire en disant que " ce n'est pas un compte rendu com-
plet des délibérations" (10131). Le lendemain, 20 juillet, M. MONK re-
vient à la charge et demande au ministère "quand aura lieu le dépôt" du
"précis " ou du rapport complet. M. Laurier réplique que le compte rendu
sommaire ne " satisferait pas complètement " le député de Jacques-Cartier.
Il produira bientôt le rapport complet (10224). Le 25 juillet, M. Monk, ne
voyant rien venir — ni rapport sommaire ni compte rendu complet —
se décide à saisir la Chambre de la question. Il commente brièvement
les déclarations de M. Asqulth, relatives aux délibérations du Comité de
la Défense Impériale, telles que résumées dans le Précis. Il cite les
commentaires de quelques journaux ministériels sur ce qui a transpiré des
arrangements conclus au sujet de la défense navale de l'Empire. Il propose
une motion de censure :
(1) Débats de la Chambre des Communes. 1910-11 (version française) Col. 10128-9.
— 233 —
" Cette Chambre croit qu'on aurait déjà dû soumettre au parlement
" un compte rendu complet des délibérations de la Conférence Impériale
"de 1911" (10553-10561).
M. Laurier riposte avec quelque vivacité. Il est évidemment piqué
du soupçon de dissimulation qui plane sur lui. Il déclare catégorique-
ment "que le rapport complet des délibérations de cette Conférence sera
soumis à tous les parlements représentés à cette réunion ". H néglige de
dîre que ce rapport ne contiendra rien des délibérations relatives à la
défense navale et militaire. Il rejette sur les " fonctionnaires du bureau
colonial la responsabilité du retard" (10562). M. Monk lui demande s'il
a télégraphié à Londres à ce sujet. Il avoue que non ; mais il promet
de le faire (10564).
M. MACLEAN exhibe un numéro du Times du 15 juillet, annonçant
que le compte rendu complet des délibérations a éié publié la veille (10567).
Le premier ministre affirme qu'il ne l'a pas encore reçu (10571) — onze
jours après qu'il a été distribué à Londres. Le 27, le premier ministre se
décide enfin à déposer un exemplaire du procès verbal des délibérations.
Il annonce que " cinquante exemplaires sont en route " et il propose que,
sur l'ordre de la Chambre, une réimpression en soit faite au Canada. Il
communique aussi une courte correspondance échangée avec le ministre
des Colonies (1) afin d'obtenir la permission de publier les "résolutions
du Comité de la Défense ", lesquelles ne se trouvent pas dans le rapport
(10792-3-4). Le 28, à onze heures de l'avant-onidi, il dépose "les résolu-
tions adoptées par le Comité de Défense" (10926). A onze heures du
soir, le même jour, la Chambre s'ajourne au lendemain, comme à l'ordi-
naire. Le lendemain, le parlement est prorogé et dissous, e)t le pays pré-
cipité dans la tourmente électorale, avant que les députés aient eu le temps
de lire le compte rendu des délibérations de la Conférence et le bref rap-
port des décisions prises au Comité de la Défense.
Or, le 20 juillet, M. Laurier avait déclaré : " Je désire autant que toute
" autre personne que la Chambre discute ma conduite " à la Conférence. . . .
"Ce sera pour moi un véritable plaisir d'être en posture de défendre ma
"ligne de conduite. . . C'est avec plaisir que je discuterai cette question
" avec lui [M. Monk] lorsque nous aurons le compte rendu complet "
(10563-4).
On voit de quelle manière M. Laurier entendait prendre son plaisir
et laisser " discuter sa ligne de conduite ".
Zones navales — 1 'Bloated Colonials"
Que contenait le rapport des délibérations de Ylmperial Defence
Committee? Fort peu de choses; ou plutôt, une indication très incom-
plète des décisions prises, sans aucune trace de la discussion (2). Ce rap-
port se divise en deux parties : la première détermine l'a base de l'organi-
(1) Sessional Papers 208a et 208b, 1911.
(2) "Papers laid before the Impérial Conférence: Naval and Mititary Defence" — Cd
5746-2. Les citations qui suivent sont extraites et traduites de ce document. Le chiffre
de la page est indiqué après chaque citation. Ces pièces ont été réimprimées au Canada:
Sessional Papers 208c (arrangements avec l'Amirauté) et 208d (décisions relatives à
Pétat-major et aux armées de terre), 1911.
— 234 —
sation et le rôle des flottes canadienne et australienne. La seconde renfer-
me les dispositions prises pour assurer la coopération des armées de terre
et l'organisation des étals-majors.
Afin de rassurer les susceptibilités coloniales, on commence par stipuler
que " les flottes (naval services) et les forces navales du Canada et de
l'Australie seront sous l'autorité exclusive de leurs gouvernements respec-
tifs " (Art. I, p. 1).
Les esprits superficiels et légers, qui forment leur jugement d'après les
tiftres et les premiers mots, se sont accrochés à cette magnifique procla-
mation de l'autonomie coloniale. Les politiciens et les journalistes libé-
raux du Québec, intéressés à fortifier cette impression, ont pris prétexte
de cette stipulation trompeuse pour exalter le triomphe de M. Laurier sur
les entreprises impérialistes. Ils ont négligé, les uns par ignorance ou dé-
faut de réflexion, les autres à dessein, de lire et de comprendre la série
des dispositifs qui émasculent l'autorité des colonies sur leurs flottes,
au point de la rendre absolument illusoire en temps de guerre.
L'article 2 stipule que " la formation et la discipline des forces na-
" vales des Dominions seront généralement conformes à la formation et
" à la discipline de la flotte du Royaume-Uni ; et, par arrangement, les
" officiers et les marins de ces forces seront échangeables avec ceux qui
" sont sous l'autorité de l'Amirauté anglaise."
L'article 4 délimite les bornes des stations navales des deux colonies.
"5. — Au cas où le gouvernement du Canada ou celui de l'Australie
"désireraient envoyer des vaisseaux dans toute partie de l'Empire bri-
tannique en dehors de leurs stations respectives, ils devront en avertir
" l'Amirauté britannique."
"7. — Lorsque les vaisseaux des Dominions mouillent à un port étran-
" ger, l'officier commandant fait rapport de leurs mouvements au com-
" mandant en chef [britannique] de la station ou à l'Amirauté britanni-
" que. Aussi longtemps que l'officier commandant le vaisseau d'un Do-
" minion fait escale dans un port étranger, il obéit à toutes les instruc-
" tions qu'il peut recevoir du gouvernement du Royaume-Uni relative-
" ment à l'attitude qu'il doit prendre dans toute situation internationale
" qui peut se présenter, — le gouvernement du Dominion en étant infor-
" mé (being informed).
"8. — Lorsque l'officier commandant le vaisseau d'un Dominion est
" obligé de mouiller dans un port étranger, à cause d'une tempête, d'une
" avarie ou d'une nécessité imprévue, sans qu'aucun arrangement préala-
" ble ait été fait.. 11 fait rapport au commandant en chef de la station ou à
" l'Amirauté de son arrivée et des motifs [qui l'ont forcé de faire escale] ;
"et aussi longtemps qu'il stationnera dans ce port étranger, il obéira à
"toute instruction qu'il recevra du gouvernement du Royaume-Uni tou-
" chant ses relations avec les autorités [du pays] — le gouvernement du
"Dominion en étant informé.
" 16. — En temps de guerre, lorsque les autorités d'un Dominion auront
" mis leur flotte ou toute partie de cette flotte à la disposition du gouverne-
" ment impérial, ces vaisseaux formeront partie intégrante de la flotte
" britannique et demeureront sous l'autorité de l'Amirauté anglaise pen-
" dant toute la durée de la guerre " (p. 1 et 2).
— 235 —
Ce dernier dispositif est absolument analogue à l'article VI du
Colonial Naval Defence Act, voté en 1865. C'est sous l'autorité de cette
loi que Granville et Cardwell avaient suggéré à Cartier, en 1869 et en 1870,
d'organiser une force de défense navale. Cartier, l'on s'en souvient, s'y
était refusé péremptoirement : il tenait les autorités britanniques respon-
sables de toute la défense navale de l'Empire (1). C'est dans ce même
dispositif que les libéraux, en 1911, ont prétendu trouver la preuve la
plus éclatante des progrès de l'autonomie canadienne. Ils en ont fait
honneur à l'habileté énergique déployée par M. Laurier à la Conférence,
pour défendre les droits et les intérêts du Canada. Voici ce qu'en pensait
le correspondant particulier de la Presse, à Londres, au moment même
où le marché se bâclait. Ceilui qui a tracé ces lignes était bien placé pour
contrôler ses renseignements et ses déductions :
" Ils [les ministres anglais] prêchent donc l'autonomie des colonies,
" admirable principe qui fait pâmer d'aise toutes les colonies. Tout le
" monde crie bravo, nous^ en sommes, nous voulons être maîtres chez nous,
" etc. La Conférence se trouvant d'accord sur ce principe, ces bons far-
" ceurs d'Asquith et de Lloyd-George EN PROFITENT POUR NOUS
"METTRE SUR LE DOS LA POLICE D'UNE PARTIE DE L'ATLANTI-
"QUE ET DU PACIFIQUE! Comme cela, disent-ils, le principe de l'au-
" tonomie des colonies se trouve reconnu d'une manière décisive et
" pratique ; nous allons nous retirer de ces zones coloniales et vous en
" remettre le soin exclusif. Voilà un acte de haute politique qui ne nuira
" pas à l'Angleterre dans l'esprit du Grand Turc ni dans l'esprit du Fils
" du Ciel ; il n'y a que ces BEASTLY COLONIALS qui pourraient se
" plaindre, et encore, PEUT-ETRE NE S'APERCEVRONT-ILS PAS TOUT
" DE SUITE DU CADEAU QUI VIENT DE LEUR ETRE FAIT. Ces bons
"Anglais ne veulent pas nous donner de préférence pour nos produits,
"mais, sans doute comme compensation, ils nous en donnent une fa-
" meuse dans leurs dépenses navales; et la transaction se fait aux cris
"d'allégresse: Vive l'autonomie !" (2).
Encore qu'exprimée de façon assez lourde et brutale, cette opinion
donne l'exacte portée du marché ; elle marque à merveille l'emprise des
ministres anglais sur les politiciens des colonies et l'habileté qu'ils mettent
à cacher leurs desseins et à faire croire aux "beastly colonials" qu'en se
chargeant à dos, au profit de l'Angleterre, ils se rendent service à eux-
mêmes et accroissent la somme de leurs libertés.
Il n'y a pas lieu de reprendre ici la discussion violente et prolongée
sur l'autorité que le gouvernement aurait exercée, en cas de guerre, sur la
flotte soi-disant canadienne. Quoi qu'on puisse dire de la théorie constitu-
tionnelle, la suite des événements a démontré qu'en cas de guerre navale,
la pensée exprimée par M. Fielding se serait affirmée sans hésitation et
sans réserve: sous un ministère libéral ou un cabinet conservateur, la
flotte, canadienne en temps de paix, serait inévitablement devenue im-
périale; et une fois la guerre commencée, le texte même de l'arrangement
conclu à Londres par M. Laurier et ses collègues aurait supprimé, jus-
(1) Voir pages 60 à 62.
(2) Presse du 16 juiu 1911. Ce passage est reproduit dans ma brochure La Confé-
rence Impériale et le rôle de M. Laurier, page 60.
— 236 —
qu'à la fin des hostilités, tout vestige d'autorité coloniale; car le gou-
vernement britannique est seul maître de décider, pour l'Angleterre et
pour le Canada, quand la guerre commence et quand la guerre finit.
Aucun esprit impartial et désintéressé, après avoir pris connaissance
de la preuve documentaire accumulée dans cette étude, ne se dérobera à
cette conclusion indéniable : l'arrangement de 1911, loin d'accroître l'au-
tonomie du Canada, marquait une emprise nouvelle de l'impérialisme et
déterminait les conditions pratiques dans lesquelles s'effectuerait, en
cas de guerre, la conjonction des forces navales de l'Australie et du Canada,
à l'avantage de l'Angleterre et sous l'aulorité exclusive de l'Amirauté bri-
tannique.
États-majors et armées de l'Empire
L'application du même principe aux forces de terre fait l'objet de la
deuxième partie du rapport du Comité. La discussion s'est faite le 14 et le
17 juin. Le Canada était représenté par sir Frederick BORDEN, ministre
de la Milice, par le général MACKENZIE, chef de l'état-major canadien,
et le colonel Sam HUGHES, aujourd'hui ministre de la milice dans le cabi-
net Borden.
Tous les membres du Comité sont tombés d'accord pour ratifier l'ad-
hésion donnée par la Conférence de 1909 à la proposition alors émise par le
général Nieholson : "Chaque pays de l'Empire consent à faire ses pré-
paratifs [militaires] d'après une méthode qui lui permettra, s'il le désire,
de prendre sa part de la défense générale de l'Empire" (p. 3 et 4). Tout
le reste n'est que l'application de ce principe général.
(Le chef de l'état-major impérial, sir William NICHOLSON, présente
un très bref rapport des progrès accomplis en Angleterre. L'état-major
impérial a pris pour modèle le grand état-major allemand. Par l'entre-
mise du Colonial Office, il a continué les pourparlers avec les gouverne-
ments des colonies autonomes afin d'assurer l'application de ce système
aux colonies. Des arrangements ont été faits afin de permettre un échan-
ge régulier entre les officiers supérieurs des divers pays de l'Empire.
"Le Canada et la Nouvelle Zélande ont accepté en principe les propo-
sitions" de l'état-major impérial (p. 4).
Les représentants du Canada font rapport du travail accompli. Leur
état-major est constitué (p. 4 et 5). De nombreux échanges d'officiers ont
déjà eu lieu, entre l'Angleterre, le Canada et l'Inde (p. 15 et 16).
Les programmes d'études et d'examens pour les grades supérieurs et
pour les services des états-majors canadien et impérial ont été arrêtés con-
formément aux instructions de l'état-major impérial. Ils ont été mis en
vigueur depuis le mois de décembre 1909 (p. 7, 8 et 9).
On a précisé la base et la nature des relations entre l'état-major im-
périal et les états-majors des colonies (p. 7).
Un inspecteur général des forces d'outremer a été nommé. (C'est à
ce titre que le général FRENCH est venu, l'année précédente, passer les
milices canadiennes en revue et étudier le régime inauguré au Canada
pour permettre et préparer l'expédition des troupes canadiennes sur le
théâtre de toute guerre impériale.) Cet officier est toujours à la dispo-
sition des gouvernements des colonies (p. 11, 12 et 13).
— 237 —
Les arrangements conclus précédemment pour permettre aux offi-
ciers des colonies de suivre les cours de l'école d'état-major de Gamber-
ley sont maintenus. La seule modification apportée à ces arrangements,
c'est que les colonies devront verser une contribution plus élevée : £200
par année, pour chaque élève (p. 14).
La machine impérialiste, on le voit, a bien fonctionné. En fait, on
peut affirmer que tous les détails du mécanisme nécessaire pour assurer
la prompte coopération de toutes les armées de l'Empire sur n'importe
quel point du globe ont été définitivement arrêtés dans ces séances
secrètes du Comité de la Défense Impériale. Tout était prêt pour la pro-
chaine guerre — sauf l'intelligence et la compétence technique des offi-
ciers supérieurs de l'armée britannique, à qui cependant les gouvernants
des colonies devaient confier le sort de leurs armées. On a fait grand
état du défaut de préparation de l'Angleterre et de ses "nations-soeurs",
et de "l'étonnante rapidité" avec laquelle elles ont paré à cette lacune,
une fois la guerre déclarée. On a prétendu y voir la preuve que l'Angle-
terre ne prévoyait pas et ne voulait pas la guerre. La vérité, c'est que la
plupart des chefs de l'armée anglaise et des hommes d'Etat britanniques
prévoyaient la guerre et que plusieurs la souhaitaient, dès l'affaire
d'Agadir ; mais, confiants dans la puissance de la flotte britannique et
liés par leurs traditions séculaires, ils espéraient borner l'intervention
de l'Angleterre à une action sur mer, qui leur aurait permis de détruire
la flotte allemande. C'était là le seul véritable motif du rapprochement de
l'Angleterre vers la France et la Russie. Ce qui est également indéniable,
c'est que les rares officiers anglais compétents se sentaient impuissants
à guérir les vices rédhibitoires de l'armée britannique: le snobisme et
l'ignorance des officiers, le défaut d'entraînement des soldats pour les
grandes guerres, et la répugnance grandissante du peuple anglais à se
laisser imposer le joug du service militaire.
Mais, du point de vue où je me place en ce moment, je crois avoir
démontré sans conteste possible que, dès la Conférence de 1911, le gou-
vernement canadien avait lâché toutes ses positions de résistance de
1902 et de 1907 et qu'il avait donné son plein consentement et son entier
concours à toutes les mesures prises pour assurer la participation active
du Canada à toute guerre que l'Angleterre jugerait à propos d'entre-
prendre sur un point quelconque du globe. L'oeuvre de Cartier et de
Macdonald était démolie à fond. La révolution impérialiste était con-
sommée. Il ne restait plus qu'à attendre l'événement qui en ferait me-
surer toute l'étendue et les conséquences désastreuses pour le Canada.
L'agitation créée autour de la question navale a fait perdre de vue
les progrès de l'idée impérialiste en tout ce qui touche aux armées de
terre; et le secret dont les délégués canadiens se sont si prudemment
entourés à Londres a singulièrement favorisé les desseins des maîtres
de l'Empire.
Élections de 1911 — Marine et Réciprocité —
Victoire "autonomiste'*
Dès le retour des ministres, la bataille électorale s'engagea. Dans
la plupart des circonscriptions anglaises, elle se fit surtout autour du
— 238 —
traité de réciprocité. Là où dominait le vote français, la loi navale fut
le principal objet de discussion. Dans ces comtés, tous les candidats
oppositionnistes, canadiens-français pour la plupart, se prononcèrent
nettement contre la politique navale des deux partis et prirent l'enga-
gement de voter contre tout ministère, conservateur ou libéral, qui refu-
serait de proposer l'abrogation de la loi navale et de soumettre au peuple
toute mesure comportant une contribution à la défense de l'Empire (1).
Tout dévoués qu'ils étaient à l'Empire, les chefs du parti tory ne
voulaient pas perdre l'avantage de cette situation complexe. Ils donnè-
rent ou firent donner instruction à tous leurs partisans d'appuyer les
candidats autonomistes. Dans la région de Québec, les conservateurs
se mirent aux ordres de M. Armand LAVERGNE et lui confièrent la di-
rection de la lutte. M. Lavergne se plaça carrément sur le terrain na-
tionaliste, ce qui valut aux candidats " autonomistes " des succès plus
marqués qu'en toute autre partie de la province. Nulle part, que je
sache, un candidat officiel du parti conservateur ne vint faire l'office
du tiers larron entre un candidat libéral et un candidat autonomiste.
Les bailleurs de fonds du parti tory poussèrent même l'abnégation jus-
qu'à fournir d'abondantes munitions de guerre à tous ceux qui dénon-
çaient la " loi scélérate " et la " politique non moins néfaste " du parti
tory (2). M. BORDEN lui-même prit grand soin d'éliminer de son ma-
nifeste électoral la moindre allusion à ses projets de contribution. Un
seul paragraphe de ce volumineux document touche à la question navale
et se borne à condamner l'attitude du ministère. Le voici en entier :
" Depuis les dernières élections générales, le Gouvernement a adopté
" une politique toute nouvelle au sujet de la marine de guerre qui n'a
" aucune importance immédiate. La politique adoptée n'a pas été sou-
" mise au peuple pendant cette élection, et elle a tous les caractères d'un
" programme qui n'a pas été réfléchi et d'après lequel on a agi avec trop
" de précipitation. D'après moi, il est impossible de remplir notre de-
" voir convenablement et efficacement envers l'Empire par un semblable
" moyen. Je soutiens que le Gouvernement a la prétention de créer une
" force navale qui ne nous sera aucunement utile en temps de guerre et
" qui, par conséquent, ne rapportera aucun profit ni au Canada ni à
" l'Empire. Cette marine coûtera pour la construire, l'équiper et la
" maintenir, des sommes énormes. En temps de guerre elle demandera
" probablement le sacrifice inutile de milliers de vies utiles et elle n'a-
éi joutera pas un iota à la force armée de l'Empire. Plus on y pense
" plus il devient évident que tout le plan naval du Gouvernement est
" une malheureuse étourderic " (3)
(1) Cette seule situution suivit à indiquer l'impossibilité, en certaines occasions,
d'obtenir par une élection parlementaire un verdict décisif du peuple sur une question
particulière. Des milliers d'électeurs ont voté, eu 1911, pour les candidats libéraux, à
cause du traité de réciprocité/ qu'ils approuvaient, tout en condamnant la loi navale.
Réciproquement, un grand nombre, qui préféraient la politique navale du ministère à celle
de l'opposition, ou qui condamnaient les deux, ont appuyé les candidats conservateurs
parce qu'ils ne voyaient d'autre moyen d'empêcher la ratification du traité.
(2) J'ai fait le récit de ces péripéties et de ces évolutions savantes dans une série
d'articles intitulés "Le Nationalisme et les Partis" et publiés dans le Devoir, du 14 mai au
0 juin 1913.
(3) Ce texte est emprunté à la piètre traduction publiée dans l'Evénement de Qué-
bec, le 16 août 1911.
— 239 —
Si l'on rattache cette brève expression d'opinion aux paroles pro-
noncées par M. Borden, le 24 novembre 1910, et à son adhésion à la mo-
tion de M. Monk ' en amendement à l'Adresse ', on ne peut arriver qu'à
une conclusion: le parti conservateur tout entier a pris, aux dernières
élections générales, le double et formel engagement de faire abroger la
loi navale et de soumettre au peuple toute mesure dont l'objet ou la con-
séquence serait d'entraîner le Canada dans la participation à la défense
générale de l'Empire.
Ce fut, du reste, l'attitude du ministère conservateur au lendemain
de son écrasante victoire. La seule entrée de M. Monk, de M. Nantel et
de M. Pelletier dans le cabinet, en dépit des sourdes menées des conser-
vateurs orthodoxes et du clan impérialiste, suffisait à marquer les inten-
tions du nouveau premier ministre. M. NANTEL n'avait pas cessé un
instant, depuis le banquet de Lachine, d'appuyer M. Monk et de dénon-
cer toute forme de contribution à la défense impériale. M. PELLETIER,
il est vrai, n'avait pris aucune part à l'agitation nationaliste de 1910.
Mais à l'élection générale, il avait proprement renié le parti conserva-
teur officiel. Il s'était porté candidat comme "disciple d'Armand La-
vergne".
Attitude du nouveau ministère — Le "péril allemand*' ajourné
Le parlement se réunit le 15 novembre 1911.
Dans son discours sur l'Adresse, le premier ministre, M. BORDEN,
cite le passage de son manifeste électoral que l'on vient de lire. Il réitère
sa condamnation de la politique inaugurée par son prédécesseur; et il
ajoute :
" Il ne nous reste pas d'autre alternative que de mettre fin au gas-
" pillage systématique " — c'est la politique navale qu'il désigne ainsi —
" et c'est ce que nous entendons faire. De plus, il faudra revenir sur le
"projet tout entier; nous n'y manquerons point. En une affaire aussi
" importante et aussi grave, dont les effets se feront à jamais sentir sur
" nos relations avec le reste de l'Empire, mieux vaut bien choisir sa voie
" qu'agir avec précipitation. La permanence de la coopération entre le
" Canada et le reste de l'Empire est une question qui doit être discutée
" devant le peuple et sur laquelle celui-ci doit avoir l'occasion de pou-
" voir se prononcer. Je dois ajouter que nous nous donnerons la peine,
" dans l'intervalle, de nous assurer des conditions auxquelles l'Empire
" doit faire face, et que l'on trouvera tous les députés ministériels prêts
"à faire leur devoir de représentants du peuple canadien et de citoyens
"de ce vaste Empire" (1).
Le " péril allemand " est, pour l'heure, disparu de l'horizon. Du
reste, M. Borden en convient. Il pousse même la bonne grâce jusqu'à
dire qu'il n'a jamais, au fond, différé d'opinion avec M. Monk.
Ces déclarations furent généralement interprétées, des deux côtés
de la Chambre et dans tout le pays, comme l'abandon total de la loi na-
vale et la promesse de consulter le peuple sur toute mesure nouvelle.
Nous avons, sur ce point, un témoignage précieux : celui de l'un des
(1) Débat» de la Chambre des Commune» 1911-12, (version française) Col. 60 et 61.
— 240 —
collègues du premier ministre, M. Pelletier, alors ministre des Postes,
aujourd'hui juge à la Cour d'Appel. M. BORDEN avait à peine repris
son siège que M. Pelletier envoyait à l'Evénement et à la Patrie — l'or-
gane officiel et la feuille de gauche du ministère dans la province de
Québec — la dépêche suivante:
" NIGHT LETTERGRAM
" L'Evénement ", " La Patrie ",
Québec. Montréal.
" The Prime-Minister, in his speech on the address to-night, declared
" that the naval policy of the late government was bad, that his govern-
" ment ivould not continue it, that no more of the Laurier obselete and
" useless ships would be built, that the Borden government would con-
" sider a better and more sane policy in the interest of Canada and the
" Empire, AND IT WOULD BE SUBMITTED TO THE PEUPLE OF THIS
" COUNTRY.
" Consequently, it is not necessary to hâve a plébiscite on the Lau-
" rier policy. As Mr. Pelletier put it at Loretle, we hâve better than the
" plébiscite, since the policy is abondoned without even the necessity of
" a plébiscite, AND WE HAVE THE ASSURANCE FROM THE GOVERN-
"MENT THAT ANY NEW POLICY WILL BE SUBMITTED TO THE
" PEOPLE.
" L.-P. PELLETIER.
" N. B. — Publish as wired first part, as far as the word " conse-
" quently " and from word " consequently " to the end as commentaries,
" the whole without my signature, the whole as coming from regular cor-
"respondent" (1).
Les deux journaux utilisèrent ce précieux renseignement dans des
termes à peu près identiques.
M. Borden à Londres
La session terminée, M. Borden alla s'enquérir à Londres de la situa-
tion de l'Empire et de l'état actuel du " péril allemand ". M. Pelletier
et deux autres de ses collègues accompagnaient le premier-ministre. Leurs
négociations et leurs entrevues avec les ministres britanniques et les ex-
perts de l'Amirauté sont restées secrètes. Cette enquête s'est-elle bornée
à la situation navale de l'Empire; ou a-t-elle porté sur tout le problème
des relations étrangères de la Grande-Bretagne et sur les dangers de
guerre qui en résultaient? L'heure était grave; le gouvernement bri-
tannique jouait son va-tout: il s'efforçait d'opérer un rapprochement
vers l'Allemagne, tout en maintenant sa demi-alliance avec la France et
son entente plus imprécise encore avec la Russie. Ces négociations
avaient échoué: sir Edward Grey l'a révélé récemment (2). Le "péril
allemand " était donc réel et formidable — non pas sur mer, où les cons-
tructeurs de dreadnoughts et les politiciens à leur dévotion l'ont si faus-
(1) Le texte et la traduction de cette dépêche ont paru dans le Devoir du 6 juin 1913.
(2) Dans une lettre au Times, commentée dans le Devoir du 27 août 1915.
— 241 —
sèment placé, afin d'accroître leurs monstrueux bénéfices ; mais sur
terre, aux frontières de la Belgique et de la France, où il s'est révélé dans
toute son horreur deux ans plus tard.
Que les politiciens du Canada, tenus par l'abrutissante sujétion co-
loniale en dehors des grandes affaires du monde, n'aient pas vu le dan-
ger où il était et se soient laissé berner par les spéculateurs éhontés qui
avaient tout intérêt à leur faire parer un péril imaginaire, on se l'expli-
que sans peine. Mais les gouvernants de l'Empire, les autorités mili-
taires de la Grande-Bretagne, tout incompétentes qu'elles sont à maints
égards, ne partageaient pas ces illusions. Ont-ils — je répète la question
— dessillé les yeux de M. Borden et de ses collègues? Si oui, comment
se fait-il que nos ministres — qui affirment, eux, l'obligation du Canada
de secourir la mère patrie — n'aient rapporté de Londres d'autre mesure
de secours qu'un projet de contribution absolument inutile pour aider
l'Angleterre à faire face au véritable danger? Si, au contraire, les auto-
rités impériales ne leur ont rien révélé de la véritable situation et se
sont bornées à leur faire prendre l'engagement d'alimenter la caisse des
constructeurs de dreadnoughts — et, par ricochet, celle des Krupp —
que penser de cette attitude des maîtres de l'Empire envers l'aînée des
" nations-soeurs "? Serait-ce que les impérialistes de Londres et ceux
d'Ottawa sont tombés d'accord pour juger qu'il était imprudent de lais-
ser voir aux Canadiens toutes les conséquences de leurs desseins? Le
principe de l'alliance impériale, ou plutôt de l'asservissement des colo-
nies, était déjà posé sur le terrain de la défense navale. Si l'on réussis-
sait à nouer l'accord sous la forme d'une simple contribution d'argent,
— facile à faire accepter aux gogos du Canada à un moment où les ap-
parences d'une prospérité trompeuse leur faisaient croire à la richesse
illimitée du pays, — il n'y aurait aucune difficulté, sous le coup de
l'émotion violente causée par le déchaînement d'un conflit européen, à
les entraîner dans la participation à toutes les opérations de guerre. Il
semble bien que ce fut là le programme arrêté.
Le "péril allemand" ressuscite — L* Amirauté
demande des dreadnoughts
Quoi qu'il en soit, M. Borden et ses collègues reviennent au Canada
avec un regain de " péril allemand " imaginaire et apparemment sans
aucune notion du véritable danger. Ils orientent leur politique en con-
séquence. Avant de formuler leur proposition, ils prennent soin de se
couvrir de l'opinion des autorités impériales. Ils se font préparer un
mémoire de l'Amirauté sur "les exigences de la défense navale" (1).
La substance de cette note n'est qu'une comparaison entre la flotte
anglaise et la flotte allemande. Cette comparaison porte presque exclu-
sivement sur les vaisseaux de gros calibre, du type dreadnought et super-
dreadnought. Elle ne tient à peu près aucun compte des autres unités
de combat et des multiples données du problème si complexe de la guerre
(1) Mémorandum on Naval Defence Requirements prepared by the Admiralty for
the Government of Canada. Cette pièce fut transmise au gouverneur-général le 25 octo-
bre 1912.— Cd 6513.
— 242 —
navale moderne. C'est la reprise, for colonial consomption, de la thèse
de M. McKenna, cause de la panique de 1909.
Cette thèse, elle ne peut plus se soutenir en Angleterre. Aux argu-
ments méthodiques de sir William White, exclusivement basés sur des
faits précis et des données scientifiques, est venue s'ajouter la furibonde
dénonciation de lord Charles BERESFORD. Dans son ouvrage, " The
Betrayal", publié à Londres en février 1912, il a qualifié "d'illusoire"
" la politique des dreadnoughts ". Il a formellement déclaré qu'elle
avait été " lancée dans le public grâce à un système organisé de réclame
dans les journaux " (p. 60) "La réclame excessive et vulgaire pro-
diguée autour de ce vaisseau de valeur problématique (expérimental
vessel) n'était nullement justifiée" (p. 63). La multiplication de ces
immenses navires, sans la construction d'un nombre proportionnel de
docks capables de les abriter et de vaisseaux plus légers et plus rapides
nécessaires pour compléter les escadres, constitue une " trahison de la
confiance publique" (betrayal of the public trust) (p. 53). Il accuse
formellement les lords de l'Amirauté d'encourager l'espionnage et la
délation dans le personnel supérieur de la marine et de détruire toute
discipline (21-33). Il les accuse également de concussion et de favo-
ritisme, il leur reproche de garder à deux compagnies alliées le mono-
pole de la fabrication des pièces d'armature. Les fonctionnaires supé-
rieurs de l'Amirauté ont été accusés; et rien n'a été fait, soit pour les
justifier ou pour les punir (121-122). Il dénonce l'étranglement de l'en-
quête instituée pour dévoiler les intrigues de M. Mulliner (121) (1).
Il accroche et démolit en passant la politique des flottes coloniales,
inaugurée par le Canada et l'Australie (p. 157-160). Ce réquisitoire con-
damne avec une égale force la politique des deux partis canadiens. Il
n'est pas étonnant qu'aucun de leurs journaux n'en ait soufflé mot.
L'on a objecté que lord Charles Beresford est un pessimiste, tou-
jours mécontent. Je n'ai pas qualité pour apprécier la valeur de son
opinion sur les questions techniques. Tout ce que je sais, c'est que le
vieil amiral est généralement considéré comme l'une des plus hautes
autorités navales de l'Empire britannique et, par conséquent, du monde.
Du reste, son opinion sur la valeur des dreadnoughts et de la politique
recommandée par M. Churchill à M. Borden a été corroborée de plu-
sieurs façons.
Sur la valeur même des dreadnoughts, sir Percy SCOTT a porté un
jugement encore plus sévère que le sien, dans une lettre qu'il adressait
au Times, en juin 1914. Cet autre expert, tenu pour la plus haute auto-
rité de l'Empire en tout ce qui touche à l'artillerie maritime, a affirmé
péremptoirement que la valeur effective des dreadnoughts et, générale-
ment, des grosses unités de combat, est déjà chose du passé (2).
(1)) Voir page 192.
(2) J'étais à Londres à ce moment. Voulant en avoir le coeur net, j'allai quérir
l'avis d'un autre officier supérieur de la flotte, adversaire acharné de lord Charles Beres-
ford, depuis nombre d'années. Très particulièrement recommandé, j'avais le droit de
lui poser la quest'on: "Que pensez-vous de l'opinion exprimée par sir Percy Scott?" La
réponse fut également nette et franche. J'en retranche tout ce qui pourra!t établir l'iden-
tité de mon interlocuteur. Je n'en retiens que cette déclaration décisive: "Scott a raison;
mais nous n'avons aucun intérêt à laisser connaître la vérité. Nous construisons 85% des
gros vaisseaux de guerre des nations étrangères, à l'exclusion de l'Allemagne. Nous
n'avons aucun intérêt à laisser ralentir cette industrie très profitable. Du reste, si nos
— 243 —
Le trust des dreadooughts
Cette corroboration des opinions de sir William White et de lord
Charles Beresford n'était pas connue, il est vrai, lorsque M. Borden pro-
posa, en décembre 1912, sa contribution " d'urgence ", basée sur le mé-
moire de l'Amirauté. Mais ce qui était bien connu, c'était la révélation
des motifs de ceux qui avaient tout intérêt à pousser à la construction de
ces énormes machines de guerre. J'en ai dit un mot en relatant l'origine
de la panique de 1909. Durant ces trois années, plusieurs faits révéla-
teurs avaient percé le voile du silence, soigneusement tendu sur les rela-
tions de l'Amirauté anglaise et des grands constructeurs de navires. La
Compagnie Thames Iron Works, qui avait construit le Thunderer, s'était
vue soudainement refuser tout autre contrat de l'Amirauté. Elle dut
fermer ses portes, liquider sa situation et jeter sur le pavé des milliers
d'ouvriers et leurs familles. Furieux, le directeur général, M. Arnold
HILLS, après de vaines et multiples démarches auprès des autorités, en
appela au tribunal suprême de l'opinion publique. Il déchira une partie
du voile que sir William White et lord Charles Beresford avaient discrè-
tement soulevé. Il accusa virtuellement l'Amirauté d'avoir exclu sa
compagnie de la liste des rares constructeurs favorisés, pour le seul
motif qu'elle ne faisait point partie du trust. De quelles compagnies se
composait ce trust? Pour l'Angleterre: Chs. Cammell & Co. (plus tard
Cammell Laird & Co.), John Brown & Co., Armstrong Whitworth & Co.,
Gentleman, Métal Merchants, Vickers-iMaxim (plus tard, Beardmore &
Co. y entrèrent); pour l'Italie: les aciéries de Terni; pour la France :
Schneider & Cie (Le Creusot) et les aciéries de Châtillon et de Saint-
Chamond; pour l'Allemagne: les aciéries Dillingen et, naturellement,
Krupp. Ce trust s'était formé en 1902. Afin de dépister l'opinion euro-
péenne, il avait acheté ou plutôt organisé toute l'entreprise de la société
américaine Harvey Continental Steel Company, dont l'existence et les
pouvoirs corporatifs avaient pris naissance dans le New-Jersey, ce pa-
radis des trusts, comme le Colorado est le refuge des divorcés. Puis la
compagnie Harvey avait obtenu des Krupp l'usage exclusif des brevets
mondiaux obtenus par cette puissante maison pour la fabrication de
l'acier nickelé et chromé. La base de l'organisation une fois complétée,
il ne s'agissait plus que de faire adopter par toutes les grandes nations
un type de vaisseau et un programme de construction navale qui utili-
seraient sur la plus vaste échelle possible ce procédé de fabrication. Il
a été établi, en Angleterre, à la suite des révélations de M. Arnold Hills,
que, sur le coût total d'un vaisseau du type dreadnought ou super-dread-
nought, — soit environ $11,000,000 (y compris l'armature et les canons)
— il entrait pour plus de §6,000,000 d'acier fabriqué selon les procédés
Krupp. Sur la marge des profits réalisés par le trust, les opinions ont
dreadnoughts sont inutiles ou à peu près, ceux des autres nations le sont également; et
comme nous avons une énorme supériorité dans tous les autres types de vaisseaux, nous
avons tout intérêt à ce que les autres nations restent dans l'erreur. Cette erreur, il est
vrai, nous la pratiquons comme elles. Mais nous sommes beaucoup mieux pourvus des
antidotes qui en atténuent les conséquences". Comme bien l'on pense, cette conversation
n'a pas avivé mes remords d'avoir dénoncé et combattu la politique de salut national
inaugurée par M. Borden en 1912.
— 244 —
varié. Des experts l'ont fixée à $3,600,000 net. Je n'ai vu aucun calcul
inférieur à $1,600,000, soit près de 30%.
On conçoit facilement qu'avec des profits aussi considérables, pré-
levés sur toutes les nations maritimes du monde, le trust n'a pas eu de
peine à trouver de multiples alliés dans les gouvernements, les parle-
ments et la presse de tous les pays, ni à prodiguer cette " réclame vul-
gaire et excessive " qui indignait lord Charles Beresford. Il a eu encore
moins de difficultés à faire accepter ce programme en Angleterre, où
les grandes compagnies de construction possédaient collectivement la
plus grosse tranche d'actions du trust, où elles comptent parmi leurs
actionnaires un nombre considérable des hommes les plus influents dans
l'Eglise et dans l'Etat, où enfin la construction des vaisseaux de guerre
et des canons de marine, ainsi que les multiples industries connexes,
donnent du travail à des millions d'ouvriers (1).
Au moment où M. Borden et ses collègues allaient prendre langue
en Angleterre, les opérations du trust étaient sérieusement menacées.
L'opinion publique commençait à s'émouvoir des dénonciations d'hom-
mes aussi considérables que lord Charles Beresford et des révélations de
M. Arnold Hills, étouffées par les autorités mais répandues par la presse
radicale et socialiste. Il était donc prudent de s'assurer d'un nouveau
champ d'exploitation. Voilà, je crois, la principale sinon la seule expli-
cation des conseils donnés par l'Amirauté à M. Borden, dans cette note
dont voici le paragraphe final:
" 10. — The Prime Minister of the Dominion having enquired in what
" form any immédiate aid that Canada might give would be most ef-
" fective, ive hâve no hésitation in answering, after a prolonged consi-
" deration of ail the circumstances, that it is désirable that such aid
" should include the provision of a certain number of the largest and
" strongest ships of war which science can build or money supply " (2).
Contribution et Représentation des Colonies
Muni de cette pièce et comptant à bon droit que la jobarderie colo-
niale ne s'arrêterait pas à scruter les motifs de l'Amirauté anglaise, M.
Borden convoqua les Chambres. A l'ouverture de la session, le 25 no-
vembre 1912, le discours du Trône annonçait en ces termes les projets
du ministère:
" Durant l'été dernier, quatre membres du gouvernement sont entrés
" en pourparlers à Londres avec le gouvernement de Sa Majesté sur la
" question de la défense navale. Il s'en est suivi d'importantes délibé-
" rations et l'on a fait connaître un état de choses qui, dans l'opinion
(1) Sur les éléments et les péripéties de cette formidable conspiration, on consultera
avec avantage l'ouvrage de H. N. RRÂILSFORD: The War of Steel and Gold; et les bro-
chures suivantes: J. T. Walton NEVVBOLD, The War Trust Exposed; P. W. \V., Ar mo-
ments and Patriotiam; G. H. PERRIS, The War Traders; aussi, un ouvrage publié en
Canada par Christopher WEST: Canada and Sea Power, Toronto, 1913.
(2) Cd 6513, page 6.
Sir Charles TUPPER semble avoir prévu longtemps d'avance l'extraordinaire atUtudc
de l'Amirauté et les motifs qui l'ont inspirée. Dans sa lettre à M. Borden, du 20 novem-
bre 1909 (citée dans la note (1), page 218), il écrivait:
" I cannot understand the demand for dreadnoughts in the face of the fact that the
" Admiralty and British Government hâve determined that it wai not the beat mode of
" maintaining the «ecurity of the Empire. . ."
— 245 —
" de mes conseillers, exige impérieusement que l'effectif des forces na-
" vales de l'Empire soit renforcé sans délai. Mes conseillers sont per-
" suadés qu'il est du devoir du Canada d'offrir, dans les circonstances
" actuelles, une aide raisonnable et nécessaire à cette fin. Un projet de
"loi vous sera présenté, conformément à cette décision" (1).
Le 5 décembre, M. BORDEN dépose son projet de loi (bill No 21)
" pour augmenter les forces navales de l'Empire ". Avant d'en préciser
les détails, il indique le lien indissoluble qui rattache le problème de la
défense de l'Empire aux principes essentiels de la constitution britan-
nique :
" La responsabilité de la défense de l'Empire sur les hautes mers. . .
" entraîne nécessairement avec elle la responsabilité de guider la poli-
" tique étrangère " (688).
Il eût été plus exact de renverser la proposition et de dire: L'auto-
rité exclusive sur la politique étrangère entraîne l'obligation de défendre
tous les pays d'Empire.
Il prend à son compte la prétention des impérialistes anglais, énon-
cée dès 1902 par M. Chamberlain : " Ce fardeau est si onéreux que le
" jour est arrivé où l'existence de l'Empire sera en danger si les jeunes
" et puissantes colonies ne s'unissent pas à la mère patrie pour protéger
"la paix et l'héritage de tous" (688). Mais alors, ajoute-t-il immédiate-
ment: "quand la Grande-Bretagne cesse d'assumer la responsabilité
"exclusive de la défense en haute mer, elle ne peut plus assumer la
" responsabilité et la direction exclusive de la politique étrangère, liée
" intimement, constamment et dans ses parties vitales avec cette défense
" à laquelle les colonies participent. On a prétendu autrefois, et même
" récemment, que la Grande-Bretagne ne peut partager avec les colonies
" la responsabilité de la politique étrangère. A mon humble avis, le
" maintien de cette attitude ne pourrait avoir qu'un résultat, et des
"plus désastreux" (2).
C'est la riposte tardive à la déclaration de M. Asquith : " That au-
thority cannot be shared ".
" Pendant mon récent voyage en Angleterre, j'ai exposé dans plu-
" sieurs circonstances publiques le principe que les grandes colonies
" autonomes, en prenant part à la défense de l'Empire sur les hautes
" mers, ont nécessairement, par le fait, droit à partager aussi la respon-
sabilité de sa politique étrangère (3).
" De toutes les déclarations que j'ai faites, c'est celle qui a été ac-
" cueillie avec le plus de chaleur et le plus d'enthousiasme, et il est
•' satisfaisant d'apprendre qu'aujourd'hui non seulement les ministres de
" Sa Majesté, mais aussi les chefs du parti politique opposé, en Angle-
" terre, ont explicitement accepté ce principe et déclaré qu'il fallait
(1) Débats de la Chambre des Communes, 1912-13, (version française) col. 2. Les
autres citations sont également extraites de la version française des Débats. Le chiffre
de la colonne est indiqué après chaque citation.
(2) Je traduis ce passage du texte anglais: Debates Honse of Gommons. 1912-13, Col.
676-7. La version française (col. 688-9) est tout à fait insuffisante. Elle met au condi-
tionnel ce que M. Borden affirme comme un fait accompli. C'est le cas de dire: 'tradut-
tore traditore*.
(3) C'est dans l'un de ces discours que M. Borden avait prononcé ces fières paroles:
"Canada will never consent to be a mère adjunct of the Empire".
— 246 —
" chercher sans délai les moyens d'arriver constitutionnellement à ce
"but" (689).
Nous verrons dans un instant comment les ministres britanniques
ont rabattu l'enthousiasme optimiste de M. Borden.
Plaidoyer d'urgence
Le premier-ministre lit en entier et fait consigner dans le compte
rendu des débats parlementaires la note de l'Amirauté ; et il annonce
que le gouvernement va demander à la Chambre l'autorisation d'accor-
der " à Sa Majesté le Roi de la Grande-Bretagne et de l'Irlande et des
Dominions d'outremer " " le coût global " de trois vaisseaux de guerre,
" qui, une fois lancés, figureront parmi les plus puissants du monde ".
Ce coût "atteindra approximativement $35,000,000" (700).
De l'abrogation de la loi navale, il ne souffle mot; de la consultation
populaire réclamée par M. Monk, pas davantage. — C'est la violation
complète de sa promesse de l'année précédente. — Il tente de justifier
cette volte-face : " Nous ne nous engageons nullement à l'établissement
d'un système de contributions régulières et périodiques" (699). Cette
contribution " d'urgence " n'a d'autre objet que d'aider l'Angleterre à
faire face au péril imminent qui la menace. Il ressuscite tous les vieux
arguments des impérialistes sur les sacrifices énormes accomplis par
l'Angleterre pour la protection des colonies. Il revient à la représenta-
tion des colonies dans le gouvernement de l'Empire: "J'ai reçu l'assu-
" rance du gouvernement de Sa Majesté qu'en attendant la solution
" définitive de la question. . . il consentirait avec plaisir à la présence à
"Londres d'un ministre canadien pendant toute ou partie de l'an-
" née " (705). Ce ministre aurait le droit d'assister aux séances du
Comité de la Défense Impériale. C'est là, pour l'instant, la somme totale
des pouvoirs que les colonies exerceront dans les hautes sphères de la
politique impériale.
Le 9 décembre, le premier ministre dépose le texte de la résolution
qui accompagne le projet de Loi:
" (a) Que, à même le fonds du revenu consolidé du Canada, il soit
" loisible de verser une somme n'excédant pas trente-cinq millions de
" dollars dans le but d'augmenter immédiatement les forces navales
" effectives de l'Empire;
" (b) Que la dite somme sera utilisée sous la direction du Gouver-
" neur en conseil pour les fins de la construction et l'équipement de
" cuirassés d'escadre ou de croiseurs cuirassés, du type le plus moderne
" et le plus puissant;
" (c) Que les dits navires, une fois construits et équipés, seront
" placés par le Gouverneur en conseil à la disposition de Sa Majesté pour
"la défense commune de l'Empire;
" (d) Que la dite somme sera versée et utilisée, et les dits navires
" construits et mis à la disposition de Sa Majesté, en conformité des con-
" ditions et conventions consenties et conclues entre le Gouverneur en
"conseil et le gouvernement de Sa Majesté" (810-1).
— 247 —
M. Laurier approuve la contribution d'urgence et veut
construire deux escadres
Le 12, le débat s'engage sur la deuxième lecture de cette résolution.
Le leader de l'opposition, M. LAURIER, donne la réplique au premier
ministre. Cette fois, il vogue en pleines eaux impérialistes. Il félicite
les ministres d'avoir échappé à l'influence des conservateurs de la pro-
vince de Québec, qui avaient naguère l'audace de " proclamer partout
que le Canada ne doit rien à l'Angleterre " (1044).
Il a évidemment oublié la parole historique de celui qui fut long-
temps son bras droit et son principal lieutenant, sir Richard CART-
WRIGHT: "Le Canada ne doit à l'Angleterre que le pardon chrétien du
mal qu'elle lui a fait ". Il a également oublié ses propres dithyrambes
en faveur de l'indépendance du Canada: "Y a-t-il un Canadien qui ne
" serait pas enchanté de voir le jour où l'on pourrait se débarrasser des
'services de la diplomatie anglaise?" (1).
" Si les circonstances étaient critiques ", s'écrie-t-il aujourd'hui, " si
"l'Angleterre était en danger — non, je ne dirai pas cela; mais si elle
" était aux prises avec une ou deux des grandes puissances d'Europe —
" mon très honorable ami pourrait venir nous demander, non pas $35,-
'" 000,000, mais deux, trois ou quatre fois cette somme. Nous mettrions
" toutes les ressources du Canada à la disposition de l'Angleterre et il
"n'y aura pas une seule voix discordante" (1048).
Il ne croit plus au péril, ni sur terre ni sur mer: "L'Angleterre ne
court aucun danger, ni imminent ni lointain" (1044) (2).
Tout de même, il reproche au ministère de n'en pas faire assez :
" Vous voulez bien fournir des amiraux, des commodores, des capitaines,
" des officiers de tout grade, des panaches, des plumes, des galons d'or;
'" mais vous laissez à l'Angleterre le soin de fournir le nerf essentiel de
" ces navires C'est une politique hybride, c'est un croisement entre
" le jingoïsme et le nationalisme. A moins que je ne me trompe sur l'es-
" prit du peuple canadien il insistera pour que la contribution
" du Canada à l'Angleterre soit une contribution en argent et en hommes
"à la fois, ainsi que le stipulait notre résolution de 1909" (1050-51).
Il s'applique à justifier longuement la politique qu'il avait proposée
en 1910; puis, sans trop se commettre, il discute la question de la repré-
sentation coloniale. Il termine en proposant la motion suivante:
" Que tous les mots après le mot " QUE " soient retranchés et rem-
" placés par les suivants : — " cette Chambre ne croit pas devoir donner
" son concours à ladite résolution, et ordonne de la renvoyer au comité
" avec instruction de la modifier de la manière suivante, savoir : de
" retrancher tous les mots après l'alinéa (a) et de leur substituer les
" suivants :
*' Le mémoire, préparé par le Bureau de l'Amirauté, sur la situation
" navale générale de l'Empire et communiqué à cette Chambre par le
(1) Débats de 1892, page 1172, cité par M. Borden le 3 février 1910.
(2) A méditer par les orateurs et les journalistes libéraux qui font volontiers un
crime aux nationalistes d'avoir nié le "péril allemand." Du reste, je me suis déjà expli-
qué là-dessus, pages 213 et 214.
— 248 —
" très honorable premier ministre le 5 décembre, fait voir que plusieurs
" des plus importants pouvoirs étrangers ont adopté un programme dé-
" fini pour augmenter rapidement leurs forces navales.
" Que cette décision a forcé le Royaume-Uni à concentrer ses forces
" navales dans son voisinage immédiat, entraînant par là le retrait de ses
" navires des possessions éloignées de l'Empire.
" Que ce retrait implique pour le Canada la nécessité d'inaugurer
" immédiatement et activement un programme permanent de défense
" navale.
" Que toute mesure tendant à accorder l'aide du Canada à ïa défense
" navale de l'Empire qui ne comprendrait pas un système permanent de
u participation, au moyen de navires possédés, équipés et entretenus par
" le Canada et ne pourvoierait pas à leur construction aussitôt que pos-
" sible en Canada, ne serait pas une expression adéquate ou satisfaisante
" des aspirations du peuple canadien au sujet de la défense navale, et ne
" représenterait pas la part légitime que devrait assumer le Canada dans
" le maintien des forces navales de l'Empire.
" Que cette Chambre regrette d'apprendre que le Gouvernement a
" l'intention d'ajourner indéfiniment l'adoption par le Canada d'une
" politique navale permanente.
"Que cette Chambre est d'opinion que des mesures devraient être
" prises au cours de la présente session pour mettre en vigueur d'une ma-
" nière active et prompte la politique navale permanente comprise dans
" la loi du service de la Marine de 1910, adoptée en conformité de la
" résolution approuvée unanimement par cette Chambre en mars 1909.
" Que cette Chambre croit de plus, qu'augmenter la puissance et la
" mobilité de la marine impériale par l'adjonction de deux escadres
" fournies par le Canada sous le régime de la susdite loi et qui seraient
" stationnées sur les côtes canadiennes des océans Atlantique et Pacifi-
" que, respectivement, plutôt que de recourir à une contribution soit
" d'argent, soit de navires, est une mesure de beaucoup la plus propre à
" venir au secours de la défense navale impériale, et, pour employer
" l'expression contenue dans le mémoire de l'Amirauté, à " redonner
" une plus grande élasticité de mouvement aux escadres britanniques
" sur toutes les mers, et contribuer directement davantage à la sécurité
" des Dominions " ; et que, le gouvernement canadien devrait prendre
" des mesures propres à la réalisation la plus prochaine possible de cet
"objet". (1058-59) (1).
Etourdis par la prolixité de ce texte " hybride ", — c'est le cas de
le dire — la plupart des gens qui le lirent dans les journaux, le lende-
main, ne firent pas attention à un fait important: c'est que la proposi-
tion de M. Laurier laissait intact le premier paragraphe de la résolution
ministérielle. En d'autres termes, le leader du parti libéral consentait
à voter " une somme n'excédant pas $35,000,000 dans le but d'augmenter
immédiatement les forces navales effectives de l'Empire ". Puis il sug-
gérait d'appliquer cette contribution à compte du coût de la construction
de deux escadres — canadiennes en temps de paix, impériales en temps
de guerre. C'était beaucoup plus que ce qu'il avait si durement refusé
(1) On trouvera le texte anglais de cette motion à la pièce justificative 71.
— 249 —
à lord Tweedmouth en 1907. Le Canada, affirmait-il alors, ne peut rien
faire, rien accorder: ni contribution, ni escadre (1).
Commune inspiration des deux politiques
Le débat interminable qui s'engagea sur la résolution et le projet
de loi n'apporta guère d'arguments nouveaux (2).
Ce qu'on vient de lire des déclarations des deux chefs suffit à mar-
quer la tonalité des esprits et l'inspiration directrice des deux partis. A
travers les attitudes, les défis et les ripostes, les attaques et les contre-
attaques, les accusations réciproques d'incivisme, de déloyalisme même,
ou de servilité à l'égard de l'Angleterre, un fait primordial se dégage:
les deux partis rivalisent d'ardeur pour servir l'Angleterre. C'est à qui re-
niera le plus complètement la tradition nationale établie par Cartier,
Macdonald, Dorion, Sandfield McDonald et tous les hommes d'Etat ca-
nadiens qui ont eu à débattre et à appliquer le principe des relations
établies entre la Grande-Bretagne et le Canada.
Au Sénat, il est vrai, la majorité libérale, sous l'inspiration de M.
Laurier qui veut racheter ou confesser ses fugues impérialistes à la
Chambre, rejette le projet de loi et demande l'appel au peuple; mais il
n'en est pas moins vrai que, dans l'ensemble, le parti libéral resté lié tout
autant que le parti conservateur " au principe absolument faux de la
contribution des colonies à la défense générale de l'Empire ". C'est
ainsi que s'exprimait, en 1903, M. Rodolphe LEMIEUX, devenu l'un des
plus ardents prosélytes de cette fausse religion.
Il n'y a pas lieu de discuter ici le mérite respectif des deux politi-
ques. La contribution si faussement appelée " d'urgence " est assuré-
ment une forme plus brutale et plus dégradante du tribut à l'Em-
pire. Mais par cela même, elle suggère et, de fait, elle a suscité une réac-
tion salutaire contre l'inspiration fausse qui l'a dictée. La politique
libérale voile davantage sa pensée directrice et son objet ultime. Elle
ménage l'amour-propre enfantin des coloniaux; elle éveille des cupidi-
tés d'intérêt: établissement de chantiers maritimes et d'industries nou-
velles, emploi de main-d'oeuvre canadienne, nouvelles carrières ou-
vertes, etc., etc. D'autre part, si elle se réalisait dans la mesure suggé-
rée par M. Laurier, en décembre 1912, elle alourdirait le fardeau écono-
mique du pays d'un poids infiniment plus onéreux que la forme de tribut
suggérée par M. Borden. Elle implanterait davantage en Canada le
chancre rongeur du militarisme économique. Il deviendrait aussi dif-
ficile pour le Canada que pour les nations de l'Europe de s'en débar-
rasser.
Fausseté du prétexte d'urgence — Démission de M. Monk
Il resterait à discuter l'argument invoqué par M. Borden pour jus-
tifier sa rupture de l'engagement qu'il avait pris, en 1910, de consulter
le peuple. Cet engagement, il l'avait ratifié à la session suivante. La
contribution d'urgence ne constitue pas une politique permanente, af-
(1) Voir ci-dessus, pages 175 à 179.
(2) On trouvera le texte des diverses propositions à la pièce justificative 71.
— 250 —
firme-t-il en 1912. Cet argument est spécieux, mais il ne tient pas debout.
Si, dans l'esprit de M. Borden, la contribution d'urgence n'est qu'un fait
accidentel, nullement lié à la prétendue obligation d'aider la Grande-Bre-
tagne, pourquoi le ministère ne s'est-il pas borné à faire inscrire au
budget cette somme de §35,000,000? Pourquoi en a-t-il fait l'objet d'une
législation spéciale " à l'effet d'accroître les forces navales de l'Empire "?
Du reste, le point en dispute, le principe nouveau sur l'application du-
quel il avait promis de consulter le peuple canadien, c'était le devoir du
Canada d'aider l'Angleterre dans un danger étranger au Canada, quels
que soient le degré, la localisation ou l'urgence du péril.
Ce devoir, M. Monk, M. Nantel, M. Pelletier et tous les députés con-
servateurs élus sous l'étiquette autonomiste, l'avaient nié et s'étaient en-
gagés solennellement à combattre tout ministère qui tenterait d'en impo-
ser la reconnaissance sous une forme quelconque avant d'avoir obtenu
l'assentiment du peuple.
C'est ainsi que M. MONK le comprit. C'est parce que, " mu par un
haut sentiment d'honneur" (1), il voulut rester fidèle à ses engagements
qu'il quitta le ministère lorsque le premier ministre refusa de soumettre
au peuple la mesure qu'il avait décidé de présenter au parlement. Le
premier ministre et ses collègues sont allés jusqu'à prétendre que le
danger était tellement imminent qu'ils n'avaient pas le temps de différer
de six ou huit semaines l'exécution de cette mesure, afin de consulter le
corps électoral. Est-il nécessaire de démontrer la futilité de ce prétexte
et d'établir que toutes les circonstances ultérieures et les actes des mi-
nistres eux-mêmes ont prouvé qu'ils n'en croyaient pas le premier mot?
Si M. Borden et ses collègues — ceux surtout qui l'avaient accom-
pagné à Londres, en juillet 1912 — étaient persuadés de l'urgence de
voler au secours de la mère patrie, pourquoi ont-ils attendu plus de
quatre mois pour réunir les Chambres, et trois semaines de plus pour
déposer le projet de résolution qui formait la base essentielle de leur
mesure d'urgence?
Même si l'on va jusqu'à supposer qu'ils croyaient à la nécessité
d'ajouter trois vaisseaux d'une efficacité douteuse à la flotte la plus
puissante de l'univers, comment pouvaient-ils croire que le lancement
de ces navires en 1915 contribuerait à écarter un péril qui devait sûre-
ment éclater à très brève échéance?
Si leur confiance et leur naïveté allaient jusque là, pourquoi ont-ils
laissé traîner la discussion parlementaire près de six mois? Pourquoi
n'ont-ils pas adopté, dès le début de la session, les mesures énergiques
qu'ils ont prises pour mettre fin à la discussion? Bespect des libertés
parlementaires, dira-t-on? Mais le respect d'un engagement solennel
pris envers toute la population du Canada valait bien celui des libertés
du parlement. Si l'urgence était telle et le devoir d'y parer si impérieux
que trois des ministres de Sa Majesté se crussent justifiables de violer
leur parole d'honneur, et tout le ministère et tout le parti conservateur
de manquer à leurs engagements, il eût été cent fois plus légitime d'im-
(1) Le mot est de M. BORDEN* lui-même, lorsqu'il expliqua à la Chambre les motifs
«le In démission de son collègue.
— 251 —
poser à l'opposition libérale, trois mois plus tôt, le bâillon qu'on lui mit
trois mois plus tard.
Mais la preuve la plus patente de la mauvaise foi des ministres, c'est
leur attitude après le rejet de la mesure au Sénat. La majorité du Sénat
leur avait offert exactement ce que M. Monk demandait six mois plus
tôt: consulter le peuple avant de donner ces $35,000,000 à la Grande-
Bretagne. En octobre 1912, l'urgence du péril était telle, prétendaient
les ministres, qu'ils n'avaient pas le temps de convoquer les électeurs
dans une consultation plébiscitaire qui aurait pu être terminée en no-
vembre ou décembre. Après le rejet de la mesure, ce péril, si élastique
et si commode, était devenu tellement problématique et lointain que le
ministère laissa passer tout le reste de l'année 1913, toute la session sui-
vante, et se rendit jusqu'à la guerre sans avoir tenté de renouveler sa
démarche et de prendre les moyens à sa portée pour mettre à exécution
la politique qu'il avait proposée dix-huit mois auparavant, en invoquant
la nécessité d'aider immédiatement l'Angleterre à parer à un danger
imminent et certain.
Dure rebuffade de M. Harcourt à M. Borden
J'ai réussi à démontrer, je crois, ce que j'affirmais en tête de ce
chapitre: la politique navale des deux partis émane du même principe
et tend à la même fin : faire participer le Canada à la défense générale
de l'Empire. Cette politique, M. Laurier et M. Borden ont tenté, à tour
de rôle, de l'imposer et de faire assumer au pays une part des charges
impériales, avant qu'il ne partage les responsabilités et les pouvoirs
du gouvernement de l'Empire. C'est l'exacte situation que M. Borden
décrivait comme " intolérable ", dans son discours du 24 novembre 1910.
Nous avons vu que, pour justifier son projet de contribution, il avait
été jusqu'à affirmer, le 5 décembre 1912, que les hommes d'Etat britan-
niques avaient fait un accueil favorable à ses réclamations et qu'ils
étaient prêts à reconnaître aux colonies, en fait comme en théorie,
l'exercice du droit de représentation. Un résumé de ce discours fut
immédiatement câblé à Londres. Les ministres britanniques, avec
la loyauté qui corrige, dans une large mesure, leur arrogance et leur
morgue impériale, ne voulurent pas laisser M. Borden, et généralement
le peuple des colonies autonomes, sous la fausse impression de ce dis-
cours.
Le 10 décembre 1912, cinq jours après les déclarations de
M. Borden, le ministre des Colonies, M. HABCOUBT, envoie aux gouver-
neurs des possessions autonomes une dépêche qu'on trouvera tout en-
tière reproduite à la fin de ce volume (1). J'en traduis ce passage :
"Nous lui avons fait observer [à M. Borden] que le Comité de la
"Défense Impériale est un corps purement consultatif (advisory). Ce
" n'est pas et ce ne peut être, en aucune circonstance, un corps qui ait
" l'autorité de déterminer la politique (deciding on policy) : ceci est et
" doit rester la prérogative exclusive du cabinet britannique, sujette à
"l'approbation de la Chambre des Communes [du Royaume-Uni]. Néan-
(1) Pièce justificative 72.
— 252 —
" moins les ministres britanniques ont donné à M. Borden l'assurance
" que tout ministre colonial résidant à Londres aurait toujours libre
" accès auprès du premier ministre, du ministre des Affaires étrangères
" et du ministre des Colonies pour en obtenir des renseignements (for
" information) sur tous les problèmes de la politique impériale."
Il transcrit un passage d'un discours qu'il a prononcé récemment
pour expliquer l'attitude du gouvernement impérial à cet égard :
" J'accueillerais avec plaisir, avait-il déclaré, une représentation
" plus constante des ministres des colonies au Comité de la Défense Im-
" périale; nous serions tous heureux si un ou plusieurs membres des
" cabinets coloniaux pouvaient venir chaque année à Londres. La porte
" de la camaraderie et de l'amitié leur est toujours ouverte " — à condi-
tion qu'ils n'aient rien à décider, sauf pour obéir aux injonctions de
leurs aînés, les ministres impériaux — " et nous n'avons pas besoin des
" formalités d'une Conférence impériale pour entretenir la confiance
" impériale ".
A cette citation, M. Harcourt apporte ce bref commentaire :
" Ces paroles traduisent fidèlement les vues et les intentions du gou-
vernement de Sa Majesté". Il a même la jolie audace d'ajouter: "Il
" semble que M. Borden, dans son discours sur la première lecture du
" bill naval du Canada [la contribution d'urgence], accepte les proposi-
'• tions que nous avions faites."
Le soufflet est rude. Le premier ministre le subit sans broncher.
Le 17 janvier 1913, il communique à la Chambre, sans un mot de com-
mentaire, le texte de la dépêche du ministre des Colonies. Est-ce donc à
cela que se réduit toute la représentation des colonies dans les Conseils
de l'Empire? Est-ce l'accomplissement des garanties offertes par les auto-
rités impériales au premier ministre du Canada pour justifier le paie-
ment du tribut à l'Empire?
Ce que signifie la présence des ministres coloniaux dans le Comité
de la Défense Impériale, l'insignifiance du rôle tout passif qu'ils y
jouent, la dépêche de M. Harcourt suffit à l'indiquer. Du reste, cette
conquête coloniale n'a pas même l'attrait de la nouveauté. Dès 1903, on
Ta vu, sir Frederick Borden a siégé dans la Commission de la Défense.
Il a reçu, comme M. iBorden et M. Pelletier, les renseignements et la di-
rection que les ministres britanniques ont bien voulu leur donner. En
1909 et en 1911, les délégués des colonies ont également pénétré dans ce
sanctuaire de l'Empire afin de s'illuminer des reflets de la gloire impé-
riale. Mais dans aucune de ces circonstances, ils n'ont exercé la moin-
dre action sur la politique impériale (1).
(1) La représentation tout illusoire des colonies au Comité de la Défense Impériale
n'est pas le seul attrape-nigauds auquel les impérialistes canadiens se sont laissé prendre.
Ils ont fait grand état de l'admission de M. Borden à une réunion du cabinet britanni-
que. Ils voyaient déjà le premier ministre du Canada à la tête de l'Empire. Les jour-
naux impérialistes de Londres ont pris soin d'entretenir cette puérile et vaine illusion.
La formule banale — -a new epoch in the Government of the Empire — a revu le jour pour
la centième fo's. Les uns ignoraient et les autres ont feint d'oublier que, dès 1897, sir
Wilfrid Laurier et les premiers ministres des autres colonies autonomes avaient eu le
même honneur. Le correspondant du Globe (de Toronto), à Londres, télégraphiait à ce
sujet, le 23 juin 1897: "L'entrée du premier ministre au Conseil Privé est considérée com-
me une sorte de reconnaissance du droit des colonies d'être représentées dans les conseils
de l'Empire". On voit que le fait n'est pas nouveau. Dans ces deux occasions, la "re-
présentation" des colonies au Conseil Privé s'est bornée à une simple visite aux ministres
— 253 —
Telle était donc, en 1912, la situation politique du Canada dans
l'Empire, quand M. Borden et ses collègues adjuraient le parlement ca-
nadien de verser dans le trésor impérial une somme considérable de
deniers publics, dont l'emploi et la direction devaient échapper totale-
ment à leur autorité et à leur contrôle. Cette situation n'avait pas varié,
en août 1914, quand le parlement tout entier décida de précipiter le
Canada dans " le tourbillon du militarisme européen ", de lui imposer,
pour le bénéfice de l'Angleterre, un effort militaire infiniment plus con-
sidérable que tout ce qu'elle avait fait en un siècle et demi pour la dé-
fense du Canada, et d'accumuler sur les épaules du peuple canadien,
pour les seules fins de cette guerre entreprise par l'Angleterre sans le
concours des colonies, une dette plus onéreuse que tout ce que le Cana-
da avait dépensé depuis la naissance de la Confédération pour mettre en
valeur son patrimoine national.
N'est-ce pas le paroxysme de la situation " intolérable " dénoncée
par M. Borden en 1910?
Le Canada et la Guerre
Le Canada était-il tenu de participer à la guerre européenne?
Comme possession britannique, non. En exécution d'un devoir,
d'une obligation morale ou légale, résultant de sa condition coloniale,
non. S'il avait envisagé la situation sous cet angle unique, le Canada
avait le droit, il avait même le devoir de s'abstenir de toute participation
active à la guerre.
Mais "comme nation, comme communauté humaine, le Canada pou-
vait-il rester indifférent au conflit européen?" Je ne le crois pas.
"Lié à l'Angleterre et à la France par mille attaches ethniques, sociales,
intellectuelles, économiques, le Canada a un intérêt vital à la conserva-
tion de l'Angleterre et de la France, au maintien de leur prestige, de leur
puissance, de leur action mondiale." (1)
Si le gouvernement avait proposé au parlement d'intervenir dans la
guerre comme nation autonome de l'Empire, pour la seule défense des
intérêts supérieurs du Canada, l'accord réel des opinions sincères aurait
pu se faire et soutenir l'action de l'Etat. Pour obtenir ce résultat, il
britannique. S'il en est résulté quelque chose, ce n'est qu'un accroissement de l'influence
dominatrice des maîtres de l'Empire sur leurs domestiques coloniaux.
Les ministres canadiens qui traitèrent d'égal à égal avec les ministres britanniques,
en 18C5, occupèrent une situation autrement honorable et indépendante que celle des
délégués coloniaux admis au Conseil Privé ou à l'Impérial Defence Committee.
(1) Ces paroles sont extraites à peu près textuellement d'un article publié dans le
Devoir du 8 septembre — celui-là même qui m'a valu tant d'injures de la presse impéria-
liste. Mon opinion là-dessus n'a pas varié an fond. Mais je la corrige aujourd'hui en
ajoutant: — pourvu que la puissance et l'action mondiale de la France et de l'Angleterre
restent contenues dans de justes bornes et ne deviennent pas, à leur tour, une menace
pour la paix et l'équilibre du monde. Du côté de la France, ce danger n'est guère à re-
douter. La France contemporaine semble avoir renoncé aux visées impérialistes de Na-
poléon. Pour l'Angleterre, déjà maltresse d'un sixième des terres du globe et tout
infectée du virus de l'impérialisme, c'est différent. Sans parler des conséquences géné-
rales pour les autres pays, tout ce qui se passe au Canada depuis le début de la guerre
démontre qu'une victoire écrasante de l'Angleterre serait aussi dangereuse pour nous que
le triomphe de l'Allemagne pour l'Europe. L'arrogante brutalité des anglicisateurs cana-
diens, plus acharnés que les Allemands à la destruction de toute civilisation française et
catholique et, par conséquent, destructeurs du pacte fédéral, y trouverait un regain de
force et d'ardeur. C'est par là surtout que l'impérialisme anglo-saxon menace l'équilibre
des races et la liberté religieuse au Canada. (Voir page 64).
— 254 —
aurait fallu déclarer sans équivoque que le Canada intervenait de son
plein gré, parce que ses intérêts étaient, dans une large mesure, liés à
ceux de l'Angleterre et de la France; mais qu'en toute occasion où les
intérêts du Canada seraient opposés à ceux de la France ou de l'Angleterre,
le gouvernement canadien n'hésiterait nullement à séparer la cause du
Canada de celle de ces pays — quitte à répondre, comme Macdonald, Lan-
gevin, Tupper et Campbell, aux partisans de la servilité coloniale :
" Tant pis pour les intérêts britanniques ".
Si l'on objecte que ce langage n'aurait guère cadré avec la logique
du régime colonial, il est facile de répondre que la logique absolue et
étroite, arme usuelle et commode des théoriciens, n'est pas la seule règle
de gouvernement. En pays britannique surtout, elle doit souvent céder
le pas aux exigences du patriotisme et du sentiment, aux nécessités su-
périeures du moment.
Si l'on prétend que cette attitude aurait équivalu à une déclaration
d'indépendance, je me borne à répliquer qu'elle eût été absolument con-
forme à la tradition nationale, à l'ordre établi en 1867 par l'accord vo-
lontaire des autorités impériales et canadiennes. En quoi cette attitude
eût-elle différé de celle de sir John MACDONALD, lorsqu'il définissait le
pacte fédéral comme un traité " d'alliance permanente " entre la Grande-
Bretagne et le Canada, laissant à la Confédération canadienne toute liber-
té de contracter des alliances avec les nations étrangères? (1)
Cette politique, loin de constituer une innovation, aurait marqué un
retour décisif à la tradition nationale, une réaction salutaire contre la
révolution dangereuse qui emporte les colonies autonomes depuis quinze
ans. Elle aurait pu opérer, je le répète, l'accord moral des opinions.
Ainsi motivée, la participation du Canada à la guerre eût accordé en fait
une satisfaction suffisante aux impérialistes raisonnables. L'affirmation
péremptoire du droit absolu du Canada d'accorder ou de refuser son con-
cours à l'Angleterre eût contenté la plupart des nationalistes.
Naturellement, cette politique aurait entraîné, comme corollaire
essentiel, le devoir de déterminer le mode et le degré de participation du
Canada selon les exigences de sa situation économique et de sa défense
territoriale.
Au lieu de cet accord national, pour l'accomplissement du devoir
national et la défense des intérêts nationaux, les chefs de faction et leurs
complices de la presse ont préféré ce qu'ils appellent la " trêve des
partis ". Cette fausse trêve n'est que l'hypocrite complicité des politi-
ciens, aveuglés, séduits ou vendus, pour assurer le triomphe de l'impé-
rialisme anglo-saxon. L'amour de la France, l'évocation des gloires et
des souffrances de la Belgique, ne sont que des prétextes habilement invo-
qués pour entraîner les Canadiens-français à servir l'Angleterre et à re-
connaître, en fait, l'obligation, qu'ils ont toujours niée, de participer à
toutes les guerres de l'Angleterre et non plus seulement à la défense du
territoire canadien. La guerre que le Canada fait aujourd'hui à l'Alle-
(1) Voir page 03.
— 255 —
magne, il devra être prêt à la poursuivre demain contre la France (1) ou
contre tout autre pays que l'Angleterre jugera utile ou nécessaire de com-
battre, pour l'accomplissement de ses desseins ou la sauvegarde de ses
intérêts. Telle est la conséquence logique et inévitable de l'attitude prise
par le gouvernement, par les deux partis, et par toute la presse conser-
vatrice, libérale ou soi-disant indépendante, qui s'évertue à prouver que
le Canada a l'obligation légale ou morale de participer à la guerre actuelle.
comme dépendance de l'Empire britannique.
L'impérialisme anglais à son apogée
En ceci, d'ailleurs, je le reconnais volontiers, les deux partis sont
bien dans la logique de l'impérialisme anglo-saxon. Leur attitude actuelle
est l'exacte contre-partie de la tradition nationale, de l'attitude de Car-
tier, de Macdonald, de Dorion, de Sandfield McDonald. Mais elle est
absolument conforme aux desseins des maîtres de l'Empire, tels qu'ils se
sont affirmés avec une audace croissante depuis trente ans, depuis la
guerre d'Afrique surtout.
" Ce que nous désirons ", disait lord SALISBURY en 1887," c'est que
tous les pays d'Empire " s'apprêtent à nous " fournir non seulement de
l'argent mais aussi des hommes."
Pourquoi, demandait M. CHAMBERLAIN, en 1897, " les troupes co-
loniales n'iraient-elles pas, de temps à autre, combattre côte à côte avec
leurs compagnons anglais? "
" J'ai la ferme conviction ", affirmait M. BRODRICK en 1902, " qu'en
cas de danger " les troupes coloniales " pourraient être mises en ligne
avec nos troupes régulières contre une armée européenne."
" Dans un danger suprême ", disait M. HALDANE en 1907, " les
forces de défense locale pourraient se porter en nombre pour défendre
plus que leurs propres frontières "; et il esquissait les grandes lignes du
plan destiné à assurer la " coopération effective " de toutes les armées
de l'Empire " dans une grande guerre ".
J'ai prouvé à satiété, je pense, que les gouvernants du Canada, après
avoir repoussé toutes les avances des maîtres de l'Empire, ont peu à peu
lâché pied et accepté l'une après l'autre chacune de leurs suggestions.
En vérité, j'aurais pu présenter cette étude comme un monument à
la gloire des hommes d'Etat anglais, comme un témoignage éclatant de
leur force persévérante et de l'admirable continuité de leur politique.
Elle témoignage également de la servilité des politiciens du Canada et de
leur faiblesse versatile.
La participation du Canada à la guerre actuelle marque le triomphe
et l'apogée de l'impérialisme anglais.
Les principes posés par les Pères de la Confédération sont renversés.
Toute la tradition nationale est révolutionnée.
Ce n'est plus " le Canada avant tout ". C'est " l'Empire par-dessus
tout! " Vaterland ùber ailes!
(1) Le sentiment des Anglo-Canadiens à cet égard s'est manifesté clairement à la
réunion du Théâtre Russell, à Ottawa, en décembre 1914. La bande des forcenés patriotes,
conduite et soutenue par des officiers, des soldats et des fonctionnaires publics, a sifflé
et conspué le chant national de la France avec la même ardeur qu'elle mettait à couvrir
ma voix "déloyale".
— 256 —
" Notre devoir est de consulter nos propres intérêts ", déclarait, en
1863, M. POPE, futur ministre conservateur. "5'i7 est de notre intérêt
d'aller aussi loin que l'Angleterre le désire, allons-y; mais surtout, n'al-
lons pas au delà de ce que nous considérons que nos propres intérêts
exigent."
" Si l'Angleterre était en danger, si même elle était simplement aux
prises avec une ou deux des grandes puissances de l'Europe ", affirme
M. LAURIER, en 1912, " nous mettrions toutes les ressources du Canada à
la disposition de l'Angleterre."
"Nous mettrons le Canada en banqueroute pour sauver l'Empire",
vocifère M. MEIGHEN (1). Et les deux partis se vouent à l'exécution de
ce programme patriotique.
Il n'est plus question de consacrer les ressources et l'effort possible
du Canada à la défense de son territoire, seule partie de l'Empire dont
les Canadiens sont responsables. Au contraire, on dépouille le Canada
de tous ses moyens de défense, ou le réduit à l'impuissance totale, pour
le cas où il serait attaqué.
La conscription au Canada
Ce délire ira-t-il jusqu'à l'établissement de la conscription au Ca-
nada?
Il en sera de cela comme de tout le reste, selon ce que décideront les
ministres britanniques. Le jour où le régime de la conscription, par-
tielle ou totale, sera établi en Angleterre, les maîtres de l'Empire n'au-
ront aucune peine à l'introduire au Canada. L'opération sera d'autant
plus facile que le mécanisme légal existe déjà. Il n'y aura pas même
besoin d'une loi nouvelle ni de l'autorisation du parlement. La loi de la
milice, je l'ai démontré, contient tous les dispositifs qui permettent au
gouvernement d'enrôler de force " tous les habitants mâles du Canada,
âgés de dix-huit et plus, et de moins de soixante ans ". De plus, elle
autorise le gouvernement à envoyer " la milice ou toute partie de la
milice", servir à l'étranger, "pour la défense du Canada" (art. 69).
Cette seule restriction était déjà singulièrement affaiblie par les déclara-
tions compromettantes de sir Wilfrid LAURIER, en 1899, et de sir Fre-
derick BORDEN, en 1904. L'attitude actuelle des politiciens des deux
partis, des chefs d'opinion les plus autorisés, de la plupart des journaux,
l'a rendue absolument illusoire. Les uns et les autres ont proclamé à
l'envi que c'est le devoir absolu du Canada — devoir moral, disent-ils tous,
devoir légal, ajoutent quelques-uns — de participer à cette guerre. Il y va
du salut, de l'existence même du Canada, affirment-ils. "La première
ligne de défense du Canada est à la frontière des Flandres ", s'écrie le
ministre des Postes, M. CASGRAIN. " L'Allemagne ne fait la guerre que
pour s'emparer du Canada ", vont jusqu'à dire les plus exaltés ou les plus
imbéciles.
Tous ceux qui partagent et soutiennent ces opinions ne peuvent
s'objecter à ce que la milice canadienne soit envoyée en France " pour la
(1) Discours nu Canadian Club de Winnipcg, en novembre 1914.
— 257 —
défense du Canada ", ni à ce que les cadres de la milice soient remplis
conformément à la loi.
La plupart des partisans de l'intervention du Canada dans la guerre
ont reconnu, hautement ou tacitement, le droit des autorités impériales de
requérir les secours armés du Canada, de disposer à leur gré des troupes
coloniales. Ils reconnaissent aux ministres britanniques le pouvoir absolu
de déterminer les conditions et l'étendue de la participation des colonies
autonomes à la guerre. Le jour où les autorités impériales déclareront
que le salut de l'Empire exige cent mille, deux cent mille, cinq cent mille
Canadiens de plus, de quel droit les ministres canadiens, qui ont juré de
"mettre le Canada en banqueroute pour sauver l'Empire", se refuseraient-
ils, si l'enrôlement volontaire ne suffisait pas, à prendre les moyens que
la loi leur offre pour donner à l'Angleterre le nombre de soldats qu'elle
réclamera? Quel argument M. Laurier pourra-t-il opposer à cette mesure
extrême, lui qui a donné sa parole qu'en cas de conflit de l'Angleterre
" avec une ou deux des grandes puissances de l'Europe ", même s'il n'y
avait pas de danger, " nous mettrions toutes les ressources du Canada à
la disposition de l'Angleterre? "
Quant à tous ceux qui ont posé en principe que le salut du Canada
est lié au sort des armes anglaises, quelle sera leur attitude le jour où les
gouvernants anglais ou leurs représentants viendront leur dire : " De
votre propre aveu, le salut du Canada est lié au sort de nos armes. Or le
succès de nos armes exige deux cent mille Canadiens de plus. L'enrôle-
ment volontaire n'y suffit pas. Nous sollicitons maintenant votre appui
moral afin de faire exécuter les lois qui permettent au gouvernement
canadien d'assurer le salut de l'Angleterre et, partant, celui du Canada "?
Sacrifices sans compensations
Lorsque cette dernière manoeuvre sera accomplie, — et même s'il s'en
tient à son effort actuel — le Canada aura pris à sa charge, en moins de
trois ans, une part plus lourde du fardeau impérial qu'il n'a portée en un
siècle et demi. Dans une seule guerre, il aura contribué à la défense de
l'Angleterre beaucoup plus généreusement que l'Angleterre n'a contribué,
depuis la conquête, à la défense du Canada. Simple dépendance de
l'Empire, il aura assumé la plus lourde des responsabilités nationales,
avant même d'exercer les pouvoirs et le libre arbitre d'une nation. Pays
d'Amérique, séparé des rivalités et des conflits de l'Europe par mille
lieues d'océan, il aura plongé jusqu'au fond de l'abîme du militarisme
européen.
Et quelle sera la compensation de cette effroyable saignée? Je ne
veux pas revenir ici sur les avantages politiques de " l'association
impériale", toujours entrevus, jamais réalisés. Quelle compensation
de fait le Canada recevra-t-il de ses sacrifices au dieu de l'Empire?
Il ne pourra pas, comme PAfrique-Sud, l'Australie et la Nouvelle
Zélande, se tailler des domaines dans les dépouilles de l'Allemagne colo-
niale. Et d'ailleurs, il n'en aurait que faire.
Privé des capitaux anglais engloutis dans la guerre, endetté à mort
au profit de l'Angleterre, il devra attendre des capitaux américains la res-
— 258 —
tauration de sa vie industrielle. Il court risque d'y perdre son indépen-
dance économique, et peut-être ses libertés nationales.
Mais, s'écrient les impérialistes, il pourra, à l'occasion, lorsqu'il sera
lui-même en péril, compter sur les secours prompts et efficaces de la mère
patrie et des autres pays britanniques. Désormais, entre toutes les " na-
tions soeurs ", c'est à la vie, à la mort!
Cette espérance est illusoire. Les autres colonies sont absorbées par
les" exigences de leur situation particulière. L'Angleterre elle-même n'a
jamais voulu, elle pourra, moins que jamais, se mettre en mesure de
défendre le Canada contre ses seuls agresseurs possibles: les Etats-Unis
et le Japon. Le souci de conserver la neutralité sinon l'amitié des Etats-
Unis lui a toujours fait sacrifier les intérêts du Canada aux exigences
légitimes ou injustifiables de nos redoutables voisins. Rien n'indique
qu'il en sera autrement à l'avenir. La seule préoccupation de maintenir
son autorité chancelante dans l'Empire des Indes empêchera l'Angleterre
de prendre des mesures efficaces pour protéger le Canada. C'est cette
préoccupation qui l'a conduite à faire du Japon la nation prépondérante
de l'Asie, la seule puissance maritime qui puisse, pour l'instant, menacer
sérieusement les pays australasiens et, à un moindre degré, le Canada
occidental.
Si les impérialistes canadiens qui parlent tant de l'Empire, des gloires
de l'Empire, de l'avantage que le Canada trouve dans son association avec
l'Empire, se donnaient la peine d'étudier les éléments primordiaux de la
situation impériale, ils ne tarderaient pas à se convaincre que l'Angle- *
terre est prête à sacrifier toutes ses colonies autonomes pour assurer sa
possession de l'Inde.
Il n'y a pas, du reste, à s'étonner, encore moins à s'indigner, de cette
détermination. La possession des Indes offre à l'Angleterre un intérêt
infiniment supérieur à celui qu'elle trouve dans la conservation de ses
colonies blanches. Le gouvernement de cet immense empire, fait de mul-
tiples nations, peuplé de plus de trois cents millions d'habitants, est le
chef-d'oeuvre de la politique coloniale de l'Angleterre. Elle y a contracté
des obligations qui surpassent sans comparaison possible toutes celles
que lui impose la protection du Canada, de l'Australie, de la Nouvelle
Zélande et de l'Afrique Sud (1).
S'indigner de cet " égoïsme " nécessaire des Anglais serait aussi puéril
et injuste qu'il est grotesque d'attendre de l'Angleterre, pour le salut du
Canada, une compensation adéquate des sacrifices que nous faisons au-
jourd'hui pour le salut de l'Empire.
Les colonies autonomes ont grandi et prospéré, selon la parole si juste
de BURKE, grâce à " l'heureuse négligence " de l'Angleterre. C'est ce que
les Canadiens d'autrefois savaient comprendre. C'est malheureusement
ce que les politiciens d'aujourd'hui ne comprennent pas.
Reste la flotte britannique. Sans doute, sa suprématie écrasante
existe encore: la guerre actuelle l'a amplement démontré, justifiant ainsi
(1) Deux tles plus hauts fonctionnaires du gouvernement britannique m'ont exposé,
l'an dernier, d'une façon absolument concluante, ce point de vue des autorités impéria-
les.
— 259 —
l'opposition constante que les nationalistes canadiens ont faite à la poli-
tique navale des deux partis.
Mais, sans discuter la possibilité de l'affaiblissement relatif de cette
flotte, — sans insister de nouveau sur la détermination des autorités bri-
tanniques d'employer les forces navales de la Grande-Bretagne à la pro-
tection de son territoire et de son commerce, avant de s'occuper des co-
lonies,— il reste un fait constant et indéniable; c'est que la flotte anglaise
est impuissante à protéger le Canada contre le seul agresseur qui puisse
s'emparer du territoire canadien et le conquérir: les Etats-Unis. (1)
Il y a donc toute chance pour que les sacrifices du Canada à la cause
de l'Angleterre se terminent comme les marchés avec le diable, dans les
légendes du moyen-âge: la nation canadienne aura vendu son âme et le
salut de ses enfants; il ne lui restera entre les mains que des feuilles
sèches.
Puissent nos descendants réparer les erreurs de la génération actuelle
et ramener le Canada dans la voie salutaire de ses traditions nationales!
(1) Je n'ai jamais été si fortement frappé qu'à Londres, l'an dernier, des réalités de
cette situation. J'eus l'occasion tout exceptionnelle d'en causer à fond, à quelques jours
d'intervalle, avec les deux hommes les plus compétents peut-être de la flotte britannique.
Adversaires acharnés, divisés sur toutes les questions techniques, leurs avis concordaient
absolument sur un point: le Canada ne peut attendre de secours efficace de la flotte an-
glaise pour la protection de son territoire. Quant au commerce canadien en haute mer,
tous les Anglais avertis considèrent avec raison qu'il fait partie du commerce de l'An-
gleterre et que c'est en conséquence le devoir et l'intérêt de l'Angleterre de le protéger.
L'un de mes éminents interlocuteurs alla jusqu'à dire qu'il est absurde pour le Canada
de s'aventurer dans une poliUque quelconque de défense militaire et navale, s'en s'assu-
rer, au préalable, le bon vouloir des Etats-Unis et leur protection efficace en cas d'at-
taque de l'extérieur.
Ce n'était pas la première fois qu'il m'était donné de constater à quel point les
esprits dirigeants, en Angleterre, acceptent volontiers, pour le Canada, les conséquences
de la doctrine Monroe. Il n'y a que les domestiques coloniaux, si serviles en toute chose,
qui se prennent d'indignation à la pensée que le Canada peut avoir besoin de s'entendre
avec son seul voisin.
Le plus éminent des diplomates anglais, sir Edward GREY, n'a-t-il pas proclamé, le
23 mai 1911, en présence de Sir Wilfrid Laurier, que la politique anglaise "est en plein
accord avec cette doctrine"? Le lendemain, l'un des organes les plus autorisés du parti
unioniste, le Spectator, écrivait que le ministre des Affaires étrangères "avait exprimé le
sentiment universel des Anglais" à ce sujet.
En 1903, lord Charles BERESFORD déclarait publiquement, à New- York : "La doc-
" trine Monroe a pris naissance en Angleterre, et l'Angleterre l'a toujours appuyée.
" L'Angleterre a un intérêt presque égal à celui des Etats-Unis au maintien de la doctrine
" Monroe. Si j'étais Américain, je me battrais pour la doctrine Monroe. Anglais, je l'ap-
" pnie, comme font la plupart des Anglais." (Cette déclaration a été publiée dans le
Herald, de Montréal, le 5 février 1903. On la retrouvera, avec commentaires, dans le
Devoir du 9 août 1913.
A un déjeuner du Canadian Club d'Ottawa, Sir Frederick BORDEN, alors ministre
de la Milice dans le cabinet Laurier, disait de la doctr'ne Monroe: "Behind that doctrine
" are the guns and warships of the United States and the whole power of 80 000 000 soûls.
" Surely that doctrine, if it meins anything. means that Canada is safe from foreign
" aggression. IT MEANS THAT NEITHER GERMANY NOR RUSSIA. NOR ANY FOREIGN
"POWER, WOULD FOR ONE MOMENT. WHETHER ENGLAND WERE STRONG OR
" WEAK, BE PERMITTED BY THE UNITED STATES TO PLACE A HOSTILE FOOT IN
"THIS COUNTRY."
Je n'ai pas vérif-'é la date de cette déclaration; mais M. FOSTER l'a citée à la Cham-
bre, le 10 février 1910. "Does my hon. friend still hold to that?" demanda-t-il au minis-
tre. "I am very much of that opinion", riposta sir Frederick sans aucune hésitation.
Sur les tenants et aboutissants de la doctrine Monroe. on lira avec fruits l'un des
Kingdom Papers de M. EWART : "The Canning Policy, sometimes called the Monroe
Doctrine."
PIÈCES JUSTIFICATIVES
No PAGE
Lois et Ordonnances antérieures à l'Union
1.— Ordonnance de 1777 (Extraits) 263
2.— Ordonnance de 1787 (Extraits) 265
3.— Loi de la tyilice, Haut-Canada, 1808 (Extrait) 267
4. — Ordonnance du Conseil Spécial, Bas-Canada, 1838 (Extraits) .... 267
5.— Loi de la Milice, Haut-Canada, 1839 (Extrait) 269
Régime de l'Union
0. — Dépêche de Lord John RUSSELL, ministre des Colonies, à Lord Sydenham,
gouverneur général du Canada (Extraits) 270
7.— Loi de la Milice, 1846 (Extraits) 271
. 8.— Déclaration de Sir E.-P. Taché 273
Premier Contrat — Guerre de Crimée
9. — Dépêche de Lord GREY, ministre des Colonies, à Lord Elgin, gouverneur
général du Canada (Extraits) 27S
10.— Dépêche du Duc de NEWCASTLE, ministre des Colonies, à Sir A. Bariner-
niiin, lieutenant-gouverneur de l'Ile du Prince-Edouard 276
11.— Dépêche du Duc de NEWCASTLE à Sir J.-G. LeMarchant, lieutenant gou-
verneur de la Nouvelle-Ecosse 276
12.— Dépêche de Sir George GREY, ministre des Colonies, à Lord Elgin ... 276
13.— Dépêche de Lord ELGIN à Sir George Grey (Extraits) 277
14.— Loi de la Milice, 1855 (Extraits) 278
15.— Débats sur la Loi de 1855 (Extraits) 279
16. — Dépêche de Sir George GREY à Sir Edmund Head, gouverneur général du
Canada 283
17.— Dépêche de M. LABOUCHERE, ministre des Colonies, à Sir Edmund Head 284
Réforme de l'Armée impériale
18.— Rapport de MM. GODLEY et HAMILTON (Extraits) 281»
19.— Rapport de M. ELLIOTT (Extraits) 290
20.— Rapport de la COMMISSION PARLEMENTAIRE (Extraits) 292
Projet de Loi de 1862 — Défaite du ministère Cartier-Macdonald
21. — Rapport sur la Milice canadienne (Extraits) 293
22.— Projet de Loi de la Milice, 1862 (Extrait)) 294
23.— Débats sur le Projet de Ix>i de 1862 (Extraits) 2t4
Attitude décisive du ministère McDonald-Sicotte
24. — Dépêche de Lord MONCK, gouverneur général du Canada, au Duc de New-
castle, ministre des Colonies 301
25.— Dépêche du Duc de NEWCASTLE à Lord Monck 302
26.— Rapport du CONSEIL des MINISTRES (Extraits) 305
27.— Dépêche de Lord MONCK au Duc de Newcastle 310
28.— Dépêche du Duc de NEWCASTLE à lord Monck 313
29.— Loi de la Milice, 1863 (Extraits) 31ft
30.— Débats sur la Loi de 1863 (Extraits) 310
Traité de 1865
31.— Rapport du Colonel JERVOIS (Extraits) . 317
32. — Dépêche de M. CARDWELL, ministre des Colonies, à Lord Monck . 318
33. — Délégation à Londres — Arrêté ministériel 318
34.— Dépêche de M. CARDWELL à lord Monck 31»
35. — Dépêche de M. CARDWELL aux gouverneurs des Provinces Maritimes . 320
36. — Rapport des délégués canadiens (Extraits) 321
— 262 —
La Constitution — Application du Traité
No PAGE
37.— Extraits de la CONSTITUTION 325
38.— Loi de la Milice, 1868 (Extraits) 326
39.— Débats sur la Loi de 1868 (Extraits) 328
40. — Dépêche de M. CARDWELL, ministre de la Guerre, à Lord Gran ville, minis-
tre des Colonies (Extraits) 330
41. — Dépêche de Lord GRANVILLE, à Sir John Young, gouverneur général du
Canada 332
42.— Dépêche de Lord GRANVILLE à Sir John Young 334
43. — Rapport de Sir Georges CARTIER, au gouverneur-général 335
44. — Lettre du Général LINDSAY au gouverneur général 338
45. — Lettre du Major FUTVOYE, sous-ministre de la Milice, au gouverneur général 339
46.— Dépêche de Lord GRANVILLE à Sir John Young 341
17. — Lettre de Sir Edward LUGARD, sous-secrétaire d'Etat à la Guerre, au général
Lindsay 341
Mission et Rapport de Sir Alexander Campbell
18. — Arrêté ministériel déléguant Sir A. Campbell à Londres 343
49.— Dépêche de Lord KIMBERLEY, ministre des Colonies, à Sir John Young 343
50.— Rapport de Sir A. CAMPBELL 345
Preuves et témoignages additionnels
51.— Loi de la Milice, 1883 (Extraits) 348
52.— Débats sur la Loi de 1883 (Extraits) 350
53. — Expédition du Soudan — Refus du Canada d'y participer .... 354
54.— Discours de Sir Alexander CAMPBELL à Londres (1887) (Extraits) 357
55.— Discours de Sir Charles TUPPER à Winnipeg (1893) (Extraits) ... 360
56.— Attitude des libéraux en 1896 362
57.— Mémoire du COLONIAL DEFENCE COMMITTEE (1896) (Extraits) . . 365
Guerre Sud-Africaine
58. — Correspondance échangée entre M. CHAMBERLAIN et le gouverneraeut
canadien . . 369
59.— Déclaration de Sir ^Vilfrid LAURIER 372
60.— M. TARTE et la Patrie 373
61.— Lettre de M. Henri BOURASSA à Sir Wilfrid Laurier 380
Conférence coloniale de 1902
62. — L'invite aux colonies 382
63.— Déclarations de MM. LAURIER et BORDEN 382
64. — Mémoire des délégués canadiens 384
65.— Nouvelles déclarations de M. LAURIER ' . . . . 385
Dernières preuves
66.— Loi de la Milice, 1901 (Extraits) 387
67.— Débats sur la Loi de 1904 (Extraits) 390
68. — Conférence ■ coloniale de 1907 394
69.— Voeu du 29 mars 1909 . f 397
70. — Loi Navale — Déclarations des chefs de partis 398
71. — Contribution "d'urgence" à la flotte impériale 402
72. — Rebuffades des ministres britanniques 405
73. — Dette de "gratitude" du Canada 407
N. B. — Les "Account» and Papera" et les "Gommons Paper»" sont des documents
impériaux; les "Sesaional Papers", des documents canadiens. Les passages en majus-
cules ou en caractères gras sont ceux qui appellent l'attention particulière du lecteur.
Dans le texte original, ils sont généralement en caractères ordinaires.
LOIS ET ORDONNANCES ANTÉRIEURES A L'UNION
1
Ordonnance de 1777 0)
(Extraits)
AN ORDIN4NCE
for rejrulatinjt the militia of the province of Québec, and rendering it of more gênera)
utility towards the préservation and security thereof.
WHEREAS his excellency the captain gênerai and governor in chief of
this province is, by virtue of his majesty's commission under the Great Seal of Great
Britain, empowered to levy, arm, muster, command, and employ ail persons within
the province, and, as occasion shall serve, them to march or transport from one
place to another, for the purpose of resisting and withstanding of ail enemies, pirates,
and rebels, both by Iand and by water; which commission, in the absence of the cap-
tain gênerai, the lieutenant governor, or commander In chief, for the time being, is au-
thorized to exécute : — AND VVHEREAS the well ordering and training of the said mili-
tia, may hereafter be of great use towards preserving and secnring the province from
ail hostile invaders thereof, BE IT ENACTED by the captain gênerai and governor in
chief of the province, by and with the advice and consent of the législative council of
the same, THAT
ART. I.
ALL persons, as well in the towns as in the country, from the âge of
sixteen years to sixty, are bound to serve in the militia of that parish, wherein they
réside; and from and after the publication of the présent ordinance, every person
(excèpting such as are herein after excepted) refusing to serve, or neglecting to get
himself inrolled under the officers appointed by his excellency tht captain gênerai
or governor in chief, in the différent parishes, shall forfeit five pounds; and upon a
second refusai, he shall, over and above a like forfeiture of five pounds for such
second refusai, be rendered incapable of kecping by him or bearing any fire-arm
whatsoever, under the like penalty of five pounds, and one month's imprisonment, for
every time he shall be convicted of having used or kept such fire-arm.
ART. VI.
In time of war, rébellion, or when any other pressing exigency of the statc
requires it, such number of officers, sergeants, and militia-men as the governor,
lieutenant governor, or commander in chief, for the time being, thinks fit to direct,
shall be.drawn out of the différent companies, marched from their respective pa-
rishes, to such place as they shall be ordered to, and serve, tho\ still as militia,
in conjunction with his majesty's forces, under the guidancc and superintendence
of the officers whom the commander in ch'pf shall be pleascd to appoint for that pur-
pose : and at the end of the campaign, or of the service they were ordered upon, shall
return to their own homes, but not before they hâve been regularly dismissed from
the saine; any person refusing to obey such order, absconding, or not repairing to
the place he is ordered to, shall incur double the penalties inflicted by the first arti-
cle of this ordinance; and any one quitting the service, when so embodied, before he
is discharged therefrom, shall moreover be expelled the corps, and never allowed
to re-enter the same : And any person huying or purchasing arms, ammunition, or
equipments, delivered out of his majesty's stores to the militia, when embodied, or
any ammunition furnished out of the said stores, for training and exercising the said
(1) Gazette de Québec, 3 avril 1777.
— a«4 —
aillitia, shall lncur a penalty of five pounds for every such offence, to be recovered
apon the oath of one crédible witness before any one commissioner of thc peace in the
district where such offence has been committed.
This ordinance to be in force for two years, and to the end of the session of the
législative council of this province, whieh will be held in the year one thousand
«even hundred and seventy nine.
GUY CARLETON.
ENACTED by the authority aforesald, and passed in council under the Great Seal
jf the province, at the council chamber in the castle of St. Lewis, in the city of
Québec, the twenty ninth day of March, in the seventeenth year of the reign of our sove-
reign Lord George the Third, by the grâce of God, of Great Britain, France, and Ire-
tanrt, King, defender of the faith, and so forth, and in the year of our Lord, one
thousand seven hundred and seventy seven.
By his Excellency's Command,
J. WILLIAMS, C.L.C.
ORDONNANCE
Qui règle les MHices de la Province de Québec et qui les rend d'une plus
crmnde utilité pour la conservation et la sûreté d'icelle.
Comme Son Excellence le Capitaine-général et Gouverneur en Chef de cette Pr»-
nncc est, en vertu des Commissions de Sa Majesté données sous le Grand Sceau de la
Grande Bretagne, autorisé à lever, armer, Incorporer, commander et emploier tous ré-
lidens dans cette Province, et lorsqu'il en sera besoin, de les faire servir, marcher et
transporter d'une place à une autre, à l'effet de résister et s'opposer à tous enemis,
pirates et rebels, tant par terre que par eau; lesquelles Commissions, en l'absence du
Capitaine-général, le Lieutenant-gouverneur ou Commandant en Chef de la Province est
autorisé d'exécuter ; et comme le bon ordre et la discipline des dites milices peuvent
être à l'avenir d'un grand service pour préserver et sauver la Province de tous ene-
iiis usurpateurs :
Il est Statué par le Capitaine-général et Gouverneur en Chef de la Province, de l'avis
>x consentement du Conseil Législatif d'icelle ce qui suit, QUE
ARTICLE I
Tous particuliers tant dans les villes que dans les campagnes, depuis l'âge de seize
«ns jusqu'à soixante, sont obligés de servir dans la Milice de la paroisse où ils sont do-
miciliés ; et du jour et après la publication de cette présente Ordonnance, tous particu-
liers (excepté ceux ci-après exceptés) qui refuseront de servir, ou qui négligeront de ve-
oir s'enrôler sous les officiers nommés par Son Excellence le Capitaine-général et Com-
mandant en Chef dans les différentes paroisses, encourront l'amende de Cinq livres ;
et pour un second refus ils seront, en outre et pardessus une pareille amende de Cinq
livres, privés pour ce second refus du privilège de garder et de porter aucunes armes à
feu quelconques, sous peine de la même amende de Cinq livres et d'un mois de prison
pour chaque fois qu'ils seront convaincus de s'être servi ou d'avoir gardé de telles ar-
mes à feu.
ARTICLE VI
En tems de guerre, de rébellion ou en autres cas urgens, suivant que les circons-
tances l'exigeront, des officiers, des sergens et Miliciens, ainsi que l'ordonnera le Gou-
verneur, le Lieutenant-gouverneur ou le Commandant en Chef, seront tirés des difé-
rentes compagnies, pour marcher de leurs diférentes paroisses à l'endroit qui leur sera
commandé, et serviront, quoique toujours comme Milice, conjointement avec les troupes
de sa Majesté, sous la conduite et inspection des officiers qu'il plaira au Commandant
en Chef de nommer à cet effet ; et à la fin de la campagne ou du service qui leur aura
été ordonné, Us retourneront chacun chez eux, mais non pas avant qu'ils en aient été
duement congédiés. Tous ceux qui refuseront d'obéir à tels ordres, qui se cacheront
ou qui ne paraîtront point au lieu ordonné encourront le double de l'amende infligée par
— 265 —
le premier article de cette Ordonnance ; et quiconque quittera le service lorsqu'il aura
été incorporé, sera en outre chassé du corps, et il ne lui sera pas permis d'y rentrer.
Et quiconque achètera des armes, munitions ou équipemens, délivrés des magasins de sa
Majesté aux Milices incorporées, ou quelques munitions sorties des dits magasins pour
exercer la dite Milice, encourra l'amende d'une somme de Cinq livres pour chaque con-
travention, qui sera prélevée, sur le serinent d'un témoin digne de foi, pardevant un de»
Commissaires de la paix dans le district où telle contravention aura été commise.
Cette Ordonnance sera en force pendant deux années, et en outre jusqu'à la fin de 1»
séance du Conseil Législatif de cette Province, qui tiendra dans l'année mil sept cew
soixante dix-neuf.
(Signé) GUY CARLETON
Statué et Ordonné par la susdite autorité et passé en Conseil sous le Grand Sceau
de la Province, en la Chambre du Conseil au Château St. Louis, en la ville de QUEBEC,
le vingt-neuvième jour du mois de Mars, dans la dix-septième année du Règne de notre
Souverain Seigneur GEORGES Trois, par la Grâce de DIEU, Roi de la GRANDE BRE-
TAGNE, de France et d'Irlande, Défenseur de la Foi, &c. &c. et de l'année de notre Se»
gneur mil sept cens soixante-dix-sept.
Par Ordre de Son EXCELLENCE,
J. WILLIAMS, C.L.C
Traduit par Ordre de Son EXCELLENCE,
F. J. Cugnet, S.F.
Ordonnance de 1787 0)
(Extraits)
AN ORDINANCE
For better régula tins: the Militia of this province, and rendering lt of more gênera)
utility towards the préservation and security thereof.
WHEREAS the security of the state is the first principle in every well regulated
government, Be it enacted and ordained by his excellency the governor and the légis-
lative council of this province, and by the authority of the same lt is hereby enacted
and ordained.
ARTICLE I.
That ail persons résident within this province, as well in the towns as in the
country, from the âge of sixteen years to sixty, are hereby declared to be militia-
men, and bound to serve in the militia of the parish or township, or seigniory
wherein they réside; and from and after the day of the publication of this ordl-
nance, every person (excepting such as are herein after excepted) refusing to serve,
or neglecting, for the space of one calendar month, to get himself inrolled by the
captains of militia, who are or hereafter shall be appointed by his excellency the
captain-general or commander in chief for the time being, within the différent pa-
rishes, or townships or seigniories, shall forfeit the sum of five pounds; and for every
subséquent refusai he shall forfeit the like sum of five pounds, and suffer one month'»
imprisonment.
ARTICLE V.
Whereas circumstances may render it expédient for the security of the frontière,
that a body of well-disciplined militia should be held in readiness, It is enacted and
ordained, by the same authority, That his excellency the captain-general, or in his
absence the commander in chief, may whenever he shall judge it expédient, draw ont
(1) Gazette de Québec, 26 avril 1787.
— 266 —
and embody detachmeiits from such companies of militia as he in his discrétion
shall think proper, in an equal proportion, to march and be employed, under such
officers as he shall appoint, for any space of time not exceeding two years.
DORCHESTER.
Enacted and ordained by thc authority aforesaid, and passed in council under the
public seal of the province, at the council-chamber in the castle of Saint LEWIS, in the
city of QUEBEC, the twenty-third day of April, in the twenty seventh year of the reign
of our sovereign lord GEORGE the Third, by the grâce of GOD, of GRENT BRITAIN,
FRANCE and IRELAND, king, défender of the faith, and so forth ; and in the year of
our Lord one thousand seven hundred and eighty-seven.
By his EXCELLENCY's Command, J. WILLIAMS, C.L.C.
ORDONANCE
Qui règle plus solidement les milices de cette Province, et qui les rend d'une plus
grande utilité pour la conservation et sûreté d'icelle.
La sûreté d'un état étant le premier principe de tout gouvernement bien réglé,
Qu'il soit statué et ordoné par son excellence le gouverneur en chef et le conseil légis-
latif de la province Québec et il est, par ces présentes, statué et ordoné par l'au-
torité d'iceux, que,
ARTICLE I.
Tous particuliers résidens, tant dans les villes que dans les campagnes, depuis
l'âge de seize ans jusqu'à soixante, sont déclarés miliciens, et obligés de servir en
cette qualité dans la milice de la paroisse, village ou seigneurie, dans lesquels ils sont
domiciliés; et du jour et après la publication de cette ordonance, tous particuliers
(excepté ceux ci-après mentionnés) qui refuseront de servir, et qui n'auront point été,
dans le teins et espace d'un mois, se faire enrôler par les capitaines des milices déjà
nommés dans les diférentes paroisses, villages et seigneuries, ou qui pouront l'être
à l'avenir par son excellence le capitaine-général, ou le commandant en chef pour lors,
encourront l'amende de cinq livres et pour toute autre refus subséquent une amende
de cinq livres et un mois de prison.
ARTICLE V.
Les circonstances pouvant exiger pour la sûreté des frontières, un corps des mili-
ces prêt et suffisamment exercé, Il est statué et ordoné, que son excellence le capi-
taine général, ou en son absence, le commandant en chef pourra, lorsque son pré-
voyance lui fera juger nécessaire, lever et assembler des détachemens tirés dans
telles compagnies des milices, à sa discrétion, dans une juste proportion, pour faire
marcher et être emploie (sous le commandement d'oficiers qu'il nommera à cet
effet) pendant un tems qui n'excédera point deux années.
(signé) DORCHESTER
Statué et ordoné par la susdite autorité, et passé en Conseil sous le Seau public
de la Province, en la chambre du Conseil, au Château St. Louis, en la ville de Québec,
le vingt-troisième jour d'Avril, dans la vingt-septième année du règne de sa Majesté
GEORGES TROIS, par la Grâce de Dieu, Roi de la Grande Bretagne, de France et d'Ir-
lande, défenseur de la foi, &c. &c. &c et dans l'année de Notre Seigneur, mil sept cens
quatre-vingt-sept.
Par ordre de son Excellence, (signé) J. WILLIAMS, G.C.
Traduit par ordre de Son Excellence,
F. J. Cugnet, S.F.
267 —
Loi de la Milice, Haut-Canada, 1808 0)
{Extrait)
An Act to explain, amend and reduce to one Act of Parliament, the several Laws no»
in beinsr for the RAISING and TRAINING the MILITIA of this Province.
[Passed 16th March, 1808.]
VIII. — AND be it further enacted by the anthority aforesaid, That in time of war,
rébellion, or any other pressing exigency, it shall and may be lawful for the Gover-
nor, Lieutenant Governor, or Person administering the Government, to call forth any
of the différent Companies of the Militia, and to march them from their respective
Counties or Ridings, Towns, Townships, or Parishes, to any part of this Province,
there to serve in conjunction with the other Militia, or with His Majesty's forces, and
any person refusing to obey such order or command, or absconding from, or neglect-
ing to repair to the place he is ordered to, being a Commissioned Officer, shall forfeit
and pay the sum of fifty pounds, and be held to be unfit to serve His Majesty as an
Officer in any military capacity, and being a Non-commissioned Officer or Private,
shall forfeit and pay the sum of twenty pounds, and in default of payment for such
refusai or neglect, such Officer, Non-Commissioned Officer, or Private, shall be com-
initted to the common gaol of the District, for any time not less than six nor more
than twelve calendar months, except such person shall satisfy the Colonel or officer
commanding such Régiment or Rattalion to which he belongs, that such refusai or
neglect arose from sickness, or that he was absent upon leave. Provided always, That
no part of the Militia called forth in the manner aforesaid, shall be obliged to con-
tinue in actual service for more than six months at one time, and no Militia-man
shall be so called out who shall be above the âge of fifty years, unless that the whole
of the Militia of any District or Battalion to which he may belong shall be called
out and embodied. Provided also, That it shall not be lawful to order the Militia or
any part thereof, to march out of this Province, except for the assistance of the Pro-
vince of Lower Canada, (when the same shall be actually invaded or in a state of
insurrection,) or except in pursuit of an encmy who may hâve invaded this Pro-
vince, and except also, for the destruction of any vessel or vessels built or building,
or any dépôt or magazine, formed or forming, or for the attack of any enemy who
may be embodying or marching for the purpose of invading this Province, or for the
attack of any fortification now erected.or which may be hereafter erected, to cover
the invasion thereof.
Ordonnance du Conseil Spécial, Bas -Canada, 1838 (2)
(Extraits)
An Ordinance to provide for the better defence of this Province, and to regulate tho
Militia thereof.
WHEREAS it is expédient to provide by Law, for the co-operation of the effec-
tive maie population of this Province for its defence in case of War, Invasion, Insur-
rection, or of the imminent danger thereof, and for the greater security of public
order and tranquillity in time of Peace: — Be it therefore Ordained and Enacted by
His Excellency the Administrator of the Government of the said Province, authorized
to exécute the Commission of the Governor thereof, by and with the advice and con-
sent of the Spécial Council for the affairs of the said Province, constituted and
assembled, by virtue of and under the authority of an Act of the Parliament of the
(1) Statutes of Upper Canada, 48 Geo. III, chap. I.
(2) Provincial Ordinancea of Lower Canada — Ordonnances provinciales du Bas Ca-
nada, — 1 Vict. cap. XXII.
— 268 —
United Kingdom of Great Britain and Ireland passed in thc first year of the Rcign
of Her présent Majesty, intituled, "An Act to make temporary provision for the Go-
remment of Lower Canada; — And it is hereby Ordained and Enacted by the authority
aforesaid, that every able bodied maie inhabitant of this Province, above eighteen
years and undcr sixty years of âge, being a British subject, and having resided in
the Province more than six months, and not being in Her Majesty's Naval or Mili-
tary service, or actoally serving or enrolled for service in the Volunteer force of this
Province, shall bc liable to serve as a Militianian for thc dcfence of the Province,
and of the public order and tranquillity thereof, unless hc be specialiy exempt from
such service by Law.
ARTICLE IX.
And be it further Ordained and Enacted by thc authority aforesaid, that in case
of war with the United States of America, or of invasion, insurrection, or imminent
danger thereof, it shall be lawful for the Governor, or person administering thé Go-
vernment, to order out from amongst the oi'ficers of the several companies of the
said militia throughout thc Province, and from amongst the unmarried militiamen
under thirty years or âge, a number not execeding one-fifth of the whole, who shall
be drawn by ballot, or commandcd at the discrétion of the officer commanding the
battalion, for the purpose of being traincd, and shall serve during a time not execeding
six calcndar months, for the defence of the Province, and for the maintenance of ffood
order and security thereof.
J. COLBORNE.
Ordained and Enacted by thc authority aforesaid, and Passed in Spécial Couucil,
under the Great Seal of the Province, at the Government House, in the City of Montréal,
the fifth day of May, in the first year of the Reign of Our Sovereign Lady Victoria, by
the Grâce of God, Queen, Defender of the Faith, and so forth, in the year of our Lord,
one thousand eight hundred and thirty-eight.
By His Exccllency's Command,
W. B. LJNDSAY,
Clerk Spécial Council.
# * *
Ordonnance pour mieux pourvoir à la défense de cette Province, et pour en récrier la
Milice.
ATTENDU qu'il est expédient de pourvoir législativement à la coopération de la
population mâle effective de cette Province, pour sa défense en cas de guerre, d'inva-
sion, d'insurrection, ou de danger imminent d'icelles, et pour la plus grande sûreté de
l'ordre et de la tranquillité publique en temps de paix: Qu'il soit en conséquence
Ordonné et Statué par Son Excellence l'Administrateur du Gouvernement de cette Pro-
vince, autorisé à exécuter la Commission du Gouverneur d'icelle, par et de l'avis et
consentement du Conseil Spécial pour les affaires de la dite Province, constitué et
assemblé en vertu et sous l'autorité d'un Acte du Parlement du Royaume-Uni de la
Grande-Bretagne et d'Irlande, passé dans la première année du règne de Sa présente
Majesté, intitulé, "Acte pour établir des dispositions temporaires pour le Gouvernement
du Bas-Canada;" Et il est par les présentes Ordonné et Statué, par l'autorité susdite,
que tout habitant mâle valide de cette Province, âgé de plus de dix-huit ans et au-
dessous de l'âge de soixante ans, étant sujet Britannique et ayant résidé plus de six
mois dans la Province, et n'étant pas au service naval ou militaire de Sa Majesté, ni
actuellement en service ou enrôlé pour servir dans les troupes volontaires de cette
Province, sera sujet à servir comme Milicien pour la défense de la Province, et de
l'ordre et de la tranquillité publique en icelle, à moins qu'il n'en soit spécialement
exempté par la loi.
ARTICLE IX.
Et qu'il soit de plus Ordonné et Statué par l'autorité susdite, que dans le cas de
guerre avec les Etats-Unis d'Amérique, d'invasion, d'insurrection, ou de danger immi-
— 269 —
nent d'icelles, il sera loisible au Gouverneur ou à la personne administrant le Gouver-
nement, d'appeler sous les armes, d'entre les officiers des différentes compagnies de
milice de la Province, et d'entre les miliciens non-mariés au-dessous de l'âge de
trente ans, un nombre qui n'excédera pas un cinquième du total, lesquels seront tirés
au sort, ou commandés, à la discrétion de l'officier commandant le bataillon, pour
être exercés, et serviront pendant un temps qui n'excédera pas six mois de caliendrier,
pour la défense de la Province, et pour le maintien du bon ordre et de la sûreté pu-
blique en ieelle.
J. COLBORNE,
Ainsi Ordonné et Statué par l'autorité susdite, et passé en Conseil Spécial, sous le
Grand Sceau de la Province, à l'Hôtel du Gouvernement, dans la Cité de Montréal, le
cinquième jour de Mai, dans la première année du Règne de Notre Souveraine Dame
Victoria, par la Grâce de Dieu, Reine de la Grande-Bretagne et d'Irlande, Protectrice de
la Foi &c, en l'an de Notre-Seigneur mil huit cent trente-huit.
Par Ordre de Son Excellence,
WM. B. LINDSAY,
Greffier du Conseil Spécial.
Loi de la Milice, Haut-Canada, 1839 (*)
(Extrait)
AN ACT to repeal, alter and amend.the Militia Laws of this Province.
Passed llth May, 1839.
VII. — And be it further enacted by the authority aforesaid, That it shall and may
be lawful for the Lieutenant-Governor to embody the Militia of this Province, or such
portion thereof as he may think necessary and expédient, and to march the same into
the Province of Lower Canada, at any time when the same shall be actually Invaded,
or threatened with Invasion, or in a state of Insurrection, or to march the said Mili-
tia, or any portion thereof, to any place withoot the limita of this Province, for the
attack of any enemy that may hâve invaded, or may be marchingr or collected for
the purpose of invading this Province, or for the destruction of any Vessel or Ves-
sels built or building, or any Fort, Depot, or Magazine, formed or forming by any
Foreign Power at War with our Sovereign Lady the Queen, Her Helrs or Successors,
from whence the Invasion of this Province may be apprehended.
(1) Statutea of Upper Canada, 2 Vict. chap. IX.
REGIME DE L'UNION
6
Dépêche de Lord John Russell, Ministre des Colonies, à Lord
Sydenham, Gouverneur-Général du Canada 0)
(Extraits)
No. 369.
Copy of a Despatch from Lord John RUSSELL to the Rig-ht Hon. Lord SYDENHAM
Downing Street, 3rd May, 1841.
My Lord,
The Despatchrs which I hâve received from you on the gênerai state of the Province
of Canada, the reports with which you havc furnished me on several important sub-
jects, and the approaching meeting of the Council and Assembly of the United Province
hâve induced me to expiain to you at this time the views which H<>r Majesty's Govern-
ment entertain on the topics most interesting to the welfare of Canada.
In any measures that may be adopted it niust bc taken for granted that Her
Majesty pcrsists in the détermination to maintain at ail hazards Her Royal authority
in Canada. Neither the honour of Her Majesty's Crown, nor the support due to Her
loyal subjects in British North America, nor the provident care of the ïnterests of the
empire at large would permit any déviation from this fixed principlc of British policy.
At the same time, Her Majesty's advisers are not insensible to the difficultés
imposed upon them in carrying into exécution the purpose of the Crown. A province
bordered by an open frontier of more than a thousand miles, approached with ease ni
ail times by the citizens of a neighbouring and powerful state, separated from England
not only by the océan but by the rigours of climato and season, must be maitained
by a judicious préparation for defence in time of peace, and a vigourous exertion of
the resourecs of the empire in time of war — or not at ail. To trifle with the fortunes
of men whose lives and properties are freely devotcd to the service of England, or to
encourage foreign aggression by neglect or apathy, would be far worse than the sponta-
neous surrender of thèse important possessions of the Crown. The Canadians might in
such a case incur nos r:sk, no hlood neeil be shed, and the treasures of the empire might
be spared. The other course would be cruel to a brave people, and unbecoming the
character of the country.
But, as I bave already said, wc hâve no alternative. Wc havc only to consider the
means of binding Canada more firmly to this country, of devcloping her resources
and of strengthening her British population, of defending her territory, and of supporting
and encouraging the loyal spirit of her people.
In this spirit, then, I shall touch upon the principal topics connected with thrs<-
views: —
1. — FINANCE
(Cette partie de la dépêche ne concerne que les finances de la pro-
vince).
2. — DEFENCE
I havc peruscd with great interest the enclosures in your Despatch of 24th December.
[1840], containing reports from Lieut. General Sir Richard Jackson, and Col. Oldfield, the
Commanding Officer of Engincers, on this subject.
The question is one of so much importance, that I was not satisfied with referrinx
your Dcspach to the Master -General and Board of Ordnance, but I also asked the opi-
(1) Accounts and Papers, 1841, 2nd Session, Vol. II, page 36.
— 271 —
nion of the Commander-in-Chief, «nd requestéd him to consult the Duke of Wellington,
whose high authority on every military subject is in this instance of peculiar weight,
from the attention he has for many years given to this matter, both on political and on
military grounds. Their opinions are transmitted with this Despatch.
Her Majesty's Government agrée in opinion with Lord Hill and Sir Richard Jackson,
tliat "no dependence upon the deeided superiority of our troops and arrangements madc
for defence connected with them, shouM lead us to neglcct the construction and com-
pletion of permanent works calculated for the protection of the points of most impor-
tance to us".
They likewisc concur in his Lordship's opinion, that in the event of the construc-
tion of thèse or any other works, a large effective regular force, and a militia, regis-
tered and enrolled, but not called from their districts, ezcept in case of invasion, will
be indispensable.
But it cannot be reasonably expected that works on a large scale should bc under-
taken without référence to the great expense to be incurred.
I hâve therefore to inform you that the Government are prepared to state their
opinion that, beyond the ordinary estimâtes of the year, £100,000 should yearly be applied
for the defence of Canada. At présent, this suni is nearly absorbed in the maintenance
of the militia and volunteers. But by a more economical plan this expense might be
greatly diminished, and a great portion of the sum of £100,000 deft for the improvement
of military communications, and the érection or repair of fortifications.
You will hear further from me on this point when I hâve more fully considered the
various plans proposed.
(Signed) J. RUSSELL.
Loi de la Milice, 1846 (*)
(Extraits)
An Act to repeal certain Laws therein mentionned, to provide for the botter defence of
this Province, and to regulate the Militia thereof.
[9th June, 1846.]
II. — And be it enacted, That the Militia of this Province shall consist of the maie
inhabitants thereof, over the âge of eighteen years, and under the âge of sixty years,
being natural born subjects of Her Majesty, or naturalized, and having resided more
than six months in this Province; and the nicn composing the said Militia shall be
divided into two classes, and ail such persons betwcen the âges of eighteen and forty
years shall belong to and form the first claSs, and those between the âges of forty and
sixty years, shall belong to and form the second class: Provided always, and be it
enacted, that in time of peaee the Privâtes of each Régiment of Militia, shall consist
of men belonging to the first class only.
XIX. — And be it enacted, That in addition to the Quotas or contingents actually
organized, the Governor may call out and embody the whole or such part as may
appcar to him expédient of the Militia of any Régiment, Battalion or Company in
this Province, in time of actual War with a Foreign Power, to repel invasion, or other
pressing exigency, or for any purpose connected with the préservation of the public
peacc or the safety of the Province, in such manner as shall to him seem best, and
may march the Militia into any part of the Province, and shall also hâve power to
mardi the Militia or any portion thereof, to any place without the limita of the Pro-
vince but conterminous therewith, for the attack of any enemy that may hâve
invaded, or may be marching or collected for the purpose of invading this Province,
or for the destruction of any vessel or vessels, built or building, or of any Fort, Dépôt
(1) Provincial Statutes of Canada — Statuts de la Province du Canada. — 9 Vict.
cap. XXVIII.
— 272 —
or Magazine, formed or forming, by any Foreign Power at War with the Queen, Her
Heirs or Successors, from whence the invasion of this Province may be apprebended,
and in no other case or cases whatever.
Acte pour abroger certaines lois y mentionnées, pour mieux pourvoir à la défense d*
cette Province et pour en régler la Milice.
[9 Juin, 18461
II Et qu'il soit statué, que la milice de cette province sera composée des habitans
mâles d'icelle, âgés de plus de dix-huit et de moins de soixante ans, nés sujets de Sa
Majesté, ou naturalisés, et ayant résidé plus de six mois en cette province ; et les hom-
mes composant la dite milice seront divisés en deux classes, et tous les habitans de dix-
huit à quarante ans, constitueront et formeront la première classe, et ceux de quarante
à soixante ans constitueront et formeront la seconde classe : Pourvu toujours, et qu'il
soit statué, qu'en tems de paix les soldats de chaque régiment de milice, seront des
hommes appartenant à la première classe seulement.
XIX. Et qu'il soit statué, que le gouverneur pourra, en tems de guerre a\ec une
puissance étrangère, et cii sus du contingent qui sera alors organisé, faire marcher
et incorporer tout régiment, bataillon ou compagnie de milice en cette province ou
aucune partie d'icelle, qui lui paraîtra nécessaire pour repousser l'invasion, ou dans
d'autres cas piessans, ou conserver la paix publique ou la sûreté de la province en
la manière qu'il le jugera le plus avantageux ; et il pourra faire marcher la milice
dans eucurc partie de la province; et il aura plein pouvoir de faire marcher la milice
ou aucune partie d'icelle, sur aucun point hors des limites de cette province mais y
adjacent, pour attaquer un ennemi qui aurait envahi, ou serait en marche, ou s'assem-
blerait poui envahir cette province, ou pour détruire tout vaisseau ou vaisseaux cons-
truits ou en construction, ou tous forts, dépôts ou magasins formés ou en voie de
formation pai aucune puissance étrangère en guerre avec la Reine, Ses Héritiers et
Successeurs, et d'où l'on pourrait craindre une invasion de cette province, et dans nul
autre cas et occasion quelconques.
8
Déclaration de Sir E.-P. Taché (*)
Dr. TACHE.— Only give justice to the French Canadians, and It
would be seen that their energetic batalions would be the foremost to rush to the Fron-
tier, and there oppose their bodies to any and every assailant. (Cheers). It was too
much the habit, however, to calumniate thèse brave men — they were too often des-
cribed as discontented and impracticable, and the public journals too often accused
them of being disloyal and rebellious, while they clalmed for the other race, exclu-
sively, the contrary virtues. He would say to such people, you deceive yourselves —
we claim to be children of the same mother as you — treat os like brethren, and not
like bastards. (Loud cheers), and be satisfield we will never forget our allegiance,
till the last camion which booms on this Continent in defence of Great Britain is fired
by the hands of a French Cnnadiun. (Loud applause).
(1) Extrait du "Mirror of Parliament", 1846, 24 avril, page 101.
PREMIER CONTRAT — GUERRE DE CRIMEE
9
Dépêche de Lord Grey, ministre des Colonies, à Lord Elgin,
gouverneur-général du Canada (*)
(Extraits)
Copy of a Despatch from Earl GREY to Governor General the Earl of ELGIN and
KINCARDINE.
(No 568).
My LORD,
Downing Street, March 14, 1851.
C. — Canada (in comnion with the other British provinces in North Ameri a) now
possesses in the most ample and complète manner in which it is possible that she should
enjoy it, the advantage of self-government in ail that relates to her Internai affaire. It
appears to Her Majesty's Government that this advantage ought to carry with it cor-
respondis responsabilises, and that the time is now come when the people of Canada
must be called upon to taie upon themselves a lancer share than they hâve hitherto
donc, of expcnses which are incurred on this aocount, and for their advantage. Of
thèse expenses by far the heaviest charge which falls upon this country is that incurred
for the military protection of the province. Regarding Canada as a most important and
valuable part of the empire, and believing the maintenance of the connexion between
the mother-country and the colony to be of the highest advantage to both, it is far from
being the view of Her Majesty's Government that the gênerai military power of the
empire is not to be used in the protection of this part of Her Majesty's dominions.
But looking to the rapid progress which Canada is now making in wealth and popula-
tion, and to the prosperity which she at this moment enjoys, it is the conviction of Her
Majesty's Government, that it is only due to the people of this country that they should
now be relieved from a large proportion of the charge which has hitherto been imposed
upon them for the protection of a colony now well able to do much towards protecting
itself.
In adopting this principle, I need hardly observe to you that Her Majesty's Govern-
ment would merely be reverting- to the former colonial policy of this country. You are
well aware that up to the period of the war of the American Révolution, the then
British colonies which now form the United States as well as the West Indian colonies,
were required to take upon themselves the principal share of the burthen of their own pro-
tection, and even to contribute to the military opérations undertaken to extend the
colonial possessions of the British Crown. The North American colonies defended them-
selv.s almost entirely from the fierce Indian tribes by which thèse infant cammunities
were frequently emperilled, and furnished no inconsiderable proportion of the force by
which the contest of British power with that of France was maintained on the conti-
nent of America ; and the West Indian colonies did not, in proportion to their means,
make less exertions.
,. 9. — Having thus cxplained to your Lordship the principles of the policy which
Her Majesty's Government propose to adopt, I will now proceed to state more particu-
larly the measures by which it is contemplated that this policy should be carried into
effect. In the first place, it is intended, that in future, with the exception of a certain
number of enrolled pensioners, for whose location in the province arrangements are in
progress, the troops maintained in Canada should be confined to the garrisons of two
or three fortified posts of importance, probably only Québec and Kingston. The terms
(1) Accounts and Papers, 1851, Vol. XXXVI, page 237.
— 274 —
of anilty upon which this country now is with tlic United States, and the fortunate
tcrmination of ail the questions in dispute between the two nations, reniovcs, as I trust,
ail risk of any attack upon Canada front the only Power front which there could be
any danser ; and it appears to Her Majesty's Governnient, that if the Provincial Militia
is maintained upon a proper footing, so long as pcace continues, enough would be donc
to provide for the security of the province, hy maintaining garrisons of regular troops
in tbe two important posts I hâve mentioned. In the uitfortunatc, and I trust impro-
bable, contingency of a war with the United States, it is obvious that both the colony
and the mother-country would be called upon t.» subinit to great sacrifices, and to make
great exertions for their défence ; but I hâve no doubt that thesc would be cheerfully
made by both if the exigency should imhappily arisc.
10. — Upon the réduction of the British force in Canada to the garrisons of thèse
fortified positions, it would bcconic necessary that the warlike stores which arc kept
in the colony should be reduced, and that the barracks and other buildings which arc
no longer required, should be disposcd of ; but if the Parlianient of Canada should be
wDling to undertake to keep up thèse barracks and buildings, in case of their beting here-
after required, there would be no objection on the part of Her Majesty's Govcrnnient to
make them over to the provincial authoritics, and if the maintenance of a British force at
any of the posts now occupied, should be desired for the préservation of internai secu-
rity, such a force would be readily supplied by Her Majesty's Government, if the actuai
cost thus incurred were provided for by the province .
11. — Another charge which Her Majesty's Government would also expect that the
province should takc upon itself as part of the above arrangement, is that of main-
taining the canals now in charge of the Ordnance Department, You are awarc that thèse
canals were executed at the sole expense of this country and at a very heavy cost,
chiefly with a view to the military defence of the province. Her Majesty's Government
conceive that the charge of maintaining them ouglit now to be undertaken by the pro-
vince, and I trust that no difficulty will arise on that head. With regard to the Indian
Department, as by the arrangements lately made, the extinction of the charge (except
so far as regards some payments for their lives to individuals) is provided for within
five years, no further steps are required to be taken.
12. — In conclusion, I bave 7iow only to assure you that - • whilc Her Majesty's
Government consider that justice to the people of this country requires that Canada,
which is now so well able to support whatever establishments are necessary for her
own defence and for her own advantage, shouid ceasc to occasion so heavy a charge as
formerly to the British Treas-ury, ami that it is a fitting opportunity for introducing
the change when, in conséquence of proceedings which hâve taken place In the province,
it becomes expédient to call upon Parlianient to provide for the salary of the Gavernor-
General — it must not for a montent be supposed that thèse mcasurcs arc contetnplated
under any idea that the connexion between the mother-country and the colony could
be dissolved without great injury to both, or that there is any probability that it will
be so. On the contrary, thèse measures are regarded as safe, becausc Her Majesty's
Government are persuaded that the great body of the pcopJe of Canada are so fully
satisfied of the great benefits they enjoy from the system of Constitutional Government
now happily established in the province under the authority of the British Crown, that
it may properly be left to themselves to take their share of the burthen of maintaining
and defendinu an order of things from which they reap so much advantage. Under
"this impression, and in the earnest hope and confident belief that Canada may long
continue to form an important member of the British Empire, Her Majesty's Govern-
ment hâve adopted the conclusions which I have now cxplaincd to you.
I :iin. &c,
(Signed) GRKY.
The Right Hon., the Earl of Klgin and Kincardine, &c, &c, &C.
— 275 —
10
Dépêche du Duc de Newcastle, ministre des Colonies, à Sir A.
Bannerman, lieutenant-gouverneur de l'Ile du
Prince Edouard 0)
OOPY OF DESPATCH from His Grâce the DUKE OF NEWCASTLE to Lieutenant-Gover-
nor Sir A. BANNERMAN.
(No. 2).
Downing Street, 22nd April 1853.
Sir,
I hâve to acknowledge the receipt of jour lîvspatch, markcd "separatc and conli-
deiitial", of the llth Mareh, witfa the addresses therein adverted to, to the Queen and
to yourself, from the Législative Council and House [of] Assembly of Prince Edward's
Island, praying that the detachment of troops now stationed there may not be withdrawn.
You will acquaint the Council and the House of Assembly, that I hâve laid their
dutiful address before the (Jueen and that Her Majesty was pleased to receive the same
vcry graciously ; but that I hâve not felt myself at liberty to advise Her Majesty to
comply with the praycr of the address.
If the colony were theatened with danger of aggression, Her Majesty's Government
would not bc slow in affording every assistance for its protection, but no suen danger
is threatened and we feel that it is not right to relieve the Législature of Prince
Edward's Ishuid from the duty and the charge of maintaining a force, — whether it be
police, militia, or cnrolled pensioners, — of sufficient amount to préserve the internai
peace of the colony.
We are now reducing the garrisons of both Canada and Nova Scotia ; but some
troops must be left there for the occupation of important military works, or for other
purposes which are purely military. In Prince Edward's Island, there are no works
which require to be occupied for military purposes, or which might not equally well be
occupied by a militia force ; nor is there any object for which a military force can be
at ail necessary, excepting that of preserving the peace.
I hâve now to remind you again that you hâve not replied to the question which
was referred to you by my predecessor, in his despatch of the 2nd of July last, as to
the period when it would be perfectly convenient to your government that arrangements
should be made for withdrawing the troops, thereby inviting you, of course, to consider
the propriety of inaking arrangements for replacing the troops either by police, militia.
or enrolled pensioners, as soon as may be practicable.
I hâve held out some expectation that it might bc practicable to send out a Com-
pany of pensioners, or at least as many men as, with those now in the colony, might
i'orni a company ; but the réalisation of that expectation must be conditional upon
the lacility of obtaining lands for the men, as well as upon the colony, being prepared
to find labour for them for some months after their arrivai, and also of erecting cot-
tages for their habitation, and upon paying them for those days on which their services
may bc required under arms.
It only remains for me to state that I propose to instruct the Major-General corn-
manding in Nova Scotia, to withdraw the troops fr>ni Prince Edward's Island before
the setting in of the ensuing winter season.
I am, &c,
(Signed) NEWCASTLE.
(1) Commous Papers, Canada, Vol. XV, page 364.
— 276 —
11
Dépêche du Duc de Newcastle à Sir J.-G. Le Marchant, lieutenant-
gouverneur de la Nouvelle Ecosse 0)
COPY OP DESPATCH from His Grâce the Duke of NEWCASTLE to Lieut-Goyernor Sir
J. GASPARD LE MARCHANT.
(No. 2).
Downing Street, 19th April 1854.
Sir,
I hâve to acknowledge the receipt of your despatch No. 18, of the 30th ultimo, with
the addresses to the Queen therein cnclosed from the Législative Council and House of
Asscmbly for Nova Scotia, expressive of their readiness to make exertions for the de-
fence of the province, in the event of its bcing found nccessary to withdraw the regular
troops which at présent form its garrison.
You will acquaint the législative bodics that I hâve had the honour to lay their
addresses before the Queen, and that Her Majesty was pleased to receive the same very
graciously, and to express her great gratification at the proof which thèse addresses af-
ford of the Ioyailty and patriotism of the Législative Council and the House of Assenibly
of Noya Scotia, enhanced by the unanimity with which the addresses were adopted.
Her Majesty feels that she may repose entire reliance upon the noble offers of
assistance which bave thus bcen volunteered to her, in the war in which she is about
to be engaged against the Emperor of Russia ; and should circonstances render it
nccessary to require elsewhere the services of that portion of Her Majesty's army which
at présent forms the garrison of Nova Scotia, Her Majesty feels no appréhension that
the safety of that portion of her empire would be endangered by the withdrawal of
her troops, whilst the militia is rcady to bear its share in the common defence.
I propose shortly to communicate with you upon the subject of the organization
of a force of this nature. In the meantime I hâve to instruct you to transmit to me any
particulars of information which you inay be enabled to furnish with regard to the
number of men which you should propose to raise in the firs* instance, and the âge and
rank of the officers whose services you might be enabled to secure.
You will also report to me what is the quantity, and what the condition of the
arms now in the province, and what number of arms and accoutrements would be re-
quired to be sent from this country, with a view to enable me to corne to a décision
upon the various points which will hâve to be considered in the formation of a military
force.
I am, &c„
(Signed) NEWCASTLE.
13
Dépêche de Sir George Grey, ministre des Colonies, à
Lord Elgin, (2)
COPY OF DESPATCH from the Rigrht Hon. Sir George Grey, Bart., to the EARL OF
ELGIN AND KINCARDINE.
(No. 17).
Downing Street, llth August, 1854.
MY LORD,
The war in which, in conjunction with our Allies, England is engaged with Russia,
has led the people of this country, as your Lordship is aware, to make extraordinary
exertions in order to supply Her Majesty with the means of prosecuting it with vigour
and efficiency.
A large British force has been landed in Turkey, and is engaged in important mili-
tary opérations in the East.
(1) Commons Papers, Canada, Vol. XV, page 361.
(2) Commons Papers, Canada, Vol. XV, page 357.
— 277 —
It has been raised by the additions readily voted by Parliament to the ordinary
strength of the army, and partly by the withdrawal of troops from their usual stations
in différent parts of the United Kingdom, their place, when necessary, having been
supplied by régiments of militia, embodied for that purpose.
Reinforcemenis, however, continue to be required, and, dcsirous of meeting thèse
demands, lier Majesty's Government have turned their attention to the practicability
of bringing home some of the régiments which are on service in the North American
and other colonial possessions of the Crown. Fortunately, the character of the war
renders this resource available without risk to the security of the colonies against ex-
ternat aggression. Her Majesty's Government fully recognize the dnty and responsibi-
lity of affordingr to them protection against any such aggression, and the strength of the
empire would be put forth in defence of any part of it which might be placed in jeo-
pardy from such a cause. But the blockade of the great maritime outlets at the oppo-
site extremities of Russia has intercepted her fleets. and disabled her from injuring the
foreign possessions of the Crown, while the friendly relations subsisting between Her
Majesty and ail other foreign powers forbid the appréhension of attack from any other
quarter.
Her Majesty's Government, therefore, think it expédient that that portion of the
army which is now in the colonies should contribute its quota to the forces actively
employed in the présent war.
I am informed by the Duke of Newcastle that he personally consulted with your
Lordship during your récent résidence in England on the proposed withdrawal of a
portion of the troops from Canada, and that he had the benefit of your views res-
pecting it.
It is his Grace's intention to send orders to General Rowan for the retum to En-
gland of three régiments of infantry and three companies of artillery. Upon their
withdrawal, the regular force in Canada will consist of the Royal Rifle régiment, one
régiment of infantry, to be maintained at a strength of 850 men, and two companies
of artillery, and will be distributed between the two fortified positions of most impor-
tance, namely, Kingston and Québec, the Rifles being stationed at the former place.
This arrangement, as you will remember, is in accordance with the gênerai inten-
tion expressed by Lord Grey in his despatch to your Lordship of the 14th March 1851,
and there appears to be nothing in the présent condition of affairs to require the conti-
nuance of a more extended military occupation.
Her Majesty feels that the internai tranquillity of the province may be safely con-
fided to Her Canadian subjects. Their addresses to the Throne on the occasion of this
war have expressed the most gratifying assurances of loyalty and attachment, and I en-
tertain no doubt that they will cheerfully acquiesce, as far as they are concerned, in
those measures which are thought requisite by Her Majesty's Government for the com-
mon interests of the empire and for the attainment of a safe and honourable peace.
I have, &c,
(Signed) G. GREY.
13
Dépêche de Lord Elgin à Sir George Grey (*)
(Extraits)
Copy of a Despatch from the Earl of ELGIN and KINCARDINE to the Right Hon. Sir
Geo. GREY, Bart.
(No. 64) Government-House, Québec, December 18, 1854.
SIR,
61. ...Although I hold that so long as the colonies have no roice in the impérial coun-
cils they are entitled to look to the impérial aathorities for protection against hostilities
which they have no share in provoking, and that it is therefore fitting that impérial
garrisons should be maintained at certain important military stations, such as Québec,
(1) Accounts and Papers, 1854-5, Vol. XXXVI, pages 19-43.
— 278 —
as a pledge that this protection, whcn the contingency occurs, will not be invoked in
vain, I am confident that nothing will more effectually tend to the security of the em-
pire, or to the establishment of a high standard of national and manly moral s among
the colonists, than the assumption by themselves of some portion of the responaibility
in respect of self-defence and the préservation of internai tranquillity, which has here-
tofore been cast upon the mother-country.
62. The parliament of Canada has just glven proof of interest in the strugglc in
which the empire is involved, and in the alliance now happily subsisting between the
nations whose descendants form one people in this province, by unanimously voting the
sum of £20,000 for the relief of the widows and orphans of the soldiers and sailors be-
longing to either of the allied forces, who may fall in the service of their country
during the présent war. Is it too much to expect that, if at some future day, when the
material strength of thèse flourishing provinces shall hâve been more fully developed.
Her Majesty should chance to be engaged in a contest which carries with it, as the pré-
sent contest does, the sympathies of ail lier people, the samc spirit which prompts to
this libéral contribution in the cause of charity, may lead Canadians to désire to share
with their brethren of the mother-country the glories and the sacrifices of honourablr
warfare ?
(Signed) ELGIN and KINCARDINE.
14
Loi de la Milice, 1855 0)
(Extraits)
An Act to regulate the Militia of this Province, and to repeal the Acts now in force for
that purpose.
fAssented to 19th May, 1855.]
III. — The Provincial Militia shall be divided into two classes, Sedentary and Active.
IV. — The Sedentary Militia shall consist of ail the Maie inhabitants of the Province
of the âge of eighteen years or upwards and under sixty, not exempted or disqualifier!
by law.
V. — The Sedentary Militiamen shall be divided into two classes, to be called
respectively Service men and Reserve men; the Service men shall be those of eighteen
years of âge and upwards, but under forty years, and the Reserve mon shall be those
of forty years of age and upwards, but under sixty years.
ACTIVE OR VOLUNTEER MILITIA COMPANIES.
XXI. — The Active Militia of the Province in time of peace, shall consist of Volun-
teer Troops of Cavalry, field Ratteries, foot Companics of Artillery, and Companies of
Infantry armed as Riflemen, to be formed at places to be designated by the Com-
mander in Chief, but not exceeding in the whole sixteen Troops of Cavalry, seven
field Batteries of Artillery, five foot Companics of Artillery, and fifty Companies of
Riflemen: the total of such Volunteer Corps not exceeding five thousand Officers and
Men.
CALLING OUT THE MILITIA.
LU. — The Commander in Chief shall hâve full power to call out the Militia or any
part thereof, whenever it shall In his opinion be advisable so to do, by reason of
war, invasion or insurrection, or imminent danger of any of them.
LXVI. — The Militia so called out may be marched to any part of the Province, or
i 1 i Statu tes of the Province of Canada — Statuts de la Province do Canada — 18
Vict. cap. LXXVII.
— 279 —
to any place without the Province bat conterminous therewith, where the encmy may
be, and from which an attack on thls Province may be apprehended.
* * *
Acte pour régler la milice de cette province et pour abroger les Actes maintenant en
vigueur à cette fin.
[Sanctionné le 19 mai, 1855.]
III. — La milice provinciale sera divisée en deux classes, la milice sédentaire et
la milice active.
IV. — La milice sédentaire comprendra tous les habitants mâles de la province
de l'âge de dix-huit ans ou plus et âgés de moins de soixante ans, non exemptés ou
disqualifiés par la loi.
V. — Les miliciens sédentaires seront divisés en deux classes qui seront respective-
ment appelés hommes de service et hommes de réserve. Les hommes de service
seront ceux qui seront âgés de dix-huit ans et plus, mais de moins de quarante ans, et
les hommes de réserve seront ceux qui seront âgés de quarante ans et plus, mais de
moins de soixante ans.
COMPAGNIES DE MILICE ACTIVES OU VOLONTAIRES
XXI. — La milice active de la province en temps de paix se composera de corps
volontaires de cavalerie, de batteries d'artillerie de campagne, de compagnies d'ar-
tillerie à pied et de compagnies d'infanterie armées comme carabiniers, qui seront
formés aux endroits qui seront désignés par le commandant-en-chef, mais qui n'excé-
deront pas en totalité seize corps de cavalerie, sept batteries d'artillerie de campagne,
cinq compagnies d'artillerie à pied, et cinquante compagnies de carabiniers : tous ces
corps volontaires n'excédant pas en tout cinq mille officiers et soldats.
APPEL DE LA MILICE.
LU. — Le commandant-en-chef aura plein pouvoir d'appeler la milice ou aucune
partie d'icelle toutes les fois que dans son son opinion il sera à propos de le fa:'re, par
raisons de guerre, invasion ou insurrection ou danger imminent d'aucune des dites
causes.
LXVI. — La milice ainsi appelée pourra être dirigée vers toute partie de la pro-
vince ou toute place hors de la province mais contiguë à icelle, où l'ennemi pourra
se trouver, et d'où l'on pourra craindre une attaque contre cette province.
15
Débats sur la Loi de 1855 (l)
Le 20 mars 1855:—
Sir ALLAN MACNAB:. . . .It was not too much that at a time when the mother coun-
try was engaged in defence of the libertles of Europe, that this country should take
upon itself some such provisions for its own defence if danger should arise, and
for the security of order within its own boundaries (205)
Hon. Mr. MERRITT : He believed no necessity existed now for any warlike pré-
parations. The only country from whom any danger could be apprehended was the
United States, and we were never on better terms with that country than now . . (205)
(1) Extraits des "Parliamentary Debates", 1854-1855 (compilés de divers journaux).
Le chiffre de la page est indiqué après chaque citation.
— 280 —
Sir ALLAN MeN'AB: If war was unfortunately to break out at any tlme witb
thc United States, they would be ashamed of themselvcs to allow thc mother country
to bave ail the burden of the defence of the Provinces, espccially now when she was-
fighting the battles of freedom and civilisation in Europe (205)
Mr. HOLTON : First, it threw ail the burdens of indépendant sovereignty on thc
province without the rights and privilèges. It proposed to tax the people to support
a force over which they would havc no control — to carrying on warlike opérations, in
the adoption of which they had no voice. It placcd thc control of ail this in the hands
of an irresponsible Executive, giving a Government appointed by a power 4000 miles
away the power of the same, and hands over the power of the purse, by which in England
that other power was ch-cked, to the same hands And he doubted
very much whether the yeomanry of the country were prepared to become soldiers,
and go out of the country to fight the battles of a quarrel in which they had no voice,
at the bidding of an executive officer wholly irresponsible to them (205)
Mr. HINCKS: The référence by the Member for Lincoln (1) to the Militia Law of
1808, was beside the question. Then the Impérial Government furnished amis and
accoutrements, and very properly, becanse the country was involved in a war cntirely
irrespective of the will of the people of the country; so she would again under simllar
circumstances ; but now the circumstances were différent, and the people must défend
themselves (206)
The honorable member for Montréal (2) had said that the burdens of indepea-
dent sovereignty were thrown on the province, while we had no means of making
our voice heard for or against peace or war. But there was nothing in this meastire to
warrant the gentleman in saying that wc assumed thèse burdens.
Mr. HOLTON : — Was not the province to pay for the Militia?
Mr. HINCKS: — Certainly: to pay the expense of our own Militia.
Mr. HOLTON : — For service abroad.
Mr. HINCKS : — Well he was quite rcady to join the honorable member in takinr
ont anything that might seem to impose the payment of an army to go abroad... (206.)
Mr. GALT : The great resuit intended by the administration was the création
of a volunteer force that might be made available for purposes foreign to the inte-
rests of this province (207)
At the saint time it provided, that in case of war with the United
States — which though it would déluge the country with blood, might arise out of a
quarrel in which wc had no concern — it provided, he said, that we were to be at the
expense of keeping a militia under arms. He did not believe that Great Britain could
hâve asked this colony to incur ail thèse expenses entailed by a war with the United
States, and even after the war to pay for the relief of ail that may suffer in the con-
flict (207)
Mr. POWELL After replying to Mr. Wilson's defence of Mr. Holton, he denied
that the bill gave any authority to compel the Militia to serve abroad, though it was
true they were to attack the enemy if found close to the frontier, and the measure
would hâve been obviously imperfecx (208)
Mr. RANKIN : — Mr. Rankin supported the bill, which, so far from a Tory, he
regarded as a natural [national?] measure, and onc which led him to look forward
to the time when ail the North American Provinces being united together, we might
be not annexed to the United States, but an indépendant nation, separated from
England only by peaceful means and with mutual good will. He looked upon this as
a most important step, because it threw the Province upon its own resources to défend
herself, as ail other countries are obliged to do (208)
(1) Mr. Merritt.
(2) Mr. Holton.
281 —
Le 21 mars 1855:—
Mr. RHODES : — Mr. Rhodes thought that the volunteers should not be considérée
«o much a war force, as supplementary to the police intended to secure order within
the country It would not only enforce obédience *o law upon our own people, but
it would makc others respect our liberties also. He should himself oppose that clause in
committee giving the right to send the force ont of the Province, as the militia force
vras everywhere regarded as a peculiarly défensive force (208)
Hon. J. S. McDONALD: But the measure calling upon us to arm ourselves in
our own defence, and pay for our own defence, went far to show a disposition to leave
us to ourselves. We had always heretofore felt that in time of danger or difficulty the
strong arm of Britain would be stretched forth to support and assist us, and that her
treasure would flow freely to maintain the integrity of the British Colonial Empire.
Now, that feeling of security would be shaken, and the faith of Britain's defence of us
shaken also ; and if the impression thus made were not counteracted by some contrary
déclaration on the part of the Government, he feared the affection now so generally
entertained by the people of this Province would be seriously prejudiced — (Cry of
•More annexation.")
Thew knew not what day they might be involved in a war with the United States
by the mother country, and while her fleets swept the Atlantic eastward, our neighbors
would in their turn make their first des^ent on Canada. This was a reason for the
defence of the frontier, bat that defence should in such a case be provided for by
the mother country, and the people of this country should not be left without British
troops and experienced officers round whom to rally, to fight the battle of defence hère
in a war with whose causes they had perhaps no sympathy (208)
Troubles might arise between France and the United States, and England bc
drawn in by reason of her alliance, offensive and défensive, with the former country
— was this country to bear the brunt of such a war ? (209)
Mr. SOLICITOR GENERAL SMITH : With regard to the clause allowing
the militia to be marched out of the country, that existed in the présent aot, but In
transcribing it, some words had been, by accident, omitted, viz : "to territory conti-
nuous [contiguous] therewith." (209)
Mr. CHRISTIE : — said this was a measure to provide for the effective defence of
the Province by its people — it was so stated to be in the introduction to the report —
and the demand on us to undertake that defence opened up the whole question of
our relation with the mother country. It was entierly delusive to say that it was a
mère question of the re-organization of the militia force; it involved much graver con-
sidération. What interest had we in providing for the defence of this country against
the United States? How would the people of this country like to be involved in war
with the United States about the Cuba question, for instance, when we had such
powerful reasons for maintaining peaceful relations with that country?
It affirmed to the principle of taxation without représentation — taxation to carry on
war concerning which they had no voie* — subjecting the people of Canada to be
dragged through ail the disputes of Great Britain with the United States, without a
voice in their régulation or being consulted in the matter (209)
Mr. PAPIN : — Now, he was one of those who would uot désire
to resort to arms to sever the connection with the mother country, but he was not
disposed to fight to maintain that connection or against our ncighbours, if Britain
should involve us in war about a question in which we had no direct interest... (210)
Mr. DORION :— It was time that we had a Canadian feeling —
a feeling that when English interest clashed with Canadian interests would place the
latter first ; and looking at it in this maniier, he could sce no necessity for this outlay
of money (210)
— 282 —
Mr. LORANGER : — Without retorting accusations for accusations, maintained that
every state must hâve such an amount of physical force at its disposai as would
make its authority respccted, and if it were now necessary to demand this reorgani-
zation of the militia, it was because Great Britain bcing about to withdraw lier
troops, the colony must défend iUelf. It was in the interest of the colony, and not
of Great Britain, and the law must be passed, for no one was prepared to déclare
more loudly than himself that the colonial system — the system of the inferiority of
Canada — could not remain long. The destiny of the country was plainly to be inde-
pendent (210)
Mr. LABERGE: — If the country must one day be independent
of English rule, where was the crime of seeing in the future incorporation with the
United States more éléments of greatness, freedom and powcr than in a state of iso-
lation? What différence was there in the amount of disloyalty between the two ideas,
since both looked to a severence of the connection with the crownT
Let the country be independent, and there was not a man in the House who would
not go for this measure or even for one making still more important provisions for
defence; but the great point of the question could not be lost sight of — the ques-
tion whether it was for a dépendent country to maintain an array to fight in wars,
that she had no hand in causing or aToiding. History proved that Canada had so
far fought only for England. The country had been England's bnttle-field, and the
profit had been to England (210)
Mr. TURCOTTE :— Would hâve voted against the bill as it was first introduced,
because he thought it absurd for a country to be called upon to pay for the cxpen-
ses of a war in which it had no part; Did the members for L'As-
sumption or Iberville believe that even England would dare to dictate, when Cana-
diens had arms in their hands. No! England must then at least say with sincerity,
"Govern yourselves". To call upon the colony to défend itself was, then, the greatest
mark of the confidence reposed in it by Great Britain The time might
indeed corne when Great Britain, which now behaved to us like a mother, might assume
the position of a step-mother, and we should then be in a position to join our bre-
thren (210)
Le 4 avril 1855: —
Mr. BROWN : — The premier averred that the defence of the
province was thrown upon this country by the Impérial Government, and that 100,000
stand of arms would hâve to be provided at the expense of the province, to be placed
in the hands of the militia. But now the honourable Attorney-Gcneral told the House
that this was not at ail necessary — that the Home Government would continue as
herctofore to défend the province, and that ail that was wantcd from the House was
merely a Police Bill (231)
Mr. MACDONALD (Attorney-General) :— Said that every force was to a certain
extent a police force. At the same time they must bear in mind that this country
was left utterly defcnceless by the withdrawal of the troops. They might rely on
the pledged word of Great Britain that the wholc force of the British empire would
be put forth for the defence of this province, in the cvcnt of its being attacked by
a hostile force. But, in order to enable (Ireat Britain to carry out that pledge, it
was necessary that wc should hâve an organization, that the Impérial Government
might he eniibled to arm the militia of Canada. At présent we hâve no organization.
A certain number of persons were gazetted as ensfgns, captains, and so forth, but that
was the whole if it. And ail that this bill provided for, was that whenever this pro-
vince as a dependency of the British empire was engaged in war, we should hâve
the companies ready to receive arms from Great Britain and to turn out in defence ©f
the proTince. The volunteer force again was necessary to guard against either
insurrection within our borders, or marauding excursions from without (231)
— 283 —
16
Dépêche de Sir George Grey à Sir Edmund Head, gouverneur-
général du Canada 0)
COPY OF DESPATCH from the Right Honourable SIR G. GREY to Governor Sir
EDMUND HEAD.
(No. 16).
Downing Street, 13th April, 1855.
SIR,
Her Majesty's Government hâve long had under their considération the necessity
of establishing a clear understanding with the Government of Canada ,on the suhject of
the mcasures mutually to be taken for the military defence of the province, and the
suhsidiary arrangements requlsite to that end.
2. Although Canada is happily remote from the direct influence of those hostilities
in which this country is at présent engaged, it becomes now even more necessary than
before, that the available military resources of the Empire in gênerai, and the purposes
to which they are applicable, should be fully ascertained.
3. Relying on the loyalty and patriotism of the inhabitants of Canada, no less than
on their rapid advance in ail that constitutes the strength of a community, Her Ma-
jesty's Government havc not scrupled to reduce the military force stationed in the colony
in time of peace, much below the amount which in former times had been thought ad-
visable ; and the resuit of the measures thus taken has hitherto fully justified their
expérience. The course of events of récent years has more and more fully developed
the attachment of the Canadian people to the institutions under which they live ; the
gratifying proofs which hâve been so lately acknowledged by me, of the deep interest
which they take in the success of the arms of Great Britain and her allies in the pré-
sent contest, hâve been strongly felt by alll classes throughout thèse kingdoms ; and it is
with a feeling of deep satisfaction that we are enabled *o congratulate ourselves on the
union thus cemented between communities so far severed by local position, but joined
by the ties of common freedom, and of loyal attachment to one Sovereign.
4. Her Majesty's Government propose to make no change in the principle of the
relations now subsisting between this country and the province, as regards its military
defence. The Impérial Government will remain charged, as before, with the supply and
maintenance of military force, for the defence of Canada, as of every other part of
Her Majesty's dominions, in the event of its being menaced by foreign arms. They pro-
pose also to continue to maintain the force now existing in Canada, or whatever force
may be strictly required for the military occupation of the few posts of first-class
importance, so as to form a nucleus for the defence of the province.
5. For ail beyond this, they propose to rely on the loyalty and military spirit of
the province itself. They are fully aware that if the contingency, now happily remote,
should ever occur, of an invasion of Canada by foreign arms, the most valuable aid
to the reinforcements of troops which could be supplied from this country, would be
afforded by the courage and numbers of an organized militia such as her great popu-
lation might now enable her to supply. And they are equally persuaded that if the
tranquillity of the community should be menaced from within, the necessary force for
the maintenance of order, both civil and military, if the Iatter should be required, will
be best provided for by the province herself.
C. With respect to the lands now held by the British Government for military pur-
poses, much correspondcncc has at différent times taken place between this depart-
inent and the colonial Government ; and I was in hopcs to bave received, before this
time, a report from the province, which Lord Elgin was requested to furnish, classi-
fying Inese lands in such a manner as might enable Her Majesty's Government to arrive
at some positive décision as to their ultimate disposai. Although this report has not
yet been received, I hâve within the last few days been placed in possession of a
printed "Report of the Commissioners appointed to' investigate and report upon the
hest means of reorganizing the militia of Canada", which goes far towards supplying
(1) Commons Papers, Canada", Vol. XV, page 359. — Le gouverneur communique
cette dépêche à l'Assemblée Législative par " message spécial ", le 14 mai 1855 : Journal
Législative Assembly, 1855, page 1104.
— 284 —
the deflcicncy. Having consulted thc home authoritics in more immédiate charge of
thèse lands, I bclieve that the information in the possession of Her Majesty's Govern-
ment is alrrady ncarly sufficient to settle the détails of the plan, when an agrcement
bas been estahUshed as to its outlines.
7. Thrse Ord'nance lands are by no means ail of them Crown reserves ; but, as I
find noticed in the documents beforc nie, many of them havc been purchased at con-
sidérable cost to the Impérial treasury.
8. It is not, however, thc intention of Her Majesty's Government to make any distinc-
tion between reserves and purchased lands ; they wish to deal with the entire property
solely with a view to the permanent interests of the province.
9. With this view it appears to them that thc Ordnance lands at Québec, Montréal,
and Kingston, should be retaincd for purposes of defence, in the hands of the Impérial
Government. Therc may, perhaps, bc portions of thèse lands not requircd for présent
or future military use, in which case thèse may be the subject of future arrangement ;
but of this I cannot, with the information as yet before me, speak with certainty.
10. There is a second class of lands, not situated at thèse posts, and which will not
be permanently occupied by Her Majesty's troops, but which in thc opinion of military
judgcs will be of importance for the defence of the province in case of invasion. On
somc of them considérable sums hâve been expended with this view. Lands of this
class it is proposed to make over to the Canadian Government for occupation and pré-
sent use, but with a stipulation that they shall be kept available for military purposes,
together with any buildings really requisite for similar purposes, in case they should
be requircd at any future time for the defence of Canada.
11. There is lastly a third class, comprising lands which it is not important to retain
for military purposes. Thèse it is proposed to make over at once and unconditionally
to thc Canadian Government.
12. Should your Government thlnk proper to dévote the funds which may arise from
thrir sale or other use to internai defences, as proposed in the Report to which I hâve
referred, Her Majesty's Government would regard such an appropriation of thèse funds
with much satisfaction, but they do not wish to impose it as a condition of the transfer.
13. I havc already said that Her Majesty's Government are now in possession of
materials which may go a long way towards enabling them to effect this classification ;
but it would be more satisfactory if they had your assistance in such a manner as you
may yourself, with the advice of your Executive Council, suggest towards the seulement
of the détails.
14. Whenever final instructions on this subject are conveyed, pending questions
touching the disposai of military stores may also be arranged.
15. It is necessary to add that any surrender of thèse lands by Her Majesty's Go-
vernment must of course be subject to existing engagements respecting them, such as
those entered into, in somc fcw instances, with pensioners for their location.
I hâve, Ac,
(Signed) G. GREY
17
Dépêche de M. Labouchère, ministre des Colonies, à
Sir Edmund Head (J)
v,OPY OF DESPATCH from the Rirht Hon. H. LABOUCHERE, M.P., to Gevernor
SIR EDMUND HEAD.
(No. 79).
Downing Street, 2nd May 1866.
Sir,
You are aware that the Treaty of Peace provides for thc prompt évacuation by Her
Majesty's forces of the foreîgn territories at présent held by them, and that amoag
other arrangements for the distribution of the army on its return from active service,
orders hâve been given that five régiments shall be selected to be stationed in British
North America, of which three are allotted to Canada.
(1) Commons Papers, Canada, Vol. XV, page 361.
— 285 —
2. Such an amount of force is not of a character to afford much room for miscon-
ception as to the purpose of Her Majesty's Government ; but still I think it better to
address to you a few remarks in explanation of that purpose.
3. Earl Grey's despatch to Lord Elgin of the 14th March 1851, laid down the prin-
cipes which were then adopted by Her Majesty's Government in regrard to their colo-
nial policy, considered in a military point of view ; and in reserving to the mother-
country the duty of maintaining garrisons for fortresses of chief importance, such as
Québec, invited the co-operation of the province for the auxiliary measures of defence.
The vigour with which at this moment a militia force is being organized, justifies our
continuing to place, as wc do place, the fullest reliance on this policy.
4. It is not of course to be expected that the force of the garrisons alluded to
should be at ail times of an unvarying strength. It may vary occasionally from mili-
tary or political reasons. During the war just ended, when the chief military strength
of the empire had to be concentrated for the opérations in the East, régiments stationed
in Canada were withdrawn ; and, as my predecessor, Sir George Grey, explained in a
despatch dated llth August 1854, increased responsibility vas thrown npon the pro-
vince.
That emergency has now happily passed away ; but although the regular soldiers
in Canada may be more or fewer at any particular time, the policy of Her Majesty's
Government continues the same, and they désire to place their main dependence on the
well-proved loyalty and courage of Her Majesty's Canadian subjects to repel any hos-
tile ag-gression, should the occasion ever unfortunatcly occur, although in that cvent
Her Majesty's Government would not fail to grive to the province the full support of the
whole power of the British Empire.
You will take care that no misapprehension on this subject shall exist in Canada
which might produce any relaxation of the honourable exertions which the province is
now making to establish a suitable military organization, I hâve had the greatest satis-
faction in submitting to Her Majesty the accounts which you hâve transmitted to me of
the spirit and energy with which ail classes of her Canadian subjects hâve come forward
to carry into effect the provisions of the new Militia Act, and I trust that the result
will be that this local force will speedily be placed on a footing of permanent ef-
fiency.
I hâve, &c,
(Signed) H. LABOUCHERE.
REFORME DE L'ARMEE IMPERIALE
18
Rapport de MM. Godley et Hamilton 0)
(Extraits)
REPORT.
In obédience to the instructions which we hâve received, wc bave inquired into and
considered the relations of the Colonies of Great Britain to the mother country, as re-
gards the expenditure on their military defence.
The duties imposed on us were explained in a letter from General PEEL (2), to the
Secretary of State for the Colonies, dated 14th March, 1859, in conséquence of which
the committec was appointed.
The principles suggested by General Peel, as the basis of such arrangements, arc
as follows: —
1. England should assist in the defence of her Colonies against aggression on the
part of foreign nations, but in no case, except where such Colonies are mère garrisons
kept up for Impérial purposes, should she assume the whole of such defence; but, on
the contrary, she should insist, as a condition of her aid, that the Colony should also
contribute its share by maintaining at its own expense a local force; or if circumstances
appear to make that impossible, by paying part of the expense of the Impérial garri
son; and
2. Military expenditure, for purposes of internai police, should be defrayed from
local funds, there being no grounds for drawing any distinction between a Colony and
an independent nation in this respect, and the préservation of internai peace and order
being propcrly thrown on local authorities, both because it dépends upon their own
législation and management, and because the local population is mainly, if not exclu-
sively, interested in it.
The first point to which it is our duty to call attention is the fact that the Colonies
of Great Britain may be said, speaking gcncrally, to hâve been free from the obligation
of contributing, either by personal service or money payment, towards their own dé-
fonces — a state of things which wc believe to have no parallel or précèdent in the
case of any other organized coin mu nity of which the history is known.
We subjoin a return of the military force and the expenditure for military pur-
poses in our Colonies for 1857-58, the last year for which wc have complète accounts.
It will be seen that, including the cost of the Cape German Légion, the military expen-
diture amounted to £3,968,599. Of this only £378,253 was contributcd by the Colonies,
being less than one-tenth part of the whole; and of that contribution about two-thirds
were paid by three Colonies, New South Wales, Victoria, and Ceylon. It is rcmarkable
that no Colony except Canada, and, to a very small extent, Victoria, the Cape, and one or
two of the West India Colonies, had organized a militia or other local force.
We consider that this immunity, throwing as it docs the defence of the Colonies
almost cntircly on the mother country, is open to two main objections. In the first
place, it imposes an enormous burden and inconvcniencc on the pcople of England, not
only by the addition which it makes to their taxes, but by calling off to remote stations
a large proportion of their troops and ships, and thereby wcakening their means of
defence at home. But a still more important objection is, the tendency which this
system must necessarily have to prevent the development of a proper spirit of self-
(1) Sessional Papers, 1862, No. 17, — deuxième partie.
(2) Ministre de la guerre dans le second cabinet Derby.
— 287 —
reliancc aiuongst our Colonists, and ta enfeeblc their national character. By the gift
of political self-Kovemment, we hâve bestowed on our Colonies a most important élé-
ment of national éducation; but the habit of self-defence constitutes a part hardly les»
important of the training of a frec people, and it will never be acquired by our Colo-
nists if we assume exclusively the task of defending them.
Next to the inadequacy of the contributions of our Colonies towards their defences,
the most conspicuous defect in the présent system is its inequality as among the Colo-
nies themselves.
Nor is the inequality in our mode of treating our Colonies less remarkable than that
of their contributions. For example, though the people of Victoria contribute, as we
hâve shown, most liberally and largely, we hâve lately, at great expense and inconve-
nience, removed part of the régiment quartered there, on the express ground that Vic-
toria refused to pay for more than four companies, to Tasmania, which not only does
not pay for those troops, but contributes nothing in any shape to military purposes.
Again, we hâve removed the troops from Antigua, on the ground that the Colony would
not provide barracks for them, to Barbadoes, where we provide barracks for them our-
selves. Again, Canada is the first British Colony which has set the example of orga-
nizing a militia ; she has done this entirely at her own expense, including the arming
and clothing of the men, and we hâve refused to contribute anything towards it, going
so far as to demand payment for some great coats and smooth-bore muskets, which
happened to bc in store on the spot, and which we hâve issued to them. Yet at the
same time, we are distributing, gratis, from the store at Québec a large quantity of the
best Enficld rifles to Nova Scotia, New Brunswick and Newfoundland, for the use of
volunteers, although we hâve never been able to induce those Colonies to organize a
militia or to contribute one farthing, in any shape, towards their own defence.
Having pointed out, as above, the evils of the présent system, we proceed to submit
our proposais for altering it. Before doing so, it will be convenient to state the gênerai
principles on which we believe such altération should be founded.
In the first place, while we recognise to the full extent the obligation which devol-
ves on Great Britain of assisting her Colonies to défend themselves against foreign enc-
lines, we maintain also that this obligation is discharged by doing or offering to do so
on fair and libéral conditions, and that she is by no means bound to relieve them of
the whole responsibility of self-defence. It must be borne in mind, that the interest
of the Colonists in repelling aggression upon them is primary and direct; that of Great
Britain indirect and secondary. While, therefore, it seems right that the Colonists
should, as a rule, décide on the extent and nature of their own defences, and hâve
generally the control and management of them, it is unjust to throw the whole burden
of expense on the less interested party.
In the second place, we submit that a system of defence, based upon the présence
of Impérial garrisons in every part of the empire, is as inefficient as it is burdensome:
and that the right system would be one based on local efforts and local resources.
Ail history shows (what is indeed évident à priori) that the maintenance of domi-
nion over scattered and distant territories dépends either on the nature of the coun-
tries and their population, or upon the command of the sea.
We hâve said that, so far as assistance from the mother country is concerned, the
chief thing which most of our Colonies must look to for defence against foreign enemies
is our navy. But a more efficient safeguard for most of them is to be found in their
situation, and in the numbers and character of theic population. Take, for example,
the case of the provinces of British America, which are the only Colonies exposed to
aggression by land. Of thèse the whole question of the successful defence dépends on
the wishes and feelings of the people themselves. If they were ill-affected, or even
indiffèrent, no possible military efforts on our part could défend them in the case of
war with America. On the other hand the America us could never subdue and retain
in subjection the British provinces, so long as the latter are determined not to accept
their dominion. It is quite true that we could assist the Colonists very materially, but
— 288 —
it is not necessary to keep up garrisons in time of peace for that purpose. No invasion
•f Canada by any power but the Americans is cven conceivable; and no serions invasion
of Canada by the Americans can be mode without many months of préparation. They
hâve no machinery or organization for such an enterprisc: while in much shorter time
we could send troops there, if we wished it and could spare them. Against incursions
by "filibusters" or "sympathisers," the Canadians ought to be, and are, quite able to
protect themselves. Indeed, it is a remarkable fact, that no Colony having more than
20,000 European inhabitants has ever been conquered by a foreign enemy, except in
the single instance of Canada itself of which the population, at the time of its conquest,
was 60,000; but which was in the singuiarly unfavorable position of being the only
Frcnch colony in that part of the world, and attacked, therefore, not only from the
seaward, by a power superior at sea, but by a warlike population of British colonists
on its land frontier.
We repeat then that the real and sufficient protection to the independence of our
Colonies consists, either first, in their remote and insulated positions, which make it
highly improbable that any power could or would organise naval and military expé-
ditions sufficiently powerful to take and keep them, or, secondly, in local circumstances,
such as the nature of the country and the character and numbers of the population,
which render it practically impossible to invade and conquer them, at any rate before
assistance would arrive from this country. The West Indian Islands corne under the
first category; British North America under the second; Australia, New Zealand, Tas-
mania, and the Cape under both.
Thirdly, we dissent front the argument founded on joint interest. If England was
considered bound to contribute towards the defence of her Colonies merely because she
is interested in their defence, it might fairly be argued that the obligation is reciprocal,
and that the Colonies, being deeply interested in the safety of England, ought to con-
tribute systematically and habitually towards the defence of London and Portsmouth.
But the ground on which we hold that England is bound to contribute towards the
defence of her Colonies is, that the Impérial Government has the control of peace and
war, and is therefore in honor and duty called upon to assist them in providing against
the conséquences of its policy.
Finally, we believe that if we take upon ourselves the initiative in the defence or
our Colonies, by assigning to them garrisons, however small, those garrisons will be
taken as symbols of our responsibility, and their présence will tend to perpetuate the
main evil of the présent System, namely, the dependence of the Colonies on the mother
country for defence, and their neglect of local efforts.
Having corne for thèse reasons to the conclusion that it is not désirable to confirm
and extend the arrangement referred to, we submit, as the resuit of careful and anxious
délibération, the following plan for the considération of Her Majesty's Government: —
We propose to divide the Colonies (so called) into two classes. The first class would
consist of military posts, in which, for objects altogether independent of and distinct
from the defence of the particular countries in which they are situated, the Impérial
Government thinks it necessary to maintain garrisons — such as Malta, Gibraltar, Corfu,
Bermuda, and a few more of similar character. So long as thèse posts are held at ail,
they should be adequately fortified and garrisoned, but we are of opinion that as the
garrisons of them are maintained without référence to the wants and wishes of the
inhabitants, they should be dealt with exceptionally, and not included in any gênerai
scheme of Colonial contribution.
The second class would comprise ail the rest of the Colonies, that is, ail those where
troops are stationed primarily, if not exclusively, for the defence of the lives, liberties,
and propertics of their inhabitants- We propose that, as regards thèse Colonies, the
System of defence should be founded on two simple principles, colonial management,
and joint contribution at a uniform rate. We propose that the Impérial Government
should call upon each Colony to décide on the nature of its own defences, and the
amount of its garrison, and should offer to assist it by bearing a share (say, half, or
any other portion which may be fixed), of the entire cost; specifying at the same time
a maximum sum beyond which this country should not be called upon to contribute
without a further agreement.
There is one objection which is likely to be urged against our plan, which we think
— 289 —
it better to notice by anticipation. We mean an objection to laying down a uniform
rate of joint contribution. It may possibly be said that one Colony is more exposed
to foreign aggression, or less able, through poverty or the nature of its population, to
provide against it than another, and that wc ought to apportion our aid to the wants
of each, not to the amount of its own efforts. The objection in question is founded on
a différent view of the nature and ground of the obligations of the mother Country
from that which we entertain and hâve endeavoured to express. We consider those
obligations to be founded on the peculiar relation between the mother country and the
Colonies, by which the exclusive control over peace and war is vested in the former,
and that relation, it is needless to observe, is uniform and common to every Colony in
the empire; but it is not in accordance with possibility that we should equalise the
natural advantages and disadvantages, whether in relation to military or civil affairs
of the différent Colonies respectively. Just as the richer and more favorably circums-
tanced among them are able to hâve more expensive and complète Systems of civil
administration, more highly paid officers, better schools, hospitals, and gaols, so it is
natural and inévitable that they should hâve, if they please, more effective and costly
defences. Poor nations, like poor individuals, must be contented to be less well off
than rich ones; and, as regards the particular disadvantage now in question, it is to
be observed, that the poorer the Colony the less is the temptation to attack it. Prac-
tically, too, the difficulty of estimating the respective needs and resources of Colonies
would be so great, that any System of defence, founded on such estimate, would lead
to as much injustice, discontent, and unsettlement as that under which we now suffer;
while the plan of apportioning our contributions to local efforts would hâve a direct
tendency to effect our main and primary object, the encouragement of the latter.
In conclusion, the principal advantages of the plan which we recommend are as
follows: — "It would involve a great saving to the Impérial Exchequer, not only through
the direct contribution of the Colonies, but also, as above intimated, by the gênerai
réduction of Colonial garrisons which would inevitably follow. At the same time no
inordinate burden would be imposed upon the Colonies, seeing that it would rest with
themselves to détermine the amount of their respective armaments.
It would be equally applicable to peace and war; a Colony finding itself exposed
to danger, would increase its military force, either by asking us for more troops, or by
local measures of defence, of which the mother country would bear its fixed share of
the expensc.
It would stimulate the patriotism, self-reliance, and military spirit of the Colonists,
by throwing on them the responsibility of directing their own military affairs.
Above ail, it would convey, in the most marked and emphatic way, the détermi-
nation of the mother country, that the Colonies should be governed through and for
their own people. It would show that we rely on their loyalty and attachment, and
on nothing else; and that we hâve no wish to préserve our connexion with them by
force; and that, therefore, we regard not only without jealousy, but with sympathy and
pride, the growth of their military strength, and the cultivation of that martial spirit
which is their best defence. It is in this point of view particularly that we consider
the question, whether, in the organization of Colonial Defences, the mother country or
the Colonies should take the initiative (that is, whether we should défend them with
their assistance, or they défend themselves with ours), to be of the utmost importance;
to dépend, in fact, upon whether one or other of two opposite views of colonial policy
be délibéra tely adopted; and we emphatically repat, that it is mainly with référence
to thèse fundamental principles, and not to a calculation of how much money we can
obtain from the Colonies, or save to Great Britain, that we recommend the plan pro-
posed and explained in this Report.
One member of the Committee, Mr. Elliot, finding himself unable to agrée in the
whole of our Report, and consequently to sign it, lias appended a Mémorandum, explain-
ing to what extent he differs from us, and his reasçns for doing so.
(Signed) GEO. A. HAMILTON,
24tli January, 1860. " JOHN ROBERT GODLEY.
— 290 — -
19
Rapport de M. Elliott 0)
(Extraits)
MEMORANDUM
Colonial Office, 28th January, 1860.
I greatly lament that I cannot join with my colleagues in their Report on the mili-
tary expcnditure in the Colonies.
Three main principles appear to me to be laid down in the Report; first, that w
cannot expect our colonial possessions to be made def ensible at ail points, and at ail times ;
secondly, that some few posts, especially valuable for Impérial purposes, should be
dealt with exceptionally, and not included in any gênerai schemc of colonial contribu-
tion; but, thirdly, that the wholc remainder of our Colonies, without distinction or
exception, ought to pay one uniform proportion of their military expenditure.
In the first of thèse propositions I cordially concur. No success in war, but rather
disaster, would be likely to ensue from scattcring the land forces of the empire over
the numerous outlying possessions of a great maritime and colonizing State, such as
Great Rritain. Her colonial dominion rests on her naval supremacy. The mistress of
the seas is mistress of whatever Colonies she pleases to hold or to take; and if ever
she ceases to be mistress of the seas, it is not forts or garrisons which will save her
Colonies.
From the third proposition I am compelled to differ. I cannot think that the same
fixed proportion ought to be contributed by ail Colonies whatsoever, regardless of their
inhérent différences.
Suppose that some of the richer Colonies, such as thosc in Australia, particularly
require troops, and are willing to contribute two-thirds of the expcnse, must we reject
the offer if others contribute only one half? Or, again, suppose that some of the minor
Colonies urgently nced troops, but are unable to contribute more than a quarter of their
expense, must we cither refuse the troops, or reject the contribution, merely because
other Colonies pay more?
Uniformity is good, where circumstances are uniform; but where they differ it
serins to me reasonable that practicc should differ also; and as to the equity of the
matter, surely it is quite as unjust to apply a uniform rule to différent cases, as to
apply a varying rule to cases which are alike.
Now, nothing can be more diversified, and, especially more unequal, than the con-
dition of the British Colonies; they are exposed, some more, some less, to foreign Inva-
sion; some more and others less to périls from natives; the population in one kind of
Colonies is dense, in another scattered, in some it is peaceful, in others troublesome,
and in a few it sprang from convicts sent out for the convenience of this country; again,
in certain Colonies this population is British, in others foreign, in part of them it is
wholly white, in part almost wholly colored, and in many it consists of a large pro-
portion of both; above ail, some arc rich, and some are poor; is it surprising with
Colonies of such an infinité variety of condition, that both their demands for military
assistance should be différent, and their power of contribution unequal?
We are not bound, it is said, to equalisc their advantages and disadvantages ; poor
nations, like poor individuals, must be content to be less well off than rich ones. This
is perfectly true; but then the Colonies, especially the lesser Colonies, which most call
for assistance, arc not separate nations; they are members of one immensely powcrful
and wealthy nation, from which they believe that they are entitled to some share of
gênerai protection. The question is what that share should be.
The Report admits, in handsome terms, the daim of the Colonies to receive aid in
their defence, but rests it solcly on the ground that the Impérial Government has the
control of peace or war, and is, therefore, bound in honor to assist in guarding others
from suffering by its policy. I cannot think that this is the only ground, and that we
(1) Sessional Papers, 1862, No. 17, — deuxième partie.
— 291 —
must discard that of interest. Suppose that one of our Colonies should yield the long-
desired advantage of a field for the supply of cotton, would not England hâve a direct
interest in its defence, even fhough it did not contribute a shilling or a man towards
the struggle of a European war?
Without dwelling further, however, on abstract discussions, it may be more fruitful
of practical conséquences to examine a little more closely some of the facts in the
Colonies which bear on their military requirements. For tliis purpose, the Colonies
may, perhaps be roughly divided into the following classes : —
lst. Great and unmixed European communities, such as those in British North
America and in Australie.
2d. European communities which are large and thriving, but in contact with
powerful and warlikc natives, such as the Colonies of New Zealand and the Cape of
Good Hope.
3d. Limited numbers of European planters and settlers situated in the midst of
large colored populations, such as the West Indies and the Eastern Colonies.
4th. Mère handfuls of white functionaries and merchants dwelling in the midst
of overwhelming numbers of black races, both subject and independent, such as the
Colonies on the Western Coast of Africa.
I think it will be seen at a glance, that it would be difficult to frame any gênerai
rule which should be equally applicable to ail of such dissimilar societies. It seems
to me very doubtful whether they ought, on account of any abstract principle, or for
mère convenience, to contribute equally to their military expenditure ; it is certain that
they could not do so in point of fact.
NORTH AMERICAN PROVINCES
Thèse great countries contain three millions of people, and are for thousands of
miles conterminous with the United States. It is évident that no forces sent from home
can be supposed to undertake the defence of this vast line of territory. The security
of the inhabitants rests chiefly on their own patriotism and valor, of which they hâve
already, whenever required, afforded brilliant and successful examples. The principle
was propounded by Earl Grey in 1851, and was repeated by the Duke of Newcastle, as
Secretary for War, and Sir George Grey, as Colonial Sccretary in 1854, that in Canada
the fortified city of Québec, and the fort of Kingston, with perhaps one or two outlying
posts between Montréal and the frontier, should be garrisoned by the gênerai troops of
the empire, but that no more ought to dcvolve on the gênerai Government. This pro-
position was acquiesced in by the authorities of Canada without a murmur, and they
hâve set about active measures, at a considérable charge to themselves, for rendering
their militia efficient. The harbour of Halifax is as much a station important to the
gênerai power of the nation as any of the places which hâve been enumerated in the
list of military posts. It is only just that its garrison should be provided for out of
the Impérial funds; nor could the province of Nova Scotia, which is far from wealthy,
be expected to tax itself for such a purpose, merely because this valuable Impérial
post happens to be situated within its limits.
This complètes a review of the principal groups of Colonies. The following results
may, I think, be drawn from it: —
First. That in British North America and Australia, being the chief assemblages
of European communities, a gênerai and intelligible principle about military expen-
diture is already established.
In conclusion, I must express my regret for the length of this examination of the
différent Colonies, but it seemed to me that the true nature of the difficulties to be met
could not be shown by any shorter process. What has to be salved is not one problem,
but many. I despair of discovering upon them any self-acting rule which shall be a
substitute for the judgment and firmness of the Ministers of the Crown for the time
being. They will doubtiess always be guided by a policy, but they can hardly expect
to despatch such complicated and arduous questions by a single maxim. To deal with
cases on their merits, to labor patiently ag-ainst opposition in some quarters, and to wel-
come and reciprocate co-operation from others: thèse, in so wide and diversified a
— 292 —
sphère as the British Colonies, appear to me tasks and duries inséparable from the
function of governing, which can never be superseded by the machinery of a system
however ably conceived or logically constructed.
(Signed) T. FREDERICK ELLIOTT.
20
Rapport de la Commission parlementaire (*)
(Extraits)
The SELEC* COMMITTEE appointed on Colonial Military Expenditure, to inquire and Re-
port whether any and what Altérations may be advantapeously adopted in regard to the
Defence of the British Dependencies, and the proportions of Cost of such Defences a*
now defrayed from Impérial and Colonial Funds respectively : — Hâve considered
the Matters to them referred, and hâve agrreed to the following: Report : —
I. The dependencies of the British Empire (exclusive of India, to which your Com-
mittee hâve not extendcd tbeir investigations) may be divided, for the purpose of this
Inquiry, into two classes : —
lst. Those which may properly be called "Colonies." To this class belong the
North American and South African Colonies, the West Indies, Ceylon, Mauritius,
New Zealand, and the Australian Colonies, with the exception of Western Australie.
2d. Military garrisons, naval stations, convict dépôts, and dependencies main-
tained chiefly for objects of Impérial policy. To this class belong Malta, Gibraltar
and the Ionian Islands, Hong Kong, Labuan, Bermuda, the Bahamas, St Helena, and
the Falklands, Western Australie, Sierra Leone, Gambia, and the Gold Coast.
Throughout their inquiry, your Committee hâve deemed it essentiel to keep in view
the distinction to be drawn between thèse two classes.
9. Taking into considération the facts disclosed by the évidence laid before them,
your committee are of opinion that no uniform rule, as to the cost or mode of their
military defence, can be laid down which shall be applicable alike to communities so
various as those which compose the British Colonial Empire; but, following the classi-
fication adopted at the commencement of their Report, it appears to your Committee
that, as to the second class of dependencies above defined, the responsibility and main
cost of their defence properly devolves on the Impérial Government.
10. With respect to the dependencies properly called "Colonies," and to which any
recommandations hereinafter to be made as to the mode cr cost of Colonial defence
exclusively relate, the practical application of such recommendations, both as to time
and place, must necessarily be left to the discrétion of Her Majesty's Government,
having regard to the local resourcea of each dependency, to its dansera from external
attack, and to the gênerai exigencies of the empire. With this réservation, it appears
to your Committee that the responsibility and cost of the military defence of such
dependencies ought mainly to devolve upon themselves.
Your Committee further submit the following gênerai suggestions as arising from
the évidence laid before them: —
II. That it is inexpedient that the proportions of cost of Colonial defence to be
borne by the Impérial and Colonial Governments respectively, should be the subject of
negotiations with the various dependencies, but that évidence has been given, tending
to show that the mode of proceeding adopted by Lord Grey in 1851, in announcing to
the Australian Colonies the terms on which alonc Impérial troops could be sent there,
may be gradually applied to other dependencies.
19. In conclusion, yoar Committee submit that the tendency of modem warfare U
to strike blows at the heart of a hostile power; and that it is therefore désirable to
concentrate the troops required for the defence of the United Kingdom as much as pos-
sible, and to trust mainly to naval supremacy for securing- against foreig-n at;trreasi*n
the distant dependencies of the Empire.
llth July. 1861.
(1) Sessional Papers, 1862, No. 17, — deuxième partie.
PROJET DE LOI DE 1862.— DEFAITE DU MINISTÈRE
CARTIER-MACDONÀLD
21
Rapport sur la Milice Canadienne, 0)
(Extraits)
REPORT
TO HIS EXCELLENCY THE GOVERNOR GENERAL
We, Your Excellency's Commissioners appointed, Firstly — To report a plan for the
better organization of the Department of Adjutant General of Militia. Secondly — To
investigate and report upon the best means of reorganizing the Militia of this Pro-
vince, and of providing an efficient and economical systcm for the defence of the Pro-
vince ; and, Thirdly — To prépare a Rill or R Ils on the subjects hereinbefore mentioned
respectively, with a view to submission of the saine to Parliament at its next Session,
do most respectfully report to Your Excellency, as follows: —
REORGANIZATION OF MILITIA.
Preamble.
3. In framing our recommendations as to the best means of reorganizing the
Militia of Canada, we hâve taken for the ground work of our considérations the
following facts, winch must be self-evident to ail who consider the circumstances
and position of the Province.
4. Firstly. — That Canada présents a frontier, upwards of 1,000 miles in ëxtent,
assailable by land or water at every point;
5. Secondly.— That she possesses a population amounting to little more than
2,500,000 soûls (less than the population of London), thinly but unevenly scattered
throughout her full extent;
0. Thirdly. — That the adjoining country is powerful — conta ins a population
vastly superior in numbers to that of Canada — possesses great resources, and abounds
with excellent means of communication, both by land and water, diverging from the
heart of the nation and leading to ail the most vulnérable points on the frontier of
this Province;
7. Fourthly. — That as the revenue of a country must dépend in a vcry great
degree upon the amount of her population, the extent of the frontier in this Province
to be defended must necessarily be disproportioncd to her income.
Amount of Force Requircd.
8. In order to provide an efficient force for the defence of the Province, we are
of opinion that a far greater number of traincd men will be required tban hâve
hitherto been sanctioned, and recommend the organization of an active force amount-
ing to about 50,000 men of ail arms, with a réserve of the same number. A référence
to the map of Canada will, we think, clearly point out that even this number of men
would be insufficient, without the co-operation of a strong body of regular troops and
a powerful f leet of gun boats on the lakes.
General System of Defence.
99. We, your Excellency's Commissioners, baye abstained from offering any direct
recommendations regarding the gênerai stratégie defence of the Province, or the de-
(1) Sessional Papers, 1862, No. 17, — première partie.
— 294 —
fencc of certain points by permanent fortifications, as we consider the former subject
cornes more, espccially within the province of the General Commanding Her Majesty's
forces. And we hâve been given to understand that a separatc commission has been
employed to investigate the Iatter important subject. We hâve, ncvertheless, in arrang-
ing our proposed distribution of the three arms of the service, kept in view the nature
of the defenec that would be required in the différent districts. We hâve, moreover, in
our calculation of numbers, been strongly influenced by the conviction, that in the
event of war with the neighboring country, no defenec could be effectuai unless the
lakes were held by a powerful force of gun boats.
We submit the Draft of a Bill in accordance with the foregoing Report, and sub-
mit the same for Your Excellency's considération.
GEO. ET. CARTIER,
JOHN A. MACDONALD,
A. T. GALT,
ALLAN N. MACNAB,
E. P. TACHE,
D. LYSONS, Colonel,
T. E. CAMPBELL,
A. CAMERON*.
THOMAS WILY,
Secretary.
Québec, March 15, 1862.
22
Projet de Loi de la Milice, 1862 0)
(Extrait)
CALLING OUT THE MILITIA
" 139. — The commander-in-chief may call out the milltia or any part thereof for
service, either within or without the province, whenever it is in his opinion advisable
! so to do by reasou of war, invasion, disturbanec, or insurrection, or imminent danger
' of any of thmi ; and in any such case the volunteer and regular force shall first take
1 the field, then the reserve force, then additional active batta lions from the service
sedentary force, and lastly the retired sedentary force."
23
Débats sur le Projet de Loi de 1862 (2)
Le 2 mai 1862:—
Hon. J. A. MACDONALD — having proposed to proceed with the debate on the bill
respecting the Militia —
Hon. Mr. LORANGER — hoped the debate would be postponed until the correspon-
dence on the subject of the military defence expenditure was laid before the House.
Hon. J. A. MACDONALD — said the questions of military defence by the Impérial
Government and the Militia Service of this Country were not intimately connectée!.
Besides he was not aware that there was any such correspondence. If, however, there
was any, it could be brought down so as to be in season for a subséquent stage of the
Bill.
(1) "Correspondence between Her Majesty's Government and the Governor General
of Canada in référence to the Militia Bill proposed and passed in the Canadian Parle-
ment". Accounts and Papers, 1862, Vol. XXXVI, p. 597. Cette correspondance contient
le texte de la loi antérieure, celui du projet préparé par la Commission et rejeté par
l'Assemblée, et celui des amendements votés après la défaite du ministère. L'article ci-
dessus est extrait du projet de loi rejeté en mai 1862.
(2) Extraits des Parliamentary Debates. 1862 (compilés du "Mornin? Chronicle). Le
chiffre de la page est indiqué après chaque citation.
— 295 —
Hon. Mr. LORANGER — maintained that, in order to an intelligent considération of
the measure, the correspondence should be placed before the members.
HON. J. A. MACDONALD — said the hon. member should remember that in
1854 the Impérial Government transferred to the Province thèse ordnance lands,
which were very valuable, on considération that we should provide to sortie extent for
the defence of the Province, but it was then solemnly asrreed by the Impérial Govern-
ment, that in case of external aggression the whole power of the Empire would be
employed for our protection. Since then there had been no correspondence on the
subject, and no contribution whatever had been asked from tins country for war pur-
poses I believe that our peoplc fully value their privilèges, and that
they are most anxious to préserve intact thier connection with the British nation.
(Hear). They hâve institutions which they highly prize and they possess institutions
which they both cherish and are ready to maintain. They know well that as a body
of freemen, they would be unworthy of their liberty, and unworthy of their free
institution and privilèges unless they were ready and willing to fight for them.
(Hear, hear.)
As hon. members are well aware, in 1854, in conséquence of the exigencies of
the Impérial Government, they were obliged to withdraw their troops nearly altoge-
ther from Canada. The country was on the eve of the Crimean war, and a correspon-
dence ensued, in which the Impérial Government informed the Législature of Canada
and the people of Canada that their necessities compelled them to recall most of the
Impérial troops then in the Province, and that in future Canada must dépend upon
her own exertions for the préservation of order within her own borders, and for
resisting sudden and unexpected aggression by marauders or fillibustering parties ;
and in considération of the Province undertaking this duty, the Impérial Government,
in the most libéral spirit, handed over to the Provincial Government the lands
granted for military purposes, except such reserves at Kingston, Montréal and Québec
as were wanted for the purpose of defence. In 1855, the Government undertook to
introduce a bill for the organization of the militia. That bill became law — the same
law that now exists. It was based upon a commission, as is the bill now before the
Housc. That measure provided for carrying out the pledge made to the Impérial
Government, that a sufficient force should be organized in Canada to préserve order
within our bounds, and that in case it was necessary to call upon the military force
to enforce the laws of the land, recourse should be had to our citizen soldiery and
not to Her Majesty's troops, which in no case, as was justly said, could be expected
to act as a police force for the préservation of peace and order (65)
We lately hâve been rudely awakened to the full conséquences of any danger
which may beset us by reason of our position in relation to the neighboring country.
If that country should ever, unhappily, corne into collision with the British Empire,
we should no doubt be subjected to ail the desolating effects of war. From the geo-
graphical conformation of Canada — a country with a long and extended f routier, and
havlng but a sparse population — we were liable to invasion at innumerable places.
We were in the near vicinity of a nation whose strength and power and whose re-
sources récent occurrences had shewn to be beyond ail example ; and we know therefore,
that evcn although we place the fullest confidence, as we hâve a right to do, in
the assurance of the Impérial Government, that the whole power of the British
Empire will be exerted on our behalf, in case of an attack by a foreign foe, yet in the
face of our présent militia organization, or rather want of organization, we must
know that so far as ourselves are concerned we should be utterly helpless in such
an event. (Hear, hear.) We sec that whenever, either in Upper or
Ix>wer Canada, the law makes a demand upon the people for the performance of
any duty, as for the common every day purpose of serving on juries, they came
without a murmur to perform the duty be cause the law throws it upon them. And
for the performance of this greater duty of coming forward for the defence of their
country and preparing themselves for that defence, I am persuaded they will display
even greater alacrity. (Hear, hear.) I think we should as much as
possible avoid mingling up this measure with the considération of what England
will do for us. England will, of course, do as much as she can for us, will if neces-
sary exert her whole power in our behalf, and pour out her treasure and blood for
her subjects in this country. In case of war with the United States, England will
undoubtcdly be willing, as the member for Montréal West remarked, tô expend her
— 296 —
last fartking and her last uian in our defence. But while it is the duty of England te
do so, and whlle we will reçoive from her the exercice of ail her power, still it is
plainly and obviously our duty to provide a large and efficient force for the purpose
of fifîhting upon our own soil. for oar own possessions, our own privilèges and our
own liberties. (Checrs). — (66 et 67)—
HON. Mr.LOR ANGER :— It w as well understood that Canada
would not go to war or be involved in war on its own account, and that if «Ter it
were at war with a foreign power it would be in conséquence of the quarrels of En-
eland with such power. He had studied the State papers on such subjects for the
last eight or ten days, with the express désire of understanding the Impérial policy,
but had failed to discover that it had even required the passage of such a measure as
was now before the House. (68)
Le 6 mai 1862:—
HON. Mr. GALT : — Both sides of the House could hâve but one
désire, and that was that the institutions we valued and the liberty we enjoyed under
the protection of the law should be secured to us without being endangered by
attark from any foreign foe. (Hear, hear.) (73)
......Such a cost as that whieh the purchase of 100,000 rifles would entail would
be too great for the Provinces and must devolve on the Impérial Government. This
was only reasonable. If difficulty arose with the United States so as to imperil the
safety of Canada, it must arise as a conséquence of Impérial policy as distinguished
from colonial policy. And under such circumstances, coupled with the examples
abready possessed of the libéral bebaviour of the Impérial Government, there was no
reason to doubt that the application for arms would be readily responded to. The
Canndian Government had good reason to expect that arms would be given either
entirc to the militia of Canada by the Impérial Government, or placed at their dis-
posai for service, but still remaining the property of the Impérial authorities
Looking at the pledgre England had given, over and over airain, that tho whole
force of the Empire would be exercised in our favor in the event of our beiag
involved in war in conséquence of Impérial policy, we had every reason to suppose
that she would treat us in such circumstances in the fairest and most libéral spirit
(Hear, hear.) If the country was to be made a battle ground, it would as a matter of
course be solely as the resuit of Impérial policy; but he (Hon. Mr. Galt) did not see
that their was any fouudation on which to ground a belief that the whole face [force] of
the Empire would not be placed at our disposai in case of danger. It should not be
forgotten that our abilitics to meet the exigencies of war, along the immense Une of
frontier which we possess, would almost cease the moment that war was actually
deelared. (Hear, hear.) A great deal had bcen said about the doctrines urged b>
certain parties in the House of Gommons, but we should bear in mind that thost
persons who thus mistook the position of Canada and based their theory upon it were
not the mon who held the destinies of the Empire in their hands. As forming part
of the Empire we should be prepared to share in her difficulties as well as hei
prosperity. If the mother country were assailed, we should not and we would not
•tand by with foldcd arms (Hear, hear). But, on the other hand, we were entitled ta
expect in the hour of danger, from the mother country, that support and assistance
to which we were entitled and which we had always reccived. Those who said, In
the House of Gommons, that Canada would receive no assistance were also those who
maintained that England should hâve no colonies. Their doctrine relative to Canada
was therefore part of their System and policy. It was pretended by them that we
receivcd the protection of England's fleet. We should, however, bear in mind that
our Iand frontier was a great source of dan rer to us; and it was in the defence of that
frontier that our difficulties mninly existed (74)
Hon. Mr. ROSE: The measure now before the House was of a comprehenslve
nature, inasmuch as if it were carried out to the extent proposed it would affect con-
■iderably the finances of the country. It was one which should lead them to con-
■ider what was due from the Impérial Government to the colony, and what was due
from the colony to the Empire
— 297 —
He had carefully read the évidence taken before the Committee
of the House of Commons on the defencc of the colonies, and he was glad to find
that the members of the Government, examined before that committeej recognized the
claims which the colony had upon the mother country. Lord GREY was also called
before the committee, and he endorsed to the fullest extent the views he held as to
the duty which he maintained, at the period Lord Elgin was governor General of
Canada, rested on England in the event of war to défend the colonies with ail her
resources. Lord Grey said he considered that the British Colonial Empire ought to
be maintained principally, because he believed that much of the power and influence
of England were derived from her colonial possessions, and because also of the assis-
tance she might expect from them in return. This view was expressed in Lord
Grey's work on Colonial connection, written some years ago, and which he repeated a
short time since before the Committee of the House of Commons. — Lord GREY in a des-
patch to Lord Elgin referring to the same subject in 1851. called upon Canada not
only to provide for the Governor's salary, but to aid In the construction of the Hali-
fax Railway, and this in order that Canada might at ail seasons of the year be within
the reach of the aid which England, in case of war, would be ready to afford. And
when examined before a Committee he was asked if the mother country derived any
advantage from the Colonies which should lead the former to expend money upon
their defence, hc said he could not see what reason. the Colonies would hâve to conti-
nue their allégeance unless they received the protection which would guarantee their
safety in time of trouble. Mr. GLADSTONE, it was true, had said on the same occa-
sion that in his view the Colonies should be primarily responsible for their own de-
fence, but he then went on to say that the subject ought not to be viewed simply in
the light of the national balance sheet. It was proper we should understand our
duty in case of need; but at the same time it was proper we should also know what
we might expect from the mother country. The reason why the feeling that Canada
should provide for its own defence, had grown so much in England of late, was that
it had been jumbled with the other Colo.iics without considering the fact that its
case was quite peculiar. It was now intendcd to limit the whole military expenditure
on the Colonies to £4,000,000, of which only £400,000 was expended upon the Nortb-
American Colonies, of which the Canadian proportion if properly analysed was les»
than £200,000. Now, Australia and the Mauritius cost large sums for defence and so did
the West Indies, but Canada should not be mixed up with them, and the 40 or 50 other
colonies of Great Britain. Canada had maintained order at the fisheries and had
faithfully performed her part of the contract with the mother country, in respect of
providing the means of securing peace and quiet on her own border (75)
Mr. LANGEVIN :— If even Canada was to be an independent
country — and everything pointed to such a destiny in proper time — it was neces-
sary that, even without référence to the threatening aspects of the time, we should
gradually place ourselves in the condition to meet such a state of things (75)
Le 20 mai, le ministère fut défait sur la deuxième lecture du MU,
par 61 voix contre 54. Le 22, il s'éleva un court débat sur la crise mi-
nistérielle. Je me borne à en extraire cette déclaration intéressante
du colonel Haultain: —
COL. HAULTAIN: — It was understood that certain resolutions
were to hâve been proposed by an hon. gentleman on that side, embodying the
désire of the Opposition to place the Militia service of the country [on] an efficient
footing. (Cheers). The resolutions were expressive of devoted loyalty to our Most
Gracious Sovereign the Queen — (cheers) — and expressed the détermination to do
ail that was possible to render the defence of the country efficient, and to maintain
our connection with the mother country. (Renewed cheers) Much, however, to the
surprise of many honorable gentlemen on the Opposition side of the House, the
measure was put to the vote without thèse resolutions being placcd before the
House (118)
— 298 —
Les ministres démissionnèrent le 23 mai et le cabinet McDonald-
Sicotte fut formé le lendemain. Le 26, un débat s'éleva sur "la politi-
que du nouveau gouvernement": —
Hon. J. A. MACDONALD said : — I think the ncw administration are entitled to
crédit for the manful and straightforward course they hâve takcn in announcing their
policy. (Hear, hear.) (120)
.We were willing to help Canada to carry out the pledge given
by the British nation that the whole power of the Empire wonld be exerted in our
behalf in case of foreign invasion; but what can we think of men who will not eveu
consider the principle of a measure to enable theni to fight for their own liberties, their
own soil, their own country Now is the time for organization, and that man
would be a traitor to the best interests of the country, who would not urge by argu-
ment, and by vote, and by every means in his power, the necessity of immédiate arma-
inent to défend our country, and onrselves (121)
HON. Mr. LORANGER : — The présent Government would take
means under the existing law for the military defence of the country, and when the
hon. member from Kingston attempted to place such a construction in what he
(Mr. Loranger) had stated, as that nothiug would be done for the defence of the
country by the new Government, he mis?onstrued the facts. He could not con-
ceive how any disappointment could be fclt in England at the resuit, inasmuch as
no Militia Bill was demauded by England. He defended those who voted against
the Bill from the charge of disloyalty. They were as loyal as their fathers ; but
what they wanted was a Militia Bill in harmony with the wiihes and the resources
of the country. (Hear, hear.) (121)
Le colonel Rankin prononça, à cette séance, un discours qui fut
jugé d'une telle importance, que le Chronide, chargé de la publication
officielle des débats, en reproduisit, après la clôture de la session, le
texte intégral qui fut ajouté à la série des comptes rendus compilés.
C'est de ce texte que les passages suivants sont extraits: —
COL. RANKIN : — If war overtakes us, it can only be caused
by tome question of impérial policy. We, as a province, have not the war-making
power; no armed collision can take place between Canada and the United States
founded upon any dispute between the Government of the United States and our
Provincial Government, though we are liablc at any time to have our country over-
run and devastated from end to end by the armed hosts of our powerful neighbor, in
conséquence of some such cause as that afforded by the outrage upon the Trent.
If war had grown out of that unfortunate affair, we, the people of Canada, regard-
less of ail selfish considérations, and animated by sentiments of generous dévotion
to that flag which is the emblem of so many glorious rccollections, would have
rushed to arms as onc man in the cause of England's honor; but, Mr. Speaker, if
war had taken place, we Canadians, after that war was ended, and every town and
village in our country had been reduced to ashes, or levelled with the ground, would
doubtless have been "thanked" for our "loyalty" and then permitted to rebuild
our homes and repair our ruined fortunes as best we might, consoled by the reflec-
tion, that though we had borne the brunt of a war growing- out of a question in
no way affecting our materlal interests, and in the prosecution of which the blood
and the lives of our countrymen had been freely offered up, we had conquered the
right still to call oursclves British subjects.
Mr. Speaker, I claim to be behind no man in point of attachment to British ins-
titutions and "real" loyalty to the Crown, but, Sir, loyalty is one thinjr, and "serri-
lity" is another, and in this country, I regret to say, the latter quality is sometimes
mistaken for the former. Expérience is a reliablc, though sometimes a harsh ins-
tructor. I well remember, Sir, when in times of trouble, caused by the armed
insurrection of 1837, in this country I, in common with thousands of others, and
the hon. member for Peel (1) will bear me out in what I am about to say, for he
(1) Hon. J. H. Cameron.
— 299 —
too was a loyal and patriotic actor in the scènes of those days, threw ourselves
into the gap to maintain British authority in this country; and it did so happen,
during that unhappy period, that, in numerous instances, property belonging to
rebels in open arms against the crown, was destroyed by command of the military
aulhorities, and doubtless some innocent and harmless people were subjected to
treatment which they did not deserve; but ail that was done was performed
under the authority of the British Government, and we, Sir, were commended by
the British parliament, and thanked by the sovereign for our loyal and valuable
services. Sir, but a few short years after the events I hâve alluded to, the repré-
sentative of the Crown in this country gave the royal sanction to an Act compelling
us to put our hands in our pockets to furnish the means of reimbursing those disaf-
fected subjects whose property we had been commanded to destroy, and for doing
which, we had received the spécial thanks of the Queen. Mr. Speaker, the expérien-
ce of the past, should admonish us for the future; we should never forget, that, as
Canadians and colonists, we can be involved in no war with foreign powers.
otherwise than as British subjects, and in defence of British rights, and should any
incroachment be made upon our soil by a foreign foe, from causes beyond our
provincial control, we ought to be and we certainly are as much intitled to protec-
tion as any portion of England itself. If this is not the condition of our connection
with the Mother Country, then I say, (as an independent member of this House, and
speaking for myself alone,) the sooner that connection ceases the better for ail par-
ties concerned (160)
Ici, l'orateur lit la dépêche de Lord John RUSSELL, du 3 mai
1841 (Voir pièce 6); et il reprend son discours:
Sir, for us to talk of placing Canada in a state of defence
ag&inst the power of the United States Government, is as ridiculous as it would be
for a mouse to assume an attitude of défiance towards an éléphant
Such being the power of our republican neighbors, it is obvious that for us to talk
of defending ourselves against the Government of that country, if disposed to
attack us, is simply absurd. But, Mr. Speaker, we hâve no cause for appréhension ;
in the first place I don't believe that there exists any ill-fceling towards us as
Canadians, in the United States, or, if there is such a feeling, it is because we ar»
connected with Britain and not on our own account; and as to their entering into a
war with a power like England, while oppressed by the weight of such a national
debt as that under which they are now groaning, and must continue to suffer for
many many years to corne, the idea is out of the question. But, while ail this is
truc, we hâve duties and responsibilities which it becomes us to meet in a spirit of
"true" loyalty and patriotism, and in this connection, I am happy to inforni the
House, that I hâve been authorized to state on behalf of the Government, that légis-
lation will take place before the close of the présent session, with a view to a better
organization of the militia than is practicable under the law as it now stands.
No one can be more strongly impressed with the necessity of such a course, Mr.
Speaker, than I am; for, while maintaining that we hâve nothing to fear from the
Government of the United States, I still admit that the time may not be far distant,
when we may be in some danger of inroads from armed bands of maraudera, acting
in défiance of the laws of their own, as well as those of every other country. To
guard against such dangers, is a duty clearly devolving upon us as Canadians; it
is our duty beyond question to maintain a sufficient force, not only to sustain the
civil authorities within our own borders, but to resist lawless aggression, from
whatever quarter it may come (160-161).
Le 6 juin, le colonel Haultain proposa, au nom du nouveau minis-
tère, quelques amendements à la Loi de la Milice: —
COL. HAULTAIN : — expressed himself confident that we should hâve no diffi-
culty in obtaining throughout the length and brcadth of the land, a sufficient num-
ber of men who would voluntarily come forth to dévote themselves to the defence
of the country
— 300 —
Be was sure that Canada would be always found ready to contribute her
Just shnre for her defence He thougM there could be but one opinion as
-to our being ready, sbould the tirac corne, to makc ail necessary sacrifices to préserve
our independence and our connection with the mother country. (Hcar, bear.)
In the explanation which ensued, the opinion \vas very generally expressed
that in the event of war, the pay of the militia would be borne by the Impérial Go-
vernment. (154-5-6)
Le passage suivant est extrait du manifeste électoral de M. McGee,
publié à la suite des comptes rendus des débats parlementaires: —
Mr. McGEE'S SPEECH AT MONTREAL The présent is not
the fittest time, nor is the hustings the fittest place, to enter fully into the subject
of our Colonial defences. I will only say for mysclf, gentlemen, what you, as my
electors bave a right to know, that while I un tboroughly convinced the connexion
with the mother country ought to bc an object of attachment with us, second only
to the love we bear to onr own institutions, — that while I believe ncxt to England our
duty is to cultivate a good understanding with the United States — that having thèse
maxims to steer by, on the right hand and the left, I am still of opinion, speaking
as a Canadian publicist, that some recognized international status must be found for
this conntry which will préserve her better than any armed force, froni being made
the battlc ground of quarrels, which she can neither make or avoid. (Cheers). I am
not now about to discuss what that international status should bc, but I may refer
those who may bc curious in such subjects, to the 30th ebapter of the 7th book of
Vattel's "Law of nations" on the rights and immunitics of neutral territories. I speak,
of course, for mysclf alone, but I avow that my convictions are daily deepening in
favor of some such international arrangement as bas been found so bénéficiai to every
second-rate power existing on a continent vis-a-vis with a first-rate power; some
such arrangement as established the neutrality of Greece in 1831, and the neutrality
of Bclgium in 1839. (Loud cheers). With such an arrangement our own militia
would be quite adéquate for an internai defence, and Great Britain would be honora-
bly relieved from the anxiety and outlay of her Canadian garrisons. (Cheers.) (161)
ATTITUDE DÉCISIVE DU MINISTÈRE McDONALD-SICOTTE
Dépêche de Lord Monck, gouverneur-général du Canada, au Duc
de Newcastle, ministre des Colonies (*)
(No 96) Québec, lOth June, 1862.
1. My Lord Duke, — I hâve the honor to acknowledge your Grace's despatch, No.
119, of May 22nd, covering a letter from Lord De Grey, dated May lOth, in which his
Lordship desired to be informed whether the carbines and saddlery provided for the
Cavalry Militia of Canada should be forwarded to that country.
2. I might hâve answered this question by the last mail, but I preferred postponing
my reply until after the termination of the Session of the Provincial Parliament, in
order that I might, in laying before your Grâce my views on the whole question of the
supply of military stores to this Colony, hâve the advantage of knowing the changes
which the Législature of Canada might hâve made in the Militia Law of the Province.
3. I hâve the honor to enclose for your Grace's information a copy of the Act for
that purpose to which I yesterday signified Her Majesty's assent. I also enclose a copy
of the Act of which this Act is an amendment.
4. Your Grâce will observe that substantially the amendments consist of provisions
lst. For securing more correct muster Rolls of the sedentary Militia (the whole maie
population of the Province between 18 and 60 years of âge).
2nd. For increasing the number of the active force from five to ten thousand men
and the number of days' drill in the year from six to twelve.
3rd. For enabling the Governor General in the event of war, to enlist régiments,
indepèndent of the Militia, for the purposes of the war.
4th. Empowering the formation of Drill Associations amongst persons not belonging
to the Active Force.
Enclosure, 5. I hâve also the honor to enclose a copy of the Report of the Com-
No- 2. mission on Militia affairs, appointed early in last spring, and of the Rill
founded on that report, which was rejected on its second reading by the Législative
Assembly. The réquisitions which I hâve madc to your Grâce for clothing were based
on the force which that Bill, if it had become law, would hâve called into existence.
6. The Législature has rcfused to recognize the présent necessity for the military
organization of the people of the Province to so large an extent as was contemplated by
this Bill, but it has left untouched the powers which the old Militia Law conferred on
the Governor General (clause 61), to "call out the militia or any part thereof, whenever
" in his opinion it is advisable so to do, by reason of war, invsasion or insurrection or
" imminent danger of any of them."
7. The Militia Commission, which numbered amongst its members, military officers
and civilians intimately acquainted with this Province, laid it down as their opinion
(Par. 8), that to provide an efficient force for the defence of the country, an Active
force of 50,000 men with a reserve of the same number ought to be provided. (2)
8. This statement affords an index to the number of militia men whom it would
be my duty to call out in case this Province should unhappily become the seat of war.
9. It is true that in conséquence of the failure of the Bill referred to, the men, when
called out, will not be so efficient as we might hâve expected them to prove if they had
been organized under its provisions, but still, with the exception of the 10,000 Volun-
teers sanctioned by the new Act, they would be the only contribution which the Province
would, under the law as it now stands, hâve in its power to make towards its defence.
10. If the Bill founded on the Report of the Militia Commission had become law,
the Colony would hâve been entitled, under your Grace's circular of May 14th, to borrow
(1) Sessional Papers, 1863, march 2d, No 15, pièce 3— Sessional Papers, 1868, No 63,
page 2.
(2) Voir pièce 21.
— 302 —
from the Impérial Government the nrms ncccssary for the equipment immediately of
50,000 and ultimately of 100,000.
11. While I do not question the right of the Provincial Parliament to act as they
hâve done, in providing, in my judgment, so scantily for the defencc of their territory,
and wliile I am ready to admit, that evcnts may prove that in taking this course the
représentatives of the people in this Province are acting with sounder judgment than
if they had adopted a différent line of conduct, I am on the other hand very anxious,
that should thèse views unhappily prove erroneous, I may be in a position to make the
most efficient use of the means placed at my disposai.
12. It is with this object that I would earnestly press upon your Grâce the pro-
pricty of largely augmenting, during the présent navigation season, the supply of arms
and ammunition in store in Canada and of forwarding the other articles for which I
hâve applied, cavalry equipments included, not for immédiate issue to the militia force
of the Province, but to mect the demand which must arisc if the necessity for calling
out the Militia should ever unhappily occur.
13. There are at présent in the Province (including the arms sent out in the Mel-
bourne) in round numbers, 50,000 Enfield Rifles, either in store or in the hands of the
Volunteers. My suggestion is that before the closing of the navigation next autunm that
nuinber should be raised to at least, 90,000, with equipments and ammunition to cor-
respond.
14. The Militia Commission suggestcd that the number of Field Batteries of Artil-
lery, active and reserve, should bc twenty of 85 men each. I am not aware that we hâve
in store in Canada any guns for arming Field Artillery. There are a few in the hands
of the Volunteers. I would submit to your Grâce the propriety of placing in store in
this Province an armament sufficient for the equipment of the above force.
15. The number of Cavalry fixed by the Commission was 27 troops of 50 men
cach, and I would advise that cavalry equipments for that force should be also sent out.
16. Your Grâce will understand that I mean thèse stores to be held by the Impé-
rial storekeepers, not for immédiate issue, but to guard against the evil conséquences
which must ensue should war occur during the winter season, and find the Province
insufficiently prepared with a supply of arms at a period of the year when they cannot
be forwarded from England without great risk and increased expensc.
I hâve, &c.
(Signcd,) MONCK.
His Grâce the Duke of Newcastle.
25
Dépêche du Duc de Newcastle à Lord Monde (*)
(No 103) Downing Street, 21st August, 1862.
My Lord, — Now that the Session of Parliament has bcen brought to a close, I feel
it my duty to call your Lordship's attention, in a more formai manner than I bave
hitherto done, since the rejection of the Militia Bill by the Législature of Canada, and
the conséquent change of your responsible advisers, to the want of préparation for
defencc of the British North American Provinces, in the event of an interruption of the
présent amicable relations of this country with the United States, and to the anxiety
which was expressed upon this subject, on more than one occasion, both in the House of
Lords and in the House of Commons.
I trust that the gênerai spirit of those debates will not hâve been misinterpreted.
I feçl no less confidence that the object of the présent despatch will not be mistaken
as implying either mistrust of the Canadian people or an altération by Her Majesty's
Government of the view which they hâve frequently expressed of the relations which
ought to exist between England and the Colony.
On the one hand, the promptitude with which troops and stores were despatched
last winter, with much inconvenience to the soldiers, and at no inconsiderable expensc
to this country, shows the readiness of England to défend Canada with the whole power
(1 1 Sessional Papers, 1863, Xo 15, pièce 9. — Sessional Papers, 1868, Mo 63, page 3.
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of the Empire; whilst, on the other hand, the réception of those troops and the loyal
cnthusiasm of the people of Canada, give ample assurance of the fact that Canada is
attached to this country, and faithi'ul to the Queen.
It cannot be denied, however, that the rejection of the Militia Bill has produced a
disadvantageous impression on the munis of the English people. The public cannot
be expected to see that the adoption or rejection of a particular measure may some-
times tum, not so much on the merits of the measure itsclf as on other considérations,
though Her Majesty's Government are aware that Parliamentary tactics in a free Repré-
sentative Assembly not unfrequently make that appear the real issue, which is in fact
only the occasion.
They do not, therefore, infer from the rejection of this measure, that either the Ca-
nadian Ministry or the Canadian people are reluctant to make proper provision for their
own defence, but they do regret that, at such a moment, l>oth should be exposed to mis-
construction of their motives and intentions, not only by the people of England, but by
those of the United States.
Her Majesty's Government disclaim both the right and the désire to interfère in the
party politics of Canada, and they would évince no concern in the late change of your
advisers, if it werc not connected with an event which appears to impugn the patrio-
tism of her people.
If I urge upon you the importance of speedily resuming measures for some better
military organization of the inhabitants of Canada than that which now exists, it must
not be supposed that Her Majesty's Government is influenced by any particular appré-
hension of an attack on the Colony at the présent moment, but undoubtedly the neces-
sity for préparation, which has from time been urged by successive Secretaries of State,
is grëatly increased by the présence, for the first time on the American Continent, of
a large standing army, and the unsettled condition of the neighboring States. Moreover,
the growing importance of the Colony, and its attachment to free institutions, make it
every day more cssential that it should possess in itself, that, without which no free
institutions can be secure — adéquate means of self-defence. The adequacy of those
means is materially influenced by the peculiar position of the country. Its extent of
frontier is such that it can be safe only when its population capable of bearing arms,
is ready and compétent to fight. That the population is ready, no one will venture
to doubt; that it cannot be compétent, is no less certain, until it has received that orga-
nization, and acquired that habit of discipline, which constitute the différence between
a trained force and an arined mob. The drill required in the regular army, or even in
the best Volunteer Battalion, is not necessary, nor would it be possible, in a country like
Canada, for so large a body of men as ought to be prepared for any emergency; but
the Government should be able to avail itself of the services of the strong and healthy
portion of the maie adult population at short notice, if the dangers of invasion by an
already organized army are to be provided against.
We hâve the opinions of the best military authorities, that no body of troops which
England could send, would be able to make Canada safe without the efficient aid of the
Canadian people. Not only is it impossible to send sufficient troops, but if there were
four times the numbers which we are now maintaining in British North America, they
could not secure the whole of the frontier. The main dependence of such a country
must be upon its own people. The irregular forces which can be formed from the po-
pulation, know the passes of the woods, are well acquainted with the country, its roads,
its rivers, its défiles: and for défensive warfare, (for aggression they will never be
>vanted), would be far more available than regular soldiers.
It is not, therefore, the unwillingness, or the inability of Her Majesty's Government
to furnish sufficient troops, but the uselessness of such troops without an adéquate
militia force, that I wish to impress upon you.
In your despatch of the 17th May last, you informed me that there were then 14,760
Volunteers enrolled, besides others who had been more or less drilled. It is far, indeed,
from my intention to discrédit either the zeal or the. efficiency of thèse Volunteers who
hâve, I hope, greatly increased in number since the date of your despatch; but they
constitute a force which cannot suffice for Canada in the event of war. They inight
form an admirable small contingent, but what would be required would be a large
army. They might form a force stronger than is necessary in time of peace to secure
internai tranquility, but would be inadéquate to repel external attack in time of war.
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Past expérience shows that no reasonable amount of encouragement can raise the num-
ber of volunteers to the required extent.
It appears to me that the smallest number of men partially drilled, which it would
be essential to provide within a given time, is 50,000. The remainder of the Militia would
of course be liable to be called upon in an emergency. Perhaps the best course would
be to drill every year one or more companies of cach Battalion of the Sedentary Militia.
In this manner the training of a large number of men might be effected, and ail com-
panies so drilled should once at least in rwo years, if not in each year, be exercised in
Battalion drill, so as to keep up their training.
I put forward thèse suggestions for the considération of the Canadian Government
and Parliament, but Her Majesty's Government hâve no désire to dictate as to détails,
or to interfère with the internai Government of the Colony. Their only object is to
assist and guide its action in the matter of the Militia as to make that force efficient, at
the least possible cost to the Province and to the mother country.
The Canadian Government will doubtless be fully alive to the important fact that a
well organized system of Militia will contribute much towards sustaining the high posi-
tion with référence to pecuniary crédit, which, in spite of its large debt, and its défi-
cient revenue for the past few years, the Colony has hitherto held in the money markets
of Europe. A country, which, however unjustly» is suspected of inability or indisposi-
tion to provide for its own defence, docs not in the présent circumstances of America,
offer a tempting field for investment in public funds, or the outlay of private capital.
Men question the stable condition of affairs in a land which is not compétent to protect
itself.
It may no doubt be argued on the other hand, that the increased charge of a Militia
would diminish rather than enlarge the crédit of the colony. I am convinced that such
would not be the case if steps were taken for securing a basis of taxation sounder in
itself than the almost exclusive reliance on Customs duties. It is my belief that a step
in this direction would not only supply funds for the Militia but would remove ail
appréhension which exists as to the resourecs of the Colony.
Whatever other steps may be taken for the improved organization of the Militia,
it appears to Her Majesty's Government to be of esscnt'al importance that its adminis-
tration and the supply of funds for its support, should be exempt from the dishirbing
action of ordinary politics. Unless this be donc, there can be no confidence that in the
appointaient of officiers and in other matters of a purely military character, no other
object than the efficiency of the force is kept in view. Were it not that it might fairly
be considered too great an interférence with the privilèges of the représentatives of the
people, I should be inclined to suggest that the charge for the militia, or a certain fixed
portion of it, should be defrayed from the Consolidated Fund of Canada, or voted for
a period of three or five years.
It has further occured to me that the whole of the British Provinces on the conti-
nent of North America, hâve in this matter of defence common interests and common
duties. Is it impossible that with the free consent of each of thèse Colonies, one uni-
form system of militia training and organization should be introdueed into ail of them?
The numbers of men to be raised and trained in each would bave to be fixed, and the
expenses of the whole would be defrayed from a common fund, contributed in fair
proportion by each of the Colonies. If the Governor General of Canada were Comman-
der in Chief of the whole, the Lieutenant Governors of the other Colonies would act as
Gênerais of Division under him, but it would be essential that an Adjutant General of
the whole force, approved by Her Majesty's Government, should move to and fro, as
occasion might require, so as to give uniformity to the training of the whole, and cohé-
sion to the force itself.
As such a scheme would affect more than one Colony, it must, of course, emanate
from the Secretary of State, but Her Mejesty's Government would not entertain it unless
they were convinced that it would be acceptable both to the people of Canada and to
the other Colonies, and they désire to know in the first instance, in what light any such
plan would be viewed by the Members of your Executive Council. I understand that
the Lieutenant Governors of Nova Scotia and New Brunswick, availing themselves of
the leave of absence lately accorded to them, intend to meet you in Québec in the cour-
se of the ensuing month. This visit will afford you a good opportunity for consulting
them upon this important question.
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The political union of thc North America Colonies lias often becn discussed. The
merits of that measure, and the difficulties in the way of its accomplishment hâve becn
well considered, but none of the objections which oppose it seem to impede a union for
defence. This matter is one in which ail the Colonies hâve intcrests conunon with each
other and identical with the policy of England.
I conclude by again urging upon you the necessity for an early décision upon this
raost important question. I should hear with very great satisfaction that your Govern-
ment had decided upon advising you to summon the Parliament of Canada to mcet at
an early period so that the winter shall not pass over, without obtaining from the Lé-
gislature such powers as may enable you to commence a well arrangea Military organi-
zation of the Provinces, and prépare for such emergencies as, though they cannot be
accurately foreseen, it must be évident to everybody, may possible arise, and are at
présent very inadequately provided for. It is in time of peace that preliminary mea-
sures of defence should be perfected, so that in the event of war they may be found so
far ready as to ensure that an encmy shall not obtain a footing in the country, before aid
is forthcoming from other portions of the Empire.
I hâve, &c,
( Signed, ) NEWC ASTLE.
Governor Viscount Monck, &c, &c.
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Rapport du Conseil des Ministres 0)
(Extraits)
COPY OF A MINUTE OF THE EXECUTIVE COUNCIL, DATED 28TH OCTOBER, 1862
The Committee of the Executive Council respectfully recommend that a copy of the
accompanying mémorandum be transmitted by Your Excellency to the Secretary of
State for the Colonies, as containing the views of Your Excellency's advisers on the
question discussed in His Grace's Despatch of the 21st August, 1862.
Certified,
WM. H. LEE, C. E. C.
MEMORANDUM
The Comittee of the Executive Council hâve had under their considération thc Des-
patch of His Grâce the Duke of Xcwcastle of the 21st August last.
In this Despatch His Grâce directs attention to the présent state of the defences of
this Province, to the anxicty which is entertained by the British Government in regard
to them, and to the nieasures, which in His Grace's judgment are uecessary, on one hand
to fulfil the expectations of Great Britain, and on the other to place Canada in a posi-
tion to meet any emergency. His Grâce alludes to the misapprehension produced in the
minds of the English people by the rejection of the Militia Bill, prepared by their pre-
decessors, justly remarking, however, that that proceeding on the part of the Provincial
Parliament does not afford évidence of an unwillingness to make proper provision for
the defence of the Province. Whilst disclaiming both the right and the désire to inter-
fère in the politics of Canada, His Grâce urges the importance of speedily resuming
"measures for some better military organization of the inhabitants of Canada than that
which now exists," and he proceeds to set fortli certain suggestions of Her Majesty's
Government in référence to this subject. The opinions of military authorities are
appealed to, to show that any troops furnished by England would be unequal to the
protection of Canada, without the efficient aid of its own people; and suggestions are
offered in regard to the form in which this aid may be most advantageously rendered.
His Grâce states that the population capable of bearing arms should receive that orga-
nization, and acquire that habit of discipline which constitute the différence between a
trained force and an armed mob; and that fifty thousand [50,000] is "the smallest
number of men" which the Province should hâve in a state of partial familiarity with
(1) Sessional Papers, 1863, No 15, (dernière pièce, non indexée). — Sessional Papers,
1868, No 63, supplementary return, April 16th, 1868.
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drill and other military duty. It is recomnicnded that one Company of cach liât ta lion
of Sedentary Militia, or more, should be drilled every year, that the training of a large
number of mcn may thus be gradually effected.
Préparations of this character and to this extent are calculated, His Grâce remarks,
to maintain and improve the crédit of the Province in the money markets of Europe.
In conformity with this view, His Grâce expresses himself convinced of the dcsira-
bleness of steps being takcn to sccure a basis of Provincial taxation apart from cus-
toms duties, and the bettcr to secure the permanence of such an organization as his
Grâce proposes, he recommends "that its administration and the supply of funds for
its support should be exempt from the disturbing action of ordinary politics."
The expediency of defraying the charge for the Militia, or a certain fixed portion of
it, from the Consolidated Fund of Canada, or voting it for a period of three or fivc
years, is further suggested as a menus of removing the Militia question from the arena
of party politics. Another aspect of the question is presented by His Grâce, namely the
desirableness of uniting the défensive measures of Canada with the défensive mcasures
of the other British Provinces on the American Continent, "that one uniform System of
militia training and organization" may be introduced into ail of them. Such a scheme,
It is added, must cmanate from Her Majesty's Government, and the opinion of Your
Excellency's advisers is desircd in relation to it; His Grâce being of opinion that a union
for defencc may précède any political union of the North American Colonies.
The Despatch of His Grâce involves matters of the highest importance and affirms
a principle which for the first time cornes in a practical shapc before the peoplc of
Canada. Your Excellency's advisers hâve not been unmindful of the discussions upon
the subject which hâve taken place in the Impérial Parliament, but until now they havc
not been called upon to consider the principles of a policy so gravely affecting the rela-
tions of Canada to the mother country.
The friendly spirit in which His Grâce has conceived his Despatch will be cordially
reciprocated by the Canadian people. The promptitude and liberality with which Her
Majesty's Government provided for the protection of the Province when, on a récent
occasion, danger seemed to menace it, are fully appreciated and it is gratifying to know
that the loyalty and ardor manifestcd by Canada in an emergency which lier people had
done nothing to producc, and were wholly unable to prevent, are, in tum, duly unders-
tood and valued by the Home Government.
It is not doubted that the same mutual regard and confidence will be exhibited in
any communication or négociation which may follow His Grace's Despatch. At the same
time howevcr, it is felt that in dealing with a question affecting so deeply the présent
and future welfare of the Province, care should be taken to base any arrangements, that
may be entered into upon something more solid than sentiment, more enduring than
any proposai not recognizing the rights and interests of the Canadian people.
Before proceeding to express an opinion upon the propositions contained in His
Grace's despatch, Your Excellency's advisers cannot refrain from rccalling the circums-
tances under which they assumed the responsibilities of office. Their predecessors,
they cannot forget, presented to Parliament a scheme which failed to obtain the support
of that body, and which, so far as can be ascertained, was extremely distasteful to the
country. It failed of success not only on the ground that the method of cnrollment
proposed was in itself highly objectionable, but becausc it established a machinery
cumbrous in its character, and at variance with the habits and genius of the Canadian
people, and entailing an expenditure far more in excess of the sum which the législa-
ture and the peoplc havc declared themselves willing to provide. The rejection of the
measure by a majority of the Législative Assembly was the resuit, not of party com-
binations, but of a deliberate conviction that its principle was unadapted to the occa-
sion, that the more striking of its features were obnoxious to the Province, and that the
financial resources availablc for military purposes were unequal to the outlay that would
hâve followed the enactment of the Bill.
The Volunteer organization, Your Excellency's advisers were convinced, is that alone
through which the military spirit of the people must find vent in a period of peace.
In case of an actual emergency, Your Excellency's advisers arc persuaded, the response
to an order calling out the Militia would be unanimous. But there is a decided aversion
to compulsory service, except in the présence of actual danger.
With their knowledge of the umvillingness of the people to act under the compul-
sory System — with the very strong and gênerai expressions of préférence for the
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volunteer system, winch secures to them the choicc of company officers — and with
proofs of the growing vigor of the volunteer organization under circumstances of
dubious encouragement, your Excellency's advisers first entered upon the considération
of the question which had led to the defeat and résignation of their predecessors. The
view entertained by Parliament, and, as its members believed, reflected in the dispo-
sition of the people, is that which commended itself to the judgment of the Executive
Council. They addressed themselves to the subject, therefore, anxious to lay the foun-
dation of an efficient défensive organization, but convinced of the necessity of Con-
sulting the public will, so far as the voluntary nature of the organization is concerned,
and convinced also of the necessity of so adjusting the expenditure as not to add to
the embarassmentsi winch were then, and still are amongst the chief obstacles to every
ncw enterprize originating with the Government.
In this spirit amendments were made to the Militia Law previously in force; the
aim of the new Government being to infuse vitality into the Voluntary branch of the
service, to encourage the formation of Volunteer Companies in rural districts, and to
provide measures for the better disciplining of the force. The appropriation made by
Parliament for thèse purposes was largely in excess of the vote for the previous year
and was fully as large as the circumstances of the Province would justify a Govern-
ment in asking at the hands of the Législature, except in the présence of emergencies
which as yet do not exist. In 1861 the appropriation was $84,970; in 1862, $250,000.
Your Excellency's advisers hâve thus endeavorcd to cxhibit the policy which in their
judgment is best suited to the circumstances of the Province and the habits of its people.
They point with confidence to what they hâve done and what they are prepared to do as
évidence of their détermination to fulfil their duty in regard to the defence of the Pro-
vince. They hâve held office less than five months, and their exertions during that
brief period hâve been neither slight nor improductive. Whatever différence of opi-
nion exists hère or in England on the merits of particular parts of their scheme, at least
they hâve provcd how fully they appreciate the importance of the subject of His Grace's
Despatch; and they look forward without any misgivings to the realization of results
which will vindicate the wisdom, patriotism and loyalty of the course they hâve
pursued.
Unquestionably, the plan proposed is in part expérimental. Everything of the kind
must bc so at the outset. Military tastes and aspirations hâve not been cherished by
our people, and the attempt is now for the first time to be made to accustom them to
labors and duties other than those of peaceful life. In entering upon this task the Govern-
ment cannot too carefully consult the feelings and habits of those on whom reliance
must be mainly placed in the présence of danger — the more youthful and active part
of the population embraced in the Sedentary force.
The question for the Government to consider is, how best to accomplish this end,
and time and expérience are required not only to test the sufficiency of measures now
or soon to be in opération, but to remove the préjudice with which military service
is regarded and to enable those charged with the administration of affairs to ascertain
the feasibility of a more extended scheme. It is possible that some further législation
raay be called for to remedy defects which only expérience can reveal; and Your Excel-
lency's advisers will be prepared to address themselves to the subject, so soon as it
shall corne before them in a practical shape, adhering falthfully to the gênerai principles
of the policy herein set forth, but widening and modifying their action in conformity
with the teaching of their présent trial.
The proposai of His Grâce to organize and drill not less than 50,000 men, is not now
for the first time presented to the Province. The measure prepared by the late Go-
vernment and rejected by the Législature, contemplated the formation of a force to that
extent, and Your Excellency's advisers cannot disguise their opinion that the Province
is averse to the maintenance of a force which would seriously dérange industry and
tax its resources to a degree justifiable only in periods of imminent danger or actual
war.
The people of Canada doing nothing to produce a rupture with the United States,
and having no knowledge of any intention on the part of Her Majesty's Government to
pursue a policy from which so dire a calamity would proceed, are unwilling to impose
upon themselves extraordinary burthens. They feel that, should war occur, it will be
produced by no act of theirs, and they hâve no inclination to do anything that mav
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secm to foreshâdow, perhaps to provokc, a state of things which would be dlsastrous
to cvery interest of the Province. On this ground their représentatives in Parliament
assembled rejected the proposition to organize 50,000 men, or, indeed, to commit the
Province to a much smallcr force; and récent élections in various localities embracing
more than one third of the population of the Province, hâve shewn that in this respect
public feeling has undergone no change. So far as is known, not a single candidate
has ventured to déclare himself in favor of a measure so extensive as that which was
prepared by the late Governement, and is now again recommended by His Grâce. Your
Excellency's advisers therefore find themselves fortified by public opinion. Their own
estimate of what is required and of what may most advantageously be done, is con-
firmed by the calm judgment of the people.
His Grâce recommends "a basis of taxation sounder in itself than the almost exclu-
sive reliance on customs duties," the évident intention being by direct taxation to
obtain an increase of income commensurate with the increase of expenditure which
would follow the organization of the large force proposed. Without entering into a
discussion of the relative inerits of direct and indirect taxation, Your Excellency's advi-
sers feel that it would not be prudent, suddenly or to any large extent, to impose direct
taxation for military purposes. This is not the occasion for adopting a principle hitherto
unknown in the fiscal policy of the Province, and assuredly this is not the time for
plunging into an experiment for which the people of the Province are unprepared. No
more serious mistake can be committed than to conduct an argument upon the suppo-
sition that the ability of the Canadian people to sustain taxation is greater than has
hitherto been acknowledged in the fiscal arrangement of the Government. The wealth
of the country is in its lands. If the people are in the enjoyment of comparative wealth,
it is so invested as to be not readily available for the production of a large money
income. Your Excellency's advisers believe that no Government could exist that would
attempt to carry out the suggestion of His Grâce for the purpose dcsigned.
The maintenance of the Provincial crédit abroad is undoubtedly an object which the
administrators of the affairs of the Province should at any cost accomplish. Your
Excllency's advisers submit that their various measures demonstrate the sincerity with
which they are striving to préserve the public crédit unimpaired. They contend,
howevcr, that not the least importunt of the agencies to be employed to this end is the
exhibition of a due regard to the mcans at the command of the Province. They hold
that they are more likely to retain the confidence of European capitalists by carefully
adjusting expenditure to income, than by embarking in schemes, however laudable in
themselves, beyond the available resources of the Canadian people. That they are not
unwilling to try to the utmost to comply with the suggestions of the Impérial Govern-
ment is evidenced by the manner in which the projected Intercolonial Railway has been
entertained. Their conduct in this matter should relieve them from every imputation.
At the same time, they insist that they are and must be allowed to be the best judges
of the pressure which the Provincial crédit can sustain. They are prepared, subject to
certain conditions, to encumber this crédit with liabilities arising out of the Intercolo-
nial Railway, but they are not prepared to enter upon a lavish expenditure to build up
a military system distasteful to the Canadian people, disproportionate to Canadian re-
sources, and not called for by any circumstance of which they at présent hâve cognl-
zance.
Another suggestion embraced in His Grace's Despatch is well calculated to excite
surprise. Your Excellency's advisers allude to that portion of the despatch in which His
Grâce proposes to remove the control of funds required for Militia purposes from the
domain of Parliament. His Grâce is evidently aware that the proposition wears the
aspect of "an interférence with the privilèges of the représentation of the people", and
it is certain that any measure liablc to this construction never will be, and ought not
to be, entertained by a people inheriting the freedom guaranteed by British Institu-
tions. The Impérial Parliament guards with jealous care the means of maintaining
the military and naval forces of the Empire. Its appropriations are annually voted,
and not the most powerful minister has dared to propose to the House of Commons
the abandonment of its controlling power for a period of five years. If the disturbing
action "of ordinary politics" is a reason for removing the final direction of Military
préparations from Parliament, it is in every sensé as applicable in England as in
Canada. What the House of Commons would not under any circumstances of danger
entertain, is not likely to be entertained by the Législature of Canada. Whatever
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evils are incident to représentative institutions, the people of a British Province will
not forget that they are trivial in comparison with those which are inséparable from
arbitrary authority. Popular liberties are only safe when the action of the people
retains and guides the policy of those who are invested with the power or directing
the affairs of the country. They are safe against military despotism, wielded by a
corrupt Government, only when they hâve in their hands the means of controlling the
supplies required for the maintenance of a military organization.
A union for defence is proposed by His Grâce the Secretary of State for the Co-
lonies. A union of the British North American Provinces for the formation and main-
tenance of one uniform System of military organization and training, having a com-
mon défensive fund and approved by Her Majesty's Government. A union whose
détails would "emanate from the Secretary of State," and whose management would
be entirely independent of the several local législatures. Your Excellency's advisers-
hâve no hésitation in expressing the opinion that any alliance of this character cannot
at présent be entertained. An Intercolonial Baïlway seems to be the first step towards
any more intimate relations between the British North American Provinces than those
which now exist. The construction even of this work is by no means certain.
Although this Government, looking at it mainly as a means of defence, lias entertained
the preliminaries in common with delegates from the Provinces of Nova Scotia and
New Brunswick, it is prématuré just now to speculate upon the possible political
conséquences of an undertaking which may never be consummated. Certain it is,
however, that there can be no closer Intercolonial union of any kind until increased
facilities for inter-communication are provided; and equally certain that the Pro-
vinces, supposing them to be hereafter united, will never contribute to an expensive
System of defence, unlcss it be subject to their own control. Speaking for Canada,
Your Excellency's advisers are sure that this Province will continue to daim the
exclusive right of directing the expenditure of the public moneys.
Your Excellency's advisers now turn to the gênerai principle which underlies the
argument of His Grâce. That the right of self-government has for a corrélative duty
the maintenance of provision for defence, is a proposition which in the abstract is
indisputable, but it is only indisputable in the case of Governments of States which are
sovereign in themselves. As between a Colony and the Parent State it cannot be said
to exist in the same sensé.
A British Colony must submit to ail the conséquences of conflicts produced by the
policy which Her Majesty's Government may carry out in the interest of the Empire
at large. It is not enough that a Colony endowed with self-government provides for
the préservation of peace and order within its own boundaries. It is not enough that
a Colony so situated must endure ail the conséquences of a line of action which its own
Legislators hâve no voice in originating, and towards the termination of which they
can do nothing. A further responsibility is held to attach to the Colonial relation.
The Colony, although the théâtre or ruinous hostilities, must furnish its quota in aid
of the Impérial army and contribute a share to the attendant expenditure.
In the case of Canada, the strongest advocates of the new theory of the Colonial
relation are compelled to admit — that an exception to the gênerai rule must be
made. — Even they who demand the withdrawal of ail troops from self-governing
Colonies are obliged to concède that some spécial allowance must be made in favour
of Canada. Their reasons for an exceptional policy towards this Province are appa-
rent. Situated on the border of a vast and powerful Republic, with a frontier ex-
tending upwards of a thousand miles, with no deep back country to sustain it, and
accessible in case of war at numerous points, it is admitted that Canada should be
assisted to the full extent of the Impérial resources. The despatch of His Grâce seems
in some measure to conflict with this view. His Grâce, while promising libéral assis-
tance, contends that any available supply of regular troops would be unequal to the
defence of the Province — and that the main dependence of such a country for de-
fence must be upon its own people. Your Excellency's adivers would not be faithful
to their own convictions or to the trust reposed in them if they withheld an expres-
sion of their belief that without very large assistance, any efforts or sacrifices of which
the people of the Province are capable, would not enable them successfully and for
any lengthened period to repel invasion from the neighboring Republic. They hâve
relied for protection in some degree upon the fact, that under no conceivable cir-
cumstances will they provoke war with the United States, and if therefore Canada
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should become the théâtre of war rcsultinjr for Impérial policy, whilc it would cheer-
fully put forth its strength in the defcnce of its soil, it would nevertheless be obligée!
to rely for its protection mainly upon Impérial resourecs; and in such an event it is
their opinion that they would be justified in expecting to be assisted in the work of
defence with the wholc strength of the Empire.
It is not necessary at this stage of their history, to put forward assurances of the
readiness of the Canadian people to assume whatever responsibilities belong to them
as subjects of Her Majesty. Their dévotion has been exhibited too often to be open
to doubt or dépréciation. They hâve made sacrifices that should relieve them from
suspicion, and which Her Majesty's Government should remember as a pledge of their
fidelity. Xo portion of the Empire is exposed to sufferings and sacrifices equal to
those which would inevitably fall upon this Province in the event of war with the United
States. No probable combination of regular troops and militia would préserve our soil
from invading armies; and no fortune which the most sanguine dare hope for would
prevent our most flourishing districts from being the battle-field of the war. Our trade
would be brought to a standstill, our industry would be paralysed, our richest farming
lands devastated, our towns and villages destroyed, homes, happy in peace, would be
rendered misérable by war, and ail as the resuit of events for the production of which
Canada would be in no wise accountable.
Your Excellency's advisers advert to thèse 'contingencies of our position, not to
justify inaction but to shew the unfairness of demands predicated upon alleged selfish-
ness and slotli on the part of Canada. They simply point to conséquences which it is
criminal to conceal, and to dangers which it is folly to deny. So far as their own
policy is concerned, they are content to rely upon a fair interprétation of the measures
they have adopted and others that are in contemplation. They hâve reminded Your
Excellency that the appropriation obtained from Parliament is as large as the state of
the finances will allow it to be and they have glaneed at their plans for the purpose of
proving the wisdom and justice of their course. Their anxiety is to do ail that ought
to be donc, and to do this in a manner acceptable to the Province. They have a right
to claim, therefore, that their exertions shall be considered in the temper and the light
in which they have been undertaken, confident that time will vindicate the sagacity of
their measures and the loyalty of the Canadian people. They will be happy to lcarn
that their efforts receive the approval of Her Majesty's Government. Whether this
hope be realized or not, they are satisfied that they are acting in conformity with the
wishes and interests of the people, whose confidence elevatcd them to their présent
responsible position, and whose will they are bound in ail cases to respect.
Certified,
\VM. H. LEE, C. E. C.
Executive Conncil Chamber
Que-bec, 28th October, 1862.
27
Dépêche de Lord Monck au Duc de Newcastle (*)
Government House,
Québec, October 30, 1862.
My Lord Duke. — Your Grâce is already aware of the receipt by me of your despatch
No. 163, of August 21st, on the subject of the Militia organization in Canada.
2. Immediately on receiving that despatch I referred it to my Executive Council
for their considération and report. I did not press for any immédiate answer, as the
subject is one of considérable présent importance, and opens up questions calculated
to exercise great influence on the future relations of the Empire and the Province. The
récent advent to power of my présent advisers rendered it therefore only a matter of
fairness that full time should be allowed them to discuss and décide an issue of so much
moment.
(1) Sessional Papers, 1863, No 15, pièce 10.— Sessional Papers, 1868, No 63, page 6.
— 311 —
Lord Monck 3. A short Unie since the Mhiistry announced to me that it was the
to the Hou. intention of two prominent memhers of the Executive Council to
Mr. McDonald, proceed soon to London, as a délégation from the Government
Oct., 18C2. of this Province to Her Majesty's Government, on important
Colonial business. As the departure of thèse gentlemen from Canada would necessarily
adjourn the considération of the subject of Militia organization until their return, I
requested that before the Executive Council should be deprived of their assistance the
Government would furnish me with a report on the despatch of Your Grâce, and a
statement of their policy in référence to the matters alluded to in it.
Min. of Council. 4. I hâve now the honor to transmit to Your Grâce the accompany-
ing Report of the Executive Council, authenticated by my signature, on the despatch
rcferred to it. „
5. I will not enter into the discussion of any abstract théories as to the relation
which should subsist between England and her Colonies in référence to Colonial defence,
because Your Grace's despatch is professcdly only suggestive, and does not seek autho-
ratively to fix the degree in which the Mother Country and the Colony should each
contribute to that object, and the admission on the part of the Colonial Government that
anything should be done by them in the way of défensive préparation, is a proof that
the différence of opinion, if any, existing between Your Grâce and the Executive Council
of Canada is one of degree only and not of principle. I think too that it is my duty rather
to apply myself to the practical propositions put forward. I will therefore proceed to
put Your Grâce in possession of my opinion as to the efficiency of the plan of organi-
zation embodied in the accompanying Report.
6. In order to make my remarks fully understood, I must draw your attention to
the présent condition of the Militia Force of the Province, as regulated by the existing
law.
7. Your Grâce is aware that what is called the Sedentary Militia embraces the
whole maie population of the Colony between the âges of 18 and 60. The men are
divided into battalions, regularly officered; but from the circumstance that this batta-
lion organization is territorial in its character, it is obvious that it is not available for
the purpose of actual service, because if you called out for service a battalion of the
Sedentary Militia you would depopulate of its maie inhabitants the district to which the
battalion belonged, and would leave wholly untouched the population of the surrounding
districts.
8. It is therefore évident that in the event of circumstances arising which would
necessitate the calling out of the Militia for défensive purposes, the regimental or batta-
lion organization of the Sedentary Militia would afford no help towards cmbodying the
men in battalions, so as to render them useful for actual service. Some mode of per-
forming this necessary work would havc to be extemporized at a moment of compara-
tive alarm and confusion, and the necessity for this would certainly cause great loss of
time, if it would not lead to the entire failure of the attempt to raise an effective force.
9. I hâve entered into this explanation because I am convinced that the want of any
preliminary organization pervading the whole country is the great difficulty which
would hâve to be practically encountered, if Canada should now be compelled to défend
herself against foreign attack, and that any system of préparation for defence which
failed fully to meet this difficulty would be comparatively worthless.
10. The plan of the Government contained in the accompanying Report may be
stated as follows: —
(1.) Brigade Majors are to be appointed in each district.
(2.) Drîll Associations to be formed of officers and non-commissioned officers of
Sedentary Militia, who are to be superseded if they refuse to learn their drill.
(3.) Enrôlaient is to be secured of a fixed quota in each district of first class ser-
vice men, in companies and battalions, with officers.
(4.) Volunteers in future to be clothed, but none paid.
(5.) Drill rooms, armories, and rifle ranges to be procured for the Volunteers, as
circumstances permit.
It will be seen that the Executive Council proposes to deal with the difficulty above
referred to in this manner. It proposes that the Brigade Majors throughout the country
should securc the enrolment in companies and battalions, within their district, of such
quota as should be appointed of the first class service men, unmarried men and wido-
wers without children, between the âges of 18 and 45.
— 312 —
11. Tliis enrolment appears to be entirely independent of the Volunteer or Active
Force organisation, and instrad of consolidating and systematizing the voluntary action
of the people, appears to me more likely to confuse their minds by the introduction of a
third system of enrolment, in addition to that of the Sedentary Militia and the Active
Force.
12. This enrolment is meant to supply the wnnt of any organization now in exis-
tence by means of winch, on a sudden emergency, a portion of the Militia might be
embodied for active service in a short space of time; but unless the men whosc liâmes
are enrolled are put on the same footing with regard to their engagement for services
as the Active Force, who bind themsclves to serve for five years, there is no security
that the enrolment will ever produce any practical resuit, as there is nothing to compel
the unenrolled men to serve when called on.
13. There does not appear to be any inducement held out to men to place their
names on thèse lists, or to serve ■when called on, in the way of supplying them with
arms, clothing, or any other benefit to excite or maintain a military spirit amongst
them. It is in fact an attempt to reintroduce, in a worse form, class B of the Active
Force, which it is proposed by this Report to abolish, on the ground of the unsatisfac-
tory manner in which the distinction of classes in that force opéra ted. (Class B in the
Actice Force is that portion of the Volunteers which has hitherto served without pay,
in contradistinction to Class A, which received a certain amount of pay cach year.) I
therefore think the measurc would prove entirely nugatory, and that without some
inducement no men would give their names, and that it will therefore fail to provide
what I feel certain is the great desideratum of the défensive force in Canada, namely,
a machincry crected in time of peacc by means of which, at the approach of war, an
organized and embodied force could be at short notice turned out.
14. The plan proposed does not, as regards system or organization, touch the Vo-
lunteer Force of the country at ail ; nor does it propose to give any effectuai form or
direction to the excellent spirit by which the people are animated.
15. On the whole, I cannot conecal from Your Grâce my opinion that, as regards
the cardinal necessity of the time — a systematic organization of the Forces of the Co-
lony for défensive purposes, — the plan indicated by the Government contains no prin-
ciple calculated to produce effective results, and that the only attempt made to grapple
with the difficulties of this portion of the subject will prove completely illusory.
16. With respect to the other proposais of the Government I do not find any fault.
It is highly désirable to foster a military spirit in, and to promote the acquisition of
military knowledge by a people circumstanced as the Canadians are, and the measures
proposed to be adopted seem to me, as far as they go, calculated to promote thèse ends.
17. I entirely approve Of the abolition of the distinction between Class A and Class
B in the Active Force, and of the proposai that in future the Government shall supply
to the Volunteers everything necessary for their equipment and drill — Class A of the
Volunteers giving up for the future their distinctive claim for pay, and being put on
the same terms as Class B.
18. The question of Militia organization has been argued ail through this Report
as if the only choicc that existed, consistent with the maintenance of a moderate expen-
diture on the Militia, was between the plan indicated by the présent Government and
that brought forward by my late advisers and rejected by Parliament. In order that
there may be no misapprehension on this point, I beg leave to place before Your Grâce
the enclosed "Heads of a plan for the organization of a Militia Force of 50,000 men", a
copy of which I gave the head of the Government when I desired a report on your des-
patch.
19. It will be seen from the estimate appendcd to this mémorandum that, supposing
the expense to be spread over a period of five years, the annual cost to the Colony of
this system would not be much, if at ail, beyond the sum appropriated for Militia pur-
poses in the last session.
20. Although the supply of men by means of the ballot is named in this mémo-
randum, as an alternative if a sufficient number should not be produeed by the plan
of volunteering, it forms no esscntial part of the scheme, and my own confident con-
viction is, that so loyal is the spirit of the people, and so strong their désire to put
themselves in a position effectively to défend their homes and institutions, that the
number of men proposed to be raised would hâve been easily obtained by the voluntary
action of the population.
— 313 —
21. Under this plan it was proposed to leave the drill to the spontaneous désire of
the people for learning it; to provide them with ail the ineans of acquiring military
knowledge, and permit them to adopt the times and seasons most convenient to them-
selves for its acquisition.
22. I hâve a strong conviction that if this or some similar plan were put in ope-
ration, a very large ameunt of drill would be voluntarily submitted to by a considérable
proportion of the inhabitants of Canada. The Citizen Soldiers of the Province would
become personally interested in improving their discipline, and increasing their know-
ledge of the military art; a spirit of émulation amongst différent corps would arise.
The complète battalion organization would enable the différent régiments to turn out
for field exercise on holidays, and other periods at which they might désire to do so.
And on the first outbreak of war the Province would hâve an army possessed, not only
of the will, which is common to ail Canadiaus, but of the power to insure that an
enemy should not obtain a footing in the country before aid is fortheoming from other
portions of the Empire.
23. And ail this would be done by mcrely giving systematic form to the voluntary
action of the people, without in any way interfering with their industrial pursuits,
trenching on their Personal freedom of action, or imposing additional pecuniary bur-
dens on the Province.
24. With regard to the suggestion contained in Your Grace's despatch as to the
consolidation into one force of the Militias of the British North American Provinces, I
did not fail to consult the Lieutenant-Governors of New Brunswick and Nova Scotia,
when they were hère last month. The conclusion we arrived at is similar to that
expressed in the Beport of the Executive Council of this Province, namely, that the
means of communication are not as yet sufficiently easy to enable the three Provinces
beneficially to avait themselves of the services of a common head to their Militia For-
ces; so that even if other difficultés in the way of the plan did not suggest themselves,
that would in itself be a bar to the scheme for the présent.
I do not myself believe that the move would be acceptable, either to the Canadians
or to the inhabitants of the Lower Provinces.
I hâve, &c,
(Signed,) MONCK.
28
Dépêche du Duc de Newcastle à Lord Monck (*)
(No 197) Downing Street, 20th December, 1862.
My Lord, — I hâve the honor to acknowledge your despatch of the 30th of October,
forwarding a Report of your Executive Council upon my despatch of August 21st, accom-
panied by observations of your own upon that Report, and especially upon the plan
which it contains for the further organization of the Canadian Militia.
I greatly regret to find that that plan, while effecting some improvements in the
présent system, will yet, as regards the systematic organization of the Force of the
Colony for défensive purposes, prove, as you observe, "completely illusory."
You also lay before me heads of another plan for the formation of a Militia Force
of 50,000 men, which I concur with you in regarding as a measure of a more substantial
character, and more worthy of the great Province of Canada than that proposed by
your Executive Council.
I shall not attempt to discuss the détails of either of thèse schemes. I will only
express an earnest hope that the patriotic spirit which animâtes the Volunteers of
Canada may be turned to the best account for the defence of the country — an object
which I conceive would be most effectually attained. by forming them into battalions
of the Active Militia Force, within defined divisions of the Province; not indeed to the
exclusion of other volunteer associations, but with an eye in the first place to the com-
plction of that territorial organization, which is, as you justly term it, "the cardinal ne-
cessity of the time."
(1) Sessional Papers, 1863, No 15, pièce 14. — Sessional Papers, 1868, No 63, page 8.
— 314 —
I turn for a moment to thc connnents madc by thc Executive Council in their Re-
port upon my despatch of 21 st of August last, one or two of which call for some obser-
vation from me.
The Report asserts that, "in thc opinion of your advisers, no Government could exist
that would attempt to carry out my suggestions" for thc raising of a force of a least
50,000 "partially trained" Militia.
A sufficient answer to such an opinion is contained in thc document with which you
have furnished me, shewing how the number mentioned could be provided at a cost
which ,if spread over five years, would scarcely exceed in any onc ycar thc small amount
voted for Militia purposes in the last Session. Nor can I believe that the Canadian peo-
ple would condemn a Government which should effectually provide for the defence
of their country, even if the necessary expense should exceed the sum of £50,000 per
annum.
The Report expresses great surprise at a suggestion made by me, that the charge
for the Militia, or for a fixed portion of it, should bc voted for a period of three or
five years. Such a measurc they say "will never, and ought never to be entertalned by
a people inheriting the frecdom guaranteed by Rritish institutions." If there are any
reasons in its favor, they think that they are "in every sensé as applicable in England
as in Canada," and they conclude with the sentiment that "popular liberties are safe
against military despotism wielded by a corrupt Government, only when they (the
people) have in their hands the means of controlling the supplies required for the
maintenance of a military organization."
I beg you will point out to your Ministers, in reply to thèse observations, some mate-
rial circumstanccs which have escaped their notice. The terms of my despatch show
that I was well aware that the course in question, if adopted by the Législature, would
be, to a certain degree, a surrender of the strict constitutional rights of the Représen-
tatives of thc people. It would probably, however, occur to them that popular liber-
ties would bc in little danger from a body of citizen soldiers while there remained
within the Province, not only without exciting any such fears, but with the hearty
approval of its people and Government, a force of regular troops, whose number would
be fixed at the discrétion of the Impérial Government, and whose cost would be defrayed
by the Impérial parliament. Again, if the number of Impérial troops were made to
dépend, by agreement with the Canadian Government, upon the number of Militia main-
tained by the Province, there would be nothing unreasonable in such an arrangement,
and the Home Government might fairly (I do not say would necessarily) require that
the funds for thc purpose should be somewhat more permanently secured than by
annual vote.
It is far from my wish (as seems to be suggested by the Report) to diminish the
control of the Canadian Parliament over their own affairs; but on the other hand, the
amount of exertion -which England could make with any advantage must dépend very
much on the manner in which that control is exercised — that is to say, on the disposi-
tion to protect the Colony which îs shewn by the Provincial Government and the people
of Canada.
It is difficult to see how, when my despatch contemplâtes législation on thc subject
of thc Militia by the Canadians, and not the Impérial Parliament, the Executive Council
can justify such grave appréhensions of an Invasion of their liberties.
Thèse considérations will show that the gênerai doctrines referred to by the Report
have little application to the présent peculiar case of Canada, and little force against
the suggestion of my despatcli, wliich. however, I have no désire to press upon the
attention of your Govemmrnt, upon whom and thc Parliament of Canada must rest
the responsibility of providing adéquate means for meeting the efforts of the Mothcr
Country to secure thc safety of the Province.
The report dwclls at length upon the fact that the policy of the Empire in ail its
relations with forcign powers, upon which peacc and war dépend, is regulated by the
Impérial Government and Parliament, over which Canada has no control. I agrée with
the Executive Council in regarding this circumstance as one of primary importance, as
lying indeed at the very root of the relations between thc Mother Country and her
Colonies with respect to military and naval defences. They cannot fail, however, to see
that Canada, though liable, as they repeatedly point out, to be involved in Impérial
wars in which she may have no immédiate interest, has yet a manifest interest, under
ail circumstanccs, in contributing to maintain the power of thc Empire of which she
— 315 —
forms so important a part, and with which the maintenance of her own independencë
and of her commanding position in the world is so essentially connected.
The main security against aggression which Canada enjoys as a portion of the Bri-
tish Empire is the fact known to ail the world, that war with Canada means war with
England; not in Canada only, but upon every sea and upon the shores, wherever situa-
ted, of the aggressive power itself. It does not therefore follow that this country can
consent or afford to maintain an imlimited numher of troops in Canada at her own
cost, even in time of war, much less in time of peace, and it remains true that the de-
fence of Canadian territory must dépend mainly upon the Canadian people itself.
I hâve, etc.,
(Signed,) NEWCASTLE.
29
Loi de la Milice, 1863 0)
(Extraits)
An Act respectins; the Militia.
[Assented to, 15th October. 1863.]
2. — The Militia shall consist of ail the maie inhabitants of the Province of the
•»He of eighteen years or upwards and under sixty, not exempted or disqualified by
law.
3. — The Militia shall be divided into three classes, to be called respectively first
class Service Men, second class Service Men and Reserve Men : the first class Service
Men shall be those of eighteen years of âge and upwards, but under forty-five years,
who are unmarried Men or widowers without children, and the second class Service
Men shall be those between the âges last aforesaid who are married Men or widowers
with children, — and the Reserve Men shall be those of forty-five years of âge and
upwards, but under sixty years.
17. — The Commander in Chief may call out the Militia or any part thereof for
aotual service, whenever it is in his opinon advisable so to do by reason of war, inva-
sion or insurrection, or danger of any of them.
33. — The Militia, so called out, may be marched to any part of the Province,
or to any place without the Province bat conterminous therewith, where the enemy
is, and from which an attack on this Province is apprehended.
Acte concernant la Milice.
[Sanctionné le 15 octobre, 1863.]
2.— \L& milice comprendra tous les habitants mâles de la province, âges de dix-
huit ans ou plus, et de moins de soixante ans, non exemptés ou rendus inhabiles
par la loi.
3. — La milice sera divisée en trois classes, appelées respectivement hommes
de service de première classe, hommes de service de second classe, et hommes de ré-
serve: Les hommes de service de première classe se composeront de ceux âgés de dix-
huit à quarante-cinq ans, non-mariés et veufs sans enfants, — les hommes de ser-
vice de seconde classe se composeront de ceux entre les âges susdits, mariés et veufs
avec enfants, — et les hommes de réserve se composeront de ceux âgés de quarante-
cinq à soixante ans.
17. — Le commandant en chef pourra appeler, en tout ou en partie, la milice
(1) Statu tes of the Province of Canada — Statuts de la Province du Canada — 27
Vict. cap. II.
' /
— 316 —
pour le service actif, chaque fois que, d'après son opinion, il sera à propos de le
faire, dans le cas ou danger de guerre, invasion ou insurrection.
33. — La milice ainsi appelée pourra être dirigée vers toute partie de la pro-
vince, ou toute place limitrophe hors de la province, où l'ennemi se trouve, ei d'où
l'on peut craindre une attaque contre cette province.
30
Débats sur la Loi de 1863 (')
Le 16 septembre 1863:—
Mr. POPE : — He desired to state what his views were of our duty
as Canadians. That duty was first and foremost to consult our own interesta. (Hear,
hear.) From no other quarter could we look for support except an interested support.
(Hear, hear.) If it was our interest to go as far as England desired, Iet us go so far.
But ahove ail we ought not to go beyond what we considered our own requirements
demanded (106)
Mr. J. McDONALD (Toronto) : — He believed our people, in case
of need, would rise up with great strength, and that in defence of their homes they
would fight like heroes. No better way to provoke war could be found than speaking
of it and exposing our weakness, but no war could originate with this country, and
if it arose from difficultés of the mother country with the United States, it would
be her business and her duty to défend us.Aye, and she would do so to the full extent
of her means in men and money (107)
(1) Extraits des "Parliamentary Debates", 1863, 2e session, compilés du Morning
Chronicle et du Mercury. Le chiffre de la page est indiqué après chaque citation.
TRAITE DE 1865
31
Rapport du Colonel Jervois (1)
(Extraite)
Lottcr to the SECRETARY of STATE for WAR, with référence to the DEFENCE »f
CANADA, by Lt. Col. JERVOIS, R.E., C.B., Deputy Director of fortifications.
War Office, January, 1865.
12. I should hère observe that the prospect of the withdrawal of the impérial troops
from the western division in accordance with instructions from this country previous
to the confédération mavement, has a depressing effect upon the efforts that arc being
made. for the improvement of the organisation of the militia of those districts.
As I h?ve already stated, a military school has been established at Toronto in
connexion with one of Her Majesty's régiments, and with most satisfactory results. If
the British troops were taken away from the western districts, the means of instruction
for the militia in that part of the country would at the same time be withdrawn, and
thus a very bad effect would be produced amongst the people of Canada generally.
24. Whether, however, this or any other possible arrangement be made for the orga-
nisation of the militia of Canada, it can scarcely be expected that the force that could
be mustered at an outbreak of hostilities would be equal to withstand the enemy in the
open field. Works of defence are, therefore, essential to enable our comparatively small
forces to hold the points against which the main attacks would be directed. It is at
the commencement of a war that the greatest danger is to be apprehendrd, and it is
submitted that it is only by availing oursclves of the advantages afforded by fortifi-
cations that we can provide against our troops being overpowered at the first onset,
or that Unie can be obtained for rendering the militia available for the defence of the
conntry.
The question appears to be : — whether the British force now in Canada shall be
withdrawn. in order to avoid the risk of its defeat, or whether the necessary measures
shall be taken to enable that force to be of use for the defence of the province.
25. The sum required for the construction of the proposed works and armaments at
Montréal and Québec would only be about one year's expense of the regular force we
now maintain in Canada.
It is a delusion to suppose that that force can be of any use for the defence of tbe
conntry without fortifications to compensate for the comparative smallness of its num-
bers. Even when aided by the whole of the local militia that could at présent be made
available, it would, in the event of war, be obliged to retreat before the superior num-
bers by which it would be attacked ; and it would be fortunate if it succeeded in em-
barkinar at Québec, and pnttingr to sea without serions defeat. On the other hand, If
the works now recommended be constructed, the vital points of the country could be
defended, and the regular army would become a nucleus and support, round which the
people of Canada would rally to resist agrgrression, and to préserve that connexion with
the mother-country, which their loyalty, their interests, and their love of true freedom
alike makc them desirous to maintain.
I hâve the honour to be,
My Lord,
Your Lordship's obedient, humble servant,
Wm. F. DRUMMOND JERVOIS.
The Right Hou. Earl de Crey and Ripon,
Secretary of State for War.
(1) Accounts and Papers, 1865, Vol. XXXVII, pages 431 et suiv.
/
— 318 —
32
Dépêche de M. Cardwell, ministre des Colonies, à Lord Monck (x)
MR. CARDWELL TO LORD MONCK.
(Copy, Canada, No. 11.) Downing Street, 21st January, 18C5.
My Lord. — Her Majesty's Governement are unwilling, undcr thc présent circuni-
stances, to press upon the Govcrncmcnt of Canada any décision which can with prudence
be postponed upon a subject of so much importance to thc future welfare of the British
North American Provinces, as the subject of Ihe defencc of Canada. They are sensible
of thc considérations which render it expédient to wait for such a décision, until some
further progress shall hâve been made in the discussion of thc proposai for the Union of
thosc Provinces, and until it shall bave been ascertaincd whether the question is to be
considered by thc Ministers of the United British North American Provinces, or by the
Ministers of Canada alonc.
But without anticipating that any causes of différence arc likely to disturb our
présent frieruly relations with the Governement of the United States, they think it
necessary to bcar in mind thc vast accession which has recently been made, and still
continues to be made, to the niilitary forces of that powerful country. They cannot
forgrt the very small proportion which the numerical strength of British troops, on the
Xorth American Continent bears to the force which might at any moment be brought
into the field aginst them. It would be a cause of just reproach against the British
Governement if those troops were suffered to remain in a position which, on thc out-
break of war, they might not be ablc to hold until the niilitary and naval resourecs of
the Country could be made available for their support.
Thc.;e consul, rations seem to Her Majesty's Government to render it absolutely
necessary that the defi-nr«s of Québec should be materially strengthencd and without
■ It-lay. They Intcnd, 'ht -refurr, on their own part, to include la the Estimâtes of the
presrnt year a vote for improving the defenecs of Québec.
The proposed defences at Montréal are so important to the gênerai safety of the
Province, and to the maintenance of the communications between the Districts West of
Montréal, and the naval and niilitary power of the Mothcr Country, that Her Majesty's
Government trust Uiat they may look with confidence to the Government of Canada for
the immédiate construction of thèse Works.
Her Majesty's Government will be prepared to provide the armaments for the
Works at Montréal as well as those at Québec.
I hâve, &c, (Signcd.) EDWARD CARDWELL.
33
Délégation à Londres — Arrêté ministériel (2)
Copy of a Report of a Committee of the Honorable the EXECUTIVE COUNCIL. approved
by His Excellency the Governor General on the 24th March, 1865.
The Committee respectfully recommend that four Members of Your Excellency's
Council do procecd to England to confir with Her Majesty's Government :
lst. Upon the proposed Confédération of the British North American Provinces, and
the nican.s whereby it can be niost speedily effected.
2nd. Upon the arrangements necessary for the Dcfence of Canada, in the event of
war arising vith the United States, and the extent to which thc samc should be shared
between Great Britaiu and Canada.
3rd. Upon the steps to be taken with référence to the Reciprocity Treaty, and the
rights conferred by it upon the United States.
4th. Upon the arrangements necessary for the settlement of the North-West Tcrritory
and Hudson Bay Company's claims
5th. And, gencrally, upon the existing critical state of affairs by which Canada is
most seriously affected.
The Committee further recommend that the following Members of Council be named
to form the Délégation, viz : Messrs. Macdonald, Cartier, Brown and Galt.
Certificd, \VM. H. LEE, C. E, C.
(1) Sessional Papers, 1868, No 63, page 11.
(2) Sessional Papers, 1868, No 63, page 12.
— 319 —
34
Dépêche de M. Cardwell à Lord Monck (x)
Copy of a Despatch from the Right Honorable Edward CARDWELL M.P., to Governor
General Viscount MONCK.
i.No. 95.) Downing Street, 17th June, 1865.
My Lord, — I hâve the honour to inform your Lordship that several conférences
hâve been held between the four Canadian Ministers who were deputed, under the Minute
of your Executive Council of March 24th, to proceed to England to confer with Her
Majesty's Government, on the part of Canada, and the Duke of Somerset, the Earl de
(irey, Mr. Gladstone, and myself, on the part of Her Majesty's Governement.
On the first subject referred to in the Minute, that of the Confédération of the
British North American Provinces, we repeatcd on the part of the Cabinet the assurances
which had already been given of the détermination of Her Majesty's Government to
use every proper means of influence to carry into effect without delay the proposed
Confédération.
On the second point, we entered into a full considération of the important subject
of the defence of Canada, not with any appréhension on either side than the friendly
relations now happily subsisting between this country and the United States are likely
to be disturbed, but impressed with the conviction that the safety of the Empire from
possible attack ought to dépend upon its own strength and the duc application of its
own resources. We reminded the Canadian Ministers that on the part of the Impérial
Government we had obtained a vote of money for improving the fortifications of Que-
bec. We assured them that so soon as that vote had been obtained the necessary ins-
tructions had been sent out for the immédiate exécution of the works, which "would be
prosecuted with despatch ; and we reminded them of the suggestion Her Majesty's Go-
vernment had made to them to proceed with the fortifications of Montréal.
The Canadian Ministers, in reply, expressed unreservedly the désire of Canada to
dévote her whole resources, both in men and money, for the maintenance of her con-
nection with the Mother Country ; and their full belief in the readiness of the Cana-
dian Parliament to make known that détermination in the most authentic manner.
They said they had increased the expenditure for their Militia from 300,000 to 1,000,000
dollars, and would agrée to train that force to the satisfaction of the Secreary of State
for War, provided the cost did not excecd the last mentioned sum annually, while the
question of confédération is pending. They said they were unwilling to separate the
question of the works at Montréal from the question of the works west of that place,
and from the question of a naval armament on Lakc Ontario. That the exécution of the
whole of thèse works would render it necessary for them to hâve recourse to a loan,
which could only be raised with the guarantee o" the Impérial Parliament. They were
ready to propose to their Législature on their return a measure for this purpose, pro-
vided that the guarantee of the Impérial Parliament were given now, and that they
were authorized to communicate to the Parliament of Canada the assurance that, the
occasion arising, England will hâve prepared an adéquate naval force for Lake Ontario.
They thought that if the guarantee were not obtained now it was probable that the
Canadian Government and Parliament would think it désirable that the question of
défensive works should await the décision of the Government and Législature of the
United Provinces.
On the part of Her Majesty's Government we assented to the reasonableness of the
proposai that if the Province undertook the primary liability for the works of defence
mentioned in the letter of Lieutenant-Colonel Jervois, and sliowed a sufficient security,
Her Majesty's Government should apply to Parliament for a guarantee for the amount
required ; and we said that Her Majesty's Government would furnish the armaments
for the works. But we said that the désire and décision of the Provincial Législature
ought to be pronounced before any application was made to the Impérial Parliament.
On the subject of a Naval Force for Lake Ontario, we said that, apart from any ques-
tion of expediency, the convention subsisting between this country and the United
States rendered it impossible for either nation to place more than the specified number
(1) Sessional Papers, 1868, No 63, page 16. — Accounts and Papers, 1865, Vol.
XXXVII, page 437.
— 320 —
of armcd vessels on thc Lakes in time of pcacc. In case of war it would, as a matter
of course, be the duty of any Government in this country to apply its means of Naval
Defence according to the judgment it iniglit form upon thc cxigcncies of each particular
timo, and the Canadian Ministers might be assured that Her Majesty's Government
would not permit itself to be found In such a position as to be unable to discharge its
duty in this respect. This ni the only assurance the Canadian Ministers could expect,
or we could give.
Uupon a review of the whole matter, the Canadian Ministers reverted to the pro-
posai which lias been mentioned above, that priority in point of time should be given
to thc Confédération of the Provinces. To this we, on the part of Her Majesty's Go-
vernment, asssented. In conformity, however, with a wish strongly expressed by the
Canadian Ministers, we further said, that if, upon future considération, the Cana-
dian Government should désire to anticipate the Confédération, and to propose that
Canada should exécute the works, they would doubtless communicate to Her Majesty's
Government that décision; and we trusted that after what had passed in thèse con
ferences they would feel assured that any such communication would be received by us
in thc most friendly spirit.
On the third point, the Reciprocity Treaty, the Canadian Ministers represented the
«re.it importance to Canada of the renewal of that treaty, and requested that Sir F.
Bruce might be put in communication with the Government of Lord Monck upon thc
subject. We replied that Sir F. Bruce had already received instructions to negatiate
for a renewal of the Treaty, and to act in concert with the Government of Canada.
On the fourth point, the subject of the North-westcrn Territory, the Canadian Mi-
nisters desired that that Territory should be made over to Canada, and undertook to
tiegotiate with the Hudspn's Bay Company for the termination of their rights, on con-
dition that the indemnity, if any, should be paid by a loan to be raised by Canada un-
der the Impérial guarantee. With the sanction of the Cabinet we assented to this
proposai, undertaking that if the negotiation should be successful, we on the part of
the Crown being satisfied that the amount of the indemnity was reasonable, and the
security s-ufficient, would apply to the Impérial Parliament to sanction the arrangement
and to guarantee the amount.
On thc last point, It seemed sufficient that Her Majesty's Government should aocept
the assurances given by the Canadian Ministers on the part of Canada, that that Pro-
vince is ready to dévote ail lier resources both in men and money to the maintenance
to the Confédération of the Provinces. To *his we, on the part of Her Majesty's Go-
Imperial Government fully acknowledged the reciprocal obligation of defending every
portion of thc Empire with ail the resources at its command.
The Canadian Ministers in conclusion said, that they hoped it would be understood
that the présent communications did not in any way affect or alter the correspondence
whlch had already passed between the Impérial Government and the Governments of
the British North American Provinces on the subject of the Intercolonial Railway. To
this we entirely agreed.
I hâve, &c,
(Signed.) EDWARD CARDWELL.
Governor General,
Viscount Monck, &c, &c.
35
Dépêche de M. Cardwell aux gouverneurs des Provinces
Maritimes (*)
Mr. Secretary CARDWELL to the Lieutenant Governors of New Brunswick, Nova Scotia,
Prince Edward Island. and the Governor of Newfoundland.
(Copy.)
Downing Street, 24th June, 1865.
•Sir, — I bave the honor to transmit to you the copy of a correspondence between
Viscount Monck and myself, on the affairs of British North America, which hâve lately
(1) Sesslonal Papers, 1868, No 63, page 18.
— 321 —
formed the subject of Conférences between Hcr Majesty's Government and a Deputation
from the Canadian Government.
Tliis correspondence baving been presented to both Houses of the Impérial Parlia-
ment, by command of Her Majesty, I hâve to direct you to communicate it also to the
Législature of New Brunswick, [Nova Scotia, Prince Edward Island and Newfoundland]r
at its next meeting.
You will at the same time express the strong and deliberate opinion of Her Ma-
jesty's <iovrriiment, that it is an object much to be desired, that ail the British North
American Colonies should agrée to unité in one Government. In the territorial extent of
Canada, and in the maritime and commercial enterprise of the Lower Provinces, Her
Majesty's Government see the éléments of power which only require to be combined
in order to secure for the Province which shall possess them ail, a place among the
most considérable communities of the world. In the spirit of loyalty to the British
Crown, of attachment to British connection, and of love for British Institutions, by
which ail the Provinces are animated alike, Her Majesty's Government recognize the
bond by which ail may be combined under one Government. Such an union seems to
Her Majesty's Government to recommend itself *o the Provinces, on many grounds of
moral and material advantage, as giving a well founded prospect of improved adminis-
tration and increased prosperity. But there is one considération which Her Majesty's
Government feel it more especially their duty to press upon the Législatures of New
Brunswick, Nova Scotia, Prince Edward Island, and Newfoundland. Looking to the dé-
termination which this country has ever exhibited to regard the defence of the Colonies
as a matter of Impérial concern, the Colonies must recognize a right and even acknow-
ledge an obligation incumbent on the Home Government to urge with earnestness and
just authority the measures which they consider to be most expédient on the part of the
Colonies with a view to their own defence. Nor can it be doubtful that the Provinces
of British North America are incapable, when separate and divided from each other,
of making those just and sufficient préparations for national defence, which would be
casily undertaken by a Province uniting in itself ail the population and ail the re-
sources of the whole.
I am aware that this project, so novel as well as so important, has not been at once
accepted in New Brunswick, Nova Scotia and Prince Edward Island with that cordiality
which has merked its acceptance by the Législature of Canada, but Her Majesty's Go-
vernment trust, that after a full and careful examination of the subject in ail its
bearings, the Maritime Provinces wili perceive the great advantages which in the opi-
nion of Her Majesty's Government the proposed Union is calculated to confer upon
them ail.
I hâve, &c,
(Signed.) EDWARD CARDWELL
36
Rapport des Délégués Canadiens (*)
. (Extraits)
To His Excellency the Right Honorable Viscount MONCK, Govemor General of British
North America, &e., &c.
May it please Your Excellency —
The undersigned having, by Order of Council of 24 th March, 1865, been appointed
a Committee of the Executive Council of Canada to proceed to England and confer witb
Her Majesty's Government on certain subjects of importance to the Province, sailed foi
England in April last ; and having discharged the duty intrusted to them and returned
to Canada, we now beg to submit, for Your Excellency's information, a statement of
our proceedings while in London.
The circumstances under which this mission became necessary are doubtless fresh
in Your Excellency's recollection. For a considérable time past, in view of the Civil
(1) Sessional Papers, 1868, No 63, page 12 et suiv.
10
— 322 —
War going on in the United States, and the impessibility of anticipating what interna-
tional questions might at any moment arise, Her Majesty's Government felt it their
duty from time to time to direct the attention of the Government of Canada to the in-
secure position of the Province in the event of disturbed relations unhappily resulting,
;md to urge the adoption of protective mtuures. In thèse communications it was not
concealed that Her Majesty's Government expected the people of Canada to assume more
onerous military duties than they had previoualy borne. Your Excellency's Advisers
werc ahvays prepared f rankly to consider thèse proposais, and to submit for the ap-
proval of Parliament such measures as might bc found just and reasonable. But they
felt at the samc time that to secure the hearty assent of Parliament and the country
for any important changes in the military relations between the Parent State and the
Colony, an explanation on the whole subject should first be had, so that a clear nnder-
Mtanding as to the ahare of defence to be borne by each might be arrived at, and ail
«round of irritating and hurtful reproach for allcgcd neglect of duty by the Colony,
entirely removed. In view also of the anticipated early union of ail the British North
American Colonies — so well calculated to simplify the System of defence — the Govern-
ment of Canada deemed it highly désirable that the seulement of this important ques-
tion should be resorved for the action of the Government and Législature of the new
Confédération. Her Majesty's Government concurred in thèse views.
In the early part of this year, however, events occurred that changed the situation
of affairs. The conférence at Fortress Munroe for the cessation of hostilities, the distur-
bances on the Canadian frontier, the imposition of the Passport System, the notice given
hy the American Government for a termination of the convention restricting the Naval
Armament on the Lakes and other events tended to revive and deepen the feeling of
insecurity ; and Her Majesty's Government urged the immédiate érection of permanent
works of defence at Québec and Montréal — the cost of the former to be borne by the
Impérial Treasnry, and of the latter by the people of Canada. Your Excellency's Advi-
sers were most anxious to meet the wishes of Her Majesty's Government, but they could
not feel It their duty to propose to Parliament a vote for défensive works at Montréal
while the defence of Upper Canada, on land and on the lakes, was unprovidcd for. The
position of affairs was further complicated by the resuit of the New Brunswick élec-
tions, which postppned at least for a time, the union of the Provinces — and by the
formai notice given by the American Government for the termination, in March next,
of the Beciprocity Treaty. It became évident that the time had arrived and could no
longer be postponed, for a full and frank explanation with Her Majesty's Government
on the whole state of affairs; and with that view an immédiate mission to England,
with Your Excellency's assent, was resolvcd upon. The state of the case was forthwith
communicated to the Législative Council and Assembly, which were then in session :
:md Parliament was shortly after prorogued on the understanding that it would be
summoned to learn the resUlt of the negotiations and complète the business of the Ses-
sion, so soon as the delegates returned from Great Britain.
On arriving in England we lost no time in placing ourselves in communication with
Her Majesty's Secretary of State for the Colonies ; and a Committee of the Impérial
Cabinet, consisting of His Grâce the Duke of Somerset, the Bight Honorable the Earl
De Grey and Bipon, the Bight Honorable Wm. L. Gladstone, and the Bight Honorable
Edward Cardwell, having been appointed to confer with us, negotiations were opened
and continued at fréquent interviews, up to the close of our mission.
The subject to which we first invited the attention of the Conférence was the pro-
posed Confédération of the British North American Colonies. \Ve reminded the Impérial
Ministers how largely ail the questions, with the discussion of which we werc charged —
and especially those of defence, foreign Commercial relations, and internai communica-
tion — would be affected by the Union, and how greatly their satisfactory settlement
would be facilitated by it. We explained the reasons that existed for obtaining the as-
sent of ail the Colonies to the Union at an early date, and the promise to which the
Government of Canada stood pledged to proceed without delay with Constitutional re-
forins for Canada alone, in the event of the larger measure failing to be obtained. We
received at once from the Members of the Impérial Cabinet assurances of their hearty
approval of the Confédération scheme, and of their anxious désire to promote its early
acconvplishment, by ail the légitimât)» influence of the Impérial Government. In the
discussion of the means to be adopted for effecting Confédération, we trust it is unne-
cessary to «?sure Your Excellency that the idea of coercing the Maritime Provinces into
— 323 —
the measure. was not for a moment entertained. The end sought was to ascertaiu in
what manner the question of Union in ail its bearings, could be best brought under the
full and fair considération of our fellow Colonists, and the grave responsibility urged
upon them. which they would assume by thwarting a. measure so pregnant with future
prosperity to British America, so anxiously desired by the great mass of the people to
be affected by it, and which had been received with such marked satisfaction by our
fellow subjects throughout the British Empire. We received assurances that Her Mar
jesty's Government would adopt every legitimate means for securing the early assent of
the Maritime Provinces to the Union. In the course of thèse discussions, the question
of the Intercolonial Bailway came up as a necessary accompaniment of Confédération,
when we sought and obtained a renewal of the promised Impérial guarantee of a loan
for the construction of that work.
The important question of the future military relations between thcMother Country
and Canada received earnest and grave considération. Before entering on the discussion
of détails, wc referred to the récent debates in the Impérial Parliament on the subject
of Canadian Uefences, and especially to the assertions confidently made by certain
members of the House of Commons that Canada was incapable of efficient protection
against invasion from her inland border. We cxplained the injury such statements
tended to produce and the necessity of our ascertaining, as a preliminary step to our
discussions, whether or not they were well founded. We asked that a Bepori on the
whole subject of the defence of Canada, with plans and estimâtes, might be obtained
from the highest Military and Naval authorities of Great Britain. Such a Report was
obtained and communicated to us confidentially — and we rejoice to say that it was
calculated to remove ail doubt as to the security of our Country, so long as the hearts of
our people remain firmly attached to the British Flag, and the power of England is
wielded in our defence.
On the part of Canada we expressed the désire that this plan for the defence of ail
parts of the Province should be taken as the basis of arrangement ; and that a full and
candid discussion should be had as to the share of the cost that ought to be borne res-
pectively by the Impérial and Provincial Exchequers. We expressed the earnest wish
of the people of Canada to perpetuate the happy existing connection with Great Britain,
and their entire willingness to contribute to the defence of the Empire their full quota,
according to their ability, of men and money. But we pointed out that if war should
ever unhappily arise between England and the United States, it could only be an Im-
périal war, on Impérial grounds — that our country alone would be exposed to the
horrors of invasion — and that our exposed position, far from entailing on us unusual
burdens, should on the contrary secure for us the spécial and gênerons considération of
the Impérial Government. We cxplained, morever, that though Canada continued to
progress steadily and rapidly, it was a vast country, sparsely populated — that the
difficulties of first seulement were hardly yet overcome — that the profits of our an-
nual industry were to be found not in floating wealth, but in the increased value of our
farms and mines — and that, at this moment especially, from the failure of successive
crops, the effects of the American civil war on our commercial relations, and the feeling
of insecurity to our position (greatly aggravated by statements of the defencelessness
of the country in the British Parliament and by portions of the British Press) *— Canada
was laboring under a temporary but serious dépression. We pointed out that, while
fully recognizing the necessity and prepared to provide for such a System of defence
as would restore confidence in our future at home and abroad, the best ultimate defence
for British America wat to be found in the increasc of her population as rapidly as
possible, and the husbanding of our resources to that end ; and, without claiming it as
a right, we ventured to suggest that by enabling us to thrôw open the north-western
territories to free seulement, and by aiding us in enlarging our canals and prosecuting
internai productive works, and by promoting an extensive plan of émigration from
Europe into the unsettled portions of our domain — permanent security would be more
quickly and surely and cconomically secured than by any other means. We did not
fail to point out how this might be donc without cost or risk to the British Exchequer,
and how greatly it would lighten the new burden of defence prepared to be assumed
at a moment of dépression by the people of Canada.
Much discussion ensued on ail those points, and the resuit arrived at, was, that if th<
people of Canada undortook the works of defence at and west of Montréal, and agreed
to expend in training their militia, until the union of ail the Provinces was determined,
— 324 —
■ mi m not iess tlian is now cxpcndcd annually for that service, lier Majesty's Govern-
ment would complète tiie fortifications at Québec, provide the wholc armament for ail
the works, guarantec a loan for the sum necessary to construct the works undertaken
by Canada, and in the event of war undertake the defenec of every portion of Canada,
with ail the resources of the Empire.
The question having arisen as to the time and order in which those propositions
thould be submitted for the approval of the Impérial and Provincial Législatures, it
■ppeared that no action could be taken upon them during the présent year ; and it
was therefore deemed inexpedient to complicatc the Confédération question by changing
the basis of the Quebee Conférence Resolutions, which might resuit from the présent
adoption of thèse propositions. The further considération of the défensive works was
accordingly deferred for the action of the Government and Législature of the proposed
British North American Confédération — but the assurance of Her Majesty's Government
was at the same time given, that if circumstances arose to render an application expé-
dient by Canada alonc for the immédiate prosecution of the works of defence, such ap-
plication would be reccived in the most frlendly splrit.
Les délégués relatent ensuite leurs négociations avec les autorités
impériales au sujet du Tra'té de Réciprocité avec les Etats-Unis et de
Vacqnisition des territoires de la Compagnie de la Baie d'Hudson.
The results of our communications with the Committee of Her Majesty's Govern-
ment were piaced, by Mr. Cardwell, in the form of a despatch to Your Excellcncy ;
that document bears date the 17th June, 1865, and bas already rcached Your Exccl-
leiu-y'.s hands. It contains a correct statement of the resuit of the conférence (1).
Ailthough the subject was not specially referred to us, we did not fail to call the
attention of the Colonial Minister to the anomalous position of foreigners who hâve
tettled in Canada and become naturalized subjects under our Provincial Statutes. Mr.
Cardwell at once admitted the hardship of the case, and stated that it was the désire
of Her Majesty's Government to remedy it, and that with that view he had referred
the subject to the Law Officers of the Crown for their opinion as to the best mode
of doing go (2).
It wiU be gratifying to many devoted subjects of Her Majesty's throughout British
America, whose fears hâve been excited by the language too often heard of late years,
on the subject of Colonial Connection, that we received from Her Majesty's Mlnisters
the assurance that the British Government acknowledgc the obligation of defending
every portion of Canada with ail the resources at its command.
Such m brief is the outline of our communications with Her Majesty's Government,
and we cannot conclude tliis Report without gratefully acknowledging the distin-
guished considération extended to us as the Représentatives of Canada, not only by the
Mindsters with whom we were brought more directly In contact, but by many eminent
personages with whom we had the honor of conferring on the object of our mission.
To Mr. Cardwell we are especially indebted for unremitting kindness and attention. We
are happy to beiieve that the rcsult of our vlsit to England has been to inspire more just
views as to the position and feelings of the Canadian people, and to draw doser the
ties that bave so long and so happily attached our Province to the Mother Country.
JOHN A. MACDONALD,
GEO. ET. CARTIER,
GEO. BROWN,
A. T. GALT.
Québec, Î2th July, 1805.
(1) C'est la pièce 34, ci-dessus.
(2) Ce n'est qu'en 1914 que le gouvernement impérial s'est décidé à régler cette
question vexatolre.
LA CONSTITUTION — APPLICATION DU TRAITE
37
Extraits de la Constitution
THE BRITISH NORTH AMERICA ACT, 1867.
30 VICTORIA, CHAPTER 3.
An Act for the Union of Canada, Nova Scotia, and New Brunswick, and the Government
thereof : and for Par poses connected therewith.
[29th March, 1867.]
WHEREAS the Provinces of Canada, Nova Scotia, and New Brunswick haro ex-
presaed their Désire to be federally united into One Dominion under the Crown of the
United Klngdom of Great Britain and Ireland, with a Constitution similar in Principle
to that of the United Kingdom :
And whereas such a Union would conduce to the Welfare of the Provinces and
promote the Interests of the British Empire :
And whereas on the Establishment of the Union by Authority of Parliament it is
expédient, not only that the Constitution of the Législative Authority in the Dominion
be provided for, but also.that the Nature of the Executive Government therein be de-
clared :
And whereas it is expédient that Provision be made for the eventual admission
into the Union of other Parts of British North America :
Be it therefore enacted and declared by the Queen's most Excellent Majesty, by and
with the Advice and Consent of the Lords Spiritual and Temporal, and Commons, in
this présent Parliament assembled, and by the Authority of the same, as follows :
15. The Command-in-Chief of the Land and Naval Militia, and of ail Naval and
Military Forces, of and in Canada, is hereby declared to continue and be vested in the
Quecn.
Power* of the Parliament.
»1. It shall be lawful for the Queen, by and with the Adrice and Consent of the
Sonate and Honse of Commons, to make Laws for the Peace, Order, and good Govern-
ment of Canada, in relation to ail Matters not coming within the Classes of Subjects
by this Act assigned exclusively to the Législatures of the Provinces ; and for greater
Certainty, but not so as to restrict the Generality of the foregoing Terms of this Sec-
tion, it is hereby declared that (notwithstanding anything in this Act) the exclusive
Législative Authority of the Parliament of Canada extends to ail Matters cominr within
the Classes of Subjects next hereinafter ennmerated ; that is to say, —
7. Militia, Military and Naval Service, and Defence.
— 326 —
38
Loi de la Milice, 1868 (')
(Extraits)
An Act respecting the Milicia and Défonce of the Dominion of Canada.
[Assented to 22 nd May, 1868.]
MILITIA MEN.
4. — The Militia shall consist of ail the maie inhabitants of Canada, of the âge of
eighteen years and upwards, and under sixty — not exempted or disqualified by
law, and being British subjects by birth or naturalization ; but Her Majesty may re-
quire ail the maie inhabitants of the Dominion, capable of bearing arms, to serve in
case of a Levée en Masse *.
5. — The maie population so liable to serve in the Militia, shall be divided into four
classes :
The first Class shall comprise those of the âge of eighteen ytars and upwards,
but under thirty years, who are unmarried, or widowers without children;
The second Class shall comprise those of the âge of thirty years and upwards,
but under forty-five years, who are unmarried, or widowers without children;
The third Class shall comprise those of the age of eighteen years and upwards,
but under forty-five years, who are married, or widowers wlth children ;
The fourth Class shall comprise those of the age of forty-five ye«\rs and upwards,
L.ut under sixty years;
And the above shall be the order in vhich the maie population shall be called
apon to serve.
DIVISION OF MILITIA.
ft. — The Militia shall be divided into Active and Reserve Militia:
The Active Militia shall cousist of the Volunteer Militia, the Regular Militia, and
the Marine Militia :
The Volunteer Militia shall be composed of Corps raised by voluntary enlistment;
The Regular Militia shall be composed of men who voluntarily enlist to serve
in the same; or of men balloted to serve; or of men who voluntarily enlist to serve
with the balloted men and of men balloted to serve;
The Marine Militia shall be composed of seamen, sailors, and persons whose
usual occupation is upon any steam or sailing craft, navigating the waters of the
Dominion ;
The Réserve Militia shall consist of the whole of the men who are not serving in
the Active Militia of the time being.
CALLING OUT THE MILITIA
60. — The Officer commanding any Military District or Division, or the Officer
commanding any Corps of Active Militia, may, upon any sudden emergency of invasion
or insurrection, or imminent danger of either, call out the whole or any part of the
Militia within his command, until the pleasure of Her Majesty is known, and the Militia
so called out by their Commanding Officer shall immediately obey ail such orders as
he may give, and march to such place within or without the District or Division as he
may direct.
61. — Her Majesty may call out the Militia or any part thereof for actual service,
either within or without the Dominion, at any time, whenever it appears advisable so
to do by reason of war, invasion of insurrection, or danger of any of them; and the
Militiamen, when so called out for actual service, shall continue to serve for at leasl
(1) Statutes of Canada — Statut» du Canada — 31 Vict. cap. XL.
— 327 —
nue year from thc date of their being called out for actual service, if required so to
do, or for any longer period which Her Majesty may appoint:
2.— Her Majesty may, from time to time, direct the furnishing by any Regimcntal
Division, of such number of Militiamen as may be required either for reliefs, or to fill
vacancies in Corps on actual service;
3. — Whenever thc Militia or any part thereof are called out for actual service by
reason of war, invasion, or insurrection, Her Majesty may place them under the orders
of the Commander of Her Rcgular Forces in Canada.
Acte concernant la Milice et la Défense de la Puissance do Canada.
[Sanctionné le 22 mai. 1868.]
MILICIENS
4. — La milice se composera de tous les habitants mâles du Canada, âgés de dix-huit
ans et plus, et de moins de soixante ans, non exemptés ou déclarés inhabiles aux
termes de la loi, et sujets anglais de naissance ou par naturalisation; mais Sa Ma-
jesté pourra appeler au service toute la population mâle de la Puissance, en état de
porter les armes, survenant le cas d'une Levée en Masse.
5. — La population mâle ainsi appelée au service dans les rangs de la milice, sera
partagée en quatre classes :
La première classe comprendra les hommes âgés de dix-huit ans et plus, mais
de moins de trente ans, non mariés ou veufs sans enfants.
La deuxième classe comprendra ceux âgés de trente ans et plus, mais de moins
de quarante-cinq ans, non mariés ou veufs sans enfants.
La troisième classe comprendra ceux âgés de dix-huit ans et plus, mais de moins
de quarante-cinq ans, mariés ou veufs avec des enfants.
La quatrième classe comprendra ceux âgés de quarante-cinq ans et plus, mais
au-dessous de soixante.
Et l'ordre précédent sera celui d'après lequel la population mâle sera appelée au
service.
DIVISION DE LA MILICE
6. — La milice sera divisée en Milice Active et Milice de Réserve :
La Milice Active comprendra la Milice Volontaire, la Milice Régulière et la Milice
Navale.
La milice volontaire se composera des corps levés au moyen de l'enrôlement
volontaire.
La milice régulière se composera: des hommes qui s'enrôlent volontairement au
service dans la milice, — ou des hommes tirés au sort pour le service, — ou de ceux qui
s'enrôlent volontairement pour servir avec les hommes tirés au sort, et des hommes
tirés au sort.
La milice navale se composera des marins, matelots et personnes ordinairement
employées sur les embarcations à voile ou à vapeur naviguant dans les eaux de la
Puissance.
La Milice de Réserve comprendra tous les hommes qui ne servent pas alors dans
la milice active.
APPEL DE LA MILICE
60. — L'officier commandant tout district ou division militaire, ou l'officier com-
mandant aucun corps de milice active, pourra dans les cas soudains et inattendus
d'invasion ou d'insurrection, ou d'appréhension imminente de l'un ou l'autre de ces
dangers, appeler, en tout ou en partie, la milice placée sous son commandement, jusqu'à
signification du plaisir de Sa Majesté; et la milice ainsi appelée par son officier com-
mandant devra, immédiatement, se conformer aux ordres qu'elle pourra en recevoir, et
se diriger sur toute localité, dans ou hors les limites de son district ou de sa division,
qu'il pourra désigner.
— 328 —
61. — Sa Majesté pourra appeler, en tout ou en partie, la milice au service actif, dans
ou hors la Puissance, lorsque la chose sera en aucun temps jugée à propos, en consé-
quence de guerre, invasion ou insurrection, ou d'appréhension d'aucun de ces dangers;
et les miliciens, ainsi appelés au service actif, continueront de servir pendant au moins
une année à compter de la date à laquelle ils auront été appelés au service actif, s'il y
sont tenus, ou pour toute période plus considérable que Sa Majesté pourra fixer;
2. — Sa Majesté pourra, de temps à autre, ordonner à toute Division Régimentaire
d'avoir à fournir le nombre d'hommes requis soit comme renforts ou pour remplir les
vides dans les corps en activité de service;
3. — Lorsque la milice sera, en tout ou en partie, appelée au service actif, en consé-
quence de guerre, invasion ou insurrection, Sa Majesté pourra la placer sous les ordres
du commandant de ses troupes régulières en Canada.
39
Débats sur la Loi de 1868, 0)
Le 31 mars 1868:—
HON. Mr. CARTIER: — He expected, under the provisions of his
Bill, to provide that the number of trained men within the Dominion should not be
less than 40,000 If a sufficient number of volunteers should not corne for-
ward to complète the required number, there would be a ballot for the sélection of the
quota necessary. If the population between the âges of 30 and 45 were not sufficient
they would hâve to fall back upon the respectable (laughter) portion of the commu-
nity, between 45 and 60 (149)
HON. Mr. CARTIER (after recess) : — In resuming said that if the uieasure
which he now had the honor to introduce, had been the law of the land during
the past three years, the defence necessary for the protection of the country would
hâve been provided at a lower expense than that which had been incurred, and though
he hoped that no such invasions would be repcated it was necessary to be prcpared to
meet them, in the firm détermination of the country to remain British (150)
Mr. JONES (Leeds) :— Let us suppose that this prindple of vo-
lunteering for the defence of foreign powers should be carried out more extensively,
and that young men of Ontario, who hâve received military instruction at the public
expense, should engage in the service of Garibaldi, and leave Canada in organized
bodies to fight on the side of political liberty in Italy, then we should behold the sad
spectacle of Canadians educated at the expense of the Canadian public fighting the
battles of contending parties on Italian soil. Now, is this what the people of Canada
are to be taxed for to the extent of $110,000 a year to furnish soldiers for the service
of the Pope and Garibaldi? What I contend for, Mr. Speaker, is, that we hsve neither
men nor money to «pare to furnish soldiers for any power whatever; but that Cana-
dians should be encouraged to remain in our own country to assist in défendis* Cana-
dian soil in time of danger, and in maintaining British power on this continent
(cheers). — (153)
Hon. Mr. DORION — thought the government measure ignorcd the
volunteer and adopted the compulsory System. Still he believed that there was, or
would be, no lack of men to carry out the principle (150)
Le 22 avril 1868:—
HON. Mr. DORION : — The battle [entre l'Angleterre et les Etats-Unis],
if lt were ever to be fought, must be fought by sea, and not behind any rem-
parts on Canadian soil. The only information which the mlnister would afford
(1) Extraits des Parliamentary Debatea, 1867-68 (compilés par le Times d'Ottawa).
Le chiffre de la page est indiqué après chaque citation.
— 329 —
was that some vague conversation of himself or his colleagues had pledged the coun-
try to unknown undertakings, the particulars of which he deçHned to furnish, but
which, with his militia propositions, would absorb ten per cent of the resources of
the whole country (182)
Le 23 avril 1868:—
Mr. MACKENZIE — said that it was impossible to consider the
subject of the defence of the country without taking into considération the proximity
of the United States, and the probability of aggressive action on their part. He did
not regard the United States, as a nation, as hostile to this country, or Great Bri-
tain. The wealth and intelligence of that country were opposed to anything like hosti-
lities, but he was sorry to say that there were a class of politicians, some of them even
in high positions, who would not hesitate to embroil the two countries in war, if by
doing so they could further their Personal interests. The policy of Great Britain, he
had sometimes thought, had been too conciliatory towards the United States, but
England was a great power and could go a long way in conciliating a foreign nation,
which a smaller power could not do without humiliation, and he believed this policy
would préserve peace. He would pay a fair amount per head for défensive pnrposes,
but there was no comparison between the ability of Great Britain and Canada to pay
a war tax per head. There the property was of a personal nature which was easily
converted into money, while hère our property was in farms, the occupants of which
could not sustain heavy taxation. He thought England was bound to afford us a fair
measure of protection. Canada had already spent 116,000,000 in completing canals
and $20,000,000 for railways, which gave the Impérial Government easy transportation
for troops and munitions of war. It appeared to him that the report of Col. Jervais,
and ail such reports had had but one object, and that was to provide facllities for
the eacape of British troops in case of disaster. He could not consent to such a mis-
appropriation of funds, and believed that fortifications, if of any use, must be erected
for the protection of the people residing- in the country He thought that
volunteers ought to be specially favored, tastead of discouragement being thrown ta
their way, as was proposed by this Bill. He was prepared to support the Govern-
ment in the production of a Bill which would provide for the necessary defence of the
country, as satisfactorily as the past volunteer system had done, but he would be
compelled to propose many modifications in the présent measure. — (185)
Dr. PARKER : — He thought the matter of defence should be
settled by treaty between this and the Mother Country; and if it were known that
England would défend us, as she was bound to do, it would do more to repel aggres-
sion than the training of 100,000 men. If the force proposed by the Bill, was to assist
the civil power and repel such invasions as that of 1866, it was altogether too exten-
sive and costly. If it were intended to défend the country against the power of the
United States, it would be utterly inadéquate, and could not be looked upon as
anything but a monstrous folly (186)
Au Sénat, le 18 mai 1868:—
HON. Mr. SANBORN : — We should look at it as Canadtans, because we
cannot disguise the fact, that we may be left at some future period to our own
resources. We hâve been often told by metnbers of the Parliament of Canada, when
they were seeking to bring about Confédération, that we were verging towards a
nationality, and that this Confédération was a first step towards making as • nation.
The whole ténor of the remarks of British statesmen leads us to the conviction that
the responsibility of our becoming something great — or less great — according to
our ability, dépends upon ourselves, therefore it is onr dnty to view Canada as Ca-
nada alone. We hâve hère a home, a nationality — something of which we hâve reason
to be proud. We bave also reason to be proud of the country to which we are attached
and of the Government which extends protection over us, but we must bave pride for
Canada too. Viewing this matter we must not only view it from an Impérial point
of view, as for the interest of the Empire, but we muât view it in the lient of our
own interest. The Postmaster-General (1) has told us of the amount expended by Great
(1) Hon. Alex. Campbell.
— 330 —
Britain in keeping soldiers herc. He (Mr. Sanborn) believed tliat was not an in-
creascd cxpenditure for Great Britain, as those soldiers must be kept, and they could
be kept in Canada as cheaply as anywhere else.
HON. Mr. CAMPBELL : — Every additional colony gives the occasion for the ein-
ploymcnt of so many additional troops, thereforc we are tlic occasion of so many
additional troops being employed.
HON. Mr. SANBORN — did not think any larger number of troops was kept on
account of Canada being a possession of the British Crown. If tliere were, it was for
the maintainancc of British power on this continent, front an Impérial, and not from a
Canadian, point of view. Suppose a war takes place between the United States and
Great Britain, it wonld not be on account of any grievance which we hâve, as Cana-
dians; yet the resuit would be the dévastation of the most beautiful and productive
part of our country. Should we not then assert our own peculiar position, and
show the state in which we would be pla?cd by the contingencies of war. Then
look at the importance of the colonies to briiig power and prestige to Great Britain.
Let her be shorn of them, and where would lier naine be in the estimation of the
world in comparison to what it is now ? (259-260)
HON. Mr. MITCHELL :— The number of those in England who wish to
throw us upon our own protection is very small ; ail the British people ask of us is
that if British treasure is to be spent in Canada, wc should pay our just share to
maintain the rights and liberties of the country. He did not think there was a single
man on the floor of the House, or any maii who wished to remain a British subject,
but was willing to contributc lus fair share for the defence of the country. Thèse
Hills will be an évidence to the people of England that we désire to maintain British
power on this continent, and it will be an argument against the reasoning of those who
désire to sever the connection between us and the British Empire (261)
40
Dépêche de M. Cardwell, ministre de la Guerre, à Lord
Gran ville, ministre des Colonies 0)
(Extraits)
(1) Extract of Letter from Mr. Secretary Cardwell to Earl Granville.
War Office, 25th January, 1869.
"In looking at the document, of which I enclose a copy, entitled "Distribution of
Regimental Establishments, 1868-9,' I find that of the whole number of men voted for
the current year, 50,025 arc entered under the heading 'Total for the Colonies,' which
includes the force in Japan; of this number, viz., 50,025, no less than 16,185 are entered
for British North America, under the several heads of Canada, Nova Scotia, and New-
foundland."
"Of this last number, 3,592 hâve already bcen recalled, and I hâve had submitted
to me a letter from the Colonial Office, dated the 8th ultimo, stating that in the opinion
of the Duke of Buckingham and Chandôs (2), a further réduction of the troops servin-,
in the Dominion of Canada might take place, so as to Ieave —
5.000 men in Québec and Ontario.
2,000 do Nova Scotia.
1,650 do New Brunswick.
"I also learn that in pursuanec of a pledge given by the Government of Lord
Palmcrston in 1865, to the effect that Her Majesty's Government would ask Parliament
to guarantec a loan, of which the Colonial Government would undertake the primary
(1) Sessional Papers, 1869, No 60, page 13. — Sessional Papers, 1871, No 46, page 4.
(2) Ministre des Colonies, du 8 mars 1867 au 10 décembre 1868.
— 331 —
rcsponsibility, aud which was to be raised for the purpose of defraying the cost of
certain works of fortification required for the defence of the Dominion, an Act was
passed in the month of May last, by the Législature of Canada, for raising a l«an of
£1,100,000 accordingly.
"This Act is still under the considération of H.M.'s Government, but the pledge of
the Impérial guarantee having been given upon the supposition that greater exertions
than heretofore would be made by the Local Government to provide for the military
defence of the Dominion, thus relieving the Impérial Exchequer from financial liability
in this respect to a greater extent than has yet been accomplished, I cannot but think
that when this guarantee is called for by the Dominion, especially considering the
existing friendly relations between oursclves and the Government and people of the
United States, Her Majesty's Government ought to effect a larger réduction of the force
than is contemplated in the Duke of Buckingham's letter.
"In the year 1851, Earl Grey, then Secretary of State for War and the Colonies,
addressing the Governor General of the British North American Provinces, wrote as
follows: — 'Canada (in common with the other British Provinces in North America) now
possesses in the most ample and complète manner in which it is possible that she should
enjoy it, the advantage of self-government in ail that relates to her internai affairs.
" 'It appears to Her Majesty's Government that this advantage ought to carry with
it corresponding responsibilities, and that the time is now corne when the people of
Canada must be called upon to take upon themselves a larger share than they hâve
hitherto done of expenses which are incurred on this account, and for their advantage.
" 'Of thèse expenses, by far the heaviest charge which falls upon this country, is
that meurred for the military protection of the Province.
" 'Begarding Canada as a most important and valuable part of the Empire, and
believing the maintenance of the connection between the mother country and the Colony,
to be of the highest advantage to both, it is far from being the view of Her Majesty's
Government that the gênerai military power of the Empire is not to be used in the pro-
tection of this part of Her Majesty's Dominions.
" 'But looking to the rapid progress which Canada is now making in wealth. and
population, and to the prosperity which she at this moment enjoys, it is the conviction
of Her Majesty's Government that it is only due to the people of this country that they
should now be relieved from a large proportion of the charge which has hitherto been
imposed upon them for the protection of a Colony now well able to do much towards
protecting itself.
" 'In adopting this principle, I need hardly observe to you that Her Majesty's Go-
vernment would merely be reverting to the former Colonial policy of this country-'
"Again in 1853, the Duke of Newcastle, then Secretary of State for War and the
Colonies, acquainted the Governor General that Her Majesty's Government thought it
ueessary to reduce the force then in Canada, that is to say, in the présent Provinces of
Ontario aud Québec, from 4,110 to 3,170 bayouets; and pointed out to him that in doing
so, they were only reducing the garrisons of Canada to the establishments of 1792 and
1822.
"Very exceptional circumstances hâve no doubt prevented the application of thèse
principles to the British North American Provinces during the last few years; but thèse
circumstances hâve in my opinion ceased, and I am not aware of any sufficient reason
which should prevent our returning to the policy laid down in the Despatches to which
I hâve above referred.
"The Government of the new Dominion has displayed an anxiety to improve the
organization of its own defenecs, which is deserving of encouragement on our part;
and, in doing so, has availed itsçlf of the assistance of some of Her Majesty's régiments
in training the officers and men of its own volunteers and militia. The réductions
which I now propose to your Lordship will not interfère with thèse arrangements.
"I shall be glad, therefore, to be favored with your Lordship's opinion, whether it
is necessary that any portion of Her Majesty's troops should be left in the Dominion
of Canada, beyond such as it may be deemed expédient to retain with a view to the
training of the militia and the volunteers, and the maintenance of the Schools of Ins-
truction.
— 332 —
"This number would be sufficient, in any case of emcrgency, to furnish the garrison
of Québec."
* * * *
"Upon the whole, thcrefore, with a view to the préparation of the estimâtes for
the ensuing year, I should propose that the following troops should be immediately
recalled from the Colonies, and that the addition to their number, to those which at
présent constitute the whole force in this country, should be borne in mind in consi-
dering what number it is necessary to include in the votes to be submitted to Parlia-
ment, viz : —
From Canada —
One régiment of cavalry, three battalions of infantry.
From Nova Scotia and New Brunswick —
Two battalions of infantry.
* * * *
"I further propose the withdrawal from Canada of three batteries of fleld and three
of garrison artillery, and from Nova Scotia of one field battery, which will cause a total
réduction of 1,124 artillerymen."
DISTRIBUTION OF TROOPS— EXTRACT.
Canada 12,214
Newfoundland 296
Nova Scotia 3,675
41
Dépêche de Lord Granville à Sir John Young, gouverneur
général du Canada (*)
The Secretary of State for the Colonies to the Governor General.
Downing Street, 14th April, 1869.
(No 65)
Sir, — 1. Her Majesty's Government hâve had recently under their considération
the distribution of Her Majesty's Troops among the British Colonies, and the rate of
contribution to be paid to the Impérial Exchequer by the Colonies in which they are
placed.
2. As nearly one-third of thèse troops werc till lately stationed in Canada, it need
hardly be said that it became, in the first instance, necessary to consider what force
should at présent be retained in the Dominion, and on what terms.
3. In determining thèse questions, their attention has been partlcularly directed to
the Despatch, No. 95, of the 17th of June, 1865 (2), in which Mr. Cardwell conveyed to
Lord Monck the décision of Lord Palmerton's Government on various questions of impor-
tance respecting the defence of the then Province of Canada, and also to the Minutes of
Committee of Council, transmitted respectively in Lord Monck's Despatch, No. 96, of
January 2nd, 1868, and in your Despatch, No. 9, or January 21st, 1869. The former
of thèse minutes relates to the naval force then in Canadian waters, the latter to the
withdrawal of troops. In both it 1s urged that an exceptional amount of military and
naval assistance is due to Canada, as being exposed to danger, not from any Colonial
cause, but from the désire of persons called Fenians, to obtain some basis of opérations
against Great Britain.
4. Her Majesty's Government trust that the annoyanece arising from the organi-
sation of Fenianism in the United States is fast disappearing. This organisation,
founded on the hostile feelings entertained by numerous Irishmen in the United States
against Great Britain, derived its substantial importance from the circumstance that
(1) Sessional Papers, 1869, No 60, page 11. — Sessional Papers, 1871, No 46, page 2.
(2) Pièce No 34 ci-dessus.
— 333 —
large armics liad becn recently disbandcd, and were not yet thoroughly absorbed in th«
pursuits of peace. Such a state of things must always contain éléments of danger to a
neighbouring country, and so far as thc Canadians suffer form it, they suffer not m
much from their connection with Great Britain as from an unhappy — I hope a passing
— accident of their geographical position.
5. With this observation, which I am by no mcans inclined to press too far, )
proceed to the various matters on which I hâve to convey to you the conclusions of He?
Majesty's Government.
6. In the Despatch to which I hâve already alluded, Lord Monck was uxformed tha»
if the Province of Canada undertook the primary liability for certain works of defenc*
there indicated, Her Majesty's Governement would apply to Parliament for a guarante»
of the sura required for that purpose; but that the désire and décision «f the Provincial
Législature ought to be pronounced before any such application should be made.
7. At the wish of the Canadian Ministers the matter was reserved for the Parii»-
ment of the Dominion, which has now pased an Act authorizing the Governor to rais*
a sum of £1,000,000 for the proposed purposes, and under the Impérial guarantee.
8. Without anticipating any arrangements of détail which may prove necessary, ]
will only hère say that the présent Government are prepared to redeem the pledge of
their predecessors, and will introduce into Parliament a Bill authorizing the contem-
plated guarantee.
9. But they are also of opinion that the military and naval assistance hitherto
given to Canada, under circumstances which they hope are now passing away, must al
once be very largely reduced. The conclusions at which Her Majesty's Government havs
arrived you will find in the annexed extracts from a letter which I hâve received from
the Secretary of State for War.
10. In the course of the summer, therefore, it is intended to withdraw from Ontario
and Québec, one Begiment of Cavalry, three Batteries of Field and three Batteries of
Garrison Artillery, and three Battalions of Infantry, and from Nova Scotia and New
Brunswick, two Battalions of Infantry and one Field Battery-
11. Halifax will be considered as an Impérial Station, and for its defence a bout
2,000 men will, for the présent, be left in Nova Scotia.
12. About 4,000 men will, for the présent, be left in Ontario, Québec and New
Brunswick. But this must be considered a temporary arrangement, and I am disposed
to concur with Mr. Cardwell in the opinion that it will soon become unnecessary to
maintain any British force in those Provinces, beyond what may be required for the train-
ing of the Militia and Volunteers and the maintenance of Scbools of Instruction. The
terms on which any of H. M. 's Begiments can be retained in the colony, for this or
any other purpose, will be a matter for future considération. Meantimc the Secretary
of State for War informs me that Colonial Governments will receive ail possible assis-
tance in obtaining, at their own charge, the services of such commissioned and non-coro-
missioned officers as they may désire to employ for the organization or instruction of any
local force, for the construction, inspection or maintenance of fortifications, or for any
other matter connected with Military defence. The War Department will also be ready,
when practicable, to furnish them at cost price with such arms, ammunition and mili-
ta ry stores as they may need; and, though the matter may be of less interest to Canada
than to some other Colonies, I enclose a copy of régulations under which well-«con-
ducted privâtes will be allowed to take service as policemen, or otherwise, if required,
in the Colonies in which they hâve been stationed.
13. I hâve further to point out to you that, in the opinion of the Secretary of State
for War, any body of men, who are to be a charge upon the Impérial Exchequer, ought
to be a body raised for the gênerai service of Her Majesty, and not limited either by tbe
conditions of enlistment or by practical necessity to a particular Colony. The Canadian
Bifles do not, as you are aware, satisfy this condition, and Mr. Cardwell is accordingly
about to reduce four companies of that corps, and to take measures to relieve the Im-
périal Treasury from the cost of supporting it. It beeomes matter for the considération
of the Local Government, whether that corps, or any part of it, useful as I believe it to
be fior local purposes, shall be maintained at the expense of the Colony.
14. Lastly, I hâve to refer to the naval force to be maintained during the ensning
summer on the Canadian lakes and the St. Lawrence.
15. In the Despatch of the 17th of June, which I hâve already cited, and to which
Lord Monck's Executive Council refers, Mr. Cardwell observed that, "apart from any
— 334 —
* question of expedie&cy, tlie Convention subsisting between this country and the
■ United States, rendered it impossible for either nation to place more than the specified
■ number of armed vessels on the lakes in tlme of peace."
16. The number of armed British vessels on the lakes, with the concurrence of the
Government of the United States, has, as you are aware, been in excess of the number
allowed by the arrangement of 1817. Her Majesty's Government are of opinion that
the time has arrived, or may very shortly arrive, when there would be no sufficient
reason for expecting the acquiescencc of the United States in this state of things. They
consider, therefore, that the vessels of war on the lakes, which now on both sides exceed
fhe number allowed by the Convention, should, within a reasonablc time, be reduced
to those numbers.
17. Her Majesty's Government are willing that the three Impérial gun-boats should,
if the Canadian Government désire it, be replaced this summer on the lakes or on the
St- Lawrence, and it will be for them to consider what further armed naval force, not
prohibited by the terms of the arrangement, should be kept up in Canadian waters,
but Her Majesty's Government are of opinion that this ninst now be done entirely at the
éxpense of the Dominion.
18. With regard to the observations contained in the Report of the Committee of
the Privy Council that Canada has no power to commission vessels of war, I would call
your attention to the Colonial Naval Defence Act of 1865, which was intended to provide
against ' that dif f iculty. The Council do not state in what respect it is f ound to be
imperfect.
19. I hâve to request that you will lay this Despatch before your ministcrs. They
must be fùlly aware of the principles which parliament will require to be applied to
Impérial expenditure for the defence of the Colonial Empire. In the graduai, if not
tardy, application of thèse principles to British North America, they will, I hope, reco-
gnize the earnest désire of Her Majesty's Government to do justice both to the exceptional
circumstances which hâve hitherto existed in that part of the British Empire, and to the
admirable spirit which has been shown by the Government and country of Canada in
providing for their own protection.
I hâve, &c,
(Signed.) GRANVILLE.
Governor General
The Right Honorable Sir John Young, Bart., G.C.B., G.CjM.G.
42
Dépêche de Lord Gran ville à Sir John Young (*)
The Secretary of State for the Colonies to the Governor General.
Downing Street, 12th February, 1870.
(No 40)
Sir, — I hâve to oommunicate to you the intentions of Her Majesty's Government
respecting the Military Force now in Canada, which it will be necessary for them before
long to submit to Parliament. They hâve been adopted after repeated and careful con-
sidération.
Parliament cannot fail to expect that substantial effect shall be given to the policy
which it has alrcady approved, and which was stated in my Despatch, No. 65, of the
14th of April, 1869, of reducing the number of Her Majesty's troops in British North
America.
On the othcr hand Her Majesty's Government arc desirous of affording the Domi-
nion Government ail possible assistance in organizing such a Military and Naval power
as they may consider befitting for a country which has an increasing population of
three and a half millions.
With this view Her Majesty's Government are prepared, as they hâve already
mformed you, to perform their pledge of proposing to Parliament to guarantee a loan
of £1,100,000 for défensive works. But in order to mect objections which are not un-
(1) Sessional Papcrs, 1871, No 46, page 8.
— 335 —
likely to bc raised in Parliamcnt, they would be glad to know whether the Government
of the Dominion is still in favor of the plan heretofore accepted, and if se, how soon
they are prepared to begin and carry out the necessary works.
Meantime, I shall forward to you shortly the draft of a bill containing the con-
ditions of détail on which it is proposed to give the guarantee, and without which it
could not be expected to receive the approval of the House of Gommons.
The City of Halifax will bc garrisoned by about 1,500 British troops of ail ranks, as
an Impérial station.
Besides supplying tins force the Secretary of State for War is desirous of enabling
your Ministers, if they should think it requisite, to retain in Canada the services of a
small body of rcgular troops for the instruction of their Volunteers and Militia.
With this view he would be ready to facilitate the formation of a Colonial Régi-
ment, out of Her Majesty's army, by enabling officers and men, now in the Dominion,
to aocept any offer made to them by the Government for the transfer of their services,
and this even though an entire battalion werc to volunteer as a Colonial Régiment foi
service, in Canada, the Head quarters and a small nucleous returning to this country
on which the Régiment could bc reformed.
What thèse offers should be, and what arrangements in par ticular should be made,
as to the claims arising out of past service, are matters which will require considéra-
tion, in case the principle of the plan is acceptable to the Canadian Government.
Besides the Halifax garrison, Her Majesty's Government propose to leave in Canada,
for the présent year, a battalion of infantry and one battery of garrison artillery.
This force will be shortly concentrated or havè their head quarters at Québec. The
régiment of Canadian Rifles will be disbanded. The rest of the force now in Canada
will be withdrawn.
The barracks and fortifications finally vacated by Her Majesty's troops, together
with the landed property of the War Department attached to them, will be handed over
to Canada, so also will the armament of the fortifications. But it must be remembered
that, if at any future period troops are sent to Canada at the request of thé Local Go-
vernment, or in furtherance of Colonial interests, the Dominion will be expected to
provide them with barracks or lodging to the satisfaction of Her Majesty's Government.
The small arms already issued on loan, consisting, as I understand, of 43,870 rifles
40,670 Snider Rifles. and carbines, will become unconditionally the property of Canada,
î?'999> Spender jjo. as you hâve been informed in another Despatch, (this wiU follow,>
1,000 Spender Car. . / . . ... . . . .
200 Starr Car. But no further issues on loan will be made, except under circums-
tances of spécial emergency.
You will take care to explain to your Advisers that the arrangements contemplated
in this Despatch, and which are based on principles applicable not exclusively to the
Dominion, but to the other self-governing British Colonies, are contingent upon a time
of peace, and are in no way intended to alter or diminish the obligations which exist
on both sides in case of foreign war.
I hâve, &c,
(Signed.) GRANVILLE.
Governor General, The Right Hon. Sir John Young, Bart, G.C.B., G.C.M.G.
43
Rapport de Sir Georges Cartier au Gouverneur (*)
Department of Militia and Defence,
Ottawa, May 19th, Î870.
On the two Despatches of the Right Honorable the Secretary of State for the Colo-
nies, of the 12th February last (40 — 41), to His Excellency the Governor General, the
undersigned has the honor to state, that, the reason for not re-'
Herewith porting on them at an earlier date, is to be attributed to the expec-
tation of the Despatch containing the Draft of the Bill to authorize the guarantee for the
construction of fortifications in Canada, which arriyed, accompa-
nied by the Despatch of the 7th April last, on which the under-
(1) Sessional Papers, 1871, No 46, page 65.
— 336 —
signed rcportcd ycsterday to Your Excelleno't and which report was ciubodicd in an
Ordcr of Your Excellency in Council, agrceing to the provisions of the proposed Bill,
with somc suggcsted modifications. The undersigned is now in a position to report
upon the above Despatches (40 — 41,), and has tlie honor to state, that, he considers that
a Mémorandum for the information of the Right Honorable the Secretary of State
should embody the following: —
1. With regard to the réduction of troops, the Canadian Government learns, with
regret, the détermination of the Impérial Government, to withdraw,
Withdrawal of at so ggriy a date, and in such a sudden way, the greater part of
the troops now stationcd in British North America.
The same reasons which prompted the Mémorandum of the 4th November, 1869,
transmitted with the Governor General's Despatch (124), of the 9th of same month,
urging the non-withdrawal of arms, on account of the Fenian organizatiou then existing,
equally apply against the réduction of troops in the Dominion of Canada, for that body
of evil disposcd persons is yet in existence, and in full activity, and if the British Go-
vernment should fecl it necessary to withdraw the troops, as they appear to hâve deter-
mincd on doing, the Canadian Government trusts such a détermination will not be
fully carried into exécution, until after an entire cessation and disappearanec of the
hostile feelings shewn by that organizatiou, which the Impérial Government is aware,
hâve not yet taken place.
It is well that the Impérial Government should be informed that the Active Militia,
to the extent of several thousand men, at a great expense, bave been called out during
the past month, and that the continued threats of the Fenian body bave induced the
Canadian Parliament to suspend the Habeas Corpus Act. The préparations made by
the Canadian Government to resist the threatened attack of tliat body, may hâve de-
terred them from carrying into exécution their intentions, but they are, however,
rcportcd to be making préparations for an attack upon somc part of the North-West
Territory.
So long as the Fenian organizatiou exists, it is considered by the Canadian Govern-
ment, that, as that body is organized, not against Canada but against the Impérial
Government, therc should be left in Canada a sufficient number of lier Majesty's
troops, to assist in repelling any invasion from that lawless body.
Anotber important rcason why the troops now in Canada should not be witbdrawn,
is obviously fouud in the difficulties which have arisen in the Red River Territory, and
still, unfortunately, continue to exist, and which render necessary the présence of a
number of Her Majesty's troops in the Dominion of Canada, to be available for service
in that territory. If no reply has been made to the Despatch of the Right Honorable
the Secretary of State for the Colonies, of the 14th April, 1869 (65), it must not be
inferred that the Canadian Government acquieseed in the policy of suddenly with-
drawing the greater part of the troops from British North America, as the opinion of
the Canadian Government on the subject therein mentioned, has been frequently made
known to the Impérial Government, and particularly, by an Order of the Governor
General in Council, of the 21st January, 1869, transmitted by Despatch (9) of the same
date. Such a course would be impolitic, so long as the organization of the Fenian
body continue to exist. Moreover, while the Despatch of the 14th April, 1869 (65), si-
gnified to the Canadian Government, the final détermination of the Impérial Govern-
ment to withdraw the troops, yet the ternis thereof led the Canadian Government to
suppose that the withdrawal of them would not take place at so early a date, and cer-
tainly, not so long as the threats of the Fenian body against Canada continued to bc
made. It must also be remembered, that at the date of writing the Despatch of the
14th April, 1869 (65), the Impérial Government were under the conviction that the Fenian
organization would soon disappear. Unfortunately, this expectation has not been
realized.
2. If the Impérial policy bc irrcvooably determined on to reduce in the manner
proposed in the Despatch of the Right Honorable the Secretary of
Garrisons °* State for the Colouies, of the 12th February, 1876 (40), the number
^uc *n ax' of regular troops now stationcd in the various parts of the Domi-
nion of Canada, notwithstanding the représentations herein made, the Canadian Go-
vernment caimot understand why there should not be continued at Québec a perma-
nent garrison, such as is proposed to be established at Halifax, and feel it their duty
strongly to urge on the Impérial Government the absolute necessity for a permanent
— 337 —
garrison at Québec, coraposed of Hcr Majesty's Regular* Troops. It must not bc lost
sight of tliat Québec is the principal fortified place in the Dominion, and forms, as it
werc, the gâte of entrance to the River St. Lawrence, and holds towurds that river and
the great lakcs, about the saine position that Gibraltar does towards the Mediterranean.
The Canadian Government hope, therefore, that the Impérial Government will be
induced to consider favorably thes« views, and adopt such measures, that, under ail
circumstances, Québec continue to hâve a permanent garrison.
3. As to the formation of a Colonial régiment out of the regulars now in Canada,
with their head qnarters in Eng-land, with a view to afford mili-
Colonial Régiment. Ury in8truction to the 0fficera and men of the Militia of Canada,
the andersig-ned is not prepared to recommend the adoption of the proposai submitted.
4. With regard to the works of fortification proposed to be constructed, the under-
signed would refer to the Act of the Canadian Parliament, autho-
pr tr H rizing the loan, to the Orders of the Governor in Council, on Des-
°n' patches of 17th May, 1869, and 4th August, 1869, (87, 149), which
orders formed the basis of subséquent Despatches from His Excellency the Governor
General, of the 28th October, 1869 (110, 111). The undersigned has stated in his place
in the House of Commons, that he would recommend that the expenditure on thosc
works should be spread over five or six years, and in about equal proportions, and
that the first works undertaken should be at Montréal, Kingston, and St. John, N. B.
With respect to the conditions alluded to in the Despatch of the 12th February,
1870 (40), as to be imposed by the Impérial Government, for the raising of the neces-
sary loan on the Impérial guarantee, the undersigned, as stated above, reported to Your
Excellency, yesterday, on the Draft of the Bill, as forwarded with the Despatch of the
7th April last.
5. As to the barracks and fortifications, together with the landed property of the
War Department attached to them, and the armament of the forti-
Surrender of fications, which it is proposed to hand over to Canada, so soon as
' "' those barracks and fortifications are finally vacated by Her Majes-
ty's Troops, the Canadian Government will be ready to accept such transfer on the
conditions stated in the Despatch of the 12th of February last (40), that, if at any
future period, troops are sent to Canada, at their request, or in furtherance of colonial
interests, they wîll provide them with barracks or lodging, to the satisfaction of Her
Majesty's Government. The Impérial Government must, however, be aware that the
maintenance of the barracks and fortifications so transferred, will necessary entail
a very heavy outlay on the part of the Canadian Government.
6. The Canadian Government hâve learned with pleasure, and feel gratcful that
the Impérial Government hâve authorized the sinall arms, already
issued on loan, consisting of 43,870 rifles and carbines, to become
unconditionally the property of Canada.
7. For the expressed intention not to withdraw at présent the 25,000 Sniders now
kept as a reserve in Canada, the Canadian Government offer their thanks.
8. The announcement in the former Despatch of the 12 th February last (40), that
the arrangements thereln contemplated are contingent upon time of peace, and are in
no way intended to alter or diminish the obligations which exist on both sides in case
of foreign war, is very satisfactory to the Canadian Government, who receive with
gladness the réitération of the assurance conveyed in the Despatch of the 17th June,
1865, that the Impérial Government i'ully acknowledged the obligation of defending
every portion of the Empire, with ail the resources at its command, on the reciprocal
assurances given by the Canadian Ministers, tlicn in London, that Canada was ready
to dévote ail her resources, both in men and money, to the maintenance of her con-
nexion with the Mother Country.
(SIgned,) GEO. ET. CARTIER,
Minister of Militia and Defence.
Rifles &. Carbines.
— 338 —
44
Lettre du Général Lindsay au Gouverneur Général 0)
The Lieutenant General Commanding to the Governor General.
Head Quartcrs,
Montréal, 27th May, 1870.
(Copy — C. 8900)
Sir, — In my letter of the 14th April, I had the honor to acquaint your Excellence
with the instructions I had received from the Colonial Office, with respect to my giving
the Government of your Excellency every assistance in making such military arrange-
ments as they may consider neccssary on the withdrawal of the troops.
The points enumerated were —
lst. Facilities were to be afforded for enabling officers and soldiers to take service
under the Canadian Government, cven to the extent of one entire battalion, the Head
quarters returning to England.
2nd. Half-pay officers were to be allowed to take service under the Government
of Canada, without forfeiting their rank in the army, and were to revert to half-pay
when they ceased such service.
3rd. That Her Majesty's Government expressed themselves anxious to afford the
Dominion Government ail possible assistance in organizing such a military and naval
power as they may consider necessary.
I requested an early considération of the question, which could not be postponed.
inasmuch as two régiments were under orders to leave the country before the autumn.
and another, essentially Anglo-Canadian, was to be disbandcd-
I pointed out to your Excellency's considération that a number of officers and men
of the Royal Canadian Rifles, and probably of other corps, would be prepared to trans-
fer their services to the Colonial Government; and in another letter respecting the com-
position of the force for the expédition to Red River, I also drew attention to the advan-
tage of engaging the services of a portion of the Royal Canadian Rifles.
I havc not yet been favored with a reply to my letter of the 14th April, except to
one point, viz., that "the Government did not intend to avail themselves of the proffered
" services of the men of the Royal Canadian Rifles", and this décision has been still
further confirmed by the Adjutant General of Militia, that with regard to the Red River
Expédition, the Government would not accept Royal Canadian Riflemcn untll after they
were discharged.
In again addressing your Excellency, I am well aware that the Dominion Govern-
ment must be the best judges of what their military policy should be, now that they
hâve before them the Impérial policy with respect to Her Majesty's troops. But in
pursuance of the instructions I havc received, and anxious as I am to give any assis-
tance to the Dominion Government as to any military arrangement which they may
think it expédient to make, I think it my duty again to point out to your Excellency the
necessity of giving an early considération to the points hereinafter mentioned.
I do not propose to make any suggestions as to the future military system of thèse
two Provinces with regard to the militia, or the larger question of a standing force,
though, if required, I shall be prepared to do so.
Thcre are, however, important military positions which should be occupied, and
which must bc considered with référence to the military system, viz., Fort Henry,
Kingston ; Isle aux Noix, St. Johns, and Québec.
Therc arc also the Seat of Government and the Commercial Capital. The two
former are places of considérable importance, and will be evacuatcd by Her Majesty's
troops during this summer.
I am conversant with the military system of the country. and however complète
the organization may be, as regards the system laid down, yet there is no provision
l'or the permanent employment of a force for the purpose of forming garrlsons.
There is, however, one suggestion which I am again anxious to bring under your
Kxcellcncy's considération, viz., that of establishing an affiliated military system witli
tlie Mother Country. It seems to me to be worthy of considération, that the organiza-
(1) Sessional Papers, 1871, No 46, page 37.
— 339 —
tion of the Impérial and Colonial forces, their staff and control arrangements should
be similar, so that they might work together upon one system in the event of war. It
appears to me that it would maintain a military connection which would be mutually
advantageous. In référence to this subject, I beg to refer you to my letter of the 14th
April.
There will be in charge of the Dominion Government expensive armaments upon
works at Toronto, Kingston, Isle aux Noix, and Québec, with side-arms, ammunition and
small stores. Thèse will get into confusion, and deteriorate, unless a staff is organized
for their supervision. A Master-gunner, or District Clerk, trained in the Royal Artil-
lery, is necessary at each place.
With référence to the above, I hâve the honor to inform your Excellency, that I
shall be prepared to return to Canada the lands and buildings at Toronto, which already
belong to her, as well as the fortifications and armaments, in about a fortnight, and
those of Kingston and Isle aux Noix in July.
I hâve, &c,
(Signed.) JAS. LINDSAY,
Lt. General.
To His Excellency
The Governor General of Canada, &c,
Ottawa.
45
Lettre du Major Futvoye, sous-ministre de la Milice, au
Gouverneur-Général 0)
Department of Militia and Defence,
Ottawa, June 3rd, 1870.
Sir, — I am directed by the Honorable the Minister of Militia and Defence, to request
you to intimate to the Lieut. General Coramanding, that he is
May 27th 187070 thankful for the information conveyed by his two letters, rclatlng
to the withdrawal of troops from Canada, and the handing over to
the Government of Canada of the lands and buildings, fortifications and armaments
which are soon to cease to be occupied by Her Majesty's regular troops. The Minister
of Militia and Defence is also thankful for the divers suggestions made by the Lieut.
General Commanding, for the considération of the Government of Canada.
You will be good enough to explain to the Lieut. General Commanding, that the
reason why a reply was not sooner made to his letter of the 14th April, was that the
Despatch therein referred to, was itself under the considération of the Government. It
was only on the 19th of May last that the Minister of Militia and Defence was enabled
to report to his Excellency in Council on the contents of that Desaptch, as well as of
another on the same subject. That Report of the Minister of Militia and Defence was
adopted by an Order of His Excellency in Council on the following day, with a view
to its being transmitted to the Honorable the Secretary of State for the Colonies by His
Excellency the Governor General. It was so forwarded a few days ago, with a Despatch
of His Excellency.
As a great number of the points mentioned in the two letters of General Lindsay
hâve been disposed of by that report, the Minister of Militia and Defence thinks he
cannot do better than to enclose, for the information of the Lieut. General Com-
manding, a Copy of that Order in Council and Report, as a reply in part to those two
letters.
A few days ago a Despatch from the Secretary of .State for the Colonies, dated 12th
May, 1870, was received, informing the Government of Canada that the Lords Commis-
sioners of Her Majesty's Treasury hâve sanctioned the transfer to the Dominion of
Canada of ail the barracks and lands attached to them, except the fortress of Québec
and lands connected therewith.
(1) Sessional Papers, 1871, No 46, page 74.
— 340 —
The Ministcr of Militia and Defence is desirous that the Licut. General Commanding
should Le infornicd that thc Dominion Government expect, nlmost as a certainly, that
on thc représentations made on thc report, thc withdrawal of the troops, if it should
take place, will not be on thc scale and to the extent at first contemplated, and that
Québec will be permanently garrisoned by Her Majesty's regular troops. If the expec-
tatlons of the Dominion Government are realized, of which they hâve little doubt, with
regard to thc only partial withdrawal of the troops, and the establishment of a perma-
nent garrison at Québec, a great part of the instructions given to the Lient. General
Commanding, will bave to be postponed for future considération and action.
In the mcantime the Minister of Militia and Defcnce will be thankful if the Lieut.
General Commanding will feel pleascd to confer with him generally, at his own con-
venienec, at any time and place hc may nanic, with référence to the divers suggestions
kindly made by the General.
The Ministcr of Militia and Defence thinks that a great deal may be effected by
Personal conférence, before coming to any conclusion by written correspondence.
The Minister of Militia and Defence is pleased to find mention made in the letter
of General Lindsay, of the 27th ultimo, that the Lieut. General Commanding is con-
versant with the Militia system of the country, and feels satisfied with the completeness
of the organization of the Militia in the two Provinces. I am to remark that that orga-
nization applies not only to the two Provinces of Ontario and Québec, but to ail the
Provinces comprised in the Union. The General seems to be under the impression that
there is no provision in the Militia Law for the employment of a force for the purpose
of forming a garrison. Thc Minister of Militia and Defence would refer on that subjeet
to the Militia Law itself, authorizing not only thc organization of Active Militia and its
training, but also authorizing, under Section 20, the formation of a corps of volunteers
for any service whatever, and under such régulations as may, from [time] to time, be
made.
It is under this section that the two battalions forming part of the expédition to
Red River hâve been organized; and under thc same provisions corps of volunteers may
be organized for the purpose of garrisoning.
With regard to any fortifications which may be banded over to the Dominion Gov-
ernment, which might not be garrisoned by any part of Her Majesty's regular army.
Corps of volunteers for the purpose of garrisoning them, will be easily organized out of
the men belonging to the Active Militia to serve in turn, or from any portion of the
Regular Militia.
In case, however, expérience should prove that thc garrisoning of any fortifications
by mcans of corps of volunteers was not efficient, it will be very «asy to amend, at
any future Session of the Dominion Parliament, thc Militia Law, so as to give power
to Her Mnjcsty to exact garrison dutics in any required place from the Active Militia,
in such manner and on such conditions and terms as Her Majcsty may détermine from
time to time.
With regard to any barracks and fortifeations with lands attached thereto, which
may be at any time rcady to be handed over by the Impérial Government to the Do-
minion Government, thc Minister of Militia and Defence wishes the Lieut. General Com-
manding to bc informed that thc Dominion Government will be ready at any time to
accept thc transfer of the same, and to provide for thc safe-keeping of the property
handed over, as well as of thc armaments and any arms, ammunition, and stores
handed over in conjunction with them.
General Lindsay, in his letter of 27th May, makes allusion to the organization of a
naval force for the naval defence of the country- On that subjeet, the Minister of Mi-
litia and Defence refers General Lindsay to the Despatch of 17th June, 1865, mentioned
in the report transmitted herewith, in which, amongst other things it is statcd, that
as a matter of course, in case of war, it will be thc duty of the Impérial Government to
undertake the naval defence of the conntry.
With référence to the matter of thc Military Schools, the Minister of Militia and
Defence begs to refer thc Lieut.,Gencral Commanding to the letter
* ' addresscd to you on the 30th ultimo.
I bave the honor to be, Sir,
Your most obedient servant,
(Signed.) GEO. FUTVOYE,
The Military Sccretary, Deputy of Minister of Militia and Defence.
To His Exccllency the Governor General.
— 341 —
46
Dépêche de Lord Granville à Sir John Young (*)
The Secretary of State fer the Colonies to the Governor General.
Dow ni n g Street, 23rd Jane, 1870.
(No 159)
Sir, — I hâve the honor to acknowledge the receipt of your Despatch, No. 99, of the
19th of May, enclosing a copy of a Mémorandum by the Minister of Mllitia and Defence,
expressing the views of the Canadian Government with respect to the withdrawal of the
troops from the Dominion, and relating to other Military questions.
The sympathy of the Queen, and of the people of this country, with the inhabitants
of the Dominion, has been warmly excited by the wanton and inexcusable inroad of the
Fenians of the United States, and the y rejoice to think that the public spirit, gallantry
and military skill which has causée! its local failure, has dispelled ail idea for the pré-
sent of serious molestation from that quarter. The measures to be taken with respect
to the Red River territory hâve been the subject of an arrangement, and I hope a satis-
factory one, between the Impérial and Colonial Governments. Her Majesty's Govern-
ment are unable to adopt the proposai that a permanent Impérial Garrison should be
kept at Québec, though as you are aware, they hâve consented to defer the withdrawal
of the Rifle Rrigade till the return in the autunin of the troops recently despatched to
the Red River, and to station at Québec, for the présent, part of the Impérial Garrison
of Halifax.
The proposai in my Despatch, No. 40, of the 12th of February, that a Colonial régi-
ment should be formed from the Officers and Soldiers of a régiment of the line, has
been somewhat misunderstood. It was not intended that the portion of the régiment
that might hâve been retaincd by the Canadian Government should retain any con-
nection with the head-quarters, which would hâve returned to this country, but that an
wholly distinct régiment should be formed in Canada entirely under the control of the
Dominion Government, the Home Government retaining the power to fill up the skele-
ton which returned home under its old name, and with its old colors and associations.
Her Majesty's Government are also willing that any Officers in the Rritish army will be
at liberty to engage in the Canadian service, and may do so for a time without for-
feiting their rank on coming back to the Impérial service.
The period at which the troops are to be removed has formed the subject of sevenal
récent communications, and I need not now refer to it.
I have, &c,
(Signed,) GRANVILLE.
Governor General, the Right Honorable Sir John Young, Bart, G.C.B., etc., etc.
47
Lettre de Sir Edward Lugard, sous secrétaire d'Etat à la Guerre,
au Général Lindsay (2)
War Office, 24th September, 1870.
(658-263)
Sir, — I am directed by Mr. Secretary Cardwell to acknowledge the receipt of your
letter of the 19th ultimo, detailing the suggestions which you had made to the Dominion
Government, for such military arrangements as might be necessary in conséquence of
the withdrawal of troops from Canada.
In reply I am to convey to you an expression of Mr. CardwelPs approval of ail that
you have suggested, excepting that he does not regard it to be the wish of Her Majes-
ty's Government that the Dominion Government should retain, and pay the expense of
(1) Sessional Papers, 1871, No 46, page 18.
(2) Sessional Papers, 1871, No 46, page 60.
— 342 —
one or more Régiments of the Line, as proposed in your letter to the Governor General,
dated the 14th April, 1870, and marked C. 8,729. Mr. Cardwell considéra further that
it should be distinctly understood, that in ail the arrangements for the command of
troops, an undivided responsibllity must rest upon the Government of the Dominion,
without any of those causes of confusion which in other Colonies hâve given rise to dis-
putes berween the officer in command of Her Majesty's forces and the Local Govern-
ment.
Mr. Cardwell observes that Major Futvoye, in the closing passage of his letter of
the 3rd June, to the Military Secretary to the Governor General, (forming one of the
euclosures of your letter under reply) refers to a Despatch of the Secretary of State for
the Colonies, dated 17th June, 1865, as conveying an assurance that in case of war the
Impérial Government would undertake the naval defence of the Dominion; now, wha-
tever obligations that Despatch acknowledges on the part of the Impérial Government,
it was not intended to ezonerate the Gorernment of the Dominion from any responsi-
bllity for takingr a share in its own naval defence, either by carrying into effect the
provisions of the Colonial Defence Act, or otherwise. On the contrary, ail the assu-
rances given in that Despatch on the part of the Impérial Government, were given, as
Sir George Cartier observes in his Minute of the 19th May: —
"On the reciprocal assurance given by the Canadian Ministers, then in London, that
Canada was ready to dévote ail her resources, both in men and moncy, to the mainte-
nance of her connection with the Mother Country."
I hâve, &c,
(Signed.) EDWARD LUGARD.
Lieutenant General,
The Honorable J. Lindsay, <&c, &c, &c,
MISSION ET RAPPORT DE SIR A. CAMPBELL
48
Arrêté ministériel déléguant Sir A. Campbell à Londres 0)
Copy of a Report of a Committee of the Honorable The PRIVY COUNCIL, approved by His
Excellency the Governor General in Conncil on the 9th June, 1870
The Committee of the Privy Council, having recently had under their considération
a number of questions of great importance to the Dominion, among which are the pro-
posed withdrawal of Impérial troops from Canada; the question of fortifications; the
récent invasion of Canadian Territory by citizens of the United States; and the pre-
vious threats and hostile préparations which compelled the Government to call out the
Militia, and to obtain the consent of Parliament to the suspension of the Habeas Corpus
Act; the systematic trespasses on Canadian fishing grounds by United States fishermen;
and the unsettled question as to the limits within which foreigners can fish under the
Treaty of 1818: — are of opinion that it is désirable that their views on ail thèse ques-
tions shbuld be personally represented to Her Majesty's Government by a Member of
the Privy Council; and they recommend that the Honorable the Postmaster General be
requested to proceed to England, and to endeavour to induce Her Majesty's Government
to take prompt action in the several matters above referred to, in accordance with the
views expressed in the Minutes of Council relating thereto, and in any other Minutes
which may hereafter be referred to him.
The Committee of Council are of opinion that the Postmaster General should call
the attention of Her Majesty's Government to the Reports of the 15th and 20th of Dec-
ember last, from the Minister of Marine and Fisheries, and should urge the importance
of securing, with as little delay as possible, the restoration to Canada of the rights
which she enjoyed prior to the Reciprocity Treaty, under the interprétation given to the
Treaty of 1818, by the Crown Law Officers of England.
The Committee of Council cannot conceal their appréhension that, if the citizens
of the United States are any longer permitted, as they hâve been during the last feur
years, to fish in waters where, according to our interprétation of the Treaty of 1818,
they are trespassers, it may be more difficult to obtain an amicable solution of the
point in dispute.
The Committee of Council are fully alive to the importance, of taking action at an
early period with regard to the construction of a Pacific Railroad through Canadian
territory, but they think it better to postpone the considération of the subject until
after the departure of the Delegates from Rritish Columbia, when instructions will bc
sent to the Postmaster General on this important subject.
Certified,
WM. H. LEE,
Clerk Privy Council.
49
Dépêche de Lord Kimberley, ministre des Colonies, à
Sir John Young (2)
Downing Street, 27th July, 1870.
(No 198)
Sir, — On receiving from Her Majesty the seals of this office, I took an early oppor-
tunity of communicating with Mr. Campbell, the Postmaster-General of Canada, who
has come to England to place beforc Her Majesty's Government the views of your
Government on various questions connected with the Dominion.
(1) Sessional Papers, 1871, No 12, page 17; — et No 46, page 25.
(2) Sessional Papers, 1871, No 12, page 38.
— 344 —
Mr. Campbcn brought under my considération the following subjects —
Tlie first was the protection of the Canadian fisheries from encroachments by
foreign fishing vessels. On this point I concur with your Ministers that it would be
désirable that the questions which hâve been so long in dispute with the United States,
as to the geographical limits of the exclusive fishing rights of Canada under the Trcaty
of 1818, should bc settled by a joint British and American Commission on which the
Dominion should be rcprcsented. Her Majesty's Government will propose to the United
States Government the appointment of such a Commission.
Now that the instructions given to Her Majesty's cruisers and the Government ves-
sels of Canada hâve been brought into harmony, I do not think it necessary in this
Despatch to make any observations on the détails of those instructions. I will only
remark that I am most anxious to avoid any misunderstanding on this subject between
the Impérial and Canadian Governmcnts, and with this view the régulations to be issued
for the fishing season of 1871, should be considered by the two Governments dn good
time before the season commences. Their nature must of course much dépend on the
establishment and progress of the proposed Commission, but I shall gladly receive from
your Government, at the proper time, any statement on this subject, and shall give it
my best attention.
2. The Bill authorizing the guarantee of the Fortification Loan, on which Mr.
Campbell expressed some anxiety, is already before Parliament.
3. Mr. Campbell pressed strongly upon me that a représentation should be made
to the United States Government with référence to the late Fenlan incursion into Canada,
which has awakencd such just feelings of indignation in the Dominion, and he urged the
claims of Canada for réparation for the losses which she has sustained by that in-
cursion.
Her Majesty's Government hâve carefully considered what steps it would be advi-
sable to take in this matter, and I hâve to acquaint you that they are of opinion that
in the first instance your Ministers should draw up a full and authentic statement of
the facts and of the claims which they found upon them. This statement should be
transmitted by you to Her Majesty's Government, in order that it may be laid by them
before the Government of the United States, and I need scarcely say that whilst It
should contain everything which is material to the case, it should be a document of
such a character, as may properly be communicated to the Government of a State with
which Her Majesty is on terms of amity.
4. Mr. Campbell, whilst stating the entire willingness of the Canadian Govern-
ment to take measures for the defence of the Dominion, expressed a hope that an Im-
périal garrison would be maintained at Québec. You are so well acquainted with the gê-
nerai policy of Her Majesty's Government as to the distribution of Impérial troops, that
I need not enter into any further explanation of that policy, and as regards the parti-
cular question of the garrison of Québec you are already aware that it has been de-
cided that a battalion of Infantry and battery of Artillcry shall remain there during
the coming winter.
I cannot conclude without acknowledging the able and temperate manner in which
Mr. Campbell brought under my considération the varlous questions which hâve been
discussed between us. The opportunity which I hâve had of explaining to him the
views of Her Majesty's Government, has made it unnecessary for me to do more than
briefly iudicate in this Despatch the course which it is proposed to take.
I hâve, &c,
(Signed.) KIMBERLEY.
— 345 —
50
Rapport de Sir Alexander Campbell 0)
To His Excellency,
The Right Honorable Sir John YOUNG, Bart.,
Governor General of Canada, &c, &c, &c.
May it Please Your Excellency,
Having been in June last requested to proceed to England to make personal repré-
sentations to Her Majesty's Government on the several subjects hereinafter mentioned,
and having discharged the duties entrusted to me, I beg to submit a report of my
proceedings.
I found on my arrivai in London that the death of the Earl of Clarendon which had
occurred whilst I was at sea, rendered a change in the Colonial Office probable, and
although Lord Granville was good enough to sec me on the subject of my visit, it -was
not until the appointaient of his successor that I had an opportunity of making those
full représentations which it was the désire of Your Excellency's Government I should
submit on the several subjects referred to. Lord Kimberley honored me with repeated
interviews, and received my représentations with every attention and considération.
1. The Fenian invasion and troubles cansed by them. — Upon this subject I pointed
out the troubles and losses which, during a number of years, had been caused to Her
Majesty's subjects in Canada, by the Fenian marauders; that thèse men were American
citizens, many of them not even Irish by descent; that they were enlisted, armed, and
drilled in the large cities of the Union, under the orders of a Fenian Congress and
Executive assuming the prétentions of a Government, the drilling occasionally even
taking place in company with Militia Corps, under officers believed to hold commis-
sions under the Government of the United States, the United States journals of the day
giving the fullest publicity to everything which was being done. I described the
Fenian invasions and repuise in 1866, and referred to the représentations and the claim
for indemnity made by Sir George Cartier and Mr. Macdougall on behalf of Canada to
Her Majesty's Government with référence to the losses thereby caused, which were
stated in a mémorandum furnished to the Colonial Office by those gentlemen as
amounting to several millions. I referred to the several alarms which had taken place
sincc 1866, ail attended with more or less injury to the country, and with more or les»
expenditure, and said that early in the présent year the threatened invasion and the
actual one had injured the country very much; that the loss with regard to industrial
pursuits it would be difficult to estimate, and there had been a large expenditure in
sending forward Volunteers to irieet the invading forces. The number of men sent out
was about 6,000 in April, and in May about 12,000 — thèse numbers would be équiva-
lent to calling out 60,000 and 120,000 in England. In answer to an inquiry by Lord
Kimberley I said that I could not state the actual military expenditure with any accu-
racy, but that up to the Urne I left Canada it was supposed to be somewhere between
five hundred and height hundred thousand dollars, and that whatever it was, it formed
but a small portion of the loss sustained by the country. We thought a very strong
case might be made out for a demand for indemnity from the United States. Messrs.
Cartier and Macdougall had asked that such a demand should be made with referenc»
to the loss sustained in 1866, and we considered that we were entitled to ask for indem-
nity in référence to ail the expenditure that had been since caused to us by the Fenians.
Failing the obtaining of such an indemnity from the United States, we thought the
Empire should join with Canada in meeting the losses: the Fenian difficulties were not
of our creating, but grew out of real or imaginary wrongs that the Empire had in the
past inflicted on Ireland, and we were fighting battles which were not ours but those
of the Empire. We were quite ready as a portion of the Empire to bear our share of
thèse or any other troubles in which the country might be involved, but it was not fair
that we should be allowed to suffer alone ail the losses and conséquences of the Impé-
rial aets or policy which were complained of, and I strongly urged that for the past
and the future, should any further Fenian troubles arise, the Empire, as a whole, should
bear the burden of resisting such attacks, and that Canada should only contribute as
(1) Sessional Papers, 1871, No 12, page 41; et No 46, page 26.
— 346 —
a portion of the Empire. Lord Kimberley suggested that the présent génération of
Canadiens were as responsible for the alleged wrongs of Ireland as the présent géné-
ration of their fellow subjects residing in Great Britain. Admitting this, I urged tliat
the fair conclusion was that ail alike, and not Canadians alone, should bear the losses
and conséquences of the course which had been in the past followed towards Ireland.
His Lordship said it was impossible for him to dispose of the question, and he took for
granted that I did not anticipate he would, but he would consider it himself and obtain
early considération of it by his colleagues, letting the Canadian Government know what
view was taken.
2. The withdrawal of the Impérial troops and the relations of Canada to the Em-
pire.— On this subjcct I submitted to Lord Kimberley that when the Confédération of
the scvcral Provinces of British North America was suggested, it was agreed on ail sides
that it was a matter of both Impérial and Colonial Policy, that Canada felt assured in
oarrying out the scheme that it would hâve the advantage of the moral and material
support of the Empire. Wc had undertaken the ta.sk, and so far, carried it out success-
fully, but at very considérable sacrifice, and a sacrifice that was likely to bc conti-
uuous. There was a growing feeling in Canada of distrust in the disposition of the
Impérial Government to give us that support to which we thought ourselves entitled.
It was somewhat difficult to point out the exact grounds which had occasioned this
feeling, but generally it proceeded from the tone adopted by public men, and particu-
larly by mcmbers of the Government, in référence to Colonial and Canadian topics.
There seemed to us to be a disposition to overlook the exertions we had made for the
purpoce of preserving the connexion, and to depreciate the strong feeling of attachment
which subsisted towards the Mother Country, and we apprehended a tendency on the
part of the Government to withhold from us that assistance and support so likely to
cernent the existing relations.
Lord Kimberley said that his attention had been called to the feeling of distrust to
which I had rcferred, but that he thought nothing had been done by the British Govern-
ment to afford any grounds for it; there was no désire to separate Canada from the
Empire, and so long as we desired to remain connccted they could not, either in duty
or honor, do anything in the direction of severing the connexion: he thought the feeling
of distrust not justified by anything that had occurred. The Government did not wish
to interfère with the freedom of Canada's future, but so long as she chose to remain
connccted with the Empire, so long under ail circumstances of foreign aggression was
the Empire bound to mnintain the Union, and would do so, but in internai affairs is
was the duty of Canada to protect herself.
I said that we had for many years undertaken the maintenance of the internai peace
of the country, but that we did not consider the Fenian invasion an internai trouble,
but one proceeding from Impérial causes, from which the Impérial Government should
protect us, or against the expense of which they should indemnify us. I
urged that It would re-assure the public feeling in Canada very much if the garrison
at Québec were to be maintained: we did not ask this on account of the number of
men which might be placed there, but bccause their présence would be to us a symbol
of the sovercignty of the Empire. Québec was an Impérial fortrcss, and the mainte-
nance of the garrison of Her Majesty's troops there would be looked upon as indicating
the détermination in England to maintaiu the existing relations, and would hâve the most
useful effect on public feeling in Canada. I pointed out that ths argument which had
been used that the maintenance of a garrison at Halifax was much the saine as rctaining
one at Québec, was not just, inasmuch as Halifax was 600 miles from Québec, and the
Railway, which Lord Granville had spoken of in Parliament, was not completed, and
would not be for two or three years. I added that the Frcnch-Canadian population
regarded with particular disfavor the withdrawal of the troops, and cxpressed a hope
that the Government would reconsider the question.
Lord Kimberley said that the matter had been repeatedly and very fully considered,
and that the décision that had been arrivée! at was not likely, he thought, to be departed
from, but my représentations should be considered.
3. Fisheries. — I urged upon Lord Kimberley the great importance to Canada of the
fisheries, which employed a large number of seamen, and had many collatéral pursuits
and industries dépendent upon them. We possesscd the whole of the herring and
mackerel fisheries on the Western side of the Atlantic, the America ns having no inshore
fisheries of any great value. This possession was of the first importance to us, and
— 347 —
we felt exceedingly anxious that it should be maintained in aocordance with Treaty
rights. Induced by a strong sensé of the responsibility involved in the matter, and
out of déférence to Impérial views we had proposed in 1865 the License System; we
had given every possible opening in this direction at a sacrifice of our immédiate inte-
rests in order that our affairs might not tend to endanger the peace of the Empire.
This system had been continued to the présent year, and we were satisfied that no
advantageous results would be obtained from it.
Lord Kimberley admitted that the time had come when Canadians might reasonably
expect that the state of things anterior to the Reciprocity Treaty should be reverted to,
or that some other definite arrangements with the Americans, on this subject, should
be arrived at. He added that he was glad that I had not mixed up the two questions of
Reciprocity and the Fisheries, because he saw no reason to expect a reneval of that
treaty: he agreed, he said, that the Fisheries question should be treated by itself. 1
said that we in Canada had arrived at similar conclusions. The policy of conciliation
had been fully tried, and we ceased to expect anything from the Americans from it.
We thought the only course now open to us was to ask the Impérial Government to fall
back upon the rights which we enjoyed and maintained anterior to the Reciprocity
Treaty, and I was directed to request this at the hands of the Government.
Lord Kimberley said there might be some différence with regard to the interpré-
tation of the Treaty as to Bays. I replied that we thought it clear upon that point, but
that the suggestion made by Mr. Adam s in 1866, and adopted by Lord Clarendon, to
hâve a joint commission to settle on the ground the linc within which, under the Treaty,
exclusive fishing was to be enjoyed would be a satisfactory mode, as far as the Cana-
dian Government was concerned, of disposing of any difficulty which might exist as
to the interprétation of the treaty as regards Bays: but I urged that should a Commis-
sion be appointed a représentative from Canada should be upon it, and that its sittings
should be held in America, and if possible in Ottawa or Halifax.
Lord Kimberley said he concurred in the suggestion for the settlement of whatever
doubt might be found to exist as to the interprétation to be put upon the Treaty with
regard to Bays; that he merely spoke his own views, however, but that he would bring
the matter, at an early date, before his colleagues, and would then give a final answer.
4. Fortifications. — I found that the Guarantee Bill was about to be Introduced into
the House of Commons shortly after m y arrivai, as it subsequently was, and became
law.
I had the fullest opportunity of presenting to Lord Kimberley the views of Your
Excellency's Government on the several questions referred to, and before leaving Lon-
don he did me the honor to inform me of the conclusions which had been arrived at by
Her Majesty's Government in référence to the matters which had been discussed- Thèse
conclusions were subsequently communicated to Your Excellency in his Lordship's Des-
patch of the 27th of July, and I need not hère, therefore, particularly refer to them.
I availed myself, however, of the opportunity afforded by their being communicated to
me by Lord Kimberley to press for some indication as to the course Her Majesty's Go-
vernment would pursue: lst, in the event of the United States refusing to listen to any
claims as to the losses inflicted upon us by the Fenian invasions, would they then, 1
asked, make the losses as the causes of them were Impérial, and unité with Canada in
bearing them. Hc could not pledge the Government in advance: he did not wish to be
understood as dissenting from my argument as to the equity of such an arrangement,
nor as assenting to it: they would take it up when the resuit of their appeal to the
Government of the United States should become known. 2nd, as regards the Fisheries
— should the American Government refuse or neglect the suggestion for a Joint Com-
mission, would they then fall back on the rights maintained anterior to 1854? He could
not commit the Government in advance: they would urge the création of a Commission
in every way in their power. Should they fail they would consult with the Canadian
Government, and with them, or after hearing them, décide as to the course to be
pursued, and the instructions to cruisers to be issued another year.
AH of which is respcctfully submitted,
By Your Excellency's
Most faithful servant,
A. CAMPBELL.
Ottawa, lOth Scptember, 1870.
PREUVES ET TEMOIGNAGES ADDITIONNELS
51
Loi de la Milice, 1883 0)
(Extraits)
An Art consolidating- and amending the several Acts rtlating to the Militla and Defence
of the Dominion of Canada.
[Assented to 25th May, 1883.]
MIUTIAMEN
4. — Tlie Militla shall consist of ail the maie inhabitants of Canada, of the âge of
eighteen years and upwards, and under sixty — not exempted or disqualified by
law, and being British subjects by birth or naturalization ; but Her Majesty may re-
quire ail the maie inhabitants of the Dominion, capable of bearing arms, to serve in
case of a Levée en Masse.
5. — The maie population so liable to serve in the Militia shall be divided into four
classes :
The first class shall comprise those of the âge of eighteen years and upwards, but
under thirty years, who are unmarried, or widowers without children;
The second class shall comprise those of the âge of thirty years and upwards, but
under forty-five years, who are unmarried, or widowers without children;
The third class shall comprise those of the âge of eighteen years and upwards,
but under forty-five years, who are married or widowers with children ;
The fourth class shall comprise those of the âge of forty-five years and upwards,
but under sixty years;
And the above shall be the order In which the maie population shall be called
upon to serve.
DIVISION OF MILITIA.
6. — The Militia shall be divided into Active and Reserve Militia — Land Force; and
Active and Reserve Militia — Marine Force;
The Active Militia — Land Force — shall be composed of, —
(a) Corps raised by voluntary enlistment;
(b) Corps raised by ballot;
(c) Corps composed of men raised by voluntary enlistment and men ballotted
to serve;
The Active Militia — Marine Force — to be raised similarly, shall be composed
of seamen, sailors, and persons whose usual occupation is upon any steam or sailing
craft, navigating the waters of the Dominion;
The Reserve Militia — Land and Marine — shall consist of the whole of the men
who are not serving In the Active Militia for the time being.
CALLING OUT THE MILITIA
00. — The Officer commanding any Military District or Division, or the officer
conimanding any corps of Active Militia, may, upon any sudden emergency of invasion
or insurrection, or imminent danger of cither, call out the whole or any part of the
(1) Acts of the Parliament of the Dominion of Canada — Actes du Parlement de la
Puissance du Canada. — 46 Vict. chap. 11.
— 349 —
Militia withia his command, untll the pleasure of Her Majesty is known ; and the Militla
so called out by their commanding officer shall immediately obey ail such orders as he
may give, and march to such place within or witliout the District or Division as he
may direct.
61. — Her Majesty may call out the Militia or any part thereof, for active service
either within or without the Dominion, at any time, when it appears advisable so to do
by reason of war, invasion or insurrection, or danger of any of them; and the
Militiamen, when so called out for actual service, shall continue to serve for at least
one year from the date of their being called out for actual service, if required to do
so, or for any longer period which Her Majesty may appoint:
2. — Her Majesty may, from time to time, direct the furnlshing by any Reglmental
Division, of such number of Militiamen as may be required either for reliefs, or to fill
vacancies in corps on active service;
3. — Whenever the Militia or any part thereof are called out for actual service by
reason of war, invasion, or insurrection, Her Majesty may place them under the orders
of the Commander of Her regular forces in Canada:
Acte à l'effet de refondre et de modifier les divers actes concernant la milice et la
défense du Canada
[Sanctionné le 25 mal, 1883.]
MILICIENS
4. — La milice se composera de tous les habitants mâles du Canada, âgés de dix-
huit ans et plus, et de moins de soixante ans, non exemptés ou déclarés inhabiles
aux termes de la loi, et sujets anglais de naissance ou par naturalisation; mais dans
le cas d'une levée en masse, Sa Majesté pourra appeler au service toute la population
mâle du Canada en état de porter les armes.
5. — La population mâle ainsi sujette à servir dans la milice sera partagée en
quatre classes : —
La première classe comprendra les hommes âgés de dix-huit ans et plus, mais de
moins de trente ans, célibataires ou veufs sans enfants;
La deuxième classe comprendra ceux âgés de trente ans et plus, mais de moins
de quarante-cinq ans, célibataires ou veufs sans enfants;
La troisième classe comprendra ceux âges de dix-huit ans et plus, mais de moins
de quarante-cinq ans, mariés ou veufs avec des enfants;
La quatrième classe comprendra ceux âgés de quarante-cinq ans et plus, mais de
moins de soixante ans;
Et tel sera l'ordre dans lequel la population mâle sera appelée au service.
DIVISION DE LA MILICE
6. — La milice sera divisée en milice active et milice de réserve — forces de
terre, — et en milice active et milice de réserve — forces navales :
La milice active — forces de terre — se composera : —
(a) Des corps levés au moyen de l'enrôlement volontaire;
(b) Des corps levés au moyen du tirage au sort;
(c) Des corps composés d'hommes levés au moyeu de l'enrôlement volontaire et
d'hommes tirés au sort pour le service;
La milice active — forces navales — qui sera levée de la même manière, se com-
posera des marins, matelots et individus ordinairement employés sur toute embarca-
tion à vapeur ou à voile naviguant dans les eaux du Canada;
La milice de réserve — tant de guerre que de mer — se composera de tous les
hommes qui ne serviront pas alors dans la milice active.
APPEL DE LA MILICE
60. — L'officier commandant tout district ou division militaire, ou l'officier comman-
dant tout corps de milice active, pourra dans toute éventualité imprévue d'Invasion ou
— 350 —
d'insurrection, ou d'appréhension imminente de l'un ou l'autre de ces dangers, appeler,
en tout ou en partie, la milice placée sous son commandement, jusqu'à signification du
bon plaisir de Sa Majesté; et la milice ainsi appelée par son officier commandant devra,
immédiatement, se conformer aux ordres qu'elle pourra en recevoir, et se diriger sur
toute localité, dans ou hors les limites de son district ou de sa division, qu'il pourra
désigner.
Cl. — a Majesté pourra appeler, en tout ou en partie, la milice au service actif, dans
ou hors le Canada, lorsque la chose sera en aucun temps jugée à propos, en conséquence
de guerre, invasion ou insurrection, ou d'appréhension d'aucun de ces dangers; et les
miliciens ainsi appelés au service actif continueront de servir pendant au moins une
année à compter de la date à laquelle ils auront été appelés au service actif, si on
l'exige, ou pour toute période plus longue que Sa Majesté pourra fixer:
2. — Sa Majesté pourra, au besoin, ordonner à toute division régimentaire d'avoir à
fournir le nombre d'hommes requis, soit comme renforts, soit pour remplir les vides
dans les corps en activité de service;
3. — Lorsque la milice sera, en tout ou en partie, appelée au service actif, en consé-
quence de guerre, invasion ou insurrection, Sa Majesté pourra la placer sous les ordres
du commandant de ses troupes régulières en Canada.
52
Débats sur la Loi de 1883, 0)
Le 10 avril 1883:—
Mr. CARON : — In Sir George Cartier's time, as now, f ortuna-
tely, we did not require a force for any aggressive purpose, or any other purpose, save
securing the safety of the person, protecting property, and defending ourselre»
asrainst any attack -winch might, as previously, give us occasion to resist and repel
any disorganized, or small organized band crossing the frontier, as was attempted
;n 1865, but without success. But outside of this, as Sir George Cartier stated, it was
indispensable for every nation to hâve some kind of organization, which might at
any time be used to help the Government in enforcing the laws, and resisting
disorder at home (527-8)
Mr. VAIL : — I am quite sure if the force was called upon to
turn out in the defence of the country, it would give as good an account of itself as
the force of any other country. I believe, not only the Militia would turn out in the
defence of Canada, but every man, not only in this House, but in the country, if such
was necessary for the gênerai defence (530)
Mr. O'BRIEN : — I think that at Confédération there was a sort
of understanding — that I am unnblc to find évidence of it, but I believe it is ad-
mitted that it did exist — that this country on receiving the remainder of the
ordnance Iands — this being part of the question — were to expend for a certain num-
ber of years, not less than $1,000,000 annually in organizing and maintaining an active
force ; (531 )
Mr. IVES : — Now, there are certain objects which we may have
in view in this expenditure, and which the Government may have in view in bringing
down the animal Estimâtes for the Militia forces. In the first place, their object
may be to have in Canada a force sufficient to restrain domestic riots or insurrec-
tions, and to enforce the laws of the country. That may be their only object. Or
their object may be to build up, to train and control a force which would be suffi-
cient successfully to protect our territory from the forcign invader; or possibly their
object may be twofold — to put down domestic insurrection, and, in case of need.
(1) Extraits des Debates. House of Commom, et des Debatea of the Senate, 1883. \jp
chiffre de la page est indiqué après chaque citation.
— 351 —
to repel foreign invasion. The time, I think, has corne when the hon. Minister of
War should be able to state to the House whether his object is simply to hâve a force
available for defending the laws of Canada and protecting us from domestic insur-
rection and riot, or whether his object is further than that, to build up, train, and
control, a force hère which shall be sufficient — or ail we can do in that direction
— to repel the foreign invader (534)
Mr. WILLIAMS : — ,. . During a discussion in the House a few days
ago some papers were moved for by sonie hon. gentleman, asking for returas of cor-
respondence In référence to the withdrawal of British troops from Halifax. I was
glad to hear that no such correspondence had takcn place. I trust that the hon. Mi-
nister of Militia, as well as the right hon. gentleman at the head of the Government,
will resist any effort of that kind. It seems to me that a station at Halifax and a
station at Victoria, in British Columbia, should be Impérial stations, and that we
Canadians should enroll ourselves and do ail that we possibly can towards defending
the long line between the two océans The hon. meraber for Richmond
and Wolfe (Mr. Ives), in the course of his remarks, asked whether the intention of
the Minister of Militia was to enroll a force for the internai protection of the coun-
try, or for defence against invasion. Well, Sir, it seems to me that under this Act
which the hon. Minister has introduced, there would be no difficulty whatever in
placing the Reserve Militia in such a position that it could be enrolled for défensive
purposcs and would always be ready (539)
Mr. CARON : — We ought to bave some organization — not for
aggressive purposes, far from that — but an organization which can be utilized by
whatever Government présides over the destinies of the country, that can be utilized
for enforcing law, for protecting property, and for repelling any attack which might
be made against as (540) I heard a great deal said to-night about the enor-
mous expenditure connected with this Bill. It may be that hon. members hâve not
examincd into the amount of money which Canada pays for her military organization,
which is as perfect as any that exists in any country in the world, for the purposes
for which it is required. It is not a standing army which we do not need; and the
lion, gentlemen who speak of organizing a standing army, are completely mistaken as
to the intentions of this Bill. Fortunatcly on this continent, we do not require
standing armies, but an organization — call it a military organization, call it by
whatever name you wish — merely for the purpose of strengthening the civil Govern-
ment, of carrying out the laws, of preventing disturbances at home, and of repelling
any attack that may be made on us by designing marauders, such as we hâve already
repulsed (541) It is simple prudence for us so to organize our force that it
will be not only a crédit to the country, but that it may be utilized by any Govern-
ment which may happen to be in power for the purpose of protecting ourselves against
any home disturbances, or resisting any attack that might be made from outside
(543)
Le 19 avril, en comité général de la Chambre: —
Mr. OUIMET : — I look upon the Militia of a country, not precisely
as a necessity, because I do not think our Mlitia are likely to be called upon to défend
our country against an invading force for many years to corne; but I look upon the
Militia as a national institution the promotion of which is the best means of creating
among our population a national feeling, a real Canadian feeling (725)
Mr. CARON : — I wish to draw the attention of the Committee to clause 17, sub-
section 3 — "Whenever the exigencies of the service required, Her Majesty may ralse
and maintain a torpédo corps." I wish to substituts the words, "a corps of subma-
rinc miners", instead of "torpédo corps", as the former désignation is the one used
in Engiand.
Mr. ROSS (Middlesex) : — What would the hon. Minister of Militia consider such
an exigency as would justify the organization of torpédo corps?
— 352 —
Mr. CARON : — The lion, gentleman knows so well, when and why torpédo corps
ire required, tliat I could hardly give him any cxplanation that would enlighten him.
Mr. ROSS : — Nothing short of a threatened invasion I suppose.
Mr. CARON : — Of course. The hon. gentleman will understand the peculiar geo-
graphical circunistunccs of the country, our large extent of seaboard, and numerous
harbors which we hâve lo protect, and the most inexpensive mode of protecting the
sea-board is by torpédo corps organized for that purpose. — (729)
Le 26 avril:—
Mr. MACKENZIE : — 1 nm quit> uware that it is the duty of every member of Parlia-
ment to support the Government in every effort to improve the defence of the
country. I should Jm sorry, indeed, to criticise adversely the propositions of the
Government respecting the force, unless I was thoroughly satisfied that the proposi-
tions werc wrong. Now, it has been admitted for years that ail we require in a Mili-
tia force is the nucleous of what would be required in the event of disturbances
occurring on our bordera, such as hâve occurred, or in the event of the Mother Coun-
try being unfortunatoly plunged into war in which we would hâve to take some part.
(832)
SIR JOHN A. MACDONALD :— I hâve always found the hon.
gentleman true to the principle that every country worthy of the name should hâve
a force adéquate to protect itself, to protect order, and to assume its position aa a
country
You must reniember, Mr. Speaker, that we are scareely doing our duty to England
by the amount wc hâve hitherto expended. My hon. friend from East York (1) remem-
bers that, in lvS05, a certain arrangement was made. I was one of a party that went home
on bchalf of the Government, and his former leader and great personal friend, and
my colleague, Mr. Brown, went with us; and it was then understood that the then
four Provinces should expend not leas than $1.000,000 a year in keeping up the Militia
force, an auxiliary force, in the then four Provinces. Well, Sir, we hâve not spent
that sum yearly. Some years it has been $800,000, some years less, and some years a
little more; but we never hâve really worked up to the fair engagement we made
with Her Majcsty's Government in England when they handed over ail their fortifica-
tions and ail their ordnance lands to Canada. — (833)
Le 5 mai 1883, au Sénat:—
HON. Mr. SCOTT :— Our best defence in this country is our réco-
gnition of the rights of other nations. There is but one power that can in any way
diaturb the harmony of things on this continent. We are, I am happy to say, year by
year improving our friendly relations with that power. We are beginning to feel that
we hâve the same mission in the world's affairs; we feel that we should both go hand
in hand in promoting the civilization of the world and cultivating the arts of peace ra-
ther than permitting our people to pursue those of war. AH things point in that direc-
tion. It is our interest, our policy and our inclination to cultivate the best relations
with the only power that could bc in the smallest degree aggressive. There is no power
on the Eaat to trouble us, nor is there any on the West, except it is the naval power
of some country with which England might be temporarily at war, and the résistance
that should be offered to such attacks should be by British ships — the only résis-
tance that could succcssfully défend us from such attacks. We are still, happily, a
part of the country that maintains her supremacy upon the océan. Britain rules the
waves to-day just as effectually as she did fifty years ago, and therefore it is by
British ships that a forcign aggression will be rcsisted, not by Canadian arms or Ca-
nadian guns.
HON. SIR ALEX. CAMPBELL.— Stfil we muât do our share.
HON. Mr. SCOTT: — Our share would be to fumish very différent material than that
which goes to make thèse militia corps. England has been in straightened circums-
(1) Mr. Mackcnzie.
— 353 —
tances within the last few years. We havc offered her assistance timc and again (1),
but onJy on one occasion was that assistance accepted. It was accepted in the form of
Canada gold when we forwarded it to assist in the care of the wounded in the Cri-
mean war; but so far as our toy army is concerned I think it is perfectly fallacious
to expect assistance from it in the event of invasion by a foreign power
It is ail very well to dream of battles gained and laurels won but none of us seriously
contemplate that there will ever be any aggressive war in which Canada will be in the
slightest degree involved, and therefore I say it is perfectly futile to continue, year by
year, wasting so considérable a sum of public money in this direction (396)
HON. Mr ALLAN : — I désire, as a Canadian, most earnestly to protest against the
spirit in which my hon. friend (Mr. Scott) has approached the subject before the
House, and also as to the ternis in which he has spoken of our militia. I do not
think the term "toy army", is applicable to our militia at ail. I think that our
active force hâve proved themselves in the past thoroughly capable of discharging
their duties, for they hâve shown when this province was invaded from without that
they could give a very good account of themselves. 1 would quite agrée with my hon.
friend from Ottawa if we stood entirely alonc, if we had no connection with the Em-
pire, then the idea of getting up two or three batteries of artillery, a battalion of
infantry and a troop of cavalry for the defence of the country would be simply Iudi-
crous. Such a force would be hardly adéquate for the préservation of domestic
peace, and would certainly be useless for the purpose of resisting foreign aggression.
It is not under such circumstances that the Government come to us now and ask us
to sanction the measure before the House. So long as we are part of the British
Empire I do not suppose that any hon. gentleman doubts that in the event of any
foreign invasion we should hâve the whole force of the empire at our back. Surely
we are not such an utterly spiritless an pusillanimous people as to désire to hâve our-
sclves defended by the forces of the Empire and to take no part in our own defence?
Canadians are actuated by a very différent spirit. We are ready to do our part,
and I think what this Bill ask us to do is a very small part, and the least that a
country growing in wealth and resources could be asked to do towards its own defence.
I simply rise to protest against the assertion going uncontradicted that the militia
is a toy of no practical use, or that we hâve not spirit enough in the country to take a
share in our self-defence, when we know that if we are compelled to do so, we shall
hâve the power of the whole Empire at our back. — (398-399)
HON. Mr. BOTSFORD :— What did the British Government say when
the union of the Provinces took place? Did they not say in distinct terms "You must
spend so much on the militia, and be prepared to défend yourselvea, before we will
be ready to expend the revenues of the people of Great Britain to assist a people
who are too craven to défend themselve».*' If I recollect right, our Government
engaged to expend so much on the militia.
HON. SIR ALEX. CAMPBELL :— Yes. — (405)
HON Mr. REID : — If I understand the position of this country, Great
Britain expects us to assist in our own defence, and in return for that we hâve the
whole force of the British army and navy, and her wealth as well, to aid us. Our
vessels are protected by the British flag on every sea, and this we receive without any
cost to us. Ail that we are expected to do is what every people should be prepared
to do — protect our own home and fire-sides (407)
Le 7 mai 1883, au Sénat: —
HON. Mr. MASSON :— The late Premier of the Dominion, Mr. Macken-
zic, had stated at a meeting of the Rifle Association- that "no nation could be great
unless it encouraged and cultivated the idea of national defence in connection with
the national finances." (414)
(1) M. Scott voulait sans doute parler d'offres individuelles et non d'offres du
gouvernement.
— 354 —
HON Mr. PLUMB : — Therc is no such thing as peace to the nations
cxccpt it is an armed peace where every nation is prepared to défend, and to assert
if necessary, its own rights; and as a part of the great Empire to which *e belong
he believcd it to be our duty to show that we are ready to do our share should the
occasion arise to défend ourselTes from a foreign foe. — (415)
53
Expédition du Soudan — Refus du Canada d'y participer 0)
Xo. 8
The Rijcht Hon. the KARL OF DERBY, K.G., to Governor-General the Mont Hon. the
MARQUIS OF LANSDOWNE. G.C.M.G.
Télégraphie.
Fcbruary 10, 1885. — General Lauric and Colonel Williams' proposais to enrol and
command régiments Canadian Volunteers. Before further considering thèse offers Her
Majesty's Government wish to know whether they are sanctioned and recommended by
Oominion Government ; and if it should be possible to accept one only and not both.
which should hâve préférence.
Xo. 9
Governor the Rigrht Hon. LORD AUGUSTUS LOFTUS, G.C.B. (New Sonth Waleo) to the
Rigrht Hon. the EARL OF DERBY, K.G.
(Received February 12, 1885)
Télégraphie.
Sutton Forest, February 12, 1885. — This Government offers Her Majesty's Govern-
ment two batteries field artillery with one battalion of infantry to be transported by
Orient steamer, and undertakes to land force at Suakim within thirty days after em-
barkatlon. I strongly urge that it may be accepted. Refusai will bc deeply felt in the
Colony. Différence between Colonial pay is the only difficulty.
Xo. 10
Governor-General the Mon Hon. the MARQUIS OF LANSDOWNE, G.C.M.G.. to the Ri*ht
Hon. the EARL OF DERBY, K.G.
(Received )
Télégraphie.
February 12, 1885. -- Government rcady to sanction recruiting by Canada for ser-
vice in Egypt or elsewherc. Force should be specially enrolled from différent parts of
local battalions under Impérial Army Discipline Act. Lauric préférable to Williams.
I would suggest brigade of three battalions (five hundred), each from marine provin-
ces, Old Canada and Xorth-West. Lauric might command brigade and Williams one
battalion. Melgund would like to serye as brigade-major ; ENTIRE COST WOULD
FALL ON IMPERIAL EXCHEQUER.
No. 13
The AGENT-GENERAL FOR NEW SOUTH WALES to COLONIAL OFFICE.
5, Westminster Chambers,
Westminster, S.W.,
February 13, 1885.
Sir,
Referring to my letter of yesterday, in which I enclosed a copy of a telegram I had
received from my Governnient, offering to Her Majesty's Government two batteries of
artillery and five hundred (500) infantry for service in the Soudan, I bave the honour
la transmit, for Lord Derby's information, a further message in relation to the propo-
(1) Correspondence respectinn offers by the Colonies of troops for service in the
Soudan (C. 1324). — Accounts and Papers, 1884-85, Vol. LU, pages 569 et suiv.
— 355 —
sition of my ■Government, in which it is stated tliat they will defray ail cxpenses in
connexion with their offer.
May I ask you to be so good as to cause this furthcr message to be made known
to lier Majesty's Government immediately.
I havc, &c,
(Signed) SAUL SAMUEL.
The Under Secretary of State,
Colonial Office.
No. 17.
WAR OFFICE to COLONIAL OFFICE.
Central Department, War Office,
February 14, 1885.
Sir,
In rcply to your lcttcr of the 13th instant, relative to the offer of the Government
of New South Wales of two batteries of field artillery and a battalion of infantry for
service in the Soudan, I am directed to acquaint you that the Marquis of Hartington
considers that this offer should be accepted with much satisfaction, but that it should
be understood that the force must be placed absolutely under the orders of the General
Officer Commanding as to the duties on which it will be employed.
He is advised that the force of artillery proposed is more than could be usefully
employed, and suggests therefore that it should be limited to one battery.
The transport conveying the force should call at Aden for orders.
Lord Hartington is further of opinion that the Government of New South Wales
should be confidentially informed that the plans of the General Officer Commanding
are not fully formed, and should not bc published, but that they may probably involve
placing the troops in summer quarters after a short campaign from Suakim ; also that
the main opérations against Khartoum may hâve to bc deferred until the autunin.
If, with this knowledge, the Colonial Government would prefer the immédiate des-
patch of the contingent, Her Majesty's Government would not désire to delay it.
I hâve, &c,
(Signed) RALPH THOMPSON.
The Under Secretary of State,
Colonial Office.
No. 21
WAR OFFICE to COLONIAL OFFICE
War Office, February 10, 1885.
Sir,
I hâve laid before the Secretary of State for War your letters of the 9th and 13th
instant, and in reply I am directed by the Marquis of Hartington to inform you that
he highly appréciâtes the feeling which lias prompted the Government of the Dominion
of Canada to offer facilities for raisins a force for Impérial service at this juncture of
affairs, but that the time which must necessarily elapse before such a force could be
raised, organised, and equipped, renders it undesirablc to take advantage of the offer
at the présent time.
The offer of the Government of New South Wales. which has been accepted by Her
Majesty's Government, was to provide an organised force fully equipped and ready for
immédiate service, and the Government of the Domiiïion will, no doubt, fully appreciate
the différence between the two offers as regards the use which could be made of them
by Her Majesty's Government, and will not, Lord Hartington feels sure, consider that in
declining their patriotic offer for the présent, any unduc préférence has been given
to the Colony of New South Wales.
It is anticlpated that the force already under orders will be sufficient for the mili-
tary opérations which are to be immediately undeTtakcn, but if it should appear that
they are likely to be extended and prolonged until next autumn, Lord Hartington would
gladly take into considération the proposais which hâve been made by the Government
of the Dominion of Canada.
. — 356 —
In the meantine Lord Hartington would be glad lu be more fully informed of the
gênerai scope and character of thèse proposais, including the rates of pay and othei
conditions of service suggested.
I hâve, &c,
(Signed) KALPH THOMPSON.
The Under Secretary of State,
Colonial Office.
No. 35
The Riffht Hon. the EARL OF DERBY, K.G., to Governor-General the Most Hon. the
MARQUIS OF LANSDOWNE, G.CM.G.
Télégraphie.
February 19, 1885. — Her Majesty's Government highly appreciate patriotic offer by
Dominion Government with respect to force foreign service, but length of time before
they could be embarked for active service is obstacle to immédiate avai'ling of it. New South
Wales offer was fully armed and equipped force to sail imraediately, and Dominion
Government will appreciate différence as regards use to which they could be put. Force
under orders is considered sufficient at présent, but if opérations prolongea till autumn
Her Majesty's Government would gladly take into considération offer. Meanwhile would
be glad to know more fully character of proposais, including pay and other condi-
tions service.
No. 40.
The Rifht Hon. the EARL OF DERBY, K.G., to Governor sir W. C. F. ROBINSON, K.C.M.G.,
(South Australia).
Télégraphie.
February 20, 1885. — Transmit following telegram to Governors : — Her Majesty's
Government highly appreciate patriotic offers South Australia, Victoria, Queensland,
with respect to force foreign service, but length of time before they could be embarked
for active service is obstacle to immédiate availing of it. Offer by New South Wales
was fully armed and equipped force to sail forthwith, and other Governments will ap-
preciate différence as regards immédiate use. Force under orders is considered suffi-
cient at présent, but if opérations prolongea till autumn Her Majesty's Government would
gladly take into considération offer.
No. 46
The Riffht Hon. the EARL OF DERBY. K.G., to Governor-General the Most Hon. the
MARQUIS OF LANSDOWNE, G.CM.G.
Downing Street, February 24, 1885.
My Lord,
On the 19th instant I briefly acknowledged by telegraph the offers made by Ca-
nadien officers, with the sanction of the Dominion Government, to supply troops for
military service in Egypt, and I hâve now great pleasure in assuring you that the
Qucen was much gratified by thèse loyal proposais, and has comrnanded me to express
Her Majesty's high appréciation of the patriotic spirit by which they were prompted.
Her Majesty's Government are well aware that a contingent spccially enrolled from
the various local battalions of the Dominion, and comrnanded by such officers as Major
Laurie and Colonel Williams, will, should circumstances admit of its employment in the
présent opérations, form a very valuable addition to the forces under Lord Wolseley's
command ; and although they are not in a position to give directions for its immédiate
enrolment, they will inform you as soon as possible whether it will be in their power
to avail themselves of a Canadien brigade at a later period of the ycar.
I am well aware that although Canada has fortunately had no occasion, and is not
likely to hâve occasion, owing to the friendly feelings of its great neighbour and its
distance from the complication of the old world, to use its military resources,
a powerful force could rapidly be raised in the various Provinces of the Dominion, and
would be cheerfully placed at the disposai of the Queen for service beyond the sea
in any exigency. Many thousands of thèse men hâve been well drilled, and excellent
provision has been made for the éducation of their officers, and Her Majesty's Go-
vernment are sensible that the spirited offers which hâve caused so much pleasure to
— 357 —
tins country represent but a small fraction of the assistance which would be readily
tendered by the people of Canada if the necessity for it should arise.
I hâve, &c,
(Signed) DERBY.
The Marquis of Lansdownc.
54
Discours de Sir A. Campbell à Londres (*)
(Extraits)
SIR ALEX AND ER CAMPBELL : In Canada, as everybody knows, we were sepa-
rate Colonies until the year 1867. Of those separate Colonies, Canada proper, Old Ca-
nada, consisting of the présent provinces of Québec and Ontario, was by far the most
important, its population being larger than that of the rest put together. So that th«
responsibility of the position which we were about to take devolved more upon the
Canadian Government (of which I was then a member) than upon the Governments of
the smaller provinces, New Brunswick, Nova Scotia, and Prince Edward Island; and
we thought it was very désirable that we should send a deputation to England to confer
with the then authorities hère, and to ascertain exactly what was expected of us iD
référence to defence, and what we should then submit to the other Colonies with whom
we were at the time discussing the subject of fédération. An interview was held hère
between members of the then Government of Canada, including Sir John Macdonald
(who is the Premier there now) and I believe the then War Office authorities, and I
think the Prime Minister, and the Secretary of State for the Colonies for the time being.
The resuit was this : — The Impérial Government had previously given us notice of
their intention to withdraw from the Colony Her Majesty's troops, and they declared
their resolution to carry that out. The Government hère agreed to undertake the naval
defence of Canada, the Canadian authorities undertaking the land defence of the Colony.
Upon that basis the Confédération of ail the Provinces was formed, viz, : that Her
Majesty's treeps were to be withdrawn (the withdrawal was then in course of being
carried out), and that the local anthority were only to undertake the land defences.
That was kindly done gradually by Her Majesty's Government, in such a way as to
create th» least difficulty to us in the Colony. The only soldiers in Her Majesty's pay
now in Canada are in the Garrison at Halifax; there is a garrison there maintained for
Impérial purposes, more in connection with the North American Squadron and the
supply of the dépôts and so on than for any othrr reason, — at ail events, not for any
reason connected with the defence of Canada; and no expenditure whatever now takes
place by the Crown in Canada beyond that garrison; so that ail burden upon Gréai
Britain, ail burden upon the people hère, has long since been discontinued in Canada. -
We hâve not only readily, but I may say cheerfully, endeavoured to live up to the
responsibilities which we hâve undertaken with référence to the land defences.
Unfortunately our means hâve not always been as great as our disposition was willing,
but we hâve done fairly well. We hâve maintained a fair amount of MUitia force,
moderately drilled, insufficiently drilled, no doubt, and open to many difficultés in that
direction, but still drilled, and ready for service. We hâve spent a very large amount
of money upon the military defence of the country.
At the time that I speak of, or shortly afterwards, our authorities hère thought —
very wisely — that it was désirable to mention some amount which we would spend
yearly in the land defences of Canada. The amount was put down at $1.000,000; that
would be 200,000 1. That amount we undertook to expend annually in the land
defences of the country; and I désire to show to my brother Colonists, and also to the
Impérial Governement, that this amount of money we hâve spent, and more than spent,
in the land defences of the country.
I obtained, before I left Canada, the last return of the Department of Militia and
Defence, a department which was organized after the conférence of which I hâve spoken
with the authorities hère, and after we had undertaken that the confédération should
(1) Proceedings of the Colonial Conférence, 1887, [5091] — Vol. I, page 271 et suiv.
— 358 —
reat upon the basis of our maintainin? the land defence*. The first step that m takcn
was to establish a Department of Militia and Defence, which I daresay the other
Colonies hâve cstablished also. Wc thought that the first step should be towards
organization and we established that Department, and we undertook to expent at least
?1,000,000 in the military defences of the country.
The PRESIDENT ISir Henry HOLLAND. Colonial Secretaryl : — Ineludinfl th. .Mi
litia?
SIR ALEXANDER CAMPBELL : — Yes, including the Militia; chiefly the Militia. 1
hâve brought with me the officiai statement of the Department, to show that that has
been done; and as I say to my friends from the various Colonies, and to you, Sir Henry,
we did it not only readily, but cheerfully; we were very glad to do it. Wc made that
stipulation with the authorities, and we désire to carry it out.
This confédération took place in 1867, and there was a good denl of correspondence
aud difficulty and delay, so that we did not commence to spend money in carrying out
our agreement till the year 1872.
I ought to mention also that Her Majesty's Government very handsomely offered to
.us their Ordonnance lands in Canada, which were of considérable area and considérable
value, and which I hâve no doubt cost the Crown a great deal more than any value that
could be obtaincd for them now
With those lands we embarked in the defence of the country, with the agreement
that we were to spend at least a million dollars a year. In 1872, which was the first
year that we began to spend money under that head, we spent, in round numbers,
#1,670,000; in 1873 we spent $1,406,000; in 1874, $1,121,000; in 1875, $1.194,000; in 1876,
$1,136,000; in 1877, for ordinary expenditure, $580,000; for construction and Improve-
ments, $33,000 ; and for maintenance and 'repairs, $12,000. The amount for
construction, repairs, and improvements appears in eaoli year. In 1878 we spent
$717,000; in 1879, $890,000; in 1880, $782,000; in 1881, $738,000; in 1882, $846,000; in 1883,
$824,000; in 1884, $1,189,000; in 1885, which was the year when the expenditure
connected with the defence began, we spent $2,826,000; and in 1886 we spent $4,182,000.
Those last two years were affected by the rébellion. So that we hâve lived very fully
ap to our agreement......
The resuit of that has been that we hâve now in Canada, in addition to an active
Militia force of 36,000 men, one troop of cavalry, two batteries of artillery, three
companies of infantry and one company of mounted infantry. We hâve a military
police force in the northwest, which is now cavalry, but which is being converted inte
mounted infantry, consisting of a thousand men, with the officers. For this we hâve
spent as follows:— For the year ending 30th June, 1877, $352,749.05; 1878, $334,748.50 ;
1879, $344,823,77; 1880, $332,855,12; 1881, $289,845,23; 1882, $368,456,47; 1883, $477,825,45;
1884, $4S5,983,66; 1885, $564,249,64; 1886, $1,354,694,19; Total, $4,906,231,08
Those are the préparations which I was anxious to state to the Conférence hâve
been made in Canada for the purposes of land defence. Those are the military pré-
parations. You ail know also that we bave made what we consider may be used as
other préparations. We hâve constructed at enormous expense the Canadian Pacific
Railway. By menus of that railway, and by means of the Intercolonial Railway, which
was constructed NOM years ago under the management of my friend Mr. Fleming, we
hâve extended the possible communication from London to the extrême north-west on
the Pacific Océan, and redueed the time occupied in traversing that distance to a period
of a fortnight. So that Her Majesty's Government could send reinforcements of men
and material to Esquimalt in 12 or 14 days from this place. To construct a railway
which can put such a power in the hands of Her Majesty's Government is undoub-
tedly a great contribution to the defence of the country. (Hear, hear.) Few things can
be more valuable to the defence of a country than the power of ready communication.
(Hear, hear.) That has ail been done without calling upon the Crown for any money
whatever. They hâve given nothing to Canada for the purposc of building the Canadian
Pacific Railway. It might hâve been very justly said to Her Majesty's Government :
"Hère is a great work which will be of great use to the Empire; you ought to contribua
to It." But nothing of that kind was said. The Canadian Pacific Railway Company
built the road with a contribution from the Government of Canada of $25,000,000 in
money and 25,000,000 acres of land and of 627 miles of railway constructed, or to be
constructed by the Government, and costing many millions of dollars more
— 359 —
Thèse contributions which arc augmenting thc wealth of the country, augmenting
its resourcc.s in agriculture and in materials of a-Il kinds, and in cvery other way that
the strength of the country can Le increased, — thèse contributions to the défensive
strength and wealth of the Empire, — hâve becn madc by Canada with a free hand in
every way. lu ail that kind of exertion there lias been no want and no stint to the
willingness, and not much to thc real cxertions, of the country to occupy the position
which ('.an. (Mans feel and gladly acknowlcdge that they ought to occupy in regard to
land defences.
In référence to other defences which hâve occupied in a manner so interesting the
minds of thc gentlemen from the other Colonies, the naval defences, wc «et ont with
that agreement with the Government that they were to undertake the naval defences.
It wat not ri that time a very burdensome undertaking upon theni ; I do not think it
is so now. They maintain for Impérial purposes, as for other purposes, the North Ameri-
can Squadron, and so long as that Squadron is at our doors, Canada does not need any
other naval defence. Since that agrecment was made by Her Majesty's Government, the
Colony of British Columbia has been addcd to thc Dominion, and thercfore there is a
coast of Canada now on the Pacific Océan. That coast is defended for the présent by
Her Majesty's North Pacific Squadron, which goes to Esquimalt once a year, and is more
or less there ail the time, as the North American Squadron is more or less at Halifax ail
the time.
I think that, although we hâve corne to no uuderstanding, but the rêverie, wc
would some years ago hâve been willing to open a Naval iSchool at Halifax. We
did try it. Lord Lomé, who was then our Governor-<ieneral, applied and was giVen
by the Admiralty authorities a frigate, an old frigate, I call it old not in disparagement,
but in truth. Thc naine of this frigate was the "Charybdis". Lord Lorne asked for
this frigate, so that we might bave a School of Naval Instruction in Canada. This fri-
gate was given to us at Lord Lorne's request. We sent home an officer of our service,
Captain Scott, of Her Majesty's Navy, to see about this vessel, and to bring it out. This
was in September or in October. When this officer got home he reported to us that the
vessel was in a very indiffèrent state of repair, and that it was not aafe to go to se* in
her; and he advised us against our sending her out that au tu nui at ail, but said that he
could bring her out in July or August in the following year, but it would be necessary
to hâve 136 men to man her, and that it would cost us a great deal of money. However,
we had asked for a vessel, and it appeared ungrateful and unmannerly to reject it, and
we had it brought out, and it was anchored in St. John, New Brunswick. We sent of-
ficers and men on board, and it turned out to bè an impossibility that any thing could
be doue with it. It was a large old-fashioned frigate, with the boilers worn out, so that
you could not go to sea in her. She could not steam and she could not sail, so that
there was no use in trying to do anything with her. That discouraged our efforts com-
pletely.
Mr. STANHOPE (Secretary of War) : ...I take note also of the very great expendi-
ture which has been incurred by the Government of Canada. We hâve ail heard, I am
sure with the greatest possible interest, the admirable and complète statement which Sir
Alexander Campbell has put before us. (Hear, hear.) It wat not a surprise altogether
to me, because I have had the opportunity of reading the reports and letters from Sir
Frederick Middlcton, to whom Sir Alexander Campbell referred in such kind terms ;
and I am aware of the steps that have been taken in Canada with regard to this ques-
tion, at any rate to a large extent. But I confess that I entirely agrée with Sir Alexan-
der Campbell in saying that it is not possible to exaggerate the advantage from a mili-
tary point of view which the Empire has gained by the construction of the Canadian
Pacific Railway. (Hear, hear.) As regards the Canadian Militia. I am glad to believe
also from the reports which reach us that the wbrds of praise that Sir Alexander
Campbell has uttered are no more than justif ied (page 276)
— 360 —
55
Discours de Sir Charles Tupper, à Winnipeg 0)
(Extraits)
Après un court préambule, l'orateur aborde le sujet de la Fédération
impériale et de la contribution des colonies à la flotte et à l'armée im-
périales : —
I intend for a few moments to draw your attention to the fact of one of the
reasons why this subject which is so calculated to seize upon the imagination and fire
the patriotism of every British subject whether at home or abroad should not hâve
reccived more enthusiastic support aJid considération than the Impérial Fédération
Leaguc bas reccived ; and I hâve no hésitation in saying that in my opinion it is the
advocacy of that question upon an unrwise basis — a mistaken basis. Somc gentlemen
with the utmost désire to promote Impérial unity hâve in my judgment adopted a Une
of argument that is most detrimcntal and calculated to produce a resuit the very oppo-
site of that which they would désire. The question of Impérial Fédération has been pre-
sented by them as a question in which the masses of the people of England are inte-
rested, because as matters now stand, the tax-payers of the United Kingdom are
burthened by the colonial connection, and they are told at the samc time that the
people in the colonies are not willing to continue to maintain the connection that
exists between the colonies and the Crown, but that if they will give the colonies cer-
tain advantages by a change of constitution they will no doubt relieve them from a
large portion of the burthens that now rest upon them in maintaining the army and
navy of England. Now, I challenge the accuracy of thèse statements. I see that in this
country you hâve been told by advocates of Impérial Fédération that we occupy a
humiliating- position.
You have been told that five million Canadians hâve no voice in the Impérial Par-
liamcut ; you have been told that they have no voice in the foreign concerns, in the
foreign policy of the great Empire to which they belong ; that it is a humiliating
position, and that the time has corne when Canadians and colonists in every part of
the world are de terminée! that they should become citizens of the Empire ; that they
should have the rights and privilèges that arc enjoyed in the heart of the Empire. I
can only say to you, gentlemen, that I differ toto coelo with ail thèse statements. I say
that the unity of this great Empire must be rested upon a différent basis altogethcr.
I deny that we are a burden to the empire. I say that if to-raorrow Canada was
dissevered from the Crown of England, if to-morrow Canada became a portion of that
great republic which lies to the south of us, England could not reduce her army by a
maii nor her navy by a ship. She would want more soldiers and sailors and ironclada
than she has to-day in order to maintain her prestige. I say, if this great continent
was oloscd, as closed it would be to the ships of England, under the circumstances I have
namrd, if they had no harbour in which to run or a place wherc they can obtain a ton of
coal or a spar, instead of England being strengthcned, she would be enormously weaken-
ed. Her power in the Pacific, her possessions in India and China would be imperilled,
and her perstige as a nation entirely changed. Instead of relieving her from any charge
for diplomatie services, or her army or her navy, it would impose gréa ter burdens upon
the tax-payers of Great Britain than at présent. I deny that we are a burden. There
is not a pound of British money spent in the Dominion of Canada, from end to end, for
any Canadian pnrpose.
// parle des énormes responsabilités du gouvernement canadien et
des services rendus à l'Empire par BLAKE, MACDONALD, GALT, sir
John THOMPSON et lui-même. Et il ajoute :—
But they talk about the question of peace or war ; they say we have no voice ;
that England may engage in conflict or war on some question that would be naturally
opposed to the voice and sentiments of the people of Canada. Well, I may tell you
(1) Reproduit du Manitoba Free Press, du 22 septembre 1893.
— 361 —
quietly ii^ra from what little expérience I hâve had of Her Majesty's Governments, 1
am not at ail afraid of Her engaging in unnecessary wars To this it is added
that we must get représentation in the Impérial Parliariic'nt in order to hâve a voice
in the publii* affairs of the great Empire to which we belong. I hâve no hésitation, and
I say it hcre frankly, that after the most careful considération of this question foT
many long years I am perfectly satisfied that a more unwisc, a more injudicious thinfl
could not possibly occur to Canada than to change her constitution in any radical res-
pect whatevrr. We hâve a constitution that has stood the test of more than a quarter
of a century and one that I would not be willing for any représentation in the Impérial
Parliament or anything else to change in any material respect. I will say therefore on
this question of représentation in the Impérial Parliament that the unity of the Empire
must be conscrved without taking away that self government which long ago was con-
ceded to Canada and which has been used wisely and well by Canadians of both
parties. We must ever retain the entire, complète, and independent management of
our own affairs
They say that the whole expense of the diplomatie service of England is borne by
it and that the colonies contribute nothing, just as they say we contribute nothing to the
defences of the Empire. They are entirely mistaken.
// rappelle les diverses circonstances où le Canada a payé les frais
des négociations diplomatiques qui l'intéressaient.
You are quite aware that the Government is represented by a foreign Ambassador
in a foreign country, and for our Governor gênerai, whosc duties are largely diplomatie,
Canada cheerfully pays something like £15,000 per year.
I hâve a word or two more to say with référence to the defence of the empire.
They say : Why should Canada, with her enormous mercantile marine, her salis
whitening every sea, not contribute from her resources to the defence of the Empire 7
I say she does. I say Canada is discharging that duty nobly and well. No porson
holds more strongly than I do the unquestionable duty of every British subject, wher-
ever lie mny be found, to contribute to the support of the defence of this great Empire.
If you are going to strengthen a fortification, what would you strengthen ? The
strongest or the weakest part ? Of course, the weakest. Wherc is the weakest part ?
Is it in England, in the United Kingdom, or Canada, or Australia ? No person ean
question that if England was engaged in war with any great power in the world, they
would strike, not in its strongest but weakest part, and therefore, if you wish to
strengthen the defences of the Empire, to increase the power to resist invasion, the best
way to accomplish this, I hâve no hésitation in saying, is by looking after Canada.
Those who say that Canada contribute* nothing: to the defence of the Empire mont be
very ignorant of facts, at ail events, and I would recommend them to peruse a littîe
of that very interesting literature contained in blue-books.
II donne de copieux détails et des chiffres précis sur la construction
du chemin de fer Intercolonial et du Pacifique Canadien, sur le dévelop-
pement du Nord-Ouest, la répression des deux insurrections des Métis,
la garde et le soin des Indiens, etc.
and ail this work was absolutely and vitally csscntial to the protection of
Canada. Our people hâve expended on thèse services no less than 1180,000,000, and yrt
it appears we hâve donc nothing for the strengthening of the Empire 1 The connection
by rail from Halifax to Vancouver is vital to the successfu) defence of thia country în
case of any emergency, and this work is of as great importance or greater to Gréai
Britain than to Canada, because her prestige and power would be struck down when
the brightest jewel in her crown could be wrested from her. In a matter so vital, we
hâve expended an amount which at four per cent interest would tax the people of thhi
country no less than $7,200,000 per annum, and yet we hear of a lack of duty in con-
tributing to the defences of the Empire. But some might answer that this work was
not done for that purpose, but for commercial purposes. So much stronger our claiin.
The greatest, the most important, the most vital question in connection with the defence
of Canada, which means the defence of one of the most important sections of the great
— 362 —
Empire, is to peopie il. Thi» raUway, although a commercial line, opens up tliis magni-
ficent future granary of the world for settlement by stout hearts and strong arms, not
only from Great Britain, but by the best men from Scandinavie and Germany and
Iceland, to become settlers and as brave defenders of British institutions as native-born
Canadiens. (Applause.) If you add to that the expenditure for the militia, and the
expense for tbe permanent militia, mounted police, and for the cruisers for protection
of the fisheries and our coasts, and for that line of steamers which runs between
Vancouver and China and Japan, and which line brings Yokohama a fortnight nearer
to London than the route through the Suez Canal ; added to this the new line of
steamers now running from Vancouver to Australia, for which I do not hesitate to
predict as great and as brilliaut a future as the steamers running to China and the
fast Atlantic service, to the others I hâve named, and it will bring the annual expendi-
ture from 17,200,000 up to 910,000,000. Is not this assisting in the defence of the Em-
pire ? There is no way of contributing better to this object than in this practical man-
ner in which we are spending annually $10,000,000 for services of the most vital impor-
tance alike to Canada and Great Britain. I do not intend to detain you any longer
than to say I am quite sure it was only right for me to seize an opportunity — the
only one I hâve had in Canada — to say something upon this question of Impérial
fédération, and of pointing out what, in my judgment, is the fallacy and the mistaken
policy of those who hâve adopted the line of advocatinjf the unity of the empire upon
a basis ealculated, in my judgment, not to promote that unity, but to destroy it."
56
Attitude des libéraux en 1896
A la dernière session du parelment de 1891-96, le ministère conser-
vateur tenta d'obtenir de la Chambre l'autorisation d'emprunter $3,000,-
000 pour la défense du pays. Cette proposition était encore en suspens
lorsque le parlement expira; mais le ministère réussit à faire voter un
subside spécial de $1,000,000 pour achat d'armes et de munitions. Ce
subside couvrait en partie le prix d'un contrat conclu avec le gouverne-
ment impérial. Les libéraux dénoncèrent violemment l'action des mi-
nistres. C'est au cours de ce débat que les déclarations ci-dessous furent
faites par trois des principaux partisans de M. Laurier (1). // n'est pas
sans intérêt de rappeler que ces trois députés reçurent plus tard les mar-
ques les plus signalées de la confiance et de l'estime de M. Laurier. M.
Brodeur devint successivement vice-président et président de la Cham-
bre des Communes, ministre du Revenu de l'Intérieur et juge de la Cour
Suprême. M. Legris fut fait sénateur et M. Bruneau, juge de la Cour Su-
périeure. Seul M. Legris est resté fidèle à ses convictions anti-impéria-
listes.
M. BRODEUR: — 11 est une chose qui me parait singulière, relative-
ment à cette affaire; j'ai toujours entendu dire que si, par impossible, nous avions
une guerre au Canada, nous avions le droit de compter sur la protection de l'Angleterre;
que la seule raison du maintien du lien colonial était que dans le cas où nous aurions
des difficultés internationales, nous pouvions, avec certitude, compter sur l'appui de
l'Angleterre.
Eh bien! M. le président, je regrette d'apprendre que dans le cas actuel le gouver-
nement a acheté ces fusils de l'Angleterre, non pas d'un particulier, non pas d'une com-
pagnie particulière, mais qu'il a acheté ces armes du gouvernement anglais, et que ce
gouvernement nous demande de lui en rembourser le coût. Est-ce là la protection pro-
(1) Débats de la Chambre des Communes (Version française), 22 avril 1896. Ix
chiffre de la colonne est indiqué après chaque citation.
— 363 —
mise par l'Angleterre au Canada? Est-ce là la position qui nous est faite comme colo-
nie? Je crois que nous aurions raison de nous attendre à toute autre chose de la part
de l'Angleterre. D'un autre côté, je ne crois pas que le gouvernement anglais soit si'
pressé de nous faire payer cette somme, qu'il faille absolument voter ce montant tout
de suite. Je crois, au contraire, qu'il attendra bien encore quelque temps, qu'il atten%
dra bien jusqu'au moment où nous aurons l'argent nécessaire pour le payer, sans em-
prunter pour cela.
Maintenant, je crois que dans les circonstances il n'y a rieu autre chose à faire que
de refuser au gouvernement de lui permettre de faire cette dépense de quatre millions
de piastres, et pour nia part, je m'y oppose énergiquement
On demande au parlement de dépenser cette somme d'un million de piastres lorsque
notre dette s'élève à au-delà de $300,000,000. Je crois que cette dette est suffisamment
forte et qu'il nous est inutile de faire de la politique de jingo, [en] augmentant par là
même la dette du pays de quelques millions sans pouvoir justifier d'une manière sé-
rieuse cette dépense. Je ne crois pas que cette dépense soit requise dans les circons-
tances, et pour ma part je suis énergiquement opposé à ce que l'on vote une somme
comme celle que l'on nous demande maintenant. — (6172-3)
M. LEGRIS: — Cette dépense d'un million de dollars pour acheter des armes
est tout à fait inopportune. Nous n'en avons pas besoin dans le moment. Nous som-
mes en paix avec tout le monde, et nous ne sommes pas menacés de guerre d'aucun
côté. Au lieu de dépenser cette somme relativement fabuleuse, eu égard à nos besoins
et à nos moyens actuels, le gouvernement ferait mieux d'obtenir plus de discipline dans
les rangs militaires (6174)
M. BRUNEAU: — M. le président, si je prends la parole, c'est simplement pour. unir
mon protêt à ceux qu'ont fait entendre les honorables députés de Rouville( M. Brodeur)
et de Maskinongé (M. Legris) relativement aux dépenses que le gouvernement se pro-
pose de faire pour notre milice, et qu'il nous demande de voter maintenant. J'approuve
les raisons données par les honorables députés de Rouville et de Maskinongé. 11 est
maintenant trop tard pour nous demander de voter un montant semblable au moment
où le parlement va expirer. Il n'y a pas de doute non plus que cette dépense est tout à
fait injuste, vu la dette très élevée qui pèse déjà sur le peuple de ce pays, et vu aussi
qu'il n'y a aucune nécessité d'acheter les fusils que le département de la Milice a
achetés . Il n'y a aucune nécessité, M. le président, parce que nous sommes une dépen-
dance coloniale, et que l'Angleterre nous a toujours promis son concours actif au cas où
nous en aurions besoin. Il n'y a aucune nécessité de faire cette dépense, parce que nous
sommes en paix avec tous les pays du monde entier. Il n'y a aucune nécessité de faire
une telle dépense, parce que je le déclare avec tout le chauvinisme qui me caractérise,
malgré la loyauté qu'entretient le peuple canadien-français pour l'Angleterre, lequel est
toujours prêt, à l'avenir comme par le passé, à payer de sa personne et de son argent
pour la défense du pays, niais le peuple de notre pays ne veut pas faire dea dépenses
pour soutenir les chicanes de la mère-patrie (6175-6)
L'orateur est tellement ému qu'il perd le fil de son discours.
Le lendemain, 23 avril — jour de la clôture de la session, -— M. RIN
FRET, député libéral de Lotbinière, propose, appuyé par M. LEGRIS: —
Que cette Chambre regrette que le gouvernement ait, sans l'autorisation du parle-
ment, conclu des contrats pour l'achat d'armes et d'équipements au montant de près
de $2,000,000.
Toute l'opposition libérale appuie cette motion.
* * *
Au cours de la campagne électorale qui aboutit au triomphe des
libéraux, le 23 juin 1896, la plupart des candidats de M. Laurier, dans la
province de Québec, dénoncèrent cet achat d'armes et, généralement, les
tendances impérialistes du parti conservateur. L'article suivant, publié,
le 17 juin 1896, dans le principal organe du parti libéral, /'ELECTEUR, de
Québec, donne une idée assez juste de la violence de ces dénonciations.
— 364 —
Reproduit le lendemain dans le SOIR, de Montréal, dirigé par M. Bro-
deur, cet article fut également publié en tract et répandu par tonte la
province à plusieurs centaines de mille exemplaires :
VOULEZ-VOUS LA GUERRE ?
TROIS MILLIONS I)K PIASTRES
pour d<'s
FUSILS, CANONS ET BAÏONNETTES
l'N DANGER IMMINENT POUR VOIS, CULTIVATEURS
Une des lubies du vieux Tupper, c'est la Fédération impériale. La Fédération Im-
périale signifie une alliance plus intime entre l'Angleterre et ses colonies en général et
le Canada spécialement.
Une des conditions da cette alliance serait qu'en temps de guerre, le Canada serait
appelé à payer sa part des Irais en argent et en hommes!
Et comme l'Angleterre est presque toujours en guerre avec quelqu'un, nous aurions
continuellement à nous taxer pour trouver l'argent, à tirer au sort pour fournir les
hommes !
En retour l'Angleterre créerait ces drôles baronets, chevaliers de ceci, commandeurs
de cela.
Mais le peuple resterait chair à canon!
A peine sir Charles Tupper a-t-il été revenu d'Angleterre qu'il a commencé à pré-
parer les voies à la réalisation de son épouvantable projet.
L'Angleterre a été menacée d'une difficulté avec les Etats-Unis à propos de quel-
ques arpents de terrains miniers dont clic réclamait la propriété dans le Venezuela, à
des mille milles de notre pays, dans l'Amérique Centrale. Vite, sir Charles, pour faire
l'officieux, s'empresse d'ordonner l'achat en Angleterre de fusils et de canons, etc.,
pour UN MILLION HUIT CENT MILLE PIASTRES ($1,800,000.00) en pleine session, sans
consulter les chambres.
Ce n'était pas assez.
Il lui fallait TROIS MILLIONS!
M. Poster a propose le 21 avril 1890 (page C902 du Hansard) une résolution autori-
sant un emprunt de TROIS MILLIONS DE PIASTRES pour payer les achats faits et à
faire.
On avait alors commandé 40,000 fusils Lee-Enfield et 23,000 carabines du même
nom pour la cavalerie. On avait commandé quatre batteries de six canons, des canons
de 12* avec les munitions nécessaires.
L- s fusils coûtent $18.00 chaque.
Les carabines pour la cavalerie coûtent en tout QUANANTE MILLE PIASTRES
($40,000.00).
Les bayonnettes, les fourreaux coûtent quatre piastres.
Puis il y a à acheter —
CINQUANTE CANONS "Maxim".
200 sets de harnais pour chevaux de trait.
400 sets de selles pour cavalerie.
Ca coûtera $100 le set.
On peut en avoir pour $10 ici.
Et CINQUANTE-NEUF MILLE PIASTRES, «09,000.00, rien que pour les harnais.
Pourquoi acheter les harnais à l'étranger'.'
Tout pour les autres, rien pour vous!
Pourquoi le gouvernement Tupper, qui nous vante tant les bienfaits de la Protec-
tion pour l'industrie canadienne, a-t-il acheté pour $165,000 de harnais en Angleterre
au lieu de les faire fabriquer par des selliers du Canada?
Pourquoi a-t-il payé ces harnais $100 le "set" quand il aurait pu les avoir ici pour
$40?
Pourquoi tous ces armements si nous ne sommes pas pour avoir de guerre?
Et pourquoi se battre pour l'Angleterre?
— 365 —
Les électeurs devront se rappeler que ces gros et grands chefs qui sont toujours
anxieux de se montrer plus patriotes que les autres, plus loyaux que les autres, et prêts
à nous lancer dans des guerres pour le bénéfice des autres, ne seront pas ceux qui sup-
porteront le fardeau.
Ces carabines, ces canons, ce sont les électeurs qui les manoeuvreront. On vous
considère bons pour faire de la chair à canon. Les Tupper, les Angers, les Taillon
seront dans leurs bureaux de ministres, d'où ils nous enverront à la mort, la joie dans
le coeur, le verre de Champagne à la main. Encore une fois, pourquoi tous ces fusils,
ces canons, ces bayonnettes, si ces bons Tupper et Cie ne méditent pas quelque mauvais
coup de main.
L'on enverra vos enfants en Afrique, en Asie, d'où ils ne reviendront jamais.
Si vous votez pour les candidats bleus, vous approuvez tous ces préparatifs pour la
guerre. Est-ce que le gouvernement vient à votre secours lorsque vous êtes écrasés par
les taxes de toutes sortes, lorsqu'un malheur vous frappe soit par les ravages de l'inon-
dation, ou d'u.i incendie? Et l'on a dépensé 3 MILLIONS DE PIASTRES pour des fusils.
Votez pour Laurier et ses candidats si vous voulez voir votre pays jouir de la même
tranquillité et ne pas vous exposer à partir un de ces bons matins pour d'autres pays,
laissant en arrière de vous vos femmes, vos enfants et tout ce qui vous est cher.
Trois ans plus tard, M. Laurier et ses collègues, "chevaliers de ceci,
commandeurs de cela", envoyaient "nos enfants se battre pour l'Angle-
terre en Afrique" — et /'Electeur, tourné en Soleil, trouvait que c'était
très bien ... et M. Brodeur, et M. Bruneau, et tous les rouges applaudis-
saient.
57
Mémoire du Colonial Defence Committee 0)
{Extrada)
Je n'ai pu retracer cette pièce à Ottawa: elle est sortie des archives.
Le texte ci-dessous est celui d'une copie que M. MONK m'avait donnée,
au moment de la production du document à la Chambre.
ABOUT six years ago the Colonial Defeace Committee drew up a Mémorandum
laying down certain gênerai principles which they considered should be kept in view
by the various responsible Governments of Australasia in dealing with questions affect-
ing defence.
Thèse principles hâve been generally accepted and acted upon in the Australian
Colonies, though at times action is still taken there not entirely in accordance with them,
while from other parts of the British Empire proposais are still received based on erro-
neous conceptions of the truc policy of a great State having vast Interests to défend in
ail quarters of the habitable world.
The Colonial Defence Committee, therefore, consider that the time has corne when
advantage will be derived from a further enunciation of the principles which hav«»
guided and still guide them in making recommendations to the various Departments of
State with regard to the defence of the Colonies.
2. The Maintenance of sea supremacy ha» been assumed as the basis of the System of
Impérial defence ag-ainst attack from over the sea. This is the determining factor in
shaping the whole défensive policy of the Empire, and is fully recognized by the Ad-
miralty, who hâve accepted the responsability of protecting ail British territory abroad
asrainst organized invasion from the sea. To fulfil this great charge, they claim the
absolute power of disposingr of their forces in the manner they consider most certain to
secure success, and object to limit the action of any part of them to the immédiate
neighbourhood of places which they consider may be more effectively protected by
opérations at a distance.
(1) Transmis aux gouvernements des Colonies en août 1897 ; communiqué à la
Chambre des Communes du Canada en 1912: — Sessional Papers, 1912, No. 77, not printed.
— 366 —
It is recognized, however, that Hcr Majesty's ships, cngaged in hunting out and
dcstroying the squadrons of an enemy, niay not be in a position to prcvent the preda-
toray raids of hostile cruisers on British ports. The strength of such an attack will vary
in the différent parts of the world, according to the strengths of possibly hostile navies,
the proximity of their hases, and the troops that are or could easily be brought thero
in anticipation of war. It also varies froni time to time with changing political combi-
nations. But it is improbable that a raiding attack would be made by more than a few
ships, nor could it be of any permanent effect unless troops could be landed. In no
case could a greater force than a few thousand men be collected and conveyed without
such arrangements and préparation as would bring the opérations under the category
of those dealt with hy the navy. Against a raid of the nature indicated it lias been
considered necessary to make secure those places which are essential to the navy for
coaling, relfitting and repairing. Ports for this purpose hâve been selected by the Ad-
miralty, and Impérial resources in men and money available for use abroad hâve been
concentrated on their defence. Many of the Colonies have contributed largcly to their
own military protection. In Australian waters defence for naval purposes has been pro-
vided by the Colony of New South Wales in the protection that has been given to the
port of .Sydney, while the defence of certain mercantile stratégie positions has been
undertaken mainly by the Australian Colonies whose commerce they will protect.
3. Apart from the harbours fortified for the navy, there are other ports which.
though they do not enter into what may be called the gênerai stratégie scheme, are also
liable from their commercial importance to predatory raids, and which require mea-
sures of defence for the protection of the spécial interests involved. The recources of
places, which, in the opinion of an enemy, would justify the very considérable risks
which a raid on them would involve, are generally sufficient to admit of the provision
of local defence by local means, and where the liability to atteck and the resources to
resist attack co-exist, it has been hcld to be the duly of the Colony to make provision
for adéquate defence.
In dealing with places of this nature the Committee have advocated the création ot
sufficient fixed defences to resist occupation by hostile cruisers, but more cspecially the
provision of troops sufficient to deal effcctually with such forces as an enemy must put
on shore ta enablc him to secure any permanent advantage from his attack. Troops
without works may defeat an enemy and frustrate his ohject. Works without troops are
useless and delusive. It is necessary to lay stress on this fact, as fortifications give an
appearance and feeling of security which is not justified unless they are fully garri-
soned by well trained men and supported by mobile forces, and because expenditure on
defences involving a heavy outlay at one time and little at another can be more easily
fitted into the exigencies of fluctuating budgets than expenditure on troops, which must
l»e constant to be effective. When money is made available in time of anticipated war.
there is a tendency to spend it in inercasiug fortifications and armaments, sometimes
already on an unnecessarily elaborate and extensive scale, while in time of external
quiet and internai financial dépression there is a tendency to reduce to a dangerous
extent the military forces, which can only be of value if constantly kept up to a state of
efficiency in uumbers and training.
4. It is scarcely necessary to point out that the sysleni of defence for the whol*
Colonial Empire must take fully into considération the spécial conditions of the various
Colonies. The organization of forces in a vast continent like Australia must differ
from that of a small body of men whose duty will be to protect the single port of a
West Indian Island. The Colonies of Australia should be in a position to al'ford each
other mutual support by combined offensive or défensive action. An armed police force,
pr.'pared to resist the few troops that might be landed from a single cruiser, may suffice
to guard the smaller interests of a West Indian Town. Airain, the defence of Canada,
with its long land frontier, obviously requires to be treated on a différent basis from
that of the small island of St. Helena.
To enabli' them to deal with thèse varying conditions on the basis of the gênerai
scheme for the defence of the whole Empire, the Colonial Defence Committee have re-
cnmmcndcd tliat a Scheme drawn up on certain indicated lines to show the probable
slrengtli and nature of attack on each Colony, and how its existing resources could be
utilized to the best advantage for defence, should be submitted annually for their con-
sidération and remarks. Such Schemes are now regularly reccived from ail the Crown
Colonies, and from most of those that are self-governing. The clearer perception of the
— 367 —
stratégie conditions • of each place which is shown in the later schemes, and the increase
in their definiteness and practicability as they are revised year by year, lead the Com-
mittee to atlribute the greatest importance to them, and strongly to urge those Colo-
nies which hâve not already done so to at once take this step towards informing them-
selves as to what would be their weak points in war, and what means they hâve for
remedying them. Defence Schemes are not of mère académie interest. If-war with a
great power were to break out tomorrow there would be no new data available on which
to draw up such Schemes if they dit not already exist. They would hâve to be hastily
compiled, considered and adopted, and would probably bc considerably above or below
the requirements of the case, unnecessarily dislocating the civil progress of the country
in the former case, and dangerously risking its safety in the latter.
5. In addition to the Schemes which deal, as above stated, with the orgauization of
existing resources for purposes of defence, various animal Reports of the Commandants
of the military and naval forces of the self-governing Colonies hâve been referred to
the Committee, as well as proposais which hâve been received from time to time by the
Colonial Office from the Colonies with référence to altérations in their personnel and
matériel. This has enabled the Committee to advise on the orgauization, conditions of
service, training and equipment of Colonial military and naval forces and on the forti-
fications and armament of the many defended places abroad. The Committee can, of
course, only advise, and, for reasons of local policy or expediency, or for other causes,
it has not always been possible for the Colonial Governments to accept the advice that
has been given. The failure to do so has sometimes involved them in expenditure
which to the Committee has not appeared essential, whïle sometimes they hâve effected
économies which to the Committee hâve not appeared wise, and thus hâve in part
marred the completeness of the gênerai scheme of national defence to which so niucli
importance is attributed.
Les paragraphes 6 ô 15 sont consacrés à des détails techniques.
16. Certain Colonies bave provided themselves with local floating defences to sup-
plément the fixed defences of their ports. Since the completion of the latter, the Colo-
nial Defence Committee hâve attributrd less importance than formerly to the small
colonial navies, considering that it is generally difficult to obtain from floating harbour
defences an effect commensurate with the outlay entailed by them. Where, however,
there is a sufficiently spacious area of navigable water apart from the fortifications to
permit local defence ships to manoeuvre, this objection does not apply. Colonial war-
ships, where maintained, should be kept in a thorougly efficient condition both with
regard to personnel and matériel.
17. There are many points in addition to those touched on above concerning which
the Colonial Defence Committee hâve offered advice to the Colonies in the past and are
prepared to do so in the future, but which it is obviously unadvisable to deal with in a
Mémorandum for gênerai information. In this connection they would repeai a para-
graph from a former Report. "The necessity for preserving secrecy in regard to the
position of guns and détails of defence was brought before the Colonial Conférence in
1887, and has at various Unies been impressed upon the Colonial Governments. It is
earnestly hoped that thèse warnings will in future be acted upon."
18. The Committee would also take this opportunity of pointing out that they can
more satisfactorily assist the Colonial Governments in dealing with questions of defence
if ail gênerai Reports and important proposais of their Military Advisers are referred
to the Committee through the Colonial Office as soon as possible after being considered
by the governments.
The Committee completely recognize that, for finaneial and other reasons, possibly
of a confidential nature, and of a political rather than of a military character, it may
often not be practicable to give effect to the recommendations that are made. They
think, however, that they would be in a better position to follow and advise upon the
gênerai military policy of the Colonies, if the recommendations were always communi-
cated to them, accompanied, if necessary, by the confidential opinions of the Govern-
ments and Governors thereon.
— 368 —
19. In conclusion, the Committee are led to refer, by the proniinence which has of
late been given to the question of Fédéral [?] dcfence, to the mu tuai co-operation of the
Colonies for this purpose in time of war. It will be obvious that at présent such co-
opération niust be mainly confincd to adjacent Colonies, such as those of Australia, and
in a smaller degree those of South Afrlca. In Australia this subject has been consi-
dered with happy results by the Fédéral Military Conférences of 1894 and 1896, and
more recently at a meeting of Premiers at Sydney.
Doubtless a tinie will corne when the increasing strength and resources of the sclf-
governing Colonies will enable them to materially assist the mother-country, by placing
at her disposai for opérations in any quarter of the globe bodics of troops formed from
the excellent material of strong, self-reliant Colonists, bat at présent the derelopment
of their own vast territories in time of peace, and the effective protection of them in
time of war, is undoubtedly the beat contribution the Colonie* can offer to Impérial
defence. To this, however, therc is an important exception. England may be engaged
in the future, as she has frequently been in the past, in a war which carries with it
no danger of attack on the Colonies. In such a case the offer of assistance from them
would be prized, as it has been on more than one occasion, not only for its real value,
but also as évidence of that solidarity on which the greatness of the British Empire must
ultiiiiutely rest.
(Slgned) M. NATHAN,
Sccretary,
Colonial Defence Committee.
December 31, 1896.
GUERRE SUD-AFRICAINE
58
Correspondance échangée entre M. Chamberlain et le
gouvernement canadien (*)
No. 18 i
Mr. CHAMBERLAIN to Governor-General The Earl of MINTO
(Sent 5.15 p.m., October 3, 1899.)
Telegram.
Secrctary of State for War and Commandcr-in-Chief désire to express high appré-
ciation of signal exhibition of patriotic spirit of peoplc of Canada shown by offers to
serve in South Africa, and to furnish following information to assist organization of
force offered into units suitable for military rcquirements. Firstly, units should con-
sist of about 125 men; secondly, may be infantry, mounted infantry, or cavalry; in
view of numbers already available infantry most, eavalry least, serviceable; thirdly,
ail should be armed with .303 rifles or carbines, which can be supplicd by Impérial
Government if necessary; foùrthly, ail must provide own equipment, and mounted
troops own horses; fifthly, not more than one captain and three subalterns oach unit.
Whole force may be commanded by officcr not higher than major. In considering
numbers which can be employed, Secretary of State for War guided by nature of
offers, by désire that each Colony should be fairly reprensented, and limits necessary if
force is to be fully utilized by available staff as intégral portion of Impérial forces;
would gladly accept four units. Conditions as follows: Troops to be disembarked at
port of landing South Africa fully equipped at cost of Colonial Government or volun-
teers. From date of disembarkation Impérial Government will provide pay at Impérial
rates, supplies, and ammunition, and will defray expenscs of transport back to Canada,
and pay wound pensions and compassionate allowances at Impérial rates. Troops to
embark not later than 31st October, proceeding direct to Cape Town for orders. Inform
accordingly ail who have offered to raise voluntcers.
No. 40.
Governor-General The Earl of MINTO to Mr. CHAMBERLAIN.
(Receivcd 8.20 a.m., October 14, 1899.)
Telegxam.
(Extract.)
Much pleasurc in telling you that my Government offers 1,000 infantry on organisa-
tion proposed in your telegram of the 3rd Ocîober.
No. 45.
Mr. CHAMBERLAIN to Governor-General The Earl of MINTO
(Sent 12.40 p.m., October lli, 1899.)
Telegram.
Her Majesty's Government have received with much pleasure your telegram of
13th October, conveying Canada's generous offer of 1,000 troops, which they gratefully
accept.
No. 53.
Governor-General The Earl of MINTO to Mr. CHAMBERLAIN.
(Received midnight, October 18, 1899.)
Telegram.
(Extract.)
After full considération my Ministers have decided to offer a régiment of infantry,
1,000 strong, under command of Lieutenant-Colonel Otter.
(l)Correspondence relating to the Despatch of Colonial Military Contingents to
South Africa, 1880 [Cd 18]).
— 370 —
My Ministcrs hope that Canndian contingent will be kcpt together as iuuch as
possible, but rtalize that this must be left to discrétion of War Office and Commander-
in-Chief.
No. 64.
Governor-General The Earl of MINTO to Mr. CHAMBERLAIN.
(Received 1.10 a.m., October 24, 1899.)
Telefrram.
(Answered by No. 68.)
My Government ask me ascertain whether War Office sending Army Post Office
Corps to South Africa. If so, Canada would send five trained officiais for post office
duties with Canadian contingent. If approved, please inform me what class of clerks
will be requlred. My Government will pay ail cxpcnses or whatever proportion
suggested.
No. 66.
Mr. CHAMBERLAIN to Governor-General Th- Earl of MINTO.
(Sent October 24, 1899.)
Telegram.
(Answered by No. 67.)
Her Majesty the Queen désires to thank the people of lier Dominion of Canada for
their striking manifestation of loyalty and patriotism in their voluntary offer to send
troops to co-operate with Her Majesty's Impérial forces in maintaining lier position
and the rights of British subjects in South Africa. She wishes the troops God speed
nnd a safe rcturn.
No. 67.
Governor-General The Earl of MINTO to Mr. CHAMBERLAIN.
(Received 11.23 p.m., October 25, 1899.)
Telefrram.
The people of Canada received with sincère gratification message from Her Majesty
the Queen, ct.nveying her thanks for Canada's contribution to the British troops now
en route for South Africa. The good wishes expressed by their Sovereign for Her
Canadian troops will inspire them with deep sentiments of loyalty and patriotism, and
with a détermination to sustain the réputation that Canadian Volunteers hâve earned
in the past history of this part of the Empire.
No. 68.
Mr. CHAMBERLAIN to Governor-General The Earl of MINTO.
(Sent 1.20 p.m., October 26, 1899.)
Telefrram.
Referring to your telegram, October 21, Secretary of State for War grateful for
generous offer of Canadian Government, but need not avail himself of it, as arrange-
ments for Army Post Office Corps completed.
No. 89.
Mr. CHAMBERLAIN to Governor-General The Earl of MINTO.
(Sent 2 p.m., Novcmber 7, 1899.)
Telefrram.
Your Ministcrs' generous offer to send without delay second contingent for service
in South Africa has received the attentive considération of Secretary of State for War
and his military advisers, but they regret that under existing circumstances they are
unable to accept it. The offer will, however, certainly be borne in mind, and Her
Majesty's Government will hâve no hésitation in availing themselves of it should future
events make it désirable to do so. Her Majesty's Governement attach great impor-
tance to this fresh proof of Canadian sympathy and good will, and désire to express
their grateful appréciation of it.
— 371 —
No. 93.
Governor-General The Earl of MIXTO to Mr. CHAMBERLAIN.
(Received November 2, 1899.)
(Answered by No. 95.)
(Ex tract.}
Government House, Ottawa, October 20, 1899.
I bave tbc honour, in reply to your cable despatch of October 3rd, to forward a
Privy Couneil Order, authorizing the despatch of 1,000 volunteers to serve with Impérial
troops in South Africa.
It is intended that this force should bc organized as a régiment of two battalions
and that it should be commanded by Lieutenant-Colonel Otter, an excellent officer, who
served with distinction in the North-West Campaign, in 1885, and is at présent com-
manding the Toronto District.
For information of the War Office, I attach copies of Militia Orders, which will
explain the lines on which the force is being composed.
My Government is in treaty with the Allau Line Company for the use of the
s. s. "Sardinian," which it is calculated will be capable of conveying the whole contin-
gent, and sbe is expected to sail from Québec on the 31st instant.
Enclosure 1 in No. 93.
Extract from a Report of the Committee of the Honourable the Privy Couneil,
approved by His Excellency on the 14 October, 1899.
The Committee of the Privy Couneil hâve had under considération a despatch, dated
3rd October, 1899, from the Right Honourable Mr. Chamberlain.
The Right Honourable Sir Wilfrid Laurier, to whom the said dispatch was referred,
observes that the Colonial Secretary, in answer to the offers which hâve been sent to him
from différent parts of Canada expressing the willingness and anxiety of Canadians to
serve Her Majesty's Government in the war which for a long time has been threatening
with the Transvaal Republic and which, unfortunately, has actually commenced, enun-
eiates the conditions under which such offers may be accepted by the Impérial
authorities. Those conditions may be practically summed up in the statement that a
certain number of volunteers by units of 125 men, with a few officers, will be accepted
to serve in the British Army now operating in South Africa, the moment they reach the
coast, provided the expenses of their equipment and transportation to South Africa, are
defrayed either by themselves or by the Colonial Government.
The Piime Ministcr, in view of the well known désire of a great many Canadians
who are ready to take service under such conditions, is of opinion that the moderate
expenditure which would thus be involved for the equipment and transportation of such
volunteers may readily be undertaken by the Government of Canada without summoning
Parliament, cspecially as such an expenditure under such circumstances cannot be
regarded as a departure from the well known principles of constitutional government
and colonial practice, nor construed as a précèdent for future action.
AIready, under similar conditions, New Zealand has sent two companies, Queens-
land is about to send 250 men, and West Australia and Tasmania are sending 125 men
each.
The Prime' Minister, therefore, recommends that out of the stores now avuilable in
the Militia Department, the Government undertake to equip a certain number of vo-
lunteers, not to exceed 1,000 men, and to provide for their transportation from this
country to South Africa, and that the Ministcr of Militia make ail necessary arrange-
ments to the above effect.
The Committee advise that Your Excellency be moved to forward a certified eopy
of this Minute to the Right Honourable the Secretary of State for the Colonies.
Ail of which is respectfully submitted for Your Excellency's approval.
JOHN .1. McGEE,
Clerk of the Privy Couneil.
Xo 95.
Mr. CHAMBERLAIN to Governor-General The Earl of MINTO.
My Lord, Downing Street, November 15, 1899.
I received from you on the 2nd instant a copy of an Approved Minute of the
Dominion Privy Couneil, dated the 14th of October, 1899, in which your Ministers
— 372 —
authorized the cquipment and despatch of 1000 volunteers for service with the Impérial
troops in South Africa
The great enthusiasm and the gênerai eagerness to take an active part in the
military expédition which has unfortunately heen found necessary for the maintenance
of British rights and interests in South Africa hâve afforded mucli gratification to
Her Majesty's Government and the peoplc of this country. The désire thus exhibited
to share in the risks and burdens of Empire has been welcomed, not only as a proof of
the staunch loyalty of the Dominion, and of its sympathy with the policy pursued by
Her Majesty's Government in South Africa, but also as an expression of that growing
feeling of the unity and solidarity of the Empire which has marked the relations of
the Mother Country with the Colonies during récent ycars.
The thanks of Her Majesty's Government are specially due to your Ministers for
the cordial manner in which they hâve undertaken and carried through the work of
organizing and equipping the Canadian contingent.
I hâve, &c,
J. CHAMBERLAIN.
59
Déclaration de Sir Wilfrid Laurier (r)
THE PREMIER'S STATEMENT
" There exists a great deal of misconception in the country regarding the powers
" of the Governemcnt in the présent case ", sa4d Sir Wilfrid. " As I understand the
■ Militia Act, and I may say that I hâve given it some study af late, our volunteers are
" enrolled to be used in the defence of the Dominion. They are Canadian troops, to
"be used to fight for Canada's defence. Perhaps the most widespread misapprehen-
" sion is that they cannot be sent out of Canada. To ray mind it is clear that cases
" mi «lit arise when they might be sent to a foreign land to fight. To postulate a case: —
" Suppose that Spain should déclare war upon Great Britain. Spain has, or had, a
" navy, and that navy might be being got ready to assail Canada as part of the empire.
" Somctimes the best method of defending one's self is to attack, and in that case
" Canadian soldiers might certainJy be sent to Spain, and it is quite certain that they
" legally might be so despatched to the Ibcrian Peninsula. The case of the South
" Afrlcan Republic is not analogous. There is no menace to Canada, and, although we
"may be wiJling to contribute troops, I do not see how we can do so. Then, again,
" how could we do so without Parliament's granting us the money? We simply could
- not do anytbing. In other words, we should hâve to summon Parliament. The Gov-
"ernment of Canada is restricted in Its powers. It is responsible to Parliament, and
" it can do very little without the permission of Parliament. There is no doubt as to
M the attitude of the Government on ail questions that mean menace to British interests,
" but in this présent case our limitations are very clearly defined. And so it is that
" we hâve not offered a Canadian contingent to the home authorities. The Militia
M Department duly transmitted individual offers to the Impérial Government, and the
" reply from the War Office, as published in Saturday's Globe, shows their attitude on
" the question. As to Canada's furnishing a contingent, the Government has not dis-
"cussed the question for the reasons which I hâve stated — reasons which, I think,
"must easily be understood by everyone who understands the constitutional law on the
" question. The statement in The Military Gazette, published this morning, is a pure
" invention. Far from possessing any foundation in fact, it is whoHy Imaginative."
(1) Reproduite du Globe, de Toronto, du 4 octobre 1899.
— 373 —
60
M. Tarte et la "Patrie"
De la Patrie du 5 octobre 1899: —
LA CONSTITUTION EST SOUVERAINE
Le Star est parti en guerre contre sir Wilfrid Laurier au sujet des choses du Trans-
vaal.
Interrogé par un rédacteur du Globe, le premier ministre a déclaré qu'il avait per-
sonnellement étudié la question d'envoyer un contingent de soldats canadiens pour sou-
tenir le drapeau britannique au Transvaal, si la guerre éclate, et qu'il est convaincu
que l'action ministérielle est limitée par la constitution. Le gouvernement est respon-
sable au Parlement et il ne peut affecter un crédit pour pareille expédition, sans l'as-
sentiment des Chambres. D'ailleurs, la constitution dit clairement que les troupes ca-
nadiennes devront être employées à la défense du Canada.
Pour ces diverses raisons, le gouvernement n'a pas pris en considération la ques-
tion d'envoyer lui-même un détachement canadien. Mais, le ministre de la Milice s'est
fait un devoir de faire part aux autorités impériales de l'offre d'un grand nombre de
volontaires d'aller faire le coup de feu sous le général Buller.
Le Star n'est pas content de cela ; son loyalisme lui fait ignorer la constitution et
il veut absolument que M. Laurier envoie un régiment au Transvaal.
Remarquez que le journal de M. Graham s'en prend exclusivement à M. Laurier
afin de mieux leurrer le sentiment anglais et d'insinuer dans l'esprit des Anglo-Cana-
diens que c'est simplement parce que notre chef est Canadien-français qu'il ne veut pas
fournir de soldats au War Office. Mais, n'oublions pas qu'il y a solidarité dans un
cabinet, que la majorité du cabinet d'Ottawa est anglaise et que, conséquemment, M.
Laurier n'a pas exprimé, dans son entrevue du "Globe", le sentiment d'un Canadien-
français, mais bien la pensée d'un ministère composé en grande majorité d'Anglais. La
mauvaise foi du Star perce dans son article d'hier, et nous espérons que nos conci-
toyens de langue anglaise auront assez de bon sens pour ne pas se laisser égarer et
blaguer par de tels écrits.
La constitution doit être respectée à tout prix et il ne faut pas faire ce qu'elle nous
défend de faire. Si le gouvernement n'a pas le droit d'envoyer un détachement au
Transvaal, qu'il s'incline devant les décrets de notre charte fédérative et qu'il laisse à
l'iniative privée, à la loyauté enthousiaste, de donner à l'Angleterre la preuve de dé-
vouement qu'elle peut attendre du Canada.
Le Star devrait avoir assez de sens commun et d'esprit public pour se plier de bonne
grâce à la situation que nous fait la constitution.
De la Patrie du 9 octobre 1899:—
POLITIQUE NOUVELLE
De violents efforts se font, en ce moment, pour décider le gouvernement du Canada
à envoyer en Afrique un contingent de forces militaires.
Cette tentative est le fait des organisateurs principaux du parti tory, tel qu'il est
aujourd'hui constitué.
Le Star, de Montréal, est de tous les journaux celui qui fait le plus de tapage à
ce sujet. Mais nous devons reconnaître qu'il est suivi de près par plusieurs autres
organes importants de nos adversaires.
Nous avons donc le droit de conclure que la politique du parti tory est d'adopter
comme l'un des articles de son programme la participation de la Puissance dans les
guerres européennes et extérieures de la Grande-Bretagne
Il s'agit donc, non du Transvaal, mais de l'adoption d'une politique toute nouvelle
et pleine de responsabilité: la participation future du Canada dans les luttes do la
Grande-Bretagne sur les champs de bataille de l'Europe et partout ailleurs où elle s'en-
gagera dans un conflit
Tous ceux qui ont ainsi donné leur avis ont-fls réfléchi aux conséquences de la
politique sur laquelle ils se sont prononcés?
— 374 —
Nous sommes ici en Amérique. Le Canada n'a et ne peut avoir l'ambition de jouer
un rôle dans la diplomatie européenne. Nous croyons ne pas nous tromper en affirmant
que la population de ce pays n'a d'autre déair que celui de développer tranquillement
■ea ressourcée et de vivre en paix arec l'univern.
Nous sommes prêts à défendre le sol que nous habitons et le drapeau britannique
qui le protège, contre toute agression. Mais autre chose est de sortir de notre rôle, pour
nous jeter dans les tourmentes et dans les guerres dont l'Europe est sans cesse menacée.
Or, c'est ce à quoi nous exposent, — nous ajouterons, c'est ce à quoi tendent — un
certain nombre de ceux qui, dans cette affaire du Transvaal, veulent nous faire faire
les premiers pas vers un pareil avenir.
De la Patrie du 10 octobre 1899:—
L'ASSEMBLEE DE BAGOT
Aucun des orateurs qui ont porté la parole à Saint-Liboire n'ont eu l'énergie de
s'élever contre la politique dangereuse adoptée par les chefs du parti conservateur du-
rant les dernières semaines : la participation du Canada à la guerre du Transvaal et,
comme conséquence, à toutes celles qui s'élèveront en Europe ou ailleurs.
LES VERITABLES ENNEMIS DE L'EMPIRE
La population d'origine française a été dans le passé prête à verser son sang pour
la défense du territoire canadien, pour la sauvegarde dis intérêts de la Grande-
Bretagne.
Elle sera encore prête à agir de même si jamais l'heure du danger sonne ; et.
comme le disait Lord Elgin en 18t8, "le dernier bras qui fera alors flotter à la brise le
drapeau britannique sur le sol américain sera celui d'un Canadien-français !"
Pourquoi, en vérité, aller au Transvaal V
La population de ce pays n'est pas même d'un million d'habitants et l'Empire bri-
tannique a, pour réduire ce peuple, des ressources immenses, une flotte considérable,
une armée puissante et aguerrie. Où est la nécessité de faire intervenir les troupes
canadiennes ?
Pourquoi surtout accuser sir Wilfrid Laurier de déloyauté quand il refuse de don-
ner application à une politique qui n'a jamais été discutée dans le Parlement cana-
dien et que sir Charles Tupper lui-même a violemment combattue en 1800 devant la Ligue
de la Fédération Impériale à Londres.
De la Patrie du 11 octobre 1899:—
CONTINGENT AU TRANSVAAL
Les dépèches annoncent qu'un contingent de forces volontaires canadienne! partira
d'ici à quelques jours pour le Transvaal.
Nous ne saurions certes trouver d'objections à ce que ceux des Canadiens qui veu-
lent aller prendre part à la guerre du Transvaal s'enrôlent sous le drapeau britannique.
Sir Wilfrid Laurier a rendu, l'autre jour, très clairement, la position du gouverne-
ment en déclarant qu'il n'y aurait aucune justification à ce que le gouvernement offrît
ou envoyât un contingent sans consultation préalable avec les chambres. II ressort
donc que le gouvernement canadien n'a fait au gouvernement impérial l'offre d'aucun
contingent militaire.
Il va de soi, disons-le encore, que les officiers et les soldats de la force volontaire
qui voudront aller au Transvaal, seront accompagnés de nos souhaits les plus sincères.
Pour notre part nous n'avons aucune hésitation à déclarer que si le cabinet Laurier
eût pris sur lui la responsabilité d'engager l'avenir du Canada, eu envoyant au Trans-
vaal, aux frais de -l'Etat, un contingent militaire, nous eussions condamné sa politique.
Les chambres, les représentants du peuple, ont un droit absolu d'être consultés en
pareille matière, avant qu'aucune action ne soit prise..
— 375 —
De la Patrie du 12 octobre 1899:—
LE TRANSVAAL (Dépêche d'Ottawi)
Le mérite du débat entre l'Angleterre et le Transvaal est une chose ; l'immixtion
du Canada dans les guerres extérieures de l'Empire est une autre chose.
L'on cherche à créer un mouvement qui aurait pour résultat de faire participer, à
l'aivenir, le Canada à tous les différends, à tous les conflits, qui peuvent surgir en
Europe et dans les diverses parties du monde où les grands pouvoirs européens ont des
intérêts.
Ottawa, 12 — Durant le long règne de sir John A. Macdonald, l'Angleterre a été
engagée dans plusieurs guerres. Jamais sir John n'a offert la participation du Canada
dans ces conflits.
Des volontaires ont pris part à la guerre d'Egypte. Mais encore une fois, ça n'était
pas le gouvernement du Canada qui intervenait officiellement. Que des milliers de
volontaires aillent, s'ils le désirent, combattre sur les champs de bataille de l'Afrique.
Mais, pour ma part, je ne puis concevoir qu'aucun gouvernement en ce pays prenne
jamais la responsabilité, sans avoir reçu la sanction des Chambres, de s'engager dans
la politique, toute nouvelle, de faire le Canada participer aux conflits européens.
Aujourd'hui, c'est le Transvaal. Demain, ce sera peut-être l'Allemagne, peut-être
la France, peut-être la Russie, peut-être la Chine. Les plus ardents impérialistes n'ont
pas songé, dans le passé, à demander aux colonies d'entrer dans cette voie.
Il y a conseil des ministres, à midi. Sir NVilfrid Laurier, sir Richard Cartwright,
sir Henri Joly, MM. Scott, Mulock, Fielding, Tarte, Paterson, Borden, Sifton, Fitzpatrick,
sont en ville.
Je puis vous confirmer mes dépêches antérieures. Le gouvernement n'a pas fait
d'offres aux autorités impériales et il n'a pas décidé d'envoyer un contingent au Trans-
vaal. Toutes les dépèches que vous lisez dans le Star sont le résultat d'une petite cons«
piration tory qui n'émeut personne ici. Les déclarations du premier ministre rendent
la pensée du gouvernement et aussi celle du pays.
De la Patrie du 13 octobre 1899:—
LA CRISE HYSTERIQUE DU STAR
'Pourquoi ces attaques du Star contre M. Laurier, quand naguères ce journal trouvait
tout naturel que sir John MacDonald n'engageât pas la milice canadienne dans les
conflits étrangers ?
Tous les hommes sensés comprendront qu'un gouvernement, quoi qu'il soit, ne peut
prendre la responsabilité, sans avoir reçu la sanction des Chambres, de s'engager dans
la politique toute nouvelle de faire participer notre pays aux conflits européens.
Aujourd'hui, c'est le Transvaal, demain ce sera peut-être l'Allemagne, peut-être la
France, peut-être la Russie, peut-être la Chine.
Les plus ardents impérialistes n'ont pas songé, dans le passé, à demander aux
colonies d'entrer dans cette voie. Pourquoi le Star veut-il aujourd'hui nous pousser si
brutalement dans cette direction nouvelle et peut-être plus périlleuse qu'on veut le
croire?
De la Patrie du 14 octobre 1899: —
LE PRIVILEGE D'UN CITOYEN BRITANNIQUE.
Nous sommes heureux d'apprendre par nos dépêches d'Ottawa que le gouvernement.
tout en favorisant l'envoi de volontaires au Transvaal, selon le désir à lui exprimé par
les autorités impériales, a pris le soin d'agir de telles façons que les mesurée actuelle-
ment adoptées n'engagent point l'avenir du paya.
La prérogative la plus sacrée d'un citoyen britannique eat de ne pas payer d'impôts,
soit d'argent, soit de sang, sans avoir le droit de représentation.
— 376 —
C'est précisément ce privilège que la Grande-Bretagne a résolu de faire prévaloir
par les armes dans le Transvaal.
Expliquons-nous. Ix; Canada n'a pas voix au chapitre impérial. Il n'est point
représenté dans le parlement de la Grande-Bretagne.
Le gouvernement impérial peut déclarer la guerre à n'importe quel pays du monde,
sans que le Canada et les autres colonies soient consultés.
Il s'est trouTc parmi nous des hommes assez irréfléchis — en très petit nombre, il
est vrai — pour émettre le principe que cette colonie doit toujours se tenir prête »
fournir des troupes à la Grande-Bretagne, pour n'importe quelle guerre qui serait dé-
clarée sans sa participation.
Les hommes publics d'Angleterre et ceux du Canada, dignes de ce nom, ne peurent
faire autrement que de répudier de semblables théories.
De la Patrie du 21 octobre 1899:—
LA DEMISSION DU DEPUTE DE LABELLE.
M. Henri Bourassa, élu député de Labelle le 23 juin 1896, a résolu de démissionner.
Il nous a prié, hier, de publier la lettre qu'il a adressée à sir Wilfrid Laurier. Nous
nous sommes rendus sans hésitation à sa demande. Les hommes qui ont de fortes
convictions, et qui ont le courage de les proclamer et de les défendre, même au détri-
ment de leur tranquillité et de leurs intérêts personnels, sont dignes du respect de leurs
concitoyens.
Ajoutons qu'ils ne sont pas, à toutes les époques, légion.
M. Bourassa est bien connu de nos lecteurs, de notre parti, et aussi de nos adver-
saires, — car il leur a livré plus d'une bataille loyale et triomphante. Il jouit d'une
considération méritée dans la députation et dans l'opinion publique.
Personne ne songera à mettre en doute la sincérité des motifs qui l'animent.
Il craint que l'action du gouvernement, en payant les frais de voyage et d'accou-
trement des volontaires qui s'enrôlent en ce moment pour le Transvaal, n'établisse un
précédent dangereux pour la Puissance.
Le Parlement, dit-il, avait le droit absolu d'être consulté en une aussi grave
matière.
"La Patrie" est assez jalouse des libertés de notre jeune nation, et asses fière de
nos privilèges de citoyens anglais, pour ne pas contester la force de la position consti-
tutionnelle prise par M. Bourassa. Si nous croyions que le précédent redouté par le
député de Labelle fût de nature à engager notre avenir, nous tiendrions le langage que
nous trouvons dans sa lettre.
Mais outre que les termes de l'arrêté en Conseil constituent une réserve et une
affirmation de principes, à la valeur desquelles nous attachons une grande importance,
nous sommes en mesure de donner au pays l'assurance, puisée aux sources les plus
élevées, que les autorités impériales n'interprètent point de cette façon la décision à
laquelle en sont venus sir Wilfrid Laurier et ses collègues.
Nous disons hautement et fermement que le départ des volontaires, dans les
circonstances et dans les conditions où il se fait, n'est point et ne sera point un précédent.
Le gouvernement de Sa Majesté — et, nous en sommes sûr, Son Excellence le
Gouverneur-Général, qui représente au milieu de nous notre Gracieuse Souveraine, avec
une loyauté et une dignité auxquelles nous nous plaisons à rendre hommage — n'ont ni le
désir, ni l'intention de nous lier par des procédés détournés et des manoeuvres ourdies
dans l'ombre
I-a Grande-Bretagne désire trop ardemment conserver l'affection et la confiance de
ses colonies, pour se livrer à des tentatives de ce genre.
M. Bourassa croit qu'en vue des très sérieux intérêts en jeu, il vaut mieux tirer la
situation plus au net. Et c'est pour cela qu'il a fait la démarche essentiellement consti-
tutionnelle et britannique qui- l'on sait: il a démissionné.
Il est de nouveau candidat. Il ouvrira demain sa campagne électorale.
Son programme ne laisse place à aucun équivoque.
Il pose en principe :
lo. — Qu'un gouvernement, quel qu'il soit, ne doit pas engager le pays dans la
politique nouvelle de prendre part aux guerres extérieures de l'Empire, sans consulter
le corps électoral, et le Parlement qui en est l'expression ;
— 377 —
2o. — Que si nous devons entrer dans ces conflits, nous avons le droit d'être
préalablement consultés, c'est-à-dire représentés dans les conseils impériaux.
TOUS LES HOMMES ECLAIRES SOUSCRIRONT A CETTE DOCTRINE. ELLE EST
LA BASE MEME, LA PIERRE D'ASSISE DES INSTITUTIONS BRITANNIQUES, ET
AUSSI LA GARANTIE DE NOS LIBERTES.
Si nous en venions à la conclusion qu'eJle est mise en péril par l'action du gouverne-
ment, nous affirmerions notre dissentiment de la manière la plus publique et la plus
persévérante. Mais les réserves faites dans l'arrêté en Conseil, et qui sont d'accord avec
la pensée et les assurances des autorités impériales, sont à notre avis suffisantes pour
rendre impossible tout malentendu.
Il n'y a pas de précédent créé.
Le gouvernement canadien n'a pas voulu en créer : le gouvernement impérial, soit
par Downing Street, soit par Son Excellence le Gouverneur Général, n'a pas voulu non
plus en créer. En dépit de cela, il ne nous eût pas déplu — parlons nettement — nous
eussions été heureux que le Parlement fût convoqué.
Les hommes qui nous représentent dans le cabinet fédéral, et au patriotisme des-
quels nous croirons tant qu'il ne nous sera pas démontré qu'ils ont trahi nos intérêts,
n'ont pas jugé qu'il fût nécessaire de réunir immédiatement les Chambres.
Çà n'est que partie remise — à courte échéance.
Les polémiques violentes qui se poursuivent, la démission retentissante du député
de Labelle, mettent à l'ordre du jour la question de nos relations futures avec l'empire.
Pas d'impôts sans représentation : ce point de vue, qui est l'évangile politique des
citoyens britanniques dans le monde entier, ne peut être ignoré ici — pas plus qu'ail-
leurs.
Les outrages qui ont été prodigués à notre race, à tout ce qui est canadien-français,
dans les huit ou dix derniers jours, ne seront point, espérons-le, leçon perdue.
Nous avons appris, une fois de plus, quelle haine féroce on nous porte dans certains
éléments de la population de ce pays.
Ce déchaînement n'a peut-être pas été tout à fait étranger à la résolution prise par
M. Bourassa.
De la Patrie du 6 novembre 1899: —
LA QUESTION CONSTITUTIONNELLE
Nous sommes ici en Amérique. Le Canada n'a et ne peut avoir l'ambition de jouer
un rôle dans la diplomatie européenne Nous sommes prêts à défendre le sol que
nous habitons et le drapeau britannique qui le protège contre toute agression. Mais
autre chose est de sortir de notre rôle, pour nous jeter dans les tourmentes et dans les
guerres dont l'Europe est sans cesse menacée.
De la Patrie du 6 décembre 1899: —
(Discours de M. Tarte, au Mile-End)
J'ai été accusé d'être un homme déloyal, parce que dans certaines circonstances
récentes j'ai cru devoir dire qu'avant d'aller plus loin dans la participation à des
guerres extérieures je voulais que le parlement et le peuple de mon pays fussent
consultés. (Appl.) J'ai pris cette position et je la prends encore. Je suis un Canadien
avant tout, loyal à Sa Majesté la Reine, mais loyal par-dessus tout à mon pays, le
Canada. (Appl.)
De la Patrie du 7 décembre 1899: —
LE GOUVERNEMENT RESPONSABLE
M. Tarte, au nom des Canadiens-français, a eu soin de faire insérer dans l'arrêté
ministériel une clause stipulant que l'offre d'un contingent ne devrait pas servir de pré-
cédent pour créer une obligation.
— 378 —
De la Patrie du 19 décembre 1899:—
DE NOUVELLES TROUPES POUR L'AFRIQUE
L'élctorat des Iles Britanniques aura à juger plus tard la conduite de ses gou-
vernants.
Les colonies, qui fournissent de l'argent et des hommes à la Grande-Bretagne, n'au-
ront point oe privilège. Elles ne sont représentées ni directement, ni indirectement, dans
les conseils impériaux. La guerre a été déclarée sans leur participation.
De la Patrie du 6 octobre 1899:—
JOUEURS DE SERINETTES
M. Hugh Graham — ne faisons pas d'erreur, sir Hugb Graham en perspective —
veut absolument que nous partions en guerre pour le Transvaal. Partez vous-même,
sir 'Hugh ; partez de suite. Qui donc vous eu empêche ? Le commandant en chef des
armées britanniques est encore à Londres, et Sir Hugh Graham trouve que le gouverne-
ment du Canada est bien en retard.
Le peuple de ce pays ne se compose ni d'imbéciles, ni de têtes chaudes, ni de
farceurs.
Si jamais — ce qu'à Dieu ne plaise — l'empire britannique est menace, tous les
sujets canadiens de la Reine, quelles que soient leur origine et leur croyance, seront
prêts à prendre part à la défense du drapeau commun.
Le conflit entre la Grande-tBre.tagne, riche, puissante, et le petit Etat du Transvaal
n'est assurément pas de nature à jeter l'alarme dans les possessions de Sa Majesté.
Le '^Star", le "Mail Empire" et même la "Gazette", de Montréal, font de la comédie,
de la bonne grosse comédie tory, quand ils demandent au cabinet Laurier de prendre,
sans le consentement des chambres, la responsabilité d'une politique toute nouvelle et
d'une dépense qui n'a jamais été autorisée et même discutée dans le Parlement du Ca-
nada.
Si le futur baronnet du "Star" et le poussif colonel de Glengarry tiennent abso-
lument à aller se mesurer avec les Burghers de M. Kruger, ils connaissent le chemin
de l'Afrique, qu'ils se mettent en route ; nous les chargerons de nos bons souhaits.
Les trois-quarU et la moitié de l'autre quart des grands parleur* qui conseillent aux
autres d'aller verser leur sang là-bas, n'ont pas la moindre intention de recevoir la
plus petite ézratignure.
Au lieu de faire de la guerre de parade dans les ■rarettea, qu'ils sautent sur le
prochain navire en départ pour Londres. Alors, et alors seulement, nous croirons à
leur sincérité. D'ici là, nous tiendrons sir Hugh Graham pour un joueur de serinettes
politiques.
Assurément, quand on est propriétaire d'un journal comme le "Star", qui rapporte,
bon an, mal an, dit-on, $50,000 à $75,000, on doit être en mesure de payer ses frais
de voyage, son armure, sa poudre et ses pistolets.
Donc, pas d'histoires mais des actions.
En route.
Dans la difficulté qui a surgi entre l'Angleterre et l'un de ses vassaux, il n'y a,
en fin de compte, qu'un incident qui ne peut avoir qu'une seule solution : la défaite
prompte et facile du vieillard obstiné et qui s'acahrne à refuser à des citoyens britan-
niques des droits qui auraient dû leur être accordés depuis longtemps. Le jingoïsme
a peiu de chance de prendre racine dans notre pays travailleur et pratique.
Il n'y a aucun doute que le gouvernement canadien serait très heureux de favo-
riser par tous les moyens constitutionnels à sa disposition le départ de ceux qui, comme
sir Hugh Graham, débordant d'enthousiasme, se sentiront disposés à faire mordre la
poussière aux soldats de M. Paul Kruger.
Quand partez-vous, sir Hugh ?
— 379 —
De la Patrie du G octobre 1899: —
CALMEZ VOS NERFS
M. Hugh Graham prend des allures de Don Quichotte dans l'affaire du Transvaal.
Il n'a pas d'objection à se battre contre des moulins à vent, mais soyez certain que
son "impérialisme" ne Je poussera [pas] jusqu'en Afrique.
Il a une peur bleue des balles des Boers : Ces gens-là visent si juste.
De la Patrie du 7 octobre 1899: —
NI PLUS VITE NI PLUS LENTEMENT
Sir Hugh n'est pas encore parti pour aller casser les os aux burghers du Transvaal.
Que fait-il donc?
Pourquoi s'attarde-t-il quand, selon lui, l'Empire est en péril?
De la Patrie du 14 octobre 1899:—
PORTEZ ! ARMES !
Enfin! Sir Hugh Graham et le général Dalby sont libres de s'enrôler pour le Trans-
vaal. Nous sommes autorisés à leur dire que leurs frais de voyage seront libéralement
payés !
Il est à espérer qu'ils ne tarderont pas à donner le bon exemple, et qu'ils enver-
ront sans retard leur nom au ministre de la guerre, à Ottawa.
Tous deux sont de belle taille : ce sont de solides gaillards comme ceux-là qui por-
teront l'effroi dans les rangs des burghers.
Sûrement, ils ne se contenteront point de publier des articles flamboyants dans
le Star.
Des articles, ça ne tue personne. C'est avec des canons, des balles, avec de la
poudre, avec des sabres, avec des hommes, que se fait la guerre.
Le gouvernement canadien paie les frais de route, paie l'habillement.
Le gouvernement impérial paie les armes, paie la poudre, la nourriture, les gages.
Le Star ne manquera pas de fournir ses meilleurs hommes.
Et ses meilleurs hommes sont sir Hugh Graham et le général Dalby.
Portez ! Armes ! !
De la Patrie du 30 décembre 1899, — comparant l'attitude de M.
Chapais, dans le Courrier du Canada, à celle de M. Graham, dans le
Star:—
LES DEUX FONT LA PAIRE
Puisque l'on est fervent partisan de la guerre au "Courrier du Canada", que ne part-
on pour l'Afrique du Sud ? Ecrire des palinodies sur la loyauté, au coin du feu, les
deux pieds sur les chenets, est chose simple et facile.
— 380 —
61
Lettre de M. Henri Bourassa à Sir Wilfrid Laurier 0)
A Sir Wilfrid LAURIER, P.C., G.C.M.G.,
Premier Ministre du Canada.
Monsieur le Ministre,
Dans une déclaration publiée le 4 octobre par le " Globe ", de Toronto, vous avez
dit, à propos de l'envoi de milices canadiennes au Transvaal :
44 Suivant mon interprétation de la loi sur la milice, et je puis dire que j'ai étudié
cette loi ers jours-ci, nos volontaires sont enrôlés pour la défense du Dominion. Ils
forment des troupes canadiennes destinées à combattre pour la défense du Canada
Le Canada n'est pas menacé, et bien que nous puissions désirer envoyer des troupes,
je ne vois pas comment nous pouvons le faire. Et, de plus, comment pourrions-nous le
faire sans que le Parlement nous votât les deniers nécessaires? Nous ne pourrions rien
faire. En d'autres termes, il nous faudrait convoquer le Parlement."
En face de cette déclaration, j'attendais la convocation imméitiate des Chambres où
chacun des représentants du peuple aurait pu exprimer ses vues sur la situation très
grave qui nous est faite en ce moment sans le consentement ni la participation de
ceux dont vous tenez le pouvoir.
Au lieu du décret de convocation, les journaux de samedi nous apportent la nou-
velle que le ministère fédéral a pris sur lui de constituer un corps de milice volontaire,
de les vêtir, de les armer et de les expédier au Sud-Africain, aux frais et dépens des
contribuables de ce pays. Et cette démarche sans précédent s'accomplit, non à la
demande du gouvernement impérial, mais en réponse à une dépêche du Secrétaire des
Colonies acceptant des offres de service dont nous ne connaissons ni l'origine, ni les
termes, ni le motivé.
Si des offres ont été faites, d'où et de qui venaient-elles ? L'Empire britannique
est-il vraiment en péril et réclame-t-il nos armes pour le sauver ? Ou sommes-nous en
présence d'une tentative de fédération militaire de l'Empire, projet cher à M. Cham-
berlain ?
Voici des questions que le peuple canadien a le droit de poser et d'entendre résou-
dre nettement avant de se laisser entraîner dans une guerre dont je ne veux apprécier
maintenant ni les causes ni la légitimité. II me suffit de dire aujourd'hui que cette
guerre n'est pas le fait du peuple anglais; qu'elle a été condamnée d'avance par plu-
sieurs des hommes d'Etat les plus distingués du Royaume-Uni; qu'elle n'affecte en rien
les intérêts propres du Canada ni les intérêts communs de la Grande-Rretagne et du
Canada ; que de l'aveu des impérialistes les plus bruyants, elle ne met nullement en
danger la sécurité de l'Empire.
L'arrêté ministériel qui décrète l'enrôlement et l'expédition de nos troupes réserve,
parait-il. l'avenir et empêche cette action d'être considérée comme un précédent.
Le précédant, Monsieur le ministre, c'est le fait accomoli.
Le principe en jeu est l'axiome par excellence du libéralisme anglais, c'est la base
même du régime parlementaire : NO TAXATION WITHOUT REPRESENTATION. Et
l'impôt du sang constitue la forme la plus lourde des contributions publiques.
Il s'agit de savoir si le Canada est prêt à renoncer à ses prérogatives de colonie
constitutionnelle, à sa liberté parlementaire, au pacte conclu avec la métropole après
soixante-quinze ans de luttes — et à retourner à l'état primitif de colonie de la Cou-
ronne.
Il s'agit de décider si le peuple canadien sera appelé à prendre part à toutes les
guerres de l'Empire sans que les portes du cabinet et du parlement impériaux lui
soient ouvertes, sans même que ses représentants et son gouvernement soient consultés
sur l'opportunité de ces luttes sanglantes.
Je ne consentirai jamais à appuyer cette politique rétrograde.
Citoyen britannique, fier de ses droits et jaloux de sa liberté, loyal à l'Angleterre et
à son auguste souveraine, je suis prêt à payer de ma personne et de mes deniers, de
ma parole et de mes actes, pour défendre le. drapeau britannique dans toute l'étendue
de la confédération canadienne. -
(1) Reproduite de la Patrie, du 20 octobre 1899.
— 381 —
Mais loyal avant tout, par-dessus tout et toujours au Canada, j'ai promis aux élec-
teurs de mon comté de travailler au progrès de mon pays sans déroger à l'esprit fonda-
mental de sa constitution. Pour accomplir cette promesse, j'ai donné mon appui à
votre gouvernement tant que vous êtes resté dans les limites que le peuple canadien
vous a tracées. J'ai approuvé et j'approuve encore votre politique administrative. Mais
je vois dans ce dernier acte l'inauguration d'une politique constitutionnelle que la
majorité de vos partisans a toujours dénoncée et sur laquelle vous n'avez jamais con-
sulté ni le Parlement ni l'électorat.
Tels sont les principes que j'aurais posés, les opinions que j'aurais fait valoir à la
Chambre des Communes.
Privé de ce droit, il ne me reste qu'un moyen d'affirmer et de justifier mon atti-
tude. Il m'en coûte d'y recourir, à cause de l'admiration personnelle que vous m'inspi-
rez et de mon attachement aux autres prinicpes politiques qui vous ont toujours guidé
et que je veux continuer à défendre.
Mais la conviction profonde qui m'anime m'empêche d'hésiter davantage. Je me
démets donc, aujourd'hui, de mon mandat parlementaire et je me présenterai de nou-
veau devant les électeurs de LabeMe ; je leur exposerai loyalement la situation et
confiant dans le résultat de l'épreuve, j'attendrai leur réponse avant de reprendre mon
siège à la Chambre des Communes.
Agréez, Monsieur le ministre, l'assurance de ma haute considération.
HENRI BOURASSA.
CONFERENCE COLONIALE DE 1902
62
L'invite aux Colonies 0)
Confidential.
Mr. CHAMBERLAIN TO LORD MINTO.
London, January 2."!, 1902.
It is proposed by His Majesty's Government to takc advantage of the présence of
the Premiers at Coronation to discuss with them the questions of political relations
between the Mother-Country and the Colonies, Impérial I>efénce, Coninirrcial relations
of the Empire and other matters of gênerai interest.
Should your Ministers désire to submit définitive proposais or resolutions on any
of the above questions, or should they wish to suggest any further subject for discussion.
I should be glad to be informed of purport by cable in order that the other Govcrn-
ments can be communicated with.
With view to proposed Conférence, hope your Premier will be able to remain for
u short time, say three weeks, after ceremony, as the guest of 'His Majesty's Government.
Please telegraph reply. Despatch follows.
(Sgd) CHAMBERLAIN.
LORD MINTO TO Mr. CHAMBERLAIN.
Ottawa, February :?, 1902.
Referring to your despatch of December 27, my Government accepts invitation
extended to Prime Minister to attend Coronation. Hc expects to sail about .Tune 10,
accompanied by Lady Laurier, but exact date cannot yet be fixed.
Referring to the several questions mentioned in your despatch of January 23, the
only one which, in the opinion of my Ministers, grives promise of useful discussion is that
of the commercial relations between the various sections of the Empire. The political
relations now existing between the Mother-Country and the great self-governing Colo-
nies, and particularly Canada, are regarded by my Ministers as entirely satisfactory,
with the exception of a fcw minor détails, and they do not anticipate that in the vary-
inr conditions of the Colonies, there can be any scheme of défense applicable to ail.
In the opnion of my Ministers, there is thus but a limited range of subjects upon
which the contemplated conférence can be productive of useful action. Neverthelcss,
niy Ministers realize the desirability of taking advantage of every opportunity for the
discussion by the public mon of the Mother-Country and the Colonies of questions of
Impérial interest, and Canada's représentative will be prepared to give respectful con-
sidération to any proposais that inay be suhmitted by His Majesty's Government or by
the représentatives of other Colonies.
63
Déclarations de MM. Laurier et Borden (-)
Le 15 avril 1902, au cours d'un débat soulevé par M. MACLEAN, sur
"le commerce préférentiel avec l'Empire" : —
The PRIME MINISTER (Rt. Hon. Sir Wilfrid LAURIER) : It would be the
most suicidai policy that could bc devised for Canada to enter into the vortex in which
the mitions of Europe, England included, are engaged at the présent time, and which
(1) Sessional Papers, 1902, No 64.
<2) Extraits des Debates of the House of Commons, 1902. Le chifTre de la colonne
est indiqué après chaque citation.
— 383 —
compris them to maintain great military armaments. Sir, what is the relative posi-
tion of Great Britain and Canada ? Great Britain is one of the foremost nations of
the world, in maiiy ways, perhaps, the foremost nation, certainly the head of the great-
est empire which exists to-day, the greatest which has existed since the Roman empire.
Great Britain, by reason of her situation, has to maintain a large and permanent army.
Hon. gentlemen are aware how répugnant to the British people ever was the necessity
of maintaining a standing army ; hon. gentlemen are aware how the British people havc
constantly fought against that idea, but they hâve been forced by events, forced by
the position which the empire occupies in the world, to maintain a standing army,
and to-day the principle item in the British budget is the expenses for naval and land
armaments. N'ow my hon. friend says that Canada should follow in the same course,
that we should take part in a scheme of Impérial military defence. Sir, Canada
is in a différent position. Canada is a nation with an immense territory,
but with a sparse population of five and a third million of soûls, scattered
over an area [of] 3,000 miles in extent from east to west. The principal
items in the budget of Canada are what ? Public works, the development of the coun-
try, the construction of railways and harbours, the opening up of ways of transpor-
tation. This is the work to which we hâve to dévote our énergies, and I would look
upon it as a crime to divert any part of that necessary expenditure to the supply of
guns, cannons and military armaments generally.
Mr. HUGHES (Victoria). — Ddd the right hon. gentleman say any part of the ex-
penditure ?
The PRIME MINISTER. — I hâve no hésitation in saying that I share altogether the
views which hâve been expressed by Sir Charles Tupper more than once, that Canada
has done more for the defence of the British empire by the construction of the Inter-
colonial Railway and the Canadian Pacific Railway, than she could hâve done by
spending that money in military armaments. Certainly we must improve our own mili-
tia, and we hâve a scheme before us to-day for that purpose ; we must look after our
own defences. But there is ail the différence in the world between undertaking this
domestic military expenditure and embarking in such a scheme as is embraced by my
hon. friend's vast conceptions. I do not share his views, and so long as my hon.
friend wants to link together war and commerce, he will find me unalterably opposed
to him. I cannot agrée to anything of the kind. — (2741-2)
Le 12 mai 1902, le leader de l'opposition, M. R.-L. BORDEN, inter-
pelle le ministère sur "la prochaine conférence intercoloniale" : —
Mr. R. L. BORDEN : — With regard to the various suhjects mentioned by
the Colonial Secretary as suitable subjects for discussion, I wish to say, so far as the
question of impérial defence is concerned, that theree seems to be no reason why this
government should not discuss that question with the impérial authorities. As I hâve
pointed out before in this House and in other places, I a m ready to uphold as strongly
as any one, the necessity of the control by Canada of the expenditure of our public
moneys and of the question of impérial defence relating to Canada. But holding this
vicw, I see no reason why we should not be open to discuss that question with the
impérial authorities. There are three possible futures before this country. One is
existence as an independent nation; another is absorption in or annexation to the
United States of America ; the third is a continuance of the relations which at présent
exist between Canada to [and?] the mother country. The last is the future condition of
this country to which I for one look forward as likely to be permanent; and so long as
the tie which binds us to the mother country continues to exist, it seems to me that we
must take into considération the question of the defence of this country ; and in connec-
tion with that, there is no reason why we should not at least discuss with the mother
country, when invited in a courteous way to do so, the question of impérial defence. —
(4706)
The PRIME MINISTER (Rt. Hon. Sir WILFRID LAURIER) :— ... .WhUe we are pre-
pared to discuss this question of impérial defence, neither my colleagucs nor myself be-
lieve that any useful purpose can be served by such discussion. It is no use whatever, at
this stage of the proceeding, on the floor of this Canadian parliament, to try to deccive
ourselves as to what is intended by this subjcct of impérial defence. If it be in-
tended simply to discuss what part Canada is preparcd to take in her own defence, what
— 384 —
share of the burden must fall upou us as being rcsponsiblc for the safety of the land
in which we wcre born and to which wc owe our allegiance, in which ail our hopes
and affections are centered, ccrtainly we are always prepared to discuss tbat subject.
Nor do I believe that we need any prompting on that subject or that our attention
should be specially called to it. Evcn this very session the government has given its
pledge to the House that it is prepared to consider and to the fullest extent to carry
out its duty on this score, and in that déclaration the government received the sup-
port of both sides. But there is a school abroad, there is a school in England and in
Canada, a school which is perhaps represented on the floor of this parliament, which
wants to bring Canada into the vortex of militarism which is now the curse and the
blight of Europe. I am not prepared to endorse any such poliey (1726)
64
Mémoire des Délégués Canadiens 0)
MEMORANDUM BY THE CANADIAN MINISTERS CONCERNING DEFENCE
The Canadian Ministers regret that they hâve been unable to assent to the sugges-
tions made by Lord Selborne respecting the Navy and by Mr. St. John Brodrick res-
pecting the Army. The Ministers désire to point out that their objections arise, not
so much from the expense involved, as from a belief that the acceptance of the pro-
posais would entail an important doparture from the principle of Colonial self-jtorern-
ment. Canada values highly the measure of local independence which has been granted
it from timc to time by the Impérial Authorities, and which has been so productive of
bénéficiai results, both as respects the material progress of the country and the strength-
ening of the ties that bind it to the Mother-land. But while, for thèse reasons, the
Canadian Ministers are obliged to withhold their assent to the propositions of the
Admiralty and the War Office, they fully appréciatif the dnty of the Dominion, as it
advances in population and wealth, to make more libéral outlay for those necessary
préparations of self-defence which every country has to assume and bear.
That the taxpayers of the United Kingdom should désire to be relieved of some of
the burdens which they bear in connection with military cxpenditure is quite reason-
able. Canada in the development of its own militia system will be found ready to
respond to that désire by taking upon itself some of the services in the Dominion
which hâve hitherto been borne by the Impérial Government. What has already been
done by Canada must give assurance of the disposition of the Canadian people to
recognize their proper obligations.
In the early years of the Dominon an understanding was corne to between the
Impérial and Canadian Governments that Canada should cxpend a bout 1,000,000 dois,
annually on her militia system. From time to time that cxpenditure has been volun-
tarlly increased, and at présent, apart from the spécial outlay in connection with the
maintenance of the garrison at Halifax, the Dominion is expending about 2,000,000 dois,
annually on her militia.
The efficiency of the Canadian Militia Service having been called in question, it
may be of interest to note that many improvements havc been made during the past
few years ; notably the organization of an Army Médical Corps and the création of
an Army Service Corps, the strengthening of the headquarters and district staffs, the
exercise of greater care in the sélection of permanent force officers, and the affording
of greater facllities for the training of the officers of the active militia.
A Militia Pension Law has been enacted for the staff and the permanent force.
Annual drill in camps of Instruction for the rural corps, and at battalion headquarters
for city corps, has been carried out each year during the past six years. A school of
musketry has been established at Ottawa, with most encouraging results ; rifle-ranges
hâve been and are being constructed at the public expense at important centres ail
over the Dominion, and financial aid is being afforded to local corps in smaller places
for the same object. Rifle Associations, whose members are pledged to military service,
(1) Colonial Conférence 1902 [Cd 1299]. Appendix VI, page 73.
— 385 —
if required, are being organized, and thcir formation encouraged by the loan of rifles
and by grants of free ammunition. A reserve of officers has been established, and
improvements hâve also been made in several other important respects.
The work done by the Militia Department in scnding contingents to South Africa
may be fairly cited as proof of reasonable efficiency. Without referring to anything
which was done outside of the purely Canadian contingents, it is worthy of mention
that the first contingent, under Colonel Otter, composed of 1,000 mem drawn from every
s© tion of Canada embraced within 4,000 miles of territory lying between the Atlantic
an 1 Pacific Océans, was organized, fully equipped, and embarked within a period of
14 days ; and that a second contingent, composed of 1,200 men, composed of Fleld
Artillery and Mounted Rifles, was shortly afterwards similarly organized, equipped and
embarked within the space of three weeks.
But while thus calling attention to the progress that has already been made by
Canada in het militia organization, the Ministers are far from claiming that perfection
has been attained. If defects exist, there is every désire on the part of the Canadian
Government to remove them, and for this purpose the advice and assistance of ex-
perienced Impérial officers will be welcomed and ail reasonable efforts made to secure
an efficient System.
At présent Canadian expenditures for defence services are confined to the military
side. The Canadian Government are prepared to consider the naval aide of defence as
well. On the sea-coasts of Canada there is a large number of men admirably qualified
to form a Naval Reserve, and it is hoped that at an early day a System may be devtsed
which will lead to the training of thèse men and to the making of their services
available for defence in time of need.
In conclusion, the Ministers repeat that, while the Canadian Government are obilged
to dissent from the measures proposed, they fully appreciate the obligation of the
Dominion to make expenditures for the purposes of defence in proportion to the
increasing population and wealth of the country. They are willing that thèse expendi-
tures shall be so directed as to relieve the taxpayer of the mother country from some
of the burdens which he now bears; and they hâve the strongest désire to carry ou!
their defence schemes in co-operation with the Impérial authorities, and under the
advice of experienced Impérial officers, so far aa this is consistent with the prinelple
of local self-grovernment, which has proved so great a factor in the promotion of
Impérial unity.
London, llth August 1902.
65
Nouvelles déclarations de M. Laurier 0)
Le 13 mars 1903, le premier ministre, sir Wilfrid LAURIER, répon-
dant au leader de l'opposition, au début du débat sur l'Adresse, rend
compte de son attitude à la Conférence de Londres: —
The PRIME MINISTER (Rt. Hon. Sir Wilfrid LAURIER) :— There is a school in
Great Britain to-day, especially ip the officiai world, whose object for years past has
been to bring Canada into the military organizations of Great Britain. The views of
that school and their expectations were presented to us by the Right Hon. St. John
Brodrick, Secretary of State for War, and by Lord Selborne, First Lord of the Ad-
miralty. But we could not see eye to eye with them, we could not approve their
views, and had to propose an absolute demurrer to their contentions. I am aware
that there are men, even in Canada, who use the argument that, because Canada is
part of the British empire she should take part in the large expenditure necessary to
provide the heavy armaments that Great Britain has to maintain because of her dom-
inant position in the world. I can not see the force of that logic. It would Imply
that Great Britain and Canada were on a footing of equality, whereas we know that
(1) Debates House of Commoni, 1903. Col. 49 et 50.
— 386 —
they are not on such a footing. Grcat Britain has powers that we hâve not. To
mention no cthers, she has the treaty making powers which we hâve not. And the
powers noî heing co-extensive, the obligations cannot be co-extensive. That argument
would imply also that Canada and Great Britain hâve the same interest in ail things.
But we know by expérience that we hâve not the same interests. The interests of
Canada are divergent from those of Great Britain in many instances. This is seen in
the fact that no two of the self-governing parts of the British empire hâve the same
fiscal policy. That argument would imply also that Great Britain and Canada are on
the same footing of develpment. Sir, we know only too well that we hâve obligations
in this country which Great Britain is rid of. As a conséquence of our geographical
position, the immensity of our territory and the sparsity of our population, we hâve to
assume obligations, to face difficulties and to perform works which in the parent
country are left to private enterprise. But though, in ail thèse, the position of the
mother country and the colony may be unequal, yet, in the colony there is equal na-
tional pride and constitutional jealousy of our rights. This, therefore, makes it abso-
lutely impossible to cntertain the proposition made to us. But I confcss that we owe it
to ourselves as a nation — as we claim to be — to assume our own defence. And, so
far as that goes, if we hâve to spend more money upon military and naval service,
I am sur;- that parliament and the Canadian people will not grudge any sum demanded
for that purpose. But to spend money outside of Canada for military purposes is a
proposition that the Canadian people, I believe, are not prepared to accept at this
moment. When, in 1899, we took part in the South African war, we did it not under
any obligation, not in the exécution of any duty which rested upon us — and, to give
Great Britain her due, she did not claim it on such grounds either — but we did it
simply because we thought it was right and proper to do so. But we refused to be
bound for the future, and the position we took then I maintain still
DERNIERES PREUVES
66
Loi de la Milice, 1904 0)
(Extraits)
AN ACT RESPECTING THE MILITIA AND DEFENCE OF CANADA (4 ED. VII, CH. 23)
LIABILITY TO MILITARY SERVICE.
LIABILITY TO MILITARY SERVICE.
10. Ail the maie inhabitants of Canada, of the âge of cightecn years and upwards,
and under sixty, not exempt or disqualificd by law, and being British subjects, shall
be liable to service in the Militia: Provided that the Governor General may require ail
the maie inhabitants of Canada, capable of bearing arms, to serve in the case of a levé*
en masse.
2. Nothing in this section shall prcvent any malc inhabitant of Canada, under the
âge of eighteen yars, enlisting as a bugler, trumpeter, or drummer.
15. The maie population liable to serve in the Militia shall bc divided into four
classes : —
The first class shall comprise ail those of the âge of eighteen years and upwards, but
under thirty years, who are unmarried or widowers without children;
The second class shall comprise ail thosè of the âge of thirty years and upwards, but
under forty-five years, who are unmarried or widowers without children;
The third class shall comprise ail those of the âge of eighteen years and upwards, but
under forty-five years, who are married or widowers with children;
The fourth class shall comprise ail those of the âge of forty-five years and upwards, but
under sixty years.
2. The said several classes shall be called upon to serve in the order in which they
are referred to in this section.
DIVISION OF MILITIA.
16. Tne Militia of Canada shall be divided into Active and Reserve Militia.
2- The Active Militia shall consist of, —
(a) corps raised by voluntary enlistment;
(b) corps raised by ballot.
3. The Reserve Militia shall be raised and maintaincd under régulations prescribed
by the Governor in Council.
PERIOD OF SERVICE.
17. The period of service in time of peace shall be, —
(a) for the Active Militia, three years;
(b) for the Reserve Militia, such period as is prescribed.
20. Anv person who lias voluntarily enlisted, or been called upon to serve in the
Militia, shall be entitled to be discharged at the expiration of the terni of service for
which he engaged, unless such expiration occurs in time of emergency, in which case he
shall be liable to serve for a further period of not more than twelve months.
(1) C'est la loi actuellement en vigueur ; elle est incorporée dans les Statuts Revisés
du Canada, chapitre 41.
— S88 —
ENROLAIENT.
25. The Governor 1h Couiicil shall, from time to time, make ail régulations neces-
■ary for the enrolracnt of persons liable to military service, and of cadets, and for ail
procédure in connection therewith, and for determining, subject to the provisions of this
Act, the order in which the persons in the classes fixed by this Act shall serve.
2. Such régulations shall hâve the same force and effect as if they formed part of
this Act
ENROLAIENT BT BALLOT.
26. When men are required to organizc or complète a corps at any time, either
for training or for an emergency, and enough men do not volunteer to complète the
quota required, the men liable to serve shall be drafted by ballot.
2. If there are inscribed on the Militia roll more than one son belonging to the same
family residing in the same house, only one of such sons shall be drawn, unless the
aumber of names so inscribed is insufficient to complète the required proportion of
•ervice men.
DRILL AND TRAINING.
52. The Governor in Council may order the Active Militia, or any portion thereof,
to drill or train for a period of not more than thirty days in each year.
CALLING OUT THE MILITIA FOR DUTY.
68. The Militia or any part thereof, or any officer or man thereof, may be called
out for any military purpose other than drill or training, at such times and in such
manner as is prescribed.
ACTIVE SERVICE.
69. The Governor in Council may place the Militia, or any part thereof, on active
service anywhcrc in Canada, and also beyond Canada, for the defence thereof, at any
time when It appears advisable so to do by rcason of emergency.
71. Whenever the Governor in Council places the Militia, or any part thereof, on
active service, if Parliament is then separated by such adjournment or prorogation as
will not expire within ten days, a proclamation shall be issued for the meeting of Par-
liament within fifteen days, and Parliament shall accordingly meet and sit upon the
day appointed by such proclamation, and shall continue to sit and act in like manner
as if it had stood adjourned or prorogued to the same day.
73. In Urne of war no man shall be required to serve in the fleld continuously
for a longer period than one year: Provided that, —
(a) any man who volunteers to serve for the war, or for any longer period than
one year, shall be compelled to fulfil his engagement; and,
(•b) that the Governor in Council may, in cases of unavoidable necessity, of which
the Governor in Council shall be the sole judge, call upon any militiaman to continue
to serve beyond his one year's service in the field for any period not exceeding six
months.
2. This section shall not apply to the Permanent Force.
* * *
LOI CONCERNANT LA MILICE ET LA DEFENSE DU CANADA (4 ED. VII. Cil. 23)
OBLIGATION DU SERVICE MILITAIRE.
10. Tous les habitants mâles du Canada âgés de dix-huit ans et plus et de moins
de soixante ans, non exemptés ni frapprés d'incapacité par la loi, et sujets britanni-
ques, peuvent être appelés à servir dans la milice; dans le cas d'une levée en masse, le
gouverneur général peut appeler au service toute la population mâle du Canada en état
de porter les armes.
— 389 —
2. Rien de contenu au présent article n'empêche un habitant mâle du Canada, âgé
de moins de dix-huit ans, de s'enrôler comme clairon, trompette ou tambour.
15. La population mâle ainsi sujette à servir dans la milice est partagée en qua-
tre classes :
La première classe comprend les hommes âgés de dix-huit ans et plus, mais d«
moins de trente ans, célibataires ou veufs sans enfants;
La deuxième classe comprend ceux âgés de trente et plus, mais de moins de qua-
rante-cinq ans, célibataires ou veufs sans enfants;
La troisième classe comprend ceux âgés de dix-huit ans et plus, mais de moins de
quarante-cinq ans, mariés ou veufs avec enfants;
La quatrième classe comprend ceux âgés de quarante-cinq ans et plus, mais d«
moins de soixante ans;
2. Tel est l'ordre dans lequel la population mâle est appelée au service.
DIVISION DE LA MILICE.
16. La milice du Canada est divisée en milice active et en milice de réserve.
2. La milice active se compose de :
<a) corps levés au moyen de l'enrôlement volontaire;
(b) corps levés au moyen du tirage au sort.
3. La milice de réserve est levée et maintenue sous le régime de règlements établis
par le gouverneur en conseil.
DUREE DU SERVICE.
17. En temps de paix la durée du service est, —
(a) de trois ans pour la milice active.
(b) pour la milice de réserve, cette durée est celle prescrite.
20. Quiconque s'est volontairement enrôlé ou a été appelé à servir dans la milice,
a le droit d'être libéré à l'expiration du temps de service pour lequel il s'est engagé, à
moins que ce temps n'expire en temps critique, auquel cas il est tenu de servir durant
une autre période n'excédant pas douze mois.
ENROLEMENT.
25. Le gouverneur en conseil fait, au besoin, tous les règlements nécessaires pour
l'enrôlement des hommes susceptibles d'être appelés au service militaire et des cadets,
et, pour toute procédure s'y rattachant, ainsi que pour déterminer, sans préjudice aux
prescriptions de la présente loi, l'ordre dans lequel doivent servir les personnes men-
tionnées dans les classes établies par la présente loi.
2. Ces règlements ont la même vigueur et le même effet que s'ils faisaient parti*
de la présente loi.
TIRAGE AU SORT.
26. Lorsque, en quelque temps que ce soit, il faut des hommes pour organiser ou
pour compléter un corps, soit pour l'exercice soit pour faire face à un événement soudain,
et qu'il ne s'en présente pas assez pour compléter le contingent voulu, il est procédé au
tirage au sort parmi les hommes susceptibles d'être appelés au service militaire.
2. Il n'est jamais tiré au sort plus qu'un fils de la même famille, demeurant dans
la même maison, s'il y en a plus d'un d'inscrits sur le contrôle de la milice, à moins
que le nombre des noms ainsi inscrits ne soit insuffisant pour compléter le contingent
d'hommes astreints au service.
EXERCICE ET INSTRUCTION.
52. Le gouverneur en conseil peut, tous les ans, convoquer la milice active, ou
toute partie de cette milice, à l'exercice ou instruction pratique pour une période de
trente jours au plus.
— 390 —
APPEL DE LA MILICE SOUS LES DRAPEAUX.
68. '* milice ou toute partie de la milice, et tout officier ou homme de la milice,
peuvent être convoquées pour toute fin militaire autre que l'exercice ou l'instruction,
au temps et de la manière prévus par les règlements.
SERVICE ACTIF.
69. Le gouverneur en conseil peut mettre la milice, ou toute partie de la milice,
en service actif partout dans le Canada et en dehors du Canada, pour la défense de ce
dernier, en quelque temps que ce soit où il parait à propos de le faire à raison de cir-
constances critiques.
71. Lorsque le gouverneur en conseil met la milice, ou quelque partie de la mi-
lice, en activité de service, si le parlement n'est pas alors en session par suite d'un ajour-
nement ou d'une prorogation à une date qui ne doit pas arriver avant dix jours, il est
lancé une proclamation convoquant les chambres dans le délai do quinze jours, et le
parlement, en conséquence, se réunit et siège le jour fixé par cette proclamation, et
continue à siéger et à agir comme s'il avait été ajourné ou prorogé au jour en dernier
lieu mentionné.
■.
73. En temps de guerre nul n'est tenu de servir en campagne d'une manière con-
tinue pendant plus d'une année; mais
(•) tout homme qui s'engage volontairement à servir pour la guerre ou pour toute
période de plus d'une année, est tenu de remplir son engagement; et
(b) le gouverneur en conseil peut, néanmoins, dans le cas de nécessité inéluctable,
nécessité dont le gouverneur en conseil est le seul juge, obliger tout milicien à continuer
de servir au delà de son année de service en campagne, pendant une période d'au plus
six mois.
2. Le présent article ne s'applique pas à la troupe permanente.
67
Débats sur la Loi de 1904 (*)
Le 11 juillet 1904, en comité général, sur l'autorité du Roi et du Gou-
verneur général: —
Mr. Sam. HUGHES. Every one knows that ' Governor General' means
'Governor General in Council '. So far as the control of the army, in England is
«ncerned, THE KING HAS NO AUTHORITY, DIRECT OR INDIRECT. AND THE
SAME IS TRUE OP CANADA. "The King can do no wrong," because the King acts
upon the'advice of his responsible ministers.
Mr. BOURASSA. Of course, there is no dispute as to thr,t (6380-6381).
Mr. FITZPATRICK If you are going to add the words 'and shall be
exerciscd and administered by His Majcsty or bjr the Governor General in Council ' you
are adding v.ords that are of no value, because ' HIS MAJESTY * means necessarily
' HIS MAJESTY ACTING UNDER THE ADVICE OF HIS MINISTERS '. " HIS MAJESTY M
HAS NO OTHER MEANING UNDER OUR CONSTITUTION. There is always of course
the Personal prérogative of the soveroign with respect of the control of the army, but
it is one ol' those \vhich has been encroaehcd upon to such an extent by modem
parliamrnts that now practically it is never exercisrd, except under the control of
parliamcut. Otherwise the doctrine * the King can do no wrong' would not prcvail.
If Her Majcsty had been pcrsonnally responsible for the conduct of the Boer war,
criticism would hâve bren directed against her, but IT IS ALWAYS THE IMPERSONAL
PERSON KNOWN AS HER MAJESTY WHO ACTS THROUGH THE COUNCIL
(6107-6408).
(1) Extraits des Debatea of the House of Commoni. Le chiffre de la colonne est
indiqué' après chaque citation.
— 391 —
Le 12 juillet 1904, en comité général: —
Mr. MACLEAN. Am I to undcrstand that clause 77 (1), as it now stands, limits
the Canpdian militia in their service outside of Canada to the defence of Canada?
Sir FREDERICK BORDEN. Vts.
Mr. MACLEAN. Not for the c<-fencc of the empire?
Sir 1 REDERICK BORDEN. No.
Mr. MACLEAN. Is this clause the same as the clause in the old Act?
Sir FREDERICK BORDEN. Not precisely.
Mr. MACLEAN. What was the clause under which the government sent out Ca-
nadian troops to South Africa?
Sir FREDERICK BORDEN. They volunteered for service and were sent out as im-
périal troops under a spécial agreement with the impérial government, partly paid by
the British and partly by this government, and the Militia Department organized those
volunteers. They did not corne under the Militia Act at ail.
Mr. MACLEAN. Then the active miltia of Canada, under this proposed Act, could
not be sent outside this country by the government to take part in the defence of the
empire, except under a spécial contract as in the case of the troops sent to South Africa.
Sir FREDERICK BORDEN. Yes. —(6488-89)
Mr. MACLEAN. I would ask the minister if it is not the case that under the old
section of the law as it now stands the militia of Canada could be used for the defence
of the empire and sent out of this country for that purpose? But under the proposed
law that is strictly prohibited.
Sir FREDERICK BORDEN. No. I am advised, and was advised at the time of the
South African trouble, for instance, that under the law we could not do that.
Mr. SAM HUGHES. Could not do what?
Sir FREDERICK BORDEN. That we could not send the militia to South Africa for
service; under the law we were not able to do so. The présent law lias been changed,
as I say, in conformity with that view, and in sympathy with the idea which, as I said,
controls the militia of the mother country and the militia of every one of the colonies
of the empire, where you will find precisely the same clause. — (6494-95)
Mr. OSLER. What is the meaning of the words "for the defence of Canada?"
Sir FREDERICK BORDEN. Suppose that Canada were invaded it might be the very
best means of defence to immediately send an army into foreign territory.
Mr. OSLER. Quite so, but is not the existing law better and more défini te; which
says:
"Her Majesty may call out the militia, or any part thereof, for active service either
within or without Canada, at any time that it appears advisable to do so, by reason of
war, &c."
Mr. SAM HUGHES. I think there is no question as to the right of the government
to send troops anywhere for the defence of the empire. If Canada wished her troops
to take part with the impérial troops anywhere clse than in Canada for the immédiate
defence of the empire, that could be accomplished as was done in England during the
South African war, when whole régiments of English militia, enrolled only to serve
in the British Isles, volunteered for service in South Africa. — (6500)
Le 1er août 1904, en comité général: —
Sir FREDERICK BORDEN : The troops we sent to South Africa were not sent un-
der the militia law at ail. They were sent under a spécial arrangement; they went as vo-
lunteers. The same thing could be done at any time. It certainly would not be done
under the militia law, either as it was or as we propose to make it, because there is
no essential différence. Notwithstanding the fact that my hon. friend from Colchester (2)
questions my possession of common sensé, I still believe that the Act as we propose it
(1) Devenue l'article 69 de la Loi.
(2) Mr. Gourley.
— 392 —
Is essentlally the samc in that respect as it was before, tlie object being to makc clear
the actual intention (8079)
The very fondamental idea of a militia force always has been, and is now, hom*
defence. In every portion of the British empire, without any exception, the same prin-
ciple is laid down which is found in the Bill before the House — that the militia of that
particular part of the British empire, including the British islands themselves, shall b«
limited in their service to the particular part of the empire in which they live. I hava
taken the trouble to examine the old militia laws of the différent provinces which made
up the Dominion of Canada, and in every one of thosc provinces we find the samc limi-
tation (8080)
Mr. R. L. BORDEN. But you hâve altered the terms of the section from what they
were before as to calling out the militia. Why do you require to do that if you hâve
parliament summoned within fifteen days? Is not that a sufficient safeguard so far as
concerns the use to which the militia might be put? It seems to me to be the greatest
possible safeguard, and a proper safeguard, because in parliament you hâve the voice
of the country acting upon the government and directing them in what the will of th»
country is.
Sir FREDERICK BORDEN. I hâve cxplained that there was no object except to
make quite clear what the intention of the Act was. I think therc never was any doubt
as to the meaning of the Act, although the words perhaps were not so clcar as they
ought to be. "For the defence thereof," those words hâve been introduced so that it
might be quite clear that the calling out of the militia to serve outside the country could
not be doue except for the purpose of the defence of Canada The same idea is con-
tained in ail the militia laws of ail parts of the empire and it did not seem to me that
there would be any doubt upon that point. A good deal has been said this afternoou
about this being a rétrograde step. I do not understand that this law in its spirit dif-
féra in any may from the old law.
Mr. GOURLEY. Why not leave the old Act?
Sir FREDERICK BORDEN. I am sure my hon. friend would not prétend to say
that under the law as it is to-day the government could send a corps of the militia
upon foreign service.
Mr. GOURLEY. I hâve not the slightest doubt of it; you could send them anywhere.
Sir FREDERICK BORDEN. I am quite prepared to come to close quarters on that
question and I am quite prepared to say that in so far as the militia are concerned
I do not believe it is in the interests of the militia that a provision of that kind should
be made.
Mr. GOURLEY. Why, every man in Canada wants to go.
Sir FREDERICK BORDEN. I do not think the hon. gentleman himself would se-
riously contemplatc a proposition by which the government would hâve authority to
order the militia to serve a thousand miles away from Canada.
Mr. GOURLEY. Why not? What are we hère for?
Sir FREDERICK BORDEN.. It is for the hon. gentleman to explain that. I do not
think that any thoughtful man looking at the condition of things in this young coun-
try
Mr. GOURLEY. Explain yourself. Tell me what you mean.
Some hon. MEMBERS. Order, order.
Mr. DEPUTY SPEAKER, Order.
Sir FREDERICK BORDEN. —would seriously propose to euact a statute which
would place in the hands of any government the power of ordering out the militia to
serve in distant parts of the world.
Mr. BARKER. That is the old Act.
Sir FREDERICK BORDEN. It is not the old Act I hâve taken the trouble to go to
the statutes of old Canada and of the various provinces in this Dominion and there I
hâve found that not one of them contains a provision by which the militia can be sent
outside of the province itself. That being the case it seems to me that we may just as
well understand where we are and I accept, fully, absolu tel y and entirely, myself, th»
responsibility for the proposition which is contained in this clause. — (8087-88)
Mr. R. L. BORDEN Everything that the hon. gentleman said might be con-
ceded and still no good reason shown for making this change in the law. The law which
he proposes to change is this :
— 393 —
"Her Majesty may call out the militia, or any part thercof, for active service either
within or without Canada, at any time when it appears advisable so to do by reason
of war."
What is the practical effect of it? The practical effect of it is that it leaves th«
whole matter absolutely in the judgment of the executive of this country
Therefore, to ail intents and purposes, the hon. gentleman is leaving the law as it
was before except that ho is adding certain words which he secs fit to
insert in this statute advertising as it were that Canada is taking a little step away
from the rest of the empire. That is what I do not like about it. It is the same in
effect as it was before, precisely the same, but on the face of it it is not the same as it
was before. It will not be considered as it was before by those who are looking on in
foreign countries (8089)
Sir FREDERICK BORDEN. Mr. Chairman, I must say that I cannot see how there
can be any misunderstanding. I cannot see why anybody in the world, the impérial
authorities, for instance, will misunderstand the commonwealth of Australia or any
one of the colonies, in which precisely the same restriction or even a more stringent
restrictions exists. Who is to call it in question? I can tell the leader of the opposition
(Mr. R. L. Borden) that as a matter of fact this proposed Bill has been before the impé-
rial authorities for a whole year. It was before the impérial authorities on the occa-
sion on which I had the honour to attend a meeting of the Defence Committee. It wa»
discussed clause by clause and exception was takcn to every clause to which objection
could be taken, and I assert that the impérial authorities absolutely approved of thi»
clause and I am hère to make that statement. — (8090)
Mr. BARRER. — If the words "for the defence thereof " are not in
this amendment, the whole law must be changed. I object to thèse words as absolutely
unnecessary according to the statement of the Minister of Militia himself. He is con-
veying not only to the empire at large, but to every other people, that Canada has laid
down distinctly in its statutes that it will never use its militia except for the defence of
Canada.
That is what I object to in the words proposed by the Minister of Militia. If we
are to say openly to the world that we will never do anything with our militia, under
any circumstances whatever, except for the mère defence of our country, why do we
belong to the British empire ? (8094)
Sir FREDERICK BORDEN. — The hon. gentleman has asked, with an
affectation of much anxiety, what the world will think, and what the rest of the British
empire will think of Canada — though I hâve told him over and over again that upon
the statute-book of every colony of the British empire is to be found precisely the same
provision as he is now criticising. And, Sir, upon the statute-book of the mother coun-
try herself, the hon. gentleman will find this:
"Section 12, part 3. Any part of the militia shall be liable to serve in any part
of the United Kingdom but no part of the militia shall be carried or ordered to go out
of the United Kinigdom."
Why, the hon. gentleman out-Herods Herod. He is more loyal than the King. But
let him look at the statute-book of that colony which, I believe, according to its popu-
lation and means sent more men and spent more money than any other part of the
British empire, in the South African war— I refer to New Zealand— and in the Militia
Act of that colony he will find the following:
"The Governor may, by a proclamation in the "Gazette", direct the commander of
the forces, to draw out with ail convenient speed ail of the defence forces therein for
actual service, and to lead the said forces into any part of the district or colony which
may seem best and to which such forces can be lawfully taken."
And the same tliing is true of the law of Australia:
"Members of the defence force who are members or the military forces shall not
be required, unless they voluntarily agrée to do so, to serve beyond the limits of the
commonwealth and those of any territory under the authority on the commonwealth."
— 394 —
Does the hon. gentleman wish this country to cmbark upon the dangerous procceding
of preparing to take part in foreign wars? Is that the policy of the hon. gentleman?
I think we hâve enough to do to attend to our own affairs. And, in my humble opinion,
we shall beat serve the empire by making ourselves solid at home and preparing to dé-
fend our own soil (8097-98)
C8
Conférence Coloniale de 1907 0)
The Prime Minister <Sir Henry CAMPBELL BANNERMAN) : 1 think the
views sometimes taken of the proper relations of the Colonies to the Mother Country
with respect to expenditure on armaments hâve been, of late, somewhat modified. We
do not meet you to-day as claimants for money, although we cordially recognise the
spirit in which contributions hâve been made in the past, and will, no doubt, be made
in the future. It is, of course, possible to over-estimate the importance of the requirc-
nients of the over-sca dominions as a factor in our expenditure ; but however this may
be, the cost of naval defence and the responsibility for the conduct of foreign affairs
hang together
Thèse Conférences were formerly more or less identified with great cérémonial oc-
casions. This is, I believe, the first that has been specifically summoned for the pur-
pose of business. I wish to say a word hère about a désire that has been felt with
regard to the period between the Conférences that there should be greater means than
at présent to continue in the interval the definite communications which the Confé-
rences make necessary. We shall hope to find some method of meeting this désire. I
an» not going to enumeratc, still less discuss and criticise, the various schenu-s more or
less ambitions which have been put forward, but I will just make a remark applicable
to ail such proposais. We found ourselves, Gentlemen, upon freedom and indépen-
dance — that is the essence of the British Impérial connection. Freedom of action on
the part of the individual state, freedom in their relations with each other, and with
the Mother Country. Anything which militâtes against that principal would be wholly
contrary to the genius of our race and our polirical ideals, and would sooner or later be
disastrous (p. 5 et 6)
Sir Frederick BORDEN : It should be pointed out at once, that so far as the
Dominions beyond the seas arc concerned, at any rate so far as Canada is concerned,
we have no authority under our Militia Law to do anything beyond expend money and
make préparations for tho defence of Canada itself. We are absolutely limited in
words to that. We cannot call our Militia out for active service for any purpose beyond
the defence of Canada. Although Canada took part in the troubles in South Africa, it
was done by a force which volunteered specially for the purpose and made a spécial
contract for that purpose. I do not see very well how any responsibility could be under-
taken to supply any force for any other purpose without an amendment in the law
(p. 99)
Lord TWEEDMOUTH (First Lord of the Admiralty) : What I have in the
first place to ask is, that you should place confidence in the Board of Admiralty, and
In the présent Government, for the future safety of the country. We welcome you, and
we ask you to take some leadiug part in making more complète than it is at présent
the naval defence of the Empire. I wish to recognise ail that our cousins over the sea
have done in conséquence of décisions of former Conférences. I know that you gav«
to the Government and to the Admiralty, with a free and unstinting hand, the help that
you thought you could manage to give. Gentlemen, I have on!y one réservation to
make, and in making it I ask that, as we have proved ourselves successful in the past,
you should put your trust in us now. The only réservation that the Admiralty désire
to make is, that they claim to have the charge of the strategical questions which are
necessarily involved in Naval Defence, to hold the command of the naval forces of the
(1) Minute* of Proceedings of the Colonial Conférence, 1907 — [Cd 3523] 1907. Les
pièces annexées au rapport ont été publiées dans un volume à part : [Cd 3524].
— 395 —
country, and to arrange the distribution of ships in the best possible manner to resist
attacks and to défend the Empire at large, whether it be our own islands or the domi-
nions beyond the seas. We thoroughly recognise that we are responsiblc for that de-
fence. We want you to help us in that defence. We want you to give us ail the
assistance you can, but we do not corne to you as beggars ; we gladly take ail that you
can give us, but at the same Unie, if you are not inclined to give us the help that we
hope to bave from you, we acknowledge our absolute obligation to défend the Kinc's
dominions across the seas to the best of our ability.
Now, there is, after ail, only one sea that laps around ail our shores. The sea is
the link that joins us together. It was the reason of your upspriuging. It is our first
defence. It is the origin of our great commerce. It is the outlet and inlet of our
exports and our imports, and it is to us in thèse islands the channel through which
we get the food and raw material which are so necessary to our vast population. There
is one sea, there is one Empire, and there is one Navy, and I want to claim in the first
place your help, and in the second place autho'rity for the Admiralty to manage this
great service without restraint (p. 129)
Dr. SMARTT: I take it that the proposition the Admiralty make is that they
would encourage the spirit of local defence and local assistance for naval purposes,
and that the best direction in which that could take cffect would be either in the
direction of submarines, or I suppose the Admiralty would also be prepared to consider
the question of destroyers.
Lord TWEEDMOUTH : — Certainly.
Dr. SMARTT : — I should take it that the submarine is a ship that only cmploys a
small number of the most highly trained experts ?
Lord TWEEDMOUTH : — That is so.
Dr. SMARTT : — She is not a vessel that will go far out to sea, whereas in the esta-
blishment of the destroyer class, you would at once imbue your peoplc with the spirit
of s;amanship and the idea that they were rendering greater service, be cause they
could go some littlc distance out to sea, and that would be a great incentive to devclop-
ing a naval spirit amongst our people.
Lord TWEEDMOUTH : — I think the development of submarines is going to be
such in the future as almost to supersede the destroyer ; that it will hâve a much
larger sea range, and it will be not merely a défensive vessel, but a very distinctly
offensive one. — (p. 479)
Mr. BRODEUR : Our situation is a différent one to that of the othcr Colo-
nies, and should be treated as such. I think, however, it would be only fair that I
should state to-day that the position of Canada has not becn properly represented as
far as Naval Defence is concerned. I sce by a document which bas been laid befor*
us that we are supposed not to hâve spent any money at ail upon Naval Defence. That
document shows what has been spent by the United Kingdom, by Newfoundland, Aus-
tralia, New Zeeland, the Cape, Natal, and when it cornes to speak of Canada, it is
simply stated there that the Naval expenditure is none. I may say at the outset that
in view of the Treaty which was made in 1818 between the Impérial Government and
the Government of the United States, it was formally stipulated that the Americans
should hâve the right to corne and fish on our shores, and that they should hâve the
right also to come into our harbours when they are looking after their fishiug. Out-
side of that, they hâve a right also, in virtue of that Treaty, to go to some parts of
Canada to fish on the same footing as the Canadian British subjects. This particular
situation, which was created in Canada by that Treaty, induced the British Admiralty
to look after the defence, or after the protection of Canada, aginst the peaching of thèse
American fishermen. That duty was performed, and .that protection was given to our
own people during many years by the British Admiralty, but for some time, especially
since 1885, absolutely nothing has been done by the British authorities. Ail expenditure
in connection with that Fisherics Protection Service has been carried on, incurred, and
made by the Canadian Government
I must also say that this obligation which we are carrying out to-day is to a cer-
tain extent not simply a local obligation but an Impérial obligation, because that
— 396 —
obligation wa« incurred in virtue of treaties, those treaties having been passed bctweei»
Grrat Britain and the United States without, of course, the consent of Canada. — (139)
Mr. BRODEUR : There was a discussion in previous years to the cf fect that
we should contribute something directly to the British Navy. I may say with regard
to that, there is only one mind in Canada on that question, and if it was necessary I
should h", able to quote the remarks inade lately in a article published by Sir Charles
TUPPER, whù is certainly one of the men best qualified to speak in Canada, upou the
question. I think, perhaps, I might mention what hc said in regard to that. He said :
" It is known that from the outset I hâve felt the interests of Canada and the true
" interests of the Empire to be opposed to the demand for Colonial contributions to the
" Impérial Navy ", and " I maintain that Canada has discharged that duty in the manner
" most conducive to Impérial interests.." So it shows that both aides of politica in
Canada agrée with the policy which has been going on for «orne years there. He adds,
also, in that article, that " Canada protects her fisherics by her own cruisers, and when
■ the Impérial Government expressed a wish to be relieved of the expense of maintining
" the stratégie points at the harbours of Halifax and Esquimalt the Canadian Govern-
" ment at once relieved them of that large expenditure, amounting to 185,000 I. per an-
"num" (p. 481)
Dr. SMARTT (Cape Colony) : — Would I be in order in nioving this Naval Resolution
after the discussion yesterday ? I do not think it will take any tinie because it is a
resolution which requires no remarks to make it acceptable to the Conférence : " That
" this Conférence, recognising the vast importance of the services rendered by the
" Navy to the defence of the Empire and the protection of its trade, and the paramount
" importance of continuing to maintain the Navy in the highest possible statc of effi-
" ciency, considers it to be the duty of the Dominions beyong the Seas to make sucli
" contribution towards the upkeep of the Navy as may be determined by their local
" législatures — the contribution to take the forin of a grant of money, the establish-
" ment of local Naval defence, or such other services, in such manner as may be decided
" upon after consultation with the Admiralty and as would best accord with their
" varying circumstances."
CHAIRMAN (Lord ELGIN, Colonial Secretary) : — I may say I communicated witli
the First Lord of the Admiralty what occurred, and he desires me to say he leaves him-
self entircly la the hands of the Conférence with regard to any modification or omission
of the worc's referring to the Admiralty. Otherwise he has no objection to it. — (p. 541)
Sir Wilfrid LAURIER : — I a m sorry to say, so far as Canada is concerned, we
cannot agrée to the resolution. We took the ground many years ago that we had enough
to do in [thst] respect in lour] country before committing ourselves to a gênerai
daim. Thi Governemcnt of Canada has donc a great deal in that respect. Our action
was not undertstood, but I was glad to sec that the First Lord of the Admiralty admitted
we had doue niucli more than he was aware of. It is impossible, in my humble opi-
nion, to hâve a uniform policy on this matter : the disproportion is too great between
the Mother Country ond the Colonies. We hâve too much to do otherwise ; in the
Mother Country, you must remeinber, they hâve no expenses to incur with regard to
public works ; whereas, in most of the Colonies, certainly in Canada, we hâve to tax
ourselves to the utmost of our resources in the development of our country, and ws
could not contribute, or undertake to do more than we are doing in that way. For
my part, if the motion were pressed to a conclusion, I should hâve to vote against it.
Dr. SMARTT : — But the public works to which you refer are of a reproductive
character which are vital to the interests of your Dominion.
Sir Wilfrid LAURIER : — Some of our railways bave never paid a cent of interest
or expenses
Dr. SMARTT : — Stlll, it is developing and opeuing up the country to an enormous
extent. Ail the colonies are building developing railways of a character which may not
be revenue-producing for years. I thought the wording of this resolution would hâve
specially met your views because you will find to make such a contribution towards the
— 397 —
«pkeep of the Navy it may take the form either of a great of money, or thc estiblish-
ment of a local defence force or other services. I understand Canada suggested strongly
the other day that some of their other services were in the nature of local defence.
Sir Wilfrid LAURIER : — I hâve said ail I hâve to say on the nubject.
CHAIRMAN : — I think it is a pity to pass the resolution if it is not unanlmous.
Dr. SMARTT : — I should like very inuch to hear the opinions of the représenta-
tives of the other portions of the Empire.
Mr. DEAKIN : — I hâve no hésitation in entering into the discussion if desired ;
but if we are not going to pass the resolution is it worth whileV
Dr. SMARTT : — I think it is a great pity we do not pass something. We hâve done
so niuch iu the way of pious affirmation, that I am anxious we should do something of
a practical character.
Sir Wilfrid LAURIER : — It can bc passed if there is a majority. For my part, I
must vote » gains t it.
Sir Joseph WARD : — To do auy good we would require to be unanimous about it
Dr. SMARTT : — Yes, I suppose so.
Mr. Winston CHURCHILL : — It is not much good to hâve a résolution at ail if we
cuiniot be unanimous.
CHAIRMAN : — I think we had better not proceed any further just now.
Sir Wilfrid LAURIER : — We, of the différent Dominions beyond the Seas, hav«
tried to be unanimous up to the présent time. I am sorry to say this is a question upon
which we could not be unanimous. Therefore, Dr. Smartt can move it If he chooses, or
withdraw it. But if he presses it I should hâve to vote against it. — (p. 542-543)
69
Vœu du 29 mars 1909
Texte proposé par M. FOSTER (1) :—
"In view of hcr great and varied resources, of her geographical position and na-
tional environments, and of that spirit of self help and self respect which alone befits
a strong and growing people, Canada should no longer delay in assuming her proper
share of the responsibility and financial burden incident to the suitable protection of
her exposed coast Une and great seaports."
Texte suggéré par sir Wilfrid LAURIER (2) :—
"This House fully recognises the duty of the people of Canada, as they increase in
numbers and wealth, to assume in larger measure the responsibilities of national de-
fence.
"The House réaffirma the opinion, repeatedly expressed by représentatives of Ca-
nada, that under the présent constitutional relations between the mother country and
the self-governing dominions, the payment of any stated contribution to the impérial
treasury for naval and military purposes would not, so far as Canada is concerned, be
a satisfactory solution of the question of defence.
"The House has observed with satisfaction the relief afforded in récent years to the
tax-payers of the United Kingdom through the assumption by the Canadian people of
considérable military expenditure formerly charged upon the impérial treasury.
"The House will cordially approve of any necessary expenditure designed to pro-
mote the organisation of a Canadian naval service in co-operation with and in close
relation to the impérial navy, along the Unes suggested by the admiralty at the last
Impérial Conférence, and in full sympathy with the view that the naval supremacy of
Great Britain is essential to the security of commerce, the safety of the Empire and the
peace of the world.
"The House expresses its firm conviction that whenever the need arises the Cana-
dian people will be found ready and willing to make any sacrifice that is required to
give to the impérial authorities the most loyal and hearty co-operation in every move-
ment for the maintenance of the integrity and the honour of the Empire."
(1) Votes and Proceedings, 1909, Mardi 29th, page 494.
(2) Debates House of Commons, l'JO'J, March 2'Jtii, Col. 3512-13.
Rédaction
sultation avec M
— 398 —
définitive proposée jxir sir Wilfrid LAURIER, après con-
M. BORDEN, et votée à l'unanimité (1): —
"This House fully recognizes the duty of the people of Canada, as they increaae in
numbers and wealth, to assume in lnrger measure the responsibilities of national de-
fenec.
"The House is of opinion that under the présent constitutions! relations between the
mother country and the self governinjr dominions the payment of regular and perio-
dical contributions to the Impérial treasury for naval and military purposes would not,
so far as Canada is conctrned, be the most satisfactory solution of the question of
defence.
"The House will cordially approve of any necessary expenditure designed to pro-
mote the speedy organization of a Canadian naval service in co-operation with and in
close relation to the Impérial navy, along the Unes suggestcd by the Admiralty at the
last Impérial Conférence, and in full sympathy with the view that the naval supre-
macy of Britain is essential to the security of commerce, the safety of the Empire and
the peacc of the world.
"The House expresses its firm conviction that whenever the need arises the Cana-
dian people will bc found ready and willing to make any sacrifice that is required to
give to the Impérial authorities the most loyal and hearty co-operation in every move-
ment for the maintenance of the integrity and the honour of the Empire."
Le lendemain, lord GREY télégraphie au ministre des Colonies (2) :
FROM LORD GREY TO LORD CREWE.
No 164 Ottawa, 30tli March, 1909.
MY LORD,
I hâve the honour to enclose for Your Lordship's information copy of an extract
from the Debates of the House of Commons (unrevised Edition) containing the report
of the debate upon a resolution moved by Mr. Foster in regard to Canada's assumption
of a proper share of responsibility for her naval defences and the amendaient to that
resolution offered by the Government, which was accepted, the resolution as amended
being carriëd nemine contradicente.
I hâve, etc.,
(sd.) GREY.
The Rt Hon.
The Earl of Crewc, K.G.
70
Loi Navale — Déclarations des chefs de parti (3)
Le 15 novembre 1909, au cours du débat sur l'Adresse, le premier
ministre interpelle M. Monk, député de Jacques-Cartier, au sujet de son
discours à Lachine, avant la session: —
S:r Wilfrid LAURIER: My hon. friend also said Huit if we were to build
a navy we would be drawn tlu-reby into European wars. Need I say to my hon. friend
that whether we hâve such a navy or not, we do not Iose our right to self-government;
that if we do bave a navy, that navy will go to no war unlcss the parliament of
Canada, including the hon. gentleman, choose to send it And if now we hâve
to organise a naval force it is becausc we arc growing as a nation ; it is the penalty
of being a nation that we hâve to bear (49)
(1) Votes and Proceedings, 1909, March 29th, page 494.
(2) Sessional Paper, No. 170, 1909 (not printed).
(3) Extraits des Debates of the House of Commons. Le chiffre de la colonne est
indiqué après chaque citation.
— 399 —
Le 12 janvier 1910, en présentant le projet de Loi Navale:—
Sir Wilfrid LAURIER: In case af einergency the Govornor in Council may
exercise the power of calling out Uie naval force to be placed at the disposai of His
Majesty, the only restriction being that parliament is to be immediately summoned.
Mr. SPROULE. Is the " war" referred to, war in any part of the empire or in
Canada only? (1734).
Sir Wilfrid LAURIER: WAR EVERYWHERE. When Britain is at war, Canada is
at war; there is no distinction. If Great Britain, to which we are subject, is at war
with any nation, Canada becomes liable to invasion, and so Canada is at war
(1735).
Mr. MONK: What is proposed to-day hère is to invite us to assume responsi-
bilities which I will claim we are not bound to assume. What is proposed to-day is to
invite us to become responsible for the policy, for the diplomacy, for the treaties, for
the alliances of which we know nothing, over which we hâve no control, made by men,
excedlent men nx> doubt, but men who are not responsible to us. And, the proposai is
to ask us to assume ail thèse responsibilities without our enjoying the privilèges of re-
présentation. I do not speak for the province of Québec ; I say you will never find
Anglo-Saxons, who will willingly accept that responsibility, who will willingly bend
their heads to what I consider to be an infraction of the anciont rights of British sub-
jects established centuries ago in England (1775)
Le 3 février, au cours du débat sur la deuxième lecture du projet de
loi:—
Mr. MONK : — Lord Twee<lmouth, Mr. Chamberlain, and other English public
men, imbued with the broad principle that responsibilities of this kind carried représen-
tation, had stated, as Lord Tweedmouth did at the conférence of 1907: We don't ask
you to do this without inviting you to share in the représentation. That proposai was
in harmony vith British ideas. But on our side nothing was asked, nothing was claim-
ed. I do not mean to say that if thèse thinjrs were in that shape before as, I would
adhère to them. I think that 'sufficient to the day is the evil thereof. But I am im-
pressed with the idea that nothing seems to hâve been asked, and that we entered into
this unlimited scheme of responsibility in such a manner as to distinguish us completely
from the British subject who lives in the British Islcs, and who himself controls the
foreign policy of the Empire (3021)
Le 24 février, durant le même débat: —
Mr. DOHERTY : — The overshadowing feature of this measurc by which we
intend to create a naval force is that it of necessity leads us into the situation that we
cannot avoid participation in the wars which may resuit from the foreign policy of
the mother country, and, by that foreign policy we are absolutely bound because the
mother country exclusively — and under our existing conditions absolutely rightly —
has control of the foreign relations which pertain not only to herself, but to ail her
colonies
The control of a navy force is a function of the power which contrôla the foreign
policy — the policy that governs the conduct of the nation towards other nations —
that a navy is called upon to enforce. From that it would seem to me fairly to follow
that the condition précèdent to our undertaking to participate in the naval defence of
the empire is that we should be given an effective voice in the governing and détermi-
nation of the foreign relations of the empire (4137)
What I désire to do is simply to make clear that the finding of a way by which
we may hâve a voice, and a real voice, in the control of the foreign policy of the em-
pire, is an essential condition précèdent to our embarking npon any permanent policy
of participatingr in the maintenance of naval forces, that that is an essential condition
précèdent, if onr autonomy, to which the right hon. gentleman (Sir Wilfrid Laurier)
attaches such great importance, and to which I may say he does not attach one whit
gréa ter importance than I do, is to be mainiained (4138)
— 400 —
I am hère to say that, when this duty is preeented to us of our taking a sliare in
the maintenance of the naval forces of this empire, there is necessarily presented to us
at the same time another duty, the duty of our taking our share in the heavy burden
of the control of the forcign affalrs of this empire. And I say that we are not at
ILberty to choose to do the one duty and refuse to do the other, because thèse two
duties are inscparably bound up together (4142)
So I say that we should not enter upon a course which means participation in the
naval wars of the empire without first seeing to it that the means are provided for the
performance of our part of this other duty from which, to my mind, it is absolutely
inséparable (4144)
It seems clear to me that the ineasure, if put into exécution under existing cir-
cumstances and without proper provision for the performance of the duty it carries
with it, is destructive of wha4 is most sacred and holy in the autonomy of this country,
and, moreover, it seems to me that the measure is clearly useless as a measure for the
defence of the empire. From any point of view I fail to see how any Canadian subject
of the King can realize that It is his duty to do otherwise than vote against that
measure (4149-50)
Le 2 mars, au cours du même débat, M. NANTEL, député de Terre-
bonne et futur ministre dans le cabinet Borden, se déclare également
opposé au projet de loi et à la motion du leader conservateur : —
M. NANTEL: — Pour moi la défense nationale, c'est la défense du Canada. Je
suis sujet britannique et j'en suis fier. Je suis Canadien et j'en suis doublement fier. Le
Canada fait partie de l'Empire, mais dans l'Empire, chaque partie a son rôle spéciale-
ment assigné, et ce rôle, pour le Canada, c'est la défense du foyer, la défense de la
• atrio, pour la patrie et pour l'Empire; et la patrie, pour moi, c'est le Canada.
Je voterai contre le projet de loi, parce qu'il comporte l'admission de l'impérialisme
militaire, parce qu'il tend à en faire inscrire le principe dans nos statuts. Je voterai
contre la proposition en amendement, parce qu'elle comporte le même principe, et que
je n'admets pas que la circonstance présente soit un cas d'urgence (1)
La deuxième lecture du projet de loi fut votée le 9 mars 1910. M.
BORDEN avait proposé "en amendement" : —
"That the proposais of the Government do not follow the suggestions and recom-
mendations of the Admiralty and in so far as they empower the Government to with-
aold the naval forces of Canada from those of the Empire in time of war are 111-
advised and dangerous.
"That no such proposais can safely be accepted unless they thoroughly eniurt unity
«f organisation and of action without which there can be no effective co-operation in
any commun scheme of Empire defence.
"That the said proposais while necessitating heavy outlay for construction and
maintenance will give no immédiate or effective aid to the Empire, and no adéquate or
•atisfactory results to Canada.
"That no permanent policy should be entered upon involving large future expen-
diture of this character until it has been submitted to the people and has received their
approval.
"That in the meantime the immédiate duty of Canada and the impending neceasi-
ties of the Empire can beat be discharged and met by placing without delay at the dis-
posai of the Impérial authoritiee as a free and loyal contribution from the people of
Canada such an amount as may be sufficient to purchase or construct two battleshlps
or armoured cruisers of the latest Dreadnought type, giving to the Admiralty full dis-
crétion to expend the said sum at such time and for such purposes of naval defence aa
in their judgment may best serve to increaae the united strength of the Empire and
thus assura its peace and security " (2).
(1) Débats de la Chambre des Commune* (Version française), 1909-10, col. 4797.
(2) Vote* and Proceedings, 1910, March 9th, pages 618-19.
— 401 —
M. MONK avait proposé, en "sous-amendement" :
"That this House, while declaring its unalterable dévotion to the Britiah Crown, la
•f opinion that the Bill now submitted for its considération, changes the relations ef
Canada with the Empire, and ought, in conséquence, to be submitted to the Canadian
people, in order to obtain at once the Nation's opinion by means of a plébiscite" (1).
Ont voté pour la motion Monk: —
♦Blondin, Broder, Chisholm (Huron). Cnrrie (Simcoe), Doherty, *Forget, Herron.
Jameson, Lewis, *Lortie, *Monk, *NanteI, *Pâquet, Sharpe (Ontario), «Verville, White
(Renfrew), Wilcox (Essex), Worthington.
Les députés dont le nom est précédé d'une astérique ont voté contre
la motion Borden et contre la deuxième lecture du Bill. Les autres ont
voté pour la motion Borden et contre la deuxième lecture.
Le 19 avril, en comité général: —
Mr. FIELDING I say that whenever the British nation shall becomc
lnvolved in a war with a great power, I do not stop to consider whether it is a just
or an injust war — so long as we are part of the British empire, I care not what gov-
ernment is in power in Canada, it will be its duty instantly to join and help the
mother country; (7469).
Le 20 avril, avant la troisième lecture: —
Mr. FIELDING Under the measure we are proposing wa shall hâve • naval
service which is Canadian in tinte of peace, but which by the very machinery we hava
provided will unmistakably become impérial whenever the help of Canada is needed
for the defence of the Empire. I accept the view that when the Empire is at war
Canada is nt war; Canada will never need defence except when the Empire needa
defence; and so I say the Canadian navy, while supplied primarily for the defence of
our shores, is after ail but a branch to the Royal Navy in time of peace, and will
become an intégral part of the Royal Navy whenever the war alarm is aonnded
(7553-54).
* # *
A la session suivante, au cours du débat sur l'Adresse, M. MONK
proposa cette motion: —
"The House regrets that the Speech from the Throne gives no indication whatev»
of the intention of the Government to consult the people on its Naval Policy and the
gênerai question of the contribution of Canada to Impérial Armement» " (2).
M. BORDEN proposa "en sous-amendement" : —
"We beg to assure Your Excellency of the unalterable attachment and dévotion of
the people of Canada to the British Crown, and of their désire and intention to fulfll
ail just responsibilities devolving upon this country as one of the nationa of tha Em-
pire. We désire, however, to express our regret that Your Excellency's gracions Speech
gives no indication whatever of any intention on the part of Your Excellency's advisers
to consult the people on the naval policy of Canada" (2).
A l'appui de cette motion, le leader de l'opposition prononça un long
discours dont je détache ces paragraphes: —
Mr. R. L. BORDEN : I cannot see that it is possible to maintain the naval su-
premacy of this Empire by a séries of disunited navies, not under one central con-
(1) Votes and Proceedings, 1910, March 9th, page 619.
(2) Votes and Proceedings, 1910 December lst, page 88.
— 402 -
trol I think the question of Canada's co-operation upon a permanent basis in Im-
périal défonce involves very large and wide considérations. If Canada and the other
Dominion* of the Empire are to take their part as nations of this Empire in the dé-
fonce of the Empire as a whole, shall it be that we, contributinz to that defence of the
whole Empire, shall hâve absolutely, as citiiens of this country, no voice whaterer in
the conncils of the Empire touching the issues of peace or war throughout the Em-
pire ? I do not think that such wonld be a tolerable condition. I do not believe the
people of Canada wonld for one moment submit to such a condition.
Shall members of this House, représentative men, representing two hundred and
twenty-one constituencies of this country, from the Atlantic to the Pacific, shall no
one of them hâve the same voice with regard to those vast Impérial issues that the
humblcst taxpayer in the British Isles lias at this moment?
It does not seem to me that such a condition would make for the integrity of the
Empire, for the closer co-operation of the Empire regard must be had to thèse far
reaching considérations, a permanent policy would hâve to be worked out, and when
that permanent policy had been worked out and explained to the people of Canada, to
every citizen in this country, then it would be the duty of any government to go to the
people of Canada to reoeive their mandate, and accept and act upon their approval of or
disapproval of that policy (227-228)
Ont voté pour la motion Monk et contre la motion Borden : MM-
BLONDIN, LOBTIE, MONK, NANTEL, PAQUET et VEBVILLE. Après
le rejet de la motion Borden, toute la députation conservatrice, M. Bor-
den en tête, appuya la motion Monk.
71
Contribution " d'urgence" à la Flotte Impériale
BILL No 21, "AN ACT TO AUTHORIZE MEASURES FOR INCREASING THE EFFECTIVE
NAVAL FORCES OF THE EMPIRE".
Le 13 février 1913, M. BOBDEN propose, en deuxième lecture, la
"résolution" suivante : —
That it is expédient in connection with the Bill now before thia House intituled "An
Act to authorize measures for increasing the effective Naval Forces of the Empire", to
provide:—
(a) THAT FROM AND OUT OF THE CONSOLIDATED REVENUE FUND OF CA-
NADA THERE MAY BE PAID AND APPLIED A SUM NOT EXCEEDING THIRTY-FIVE
MILLION DOLLARS FOR THE PURPOSE OF IMMEDIATELY INCREASING THE EF-
FECTIVE NAVAL FORCES OF THE EMPIRE:—
(b) That the said sum shall be used and applied under the direction of the Gov-
«nor in Council in the construction and equipment of battleships or armoured cruisers
of the most modem and powerful type;
(c) That the said ships when constructed and equipped shall be placed by the
Governor in Council at the disposai of His Majesty for the common defence of the Em-
pire; and
(d) That the said sum shall be paid, used and applied, and the said ships shall be
constructed and placed at the disposai of His Majesty subject to such terms, conditions
and arrangements as may be agreed upon between the Governor in Council and His
Msjesty's Government (1).
Sir Wilfrid LAUBIEB propose "en amendement": —
"This House déclines to concur in the said resolution and orders that the same b*
referred back to the Committee with instructions to amend the same in the following
particulars, namely, to strike out ail the words after clause (a) and substitute therefor
the following:
(1) Vote* and Procecdings, 1913, February 13th, page 536.
— 403 —
"The mémorandum prepared by the Board of Admiralty on the gênerai naval si-
tuation of the Empire and communicated to this House by the Right Honorable the
Prime Miniater on December 5th shows that several of the most important of the foreign
powers hâve adopted a definite policy of rapidly increasing their naval strength.
"That this condition has compelled the United Kingdom to concentrate iU naval
forces in home waters involving the withdrawal of ships from the outlying portions of
the Empire.
"That su«h withdrawal renders it necessary that Canada without further delay
•hould enter actively upon a permanent policy of naval defence.
"That any measnre of Canadian aid to Impérial naval defence which does not stn-
body a permanent policy of participation by ships owntd, manned and maintained by
Canada and contemplating construction as soon as possible in Canada, is not an adé-
quate or satisfactory expression of the aspirations of the Canadian people in regard to
naval defence, and is not an assumption by Canada of her fair share in the mainte-
nance of the naval strength of the Empire.
"This House regrets to learn the intention of the Government to indefinitely post-
pone the carrying out by Canada of a permanent naval policy.
"It is the opinion of this House that measures should be taken at the présent session
to give effect actively and speedily to the permanent naval policy embodied in the
Naval Service Act of 1910 passed pursuant to the resolution unanimously approved by
this House in March, 1909.
"This House is further of the opinion that to increase the power and mobility of the
Impérial Navy by the addition by Canada under the above Act of two fleet units, to be
stationed on the Atlantic and Pacific coasts of Canada, respectively, rather than by s
contribution of money or ships, is the policy best calculated to afford relief to the
United Kingdom in respect to the burthen of Impérial naval defence and, in the words
•f the Admiralty mémorandum, to ' restore greater freedom to the movements of the
British squadrons in every sea and directly promote the security of the Dominion ' :
and that the Government of Canada should take such steps as shall lead to the ac-
complishment of this purpose as speedily as possible " (1).
M. VERVILLE propose comme "sous-amendement" : —
"That the following words be added at the end thereof: —
"and the consent of Parliament should not be given to this Resolution untU it has
been aubmitted to and received the approval of the electors " (1).
* * *
La deuxième lecture du Bill est votée à la Chambre le 27 février
1913, après rejet de "l'amendement" ci-dessous, proposé par M. TUR-
RIFF:—
"That It is the constitutional duty of the government, under the terms of the
British North America Act, immediately to intreduce a measure for the readjustment
•f the représentation of the provinces in the House of Commons, according to the popu-
lation of the said provinces as established by the Census of 1911, and that this House
do not proceed further with this Bill until such readjustment has taken place, and the
people hâve been duly consulted on the said Bill" (2).
A ce texte, M. GUILBAULT avait proposé, en " sous-amendement',
d'ajouter les mots: —
"by way of a plébiscite".
Ont voté pour la motion Guilbault: MM.Achim, Barrette, Bellemare,
Boulay, Cruise, Guilbault, Lamarche, Lapointe (Saint- Jacques), Mondou,
Thomson et Turriff. Ont voté contre: MM. Blondin, Coderre, Forget,
(1) Votes and Proceedlngs, 1913 February 13th, page 536.
(2) Vote* and Proceedings, 1913. February 27, page 636.
— 404 —
Gauthier (Gaspé), Lavallée, Lespérance, Nantel, Paquet, Pelletier, Rain-
ville, Sévigny, Verville et 175 députés libéraux et conservateurs.
Ont voté pour la deuxième lecture du Bill: MM. Blondin, Coderre,
Forget, Gauthier, Lavallée, Lespérance, Nantel, Pelletier, Rainville, Sévi-
gny et 104 députés conservateurs. M. Paquet, de L'Islet, s'est absenté.
* * *
Le 27 mai 1913, sir George ROSS propose, appuyé par M. BOSTOCK,
en opposition à la deuxième lecture du Bill: —
" That ail the words after the first word "that" be struck ont and the f ollowinf
" aubst.tuted :
" This House ia not justif ied in g-iving- its aaaent to thia bill until it ia submitted te
"the jndft-ment of the country " (1).
Cette motion fut adoptée, le 29 mai 1913, par 51 voix contre 27.
* * *
Le 5 décembre 1912, en présentant le projet de loi, M. BORDES
avait fait les déclarât ons suivantes (2) :
Rigrht Hon. R. L. BORDEN (Prime Minister) :-r- It is not necessary to dwell
upon the increasing power and influence of Canada within the Empire, due to lts re-
markable growth and expansion, and to the wonderful and rapid development of its
res>urces during the past quarter of a century. With this increasing power and in-
fluence there has necessarily corne by sure and graduai steps a certain development
in our relations with the United Kingdom and the othcr dominions. The évolution of
the constitutional relation» within the Empire during- the paat half century haa not been
leaa marked than ita material progress. In thia constitutional development, we are ne-
cessarily confronted with the problem of combining co-operation with autonomy. It
seems most essential that there should be such co-operation in defence and in trade ai
will give to the whole Empire an effective organization in thèse matters of vital con-
cern. On the other hand, each dominion must préserve in ail important respects tha
autonomous government wliich it now possesses. Reaponaibility for the Empire'a defence
npon the high seas, in which is to be fourni the only effective guarantee of lts exis-
tence, and which has hitherto been assumed by the United Kingdom, haa neceeaarily
carried with it reaponaibility for and control of foreign policy
When Great Britain no longer assumes sole responsibility for defence upon the higb
seas, ahe can no longer nndertake to assume sole reaponaibility for and aole control of
foreign policy which is closely, vltally, and constantly associated with that defence in
which the dominions participate. It has been declared in the past, and even during
récent years, that reaponaibility for foreign policy conld not be ahared by Great Britaia
with the dominiona. In my humble opinion, adhérence to aneh a position could hâve
bat one and that a most disastrous resuit. During my récent visit to the British Islands,
I ventured on many public occasions to propmnd the principle that the great domi-
nions, sharing in the defence of the Empire upon the high seas, must neceaaarily be en-
titled to ahare also in the reaponaibility for and in the control of foreigrn policy. No
déclaration that I made was greeted more heartily and enthusiastically than this. It
is satisfactory to know that to-day not only Mis Majesty'a minister» but alao the leaders
•f the opposite political party in Great Britain hâve explicitly aecepted thia principle
and hâve affirmed their conviction that the means by which it can be constitutionally
aocomplished must be sought, discovercd and utilized without delay.
(1) "Debatea of the Senate". 1912-13, page 758.
(2) Debatea, House of Commons, 1912-13, col. 676-7.
— 405 —
73
Rebuffades des Ministres Britanniques
A la Conférence impériale de 1911, sir Joseph WARD, premier-minis-
tre de la Nouvelle-Zélande, propose: —
"That the Empire has now reached a stage of Impérial development which rende»
it expédient that there should be an Impérial Conncil of State, with Représentatives
from ail the constituent parts of the Empire whether self-governing or not, in theory
and in fact advisory to the Impérial Government on ail questions affecting; the interests
•f His Majesty's Dominions oversea " (1).
Le premier ministre britannique, M. ASQUITH, président de la Con-
férence, combat nettement la proposition et la fait rejeter, avec l'appui
de sir Wilfrid LAURIER, de M. FISHER, premier ministre d'Australie,
de M. BOTHA, premier ministre de l'Union Sud-Africaine, et de sir Ed-
ward MORRIS, premier ministre de Terreneuve. Des brèves remarques
de M. ASQUITH, je détache le paragraphe suivant:
....What does Sir Joseph Ward's proposai corne to? I might describe the cffect
of it, without going into détails, in a couple of sentences. Il would impair if not alto-
cether destroy the authority of the Government of the United Kiugrdom in such grave
matters as the conduct of foreign policy, the conclusion of treaties, the déclaration and
maintenance of peace, or the déclaration of war and, indeed, ail those relations with
Foreign Powers, necessarily of the most délicate character, which are now in the hands
of the Impérial Government, subject to its responsibility to the Impérial Parliament
THAT AUTHORITY CANNOT BE SHARED, and the co-existence side by side with the
Cabinet of the United Kingd>m of this proposed body — it does not matter by what
naine you call it for the moment — clothed with the functions and the jurisdiction
which Sir John Ward proposed to invest it with, would, in our judgment, be absolutely
fatal to our présent system of responsible government (2).
* * *
A la suite du discours de M. Borden, du 5 décembre 1912, cité à la
pièce précédente, M. HARCOURT, ministre des Colonies, envoie les dé-
pêches suivantes aux gouverneurs des colonies autonomes (3) : —
No 1.
The Secretary of State to the Governor-General of Australia, the Governor-General of
the Union of South Africa, and the Governors of New Zealand and Newfoundland.
My Lord,
Sir Downing Street, lOth December, 1912.
I am forwarding by post, for the confidential information of your Ministers, ■
record of the proceedings at the Committee of Impérial Defence on May 30th, 1911
(during the Impérial Conférence) and on August lst, 1912 (during the visit of tht
Canadian Ministers to London).
This record deals solely with the question of the représentation of the Dominions
on the Committee of Impérial Defence.
[Omitted to New Zealand. Your Ministers, who were présent on the first occasion,
will remember that] the matter arose out of a Resolution by Sir Joseph Ward on the
Agenda of the Impérial Conférence, asking that the High Commissioners of the Dom-
(1) Minutes of Proceedings of the Impérial Conférence, 1911, (Cd. 5745), page 36.
(2) do do page 71.
(3) Cd. 6560 — 1913. Cette dépêche a été déposée dans les archives du parlement
canadien: Sessional Paper, No 85, 1913 (not printed). Elle n'a pas été imprimée ni dis-
tribuée : M. Borden, évidemment, ne se souciait pas de trop faire connaître son humi-
liation.
— 406 —
inions should bc summoned to thc Committec of Impérial Dcfence when naval uikI
military matters affecting the Ovcrsea Dominions were under considération. The un-
animous view of ail those présent on May 30th, 1911, was that the représentation af
the Dominions should he not by thc Hip,h Commissioner but by Ministers who would be
responsible to their own colleagues and Parliament, and at the saine time it was decid-
ed that a Defence Committee should bc cstablished in cach Dominion which would be
kept in close touch with the Committee of Impérial Defence at home. The Resolutions
ultimately put forward by His Majesty's Government and accepted unanimously by
. the members of the Impérial Conférence at the Committec of Impérial Defence were as
follows: — (1) That one or more représentatives, appointed by the respective Govern-
ments of the Dominions, should be invited to attend meetings of the Committee of Im-
périal Defence when questions of naval and military defence affecting the Oversea
Dominions are under considération. (2) Thc proposai that a Defence Committee should
be established in cach Dominion is accepted in principle. The constitution of thèse
Defence Committees is a matter for each Dominion to décide.
The Canadian Government having changed in the autumn of 1911 it was necessary,
when Mr. Borden and his colleagues visited England this summer, to put thèse pro-
posais before tiiem, as they were of course unaware of the previous proceedings. Sub-
ject to consultation with his colleagues in Canada, Mr. Borden provisionally accepted
the resolutions as passed and stated that he saw no difficulty in one of his Ministers,
either with or without portfolio, spending some months of every year in London in
order to carry out this intention. Mr. Asquith and I .had, subséquent!}', several private
conversations with him, at which he expressed thc désire that thc Canadian and other
Dominions Ministers who mdght be in London as members of the Committee of Impé-
rial Defence should receive, in confidence, knowledge of the policy and proceedings of
the Impérial Government in foreign and other affairs. We pointed ont to him that th*
Committee of Impérial Defence is a purely adviaory body and is not, and cannot under
any circumslances become, a body decidinjr on policy, which is and must remain the
••le prérogative of the [British] Cabinet, subject to the support of the House of Gom-
mons [of the United KinjrdomJ. But at the samc time wc assured him that any Dom-
inions Minister résident here would at ail times hâve free and full access to the Prime
Minister, the Foreign Secretary and thc Colonial Secretary for information on ail ques-
tions of Impérial policy. In a public speech which I made a short time ago I used the
following words: —
"Therc is, on the part of Canadian Ministers and peoplc, a natural and laudable
désire for a greater measure of consultation and co-operation with us in thc
future than they hâve had in the past. This is not intended to, and it need
not, open up those difficult problcms of Impérial Fédération which, seeming
to entail questions of taxation and représentation, hâve made that policy for
many years a dead issue. But, speaking for myself, I see no obstacle, and
ccrtainly no objection, to the Governments of ail the Dominions being given
at once a larger share in the executive direction in matters of defence and in
Personal consultation and co-operation with individual British Ministers
whose duty it is to frame policy here. I should welcome a more continuous
représentation of Dominions Ministers, if they wish it, upon the Committee
of Impérial Defence; we should ail be glad if a member or members of
those Cabinets could be annually in London. The door of fellowship and
friendship is always open to them and we require no formalities of an Impé-
rial Conférence for the continuity of Impérial confidence."
The foregoing accnrately représenta the views and intentions of His Majeaty'»
Government.
From M. Borden's public speech in introducing the Canadian Naval Bill, it appeare
that hc accepts thc proposais which we hâve made. The same offer is, of course, open
to ail the other sell%governing Dominions if and when they wish to adopt it, but the
proposai is not one of necessary or strict uniformity and can be varied in the case of
each or any Dominion to suit their wishes or the spécial circumstances of their casr.
— 407 —
I should be glad to know, at their convenience, whether your Ministers désire to adopl
some such method of more continuous connexion in naval and military affairs with the
Committee of Impérial Defence in the United Kingdom.
I hâve, &c,
L. HAHCOURT.
[NOTE.— This despatch was telegraphed on lOth December, 1912, wlth the followin*
addition : —
His Majesty's Government propose to publish this despatch hère in a short
Unie, and you will be informed of date when publication will take place.
No. 2.
The SECRETARY OF STATE to the GOVERNOR-GENERAL OF CANADA.
(Sent 8.50 p.m., lOth December, 1912.)
Telearram.
Please Inform your Prime Minister that I hâve addressed following despatch by
telegraph to Australia, New Zealand, South Africa, and Newfoundland, and bave In-
formed them that His Majesty's Government propose to publish despatch hère wlthin
a short time and that date when publication will take place will be duly commu-
nicated.
[See No. 1.]
M. Borden communiqua ces deux dépêches à la Chambre des Com-
munes, le 17 janvier, 1913, sans aucun commentaire.
73
Dette de " gratitude " du Canada 0)
If we are under no légal duty to participate in British wars, ought we to do so «s
a matter of gratitude for — for what?
1. Ought we to be grateful — that is, ought we to continue, forever, to furnish the
United Kingdom with men and money for ail her wars — because in the course of the
European scramble for colonies, she took Canada from France?
Ought French Canadians (whom she defeated then) to be willing, for that reasou
alone, one hundred and fifty years afterwards, to fight for her against Russia in
Afghanistan?
Ought ail subséquent Canadian immigrants — English, Scotch, Irish and othcrs — to
be willing, for that reason alone, to pledge their lives and their fortunes in support
of foreign policies over which they hâve no control?
2. Ought we to be grateful for the stupidity which provoked the American war of
independence, and the conséquent invasion of Canada?
3. Ought we to be grateful for the shameful surrende r of Canadian terri tory to
the United States at the close of the war of independence?
4. Ought we to be grateful because the rebellious colonies were given admission
to the coast fisheries of the loyal colonies, and because the loyal fishermen were excluded
from the shores of the rebel colonies? Americans still bave rigbts in Canadian waters
and give us plenty of trouble. Ought we to be grateful for that?
5. Ought we to be grateful because after the United States had forfeited lia
fishery rights, by the war of 1812, a large part of them was re-granted because (at
(1) Extraits des Kingdom Papers, de John S. EWART, No 10: Difficolties, Dansera,
Duty-Juin 1912— pages 323-328.
— 408 —
Lord Bathurst put it) the British Government felt "that the enjoyment of the liberties
" foriuerly used by the inhabitants of the United States may be very conducive to their
"national and individual prosperity"?
6. Ought we to be gruteful because by the joint efTect of the treaties of 1783 and
1818, ail those parts of the States of Dakota and Minnesota watered by the Red River
were taken from the Hudson Bay Company, and handcd over to the United States?
7. Ought we to be grateful because by the joint effect of the treaties of 1783 and
1842 part of the state of Maine forms a wedge between New Brunswick and Québec?
8. Ought we to be grateful because of the concession to the United States of
almost the whole of the State of Washington?
9. Ought we to be grateful for Lord Alverstone?
10. Ought we to be grateful because throughout ail our controversies with the
United States, British diplomacy has been dominated (as Sir Charles Tupper has told
us) by an "unwillingness... to allow any circumstances whatever even to threaten a
"collision with the United States"; — because, as Mr Chamberlain has sa!d, préservation of
cordial relations with the United States has been "something more than a désire; it is
almost a religion"?
11. Ought we to be grateful because of the voluntary admission of the United States
fishermen to the Bay of Fundy, and the refusai to exclude them from ail the other bays
which were clearly ours?
12. Ought we to be grateful for the treaty of Washington (1871) against which Sir
John A. Macdonald protested so vigorously — grateful for the work of British negotiators
who, as Sir John said, had "only one thing in their minds — that is to go home to England
" with a treaty in their pockets settling everything, no niatter at what cost to Canada."
13. Ought we to be grateful for the seizure of our sealing schooners by American
cruisers?
14. Ought we to be grateful for the earlier days of our civil government — because
the Colonial Office, taking warning by American independence, reversed its attitude to
colonies, and instead of allowing us to govem ourselves, worried us with close super-
vision of the most trivial particulars of our local afTairs?
15. Ought we to be grateful for Colonial Office management of our post office, and
the exaction of thousands of pounds per annum in extortionate charges?
16. Ought we to be grateful for the swarm of useless officiais who had influence
enough to get themselves imposed upou us?
Ought we to be grateful for the System by which many of those people remained
at home; performed or neglected their duties by deputy; and pocketcd a share of the
income?
Ought we to be grateful for the System by which many of them were permltted
to charge exorbitant and indefensible fées?
17. Ought we to be grateful for the methods employed by the governors with res-
pect to our lands — for its lavish distribution, by the township, among those who wanted
it merely that they might make the rest of us pay them their price for it? Ought we to
be grateful for the Canada Company?
18. Ought we to be grateful for the imposition upon us of a statc-endowed church
— which we found so difficult to get rid of?
19. Ought we to be grateful for the endeavors to establish an aristocracy, for the
primogeniture laws, for the Lords-Lieutenants of Counties, for the influences which
produeed the Family Compact?
20. Ought we to be grateful for the gubernatorial provocations which incited the
rebellions of 1837-8? Ought we to be thankful for the Gosfords, the Francis Heads, the
Metcalfes and others?
21. Ought we to be grateful for the stupidities which led to the 1812 war?
22. Ought we to be grateful for the commercial systera by which, until th«
«ighteen-forties, we were kept hampered and itunted with laws which very largely (1)
— 409 —
prevented us purchasing elsewhere than in the United Kingdom, (2) prevented us selling
elsewhere than in the United Kingdom, and (3) prevented foreign ships entering our
ports?
23. Ought we to be grateful because, when our trade-relatlons had been thua
fîrmly fixed, they were suddenly and without the slightest regard to our interests, and
in utter subversion of some of thein, reversed? Ought we to be grateful for tliat which
led to the only organized movement that there has ever been in Canada for annexation
to the United States?
24. Ought we to be grateful because, when (by the introduction of free trade ideas)
our trade had been opened to ail nations and we had, therefore, ceased to be of any
commercial value, we were told to "loose the bands and go"?
25. Ought we to be grateful because, now that our commercial value (through
our grant of trade préférence) and our military assistance hâve become matters of
importance, we are adjured to tighten the bands and stay?
To assert that the motives of the United Kingdom in her dealings with Canada hav*
been philanthropie, is foolish. They were not. We may, indeed, be thankful that they
were less sordily rapacious than those of some other metropolitan countries; but they
were necessarily and unavoidably selfish rather than altruistic. Count up what our
connection with the United Kingdom has cost us — in wars and raids as well as in
obstruction and retardation of our natural development — and we might almost subscribe
to the gênerai ization of Sir Richard Cartwright that we owe her nothing but a great
deal of Christian forgiveness.
But we owe her more than that. I believe that it is something to hâve had our
parentage in the British isles. The people there are far from perfect, but they hâve
an aggregate of qualities that has given them, in many respects, the leadership of the
world. We are grateful for such of those qualities as we may hâve retained. We are
grateful for the maintenance, in the old land, of such of them as we hâve failed to con-
tinue. And we are grateful to our ancestors chiefly for their splendid struggle for
gelf-government. Without that example and inspiration those of us who hâve made
Canada what it is might still be the "colonials" of those who stayed at home.
INDEX DES NOMS PROPRES
Les chiffres suivis d'un astérisque indiquent qu'il y a citation des
paroles ou des écrits de la personne nommée, des textes de lois ou des
rapports des conférences, commissions, etc.
Les chiffres romains indiquent les pages de /'Avertissement. Les
pages 17 à 259 se réfèrent à la partie originale de l'ouvrage; les pages 263
à 409, aux pièces justificatives.
Les députés ou ministres de la province des Canadas-Unis (1841-
1867) sont désignés comme députés ou ministres "canadiens". Les dé-
putés ou ministres de la Confédération sont désignés comme députés ou
ministres "fédéraux".
Cette liste ne contient pas les noms des députés nommés seulement
comme "votants", aux pièces 70 et 71, ni les noms de plusieurs officiers
et fonctionnaires nommés dans les pièces justificatives seulement.
"Action Sociale" (journal impérialiste) : — 89.
ADAMS. C. F. (?) (diplomate américain) :— 347.
ADDERLEV, (membre Commission parlementaire impériale, 1861) : — 19*.
"Alabama" (vaisseau corsaire anglais) : — 20, 51, 52.
ALLAN, George W. (sénateur) :— 353*.
ALLEN, J. Davis (agent de Cecil Rhodes) :— 119.
ALTHAM, colonel E. A. (plus tard, major-général) :— 81*-82«, 149*. 154.
ALVERSTONE. lord (sir Richard WERSTER— Chief Justice d'Angleterre) :— 159, — 408.
AMHERST, Sir Jeffery (général anglais) :— 1, 2.
Amirauté britannique:— 76, 79, 110-111, 144*-146*, 151, 175-179, 186, 189, 192, 193, 197, 198,
207, 209*-210*. 211, 213, 215, 227, 233, 234-6, 240, 241-4*. 246, 247, — 394-7, 397, 398, 403.
ANGERS, Auguste-Réal (sénateur et ministre fédéral) :— 365.
ANGERS, Charles (député fédéral) :— 133,134, 135.
Armtrong-Whitworth and Co. (fabricants d'armes) : — 243.
Arrêtés ministériels — voir Conseil Exécutif.
ASQUITH, Herbert Henry (chancelier de l'Echiquier; premier ministre britannique): —
142, 179*. 180, 181, 186, 192, 193, 227*, 228, 229*, 230, 231*-2*. 235, 245*, — 405*. 406.
BALFOUR. Arthur J. (premier ministre britannique ; leader unioniste) :— 132, 160, 163,
186, 192, 206*.
BANNERMAN, Sir A. (lieutenant-gouverneur de l'Ile du Prince-Edouard) : — 7, — 275.
BANNERMAN, Sir Henry Campbell (premier ministre britannique) :— 163, 164*-5, 180,
181, — 394*.
BAKER, Samuel (député fédéral) :— «8*. — 392*. 393*.
BATHURST, lord (Lord-Chancelier) :— 408*.
Beardmore and Co. (fabricants d'armes) : — 243.
BEAUBIEN, Charles-P. (aujourd'hui, sénateur canadien) : — 207.
BERESFORD, lord Charles (amiral angSais) :— 176, 242*, 243, 244, 259*.
BERNHARDI, général (officier et publiciste allemand) :— 107.
BISMARCK, Otto, prince de (chancelier d'Allemagne) :— 116*, 120.
BLACHFORD, lord (ancien sous-secrétaire d'Etat aux Colonies) :— 94*.
(Voir Rogers, sir Frederick).
BLAIR, Andrew G. (ministre fédéral) :— 123.
BLAKE, Edward (député et leader libéral) :— 64, — 360.
BLONDIN, P.-E. (député et ministre fédéral) :— 158, 223.
BORDEN, Sir Frederick (ministre de la Milice) :— 86*-9*. 124, 158, 165, 168*. 172*-4«, 18S*.
193, 196, 197, 208, 209, 213, 226, 236, 252, 256, 259*. — 375, 391*-4*. 394*.
— 412 —
BORDEN, Sir Robert L. (leader conservateur; premier ministre du Canada): — VII*. 76,
87-8, 89*. 91, 140*. 153, 168, 176, 190*. 200*-l*. 202, 203, 204, 207, 210M*. 214*-16*. 218,
219, 221, 222, 223, 224, 225*. 226, 228, 229, 232, 238», 239*. 240, 241, 242, 243, 244, 245*-6*.
249, 250», 251, 252, 253, — 383*. 392*-3*. 398*, 400, 401*-2*. 402*, 404*. 405, 406, 407.
BOSTOCK. Hewitt (sénateur) :— 104*.
BOTHA, général Louis (premier ministre de l'Union Sud-Africaine) : — 405.
BOTSFORD, A. E. (sénateur) :— «8*. — 353*.
BOURASSA, Henri:— 116, 125*-132*. 134*-5*, 135*-8*, 153*-5», 157, 182*. 212*-3\ — 376-7,
380*-l*. 390*.
BOURNE, Son Eminence le Cardinal :— 182.
BOYD, John (publiciste canadien) : — 60*.
BRAILSFORD, H. N. (publiciste anglais) :— 244.
BRAULT, H.-A.-A. (délégué de la Chambre de Commerce de Montréal) :— 156*.
BRIGHT, John (orateur anglais) :— 106.
"British Empire League":— 99, 210.
BRODEUR, Louia-Philippe (député fédéral; président de la Chambre des Communes ;
ministre de la Marine ; juge à la Cour Suprême) :— 158, 165, 177*. 193, 208, 209, 213,
226, — 362*-3», 364-5, 395*-6*.
BRODRICK, St. John (ministre de la Guerre) :— 146*-7*. 150*-1*. 152, 154, 167, 185, 255*,
— 384, 385.
BROWN. George (directeur du Globe, député et ministre fédéral) :— 38, 39, 40, 41, 42*-
45*. 56, 67, — 282*, 321*-4*. 352.
Brown & Co., John (constructeurs de vaisseaux) : — 192,243.
BRUCE, Sir F. (ministre britannique à Washington) :— 320.
BRUNEAU. Arthur (député fédéral; juge à la Cour Supérieure) :— 158, — 363*. 365.
BUCKINGHAM and CHANDOS. duc de (ministre des Colonies) :— 330-1.
BURKE, Edmund (orateur anglais) :— 258*.
BURNS, John (ministre britannique) : — 160.
BUTLER, général (commandant de la Milice du Cap, 1899) :— 120.
BUXTON, Sydney (président du Board of Trade britannique) :— 231.
CAMERON, colonel A. ('membre de la Commission d'enquête sur la Milice canadienne,
1862):— 21, — 293*-4*.
Cammell, Laird & Co. (constructeurs de vaisseaux) : — 192, 243.
CAMPBELL, Sir Alexander (ministre canadien; ministre fédéral; lieutenant-gouverneur
d'Ontario) :— 33, 39, 48, 49*-51*. 56, 67*-69*, 71*-7*. 78, 104, 143, 151, 156, 186, 188, 215,
254, — 329, 330*. 343-4, 345*-7*. 352*. 353*. 357*-9*.
CAMPBELL, colonel T. E. (membre de la Commission d'enquête sur la Milice cana-
dienne, 1862) :— 21, — 293*-4*.
CAMPBELL-BANNERMAN, air Henry (premier ministre britannique) :— voir BANNER
MAN.
"Canadian Clubs":— 181, 213, 256, 259.
"Canadian Law Review" (revue légale publiée à Toronto) : — 54.
CARDWELL, Edward (ministre des Colonies; ministre de la Guerre): — 42, 44*-5*, 46*,
47, 61*. 62*. 63, 76, 77, 95, 110, 167, 197, 215, 235, — 318*, 319*-20*. 320*-l*. 322, 324.
330*-2*. 332, 333*-4*, 341-2.
CARLETON, Sir Guy (plus tard, lord DORCHESTER, gouverneur de Québec) :— 2*. 3*. —
263*-6*.
CARNARVON, comte de (ministre des Colonies, 1866; président de la Commission Impé-
riale sur la réforme de l'armée, 1880-2) :— 99*-100*, 104.
CARON, Sir Adolphe (député; ministre de la Milice) :—64*-66», — 350*-2*.
CARTIER. Sir Georges-Etienne (procureur général du Bas-Canada; premier ministre
du Canada; ministre de la Milice) :— VI, 10, 11, 21, 27, 28, 33, 39*. 40*-41*. 42*-45*.
47*. 48*, 49, 53, 56, 57, 58*, 60, 61*, 62, 63*. 64, 65, 66, 67, 73, 76*. 77, 78, 79, 82, 91,
93*. 110, 114, 123, 133, 156, 167, 185, 186, 188, 197, 198, 211, 215, 217, 226, 235, 237, 249,
255, — 293*-4*. 321 *-4*, 328*. 335*-7*. 339-40, 342*. 345, 350.
CARTWRIGHT, Sir Richard (député; sénateur; ministre fédéral) :— 218, 247*. — 375,
409.
CASGRAIN, Thomas Chase (député; ministre fédéral) :— 256*.
CASTLEREAGH, lord (homme d'Etat britannique) :— IX.
CATHCART, comte de (gouverneur du Canada) : — 6.
— 413 —
CHAMBERLAIN, Austen (ministre britannique) :— 160.
CHAMBERLAIN, Joseph (ministre des Colonies) :— 9, 54, 83, 85, 86, 95, 104, 106-8, 108*-
110», 111, 112, 114, 116, 117, 118, 119, 120, 121, 123, 124*. 126, 128, 129-30, 131, 133, 137,
138*, 141*-4», 150, 153, 154, 159, 160, 161, 165, 167, 169, 179, 180, 181, 185, 195,
198, 199, 205*, 211, 245, 255*, — 369*-372*. 380, 382*, 399, 408*.
"Chambres de Commerce de l'Empire": — 135, 155*-6*, 157.
CHAPAIS, Thomas (publiciste canadien ; membre du Conseil législatif) : — 379.
Châtillon, Aciéries de: — 243.
CHAUVIN, Adolphe (député fédéral) :— .156.
CHISHOLM, J. A. (publiciste canadien) :— 53.
CHRISTIE, David (?) (député canadien) :— 12*. — 281*.
CHURCHILL, Winston (sous-secrétaire d'Etat aux Colonies; Premier Lord de l'Ami-
rauté) :— 176, 178*, 242, — 397*.
Cipayes, Révolte des ("Grande Mutinerie") : — 16, 20, 35.
CLARENDON, comte de (ministre des Affaires Etrangères) :— 48, — 345, 347.
CLARKE, Sir George (commissaire impérial) : — 166.
CLAUSON, major (secrétaire Colonial Defence Committee) :— 149*-150*.
CLERK. Sir George (gouverneur (?) du Cap) :— 114.
CLIVE, Robert, lord :— 116.
CODERRE, Louis (député; ministre fédéral; juge à la Cour Supérieure) :— 223.
COLBORNE, sir John (gouverneur du Canada) :— 5, 56, — 267*-9*.
"Colonial Defence Committee":— 17, 78*-80*, 99, 104, 147*-150*. 162, 167, 169, 210, — 365*-8*.
"Colonial Naval Defence Act":— 61, 62, 235, — 334, 342.
"Comité de la Défense coloniale" ou "impériale": — voir "Colonial" ou "Impérial Defence
Committee".
Commissions impériales (réforme de l'armée) :
(1860-1):— 16*-20*, 77, 80, 99, 205-6, — 286-292*.
(1880-2) :— 99*-100*.
(1904) :— 166.
Commission d'enquête sur la Milice canadienne (1862) :— 20-21*, — 293*-4*, 301.
Confédération, "Pères" de la:— VI, 38-45, 53, 67, 72-3, 83, 93, 96, 133, 211, 215, 253, —
318-324.
Conférence coloniale (1887) :— 71*-77*, 99, 100*-105*, 151, 161, 215, — 357*-9*.
Conférence coloniale (1894) :— 106.
Conférence coloniale (1897) :— 108*-114*, 141, 147, 161, 227, 252.
Conférence coloniale (1902) :— 81», 86, 138-141, 141*-155*, 161, 167, 185, 189, 227, — 382*-«*.
Conférence coloniale (1907) :— 161*-180*, 183, 189, 195, 202. 217, 227, — 394*-7*, 397-8, 399.
Conférence coloniale "subsidiaire"— Armée et Marine— (1909) :— 193*-**, 199, 203, 208, 209,
215, 217, 227, 236, 252.
Conférence impériale (1911) :— 226*-237*, 252, — 405*.
CONGDON, P. T. (député fédéral) :— 190.
Conscription militaire :— VI, 58, 59, 154, 256-7, — 387*-390*.
Conseil Exécutif du Canada:— 3», 4*-5*, 30*-33*, 35, 40, 47, 60, 85*. 123, 124, 125, 127, 130,
133, 139, 162, 185*, — 264-6, 267, 305*-10*, 310-15, 318*. 321, 333-4, 336, 339, 343*. »'!•,
375, 376-7, 380, 402.
Constitution canadienne:— VIII, IX, X, 29, 32, 35, 45, 54, 55*-6*. 72-3, 77, 83, 84-83, 93-5,
99, 124, 128-9, 131, 137, 187, 194, 205-6, 220, — 325*. 360, 371, 373-8, 390, 403, 404.
Contribution "d'urgence" :— IX, 24, 76, 77, 80-1, 168, 176, 179, 187, 189, 198, 199, 211, 21»,
221, 243, 244-251, — 397-8, 400, 402*-4.
"Courrier du Canada" (journal conservateur) : — 379.
COURTNEY, Sir Léonard (aujourd'hui lord COURTNEY of PENWTTH) :— 106.
COUSINEAU, Philémon (député provincial; leader de l'opposition conservatrice) :— 207,
223.
"Coventry Ordnance Company" (fabricants d'armes) :— 192.
CRAIG, Sir James (gouverneur du Canada) : — 56.
CREWE, comte de (aujourd'hui marquis; ministre des Colonies; ministre des Indes) î—
180, 183, 184-5, 190, 193, 227, — 398.
DEAKIN, Alfred (premier ministre de l'Australie) :— 165, 166*. 178, 179*. — 397*.
"Déclaration de Londres": — 230-1.
Décrets du Cabinet — voir: "Conseil Exécutif".
— 414 —
Délégations canadiennes à Londres: —
(1865) :— 10*. 42*-4*. 67, 72-3, 253, — 318-321, 321*-4*, 352.
(1869) :— 47*.
(1870) :— 48*-51*.
DENISON, colonel (délégué de la Chambre de Commerce de Toronto, 1903) :— 156».
DERBY, comte de (ministre des Colonies) :— 69, 70», 71», — 354*. 356*-7*.
DESCARRIES, J.-A. (député fédéral) :— 207.
"Devoir" (journal nationaliste) :— 123, 202, 212, 213*-4*, 221, 238, 240, 253*. 259.
DEVONSHIRE, duc de (ministre britannique) :— 107, 160, 210*. 217.
(Voir HARTINGTON, marquis de).
DILKE, sir Charles (publiciste et homme d'Etat anglais) :— 96.
Dillingen; Aciéries allemandes: — 243. «
DISRAELI, Benjamin (lord BEACOXSFIELD; premier ministre britannique) :— 95.
"Doctrine Monroe" : — 259.
DOHERTY, Charles J. (ancien magistrat; député fédéral; ministre de la Justice) :— 62,
90*, 91, 219, 228, — 399*-100*.
DORCHESTER, lord :— voir CARLETON, Sir Guy.
DORION, Sir Antoine- Aimé (député canadien; leader libéral, Bas-Canada; ministre ;
juge en chef de la province de Québec) :— 12*. 27-8, 38, 39, 58*. 59, 249, 255, — 281*.
328*-9*.
DOUGHTY, Arthur G. (archiviste du Canada) :— 1.
"Dreadnoughts" : — voir "Trust".
Drummond-Arthabaska, élection de (octobre-novembre 1910) : — 223-4, 226.
DRUMMOND, George E. (vice-président du Board of Trade de Montréal, 1903) :— 156*.
DUDLEY, lord (gouverneur général d'Australie) :— 191.
DUNDONALD, lord (commandant de la Milice canadienne) : — 86, 158, 159.
"Electeur" (journal libéral) :— 158, — 363*-5*.
ELGIN, comte d* (gouvtrneur du Canada) :— 6, 8, 9*-10*, 11, 14, 15, 18, 20*. 89, 134, 142,
164, — 273-1, 276-7, 277*-8*, 283, 285, 374*.
ELGIN. comte d' (fils du précédent; ministre des Colonies) :— 163, 164, 166*, 173*, 178,
180, 181, — 396*. 397*.
ELLIOTT, T. Frederick (commissaire impérial) :— 16, 18*-19*, — 289, 290*-2*.
ESHER, lord (président de la commission d'enquête sur l'armée, 1904) : — 166.
"ETénément" (journal conservateur) :— 202, 238, 240.
EWART, J. S. (publiciste canadien) :— 93, 142, 206, 218, 259, — 407*-9*.
Fédération impériale:— V, VI, VII, 90, 97-9, 101, 102, 105, 108-9, 112, 113, 128, 130, 136-7,
142, 162, 198, 203, 210-1, 228-230, 245-6, 257, — 360, 364, 373-8, 394, 399-400, 402, 404,
405.
Voir aussi "Impérial Fédération League".
Féniens, Incursions des:— 45-52, 60, 67, 188, — 328, 331-6, 341, 343-7, 350-2.
FIELDING, William S. (premier ministre de la Nouvelle-Ecosse; député et ministre fé-
déral) :— 36*. 67*, 141, 144», 151*-3*, 159*. 213, 219*-20*. 235, — 375, 384*-5», 401*.
FISHER, A. (premier ministre de l'Australie) :— 231, — 405.
FISHER Sir John (aujourd'hui lord FISHER; amiral anglais) :— 166.
FISHER. Sydney (député et ministre fédéral) :— 123, 158.
FITZPATRICK. Sir Charles (député fédéral; solliciteur général; ministre de la Justice;
juge en chef du Canada) :— 56, — 375, 390*.
FLEMING. Sir Sandford (auteur du projet du câble Trans-Pacifique) :— 106.
POSTER, Sir George Eulas (député et ministre fédéral) :— 186*. 188*-9*, 190, 203, 209*. 218,
225, 259*. — 364, 397*. 398.
FRENCH. Sir John (commandant de la milice australienne; généralissime des armées
britanniques en France) :— 147*-**, 149, 154, 198, 236.
FUTVOYE, major (sous-ministre de la Milice) :— 61*, 76*. — 339*-40*. 342.
GALT, Sir Alexander T. (député et ministre canadien) :— 11*. 21, 23*-24*, 28, 40, 42*^5*.
56, — 280*. 293*-!*, 296*. 321*-4*. 360.
"Gaiette" (journal conservateur) : — 202, — 378.
"Gentleman" (fabricants d'armes) : — 243.
GEORGES III (roi d'Angleterre) :— 96, 135.
— 415 —
GLADSTONE, W. E. (ministre des Colonies; chancelier de l'Echiquier; premier minis-
tre britannique) : — 42, 69, 95*, 106, 115, 116, — 297, 319, 322.
-Globe" (journal libéral) :— 83, 122, 252, — 372, 373, 380.
GODLEY, John Robert (commissaire impérial) :— 17*-18*, — 286*-9*.
GORDON, Charles George (général anglais) :— 69.
GOSCHEN, Edward (Premier Lord de l'Amirauté; plus tard, lord GOSCHEN) :— 110*-1*.
145, 183, 197.
GOSFORD, lord (gouverneur du Canada) : — 408.
GOURLEY, S. E. (député fédéral) :— 87*-8*, — 391, 392*.
GRAHAM, Sir Hugh (propriétaire du Star, de Montréal) :— 373, 378, 379.
GRANVILLE, comte (ministre des Colonies): — 46, 47*, 48*. 61», 62, 63, 95, 110, 235, —
330-2, 332*-4*. 334*-5*. 341», 345, 346.
GRENVILLE, George (ministre britannique) :— 96.
GREY, Albert Henry George, comte (gouverneur-général du Canada) : — 162, 163*. 180-2,
186, 190-1, 193, 200, 203, 220, 227, — 398*.
GREY, Sir Edward (ministre des Affaires Etrangères) :— 230, 231, 232, 240, 259».
GREY, Henry George, comte (ministre des Colonies) :— 6*-7*. 8, 15, 18, 19, 26, 35, 41, 46,
77, 80, 82, 95*. 134, 180, — 273*-4*. 277, 285, 297, 331*.
GREY, Sir George (ministre des Colonies) :— 8*-9*. 14*, 18, — 276*-7*. 277-8, 283*-4*, 285.
GREY et RIPON, comte de (ministre de la Guerre) :— 42, — 301, 317, 319, 322.
GRIFFITH, air Samnel (ministre du Queensland) :— 105*.
Guerre de l'indépendance américaine: — 1, 4, 95, 214, 221, — 273, 407.
Guerre anglo-américaine (1812) : — 4, 214, 221, — 409.
Guerres anglo-françaises (1792-1815) : — 3.
Guerre de Crimée (1854-5) :— 8, 10, 11, 15, 16, 35, 68, 213, — 272-8.
Guerre de Sécession (1860-5) :— 20.
Guerre du Soudan (1885) :— 69-71, 77, 84, 99, 100, 215, 220, — 354-7, 375.
Guerre sud-africaine (1899-1902) :— V, VIII, IX, 3, 81, 82, 83-5, 86, 87, 114-135, 138, 146,
147, 148, 155, 166, 172, 173, 175, 194, 195, 198, 199, 214, — 369-381, 394.
Guerre européenne (1914) :— V à X, 90-1, 155, 187, 195, 199, 202, 216, 217, 237, 253-9.
GUILBAULT, J.-P.-O. (député fédéral) :— 403*.
GUILLAUME IV (roi d'Angleterre) :— 180.
HADDEN, général (maître général de l'Ordonnance) :— 172.
HALDANE, vicomte (ministre de la Guerre; Lord-Chancelier d'Angleterre) :— 54», 166*-
168», 172, 173*-4*. 180, 189, 193*-4*. 255*.
HAMILTON, George A. (commissaire impérial) :—17*-18*, — 286*-9*.
HANOTAUX, Gabriel (homme d'Etat et écrivain français) :— 207.
HARCOURT, Lewis (ministre des Colonies) :— 142, 227, 231, 251*-2*, — 405*-7*.
HARTINGTON, marquis de (ministre de la Guerre ; président du Conseil) :— 70*, 71, 106,
107, — 355-6.
Voir aussi DEVONSHIRE, duc de.
Harvey Continental Steel Company (Trust des dreadnoughts) :— 243.
HASTINGS. Warren :— 116.
HAULTAIX, colonel F. W. (député canadien) :— 297*. 299*-300*.
HEAD, Sir Edmund (gouverneur du Canada) :— 10, 14, 15, 21, — 283-5.
HEAD, Sir Francis (lieut.-gouverneur du Haut-Canada) : — 408.
"Herald", de Halifax (journal conservateur) : — 201.
"Herald", de Montréal (journal libéral) :— 259.
HERBERT, lord (ministre de la Guerre) :— 21.
HICKS-BEACH. Sir Michael (chancelier de l'Echiquier) :— 159.
HILLS. Arnold (directeur "Thames Iron Works") :— 243, 244.
HINCKS. Sir Francis (député canadien; ministre fédéral) :— 13*. — 280*.
HODGINS, Thomas (publiciste canadien; magistrat) :— 53.
HOLLAND, Francis ^jurisconsulte et publiciste anglais) :— 94* , 95, 206*.
HOLLAND. Sir Henry (ministre des Colonies) :— 73*. 101, 104*. 105*. — 358*.
HOLTON. Luther (député et ministre canadien) :— 11*. 39, — 280*.
HOWE, Joseph (premier ministre de la Nouvelle-Ecosse; ministre fédéral) :—52*-3*. 93,
94, 123.
HUGHES, Sir Samuel (député fédéral; ministre de la Milice) :— 56, 87*. 225, 236, — 383*.
390* , 391*.
— 416 —
HUNTINGTON. L. S. (député et ministre canadien) :— 39.
HUTTON, général Edward T. H. (commandant de la Milice canadienne, 1889; comman-
dant de la Milice australienne, 1902) :— 121, 123, 124, 148*. 149.
"Impérial Defence Committee":— 78, 162, 167*-8*. 177, 227, 231-2, 232-7, 246, 251-3, — 405-7.
"Impérial Fédération League" :— 97-99, 217, — 374.
Voir aussi "Fédération impériale".
IVES, William B. (député fédéral) :— 65*. — 350*-l*.
JAMESON, L. S. (conspirateur ; premier ministre du Cap ; chef du parti loyaliste) : —
117, 118, 180.
JERSEY, comte de (président de la Conférence coloniale, 1894) :— 106.
JERVOIS, colonel W. F. D. (sous-directeur des fortifications; commissaire impérial ;
gouverneur de la Nouvelle-Zélande) : — 41*-2*, — 317*.
JOLY de LOTBINIERE, Sir Henry (premier ministre de la province de Québec; minis-
tre fédéral; lieutenant-gouverneur de la Colombie Britannique): — 375.
JONES, D. F. (?) (député fédéral) :— 59*, — 328*.
KIMBERLEY. lord (ministre des Colonies) :— 48, 49», 50*, 51», 69, 82, — 343*-4», 345-7.
"Kingdom Papers" :— Voir EWART, John S.
KRUGER, Paul (président de la République Sud-Africaine) :— 117, 119, 120, — 378.
KRUPP (constructeurs de navires, fabricants d'armes) : — 192, 241, 243.
Voir Trust des Dreadnoughts.
LABERGE. Charles (député et ministre canadien) :— 12*-13*. — 282*.
LABOUCHERE, Henry (ministre des Colonies) :— 15*-16*. — 284*-5*.
Lachine, Discours de M. MONK à (8 novembre 1909) :— 202*-7*. 212, 216, — 398.
LAFONTAINE, Sir Louis-Hippolyte (premier ministre du Canada) :— 133.
LANDRY, Philippe (sénateur; président du Sénat) :— 207.
LANGE VIN, Sir Hector (député canadien; solliciteur général du Bas-Canada; ministre
fédéral) :— 24*. 28, 39, 254, — 297*.
LANSDOWNE, marquis de (gouverneur général du Canada; ministre de la Guerre; mi-
nistre des Affaires Etrangères) : — 69, 70*. 71, — 354*, 356-7.
LAURIE. général (député fédéral; député britannique) :— «9-70, — 354, 356.
LAURIER, Sir Wilfrid (leader libéral; premier ministre du Canada) :— V*. VI, 36*, 53, 62,
64, 68, 76, 83*-4*. 89», 91, 112*-4*. 119*-120*, 122*. 123, 124, 125, 126, 127, 133*, 134, 138*-
141*. 142*, 144*, 151 *-2*. 152*-3*. 154, 155, 157, 158, 159, 160, 162, 163, 165*. 16«,
174, 176, 178*. 179*. 180, 189*-90*, 198*. 200, 202, 203, 204, 208*-9*, 213*-4*. 219, 220, 222,
226*, 228, 229, 232*-3*, 234, 235, 247*-8*-9*, 251, 252, 256*. 257*. 259, — 362, 365, 371,
372*, 373, 374, 375, 376, 380-1, 382*-4*, 384*-5*. 385*-6*. 396*-7*. 397*. 398*. 399*,
402*-3*. 405.
LAVERGNE, Armand (député provincial) :— 223, 238, 239.
LEA, Homer (général et écrivain américain) : — VI.
LEGRIS, J.-H. (sénateur) :— 363*.
Le MARCHANT, Sir J. G. (lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Ecosse) :— 276.
LEMIEUX, Rodolphe (député et ministre fédéral) :— 156, 157*. 158, 249*.
LESPERANCE. D.-O. (député fédéral) :— 223.
"Ligue de l'Empire britannique": — voir "British Empire League".
"Ligue de la Fédération impériale": — voir "Impérial Fédération League".
"Ligue Nationaliste":— 156, 157.
"Ligue Navale Britannique": — 154.
LINDSAY, général (commandant de la Milice canadienne) :— 61, 62», «3, 77, — 338*-9V
340, 341-2.
LIVERPOOL, lord (premier ministre britannique) :— 180.
LLOYD GEORGE, David (chancelier de l'Echiquier) :— 235.
LOFTUS. lord Augustus (gouverneur de la Nouvelle Galles du Sud) : — 354*.
Loi Navale (1910):— IX, 62, 66, 76, 77, 80-81, 89-90, 179, 187, 189, 198, 199, 207-24, 208*-9*.
238, 246, 248, 249, — 397-8, 398-402, 403.
LORANGER, Thomas-J.-J. (député et ministre canadien; juge à la Cour Supérieure) :—
12*. 13, 23*. 24, 25*. — 282*, 294*. 295», 296*. 298*.
LORNE, marquis de (gouverneur général du Canada; plus tard, due d'ARGYLE) :—
76, — 359.
— 417 —
LUGARD, Sir Edward (sous-ministre de la Guerre) : — 61*-2*, 77, — 341*-2*.
LYSONS, colonel D. (membre de la Commission d'enquête sur la milice canadienne,
1862) :— 21, — 293*-4*.
LYTTELTON, Alfred (ministre des Colonies) :— 161*-2*, 163.
LYTTELTON, Sir Neville (chef d'Etat-major) :— 169*-171*, 183, 195.
MACDONALD, Sir John A. (procureur-général du Haut-Canada; premier ministre du
Canada; leader conservateur) :— VI, 13*, 20*, 21, 23*, 24-25*, 27, 33, 38, 39*. 40, 41,
42*-45*. 51, 52, 53, 56*, 57, 61, 64, 65, 67*. 69, 71, 72, 73, 74, 78, 83, 84, 91, 93*, 94, 110,
123, 133, 159, 185, 188, 198, 200-1, 211, 215, 217, 220, 226, 237, 249, 254*. 255, — 282*.
293*-4*, 294*, 295*. 298*, 321*-4», 352», 357, 360, 375, 408*.
MACKENZIE, Alexander (leader libéral ; premier ministre du Canada) : — 58*-9*, 60, 66*-
67*. — 329*, 352*. 353.
MACKENZIE, général (chef de PEtat-major canadien) :— 236.
MACLEAN, William (journaliste et député fédéral) :— 86*-7*, 139, 233, — 382, 391*.
MACNAB, Sir AHan (premier ministre du Canada) :— 10, 11, 13*, 21, 35, 82, — 279*-280*,
293*-4*.
"Mail-Empire" (journal conservateur) : — 378.
"Mail", Daily (journal anglais) : — 214.
"Manitoba Free Press" (journal libéral (?): — 360.
MASON (délégué des Etats Confédérés) :— 20.
MASSON, Damase (délégué de la Chambre de Commerce de Montréal, 1903) : — 156*.
MASSON, Rodrigue (sénateur; ministre de la Milice): — 353*.
MAY, Sir Erskine (jurisconsulte et publiciste anglais) : — 94, 205*-6*.
McCARTHY, Dalton (député fédéral) :— 64.
McDONALD, J. (député canadien) :— 38*, — 316*.
McDONALD, John Sandfield (leader libéral; premier ministre du Canada): — 11*-12*, 24,
28, 37, 38, 39, 41, 91, 140, 156, 185, 217, 249, 255, — 281*.
McDOUGALL, William (député et ministre canadien) : — 47*, 49, 60, — 345.
McGEE, Thomas d'Arcy (député et ministre canadien) :— 27*, 93, 123, — 300*.
McKENNA, Reginald (Premier Lord de l'Amirauté) :— 176, 180, 186, 187, 191, 192, 193,
197*, 198, 203, 209*-10*, 211, 215, 242.
MEIGHEN, Arthur (député fédéral; solliciteur-général) :— 256*.
MELGUND, lord:— 354. — Voir MINTO, comte de
MERRITT (député canadien) :— 279*.
METCALFE, Sir Charles (gouverneur du Canada ; plus tard, lord METCALFE) :— -6,— 408.
MIDDLETON, Sir Frederick (commandant de la Milice canadienne) :— 359.
Milice Canadienne: — Ordonnances et Lois: —
(1777) :— 2*-3*, — 263*-5*.
(1787):— 3*, — 265*-6*.
(1808) :— 4*. — 267*.
(1838) :— 4*-5*, — 267*.
(1839) :— 5, — 269*.
(1846) :— 5*, — 271*-2*.
(1855) :— 10*-14*, 57, — 278*-9*, 279-282.
(1862) (Projet de Loi) :— 20-24, — 293-300, 294*.
(1863) :— 37*-38, 57, — 315*-6*. 316.
(1868) :— 57*-60, 62, 69, 71, 83, 84, 86, 88, — 326*-8*, 328-330, 310, 391*-3*.
(1883) :— «4-69, 74, 86-7, 88, — 348*-50*, 350-4, 391*-3*.
(1904):— 57, 85*-89«, 158, 172-3, 209, 256, — 372, 387*-90*. 390-4, 394.
MILLS, Arthur (président de la Commission impériale sur la réforme de l'armée,
1860-1) :— 19*.
MILLS, David (député fédéral; ministre de la Justice; juge à la Cour Suprême): — 53.
MILNER, Sir Alfred (gouverneur du Cap; aujourd'hui, lord MILNER) :— «3, 119, 120, 123.
MINTO, comte de (gouverneur général du Canada) :— 121, 124, 128*, 138, 139, 165, —
369*-372*, 382*.
MITCHELL, William (sénateur et ministre fédéral) :— 330*.
MONCK, vicomte (gouverneur général du Canada) :— 24*, 28, 34*. 36*, 42, 47, — 301*-2*,
302-5, 310*-3*, 313-5, 319-20, 321-4, 332-3.
MONDOU, A.-A. (député fédéral) :— 223.
MONET, D. (député fédéral; juge à la Cour Supérieure) :— 126, 133. 135.
— 418 —
MON'K, Frederick D. ^député fédéral; ministre des Travaux Publics) :— VII, 79, 89, 153, 160,
176, 201, (Discour* de Lachine) 202*-7*, 208, 209*, 210, 211*-2«, 213, 214, 216*-9», 220-1,
222, 223*, 224*, 225, 226, 232*-!!, 239, 246, 250, 251, — 365, 398, 399*, 401*, 402.
"Monroe, Doctrine" : — 259.
Monument National (assemblée et voeu du 20 janvier 1910) :— 212*-3», 214, 218.
MORLEY, lord (ministre britannique) :— 160,181.
MORRIS, sir Edward (premier ministre de Terreneuve) : — i65.
MULL1NER. (directeur de la "Ceventry Ordnance Company") :— 192, 242.
MULOCK, Sir William (député et ministre fédéral; juge h la Haute Cour d'Ontario):—
375.
MURRAT, général James (gouverneur de Québec) : — 2*.
NANTEL, Bruno (député fédéral; ministre) :— 207, 219, 223, 23», 250, — 4M*.
NAPOLEON I:— 3, 172*
NATHAN, colonel M. (secrétaire du Colonial Defence Committee) :— 79*-*0*, — 306»-**.
"Nationaliste" (journal nationaliste) : — 221.
NEWBOLD, J. T. Walton (publlciste anglais) :— 244.
NEWCASTLE, duc de (ministre des Colonies) :— 7*-8», 9, 18, 28, 28*-29*. 31, 34*-35», 36*,
41, 46, 77, 140*. 200*, 217, — 275*. 276*, 301-2, 302*^5*, 306-10, 310-3, 31S»-5*, 331.
"News", de. Toronto (journal impérialiste) : — 314.
NICHOLSON, Sir William (général anglais; quartier-maître général; chef d'Etat-aae-
Jor) :— 172, 183*-4*, 193, 194*-6*. 236*.
"Nineteenth Century" (revue anglaise) : — 98, 192.
NORFOLK, duc de:— 182.
NORTH, lord (premier ministre britannique) :— 1, 96.
O'BRIEN, colonel William (député fédéral) :— «7, - 350*.
Orange, Etat libre d':— 114.
"Orange Sentinel" (journal impérialiste) : — 89.
OSLER, William (député fédéral) :— 391*.
OTTER, lieutenant-colonel (commandant du premier détachement canadien, guerre sud-
africaine, 1899):— 369, 371.
OUIMET, J.-A. (député fédéral; ministre; juge à la Cour d'Appel) :— 351*.
PALMERSTON, lord (premier ministre britannique) :— 15, 107, — 33».
PAPIN, Joseph (député canadien) :— 12*, — 281*.
PAQUET, Dr Eugène (député fédéral) :— 223.
PARKER, Dr T. S. (député fédéral) :— 59*, 63, — 329*.
PATENAUDE, E.-L. (député provincial; ministre fédéral) :— 223.
PATERSON, William (député et ministre fédéral) :— 123, 141, 144*. 151«-2*, — S7», 384«-ê».
"Patrie" (journal libéral, nationaliste, indépendant, conservateur, impérialiste) : — M,
122, 123, 125*-6*. 133, 202, 214, 240, — 373*-9*, 880.
PEEL. général (ministre de la Guerre) :— 10-17*. — 286*.
PELLETIER, Louis-Philippa (député et ministre provincial; député et ministre fédé-
ral; juge à la Cour d'Appel) :— 239, 240*. 250, 252.
"Pérès de la Confédération": — Voir "Confédération".
"Péril allemand" :— 149, 186-193, 204, 211, 212, 213-4, 215, 239, 240, 241-2, 247, 218-41.
PERRIS. G. H. (publieiste anglais) :— 244.
Plébiscite:— 132, 213, 218, 22«, 238 (note), 140, 244, 249-151, — 370, 400, 401, 409, 408, 404.
PLUMB. J. B. (sénateur ; présidant du Sénat) :— 334*.
PLUNKET, lord (gouverneur de la Nouvelle-Zélande) :— 191.
POLLOCK, Sir Frederick (jurisconsulte et publlciste anglais) :— 200*.
POPE, Joseph (publlciste canadien; sous-secrétaire d'Etat canadien) :— 82.
POPE. J. H. (député canadien; ministre fédéral) :— 37*. 180. 246*. — SIS*.
POPE. Ruf us (sénateur) : — 37.
POWELL, W. F. (député canadien) :— MO».
"Press*" (journal à nuances variées) : — MO.
RAINVTLLE. Joseph H. (député fédéral) :— Ma.
RANKIN. colonel Arthnr (député canadien) :— 18, 24, M*-eTf», «. — MO*. Mt*4>*
READ. Robert (sénateur) :— 08», — 353*.
Révolution américaine: — voir "Qaerre «le llndépenëan**"
— 419 —
RHODES, Oeil président de la Compagnie Sud- Africaine ; premier ministre du Cap) : —
83, 116-9, 120, 123, 132, 180, 181.
RHODES, colonel (député canadien) :— 12», — 281».
RINFRET, Dr Côme (député fédéral) :— 363*.
RIPON, marquis de (ministre des Colonies) :— 106.
ROBERTS, lord (maréchal anglais) :— 107*.
KOBIXSOX, Sir W. C. F. (gouverneur de l'Australie méridionale) :— 356.
ROGERS, Sir Frederick (sous-secrétaire d'Etat aux Colonies; plus tard, lord BLACH-
FORD):— 47, 84*.
ROSE, Sir John (député et ministre canadien) :— 24*, — 296*-7*.
ROSEBERY, comte de (premier ministre britannique) : — 81, 154.
ROSS (député fédéral) :— 66*, — 351*-2*.
ROSS, Sir George (premier ministre d'Ontario; sénateur) : — 137*, — 404*.
"Royal Canadien" (premier régiment de milice) : — 3.
RUSSELL, lord John (ministre des Colonies; premier ministre britannique) : — 8, 26, —
270»-l*, 289.
Saint-Chamond, Aciéries de: — 243.
Saint-Eustache, Assemblée et résolutions de (17 juillet 1910) :— 221*-3*.
SALISBURY, marquis de (premier ministre britannique) :— 101*-3*, 107, 116», 137*. 255*.
SAMUEL, Herbert (ministre britannique) :— 22.
SAMUEL, Saiil (agent de la Nouvelle Galles du Sud) :— 354*-5*.
SAXBORX, John (sénateur) :— 60*, 189, — 329*-30*.
SAUVE, Arthur (député provincial) :— 223.
Schneider et Cie (fabricants d'armes) : — 243.
SCOTT, capitaine (officier de marine) :— 76, — 35S.
SCOTT, Sir Percy (amiral anglais) :— 242.
SCOTT, Sir Richard (député fédéral; ministre; sénateur) :-- 68*, 218, 352*-3*, 37">.
SEDDON, R. J. (premier ministre de la Xouvelle-Zélande) :— 146, 150.
SELBORNE, lord (sous-secrétaire d'Etat aux Colonies; Premier Lord de l'Amirauté): -
135, 145*, 151, 152, 154, 169, 185, 189, — 384, 385.
SRVIGNY, Albert (député fédéral; vice-président de la Chambre des Communes):—
223.
SEWELL (délégué des Etats Confédérés) :— 20.
SHEPSTONE, Sir Theophilus (gouverneur du Cap) : — 115.
SHORTT, Adams (publiciste canadien; président de la Commission du Service Civil) : — 1.
SICOTTE, Victor (député canadien; ministre; juge à la Cour Supérieure): — 24, 38, 140.
SIEGFRIED, André (écrivain français) :— 159.
SIFTON, Clifford (député et ministre fédéral) :— 123, — 375.
SMARTT, Dr (ministre du Cap) :— 173, 174, 176*-8*, 180, 189, — 395*. 396*-7*.
SMITH, Goldwin (écrivain anglais) :— 116, 117, 200.
SMITH, Henry (député canadien; solliciteur général) :— 13, — 281*.
"Soir" (journal libéral) :— 158, — 364*-5*.
"Soleil" (journal libéral) :— 158, — 365.
SOMERSET, duc de (Premier Lord de l'Amirauté) :— 42, — 319, 322.
"Speetator" (journal anglais) : — 259*.
SPRIGG, Sir Gordon (premier ministre du Cap) : — 110.
SPROULE, Dr T. S. (député fédéral; président de la Chambre des Communes) :— 87.
209*, — 399*.
STANHOPE, Edward (ministre des Colonies; ministre de la Guerre) :— 75, 100*-1*, 184,
105, — 359*.
STANLHY, lerd (membre de la Commission impériale sur la réforme de l'armée, 1860-1) :
19.
"Star" (journal impérialiste) :— 121, 211, - - 373, 375, 378, 379.
Sud-Africaine, République:— 114 à 119.
Voir aussi "Guerre Sud-Africaine".
SYDENHAM, lord (gouverneur du Canada):- 26, 56, — 270-1.
TACHE, Sir Etienne-Pascal (premier ministre du Canada) :— 5*, 10, 21, 35, 38, — 272*,
293*-4*.
TAILLON, L.-O. (premier ministre de la province de Québec; ministre fédéral) :— 365.
— 420 —
TARTE, J.-I. (journaliste; député fédéral; ministre) :— 84, 98, 122, 123, 124, 125*, 120,
134, — 373»-9».
TASCHEREAU, Alexandre (député et ministre provincial) :— 222.
TASSE, Joseph (publiciste canadien) : — 41.
Terni, Aciéries de (Italie) :— 243.
"Thames Iron Works" (compagnie de construction maritime) : — 243.
THOMPSON, A. T. (député fédéral) :— 155.
THOMPSON, Sir John (premier ministre du Canada) :— 360.
TILLEY, Sir Léonard (premier ministre du Nouveau-Brunswick; ministre fédéral): —
39, 159.
"Times" (journal anglais) :— 114, 206, 240, 242.
TIRPITZ, amiral Von (ministre de la Marine allemande) :— 192-3.
TRANSVAAL :— Voir "Sud-Africaine, République".
"Trent" (vaisseau anglais) : — 20, 25.
Trust des constructeurs de dreadnougrhts : — 192, 243-4.
TUPPER, Sir Charles (premier ministre de la Nouvelle-Ecosse; député et ministre fé-
déral; Haut-Commissaire du Canada à Londres; premier ministre du Canada): — 41,
53*. 70, 75, 84, 98*. 108, 119, 126, 130, 143*. 159, 177, 188, 201, 211, 215, 218», 244*. 254, —
360*-2*, 564-6, 374, 383, 396», 408*.
TURCOTTE, Joseph-Edouard (député et ministre canadien) : — 13*. — 282*.
TURCOTTE, Gustave (député fédéral) :— 190.
TURRIFF, J. G (député fédéral) :— 403*.
TWEEDMOUTH, lord (Premier Lord de l'Amirauté) :—175*-7*. 181, 189, 197, 198, 217,
249, — 394*-ô», 399.
VAIL, W. B. (député fédéral; ministre de la Milice) :— 65*. — 350*.
VAUDREUIL, marquis de (gouverneur de la Nouvelle-France) : — 1.
VERVILLE, Alphonse (député fédéral) :— 403*.
Vickers-Maxim (constructeurs de navires) : — 243.
Voeu du 29 mars 1909 :— 188*-191*, 193, 200, 201, 202, 203, 207, 208, 211, 212, 248, — 397*-8*.
403.
VOGUE, Melchior de (écrivain français) :— 180.
WALPOLE, Sir Robert (premier ministre britannique) : — 132.
War Office:— 41, 46, 62, 70, 72, 81*-82*. 84, 149*, 151, 166, 167, 169M72, 183, 185, 193-6,
197, 227, 236-7 — 355*, 370, 372, 373.
WARD, Sir Joseph (premier ministre de la Nouvelle-Zélande) :— 173, 191, 228*-9*, — 405*.
Washington, Traité de (1871) :— 51-3, 94, — 408.
WELLINGTON, duc de (général anglais; premier ministre britannique): — 36, — 271.
WEST, Christopher (publiciste canadien) : — 244.
WHITE, Sir William (directeur des constructions maritimes) :— 192*. 197, 242, 243.
WILLIAMS, colonel, (député fédéral) :— 70, — 351», 354, 356.
"Witanagemota": — 54, 56.
WOLFE, James (général anglais) :— 2.
WOLSELEY, lord (général anglais; Field-Marshall) :— 356.
YOUNG, Sir John (gouverneur général du Canada; plus tard, lord LISGAR) : — 46, 47, 49,
61, 62, — 332-5, 335-7, 338-9, 339-40, 341, 343-7.
ERRATA
Page 4, — première ligne, — au lieu de "1774", lire "1776".
20, — quatorzième ligne, — au lieu de "1774", lire "1776".
26, — quarante-unième ligne, — au lieu de "législation", lire "loi".
27, — trente-troisième ligne, — au lieu de "quatre ans plus tard",
lire "l'année suivante".
63, — note (2), — au lieu de "page 50", lire "page 48".
" 76, — vingt-cinquième ligne, — au lieu de "inutile" lire "impossi-
ble".
89, — avant-dernière ligne, — au lieu de "1851", lire "1854".
" 104, — note (2), — au lieu de "pages 71 à 78", lire "pages 71 à 77".
" 114, — troisième ligne avant la dernière, — au lieu de "1858", lire
"1856".
" 119-120. — Le voeu du 31 juillet 1899, proposé par sir Wilfrid LAU-
RIER, fut appuyé par M. George E. FOSTER, et non par sir
Charles TUPPER, absent de la Chambre. Le leader con-
servateur en avait, du reste, approuvé la teneur.
158, — dix-septième ligne, — au lieu de "le Soleil", lire "l'Electeur".
" 218, — douzième ligne de la note (1), — au lieu de "toute entière",
lire "tout entière".
" 227. — dernière ligne de la note (4), — au lieu de "208c et 208d",
lire "208a, 208b, 208c et 208d".
" 231, — cinquième ligne après le sous-titre, — supprimer le mot "to-
talement".
" 231, — huitième ligne de la note (1), — au lieu de "secrétaire", lire
"président".
" 249, — dix-septième ligne, — au lieu de "confesser", lire "compen-
ser".
411. — cinquième ligne, — au lieu de "pages 17 à 259", lire "pages
1 à 259".
Les références suivantes doivent être ajoutées à /'Index des Noms
Propres. Le titre ou la fonction des personnes déjà nommées dans
/'Index ne sont pas indiqués ici.
Amirauté britannique:— 80, 204-5, 216, 225.
Commission impériale (1880-2) : — 101.
Confédération, "Pères de la : — 27, fi.").
Conférence coloniale (1897) : — 143.
Conférence coloniale (1902) : — 135, 157, 165.
Conférence coloniale "subsidiaire" (1909): 191. l>07. 216.
Conférence impériale (1911) : — 146.
Conseil Exécutif du Canada :—?,4, Cl, 196.
Constitution canadienne :— 31, 39, 69, 82, 162.
Contribution "d'urgence":— IX, 3C, 118, 133. 140. Ml.
"Devoir" :— 224.
DEVONSHIRE. duc de:— 137»-8.
Fédération impériale:— 89, 141, 143.
Féniens, Incursions des: — 27, 58, 74.
"Globe" :— 84.
GORDON, Charles George:— 70.
GREY. Albert Henry George, comte:— 188.
GREY, Henry George, comte:— 9, 48.
Guerre de l'Indépendance américaine: — 20.
(iuerre ang-lo-américaine 0812) : — 20.
Guerre sud-africaine (1899-1902) :— 18, 45, 57. 09, 110, 255.
Guerre européenne (1914)9—18, 22, 86, 09, 111, 141, 147, 149. IX). 188.
GUILLAUME III et MARIE (souverains d'Angleterre) :— fi.
HALDANE, vicomte:— 175.
H1NCKS, sir Francis:— 53.
JERVOIS, colonel:— 29, 43, 59.
Lachine, Discours de M. MONK a: 814.
LAURIER, sir Wilfrid :-(.7. 23!.
Loi Navale (1910): -1S, 86, 57, 133, 197, 838.
MacKINLEY, William (président des !• tats-l'uis) : 214.
MARIE et GUILLAUME III (souverains (l'Angleterre) :— fi.
McKENNA, Reginald :— 188.
MELBOURNE, cabinet de lord ( 1835-1841 ) :— 2fi.
"Métal Merchants" (fabricants d'armes) : — 243.
MONCK, vicomte:— 40.
NEWCASTLE, duc de:— 38.
Milice canadienne: loi de 1855:- -37*.
"Ordnance Lands":— 14-15, 23, «7, 73.
Plébiscite:— 216, 224-5, 239.
RANKIN, colonel Arthur:— 52.
SALISBURY, marquis de:— 100.
SEDDON, R. J.:— 149.
"Time*":— 233.
Voeu du 29 mars 1909:— 218.
002403317081
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F Bourassa, Henri
5046 Que devons -nous à l'Angleterre
B68
cop.2